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Excursion n° 4 : Vallée du Paraibas, serra da Mantiqueira, et region de Sao Paulo - article ; n°353 ; vol.66, pg 51-61

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Annales de Géographie - Année 1957 - Volume 66 - Numéro 353 - Pages 51-61
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1957
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Langue Français
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René Raynal
Excursion n° 4 : Vallée du Paraibas, serra da Mantiqueira, et
region de Sao Paulo
In: Annales de Géographie. 1957, t. 66, n°353. pp. 51-61.
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Raynal René. Excursion n° 4 : Vallée du Paraibas, serra da Mantiqueira, et region de Sao Paulo. In: Annales de Géographie.
1957, t. 66, n°353. pp. 51-61.
doi : 10.3406/geo.1957.18495
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1957_num_66_353_18495XVIIle CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 51 LE
tiques, et les rivières sont coupées de puissantes cascades, déterminées par les bancs de
basaltes. Nous terminons l'expédition au pied de l'extraordinaire chute de l'Iguassu,
entourée d'un début de colonisation agricole en forêt, effectuée surtout par des Polonais.
L'avion nous ramène à travers l'État de Parana, qui nous apparaît en voie de
très rapide colonisation vers Guarapuava et Curitiba.
Pierre Deffontàipces.
EXCURSION № 4
VALLÉE DU PARAIBA, SERRA DA MANTIQUEIRA
ET RÉGION DE SAO PAULO
(Pl. I.)
Dirigée par les professeurs Aziz Ab'Saber (Université de Sâo Paulo) et Maria The-
rezinha Soares (Université du Brésil, Rio), qu'assistait Luiz Guimaraes de Azevedo,
l'excursion n° 4 conduisit 16 congressistes dans une région extraordinairement
variée1 (flg. 1). Autour du thème commun d'un climat tropical humide, perturbé
cependant par des invasions d'air polaire et des types de temps pluvieux en hiver,
que de variantes entre le littoral tiède de Rio et le sommet souvent glacé de la Manti-
queira, entre les 1 200 mm de précipitations annuelles à Taubaté et les 3 000 mm
passés sur les hauteurs qui dominent Santos ! Des campagnes presque désertes
voisinent avec des cités en pleine expansion ; ici, le café prospère encore ; là, il ne
laisse qu'une dévastation du sol. Les animateurs de l'excursion offrirent à leurs col
lègues une science sûre de ses méthodes, et aussi un enthousiasme de bon aloi, qu'ils
surent faire partager, à l'égard de l'étude de leur pays.
I. — La barrière montagneuse atlantique
Un premier compartiment du socle brésilien domine le littoral atlantique d'un
escarpement inégalement puissant. Ses affleurements métamorphiques, surtout des
gneiss, imposent dans l'ensemble leur orientation SW-NE au réseau hydrographique.
La dissection de cette masse, plus ou moins avancée, a façonné tout un monde de
hauteurs sub tabulaires, de collines ou de vallées, que l'on traverse en direction de
l'intérieur jusqu'aux abords du Paraiba. C'est la Serra do Mar, au sens large, dont
certaines parties, en raison de leur situation, de leur forme ou de leur altitude, ont
reçu des noms particuliers (fig. 4).
Plaines littorales et Serra do Mar dans la région de Rio (lre journée). —
Aux environs de Rio de Janeiro un massif coder s'individualise, détaché en avant
du Plateau Brésilien proprement dit. Nous ne nous attarderons pas à sa morphologie.
On peut observer sur plusieurs dizaines de kilomètres toutes les manifestations
de la croissance de la métropole. La poussée suburbaine la plus vigoureuse se situe en
effet aujourd'hui dans l'axe de la grande voie qui se dirige sur Minas Gérais et Sào
1. Aziz Nacib Ab'Saber et Nilo Bernardes, Excursion guide-book n° 4 ; Paraiba valley,
Serra da Mantiqueira, Sào Paulo city and surroundings, International Geogr. Union, Brazilian
National Committee, Rio de Janeiro, 1956, 270 p., 23 pl. phot., 12 figures. Le professeur Nilo Ber
nardes, auteur de la partie de cet ouvrage qui est consacrée à la géographie humaine, n'a pu
participer à l'excursion étant retenu à Rio par ses fonctions au Secrétariat Général du Congrès.
