Amorçage phonologique masqué et dénomination - article ; n°4 ; vol.95, pg 645-659

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L'année psychologique - Année 1995 - Volume 95 - Numéro 4 - Pages 645-659
Résumé
II a été montré précédemment (Ferrand, Grainger et Segui, 1994) que le temps de dénomination du dessin d'un objet est facilité quand celui-ci est précédé par la présentation masquée de son nom ou d'un pseudo-homophone de celui-ci.
Le but de la recherche présentée ici est de confirmer la nature phonologique de l'effet de facilitation en utilisant comme item amorce masqué un mot homophone mais non homographe du nom de l'objet.
Les résultats obtenus montrent des effets de facilitation analogues pour les conditions de répétition et d'homophonie. Les mots «roue» et « roux » facilitent de manière comparable la dénomination du dessin d'une roue.
Ces résultats suggèrent que l'effet de facilitation observé est indépendant de la relation sémantique existant entre le mot amorce et le nom de l'image. C'est le partage des propriétés phonologiques qui serait responsable de cette facilitation.
Mots-clés : dénomination de dessins, amorçage phonologique, masquage.
Summary: Masked phonological priming in picture naming.
In a recent article, Ferrand, Grainger and Segui (1994), using the masked priming paradigm with very brief prime exposures (29 ms), reported that the prior masked visual presentation ofthe same phonological wordform facilitated picture naming independently of whether the prime was the same word or a pseudo-homophone. Moreover, in terms of percent facilitation, this priming effect was similar in size, suggesting that it resulted from the preactivation in memory of the phonological representation corresponding to the picture name.
In the present study, using the same masked priming paradigm, we demonstrate that when the prime is a homophone of a picture (e.g., ROWS for a picture of a ROSE) then facilitation effects measured relative to an unrelated prime word are practically the same size as when primes are nominally identical to the target (e.g., ROSE for the picture of a ROSE).
These results allow us to reject an interpretation of priming effects in terms of semantic activation alone, because the homophone primes in the present study were semantically unrelated to the picture targets. The fact that picture naming was facilitated by the prior masked presentation of a homophone ofthe picture name suggests that the brief presentation of a written word is sufficient to activate phonological lexical representations that are involved in naming picture targets. These results suggest strongly that the representation underlying the masked repetition priming effect in picture naming is phonological in nature.
Key words : picture naming, phonological priming, masking.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1995
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Langue Français
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Ludovic Ferrand
Juan Segui
Jonathan Grainger
Amorçage phonologique masqué et dénomination
In: L'année psychologique. 1995 vol. 95, n°4. pp. 645-659.
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Ferrand Ludovic, Segui Juan, Grainger Jonathan. Amorçage phonologique masqué et dénomination. In: L'année psychologique.
1995 vol. 95, n°4. pp. 645-659.
doi : 10.3406/psy.1995.28859
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1995_num_95_4_28859Résumé
Résumé
II a été montré précédemment (Ferrand, Grainger et Segui, 1994) que le temps de dénomination du
dessin d'un objet est facilité quand celui-ci est précédé par la présentation masquée de son nom ou
d'un pseudo-homophone de celui-ci.
Le but de la recherche présentée ici est de confirmer la nature phonologique de l'effet de facilitation en
utilisant comme item amorce masqué un mot homophone mais non homographe du nom de l'objet.
Les résultats obtenus montrent des effets de facilitation analogues pour les conditions de répétition et
d'homophonie. Les mots «roue» et « roux » facilitent de manière comparable la dénomination du dessin
d'une roue.
Ces résultats suggèrent que l'effet de facilitation observé est indépendant de la relation sémantique
existant entre le mot amorce et le nom de l'image. C'est le partage des propriétés phonologiques qui
serait responsable de cette facilitation.
Mots-clés : dénomination de dessins, amorçage phonologique, masquage.
Abstract
Summary: Masked phonological priming in picture naming.
In a recent article, Ferrand, Grainger and Segui (1994), using the masked priming paradigm with very
brief prime exposures (29 ms), reported that the prior masked visual presentation ofthe same
phonological wordform facilitated picture naming independently of whether the prime was the same
word or a pseudo-homophone. Moreover, in terms of percent facilitation, this priming effect was similar
in size, suggesting that it resulted from the preactivation in memory of the phonological representation
corresponding to the picture name.
