Politique Agricole Commune (P.A.C.) et clientélisme politique en Epire (Grèce du Nord-Ouest) - article ; n°4 ; vol.80, pg 129-146

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Revue de géographie alpine - Année 1992 - Volume 80 - Numéro 4 - Pages 129-146
Abstract : The Common Agricultural Policy (CAP) and political favouritism in Epirus (north-west Greece). The article examines the geography and economy of Epirus and in particular the role of agriculture. This overview enables the author to identify the effects of Greece's entry into Europe in 1981, particularly with regard to the agricultural sector as a result of the setting up of the CAP. A serious problem facing the country is that of political favouritism, a tradition so deeply rooted in the political history of the country and government operations in general that it still prevails over all other considerations pite Greece's entry into the European Common Market. This situation is illustrated by reference to the conditions in Epirus for obtaining the financial help and bonuses available to mountain farmers through the CAP.
Résumé : Après avoir présenté la géographie et de l'Epire, et notamment de la place de son agriculture, l'auteur précise quels ont été les effets de l'intégration de la Grèce en Europe en 1 981 , particulièrement dans le secteur agricole avec la mise en place de la PAC. Le grave problème que pose à ce pays la tradition du « clientélisme », si profondément liée à son histoire politique et au fonctionnement de son administration, ne semble pas avoir été résolu ; les conditions d'accès aux aides et aux primes de la PAC pour les agriculteurs de montagne illustrent cette situation.
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Publié le 01 janvier 1992
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Georges Tsioubos
Politique Agricole Commune (P.A.C.) et clientélisme politique en
Epire (Grèce du Nord-Ouest)
In: Revue de géographie alpine. 1992, Tome 80 N°4. pp. 129-146.
Abstract : The Common Agricultural Policy (CAP) and political favouritism in Epirus (north-west Greece). The article examines the
geography and economy of Epirus and in particular the role of agriculture. This overview enables the author to identify the effects
of Greece's entry into Europe in 1981, particularly with regard to the agricultural sector as a result of the setting up of the CAP. A
serious problem facing the country is that of political favouritism, a tradition so deeply rooted in the political history of the country
and government operations in general that it still prevails over all other considerations pite Greece's entry into the European
Common Market. This situation is illustrated by reference to the conditions in Epirus for obtaining the financial help and bonuses
available to mountain farmers through the CAP.
Résumé : Après avoir présenté la géographie et de l'Epire, et notamment de la place de son agriculture, l'auteur précise quels
ont été les effets de l'intégration de la Grèce en Europe en 1 981 , particulièrement dans le secteur agricole avec la mise en
place de la PAC. Le grave problème que pose à ce pays la tradition du « clientélisme », si profondément liée à son histoire
politique et au fonctionnement de son administration, ne semble pas avoir été résolu ; les conditions d'accès aux aides et aux
primes de la PAC pour les agriculteurs de montagne illustrent cette situation.
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Tsioubos Georges. Politique Agricole Commune (P.A.C.) et clientélisme politique en Epire (Grèce du Nord-Ouest). In: Revue de
géographie alpine. 1992, Tome 80 N°4. pp. 129-146.
doi : 10.3406/rga.1992.3655
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rga_0035-1121_1992_num_80_4_3655Politique Agricole Commune (P.A.C.)
et clientélisme politique en Epire
(Grèce du Nord-Ouest)
G.Tsioubos
осрЭро (BOPEIOAYTIKH KOINH Kai axr|v (К.А.П.) 7iapoDoíaari LXEIEIS ахг( керюхц. акохекег АГР0Т1КН GÉari KAI Í- STHN О kov -тедаурафпсп аат| xr\q ПЕЛАТЕ1АКЕ2: стиуурафеас цш ЕЛЛААА). аьтц Hneípov, oxr\П0Л1Т1КН cruvojraicrí НПЕ1Р0 етп- коа То \ie í
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кахаохаат|с. sector as a result of the setting up of the
REVUE DE GÉOGRAPHIE ALPINE 1992 №4 I
A serious problem facing the pite Greece's entry into the European CAP.
country is that of political favouritism, Common Market. This situation is
a tradition so deeply rooted in the poli illustrated by reference to the conditions
in Epirus for obtaining the financial help tical history of the country and govern
ment operations in general that it still and bonuses available to mountain fa
prevails over all other considerations rmers through the CAP.