Les solides qualités de cette étude поив ont fait vivement regretter son absence. 52 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
Paulo. Des quartiers nouveaux surgissent dans les zones basses, comblées et assainies,
aussi bien que sur les collines. Les marécages les plus inhospitaliers se hérissent de
baraques montées sur pilotis où s'entassent des gens pauvres, immigrés du Nord-Est
ou de l'intérieur. Bien au delà de l'aéroport de Gale&o et de la nouvelle zone industrielle,
jusqu'à Nova Iguaçu, à 40 km du centre de Rio, l'on ne traverse pas de véritable
foyer de vie rurale.
Et voici la Baixada Fluminense, couloir relativement spacieux qui s'allonge entre
le massif côtier et la Serra do Mar. Fossé d'effondrement ébauché sans doute avant le
Crétacé, partiellement comblé de sédiments continentaux tertiaires, il se caractérise
par un relief de détail assez complexe. Les témoins des plus anciens niveaux d'érosion,
taillés soit dans la masse cristalline, soit dans les sédiments tertiaires, se présentent
comme des buttes arrondies à flanc abrupt : la roche y disparaît sous un manteau
qui comporte des argiles rouges à cailloutis anguleux ou roulés et, par-dessus, des
limons jaunâtres et finement pulvérulents. Tandis que les herbages dominent dans
la basse plaine et sur les terrasses les plus récentes, bananiers et orangeraies se par
tagent les versants les moins escarpés. La culture des agrumes, après un brillant
essor à la veille de la deuxième guerre mondiale, a connu un déclin incontestable :
il faut l'imputer non seulement à la fermeture temporaire de certains marchés, mais
surtout à la fièvre spéculative qui a souvent transformé d'une manière prématurée
toute une partie de la Baixada en zone de lotissement. Ainsi s'explique l'état paradoxal
d'abandon et la faible densité de peuplement de cette campagne si proche d'une des
grandes villes du monde.
L'itinéraire franchit ensuite la Serra do Mar dans sa partie la plus basse : tandis que
le col se situe à 450 m d'altitude, la ligne de crête de part et d'autre ne dépasse pas
700 m. Des niveaux qui jalonnent les étapes de l'enfoncement des vallées ont été
morcelés en buttes arrondies. Dans le détail, le réseau hydrographique se ramifie
en s'adaptant aux diverses modalités de la désagrégation de la roche. Quant à
l'escarpement principal, orienté WSW-ENE, il élève fièrement ses pentes dénudées
et égratignées par l'érosion au-dessus du premier compartiment. Les bananiers
montent à l'assaut de certains versants; ailleurs, un système de cultures itinérantes,
pratiquées par de modestes métayers, représentent une survivance du passé. Non
loin du col, le splendide panorama que l'on découvre du terre-plein du Monumento
Rodoviario permet de poser les problèmes relatifs à cette façade de la Serra. De l'autre
côté ondule une collection de larges surfaces bosselées ou de mamelons nettement
individualisés, résultat d'une sculpture conforme à la stratification des gneiss et
d'une adaptation du modelé aux processus tropicaux. Les fonds de vallons sont empât
és par la solifluction, et leur colmatage se complète par un apport de matériel meuble,
que l'érosion actuelle arrache aux versants : ils s'évasent en berceau. Quelques grandes
fazendas ont eu leurs années de splendeur à l'âge du café : leurs bâtiments transformés
servent aujourd'hui d'hôtels, où les citadins goûtent le repos dans un cadre verdoyant,
et sous un ciel relativement lumineux. D'autres propriétés ont été fractionnées en
exploitations pastorales ; cependant de vastes domaines appartiennent à des compag
nies laitières.
La haute vallée du Paralba et la Serra de Quebra Cangalhae (4e journée) .