In the present study, using the same masked priming paradigm, we demonstrate that when the prime is
a homophone of a picture (e.g., ROWS for a picture of a ROSE) then facilitation effects measured
relative to an unrelated prime word are practically the same size as when primes are nominally identical
to the target (e.g., ROSE for the picture of a ROSE).
These results allow us to reject an interpretation of priming effects in terms of semantic activation alone,
because the homophone primes in the present study were semantically unrelated to the picture targets.
The fact that picture naming was facilitated by the prior masked presentation of a homophone ofthe
picture name suggests that the brief presentation of a written word is sufficient to activate phonological
lexical representations that are involved in naming picture targets. These results suggest strongly that
the representation underlying the masked repetition priming effect in picture naming is phonological in
nature.
Key words : picture naming, phonological priming, masking.L'Année psychologique, 1995, 95, 645-659
Laboratoire de Psychologie expérimentale
Université René Descartes et CNRS, URA 3161
CREPCO, Université de Provence, URA 1822
AMORÇAGE PHONOLOGIQUE MASQUÉ
ET DÉNOMINATION
par Ludovic FERRAND, Juan SeGUI et Jonathan GRAINGER3
SUMMARY : Masked phonological priming in picture naming.
In a recent article, Ferrand, Grainger and Segui (1994), using the
masked priming paradigm with very brief prime exposures (29 ms), reported
that the prior masked visual presentation of the same phonological word form
facilitated picture naming independently of whether the prime was the same
word or a pseudo-homophone. Moreover, in terms of percent facilitation, this
priming effect was similar in size, suggesting that it resulted from the
preactivation in memory of the phonological representation corresponding to
the picture name.
In the present study, using the same masked priming paradigm, we
demonstrate that when the prime is a homophone of a picture (e.g., ROWS for
a picture of a ROSE) then facilitation effects measured relative to an unrelated
prime word are practically the same size as when primes are nominally
identical to the target (e.g., ROSE for the picture of a ROSE).
These results allow us to reject an interpretation of priming effects in
terms of semantic activation alone, because the homophone primes in the
present study were semantically unrelated to the picture targets. The fact that
picture naming was facilitated by the prior masked presentation of a
homophone of the picture name suggests that the brief of a written
1 . 28, rue Serpente, 75006 Paris.
2. 29, avenue Robert-Schuman, 13621 Aix-en- Provence.
3. Les auteurs expriment toute leur gratitude à Madeleine Léveillé et
Pierre Taranne pour leur participation à la préparation et réalisation de ce
travail. 646 Ludovic Ferrand, Juan Segui et Jonathan Grainger
word is sufficient to activate phonological lexical representations that are
involved in naming picture targets. These results suggest strongly that the
representation underlying the masked repetition priming effect in picture
naming is phonological in nature.
Key words : picture naming, phonological priming, masking.
INTRODUCTION
« Nous vivons dans un monde fait de
choses et de mots. »
(Paul Fraisse, 1992.)
Parmi les performances abordées dans le cadre de la toute
nouvelle psychologie du traitement de l'information de la fin des
années soixante, la lecture de mots et la dénomination d'objets
ont reçu une attention toute particulière. Ces études comptent
sans aucun doute parmi les plus importantes et représentatives
de l'approche de la Chronometrie mentale en psychologie,
approche initiée par Donders en 1868 et développée de nos jours
principalement par Posner (Posner, 1978).
Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, Paul
Fraisse a fait œuvre de pionnier et il a été parmi les premiers à
développer une ligne de recherche d'une extraordinaire fécond
ité. Paul Fraisse a récemment examiné ces travaux avec une
très grande clarté dans son ouvrage Des choses et des mots
(Fraisse, 1992). L'importance de ses propres recherches sur la
lecture et la dénomination a été soulignée dans le texte très comp
let consacré par Wilheim R. Glaser à la dénomination d'images
(Glaser, 1992).
Un aspect important des premiers travaux effectués par
Paul Fraisse a visé a rendre compte d'un résultat qui remonte à
Cattell (1885) et qui est le suivant : la dénomination d'un objet
prend plus de temps que la lecture de son nom. Autrement dit,
nous prononçons plus rapidement le mot « table » quand on demande de lire ce mot que quand on nous demande de
dénommer le dessin d'une table.