N< ous livrons dans ce texte nos premières hypothèses tirées
d'une enquête portant sur l'adhésion de la Grèce à la C.E.E. et
l'application de la RA.C. dans la région d'Epire, enquête tou
jours en cours et que nous menons depuis 1988. La mise sur
pied de la P.A.C. dans la région de l'Epire se donnait deux object
ifs principaux : soutenir les revenus des agriculteurs de cette r
égion défavorisée — la plus pauvre sans doute, de l'Europe
communautaire, et contribuer à la restructuration de son agricul
ture. Pour ce qui est du premier objectif, nous observons un flux
de subventions, sous diverses formes, qui renforcent les revenus
agricoles contribuant ainsi à la réalisation de l'objectif de la
P.A.C. de rendre les revenus agricoles « équitables » avec ceux des
autres secteurs économiques. Il en est autrement du deuxième
objectif dont l'accomplissement se heurte à trois facteurs : à la
nature même de la P.A.C., à son « instrumentalisation » politique
à des fins électorales et dientélistes et, enfin à la morphologie,
tant naturelle que sociale, de la région.
L'Epire
Cette région est située à l'extrémité nord-ouest de la Grèce, au
sud de l'Albanie. A l'ouest s'étend la mer ionienne tandis que sa
frontière orientale naturelle, qui l'isole du reste de la Grèce, est la
principale ligne de crête de la chaîne du Pinde. C'est, avec la
Thrace et les Iles Ioniennes, est une des régions les plus défavori
sées de la Grèce. Elle fut libérée de l'occupation ottomane et ra
ttachée au territoire national en 1913 à l'issue des premières
guerres balkaniques. Sous le contrôle des armées française et it
alienne pendant les années 1916-1920, son sort est lié définitiv
ement à celui de la Grèce à partir de 1932 après la fixation
définitive des frontières entre la Grèce et l'Albanie.
POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE ET CLIENTÉUSME POLITIQUE EN EPIRE (GRÈCE DU NORD-OUEST) - G. TSIOUBOS ,
,
Le nom « Epire » (continent) est une déformation du mot « api- 1. nome d'Arta
(1612 km2), ros » ou « apéros » qui signifie « immense pays » et par extension
nome de Thesprotie « terre » par opposition à la mer voisine et aux îles ioniennes
(1515 km2) (Sfikas, 1991, p. 13). C'est la région la plus montagneuse de nome de Préveza
Grèce : outre le Pinde, des dizaines d'autres montagnes, plus ou (1086 km2)
moins hautes, sont disséminées dans toute la région laissant peu nome d'Ionnina
(4990 km2), le plus de place aux zones de plaines. En effet, la part de la terre agricole
étendu, sa superficie est de 30,6 % en zone de plaine, pour 23,2 % en zone semi-
équivalant pratiquement à
montagneuse et 46,2 % en zone montagneuse (Kamarinou, celle des autres réunis.
1977, p.51). Ce relief, désavantageux pour son développement 2. Office National de
Statistique pour 1 98 1 économique, est défavorable : les terres agricoles cultivées ne r
(recensement national) et eprésentent que 12,76 % de la superficie totale de la région.
recensement du ministère L'Epire, d'une superficie de 9 300 km2 est divisée en quatre
de l'Agriculture pour nomes1 (un nome est la circonscription administrative grecque). 1 987 ; malheureusement,
le moment ou ces lignes
Le relief montagneux de l'Epire, le manque de réseau ferroviaire, sont tracées, nous ne
disposons pas de données l'absence d'infrastructure et d'un tissu industriel sont à l'origine
chiffrées du recensement de son hémorragie démographique endémique et de l'émigration national de 1991. massive de ses habitants. L'exode rural qui a affecté la région de
puis la fin de la guerre civile grecque (1946-1949) jusqu'au mi
lieu des années soixante-dix, fléchit lors des années quatre-vingt.
Selon les recensements nationaux la population de l'Epire a dé
cliné entre 1961 et 1981.
