L'évolution récente de la population mondiale. Les grandes tendances - article ; n°1 ; vol.60, pg 25-42

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Revue de géographie alpine - Année 1972 - Volume 60 - Numéro 1 - Pages 25-42
Résumé. — La population mondiale a doublé de 1920 à 1970, et elle s'est accrue de 1 100 millions en 20 ans (1950-1970) pour atteindre à cette date 3 600 millions. Les 15 dernières années sont marquées par la fin de la période de compensation démographique, par l'achèvement de la décolonisation, par une certaine stagnation dans les grandes migrations internationales, par le début d'une politique européenne, par une certaine stabilisation dans la baisse de la mortalité, par l'organisation urbaine dont les grands traits sont dessinés. Ce nouveau tournant dans l'histoire de la population mondiale est caractérisé par une accentuation provisoire des disparités : croissance des villes géantes, développement du malthusianisme non seulement dans les pays d'Europe occidentale mais également de l'Italie, du Japon, en Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, U.R.S.S. et Républiques Populaires européennes.
Summary. — The World population has doubled from 1920 to 1970, and it has increased by 1 100 millions in 20 years (1950-1970) to reach at the latter date the figure of 3 600 millions. The last 15 years have been characterized by the end of the period of demographic compensation, by the conclusion of decolonization, by a certain stagnation in the great international migrations, by the beginning of European politics, by a certain stabilization in the decrease of the death-rate, by urban organization whose main features are clearly marked. This new turn in the history of the world's population is characterized by a provisional sharpening of disparities : the growth of giant cities, the increase of Malthusianism not only in the countries of Western Europe but also in Italy, Japan, North America, Australia, New Zealand, the USSR and the European People Republics.
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Publié le 01 janvier 1972
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Germaine Yeyret-Verner
L'évolution récente de la population mondiale. Les grandes
tendances
In: Revue de géographie alpine. 1972, Tome 60 N°1. pp. 25-42.
Abstract
Summary. — The World population has doubled from 1920 to 1970, and it has increased by 1 100 millions in 20 years (1950-
1970) to reach at the latter date the figure of 3 600 millions. The last 15 years have been characterized by the end of the period of
demographic compensation, by the conclusion of decolonization, by a certain stagnation in the great international migrations, by
the beginning of European politics, by a certain stabilization in the decrease of the death-rate, by urban organization whose main
features are clearly marked. This new turn in the history of the world's population is characterized by a provisional sharpening of
disparities : the growth of giant cities, the increase of Malthusianism not only in the countries of Western Europe but also in Italy,
Japan, North America, Australia, New Zealand, the USSR and the European People Republics.
Résumé
Résumé. — La population mondiale a doublé de 1920 à 1970, et elle s'est accrue de 1 100 millions en 20 ans (1950-1970) pour
atteindre à cette date 3 600 millions. Les 15 dernières années sont marquées par la fin de la période de compensation
démographique, par l'achèvement de la décolonisation, par une certaine stagnation dans les grandes migrations internationales,
par le début d'une politique européenne, par une certaine stabilisation dans la baisse de la mortalité, par l'organisation urbaine
dont les grands traits sont dessinés. Ce nouveau tournant dans l'histoire de la population mondiale est caractérisé par une
accentuation provisoire des disparités : croissance des villes géantes, développement du malthusianisme non seulement dans
les pays d'Europe occidentale mais également de l'Italie, du Japon, en Amérique du Nord, Australie, Nouvelle-Zélande, U.R.S.S.
et Républiques Populaires européennes.
Citer ce document / Cite this document :
Yeyret-Verner Germaine. L'évolution récente de la population mondiale. Les grandes tendances. In: Revue de géographie
alpine. 1972, Tome 60 N°1. pp. 25-42.
doi : 10.3406/rga.1972.1248
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1972_num_60_1_1248Germaine VEYRET-VERNER
L'évolution récente
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nant dans l'histoire de la population mondiale est caractérisé par une
accentuation provisoire des disparités : croissance des villes géantes,
développement du malthusianisme non seulement dans les pays d'Europe
occidentale mais également de l'Italie, du Japon, en Amérique du Nord,
Australie, Nouvelle-Zélande, U.R.S.S. et Républiques Populaires euro
péennes.