Nous n'examinerons pas dans cet article les différentes pro
positions avancées pour rendre compte de ce résultat en termes Amorçage phonologique masqué et dénomination 647
d'incertitude, de discriminabilité ou plus largement de compatib
ilité entre le stimulus et la réponse (voir sur ce point, Fraisse,
1960, 1964a et b, 1968, 1969 ; Fraisse et Rao, 1987 ; Marmurek,
1994; Theios et Amrhein, 1989). Le point qui nous intéresse et
que nous voudrions souligner ici est qu'afin d'étayer ces diverses
interprétations il a été nécessaire d'analyser d'une manière très
précise et détaillée les différents facteurs susceptibles d'affecter
la production d'une même réponse verbale dans les situations de
lecture et de dénomination. Dans ce but, des nombreux para
digmes expérimentaux d'une grande originalité ont été dévelop
pés depuis quelques années.
Parmi ceux-ci, celui de l'amorçage ou priming est l'un des
plus fréquemment utilisé. En particulier, un nombre important
de travaux ont montré que la lecture d'un mot correspondant
au nom d'un objet ou la dénomination de cet objet sont facilités
par la présentation préalable de ce mot (voir Glaser, 1992 sur ce
point).
Un problème soulevé pour l'interprétation des résultats de
ces travaux dérive du fait que ceux-ci ont été obtenus générale
ment dans des situations expérimentales qui permettent au
sujet de mettre en œuvre des stratégies prédictives. De ce fait,
les résultats observés ne sont guère informatifs des aspects hau
tement rapides et automatiques propres aux performances de
lecture et de dénomination.
Afin d'aborder ces derniers aspects il est nécessaire de limiter
ou, si possible, d'éliminer toute utilisation stratégique des info
rmations extraites de l'item amorce.
Une procédure permettant d'atteindre cet objectif est celle
qui consiste à masquer le mot amorce. Des travaux récents ont
permis de mettre en évidence des effets très clairs de répétition
dans ces conditions de masquage du mot amorce et cela aussi
bien en lecture (Forster et Davis, 1984; Sereno, 1991) qu'en
décision lexicale (Forster, 1987 ; Segui et Grainger, 1990a et b ;
Jacobs, Grainger et Ferrand, 1995 ; Sereno, 1991) ou en identifi
cation (Evett et Humphreys, 1981 ; Humphreys, Besner et
Quinlan, 1988).
Dans une série de recherches conduites récemment sur la lec
ture et la dénomination de dessins d'objets nous avons confirmé
l'intérêt de cette procédure en mettant en évidence un effet de
répétition avec masquage du mot amorce pour ces deux types de
performances (Ferrand, Grainger et Segui, 1994). Ainsi, la pré- 648 Ludovic Ferrand, Juan Segui et Jonathan Grainger
sentation masquée du mot POMME accélère la lecture subsé
quente de ce mot et la dénomination du dessin d'une pomme.
Cet effet de répétition n'interagit pas avec l'effet de fréquence et
ce dernier est observé aussi bien en lecture qu'en dénomination.
Enfin, et même si cela ne constituait pas l'objet de ce travail, les
résultats obtenus confirment le fait que les temps de dénominat
ion sont supérieurs aux temps de lecture. La différence obser
vée dans cette étude est de 210 ms. Cette différence est compar
able à celle observée par d'autres auteurs dans des tâches
simples de dénomination et de lecture. Celle-ci varie selon les
auteurs entre 133 et 348 ms avec une moyenne de 214 ms (Gla
ser, 1992).
Dans ce même travail nous avons également montré que la
présentation comme amorce d'une séquence de lettres ne consti
tuant pas un mot, mais dont la prononciation est homophone de
celle du mot test (nous parlerons par la suite de « pseudohomo
phones» pour désigner ces items) ou du nom de l'image à
dénommer, donne lieu à un effet de répétition tout à fait compar
able à celui obtenu préalablement.