— Au Sud de Taubaté, un trajet de quelques dizaines de kilomètres nous fait prendre
contact avec la Serra de Quebra Cangalhas, autre partie du versant intérieur de la
Serra do Mar. Le haut bassin du Paraiba s'y est organisé : deux artères parallèles
s'adaptent dans l'ensemble à la structure, mais franchissent en cluse des bancs résis
tants, d'où leur tracé en baïonnette. La surface d'aplanissement dite « des crêtes 5 * 54 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
moyennes » subsiste par larges fragments qui constituent la zone de partage entre le
bassin de Taubaté et celui du haut Paraiba. Les plus petites vallées, enfoncées dans la
surface des plateaux, sont littéralement enfouies sous les éléments de roche pourrie
que la solifluction mobilise ; leur fond évasé a un profil longitudinal relativement
incliné. La vallée des cours d'eau de quelque importance, par contre, garde des
versants raides, dont les coupes semblent indiquer qu'ils ont subi des alternances de
décapage et de recouvrement par un manteau colluvial. Quant aux interfluves ou
aux éperons haut perchés, ils sont généralement façonnés en mamelons dont la juxta
position à l'infini dans le paysage {mar dos morros) représente l'une des originalités
du Brésil tropical atlantique.
Ce pays, isolé, par son relief accidenté, puisque les voies de communications
coupent à la perpendiculaire les vallées principales, a longtemps gardé une réputation
de sertào. Des familles de petits exploitants se sont établies dans les clairières de la
forêt, surtout dans les bas-fonds de la partie haute. Aux cultures itinérantes de cé
réales, de légumes et de canne s'ajoutait naguère la fabrication du charbon de bois.
La fièvre du café n'a gagné que les bordures d'une masse montagneuse défavorisée
à cet égard par l'abondance excessive des précipitations et leur répartition trop
étalée à travers l'année. Quelques embryons de villages existent : un arraial groupe
l'église, une boutique, des ateliers. L'économie pastorale s'est implantée ici, comme dans
le bassin moyen du Paraiba, par suite de l'immigration d'éleveurs venus de Minas
Gérais, qui ont réussi à obtenir à bon compte des terrains souvent mal délimités à
l'origine, objet de longues contestations. La petite ville de Sâo Luis do Paraitinga
s'est fixée sur un éperon de méandre, à l'endroit où l'ancien itinéraire muletier de
Taubaté à la mer franchit le fleuve. Des maisons qui furent cossues témoignent de la
prospérité passagère du café à la fin du siècle dernier.
La Serra do Mar entre Sâo Paulo et Santos. — Nulle part la barrière
atlantique ne présente au Brésil une dissymétrie aussi accusée. Après avoir quitté la
ville en direction du Sud, l'on parcourt une zone apparemment monotone et tabulaire,
qui, en fait, se décompose en trois niveaux distincts. La surface de Sâo Bernardo, vers
820-850 m, élaborée dans les micaschistes, gneiss et granites, prolonge le sommet de la
série sédimentaire du bassin de Sâo Paulo. Elle est dominée par le Morro de Bonilho
(1 050 m), monadnock autour duquel s'étalent des fragments de la surface des crêtes
moyennes ; mais elle a subi une excavation qui ébauche une nouvelle plate-forme en
contre-bas fort imparfaite, vers 760-770 m. Un système imposant de barrages utilise
cette topographie : les eaux qui coulaient vers le bassin du Parana sont retenues
dans des lacs digités pour être dirigées artificiellement, par-dessus la ligne de crête,
vers les plaines littorales. Tout au long de l'autoroute, un quartier industriel s'allonge
et s'épanouit bien au delà des anciens faubourgs situés sur les rives du Tamanduatei.
L'escarpement de la façade atlantique domine de plus de 800 m la baixada de
Santos. Des dentelures plus ou moins profondes mordent dans la falaise, et des lignes
de hauteurs isolées s'échelonnent à diverses altitudes sur la retombée de la Serra do
Mar. On a pu les interpréter comme des blocs failles, complexes, de rejet inégal.
En réalité, le réseau du Rio Cubatâo s'est enfoncé d'une manière subséquente à la
faveur de plans de fractures et d'affleurements de bandes schisteuses peu résistantes ;
il en résulte un dessin des vallées en « pinces de crabe ». A travers la forêt dense l'acti
vité humaine se réduit au passage de l'autoroute, des conduites forcées et du pipe-line
pétrolier Santos -Sào Paulo.
