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La régularisation du Drac par le réservoir du Sautet - article ; n°1 ; vol.14, pg 219-226

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Revue de géographie alpine - Année 1926 - Volume 14 - Numéro 1 - Pages 219-226
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Publié le 01 janvier 1926
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Langue Français

M. André Robert
La régularisation du Drac par le réservoir du Sautet
In: Revue de géographie alpine. 1926, Tome 14 N°1. pp. 219-226.
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Robert André. La régularisation du Drac par le réservoir du Sautet. In: Revue de géographie alpine. 1926, Tome 14 N°1. pp.
219-226.
doi : 10.3406/rga.1926.4973
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1926_num_14_1_4973ACTUALITÉ
LA REGULARISATION DU DRAC
PAR LE RÉSERVOIR UU SAUTET
La sécheresse exceptionnelle de 1921 et son influence néfaste sur
l'industrie hydro-électrique ont attiré l'attention des exploitants et
du public sur la nécessité d'aménager de vastes réservoirs permettant
de régulariser le débit des cours d'eau et de parer à des insuffisances
prolongées. Parmi tous les projets de cette nature qui sont nés ces
derniers temps, l'un des plus intéressants est, sans aucun doute,
celui du réservoir du Sautet, présenté par la Société Forces Motrices
Bonne et Drac.
Le Drac, l'un des principaux affluents de l'Isère, est un torrent
qui, par son débit moyen et sa pente, se prêterait d'une façon remar
quable à la production d'importantes forces hydrauliques.4 Malheu
reusement, l'irrégularité très prononcée de son débit a retardé, jus
qu'à présent, le développement de son utilisation industrielle. Or
les récentes études effectuées par la Société Forces Motrices Bonne
ei Drac ont mis en évidence, dans la région de Corps, un emplace
ment tout à fait favorable à la création d'un grand réservoir qui
permettra de régulariser le débit du Drac d'une façon particulièr
ement intéressante.
Emplacement du barrage. — Un peu en aval du confluent de la
Souloise (fig. 1), la large vallée du Drac se rétrécit brusquement et
le torrent pénètre, vers le pont du Sautet, dans une gorge étroite
et profonde qu'il a creusée à une époque relativement récente,
d'abord à travers une série de dépôts alluvionnaires, fluvio-glaciaires
et glaciaires, puis dans des assises régulières de calcaires et de
marno-calcaires noirâtres (jurassiques). Ces assises, qui font partie
d'un bombement anticlinal entamé par le Drac, sont disposées en
bancs alternativement compacts et un peu marneux, d'une stabilité
et d'une imperméabilité très grandes.
14. 220 ANDRE ROBERT.
Illustration non autorisée à la diffusion
Clelles
Panas 2 522
Fig. 1. — Carte du bassin versant utilisé.
(Cliché du Génie civil.)
Le canon, remarquable creusé par le cours d'eau (et dont la flg. 2
montre les très curieuses proportions) l se prête d'une façon
tout à fait exceptionnelle à la construction d'un barrage de grande
hauteur (125 m. hors sol) qui relèvera les eaux jusqu'à l'altitude
• 765 mètres dans les vallées du Drac et de la Souloise. Etant donné
l'étroitesse de la gorge et la solidité de ses parois, cet ouvrage
1 On trouvera dans l'article de M. Auguste Bouehayer, le Bassin du Drac
(Bévue de Géographie alpine, XIIIj 1925, p. 610), une belle photographie du •
canon du Sautet. RÉGULARISATION DO DRAG PAR LE RESERVOIR t>Ù SAuTET. 221
pourra être établi suivant le type « en voûte » qui permet, tout en
assurant une sécurité absolue, de réaliser une économie considérable.
Illustration non autorisée à la diffusion
Fig. 2. — Profil en travers ďu cafíou du Sautet.
(Cliché du Génie civil.)
L'évacuation des crues se fera, sans difficultés techniques parti
culières, au moyen d'un déversoir et de galeries établis sur la rive 222 ANDRÉ ROBERT.
droite. Ces ouvrages seront calculés de manière à permettre l'éco
ulement d'un débit de 800 mètres cubes par seconde, valeur offrant
toutes les garanties de sécurité nécessaires, même en cas de crue
exceptionnelle.
