De la cartographie de report à la cartographie transformationnelle. Propositions pour la représentation des données de population - article ; n°3 ; vol.9, pg 487-503

-

Documents
18 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Espace, populations, sociétés - Année 1991 - Volume 9 - Numéro 3 - Pages 487-503
From Data Platting to Map Transformation. Some Proposals for Mapping of Population Data.
This paper presents some new methods of data population representation, and stresses their interests and eventual dangers. Cartographic transformations lead to a distorted picture, which is unique and comparable. It is, therefore, impossible to use them at all times. There are new and interesting research possibilities in cartography, but it is necessary to look into the matter closely with a critical eye.
Cet article propose quelques méthodes nouvelles pour la représentation spatiale de données de population, en soulignant leurs intérêts et leurs dangers. Si les transformations cartographiques conduisent à des cartes comparables et reproductibles par tous, elles ne peuvent être utilisées pour n'importe quelle variable ou dans n'importe quelles circonstances. La cartographie voit s'ouvrir des directions de recherche originales qu'il convient de tester et d'approfondir, tout en conservant un regard critique.
17 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1991
Nombre de lectures 72
Langue Français
Signaler un problème

Colette Cauvin
Christophe Enaux
De la cartographie de report à la cartographie
transformationnelle. Propositions pour la représentation des
données de population
In: Espace, populations, sociétés, 1991-3. Méthodes de cartographie statistique des populations - Statistical
population mapping. pp. 487-503.
Abstract
From Data Platting to Map Transformation. Some Proposals for Mapping of Population Data.
This paper presents some new methods of data population representation, and stresses their interests and eventual dangers.
Cartographic transformations lead to a distorted picture, which is unique and comparable. It is, therefore, impossible to use them
at all times. There are new and interesting research possibilities in cartography, but it is necessary to look into the matter closely
with a critical eye.
Résumé
Cet article propose quelques méthodes nouvelles pour la représentation spatiale de données de population, en soulignant leurs
intérêts et leurs dangers. Si les transformations cartographiques conduisent à des cartes comparables et reproductibles par tous,
elles ne peuvent être utilisées pour n'importe quelle variable ou dans n'importe quelles circonstances. La cartographie voit
s'ouvrir des directions de recherche originales qu'il convient de tester et d'approfondir, tout en conservant un regard critique.
Citer ce document / Cite this document :
Cauvin Colette, Enaux Christophe. De la cartographie de report à la cartographie transformationnelle. Propositions pour la
représentation des données de population. In: Espace, populations, sociétés, 1991-3. Méthodes de cartographie statistique des
populations - Statistical population mapping. pp. 487-503.
doi : 10.3406/espos.1991.1490
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/espos_0755-7809_1991_num_9_3_1490Colette CAUVIN Université de Strasbourg
U.F.R. de Géographie en collaboration avec 12, rue Goethe
67000 Strasbourg Christophe ENAUX
De la cartographie de report
à la
transformationnelle m
propositions pour la représentation
de données de population
thodes appliquées pourront avoir différen
tes utilisations. Aux auteurs de la carte
La concepts, permettant surface cartographie terrestre des de méthodes représenter sur est un et plan, l'ensemble une des partie et techniques de de comdes la (spécialiste du thème et spécialiste de la
cartographie) d'effectuer les choix de man
muniquer de l'information à des individus ière logique et raisonnée, d'être aptes à les
au moyen de cette représentation appelée justifier.
carte. A partir de cette définition de la Dans le cadre de cet article, le thème abordé
cartographie, synthèse de diverses défini est celui de la population et la question
tions proposées par différents auteurs (2), posée est la suivante: existe-t-il des repré
il ressort bien, comme l'écrit d'ailleurs M. sentations spécifiques des données de po
Béguin dans son article sur les tendances pulation? Le paragraphe précédent nous
de la représentation cartographique (3), conduit immédiatement à répondre par la
qu'il n'existe pas une cartographie pour négative. Alors, dans ce contexte, quelles
chaque thème envisagé. La est sont les directions existant actuellement
pour trouver des réponses adéquates? une science à part entière, disposant d'un
corpus conceptuel, méthodologique et gra // semble que deux démarches soient
phique, à l'intérieur duquel il convient de possibles:
sélectionner les méthodes les mieux adap La première, développée par M. Béguin,
tées à la problématique choisie, aux hypo correspond à une cartographie de report (4)
thèses associées ainsi qu'aux variables thé où les variables à représenter subissent,
matiques retenues. Chaque résultat, chaque préalablement, des traitements graphiques
ou mathématiques, plus ou moins élaborés. image, devront être repensés, réinterprétés,
en fonction du sujet étudié, mais les Dans cette optique, l'espace n'est jamais
(1) Terme introduit par S. Rimbert en 1979. variables thématiques, Z, sont projetées sur la surface
(2) Joly F. (1976), Robinson A. et al. (1978). cartographique, indépendamment du type d'implant
(3) Béguin M. (1981). ation géométrique. On procède ainsi à une applica
(4) Cartographie de report: expression proposée par tion f de Z sur l'espace, XY, soit: Z _1^XY.