La Baixada Santista, étroite frange de quelques kilomètres en bordure de l'Océan,
rappelle par de nombreux traits le paysage de la baie de Guanabara. Des niveaux XVIII* CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 55 LE
d'érosion (250-300 m), d'abrasion marine (50-60 m et 5-7 m), des terrasses eustatiques
(2-4 m) et, apparemment, des glacis d'accumulation au pied de l'escarpement,
composent une topographie passablement heurtée au-dessus des étendues marécag
euses. Une transgression holocène relativement modeste se traduit par l'élargiss
ement des chenaux qui drainent la plaine de Cubatào, ce qui détermine le site portuaire
de Sâo Vicente et de Santos.
Sur ce littoral peu hospitalier à l'origine, surtout vers l'Est, subsistent des noyaux
isolés d'un peuplement de métis (caboclos), au genre de vie très rudimentaire : quelques
cultures dans les clairières, la cueillette et la pêche composent leurs ressources. De
Santos vers l'Ouest, des plaines continues, quoique toujours étroites, ont permis
l'aménagement de quelques rizières par des Japonais ; mais ces derniers cultivent
plutôt le thé sur les pentes voisines. La production des bananes constitue d'ailleurs
l'activité agricole majeure de cette frange maritime. Sâo Vicente, qui s'accroche à un
môle granitique émergeant d'un îlot marécageux, fut le premier établissement portu
gais sur la côte du Brésil ; mais on délaissa peu à peu son chenal envasé au profit
de Santos. La plus jeune des deux agglomérations a fini par rejoindre la précédente
après un développement accéléré, lorsque les chemins de fer et le café tirèrent le litto
ral de sa léthargie. Aux énormes entrepôts se juxtaposent maintenant les installations
industrielles de la plaine de Cubatâo (raffinage des produits pétroliers, et, pour l'avenir,
sidérurgie).
IL — La vallée moyenne du Paraiba
Le Paraiba a fixé sa vallée suivant un sillon allongé du SW au NE entre le coude
de Guararema et le confluent du Piabanha-Preto, où s'amorce un tronçon coupé
de rapides. D'une manière générale, cette zone dépressionnaire peut être considérée
comme un fossé subsident ou tectonique, inégalement calibré selon les secteurs ;
mais, à peu près tout au long, la muraille imposante de la Mantiqueira barre l'horizon
au Nord.
Collines et bassins isolés de la section aval (lre et 2e journées). — Dans
la partie aval de cette région de son bassin, le Paraiba a adopté un tracé en baïon
nette, tantôt suivant fidèlement l'orientation des affleurements de gneiss, tantôt
recoupant ceux-ci. Partout le démantèlement des anciens niveaux étages aboutit à
un relief de buttes mamelonnées, sauf en ce qui concerne les plus basses terrasses
(pl. I, A).
Aux environs de Volta Redonda, la vallée s'élargit à la faveur d'une concentration
locale du drainage qui a provoqué l'élaboration d'un système de larges terrasses à
cailloux roulés. Les plus hauts de ces niveaux suggèrent l'ébauche d'un bassin de
sédimentation. L'activité économique est dominée entièrement par l'implantation
de l'industrie sidérurgique, par suite d'une heureuse situation sur les voies de communi
cations. Les hauts fourneaux et laminoirs de la Cia Siderùrgica Nacionál représentent
dès maintenant plus de la moitié du potentiel brésilien dans cette branche. Ainsi est
née en une dizaine d'années une agglomération de 30 000 hab., dont les installations
et les quartiers s'étagent sur les différentes terrasses de la vallée.
Plus à l'amont, vers 400 m d'altitude, à Rezende, s'ouvre un véritable bassin
sédimentaire, où les argiles, sables et cailloutis plio-pléistocènes se sont entassés
entre la Mantiqueira et la Bocaina (bloc exhaussé de la Serra do Mar). Ces couches
et la bordure des zones métamorphiques voisines ont été découpées en deux niveaux
au moins de hautes terrasses, à 60-70 m et à 20-30 m ; en contre-bas, à 5-8 m, s'em- 56 ANNALES DE GÉOGRAPHIE
boite une accumulation de graviers qui indique une phase torrentielle assez violente.