Summary. — The World population has doubled from 1920 to 1970,
and it has increased by 1 100 millions in 20 years (1950-1970) to reach at
the latter date the figure of 3 600 millions. The last 15 years have been
characterized by the end of the period of demographic compensation,
by the conclusion of decolonization, by a certain stagnation in the great
international migrations, by the beginning of European politics, by a
certain stabilization in the decrease of the death-rate, by urban orga
nization whose main features are clearly marked. This new turn in
the history of the world's population is characterized by a provisional
sharpening of disparities : the growth of giant cities, the increase of
Malthusianism not only in the countries of Western Europe but also
in Italy, Japan, North America, Australia, New Zealand, the USSR and
the European People Republics.
De 1920 à 1970, c'est-à-dire en cinquante ans, la population
mondiale a doublé, passant de 1 811 millions d'habitants à un peu
plus de 3 600 millions. C'est une croissance foudroyante si on la
compare à celle des siècles précédents, aussi bien en valeur relative
qu'en valeur absolue : l'accroissement des cinquante dernières 26 GERMAINE VEYRET-VERNER
années est égal à l'augmentation de la population mondiale depuis
les origines jusqu'à 1920. Mais, fait peut-être plus spectaculaire
encore, cet accroissement cinquantenaire est très progressif : 684
millions en 30 ans (1920-1950) et 1 100 millions en 20 ans (1950-
1970). Cela s'explique par un mécanisme relativement simple :
un taux de croissance plus fort que celui de la période trentenaire
précédente s'appliquant à un chiffre de population sans cesse élevé.
Pourtant, à y regarder de plus près, la dernière décennie, plus
exactement les 15 dernières années, semble amorcer un nouveau
tournant dans l'histoire de la population mondiale. Sans doute,
l'accroissement spectaculaire n'est pas prêt d'être stoppé puisque
désormais les taux de croissance porteront sur des chiffres globaux
extrêmement élevés, mais il n'est pas exclu de penser que la crois
sance relative peut marquer un temps d'arrêt, que certaines dispar
ités actuelles puissent s'accuser et d'autres s'estomper. Il vaut la
peine de réfléchir à ce problème avec objectivité et avec une optique
de géographe sensible à la répartition de ces grandes masses humain
es. C'est pourquoi il nous a paru intéressant de rechercher pour
quoi nous semblons assister à un nouveau tournant et d'en dégager
les grandes tendances.
I. — UN NOUVEAU POINT DE DÉPART :
LES TROIS DERNIERS LUSTRES
Si le taux d'accroissement naturel annuel reste très élevé et
sensiblement le même au cours des 15 dernières années, 18 %<? de
1950 à 1960 et de 1958 à 1966, voire même légèrement supérieur
de 1960 à 1966 (19 %0), plusieurs faits majeurs sont annonciateurs
d'un changement.