Ce résultat confirme la nature automatique du codage pho
nologique mise en évidence par des travaux conduits à l'aide du
paradigme d'amorçage masqué (Ferrand, 1995a ; Ferrand et
Grainger, 1992, 1994 ; Grainger et Ferrand, 1994 et sous presse ;
Lukatela et Turvey, 1994; Perfetti et Bell, 1991; Perfetti et
Zhang, 1991).
Il est important de noter ici que dans le cas de la dénominat
ion les items amorce orthographiquement proches du nom de
l'objet mais non homophones de celui-ci n'induisent pas d'effet
de répétition (ainsi, tandis que « brat » facilite la dénomination
de l'image d'un bras, l'item « brai » n'induit pas une telle facil
itation). En revanche, pour la lecture de mots, un effet de répéti
tion comparable est observé pour les items homophones et pour
les items orthographiquement proches du mot cible. Ce
contraste traduit l'intervention différentielle des informations
orthographiques et phonologiques dans les situations de lecture
et de dénomination (voir sur ce point Ferrand et Grainger, 1992,
1993 ; Grainger et Ferrand, 1994).
Le résultat qui va nous intéresser ici est celui observé pour la
dénomination d'images. Cet effet, induit par la présentation du
nom ou d'un pseudohomophone du nom de l'image, est très
robuste et stable. Dans un travail récent Ferrand (19956) a mon- Amorçage phonologique masqué et dénomination 649
tré qu'il reste présent après plusieurs présentations des couples
amorce et test.
L'absence d'un effet de proximité orthographique lié à la
présence d'un effet d'homophonie suggère clairement que les
effets observés en dénomination sont sous-tendus par l'activa-
tion de la représentation phonologique du nom de l'objet. Selon
cette interprétation l'amorce va activer la représentation phonol
ogique du mot et faciliter ainsi sa récupération au moment de la
dénomination.
L'effet de répétition en dénomination mis en évidence dans
ces travaux serait indépendant de la relation sémantique exis
tant entre l'item amorce et l'item test.
Ce dernier point est important car dans les situations
d'amorçage sans masquage l'effet de répétition n'est observé
que dans le cas où les items amorce et cible partagent des pro
priétés phonologiques et sémantiques (Wheeldon et Monsell,
1992).
Le but de l'expérience présentée ici est de confirmer l'exi
stence d'un effet de répétition avec masquage dans une situa
tion de dénomination en utilisant comme item amorce un mot
de la langue homophone du nom de l'objet mais non homo
graphe de celui-ci et n'ayant avec lui aucune relation sémant
ique. La question se pose de savoir si la présentation du mot
« roux » va faciliter la dénomination du dessin d'une roue
d'une manière analogue à celle induite par la présentation du
mot «roue».
Il faut noter que, contrairement à ce qui était le cas dans nos
expériences précédentes conduites avec des pseudo-homophones,
les représentations orthographiques correspondant aux mots
homophones ont une signification clairement différente de celle
du nom de l'image à dénommer.
Cette différence est importante car dans le cas des items
pseudo-homophones l'activation de leur forme phonologique
peut conduire indirectement à celle du contenu sémantique de la
forme homophonique étant donné que les noms des objets
employés n'étaient pas eux-mêmes homophones. Ainsi, la pré
sentation du pseudo-homophone «brat» pourrait activer la
représentation sémantique du mot « bras » car ce dernier est le
seul item auquel correspond cette forme phonologique. En
revanche, quand l'item amorce est lui-même un mot homophone
non homographe, ayant donc sa propre signification, l'activa- 650 Ludovic Ferrand, Juan Segui et Jonathan Grainger
tion de celle-ci ne va pas correspondre à celle de l'objet à dénomm
er. Dans ce dernier cas, si l'effet de répétition est encore
observé, celui-ci ne peut pas être attribué au partage des pro
priétés sémantiques entre l'amorce et le nom de l'objet. Tout
effet de répétition obtenu dans ces conditions ne pourrait être
que de nature phonologique.
La figure 1 illustre cette différence entre la relation d'ident
ité et d'homophonie.
IDENTIQUE
(mot "roue "/image "roue")
Vis.
HOMOPHONE
(homophone "roux "/image "roue")
Vis. Vis.
Phon<-*-( IMAGE
Sem. Sem.
Fig. 1. — Représentation schématique
des deux sortes de relations de similarité étudiées
(adapté de Bavelier, 1994).
