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Analyse chronométrique de la résolution de la tâche d'horizontalité des liquides chez des filles et des garçons connaissant ou non l'invariance physique en jeu - article ; n°4 ; vol.102, pg 657-692

De
38 pages
L'année psychologique - Année 2002 - Volume 102 - Numéro 4 - Pages 657-692
Résumé
De nombreuses études ont établi que, par rapport à ceux de sexe masculin, davantage d'individus de sexe féminin échouent dans la tâche d'horizontalité des liquides en s'y représentant l'orientation de la surface d'un liquide comme oblique. Dans le but de compléter cette information par des indicateurs du traitement en cours d'exécution de la tâche, la présente expérience analyse les temps de réponse d'adolescents qui exécutent une série d'essais avant d'indiquer s'ils connaissent l'invariance physique en jeu. Les résultats montrent que, dans l'ensemble, plus de garçons que de filles affichent cette connaissance, laquelle accroît l'exactitude et la rapidité des réponses indépendamment du sexe des participants et du fait qu'ils doivent tracer la position de la surface de l'eau ou évaluer la justesse de la position qui leur est présentée. Font toutefois exception à ce patron les temps relativement faibles des filles ignorant l'invariance et traçant la surface de l'eau. Il se peut que, parmi les participants ne connaissant pas le principe d'invariance, les filles appliquent d'emblée une règle de résolution qui est incorrecte, tandis que les garçons sont à la recherche d'une règle. En dehors de la dimension notionnelle de la connaissance de l'invariance, d'autres composantes des résultats suggèrent cependant que les filles éprouveraient certaines difficultés d'ordre perceptif quand il faut situer l'axe horizontal à l'intérieur d'un cadre.
Mots-clés : tâche de l'horizontalité des liquides, comparaisons intersexes, temps de réponse.
Summary : A chronometric analysis of water-level performance in boys and girls knowing about the involved physical invariance or not.
Numerous studies have established that, compared to their male counterparts, more female individuals fail the water-level task by representing the orientation of the water surface as oblique. In order to complement this information with indicators of the processing taking place during performance, the present experiment examined the response times of adolescents who completed a series of trials prior to indicating whether they knew about the involved physical invariance. The results showed that, overall, more boys than girls displayed this knowledge which increased response accuracy and speed, irrespective of gender and of whether the participants had to draw the position of the water surface or to judge the correctness of the position shown to them. An exception to this pattern was the relatively low response times among unknowledgeable girls who had to draw water levels. It may be that, among the participants lacking knowledge of invariance, boys sought to find a rule to solve the task, whereas girls readily applied an incorrect rule. Independent front the conceptual dimension of invariance knowledge however, other aspects of the results suggested that girls may experience some difficulties of a perceptual nature when the horizontal axis has to be located within aframe.
Key words : water-level task, gender comparisons, response times.
36 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M.-G. Robert
F. Berthiaume
Analyse chronométrique de la résolution de la tâche
d'horizontalité des liquides chez des filles et des garçons
connaissant ou non l'invariance physique en jeu
In: L'année psychologique. 2002 vol. 102, n°4. pp. 657-692.
Citer ce document / Cite this document :
Robert M.-G., Berthiaume F. Analyse chronométrique de la résolution de la tâche d'horizontalité des liquides chez des filles et
des garçons connaissant ou non l'invariance physique en jeu. In: L'année psychologique. 2002 vol. 102, n°4. pp. 657-692.
doi : 10.3406/psy.2002.29611
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2002_num_102_4_29611Résumé
Résumé
De nombreuses études ont établi que, par rapport à ceux de sexe masculin, davantage d'individus de
sexe féminin échouent dans la tâche d'horizontalité des liquides en s'y représentant l'orientation de la
surface d'un liquide comme oblique. Dans le but de compléter cette information par des indicateurs du
traitement en cours d'exécution de la tâche, la présente expérience analyse les temps de réponse
d'adolescents qui exécutent une série d'essais avant d'indiquer s'ils connaissent l'invariance physique
en jeu. Les résultats montrent que, dans l'ensemble, plus de garçons que de filles affichent cette
connaissance, laquelle accroît l'exactitude et la rapidité des réponses indépendamment du sexe des
participants et du fait qu'ils doivent tracer la position de la surface de l'eau ou évaluer la justesse de la
position qui leur est présentée. Font toutefois exception à ce patron les temps relativement faibles des
filles ignorant l'invariance et traçant la surface de l'eau. Il se peut que, parmi les participants ne
connaissant pas le principe d'invariance, les filles appliquent d'emblée une règle de résolution qui est
incorrecte, tandis que les garçons sont à la recherche d'une règle. En dehors de la dimension
notionnelle de la connaissance de l'invariance, d'autres composantes des résultats suggèrent
cependant que les filles éprouveraient certaines difficultés d'ordre perceptif quand il faut situer l'axe
horizontal à l'intérieur d'un cadre.
