Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence de la consommation d'alcool et de tabac sur la mortalité - article ; n°4 ; vol.48, pg 975-1014

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Population - Année 1993 - Volume 48 - Numéro 4 - Pages 975-1014
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence de la consommation d'alcool et de tabac sur la mortalité Dans un précédent article, on a montré que, en 1986, l'alcoolisme a causé en France plus de 40 000 décès et le tabagisme plus de 50 000. Ensemble, ils sont à l'origine - avec les traumatismes - de la plus grande partie de la mortalité avant 65 ans. La diminution de la consommation d'alcool dans les dernières décennies s'est traduite par une baisse considérable de la mortalité par troubles mentaux et par cirrhose, mais cette mortalité reste encore élevée. La consommation de tabac, comme la mortalité liée (notamment le cancer du poumon) a beaucoup augmenté jusque dans les années 1980. Les maladies cardio-vasculaires ont certes très fortement décliné, mais l'écart entre les deux sexes s'est accru. Les causes liées à la double consommation d'alcool et de tabac (cancer des voies aérodigestives supérieures et de l'œsophage) diminuent (sexe masculin) ou ralentissent leur croissance (sexe féminin). La part de la mortalité alcoolique et tabagique dans la mortalité générale a pratiquement doublé de 1952 à 1986, les causes liées (hors traumatismes et maladies cardio-vasculaires) passant de 17% à 34 % des décès, à 35-64 ans, pour le sexe masculin, et de 10 % à 17 % pour le sexe féminin. Sans ce frein, la baisse de la mortalité générale aurait été deux fois plus importante chez l'homme et majorée d'un cinquième chez la femme. L'augmentation de la surmortalité masculine générale à 35-64 ans (2,6 en 1986 contre 1,8 en 1952) est imputable au tabagisme et secondairement à l'alcoolisme.
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcohol, Smoking and Mortality in France Since 1950. The Effects on Overall Mortality and the Excess Mortality of Males In a previous article it was shown that alcoholism was responsible for 40,000, and smoking for 50,000 deaths in France in 1986. Together with violent and accidental deaths these causes account for most deaths of persons aged less than 65. A reduction on alcohol consumption during the last few decades has resulted in reducing the number of deaths linked to mental illness and cirrhosis, though the number remains high. Smoking (as well as the death rate from smoking-related diseases) increased significantly until the 1980s. Although the number of deaths from cardiovascular diseases has been reduced significantly, the gap between the mortality of the two sexes has widened. The number of deaths from causes related to the combined effects of alcohol consumption and smoking (cancer of the upper respiratory and digestive tract and of the oesophagus) fell among males and continued to grow more slowly among females. The proportion of deaths caused by alcohol consumption and smoking has nearly doubled between 1952 and 1986; excepting deaths from violence or cardiovascular disease, it rose from 17 to 34 per cent of all deaths between the ages of 35 and 64 for men, and from 10 to 17 per cent for women. Were it not for these cases, the fall in the general death rate would have been twice as a great among men, and the increase among women would have been 20 per cent. The increase in the excess mortality of men between the ages of 35 and 64 (2.6 in 1986 compared with 1.8 in 1952) can be attributed mainly to smoking, and secondly to the consumption of alcohol.
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcohol, tabaco y mortalidad en Francia desde 1950. Incidencias sobre la mortalidad general y la sobremortalidad masculin En un artículo precedente se mostró que, en 1986, el alcoholismo había causado en Francia más de 40 000 defunciones y el abuso de tabaco más de 50 000. En conjunto, estas dos causas, junto a los traumatismos, explican la mayor parte de la mortalidad antes de 65 afios. La disminu- ción del consumo de alcohol en las ultimas décadas se ha traducido en una disminución considerable de la mortalidad por enfermedades mentales y por cirrosis. No obstante, esta mortalidad todavia es elevada. El consumo de tabaco y la mortalidad provocada por este (como el cancer de pulmón) han seguido aumentando hasta los aňos ochenta. Las enfermedades cardio-vasculares han disminuido fuertemente, pero la diferencia entre sexos ha aumentado. Las causas ligadas al doble consumo de alcohol y de tabaco (cancer de conductos aero-digestivos y de esófago) disminuyen (sexo masculino) o frenan su crecimiento (sexo femenino). La proporción de mortalidad general explicada por el consumo de alcohol о de tabaco se mulitplicó por dos entre 1952 y 1986, y las causas ligadas a éstos (sin contar traumatismos y enfermedades cardio-vasculares) pasan de ser el 17% al 34% de las defunciones del grupo entre 35 y 64 afios para el sexo masculino, y del 10% al 17% para el sexo femenino. Sin este freno, la mortalidad general habría disminuido un cincuenta por ciento más en el caso del hombre y un veinte por ciento en el caso de la mujer. El aumento de la sobremortalidad masulina general entre 35 y 64 afios (2,6 en 1986 y 1,8 en 1952) es imputable al abuso de tabaco y de forma secundaria al alcoholismo.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1993
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Langue Français
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Francisco Munoz Perez
Alfred Nizard
Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence de
la consommation d'alcool et de tabac sur la mortalité
In: Population, 48e année, n°4, 1993 pp. 975-1014.