La fin de la période de compensation démographique est évi
dente pour tous les pays industrialisés de civilisation occidentale,
l'U. R. S. S., les Républiques populaire et le Japon. Après une
augmentation assez sensible des taux de natalité de 1945 à 1955,
c'est-à-dire pendant une décennie, nous assistons de nouveau à une
diminution ou stabilisation, surtout depuis 1964. Quelques exemp
les sont particulièrement nets. C'est le cas de l'Amérique du Nord
(U. S. A. et Canada). Les Etats-Unis, qui détenaient encore un taux
de natalité moyen de 24,5 %o entre 1950 et 1954, ont vu ce
fléchir à 21,7 %0 en 1963, descendre à 19,4 %o en 1965, 17,8 %0 en 1967,
17,4 %0 en 1968. De même les taux canadiens passent de 27,7 %0
(1950-1954) à 21,4 %o en 1965, 17,7 %0 en 1968. Le cas de l'U. R. S. S. récente de la population mondiale 27 l'évolution
est aussi spectaculaire : 26,4 %0 de 1950 à 1954, 18,2 %o en 1966,
17,3 %0 en 1968. A cette date, 15 Etats européens ont des taux infé
rieurs à 17 %o, alors que pour la période 1955-59 on n'en comptait
que 6. On peut donc affirmer qu'en 1960 la période de compensat
ion démographique a pris fin. Seule la République fédérale all
emande fait toutefois exception, car elle avait connu un creux de
1945 à 1955 (conséquence de sa défaite militaire) et la période posté
rieure est pour elle une période de redressement économique et
démographique. Par contre le Japon ne fait pas exception à la
règle (taux moyen de natalité 23,7 %0 de 1950 à 1954, 18,2 de 1955
à 1959, 17,2 de 1960 à 1964).
La décolonisation en voie d'achèvement est une autre carac
téristique de cette nouvelle période; on ne peut encore en mesurer
toutes les conséquences démographiques, mais dont on peut prévoir
qu'elles seront considérables : accentuation, en un premier temps,
du malthusianisme dans les anciens pays colonisateurs, qui doivent
absorber le retour des coloniaux et risquent de perdre des débou
chés; nécessité pour les nouveaux pays indépendants de faire évo
luer leur économie d'un type colonial à un type industriel et de
freiner dans bien des cas leur expansion démographique. Or la fin de
la guerre d'Indochine, l'indépendance de l'Inde, de la Tunisie, du
Maroc, de l'Algérie, la décolonisation de l'Afrique Noire anglaise,
belge ou française, les efforts de plus en plus considérables depuis
15 ans des pays de l'Amérique latine pour échapper à la tutelle
des U. S. A. et pour lutter contre le système des latifundia sont
autant de faits annonciateurs d'inévitables bouleversements dans les
attitudes démographiques. Sinon, ce serait la première fois dans
l'histoire que l'indépendance politique ne s'accompagnerait pas de
recherche de l'émancipation économique et d'une évolution de la
population.
La fin des grands transferts de population et des grandes'
migrations internationales est une autre donnée du problème
dont les conséquences peuvent modifier les densités et les compor
tements démographiques. Sans insister sur la consolidation à partir
de 1955 de l'Etat d'Israël grâce aux puissantes migrations de l'après-
guerre, les grands transferts de population (Russes, Polonais, All
emands) en Europe centrale et orientale, non seulement sont achevés
vers 1955, mais sont suffisamment consolidés et ont acquis un
caractère assez définitif pour constituer un état de fait susceptible
d'infléchir certains aspects de l'évolution de la population. Il en est
de même du retour des anciens coloniaux dans leur pays d'origine
ou de leur installation sur de nouvelles terres (Belges et surtout
Néerlandais); on peut dire qu'entre 1955 et 1960, ils s'installent 28 GERMAINE VEYRET-VERNER
d'une manière définitive soit dans la mère patrie, soit dans des Etats
encore jeunes et faiblement peuplés (Brésil, Canada). Enfin, les
grandes migrations européennes vers les pays neufs ne sont plus
que des exceptions au cours de la dernière décennie. Si l'immédiat
après-guerre avait semblé favorable à de nouveaux mouvements
migratoires grâce à l'attraction exercée par l'Amérique, ces possi
bilités furent assez limitées (U. S. A. et Canada recherchant leur
propre optimum économique sans faire appel à de grandes masses
non américaines et à une densité trop forte de population).