Le cours du Paraiba pose un problème : en effet, le fleuve délaisse un couloir sédimen-
taire, actuellement perché en inversion de relief, sur le piedmont du massif d'Itatiaia
(dans la Serra da Man tiqueira), pour s'enfoncer plus au Sud en décrivant un coude
dans un affleurement du socle cristallin. L'accumulation des* cônes de la Mantiqueira
a dû le repousser progressivement avant qu'il ne se fixe, par épigénie ou antecedence,
sur son tracé actuel. Toutes les pentes de la région, jadis consacrées au café, sont aujour
d'hui le domaine du pâturage extensif. Cependant, le bas des versants se couvre de
plantations de canne à sucre, et le maraîchage se développe grâce à la proximité des
centres de consommation urbains.
La section amont : le bassin de Taubaté (3e, 4e et 5e journées). — Sur
une longueur de plus de 80 km, la vallée moyenne du Paraiba s'insère dans un ample bas
sin de sédimentation, qui comporte des formations continentales attribuées au Pliocène
ou au Pleistocene inférieur ; entre les sables et cailloutis, qui dominent à la base et
au sommet, des faciès lacustres inégalement épais apparaissent. Le Paraiba paresse
dans une plaine alluviale subactuelle, ruban de 3 à 4 km de large. Cependant le
fleuve vient buter, sauf aux environs de Guaratinguetâ, contre les massifs cristallins
situés sur sa rive gauche, tandis qu'à droite de larges surfaces planes s'étalent.
L'érosion semble avoir marché de pair avec une subsidence assez lente. Mais des défo
rmations tectoniques récentes ne sont pas exclues. Entre Guaratinguetâ et Taubaté
une coupe montre un dérangement brutal dans les assises fluvio-lacustres. En contre
bas d'une surface d'accumulation terminale plio- pleistocene particulièrement belle
près de Sào José dos Campos, où elle se trouve à une altitude absolue de 600 m environ,
l'on note à peu près partout des niveaux de glacis ou de plates-formes taillés dans la
masse sédimentaire (surface de Taubaté, à 20-25 m d'altitude relative par rapport
au Paraiba ; surface de Tremembé, à 10-15 m). Les étages intermédiaires sont le site
des villages et des cultures diverses, tandis que les bas-fonds constituent le domaine
du riz.
Ce schéma a pu être observé au cours de l'excursion surtout aux environs de Tau
baté et de Sâo José dos Campos. Ailleurs, les niveaux les plus élevés ont subi une dissec
tion vigoureuse et leurs buttes-témoins, arrondies, sont empâtées des mêmes dépôts
de pente que dans les régions voisines. Bien des vallons affluents, au profil en berceau,
débouchent vers l'amont sur des cuvettes semi-fermées et marécageuses, qui
évoquent un pseudo-karst et une dissolution en profondeur. Enfin, des dépressions
longitudinales se creusent au contact des massifs qui font partie de la Serra do Mar,
au Sud. Un sillon de ce genre, près de Sào José, a été occupé par la forêt tropicale,
tandis que la haute surface plio-pléistocène, isolée en inversion de relief, porte le
campo cerrado.
Ce bassin, le plus spacieux de tous ceux qui s'insèrent dans les massifs du Brésil
tropical atlantique, semble appeler le peuplement et susciter l'activité. En réalité,
le paysage rural actuel traduit une densité d'occupation extrêmement faible, malgré
la proximité de deux grands foyers de vie urbaine. Il faut tenir compte d'une histoire
assez courte sans doute, mais tourmentée. La vallée connut à la fin du siècle dernier
la fièvre des pionniers qui défrichèrent la forêt et installèrent les plantations de café.
La silhouette de quelques manoirs délabrés marque la décadence de cette économie
rurale. Crise de main-d'œuvre consécutive à l'affranchissement des esclaves, érosion
des sols, et, accessoirement, difficultés d'écoulement sur les marchés mondiaux ont
conjugué leurs effets pour entraîner l'abandon d'une bonne part des domaines.