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Munoz Perez Francisco, Nizard Alfred. Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence de la consommation d'alcool
et de tabac sur la mortalité. In: Population, 48e année, n°4, 1993 pp. 975-1014.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1993_num_48_4_4064Résumé
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcool, tabac et mortalité en France depuis 1950. Incidence
de la consommation d'alcool et de tabac sur la mortalité Dans un précédent article, on a montré que, en
1986, l'alcoolisme a causé en France plus de 40 000 décès et le tabagisme plus de 50 000. Ensemble,
ils sont à l'origine - avec les traumatismes - de la plus grande partie de la mortalité avant 65 ans. La
diminution de la consommation d'alcool dans les dernières décennies s'est traduite par une baisse
considérable de la mortalité par troubles mentaux et par cirrhose, mais cette mortalité reste encore
élevée. La consommation de tabac, comme la mortalité liée (notamment le cancer du poumon) a
beaucoup augmenté jusque dans les années 1980. Les maladies cardio-vasculaires ont certes très
fortement décliné, mais l'écart entre les deux sexes s'est accru. Les causes liées à la double
consommation d'alcool et de tabac (cancer des voies aérodigestives supérieures et de l'œsophage)
diminuent (sexe masculin) ou ralentissent leur croissance (sexe féminin). La part de la mortalité
alcoolique et tabagique dans la mortalité générale a pratiquement doublé de 1952 à 1986, les causes
liées (hors traumatismes et maladies cardio-vasculaires) passant de 17% à 34 % des décès, à 35-64
ans, pour le sexe masculin, et de 10 % à 17 % pour le sexe féminin. Sans ce frein, la baisse de la
mortalité générale aurait été deux fois plus importante chez l'homme et majorée d'un cinquième chez la
femme. L'augmentation de la surmortalité masculine générale à 35-64 ans (2,6 en 1986 contre 1,8 en
1952) est imputable au tabagisme et secondairement à l'alcoolisme.
Abstract
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcohol, Smoking and Mortality in France Since 1950. The
Effects on Overall Mortality and the Excess Mortality of Males In a previous article it was shown that
alcoholism was responsible for 40,000, and smoking for 50,000 deaths in France in 1986. Together with
violent and accidental deaths these causes account for most of persons aged less than 65. A
reduction on alcohol consumption during the last few decades has resulted in reducing the number of
deaths linked to mental illness and cirrhosis, though the number remains high. Smoking (as well as the
death rate from smoking-related diseases) increased significantly until the 1980s. Although the number
of deaths from cardiovascular diseases has been reduced significantly, the gap between the mortality of
the two sexes has widened. The number of deaths from causes related to the combined effects of
alcohol consumption and smoking (cancer of the upper respiratory and digestive tract and of the
oesophagus) fell among males and continued to grow more slowly among females. The proportion of
deaths caused by alcohol consumption and smoking has nearly doubled between 1952 and 1986;
excepting deaths from violence or cardiovascular disease, it rose from 17 to 34 per cent of all deaths
between the ages of 35 and 64 for men, and from 10 to 17 per cent for women. Were it not for these
cases, the fall in the general death rate would have been twice as a great among men, and the increase
among women would have been 20 per cent. The increase in the excess mortality of men between the
ages of 35 and 64 (2.6 in 1986 compared with 1.8 in 1952) can be attributed mainly to smoking, and
secondly to the consumption of alcohol.
Resumen
Nizard (Alfred), Munoz-Perez (Francisco). - Alcohol, tabaco y mortalidad en Francia desde 1950.