Mots-clés : tâche de l'horizontalité des liquides, comparaisons intersexes, temps de réponse.
Abstract
Summary : A chronometric analysis of water-level performance in boys and girls knowing about the
involved physical invariance or not.
Numerous studies have established that, compared to their male counterparts, more female individuals
fail the water-level task by representing the orientation of the water surface as oblique. In order to
complement this information with indicators of the processing taking place during performance, the
present experiment examined the response times of adolescents who completed a series of trials prior
to indicating whether they knew about the involved physical invariance. The results showed that, overall,
more boys than girls displayed this knowledge which increased response accuracy and speed,
irrespective of gender and of whether the participants had to draw the position of the water surface or to
judge the correctness of the position shown to them. An exception to this pattern was the relatively low
response times among unknowledgeable girls who had to draw water levels. It may be that, among the
participants lacking knowledge of invariance, boys sought to find a rule to solve the task, whereas girls
readily applied an incorrect rule. Independent front the conceptual dimension of invariance knowledge
however, other aspects of the results suggested that girls may experience some difficulties of a
perceptual nature when the horizontal axis has to be located within aframe.
Key words : water-level task, gender comparisons, response times.L'Année psychologique, 2002, 102, 657-692
Université de Montréal1
ANALYSE CHRONOMÉTRIQUE
DE LA RÉSOLUTION DE LA TÂCHE
D'HORIZONTALITÉ DES LIQUIDES
CHEZ DES FILLES ET DES GARÇONS
CONNAISSANT OU NON
L'INVARIANCE PHYSIQUE
EN JEU
Michèle ROBERT2 et François BeRTHIAUME*
SUMMARY : A Chronometrie analysis of water-level performance in boys
and girls knowing about the involved physical invariance or not.
Numerous studies have established that, compared to their male
counterparts, more female individuals fail the water-level task by representing
the orientation of the water surface as oblique. In order to complement this
information with indicators of the processing taking place during performance,
the present experiment examined the response times of adolescents who
completed a series of trials prior to indicating whether they knew about the
involved physical invariance. The results showed that, overall, more boys than
girls displayed this knowledge which increased response accuracy and speed,
irrespective of gender and of whether the participants had to draw the position
of the water surface or to judge the correctness of the position shown to them. An
1. Département de psychologie, Université de Montréal, Montréal
H3C 3J7, Québec.
2. E-mail : michele.robert@umontreal.ca.
3. La réalisation de cette étude a été financée par une subvention (2602) du
Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada au premier
auteur. Les auteurs remercient Serge Larochelle pour ses suggestions pertinent
es lors de diverses phases de cette recherche. Ils reconnaissent également la
précieuse collaboration des personnes suivantes à des phases particulières : Cari
L'Archevêque (programmation informatique), Nicole Raymond (recrutement
des participants), Julie Archer, Josée Dubord, Delphine Collin, Sophie Long-
pré, Pierre Morin et Pascal Rollin (collecte et compilation des données) et Roch
Roy, Lyne Cédras, Denis Choquet et Michel Lamoureux (analyse statistique). 658 Michèle Robert et François Berthiaume
exception to this pattern was the relatively low response times among
unknowledgeable girls who had to draw water levels. It may be that, among the
participants lacking knowledge of invariance, boys sought to find a rule to solve
the task, whereas girls readily applied an incorrect rule. Independent from the
conceptual dimension of invariance knowledge however, other aspects of the
results suggested that girls may experience some difficulties of a perceptual
nature when the horizontal axis has to be located within a frame.
Key words : water-level task, gender comparisons, response times.