Rimbert S. pour les modes de représentation où les 488
pris en compte explicitement. On projette médecine... C'est dans le cadre de cette
la ou les variable(s) sur la surface étudiée, deuxième direction que nous nous situerons
quelle que soit sa nature géométrique, ici, en nous appuyant sur l'hypothèse que
«comme si» l'espace était «neutre» (5). l'espace joue un rôle dans sa propre fabri
La seconde, moins usuelle pour une part, cation, qu'il peut se déformer comme un
intègre explicitement l'espace dans ses re matériau ou se transformer comme un être
présentations, et comprend deux orienta vivant. Il est bien évident qu'il convient
tions distinctes. Soit les variables thémati alors d'effectuer des transferts de modèles,
ques, Z, sont considérées comme fonction transferts que nous expliciterons au cours
des localisations, XY, et l'on fait appel alors de cet article.
aux analyses de surface de tendance (6). Ainsi, en utilisant essentiellement des va
riables liées aux migrations (émigration, Soit, au contraire, les localisations, XY,
dépendent des valeurs thématiques, Z, ce immigration, bilan migratoire, flux) mais
qui conduit aux familles des transformat aussi des variables simples de démographie
ions cartographiques, souvent dénommées (pourcentage de jeunes ou de personnes
«anamorphoses» (7). Une hypothèse de âgées), essayerons-nous de montrer com
base préside à ces démarches: «l'espace ment passer d'images connues, mais non
n'est pas neutre». Quelle que soit la cons reproductibles comme les cartogrammes,
truction humaine sur cet espace, l'espace à des représentations continues comparab
existe en lui-même et intervient à des de les, telles que les transformations mor
grés divers. pho-thématiques de poids (8). Nous expli
Face à ces deux approches, deux tendances querons ensuite les comparaisons
sont possibles pour tenter de trouver des possibles, généralisables, indépendantes de
améliorations des modes de représentation simples comparaisons visuelles. Nous
existants: soit proposer des traitements soulignerons dans une troisième partie les
préalables plus élaborés, plus nouveaux, possibilités, mais aussi les contraintes et les
soit développer la deuxième direction et limites de ces modèles, avant de proposer,
rechercher des transformations cartogra en conclusion, une nouvelle direction de
phiques bien adaptées à chaque type de représentation, prenant en compte tous les
variable, en faisant éventuellement appel à échanges entre toutes les régions, très
d'autres disciplines, comme la physique, la éloignées des cartes de flux classiques.
1. CONSTRUCTIONS NON REPRODUCTIBLES ET REPRÉSENTATIONS
COMPARABLES OU DU CARTOGRAMME AUX TRANSFORMATIONS
MORPHO-THÉMATIQUES DE POIDS
Un mode de représentation déjà ancien, le proposer une méthode reposant sur le calcul
cartogramme, a depuis longtemps été des structures en génie civil et des appli
testé. Nombre de «cartes» du monde de la cations au niveau des régions françaises.
population ou du pnb sont proposées aussi
bien dans des ouvrages spécialisés que dans 1.1. Le cartogramme: une construction
des travaux de vulgarisation. Mais ce type non reproductible
d'images possède de graves inconvénients Le cartogramme (9) dont le principe d'éla
que nous exposerons dans un premier pa boration est fort bien expliqué par M.
ragraphe avec un exemple concret avant de Monmonnier (10), et exposé par C. Enaux
(5)MullerJ.C.(1978). (9) II convient de ne pas confondre les cartogrammes
(6) De nombreux ouvrages abordent ce sujet: Davis et les pseudo-cartogrammes proposés par W. Tobler,
J.C. (1973), Rimbert S. (1977)... «approximations de cartogrammes, obtenus à partir
(7) Cauvin C. et Schneider C. (1989). de systèmes de projections cartographiques» (C.
(8) Pour cette classification des transformations car Enaux, 1989).
tographiques, voir Cauvin C. et Schneider C. (10) Monmonnier M.S. (1977).
(1989). 489
Figure 1. Régions françaises - Population active.
Bilan migratoire intérieur 1975 - 1982.
Représentation par cartogramme.