Vis. = code visuel ; Phon. = code phonologique ; Sem. = code sémantique
Schematic representation of the two kinds of similarity studied
(adapted from Bavelier, 1994).
Vis. = visual code ; Phon. — Phonological code ; Sem. — Semantic code Amorçage phonologique masqué et dénomination 651
EXPERIENCE
MATÉRIEL ET PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
MATÉRIEL
Un ensemble de 30 dessins expérimentaux en blanc et noir d'objets
familiers a été utilisé. 10 autres dessins de même nature ont été utilisés
pour la phase de familiarisation.
Les dessins utilisés sont extraits des normes de Snodgrass et Vander-
wart (1980) et des normes utilisées dans des tests de neuropsychologie
(Kay, Lesser, et Coltheart, 1992). Les dessins ont été digitalisés et la fr
équence moyenne des noms des objets correspondant est de 152 occurrences
par million (Trésor de la langue française, 1971).
Pour chaque dessin d'objet trois mots amorce différents ont été asso
ciés : 1 / le mot correspondant au nom de l'objet (ex. « roue »-« roue ») ;
2 / un mot homophone du nom de l'objet (ex. « roux »-« roue ») ; 3 / un mot
non relié qui partage le phonème initial avec le nom de l'objet et (ex.
« rein »-« roue »).
Chaque couple amorce-dessin d'un même triplet est associé à une liste
expérimentale différente de manière telle qu'un même sujet ne reçoit qu'un
exemplaire de chaque triplet associé à une condition expérimentale donnée
(répétition, homophone, non relié). Chaque sujet reçoit un total de 30 des
sins, 10 pour chacune des conditions expérimentales.
PROCÉDURE EXPÉRIMENTALE
La passation de l'expérience est individuelle. Avant de commencer
l'expérience proprement dite le sujet reçoit pour étude un carnet comport
ant l'ensemble des dessins. Associé à chaque dessin apparaît le nom cor
respondant. Les sujets sont prévenus qu'ils doivent utiliser ces noms lors
de la tâche de dénomination. Ceci est fait afin de s'assurer que les sujets
fournissent une même réponse pour chaque dessin.
Les dessins sont présentés en blanc et noir sur l'écran d'un ordinateur
(PC). La procédure de masquage utilisée est celle employée précédemment
par Ferrand, Grainger et Segui (1994). Chaque essai comporte d'abord une
présentation d'un masque (pattern mask) pendant 500 ms suivi immédia
tement par la présentation du mot amorce. La durée de présentation du
mot amorce est de 29 ms. Ensuite, il est remplacé par un masque de 14 ms
lequel est à son tour suivi immédiatement par la présentation du dessin à
dénommer. Ce dernier reste sur l'écran jusqu'à ce que le sujet donne sa 652 Ludovic Ferrand, Juan Segui et Jonathan Grainger
réponse. On demande aux sujets de fixer le centre du masque et ils ne sont
pas prévenus de la présentation du mot amorce.
La figure 2 illustre le déroulement d'un essai expérimental.
La technique d'amorçage rapide avec masquage combinée à la
dénomination d'images
temps
ZC ZC ZC ZC Pré-masque visuel (500 msec)
IT O "Q G Amorce (29 msec)
ZC ZC ZC ZC Post-masque visuel (14 msec)
Image cible à dénommer
Fig. 2. — Déroulement d'une séquence
correspondant à un essai expérimental
avec masquage du mot amorce
Sequence of events in the masked priming paradigm used
in the present study
The subject's task was to name the picture target as quickly as possible
Les mots amorce sont présentés en majuscules et les sujets sont priés
de prononcer le plus rapidement possible et sans faire d'erreur le nom de
l'objet représenté par le dessin. Une recherche pilote présentée plus loin et
conduite sur 10 sujets a permis d'estimer le degré de visibilité des mots
amorce.
L'ordinateur enregistre les temps des réponses verbales mesurés à par
tir de l'attaque du phonème initial à l'aide d'une clé de réponse (micro
phone Sennheiser MD211N). Les réponses verbales du sujet sont enregis
trées parallèlement sur un magnétophone.
L'expérimentateur est présent dans la salle afin de s'assurer du bon