Depuis les travaux de la pionnière Helen Thompson (1903),
divers secteurs de la cognition, dont celui des habiletés visuo-
spatiales, ont fait l'objet de nombreuses comparaisons en réfé
rence au sexe des individus (voir Halpern, 2000). En s'appuyant
sur des vues convergentes (Carroll, 1993 ; Linn et Petersen,
1985 ; Lohman, 1994), les habiletés à traiter l'information visuo-
spatiale peuvent être conçues comme reposant sur la capacité de
percevoir correctement (parfois en dépit d'une donnée saillante
mais trompeuse) la configuration, l'orientation et la position
relative de stimuli bidimensionnels ou tridimensionnels ; y sont
également incluses la capacité de construire des représentations
justes des éléments perçus, celle d'encoder et de recouvrer ces
représentations et celle de les transformer mentalement.
Selon deux recensions méta-analytiques (Linn et Petersen,
1985 ; Voyer, Voyer et Bryden, 1995), alors que le rendement
visuo-spatial moyen des individus de sexe masculin est en géné
ral supérieur à celui des de sexe féminin, la taille de
l'écart intersexes sous-tend un regroupement trichotomique des
épreuves en jeu. Ainsi, cet écart est très marqué en rotation
mentale où il faut juger si, en dépit de leurs orientations diffé
rentes, certaines formes sont identiques ou non. Par contre, la
supériorité masculine est faible, et souvent nulle, en visualisa
tion spatiale où il faut manipuler séquentiellement divers él
éments visuo-spatiaux, comme dans une tâche de figures intri-
quées où une forme simple doit être repérée à l'intérieur d'une
forme plus élaborée. Enfin, l'ampleur de la meilleure réussite
masculine est modérée en perception spatiale où il faut établir
des relations spatiales en se référant à l'orientation de son corps
propre, plutôt qu'à celle indiquée par une information visuelle
non pertinente. Cette catégorie comprend entre autres la tâche
d'horizontalité des liquides qui, en plus de sa composante visuo- Analyse chronométrique 659
spatiale, fait intervenir la connaissance de l'invariance qui
caractérise l'orientation d'une surface liquide sous l'effet de la
gravité.
Cette dernière tâche est habituellement administrée en ver
sion production : le sujet voit le dessin d'un contenant vide, posé
sur une table dans différentes inclinaisons, et doit tracer la posi
tion qu'adopterait la surface d'un liquide à l'intérieur du conte
nant. Il existe aussi une version évaluation où cette position est
illustrée, correctement ou non, par une ligne, le participant déci
dant de la justesse de son orientation. Or, plusieurs études
menées chez l'adolescent et l'adulte ont montré que le fait
d'échouer en ne se représentant pas la surface du liquide comme
invariablement horizontale est plus fréquent parmi les indivi
dus de sexe féminin (Kalichman, 1988 ; Liben, 1991 ; Linn et
Petersen, 1985 ; Voyer et al., 1995). La robustesse de ce curieux
contraste intersexes est attestée par sa présence jusque chez
des étudiants universitaires en physique et en génie (Robert
et Harel, 1996). Il se manifeste de plus chez des populations
non occidentales, par exemple en Afrique (Amponsah et Krei
tling, 1997 ; Ohuche, 1984), en Inde (De Lisi, Parameswaran et
McGillicuddy-De Lisi, 1989) et en Chine (Li, Nuttall et Zhao,
1999). Enfin, les approches visant à inculquer le bon mode de
résolution n'ont connu qu'un succès limité (Liben, 1991). Malgré
de multiples tentatives d'identifier les causes de la différence,
l'énigme est loin d'être résolue (Vasta et Liben, 1996).
La performance à la tâche d'horizontalité des liquides a jus
qu'à maintenant été évaluée au moyen de mesures d'exactitude.
En version production, ces mesures se fondent sur l'écart entre
l'horizontale objective et le tracé de la surface du liquide par le
sujet ; en version évaluation, elles concernent l'acceptation des
lignes horizontales par ce dernier et son rejet des obliques. Le
rendement n'a donc pas été mesuré à partir du temps de réponse,
c'est-à-dire l'intervalle temporel s'écoulant entre la présentation
de la tâche au participant et la production d'une réponse par
celui-ciJ. Un large consensus existe pourtant en psychologie
cognitive quant à la valeur du temps de réponse comme indica-
1. En version évaluation, McAfee et Proffitt (1991) ont bien mesuré le
temps de réponse. Ils n'y ont pas constaté de différences intersexes mais ce
résultat est ambigu puisqu'il provient d'hommes ayant tous exécuté un tracé
correct lors d'un problème préalable de production et de femmes y ayant toutes
échoué. Michèle Robert et François Berthiaume 660
teur des habiletés mentales sollicitées dans une tâche donnée et à
sa sensibilité pour estimer des différences entre groupes
d'individus (Eysenck, 1995 ; Jensen, 1985 ; Lemaire, 1999 ; Pol-
latsek et Rayner, 1998).