Entre les deux guerres mondiales encore, certains municipes perdaient environ 20 p. 100 XVIII* CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 57 LE
de leur population. De nouveaux occupants venus des plateaux du Sud ou de l'État
de Minas Gérais ont tantôt loué, tantôt acheté la terre. L'ancienne fazenda modifie
son installation : une cour pour le bétail flanque la maison, cependant que les
habitations satellites essaiment, où vivent les bergers. Cette activité pastorale
demeure assez élémentaire, ignorant souvent la stabulation et la sélection. Quant
à la production laitière, elle s'écoule sur Rio de Janeiro et Sâo Paulo après passage
à la société commerciale ou à la coopérative de la ville voisine, où l'on pasteurise
et fabrique des condensés, poudres et caséines. On note pourtant quelques orangeraies
sur les collines ou terrasses des vallées affluentes : ainsi près de Taubaté en allant sur
Sâo Luis do Paraitinga. Çà et là les plantations d'eucalyptus s'étendent, suscitées par
une véritable faim de bois. Et surtout les bas-fonds des tributaires du Paraiba et la
plaine alluviale elle-même, dans le centre du bassin, sont aménagés en rizières, traitées
selon diverses méthodes, avec ou sans repiquage.
Trois centres urbains visités au cours de l'excursion reflètent, avec des nuances,
l'état actuel de l'économie du moyen Paraiba. Installés sur des terrasses au bord du
fleuve et au passage des routes transversales, ils jouèrent le rôle de petites capitales
au temps de l'aristocratie des planteurs du café. Ils ont connu un regain d'activité
par suite de l'amélioration des communications entre les deux grandes cités brési
liennes. L'ère industrielle qui s'affirme fait bourgeonner et essaimer des quartiers
suburbains, où l'aménagement ne va pas au même rythme que la construction.
Guaratinguetâ, au débouché d'un affluent, ne dispose que d'un site médiocre,
à l'étroit entre des collines et une basse plaine inondable. La ville déborde aujourd'hui
sur l'autre rive. Des fabriques de textiles et de boissons, une école des spécialistes de
l'aéronautique, et une sorte de conurbation avec Aparecida, lieu de pèlerinage,
font de cette agglomération de 30 000 hab. la deuxième du bassin. Taubaté (35 000 hab.)
l'a toujours emporté. Elle fut l'un des points de départ du peuplement de Minas
Gérais. Toutes les branches de l'industrie s'y côtoient. Sâo José dos Campos, fondée au
milieu des clairières dans une des zones les moins humides de la vallée, dispose de
larges terre-pleins qui posent peu de problèmes à l'urbanisme. Aux activités traditionn
elles, comme le travail de la porcelaine, viennent s'ajouter l'installation de sanatoria
et l'ouverture d'un centre technique de l'aéronautique, véritable organisme univers
itaire.
III. — La Serra da Mantiqueira
La montagne qui domine, au Nord, la vallée moyenne du Paraiba de ses pentes
abruptes n'est en réalité "que le rebord d'un nouveau bloc dissymétrique du Plateau
Brésilien. On imagine aisément l'importance de certaines échancrures profondes,
menant à des cols, dans l'histoire du peuplement.
Le massif d'Itatiaia (2e et 3e journées). — Voici tout d'abord un piedmont cons
truit où s'étalent des cônes puissants, aujourd'hui entaillés et démantelés parles affluents
du Paraiba. Leur coupe fait apparaître des galets et des blocs de divers calibres ; inéga
lement décomposés et en tout cas altérés seulement après leur dépôt, ces éléments du
matériel gardent des faces planes et une apparence polyédrique ; ils sont emballés
dans une formation argilo-sableuse. On songerait volontiers à une accumulation fluvio
glaciaire, si la situation géographique et le climat actuel de la région n'incitaient à une
prudente réserve. Certains de ces cônes s'interstratifient sur les couches réputées plio-
pléistocènes du bassin de Rézende. D'autres, en particulier le long de la petite route
qui mène au centre administratif du Parc National d'Itatiaia, seraient plus récents, ANNALES DE GÉOGRAPHIE 58
mais des terrasses étagées existent en dessous de leur surface. Quittant le piedmont,
nous nous engageons dans la vallée qui mène au col du Registro. Dans sa partie infé
rieure, des plaines alvéolaires et des collines arrondies dans les gneiss pourris confèrent
au paysage un cachet authentiquement tropical. Quelques plantations de canne, des
survivances de la culture du café interrompent la monotonie des herbages. Ici encore
des entreprises hôtelières occupent d'anciennes fazendas. Au-dessus de 1 000 m, l'inte
rvention de l'homme se fait plus discrète. La forêt, beaucoup moins dévastée, a été
d'ailleurs systématiquement régénérée. A côté des espèces tropicales et des boisements
récents d'eucalyptus, l'araucaria semble le témoin d'une époque plus sèche que l'ac
tuelle. Vers 1 500 m, l'on peut noter une atténuation sensible de la désagrégation
chimique des gneiss (pi. I, G).