Le démarrage d'une politique européenne est certainement
un élément nouveau qui peut être à l'origine d'une nouvelle évolu
tion démographique. Le traité de Rome de 1958, qui créait une vaste
Communauté Economique Européenne (6 Etats) devant être réalisé
en dix ans et pouvant éventuellement s'adjoindre de nouveaux pays,
a eu le mérite d'organiser un vaste ensemble territorial, apparte
nant à la même civilisation, ayant un chiffre de population, donc
un marché, comparable à celui des deux grandes puissances mond
iales, et un potentiel économique considérable. En contribuant à
créer une vaste communauté humaine liée par la même civilisa
tion, les mêmes intérêts, le traité de Rome a favorisé la prise de
conscience d'une appartenance et d'une solidarité européenne; il a
peut-être réussi à étouffer certains nationalismes, et rien ne dit
qu'à moyen ou long terme cela ne se traduise par une nouvelle
vitalité démographique, l'union étant plus stimulante que le mor
cellement. Ce sentiment d'appartenance à un ensemble puissant esl
certainement plus tonique que le sentiment d'appartenance à un
petit pays, sauf si ce petit pays constitue une minorité menacée.
Même avec ses fortes densités, il n'est pas exclu que l'Europe de
demain soit moins malthusienne que celle d'aujourd'hui, encore
engoncée dans le souvenir des deux dernières guerres.
Une certaine stabilisation dans la baisse de la mortalité
nous paraît être un autre indicateur. En effet, l'accroissement
spectaculaire de la population mondiale au cours du dernier siècle,
et en particulier au cours des cinquante dernières années, est dû en
grande partie à la baisse de la mortalité, la natalité étant restée
stationnaire ou ayant même régressé dans certains cas. Or, il est
bien évident que la mortalité ne peut continuer à baisser d'une
manière aussi progressive. Dans certains cas, il paraît difficile que
la mortalité infantile descende très au-dessous de ce qu'elle est
aujourd'hui (Suède, Canada, U.S.A.) et, d'autre part, même dans
les pays du tiers monde, si la marge de diminution possible est
encore grande, il paraît évident dès à présent que la courbe descen
dante sera moins accentuée et que, surtout, même dans ces pays, l'évolution récente de la population mondiale 29
dès qu'ils seront plus engagés dans la voie de l'industrialisation et
de l'urbanisation, la courbe de la natalité pourra, dans un proche
avenir, diminuer plus rapidement que celle de la mortalité.
En définitive, le taux d'accroissement naturel mondial risque
à moyen terme d'être plus faible qu'aujourd'hui. L'Europe, après
avoir connu au cours du xixe siècle un taux d'accroissement naturel
plus fort que les autres continents, à cause d'une faible mortalité
qu'accompagnait encore une forte natalité, a perdu cette supérior
ité parce que les pays du tiers monde ont bénéficié de la baisse
générale de la mortalité sans perdre leur forte natalité. Mais il n'est
pas absurde de penser que ces derniers à leur tour seront conduits
au malthusianisme, peut-être à un moment où l'Europe, soucieuse
de s'affirmer comme puissance mondiale, voudra faire le poids
démographiquement et maintenir des taux de fécondité relativ
ement élevés. Nous pouvons donc émettre l'hypothèse que l'accroi
ssement naturel est peut-être à un tournant de son évolution et que
cette évolution peut réduire les fabuleux écarts actuels qui existent
entre les pays occidentaux, plus spécialement l'Europe, et le tiers
monde. Cette hypothèse à moyen terme aboutirait aux résultats
suivants : pour les pays du tiers monde, plus spécialement l'Asie,
double baisse de la mortalité et de la natalité, la natalité pouvant
diminuer plus brutalement et plus longtemps que la mortalité, pro
voquant une stagnation puis une décroissance du taux d'accroiss
ement naturel; pour les pays de civilisation industrielle, stagnation
des taux de mortalité qui ne peuvent pas poursuivre indéfiniment
leur courbe descendante, légère progression des taux de fécondité,
ï
1968 58 59- 66 1955 56 57
Fig. 1. - Accroissement naturel faible des pays d'Europe occidentale,
depuis une quinzaine d'années. CxERMAINE VEYRET-VERNER 30
donc d'accroissement naturel. Sans doute les tendances de ces dix
dernières années ne laissent-elles pas, à première vue, prévoir cette
évolution, mais c'est en réfléchissant d'une manière plus appro
fondie sur elles que s'ouvrent de nouvelles perspectives peut-être
plus équilibrantes.