Description du réservoir. — Le relèvement des eaux produit par
le barrage du Sautet aura pour effet de créer un réservoir d'une
superficie de 352 hectares et d'une capacité de 130 millions de
mètres cubes, dont on n'utilisera, que la tranche supérieure de
40 mètres représentant encore un volume de 100 millions de mètres
cubes. Ce lac artificiel formé de deux branches, l'une de 8 kilomètres
de longueur dans la vallée du Drac, l'autre de 4 kilomètres dans la
vallée de la Souloise (flg. 3), sera dominé par les massifs de l'Obiou
et du Farot, et par les montagnes de la région de Corps.
La surface à submerger ne comporte que 12 maisons d'habitation
et 20 granges, constituant les hameaux de Saint-Brème et des
Périers habités par une quarantaine de personnes. La superficie des
terrains noyés se répartit de la façon suivante :
Vignes, labours, prés et bois 224 hectares.
Terrains incultes 52 —
Lits^ des torrents 7 G —
D'autre part, la réalisation du projet ne nécessitera la recons
truction que d'une faible longueur de voies publiques.
L'importante question de l'engravement du réservoir par les
apports solides du bassin versant a déjà fait l'objet d'études appro
fondies. La Société Forces Motrices Bonne et Drac se propose, d'une
part de combattre le mal à sa source en entreprenant des travaux
de reboisement et de regazonnement, d'autre part de procéder à des
dragages fréquents aux embouchures du Drac et de la Souloise
dans le lac. Les matériaux déposés par ces deux cours d'eau seront
emportés au moyen de chalands et déversés dans la tranche de
fond de 30 millions de mètres cubes qui reste inutilisée dans le
réservoir.
Etanchéité du bassin de retenue et glissement des berges. — La
question de l'étanchéité du bassin a été étudiée par le regretté pro
fesseur W. Kilián, qui a rédigé à ce sujet plusieurs rapports dont
.les conclusions ont été vérifiées et approuvées par une Commission
géologique nommée par le Ministre des Travaux publics. Nous
croyons intéressant de donner ci-après quelques extraits de ces
rapports.
Pour la partie profonde de la cuvette, les conclusions de M. Kilián
sont les suivantes :
L'étanchéité du bassin peut être considérée comme complète, la RÉGULARISATION DU DRAG PAR LE RÉSERVOIR DU SAUTET. 223
Illustration non autorisée à la diffusion Departement
HTES Alpes des
Barrage du Sautet
Fig. 3. — Plan du futur lac du Sautet.
(Cliché du Génie civil.)- 224 ANDRÉ ROBERT.
cuvette étant partout formée de schistes, de marno- calcaire s et de
calcaires liasiques et jurassiques imperméables, avec quelques pla
cages de poudingues et de formations quaternaires fluvio-glaciaires,
localisées à un niveau supérieur à celui de la retenue. De plus, il
n'existe dans le voisinage aucun point bas vers lequel pourraient
s'écouler des fuites si le bassin- n'était pas (comme c'osl heureuse
ment et nettement le cas) d'une grande étanchéité.
La structure géologique du bassin accuse un pendage éminemment
favorable en amont du pont du Sautet {inclinaison des bancs vers
l'amont). En aval du pont, les assises sont ondulées et accidentées
de quelques diaclases {d'ailleurs souvent discontinues) , dislocations
n'offrant aucun passage à l'eau et s'enfonçant d'ailleurs en pro
fondeur ou latéralement sans aboutir à aucune voie permettant des
fuites vers l'aval. Les joints des couches que l'altération superficielle
met en évidence sont en réalité formés de feuillets argilo-schisteuœ
imperméables et les quelques suintements auxquels, par impossible,
elles pourraient livrer passage, subissent une perte de charge telle
que, malgré l'inclinaison des bancs vers l'aval dans le voisinage du
barrage, ils ne constituent pas un danger, étant donné la longueur
du parcours nécessaire pour contourner le barrage. D'ailleurs, un
colmatage rapide des moindres interstices par les matières en sus
pension dans l'eau du Drac est à prévoir dès le remplissage de la
retenue.
la' En ce qui concerne partie supérieure de la cuvette, M. Kilián
a fait les constatations suivantes :
Sur la rive gauche, il n'y a pas lieu de formuler des craintes sur
l'imperméabilité des terrains, et des fuites ne sont absolument pas
possibles de ce côté.