En ce qui concerne son agriculture, les données chiffrées dispo
nibles pour les années quatre-vingt2 montrent qu'en 1981, le
secteur agricole absorbe 50,9 % de la population active totale et
que sa part au P.N.B. de la région s'élève à 24,4 %. Au niveau na Tableau 1
tional, il en absorbe 27,4 % ; cette part, très élevée, comparée à la Evolution de la
population de l'Epire moyenne de la C.E.E. (8 %) contribue seulement pour 14,5 %
entre 1961 et 1981 au P.N.B. On y a dénombré 54 328 exploitations agricoles qui
recouvrent 118 747 ha. Il s'ensuit que la taille moyenne ne dé Tableau 2
passe guère 2,18 ha (la moyenne nationale atteint 3,69 ha). Nombre d'exploitations
Signalons également le morcellement des exploitations : chacune s'occupant d'élevage
' • 1971 • • 1981 - ' » . . Nbre d'exploitations Nomes , , 1961 Têtes
* 5 376 • * 80044". vaches et bovins 36 488 82 630 78 376 Arta '"',", , • 52125* * 41 278 " brebis • . 24 908 1 021 852 Thesprotie , 40 684 ; * Préveza * chèvres 24176 356 584 62 523 56 586 55 915 155 326* cochons , , 2 080 96 208 lonnina 147 304 134 688 * * • • * 4 280 ..»„,, 4 879 466 volaille
Total • • apiculture • 2 516 34 352 (ruches) 352 604 310 334 324 541
REVUE DE GÉOGRAPHIE ALPINE 1992 №4 d'elles est divisée en 2, 3, jusqu'à 9 parcelles, dont la taille
moyenne est de 0,59 ha, le plus souvent éloignées les unes des
autres.
Les cultures se partagent entre les cultures dites annuelles (blé,
maïs, avoine, orge, riz, légumes secs, pommes de terre, oignons,
betteraves, légumes...), l'arboriculture, notamment olives,
agrumes et fruits, et la viticulture. L'élevage occupe une place très
importante en dépit de son caractère traditionnel, surtout dans
les zones semi-montagneuses et montagneuses. Les chiffres du
tableau 2 donnent un aperçu éloquent :
Le bas niveau de productivité va de pair avec sa commercialisat
ion insuffisante. Cette situation ne connaît guère de modificat
ions significatives, les investissements affectés à la modernisation
des exploitations agricoles demeurant très limités. En effet, sur
5 376 spécialisées en élevage bovin qui comptent
un cheptel de 36 488 têtes, seulement 24 sont équipées de 28
Photos 1 et 2 machines de traite pour traire 380 vaches. De même, seulement Montagnes épirotes
128,2 ha sont consacrés à la culture des légumes sous serre, dont (nome de Thesprotie)
Photos de Vana Siontokou 1 18,7 ha se situent dans le seul nome de Préveza. En outre, les
Illustration non autorisée à la diffusion
POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE ET CLIENTÉLISME POLITIQUE EN EPIRE (GRÈCE DU NORD-OUEST) - G. TSIOUBOS montagne épirotes, en régie générale peu boisées, sauf dans le
nord du nome de Ioannina et dans le nome d'Arta, ne se prêtent
pratiquement qu'au pâturage. Ainsi, les pâturages occupent
50 % de la superficie de la région (76 % en montagne, pour
16,4 % en zone semi-montagneuse et 7,6 % en zone de plaine).
Ce portrait, dépeint ici à gros traits, est aggravé par la présence
d'une polyculture généralisée et, le tourisme aidant, par la plu-
riactivité. Au problème structurel de l'économie de la région
s'ajoute le fait que les émigrés, de retour dans le pays après 1975,
ne s'installent pas dans leurs régions d'origine — très souvent
montagneuses et agricoles — mais dans les centres urbains, no
tamment les deux plus grandes villes du pays, Athènes et
Thessalonique.
La Politique Agricole Commune (P.A.C.) et
la Grèce
La Grèce ne participe pas à l'élaboration de la RA.C. jusqu'en
1981, année de son adhésion à la C.E.E.. Or, les faiblesses struc
turelles de son secteur agricole ne sont pas prises en compte par
Illustration non autorisée à la diffusion
REVUE DE GÉOGRAPHIE ALPINE 1992 №4 1а Р.А.С., ni dans sa première forme de 1962, ni dans les r3.(1 597 187 millions de
drachmes — éformes survenues après son instauration. Qui plus est, « son
6 665 millions d'Ecus — principal « défaut » (elle est fondée sur l'appui aux produits et
pour cette décennie ; non aux producteurs) a plus aidé les riches que les pauvres : les 1 Ecu = environ
régions, les exploitations, les produits » (Pisani, 1979, p. 105). 240 drachmes, prix
En effet, ni les aides, les primes et les subventions ni le « produc- courant 1992).
tivisme » de la P.A.C. n'ont pas réussi à surmonter les rigidités, les
résistances et les archaïsmes épirotes, voire grecs.