Incidencias sobre la mortalidad general y la sobremortalidad masculin En un artículo precedente se
mostró que, en 1986, el alcoholismo había causado en Francia más de 40 000 defunciones y el abuso
de tabaco más de 50 000. En conjunto, estas dos causas, junto a los traumatismos, explican la mayor
parte de la mortalidad antes de 65 afios. La disminu- ción del consumo de alcohol en las ultimas
décadas se ha traducido en una disminución considerable de la mortalidad por enfermedades mentales
y por cirrosis. No obstante, esta mortalidad todavia es elevada. El consumo de tabaco y la mortalidad
provocada por este (como el cancer de pulmón) han seguido aumentando hasta los aňos ochenta. Las
enfermedades cardio-vasculares han disminuido fuertemente, pero la diferencia entre sexos ha
aumentado. Las causas ligadas al doble consumo de alcohol y de tabaco (cancer de conductos aero-
digestivos y de esófago) disminuyen (sexo masculino) o frenan su crecimiento (sexo femenino). La
proporción de mortalidad general explicada por el consumo de alcohol о de tabaco se mulitplicó por dos
entre 1952 y 1986, y las causas ligadas a éstos (sin contar traumatismos y enfermedades cardio-
vasculares) pasan de ser el 17% al 34% de las defunciones del grupo entre 35 y 64 afios para el sexomasculino, y del 10% al 17% para el sexo femenino. Sin este freno, la mortalidad general habría
disminuido un cincuenta por ciento más en el caso del hombre y un veinte por ciento en el caso de la
mujer. El aumento de la sobremortalidad masulina general entre 35 y 64 afios (2,6 en 1986 y 1,8 en
1952) es imputable al abuso de tabaco y de forma secundaria al alcoholismo.TABAC ET MORTALITE ALCOOL,
EN FRANCE DEPUIS 1950
Incidence de la consommation d'alcool
et de tabac sur la mortalité
Dans la première partie de leur article*, Alfred Nizard**
et Francisco Munoz-Perez** ont montré que la détermination
du nombre de décès liés à la consommation d'alcool et de
tabac nécessitait une abondance de détails, dans la classifi
cation des décès par cause, et d'hypothèses, l'attribution
de ces causes à une origine alcoolique et tabagique. Para
doxalement, une évolution au fil du temps ou une comparaison
entre hommes et femmes peuvent reposer sur des données plus
simples, restreintes au noyau dur et précisément délimité des
causes les plus évidemment associées à ces consommations.
Cette facilité est même une nécessité pour éviter que chaque
mesure ne soit entourée d'un halo d'imprécision plus large
que les différences à faire apparaître. Le respect de ces prin
cipes permet aux auteurs d'atteindre des résultats fondament
aux pour la compréhension de la mortalité française
contemporaine.
I. - Évolution de la mortalité liée à la consommation d'alcool
et de tabac depuis 1950
Pour étudier l'évolution de la mortalité dans le temps, la reconduction
des évaluations faites pour 1986 n'est guère praticable : l'imprécision est
en effet du même ordre que les variations annuelles susceptibles d'être
observées. C'est pourquoi il convient de choisir des causes caractéristiques
liées à l'alcoolisme et au tabagisme, telles qu'elles figurent dans la sta
tistique, même si celle-ci ne distingue pas la partie de ces causes indé
pendante des consommations.
Rappelons que S. Ledermann a comparé les variations de la mortalité
à celle de la consommation d'alcool dans divers pays européens de 1870
à 1958. Après élimination des tendances à long terme, il a constaté la
covariation de la consommation, d'une part, avec la surmortalité masculine
* Population, 3, 1993, 571-608.
** INED.
Population, 4, 1993, 975-1014 с
ALCOOL, TABAC ET MORTALITÉ EN FRANCE DEPUIS 1950 976
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Í TABAC ET MORTALITE EN FRANCE DEPUIS 1950 977 ALCOOL,
générale aux âges avancés et, d'autre part, avec la mortalité par alcoolisme
chronique et aiguë(1).