Le but de la présente recherche est précisément de détermi
ner si, dans la tâche d'horizontalité des liquides, le temps de
réponse diffère selon le sexe des participants, la démonstration
d'une telle différence pouvant aider à mieux cerner les raisons de
la moindre réussite des sujets féminins. En version production,
le temps de réponse est ici scindé en trois sous-temps : il s'agit du de réflexion précédant l'amorce du tracé, du temps de
traçage comme tel et du temps de vérification débutant dès le
tracé complété et se terminant quand le participant en est satis
fait. Compte tenu que chacune de ces trois étapes fait appel à
des opérations particulières, un tel fractionnement pourrait
conduire à des interprétations plus précises que celles reposant
sur l'analyse du temps total. En version évaluation, le temps de
réponse est simplement celui mis à décider de la justesse de la
ligne à l'intérieur du contenant. Répondant à un souci de conci
sion, la définition de chaque temps, en versions production et
évaluation, suppose assurément une inference quant à l'opé
ration mentale dominante, mais peut-être non exclusive, qui s'y
déroule vraisemblablement. Par ailleurs, la mesure de ces temps
exigeant un format informatisé de la tâche d'horizontalité des
liquides qui pourrait affecter l'exactitude, des groupes de con
trôle exécutent cette tâche sur support papier.
Finalement, le participant répond à une question établissant
s'il connaît ou non le principe d'invariance de l'horizontalité des
liquides, cette règle découlant de l'action de la gravité. Certains
auteurs (Kalichman, 1986 ; Liben et Golbeck, 1984 ; Thomas et
Jamison, 1975 ; Wittig et Allen, 1984) ont en effet rapporté que
davantage d'hommes que de femmes savent qu'une surface
liquide est toujours horizontale, bien que d'autres chercheurs
(Myer et Hensley, 1984 ; Robert et Harel, 1996 ; Vasta, Light-
foot et Cox, 1993) n'aient pas obtenu cette différence inter
sexes. Une telle connaissance n'est cependant pas reliée de
manière univoque à l'exactitude. Ainsi, l'association est tantôt
absente chez les deux sexes (McGillicuddy - De Lisi, Bell, De
Lisi et Turner, 1988), tantôt présente uniquement chez les
hommes (Robert et Morin, 1993 ; Vasta et al., 1993). Par ail
leurs, la corrélation positive peut être forte (Thomas et Jamison, Analyse chronométrique 661
1975 ; Wittig et Allen, 1984), modérée (Liben et Golbeck, 1984)
ou faible (McAfee et Proffitt, 1991 ; Myer et Hensley, 1984) chez
les deux sexes. On ignore toutefois si la connaissance du principe
physique pertinent module le temps de réponse.
Par contre, cette connaissance n'intervient pas dans une
épreuve de contrôle, dite tâche de l'horizontale. Il s'agit ici,
selon la version, de tracer une horizontale dans l'illustration
d'un rectangle incliné ou d'évaluer si la ligne figurant dans le
rectangle est bien horizontale. Dans cette tâche qui ne fait appel
qu'à la capacité perceptive de situer le plan horizontal dans un
cadre distrayant et à celle, motrice, d'orienter une ligne horizon
talement, les deux sexes ne diffèrent pas en exactitude (Liben et
Golbeck, 1986 ; Robert, Pelletier, St-Onge et Berthiaume, 1994 ;
Robert et Longpré, 2002), quoiqu'une évaluation très fine de la
qualité des tracés dévoile une légère supériorité des hommes
(Vasta et al., 1993). La mesure des temps de réponse dans cette
tâche permet néanmoins d'isoler le poids exercé par les éléments
d'ordre strictement visuo-spatial dans la différence intersexes
notée à la tâche d'horizontalité des liquides.