SOLUTION 2
Code d'identification des régions françaises
Source :I.N.S.E.E. 1982 Auteur : C. CAUVIN
Dessinateur : A. MAURER Strasbourg -1991
(11), est une représentation aréale où les dans cette position. De même, le
surfaces des unités spatiales, aux formes en Languedoc-Roussillon apparaît massif
général très géométriques, sont propor dans la solution 1, et se trouve, allongé,
tionnelles aux valeurs thématiques de étiré dans l'autre. Les formes intérieures
la variable retenue, et ne correspondent sont donc très variées, très variables.
donc pas aux surfaces de référence. Seules Si le cartogramme présente l'avantage de
faire abstraction des tailles des surfaces de les connexités entre zones sont respectées,
base, problème biaisant souvent la lecture c'est-à-dire les relations topologiques
des cartes choroplèthes, il possède un ientre les entités spatiales; la forme générale
nconvénient majeur: sa construction n'est du secteur étudié doit être conservée dans
pas unique. C'est en ce sens que nous parla mesure du possible. Les contraintes de
lons de construction non reproductible. construction sont donc limitées (11): il est
Aussi, convient-il de proposer d'autres soaisé, avec le même fond de base, sans violer
lutions en faisant appel, éventuellement, à aucune des conditions de de produire
des modèles appartenant à d'autres discideux cartogrammes très différents, comme
plines. le montre la figure 1, où les surfaces sont
proportionnelles aux valeurs du bilan mi
1.2. Un modèle de transformation morgratoire 1975/82 (12). Si la forme générale
pho-thématique de poids: les cartes de la France est quasiment identique dans
piézoplèthes les deux cas, on voit bien comment la
Les cartes piézoplèthes que nous avons Picardie, par exemple, atteint Dunkerque
déjà décrites par ailleurs (13) appartiendans un cas, alors que dans le deuxième,
nent, parmi les types d'anamorphoses, à la c'est la Haute-Normandie qui se trouve
ainsi a-t-on pu calculer les surfaces proportionnelles (ll)EnauxC.(1989).
(12) Pour des raisons pratiques, le bilan migratoire aux valeurs.
ayant des valeurs négatives, une translation a été ef (13) Cauvin C. et al. (1985), Cauvin C. et al.
fectuée afin de rendre toutes les valeurs positives; (1989). 490
des transformations morpho- famille tincts se fait essentiellement par des diffé
thématiques de poids. Nous n'exposerons rences de surfaces (17). Il semblerait donc
pas la méthode en détail ici (14), mais que le procédé proposé réponde parfait
nous en rappellerons brièvement le princi ement aux critères reconnus, pour qu'une
pe. La construction de ces cartes repose sur image, une carte, soient lisibles et mémo-
le calcul de structures où la surface est risables aisément. C'est ce que nous allons
modélisée en éléments finis qui sont dé illustrer dans le paragraphe suivant à l'aide
formés par des charges thématiques selon de quelques exemples.
un modèle physique, choisi en adéquation
avec le phénomène à représenter. Il s'agit 1.3. Les cartes piézoplèthes: une métho
tout à fait d'un transfert de modèle, fort bien de pour exprimer des structures et des
décrit dans le mémoire déjà cité (11). Ainsi, processus spatiaux
comme une barre, composée d'un matériau Les cartes piézoplèthes (18), dont le nom
donné, peut subir des tractions ou des a été proposé par C. Schneider, présentent
compressions, la zone étudiée est-elle deux grands avantages pour des cartes
considérée comme une surface d'épaisseur concernant la population: d'une part, comp
quasiment négligeable, composée d'un arer la structure de données différentes à
matériau donné, découpée en petits él une même période, et, d'autre part, mont
éments carrés ou triangulaires. La variable rer l'évolution d'un même phénomène dans
thématique à représenter est assimilée à un le temps. Nous allons proposer deux
poids, une force, une température, selon les exemples.
cas, qui provoque des pressions, des dila
tations, des contractions en fonction de ses 1.3.1. Un exemple de comparaison de
valeurs. La structure va donc se déformer, structures à une même date
se transformer, différentiellement selon les Nous avons construit, pour les régions
deux directions X et Y. Etant donné qu'il françaises, les cartes de l'émigration, de
s'agit d'un modèle physique, adapté à une l'immigration et du solde migratoire entre
surface continue, une fois les paramètres 1975 et 1982 (19) (figure n° 2).