Avec les hautes croupes bosselées, qui ondulent immédiatement au pied de ce
bloc de syénite finement dentelé et profondément buriné, l'on pénètre dans un monde
nouveau. Les statistiques pluviométriques y marquent un net fléchissement des préci
pitations par rapport aux étages moyens. Une topographie moutonnée, de larges
cuvettes juxtaposées ou perchées de quelques dizaines de mètres les unes au-dessus
des autres, les incertitudes d'un réseau de rigoles qui paraît avoir du mal à s'organiser
au milieu des prairies tourbeuses, tous ces traits composent un paysage où plusieurs
auteurs ont vu la marque d'une ancienne glaciation, localisée en haute montagne.
Des dépôts de solifluction de type périglaciaire se plaquent sur les versants. Au
demeurant, dans la matinée du 30 juillet, des cercles de gravillon, à la surface du sol,
ainsi que des mottes boursoufflées et craquelées témoignaient bien de l'intervention
du froid dans les processus climato-morphologiques actuels. Cependant l'altération
chimique ne saurait être négligée : la roche s'exfolie, s'accidente de minuscules
cuvettes où l'eau stagne, et des pellicules superficielles de dépôts rubéfiés se déve
loppent.
Сахаров do Jordâo (5e journée). — La partie de la Serra da Mantiqueira
qui s'élève au Sud de Taubaté et de Sâo José dos Campos diffère sensiblement du
massif d'Itatiaia. Nous l'abordons par la vallée du Rio Buquira, dont le tracé du
NO au SW s'adapte à la structure dans les gneiss. Sur les pentes déboisées, les morsures
des riïls alternent avec des loupes de glissement qui affectent une masse argileuse
de roche altérée. Cependant la couverture rubéfiée des versants se raccorde nettement,
çà et là, à des glacis-terrasses tapissés de galets plus ou moins émoussés ; des banquettes
limoneuses jaunes ou grisâtres, divisées elles-mêmes parfois en deux étages, s'y em
boîtent. Certaines vallées affluentes demeurent perchées, par suite de l'affleurement
d'un banc plus dur. Une exploitation pastorale de même type que dans le bassin de
Taubaté domine l'économie de cette contrée.
L'on quitte le Rio Buquira pour accéder, vers 1 000 m d'altitude, à la surface des
crêtes moyennes ; celle-ci, du reste, profondément découpée par un réseau de cours
d'eau subséquents, se réduit à des lanières dégradées. Des coulées de blocs granitiques
encombrent les pentes. Dans cette partie de la montagne, un peuplement déjà ancien
et relativement dense a attaqué la forêt et l'a presque anéantie. Il s'agit en géné
ral de petits propriétaires qui pratiquent encore des cultures rotatives de maïs et de
tabac, entretiennent quelques rizières et font du maraîchage. Cependant des Japonais,
installés depuis une trentaine d'années, impriment au paysage la marque de leur
exploitation soignée : luttant contre l'érosion du sol par un système de banquettes
disposées en « pomme de pin », ils sont les pionniers d'une économie rurale plus intense
et plus rationnelle. L'arboriculture y tient une place à côté des productions direct
ement vivrières. XVIII* CONGRÈS INTERNATIONAL DE GÉOGRAPHIE 59 LE
Enfin les plateaux de Campos do Jordâo, entre 1 700 et 2 000 m, apparaissent
comme l'héritage d'une surface fort ancienne, triasique peut-être, et remaniée avant
le Crétacé, en tout cas exhaussée, déformée et sans doute disloquée à plusieurs reprises.