Principales causes liées à l'alcoolisme Les principales causes liées
ou au tabagisme à l'alcoolisme ou au
gisme figurent sur le ta
bleau 1 ; les cancers des voies aéro-digestives supérieures et de l'œsophage,
qui sont soumis à l'effet conjoint de l'alcool et du tabac, sont distingués
sous la rubrique des causes éthylo-tabagiques. Pour les trois groupes de
causes, la proportion des décès attribuable à l'alcool, au tabac ou aux deux
est élevée, soit pour les deux sexes (alcool), soit pour le seul sexe masculin
(tabac et alcool-tabac). Au total, l'ensemble des causes retenues comprend
plus de la moitié des décès d'origine alcoolique, survenus en 1986, et les
deux tiers des décès d'origine tabagique (tableau 2). Parmi les autres
causes, il faut relever une part importante des décès dus à l'alcool dans
les traumatismes (un quart du total des décès d'origine alcoolique pour le
sexe masculin, voire plus d'un tiers pour le sexe féminin) et des décès
dus au tabac dans les maladies de l'appareil circulatoire (un quart et un
cinquième, respectivement). Aussi, les distinguerons-nous lorsque l'utilité
s'en fera sentir. Les autres causes spécifiées ne contribuent que pour quel
que 10%, voire moins, à la mortalité liée à l'alcoolisme ou au tabagisme.
Tableau 2. - France. 1986. Distribution des décès d'origine alcoolique ou tabagi
que SELON LE GROUPE DE CAUSE (NON COMPRIS LES DÉCÈS DE CAUSE MAL DÉFINIE)
Tous âges 35-64 ans
Cause de décès SM SF SM SF
Alcool Alcool Tabac Alcool Tabac Alcool Tabac Tabac
Principales causes liées à l'alcoolisme* 37 51 41 64 au tabagisme* 51 62 42 47 causes liées à l'éthylo-taba-
gisme* 17 15 2 5 17 22 2 14
67 Ensemble 54 66 53 59 64 66 61
Maladies de l'appareil circulatoire 7 24 6 21 7 28 3 27
Traumatismes 27 e 35 1 25 e 27 1
Autres causes spécifiées 12 9 11 8 4 11 5 10
Toutes causes 100 100 100 100 100 100 100 100
* Contenu précisé sur le tableau 1 .
Distribution calculée sur la base des évaluations figurant sur les tableaux A et В de 'Annexe II de
l'article précédent.
d> S. Ledermann, Alcool, alcoolisme et alcoolisation, vol. 2, Travaux et documents,
Cahier n° 41, INED/PUF, Paris, 1964 (ch. XVII, pp. 141-159). 978 ALCOOL, TABAC ET MORTALITÉ EN FRANCE DEPUIS 1950
Indicateurs de mortalité et Pour étudier l'évolution de la mortalité
de consommation depuis 1950, il convient de quitter les
nombres absolus et se référer aux taux
comparatifs de mortalité tous âges et par grands groupes d'âge, notamment
à 35-64 ans, en distinguant les sexes. La population de référence est celle
de type européen utilisée dans l'annuaire de statistiques sanitaires mond
iales publié chaque année par l'OMS. Les taux sont extraits de la base
de données sur les causes de décès en France depuis 1950 (DC FRANCE),
constituée à l'INED par A. Monnier et A. Nizard, d'après la statistique
des causes de décès de l'INSEE (1950-1967) et de l'INSERM (depuis 1968).
L'évolution de la consommation d'alcool ou de tabac est appréhendée
au mieux par la quantité annuelle moyenne par personne, exprimée en litres
d'alcool pur ou en kilogrammes de tabac. Ces données figurent sur le t
ableau 3, ainsi que les consommations quotidiennes moyennes en litres d'al
cool à dix degrés (teneur fréquente du vin en France) et en grammes de
tabac (équivalant au nombre de cigarettes).
On comparera l'évolution de la mortalité à celle de la consommation,
en représentant la première sur une échelle logarithmique et la seconde
sur une échelle arithmétique. Ce choix obéit d'abord à une considération
d'ordre de grandeur : l'ampleur des variations de la mortalité, exprimées
par le logarithme, est du même ordre que celles de la consommation. En
opérant ainsi, on n'échappe pas à un certain arbitraire, au demeurant iné
vitable, parce qu'il n'y a pas de mesure commune à deux quantités de
nature différente, comme celles ici présentées. Néanmoins, on peut sup
poser que la très forte amplitude de variation de la mortalité reflète l'effet
multiplicatif de la consommation. Dès lors, le choix de la transformation
logarithmique paraît acceptable et, dans certains cas, se révèle tout à fait
adéquat. Par delà ce choix, la relation entre consommation et mortalité est
mise en évidence par la concordance des variations des deux courbes.