DESCRIPTION DE LA RECHERCHE
PARTICIPANTS
Agés de 15 à 19 ans, les participants sont 185 filles (âge moyen :
17,6 ans) et 180 garçons (âge moyen : 17,7 ans). Élèves du Collège de Bois-
de-Boulogne à Montréal, ils sont inscrits dans des programmes profession
nels (par ex., en techniques administratives) ou préuniversitaires (par ex.,
en lettres et communication) ; dans ce dernier cas, pour éviter un niveau de
performance trop élevé, seuls les élèves qui n'étaient pas inscrits en sciences
pures ou en sciences de la santé ont été retenus parce que certaines études
(Kalichman, 1986 ; Robert et Harel, 1996) ont montré que des étudiants
universitaires en sciences pures ou appliquées réussissent mieux la tâche
d'horizontalité des liquides que ceux d'autres programmes. Environ 75 %
des participants ont été recrutés à l'aide d'une lettre, les autres l'ayant été
en classe ; dans les deux cas, l'invitation indiquait que la recherche visait à
mieux comprendre les mécanismes de la pensée et promettait un dédommag
ement de 5 $. Les élèves de moins de 18 ans ont dû obtenir le consente
ment écrit d'un de leurs parents. 662 Michèle Robert et François Berthiaume
PLAN DE L'EXPERIENCE
Les participants ont été répartis en huit groupes de manière aléatoire,
tout en s'assurant de l'équilibre des groupes quant au sexe des individus, à
leur âge et aux programmes dont ils provenaient ; chaque groupe compte
au moins 22 et au plus 24 participants d'un sexe donné. Quatre groupes tra
vaillent sur support informatique et quatre autres sur support papier. Quel
que soit le support, deux groupes exécutent la tâche d'horizontalité des
liquides et répondent à une question évaluant leur connaissance du prin
cipe physique sous-jacent ; deux autres complètent la tâche de l'hori
zontale. Pour chaque tâche, un groupe est soumis à la version production et
l'autre à la version évaluation. Le tableau I récapitule les caractéristiques
de ces huit groupes et présente les désignations qui leur seront par la suite
données.
MATERIEL ET DEROULEMENT
Des expérimentateurs de chaque sexe ont respectivement examiné la
moitié des participants de chaque sexe dans chaque groupe. D'une durée de
40 à 90 minutes selon les groupes, l'examen est individuel. Tous les groupes
effectuent des tâches de diversion (papier-crayon) qui, non reliées à la tâche
centrale mais dispersées dans le cours de son exécution, rompent la monot
onie et réduisent la fatigue1.
Support informatique. Pour les quatre groupes travaillant sur support
informatique, le principal matériel utilisé consiste en un ordinateur
(Amiga, 3000), deux écrans (couleurs, 33 cm et 640 par 400 pixels) pré
sentant le même ensemble de dessins et deux clés télégraphiques. Le par
ticipant est assis à une table dont le dessus a été percé d'une ouverture
où un écran est incliné à 28° par rapport à la table. Selon qu'il se dit gau
cher ou droitier, les clés télégraphiques sont placées à sa droite ou à sa
gauche sur la table, l'une étant identifiée comme la clé 1 et l'autre
comme la clé « Recommencer ». Assis à une autre table placée à angle
droit, l'expérimentateur contrôle le fonctionnement de l'ordinateur et fait
face au second écran. Le déroulement inclut la familiarisation avec
l'instrument utilisé pour répondre, la transmission des directives concer
nant la tâche, les essais de pratique (non inclus dans l'analyse) et les
essais proprement dits, interrompus à l'occasion par une tâche de
diversion.