Sur la rive droite, entre le confluent de la Souloise et la région
du Bas-Quet, on observe un déplacement épigénique du cours du
Drac vers le Sud, qui s'est effectué pendant la durée des temps
quaternaires. Le Drac s'est creusé la gorge actuelle en laissant au
Nord son ancien thalweg remblayé et obstrué d'alluvions cimentées
en poudingues et de cailloutis fluvio-glaciaires d'une imperméabilité
douteuse (fig. 4). Mais le trajet qu'auraient à parcourir les fuites
intersticielles pour suivre cet ancien thalweg aurait une longueur
oscillant entre 1.000 et 2.500 mètres, de sorte que les pertes de
charge subies dans ce circuit auraient pour effet de diminuer nota
blement .ou même d'annuler complètement l'écoulement de ces in
filtrations. La surélévation projetée du plan d'eau me paraît donc
parfaitement réalisable et ne comporte aucun risque de catastrophe.
La condition de l'étanohéité du bassin sera donc remplie d'une
façon satisfaisante.
En outre, M. Kilián a examiné si la création du réservoir n'aurait DU DRAG PAR LE RÉSERVOIR DU SAUTET. 225 RÉGULARISATION
■pas pour effet d'aggraver les glissements de terrain de la région
de Pellafol. Il a conclu que, la retenue n'atteignant nulle part les
cailloutis et boues glaciaires très instables de cette région, la pré
sence d'une nappe d'eau tranquille aurait plutôt une action bien
faisante en relevant le niveau de base des torrents qui se déversent
sur la rive gauche de la Souloise.
Niveau 765"
Fig, 4. — Coupe géologique de la région aux abords du barrage.
A. Ancien talweg du Drac, remblayé, dont l'axe s'abaisse vers l'aval.
Effet utile du réservoir. — Le rôle essentiel du réservoir sera
d'emmagasiner, au moment des crues, les eaux surabondantes et
inutilisables, et de les restituter en périodes d'étiage. Si l'on calcule
l'énergie que chaque vidange de la tranche utile de 100 millions de
mètres cubes permettra de récupérer à la sortie des usines exis
tantes ou restant à aménager en aval (c'est-à-dire compte tenu du
rendement des installations), on arrive aux chiffres suivants :
136 millions de kilowatts-heure jusqu'à la mer (différence de
niveau moyenne : 749 m.).
117 millions de kilowatts-hèure jusqu'au confluent de l'Isère et
du Rhône (différence„de niveau moyenne :.640 m.).
100 millions de kilowatts-heure jusqu'au du Drac et
de l'Isère (différence de niveau moyenne : 545 m.).
D'autre part, si l'on recherche quel aurait pu être l'effet utile
du réservoir pendant les huit années de 1904 à 1911 au cours des
quelles les débits du- Drac ont été mesurés journellement par le
Service des Grandes Forces hydrauliques, on voit que le débit mi
nimum du Drac au Sautet aurait été relevé de 5,1 à 14,7 mètres
cubes par seconde, c'est-à-dire aurait été presque triplé par le jeu
du réservoir.
Il est intéressant de signaler que la courbe moyenne des débits
du Drac est particulièrement favorable au fonctionnement d'un ré
servoir, grâce à l'existence de deux maxima annuels, l'un en mai-
juin dû à la fonte des neiges, l'autre en octobre-novembre dû aux
pluies d'automne. ANDRÉ ROBERT. 226
Les chiffres qui précèdent font ressortir l'amélioration considé
rable que la présence du réservoir du Sáutet apportera au régime
du Drac, ainsi que le gain qui en résultera pour toutes les usines
d'aval; ce ne seront du reste pas les seuls effets utiles de l'ouvrage.
Parmi les avantages que la région pourra retirer de sa création, il
faut encore citer l'atténuation des apports solides au bénéfice de
tout le pays inférieur et, en particulier, de la plaine de Grenoble.
Enfin, il ne faut pas négliger non plus le côté pittoresque de l'œuvre
et il convient de signaler le grand intérêt touristique qu'aura l'exis
tence d'un beau lac, encadré de massifs montagneux, et qui sera
rendu accès particulièrement aisé par le futur chemin de fer
de La Mure à Gap.
On voit donc que l'on se trouve bien en présence d'un projet d'in
térêt général qui, grâce aux dispositions topographiques particu
lièrement favorables, pourra être réalisé dans des conditions d'éc
onomie tout à fait exceptionnelles. Il est à souhaiter que cette
réalisation soit bientôt un fait accompli et que le réservoir du
Sautet vienne apporter prochainement de nouvelles richesses à la
région dauphinoise.
André Robert,
Ingénieur I. E. G.