Les subventions du FEOGA-Garantie ne font que s'accroître
durant la période 1981-1990 3. Elles ont soutenu les revenus
agricoles et para-agricoles et ont conforté les finances publiques
et la balance des paiements extérieurs. Toutefois, elles n'ont pas
contribué à la restructuration du secteur agricole. « Les agricul
teurs, en tant que groupe social, se sont vus favorisés par rapport
à d'autres groupes sociaux. Mais cela n'a pas entraîné une réduc
Photo 3 tion du coût de production, une augmentation significative des Brebis au pâturage au
investissements ni une rationalisation généralisée du processus nord d'Ioannina
Photo de Vana Siontokou productif» (Maraveyas, 1989, p. 344).
Illustration non autorisée à la diffusion
:-'
г? ířVV&^l
POLITIQUE AGRICOLE COMMUNE ET CLIENTELISME POLITIQUE EN EPIRE |GRECE DU NORD OUEST) - G. TSIOUBOS Les crédits du FEOGA-Orientation (Régi. 797/1985 notam 4. Les P.I.M. constituent,
d'une certaine façon, ment) et ceux des Programmes Intégrés Méditerranéens 4 — les
la réponse de la précurseurs de la réforme des Fonds structurels de 1988 — , arri Communauté au
vés en 1986, ont du mal à être absorbés par la Grèce et par consé Mémorandum élaboré
quent à transformer radicalement son agriculture. Les RI.M. et adressé par le
gouvernement socialiste peuvent mobiliser pendant une période de 7 ans 6,6 milliards
grec en 1982. En effet, d'Ecus dont 50 % est réservé à la Grèce en raison de l'ampleur
son contenu consistait des ajustements structurels à opérer. Bien qu'ils visent, entre dans la renégociation
autres, la modernisation des exploitations agricoles, l'accroiss des conditions d'adhésion
ement de productions non excédentaires et le développement de de la Grèce à la
Communauté. Les raisons nouvelles spécialisations — production bio-énergie, activités
invoquées étaient les forestières, protection de l'environnement — , l'immigration, la
problèmes spécifiques de modernisation des infrastructures de commercialisation et de l'économie grecque et sa
transformation, la formation et la qualification professionnelle
des agriculteurs, n'apportent que 166 286 milliards des
Photo 4 drachmes (693 millions d'Ecus).
Montagne épirote :
installation de fortune
La structure de l'agriculture, l'âge, le niveau et les mentalités des servant à l'élevage
agriculteurs grecs, le centralisme et l'archaïsme de la machine ad des chèvres en été.
Photo de Vana Siontokou ministrative et, enfin, le clientélisme politique sont à l'origine
■-•*?*
Illustration non autorisée à la diffusion
REVUE DE GEOGRAPHIE ALPINE 1992 N 4 préparation insuffisante à des difficultés que connaît la Grèce, et notamment l'Epire, à
l'adhésion. La absorber les crédits communautaires et à en profiter pour la
Communauté avait transformation structurelle de son agriculture. De la synergie
formellement décliné cette fonctionnelle de tous ces facteurs découle une dynamique nédemande soutenant que
gative qui conditionne largement tant l'application de la P.A.C. les déviations des
dans le pays — et surtout dans les régions pauvres, comme Politiques communes
allaient à l'encontre de ses l'Epire — , que son impact. En témoignent la baisse de la pro
principes fondateurs. ductivité dans le secteur agricole, le recul des exportations des
Cependant, reconnaissant produits agricoles vers la Communauté et la hausse d'importatla spécificité des
ions en provenance de la C.E.E. ainsi que l'état désastreux acproblèmes évoqués et
admettant pour l'essentiel tuel de l'économie grecque qui freine de façon dramatique son
les demandes grecques, intégration européenne.