Pour caractériser l'évolution de la mortalité par maladies d'origine
éthylo-tabagique, on sera amené à utiliser des indicateurs composites de
consommation alcool-tabac, dont la seule justification est d'ordre pratique.
Consommation d'alcool et mortalité La figure 1 représente,
par psychoses et dépendance alcooliques d'une part, la
it par cirrhose du foie tion annuelle moyenne
d'alcool pur (en litres)
par personne depuis 1945 (échelle arithmétique), d'autre part, les taux de
mortalité de chaque sexe, à 35-64 ans, par psychoses et dépendance a
lcooliques et par cirrhose du foie depuis 1950 (échelle logarithmique).
La consommation d'alcool, après avoir fortement diminué durant la
seconde guerre mondiale, s'accroît rapidement dans les dernières années
1940 et devient maximale de 1951 à 1957 : quelque 19 litres d'alcool pur
par an et par habitant, soit une consommation quotidienne équivalente à
plus d'un demi-litre de vin par personne, enfants et abstinents compris. i
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TABAC ET MORTALITÉ EN FRANCE DEPUIS 1950 979 ALCOOL,
La consommation a diminué en 1958, puis en 1969-70, et la baisse devient
rapide depuis 1981. Malgré une chute proche du tiers en trente-trois ans
(1957-1990), la France reste au premier rang mondial avec une consom
mation moyenne de 13,2 litres d'alcool pur par an et par habitant, équi
valant à 0,36 litre de vin par jour (tableau 3).
Taux de mortalité Litres d'alcool pur
p. 100 000 (éch. log.) par personne (éch. arith.)
100 20 1 i
Cirrhose"^ ^***-^>щ^ /jr\ (hommes) ^4
t ■ 1 - ^ Consommation^ ** *e. 1 a d'alcool \ ' A y / / л \ V ■
\л • t ч~ в dépendance Psychoses alcooliques et : / > t /
Hommes
- 10 - - 10 Femmes -.
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, 09693 INED 1
1945 1950 1955 1960 1965 1970 1975 1980 1985 1990
Figure 1. - Consommation d'alcool, en litres d'alcool pur par an
et par personne (1946-88) et taux de mortalité à 35-64 ans,
selon le sexe, par cirrhose du foie et par psychoses
et dépendance alcooliques (1950-86)
La similitude d'évolution de la consommation et des taux des psy
choses et dépendance alcooliques n'est guère étonnante, puisqu'il s'agit
d'affections dont l'étiologie alcoolique est précisée. Les psychoses et dé
pendance alcooliques sont certes fortement croissantes jusqu'en 1956, alors
que la consommation plafonne dès 1952, mais il s'agit là de l'effet de
l'extraordinaire augmentation de la consommation de 1946 à 1951 (presque
un doublement en cinq ans). La chute de la consommation en 1958 est
immédiatement projetée sur la mortalité des deux sexes. Consommation et
mortalité évoluent ensuite presque en parallèle. Les fluctuations annuelles
de la mortalité ne coïncident pas toujours avec les dents de scie de la 980 ALCOOL, TABAC ET MORTALITÉ EN FRANCE DEPUIS 1950
Tableau 3. - Consommation d* alcool et de tabac en France depuis 1940.
Consommation moyenne par personne, enfants et abstinents compris
Consommation moyenne Consommation moyenne
par an et par personne quotidienne par personne
Alcool Alcool Tabac Tabac (en équivalent (en équivalent tci\ (ë) (kg) litres d'alcool pur) litres alcool 10°)
1940 21,2 1,24 0,58 3,4
1941 22,5 1,02 0,62 2,8
1942 12,8 0,70 0,35 1,9
1943 12,6 0,59 0,35 1,6
1944 11,0 0,50 0,30 1,4
1945 15,5 0,73 0,42 2,0
1946 11,4 0,94 0,31 2,6
1947 13,6 1,21 0,37 3,3
17,2 1,31 0,47 1948 3,6
1949 17,3 1,21 0,47 3,3
1950 18,0 ,29 0,49 3,5
1951 19,0 ,30 0,52 3,6
1952 18,7 0,51 ,30 3,6
,28 0,52 1953 18,8 3,5
1954 18,8 1,27 0,52 3,5
1955 19,0 1,32 3,6
1956 19,3 ,37 0,53 3,8
1957 19,2 1,40 0,53 3,8
1958 17,7 1,43 0,48 3,9
1959 18,1 1,36 0,50 3,7
1960 17,4 ,41 0,48 3,9
1961 18,4 ,42 0,50 3,9
1962 17,4 ,44 0,48 3,9
1963 18,3 ,45 0,50 4,0
1964 18,3 ,43 3,9
1965 17,8 ,48 0,49 4,1
,51 1966 18,0 0,49 4,1
,57 1967 17,8 4,3
consommation parce que les premières sont sensibles aux conditions sani
taires générales propres à chaque année, notamment à la présence évent
uelle d'une épidémie de grippe(2).