Une savane à Araucarias la recouvre, parsemée de nombreuses espèces tempérées
et entre-coupée d'îlots de forêt tropicale à epiphytes, qui s'étirent en galerie dans les
vallons. Du reste, les températures moyennes varient de 16 °C en été à 13 °C en hiver.
Ici le modelé de haute montagne a évolué à partir d'une roche en place uniquement
gneissique. Point n'est question d'une glaciation quaternaire sur des hauteurs qui
ne dépassent guère 2 000 m, à l'exception de quelques monadnocks isolés. Mais les
gneiss modérément altérés sont recouverts, sur les versants les plus élevés, par un
horizon caillouteux de nature périglaciaire et mis en place par solifluction ; au-dessus
se forme, comme aux environs des Aiguilles Noires, une pellicule de sol brun. Vers
l'aval, des lits de galets anguleux proviennent sans doute d'un remaniement du matér
iel précédent, et ils s'étalent sur des terrasses dans la zone urbaine de Campos do
Jordâo. Au contraire, au sommet d'Itapeva (2 030 m), la roche en place affleure,
littéralement délavée : des cupules de dissolution s'y creusent et des cannelures lapia-
zées suivent des lignes de factures obliques à l'axe de la chaîne.
IV. — SIo Paulo
L'itinéraire de la visite, débutant par l'emplacement de la modeste baraque
des missionnaires jésuites du xvie siècle, et aboutissant à l'aéroport, l'un des plus
actifs du monde, essaie de matérialiser sur le terrain l'histoire de Sâo Paulo. Un plateau
exigu domine le confluent de deux tributaires du Tietê : l'Anhangabau et le Taman-
duatei. C'est ici que l'établissement des Jésuites avait constitué le noyau d'une agglo
mération qui groupa rapidement des pionniers portugais. Du reste, les clairières du
bassin constituaient une étape nécessaire entre le littoral de Sâo Vicente et le Parana ;
mais elles n'offraient que des sols médiocres. Malgré les expéditions des bandeir antes,
la bourgade coloniale végète jusqu'aux environs de 1850. Quelques quartiers embryonn
aires se dispersent encore sur les collines voisines, évitant les bas-fonds (baixadas
drainées ou varzeas marécageuses).
Le Sâo Paulo de la fin du xixe siècle résulte du comblement partiel de ces vides,
et surtout de la poussée de nouvelles zones résidentielles le long d'avenues tenta-
culaires, qui rayonnent autour du triangle primitif, c'est-à-dire des rues Sâo Bento,
Direita et 15 de Novembro. La cité s'épanouit brusquement avec le boom du café,
et grâce à l'équipement routier et ferroviaire. D'ailleurs, l'économie capitaliste succé
dant à l'économie patriarcale nécessitait un organisme urbain complexe et suscitait
l'industrie. Des bâtiments officiels et des demeures bourgeoises composent les quart
iers des hauteurs, au style architectural cosmopolite, dans le goût de l'époque.
Cependant, au même moment, des faubourgs ouvriers se développent sur les pentes
et dans les vallées : les immigrants européens s'y entassent.
Alors que la ville du xixe siècle avait acquis la physionomie d'une grande cité
de l'Europe méditerranéenne, celle du xxe porte l'empreinte de l'américanisme et
de l'expansion accélérée. L'industrie déclenche le bond prodigieux de la population,
qui passe de 240 000 hab. en 1900 à 2 600 000 en 1952. Mais, plutôt que les cheminées
d'usine, les centrales électriques et le réseau de transport de force constituent la parure
familière des faubourgs à usines ; ceux-ci s'étirent dans quatre directions principales :
vers l'Est (le long du chemin de fer de Rio), vers l'Ouest (chemin de fer de Sorocaba),
vers le Sud (route de Santos) et vers le Sud-Ouest (Santo Amaro). Cependant que le