elle a proposé leur
résolution à travers la
La structure de l'agriculture future réforme de la PAC,
la reformulation de la
Politique régionale et, La taille et le morcellement des exploitations élèvent le coût de
dans l'immédiat, à travers production et donnent lieu à un protectionnisme renforcé de la l'élaboration des P.I.M. agricole sans pour autant dégager des revenus suffiCes derniers, adoptés en
sants pour la réalisation des investissements nécessaires pour sor1985, se voulant une
politique "autonome", tir l'agriculture de son état traditionnel. L'étroitesse de terres par
destinée à aider les exploitation et par exploitant, son morcellement ainsi que la plu-
régions méridionales de la riactivité rendent les crédits communautaires insuffisants, surCEE (Italie, Grèce,
tout dans la mesure et dans la proportion où ils sont absorbés, France), à faire face à
pour moderniser l'agriculture épirote et la rendre compétitive. l'imminente concurrence
ibérique, portent à la fois
remède aux "carences" de Le texte officiel suivant, signé par un haut fonctionnaire du mi
la PAC et de son nistère de l'Agriculture, en témoigne : « ...depuis le mois de féapplication dans les
vrier 1986, quand la Réglementation 797/85 est entrée en régions de l'Europe du
vigueur, jusqu'à la fin 1988, 21 918 « plans d'amélioration » Sud.
d'exploitations agricoles avaient été déposés auprès des
« Directions d'Agriculture » préfectorales, sollicitant environ
70 milliards de drachmes d'investissements. A noter que parmi
les 950 000 chefs d'exploitation existants en Grèce, on estime
que sont agriculteurs à part entière, et par conséquent ont poten
tiellement droit à la Régi. 797/85, 295 000 chefs d'exploitation
(enquête sur la structuration des exploitations agricoles de l'an
née 1987) » (Papargyropoulos, 1989, p. 10). En Epire, où le
nombre des exploitations agricoles s'élève à 54 328, 1 900 « plans
d'amélioration » ont été déposés entre février 1986 et juin 1989-
prévoyant 5,9 milliards de drachmes d'investissements. En ont
été retenus 1 450, dont le coût a été évalué à 4,3 milliards de
POUTIQUE AGRICOLE COMMUNE ET CLIENTÉLISME POLITIQUE EN EPIRE (GRÈCE DU NORD-OUEST) - G. TSIOUBOS drachmes. De cette somme, 1,9 milliard formait le corps des
subventions (participation communautaire allant de 25 à 70 %).
Or, les subventions déboursées n'ont atteint que la moitié des
sommes prévues (1 milliard).
Cet état des choses aboutit à une absence totale de dynamique
interne. A quelques exceptions près, la transformation et la comm
ercialisation du produit agricole s'effectue en dehors de la ré
gion.
L'âge, le niveau, les mentalités des agricul
teurs
Selon les statistiques nationales, en 1986, 14,8 % seulement des
agriculteurs ont moins de 30 ans et 61,3 % ont plus de 45 ans.
On estime qu'au cours de la prochaine décennie, la moitié de ces
derniers quittera la vie active. En outre, 37,5 % des agriculteurs
n'ont pas terminé l'école primaire et 10,2 % sont illettrés.
Compte tenu de son niveau social et économique, ces pourcent
ages doivent être encore plus élevés pour l'Epire. Par ailleurs, le
niveau de qualification professionnelle des agriculteurs demeure
élémentaire. Les rares Centres de Formation Agricole ne sont fr
équentés que par très peu d'agriculteurs.
Cette situation se reflète dans leur perception du monde envi
ronnant et dans leurs relations avec autrui. « Dieu d'abord »,
répètent-ils, « le médecin ensuite, et après l'agriculteur ». Leur per
ception du temps se limite au présent, à l'immédiat. Demain est
toujours un autre jour, lointain ; et si la P.A.C., comme P.
Rambaud (1989, 1990) l'a fort bien montré, a su intégrer dans le
monde des agriculteurs des valeurs universelles, à travers la tran
sformation de « l'exploitation familiale » en « entreprise agricole »,
par et dans un nouveau « mode de calcul économique » introjec-
té dans l'économie rurale, en Epire, des notions comme comptab
ilité de gestion, compétitivité, production concurrentielle,
normalisation et commercialisation ne font pas encore partie du
langage des agriculteurs. Qu'importe si une grande partie de la
production d'agrumes d'Arta s'enterre à la décharge ? L'essentiel
est de toucher le prix garanti par la P.A.C.. Pourquoi se casserait-
on la tête pour remplacer les cultures ou les races du bétail par
d'autres plus rentables, ou encore opérer des regroupements là où
la structure individuelle ne s'en sort pas ?
REVUE DE GÉOGRAPHIE ALPINE 1992 №4