1. Faciles et attrayantes, ces courtes tâches consistent, par exemple, dans
l'identification de figures réversibles ou le complètement de mots. Analyse chronométrique 663
TABLEAU I. — Selon le support utilisé,
de même que la tâche exécutée
et la version de cette tâche, caractéristiques
des huit groupes de participants de chaque sexe
et désignation résultante de ces groupes
According to the support used, as well as the task performed
and the version of this task, characteristics of the eight groups
of participants of each sex and the corresponding designation
of these groups
Support Tâche Version Groupe Désignation
Informatique Horizontalité Production Informatique-Liquide-Tracer ILT
des liquides
Évaluation Informatique-Liquide-Évaluer ILE
Horizontale Production Informatique-Horizontale-Tracer IHT
Évaluation Informatique-Horizontale-Évaluer IHÉ
Papier Horizontalité Production Papier-Liquide-Tracer PLT
des liquides
Évaluation Papier-Liquide-Évaluer PLÉ
Horizontale Production Papier-Horizontale-Tracer PHT
Évaluation Papier-Horizontale-Évaluer PHÉ
Un premier groupe exécute la tâche d'horizontalité des liquides en ver
sion production, le participant traçant une ligne représentant la surface de
l'eau dans des contenants dans diverses positions (groupe Informatique-
Liquide-Tracer, ou ILT). Un second groupe complète la même tâche en ver
sion évaluation, le participant évaluant si la ligne placée dans chaque
contenant représente la surface de l'eau (groupe Informatique-Liquide-
Évaluer, ou ILE). Un troisième groupe exécute la tâche de l'horizontale en
version production, le participant traçant une ligne horizontale à l'i
ntérieur de rectangles dans diverses positions (groupe Informatique-
Horizontale-Tracer, ou IHT). Un dernier groupe complète la même tâche en
version évaluation, le participant évaluant si la ligne placée dans chaque
rectangle est horizontale (groupe Informatique-Horizontale-Évaluer, ou
IHÉ). L'expérimentateur n'indique pas que l'ordinateur enregistre le temps 664 Michèle Robert et François Berthiaume
que le participant met à fournir ses réponses, celui-ci ne se voyant par ai
lleurs imposé aucun temps limite.
Dans le groupe ILT, en reliant des points numérotés qui forment le
contour de quatre objets familiers (par ex., un voilier), le participant se
familiarise d'abord avec l'utilisation d'un crayon lumineux (light pen de
marque Inkwell Systems, modèle 170C) qui entraîne un léger décalage
entre l'endroit où le crayon touche l'écran et celui où apparaît le tracé
effectué. L'écran montre ensuite le dessin d'un contenant à la verticale
que la consigne décrit comme un pot contenant de l'eau, placé debout
sur une table et fermé d'un couvercle (voir la fig. 1 A). Le participant est
prévenu qu'il verra des dessins semblables, mais illustrant des contenants
vides et placés dans diverses positions, et qu'il devra tracer dans chacun
la position de la surface de l'eau au moyen du crayon lumineux. Il devra
appuyer ensuite sur la clé 1 pour signaler qu'il est satisfait de son tracé ;
le contenant disparaît alors de l'écran et fait place au message
« Prêt ?» ; la clé à nouveau abaissée, le contenant suivant apparaît. Si,
non satisfait de son tracé, le participant veut plutôt le reprendre, il doit
appuyer sur la clé « Recommencer » ; apparaît alors un nouveau conte
nant, identique au précédent. Le temps de réflexion correspond au temps
entre l'apparition du contenant vide et le moment où le participant
dépose le crayon sur l'écran pour débuter son tracé ; le temps de traçage
est celui s'écoulant entre ce dernier moment et celui où le
retire le crayon de l'écran ; et le temps de vérification consiste dans le
temps entre ce dernier moment et l'appui sur la clé « Prêt ? ». Chaque
dessin illustre une droite (24 cm) sur laquelle est posé un rectangle
(6,2 cm sur 9,6 cm). Les traits des dessins ont 0,1 cm d'épaisseur à
l'exception de celui représentant le couvercle du contenant, de 0,6 cm
d'épaisseur. Sur un écran bleu, ils sont de couleur saumon, ces couleurs
assurant un bon contraste et atténuant l'apparence dentelée des lignes
obliques1. La position du contenant vide varie selon les dessins. Dans
certains, sa base est posée sur la droite ; perpendiculaire à la droite, ce
contenant en position verticale ou normale est dit à 0°. Dans d'autres
dessins, il est incliné (à partir de 0", dans le sens des aiguilles d'une
montre) à 35", 45° (voir la fig. 1 B), 55", 90" (position horizontale), 125°,
135°, 215", 225°, 305", 315° et 325". Pour tous les angles autres que 0"
et 90", la position du contenant est dite inclinée.
1. Compte tenu du degré de résolution de l'écran, la texture de toute ligne
oblique est légèrement dentelée, à la différence de celle, tout à fait lisse, des
horizontales et des verticales. Ce dentelé est dû au fait que les obliques sont
constituées d'une alternance de petits traits horizontaux et verticaux dont la
longueur respective varie selon que la ligne s'approche de l'horizontale ou de la
verticale. Cette différence visible aurait pu informer le participant du caractère
plus ou moins horizontal de son tracé. Ce problème est évité grâce à un pr
ogramme uniformisant la texture des tracés ; tout tracé paraît donc légèrement
dentelé, qu'il soit horizontal, oblique, ou vertical.