D'énormes agglomérations et une organisation urbaine en
partie dessinée constituent un autre trait de cette dernière période.
En effet, si la poussée de la population urbaine est spectaculaire dès
la fin de la Seconde Guerre mondiale, les quinze dernières années
voient se dessiner de nouvelles tendances. Les villes atteignent très
vite une grande dimension. La notion de ville disparaît pour faire
place à celle d'agglomération, et l'agglomération elle-même devient
souvent si incohérente que la nécessité apparaît de créer des
« villes nouvelles » pour empêcher la croissance de banlieues de
plus en plus inorganiques, ou de revitaliser certaines petites villes
qui risquaient d'être étouffées par la croissance d'organismes géants.
Ainsi s'est ébauchée dans la plupart des pays une tentative d'orga
nisation urbaine régionale plus ou moins bien hiérarchisée, liée
aux grands axes nouveaux de circulation et aux conditions nou
velles des activités économiques. Cette puissante poussée d'urbanis
ation, plus ou moins contrôlée et organisée, est le grand fait des
quinze dernières années, et ses conséquences démographiques
peuvent être considérables. Si la mortalité est plus faible dans les
villes qu'à la campagne, il en est de même de la fécondité. Aussi
le retard de certains pays à s'urbaniser peut accentuer les dispar
ités. D'autre part l'urbanisation dans les pays sous-développés est
loin d'avoir les mêmes caractères que celle des pays industrialisés :
les villes rassemblent souvent un prolétariat qui ne trouve plus de
travail à la campagne mais dont le comportement démographique
reste aussi primitif que dans les campagnes. Dans ce cas, la poussée
urbaine n'a pas les mêmes incidences que dans les pays indust
rialisés.
En guise de conclusion : Des conditions nouvelles contradictoires.
On ne peut nier que depuis une quinzaine d'années la popul
ation mondiale soit à une nouvelle croisée des chemins et que ces
chemins soient extrêmement nombreux et variés, rendant toute
prévision d'itinéraire délicate. Néanmoins il n'est pas inutile
d'essayer d'apporter un peu de clarté.
1° En principe, malgré иц taux d'accroissement naturel mondial
très élevé et qui demeure stationnaire (18-19 %0) depuis plus d'une
décennie, les conditions nouvelles qui se sont précisées au cours récente de la population mondiale 31 l'évolution
de ces derniers lustres permettent d'envisager une baisse du taux
d'accroissement naturel, la baisse de la mortalité ayant ses limites
et les taux de fécondité ne pouvant plus demeurer très élevés dans
des pays en voie de développement ou d'industrialisation : la Chine
par exemple. L'urbanisation et l'industrialisation auront tendance
à accentuer ce comportement. Or il est bien évident que les deux
phénomènes sont en route dans de nombreux pays du tiers monde,
soit à l'initiative de nouveaux gouvernements indépendants, ou de
grandes sociétés industrielles. Il est certain que la tradition sera
ébranlée si l'industrialisation réussit à s'implanter et à provoquer
une élévation du niveau de vie.
2° Dans les pays industrialisés, les forces sont plus contra
dictoires que jamais : l'urbanisation et l'élévation du niveau de
vie ne peuvent que continuer à aggraver le malthusianisme, mais
d'autre part le vieillissement accentué et le sentiment d'apparte
nance à une civilisation qui devient minoritaire par le nombre de
ses habitants peuvent être un aiguillon pour une nouvelle expansion
démographique à la recherche d'un nouvel équilibre entre les diffé
rents secteurs d'activité et portant sur des espaces plus vastes que
jadis (Europe occidentale, Amérique du Nord, Républiques popul
aires d'Europe centrale, U. R. S. S.).