La mortalité par cirrhose du foie des deux sexes est soumise à une
certaine inertie qui arrondit les courbes, avant comme après 1958 (année
exceptionnelle tant par la très forte chute de la consommation d'alcool
que par les conditions sanitaires générales très favorables). La mortalité
de cette maladie au long cours dépend certes, chaque année, de la consom
mation d'alcool immédiate, mais aussi et surtout de la consommation d'un
W Quant à la diminution de la mortalité (par psychoses et dépendance alcooliques)
de 1968, elle résulte du changement de révision de la CIM (passage de la 7ème à la 8ème)
et surtout de la mise en place d'une nouvelle exploitation des déclarations de la cause médicale
de décès (auparavant faite par l'INSEE, désormais faite par l'INSERM). Cette diminution
apparente n'affecte qu'assez peu la continuité de la statistique, hors de l'année 1968. TABAC ET MORTALITÉ EN FRANCE DEPUIS 1950 981 ALCOOL,
Tableau 3 (suite)
Consommation moyenne Consommation moyenne
par an et par personne quotidienne par personne
Alcool Alcool Tabac Tabac (en équivalent (en équivalent (kg) (g) litres d'alcool pur) litres alcool 10°)
1968 17,8 1,61 0,49 4,4
1969 17,3 1,63 0,47 4,5
16,7 1,67 0,46 1970 4,6
1971 16,9 1,69 4,6
1972 16,9 1,65 0,46 4,5
1973 17,1 1,69 0,47 4,6
1974 16,7 1,77 0,46 4,8
16,8 1,84 1975 5,0
1976 16,8 1,79 0,46 4,9
1977 16,5 1,83 0,45 5,0
1978 16,0 1,78 0,44 4,9
1979 15,7 1,82 0,43 5,0
1980 16,0 1,80 0,44 4,9
1981 15,4 1,78 0,42 4,9
1982 15,2 1,78 0,42 4,9
1983 15,0 1,79 0,41 4,9
1984 14,2 1,81 0,39 5,0
1985 14,1 1,90 5,2
1986 13,9 1,84 0,38 5,1
1987 13,5 1,82 0,37 5,0
1988 13,4 0,37 1,78 4,9
13,4 1989 1,80 0,37 4,9
1990 13,2 1,80 0,36 4,9
1991 1,82 5,0
Sources : INSEE (alcool) et SEITA (tabac). Les données antérieures à 1950 sont extraites de l'ouvrage
de S. Ledermann (Alcool, alcoolisme, et alcoolisation, 1956), et de celui de P.N. Lee (Tobacco
consumption in various countries, 1 975). Ces séries ont été accordées aux statistiques INSEE et SEITA
des années 1950 et suivantes.
grand nombre d'années antérieures. Pour le sexe masculin, plus concerné
par l'alcoolisme, la mortalité est maximale de 1965 à 1976, soit 10-20 ans
après la consommation très élevée des années 1951 à 1957. C'est seulement
à partir de 1977 que la baisse de la consommation des années 1969 et
suivantes se répercute sur les cirrhoses, dont la chute s'accélère en 1984.
Globalement, le lien entre mortalité liée à l'alcoolisme et consom
mation reste évident. Lorsque la baisse de la consommation est rapide,
comme en 1958, son caractère immédiat doit être souligné pour les psy
choses et dépendance alcooliques, mais aussi pour la cirrhose du foie et,
plus généralement, pour toutes les maladies chroniques ou de longue durée,
liées à l'alcool. La diminution de la consommation a donc une rentabilité
immédiate en termes de vies épargnées, qui s'ajoute à son effet différé.
L'accélération de la baisse de la d'alcool depuis 1978 a des