Une réflexion approfondie sur les données nouvelles qui appa
raissent en filigrane au cours de ces dernières années nous ache
mine vers la conception d'une nouvelle époque démographique. Les
tendances récentes des 15 dernières années ne semblent pas pour
l'instant le confirmer, mais il en est souvent ainsi en démograp
hie : les révolutions ne s'accomplissent qu'avec un certain retard
sur les données de départ, et c'est pourquoi leur analyse est
d'autant plus intéressante.
II. — LES GRANDES TENDANCES
Depuis trois et surtout deux lustres se dégagent avec force
de grandes tendances à la fois sur le plan général et régional,
ce dernier terme étant compris au sens très large.
Les tendances générales.
Un accroissement global spectaculaire.
Il suffit de rappeler l'accroissement spectaculaire de la popul
ation mondiale en valeur absolue et en valeur relative Depuis 32 GERMAINE VEYRET-VERNER
15 ans le taux d'accroissement moyen est de 19 %c, ce qui
signifie une augmentation annuelle moyenne de l'ordre de 60
à 65 millions, pour la décennie passée. Cet accroissement annuel
absolu aura tendance à augmenter si le taux relatif reste inchangé,
puisqu'il s'appliquera à une population de plus en plus nombreuse.
Si le taux d'accroissement naturel reste inchangé, ce qui n'est pas
exclu (la mortalité pouvant encore diminuer dans le tiers monde
au même rythme que la natalité), la population mondiale, qui a
doublé de 1920 à 1970, qui a augmenté de 60 % de 1920 à 1960,
pourrait également doubler de 1960 à 2000 (c'est-à-dire pendant le
même intervalle) et atteindre ou dépasser 6 milliards d'habitants.
Il est plus probable que la natalité diminuera plus vite que la
mortalité, même dans les pays du tiers monde où l'évolution malthu
sienne peut être plus rapide que prévu, et que ce chiffre ne sera
pas atteint, mais en l'an 2000 la population mondiale dépassera
sans doute 5 milliards. Dans cet accroissement, les disparités
risquent de s'accroître en valeur absolue, même si en valeur relative
nous assistons à une diminution des taux d'accroissement naturel
du tiers monde (Asie, Afrique, Amérique du Sud). La population
européenne, qui s'était accrue de 30,7 % de 1920 à 1960 (alors que
la population mondiale augmentait de 60 %), verrait ce pourcent
age s'amenuiser encore et se situer autour de 24 %, ce qui signifie
que la population des pays du tiers monde ferait plus que doubler
de 1960 à l'an 2000.
Des densités contrastées.
Cette évolution n'affecte que partiellement la répartition des
densités qui restent extrêmement contrastées parce qu'elles sont le
résultat d'une longue histoire démographique que l'évolution
récente ne peut que partiellement corriger. En effet, on continue
à distinguer quatre grands types de densités : 2 types de fortes
densités, 2 de faible densité. Les premiers correspondent pourtant
à 2 régimes démographiques et économiques différents : les fortes
densités des pays industrialisés d'Europe et du Japon malgré un
faible accroissement naturel, les fortes densités des pays asiatiques
d'économie rurale ou en voie de mutation répondant à un fort
accroissement actuel. C'est ainsi que l'ensemble de l'Europe sauf
l'U. R. S. S. enregistrait en 1968 une densité moyenne de 92 au km2,
l'ensemble de l'Asie 71, respectivement 3,8 fois et 2,9 fois la densité
mondiale moyenne. Dans ces deux ensembles très fortement peuplés,
certains pays atteignent des chiffres extraordinaires; pour les pays
industrialisés à accroissement naturel moyen ou faible, notons en
Asie le Japon (173), tandis que, en Europe, 20 Etats comptent plus Canada
1968 1955 56 57 58 59 1960 61 62 63 64 65 66 67
Fig. 2 . — Baisse de la natalité en Amérique du Nord et Australie.
1955 56 57 58 59 1960 61 62 63 64 65 66 67 196a
Fig. 3. — Mortalité stationnaire aux U.S.A., Australie et Canada.