définis (à savoir, le type de matériau, sa La carte de l'émigration est marquée par les
résistance, sa dilatation...), la construction faibles départs du Sud-Est de la France, et
de la carte sera unique, quelle que soit la à un moindre degré du Sud en général, ainsi
personne qui la produira. Elle est donc gé- que de la Bretagne. Sa forme générale
néralisable et comparable à d'autres cartes semble basculée vers le Nord-Est; une op
construites selon les mêmes principes. Ceci position Nord-Ouest/Sud-Est, marquée par
constitue le premier avantage de cette une ligne de séparation joignant le Mont-
méthode. Saint-Michel à la Savoie, souligne la dé
Par ailleurs, la déformation étant continue, formation globale. La carte de l'immigra
c'est la forme d'ensemble de la zone étudiée tion est en quelque sorte le négatif de la
qui est modifiée et non pas, seulement, les précédente. Le Nord et l'Est du pays appa
unités élémentaires. La lecture de l'image raissent comme des secteurs contractés, le
est donc avant tout globale; or, il a été reste de la France s'évase en direction du
montré, en perception graphique (15), que Sud-Est. L'opposition de ces deux formes
le lecteur, au premier regard, voit la carte était prévisible, mais elle se mémorise
comme un tout, qu'il enregistre des formes facilement. La résultante de ces mouvem
(16), et que la perception d'éléments dis- ents, le solde migratoire, reprend cette
(14) Pour une approche plus précise, nous renverrons (18) Piézoplèthe: ce terme est construit sur le modèle
aux travaux suivants: Enaux C. (1989), Cauvin C. et des qualifications tels que «choroplèhe, isoplèthe»,
où la composante «piézo» vient du grec rcieÇeiv, et al. (1989), Da Silva A. (1986).
(15) Thème développé dans l'article Cauvin C. et al. signifie «serrer, presser».
(19) Migrations interrégionales de la population (1989).
(16)RimbertS. (1968). active. Données insee.
(17) Dobson M.W. (1980 et 1983). 491
Figure 2. Régions françaises 1975 - 1982.
Population active - Mouvements intérieurs.
EMIGRATION IMMIGRATION
carré de base
valeur moyenne
de la variable "Z*
Source : I.N.S.E.E. 1982 Auteur : C. CAUVIN
Méthode conçue par C. SCHNEIDER Strasbourg 1 986
Programmation : G. CHERRIER et J. HIRSCH Procédé STRUCT
est désormais fort réduite: Lorraine et Nord - opposition en l'accentuant, et produit alors
Pas-de-Calais convergent, l'Ile-de-France une image beaucoup plus caractéristique
disparaît quasiment. Inversement, la que les cartes choroplèthes habituelles où
Bretagne s'étire légèrement vers l'Ouest, le jeu des inégalités de surfaces biaise fr
l'Aquitaine se gonfle dans la même direc- équemment la lecture. La France du Nord 492
tion, et la Provence-Côte d'Azur se répand France, en 1982, où l'Ile-de-France est de
sans limite vers le Sud et l'Est. Cette re venue déficitaire, où la Provence-Côte
présentation du bilan migratoire est carac d'Azur est la grande zone attractive, et où
téristique, et correspond au résultat d'un l'Aquitaine commence à son tour à jouer un
processus de mouvements migratoires que rôle de pôle attirant. D'une France simple
ment gonflée en son centre, on arrive à une la figure 3 va illustrer.
France «rabougrie» au Nord, largement
1.3.2. Un exemple de changement dans le répandue au Sud et surtout au Sud-Est. Il
temps: semble que la tendance s'accentue encore
Si les cartes piézoplèthes facilitent la en 1990, comme nous le verrons dans la
troisième partie. comparaison de structures, elles permettent
aussi de comprendre, de manière saisis
Cependant, un fait est à noter: jusqu'à sante, l'évolution dans le temps, d'un phé
nomène donné. Les cartes successives des maintenant, les comparaisons que nous
soldes migratoires entre 1954 et 1982 en avons effectuées sont demeurées visuell
sont un exemple criant (figure 3). es, et nous avons mis l'accent sur leur fa
cilité, sans qu'apparaissent d'erreurs imConstruites selon le même procédé et avec
les mêmes indices de dilatation, ces cartes portantes. Or, on sait par ailleurs, que les
dégagent de manière évidente le change confrontations visuelles sont toujours en
tachées d'erreurs comme l'ont montré ment fondamental survenu pendant cette
McCarty et Salisbury dans leurs travaux en période. Une France où la dominance de
l'attraction parisienne ressortait sans dis 1961; les cartes piézoplèthes limitent ces
cussion entre 1954/62 (carrés très gros au erreurs, elles ne les font pas disparaître.
centre de la France) est progressivement C'est pourquoi, un autre mode de repré
sentation va être proposé, dont l'intérêt remplacée par une France où l'attirance du
Sud-Est grandit (cartes de 1962/68 et 68/75 réside dans sa capacité à produire des
comparaisons cartographiques et géné- avec des carrés de plus en plus grands au
Sud-Est), pour arriver finalement à une ralisables.
2. DE LA CRÉATION DE FORMES SPATIALES A LEUR COMPARAISON
OU DES TRANSFORMATIONS MORPHO-THÉMATIQUES AUX TRANS
FORMATIONS MORPHO-DIFFÉRENTIELLES
Les procédés précédents, transformations la régression bidimensionnelle. Nous ver
morpho-thématiques de poids, ont permis rons successivement, le principe de cette
de créer des images - ici, de la France ré •méthode et deux types d'applications
gionale - construites selon les mêmes différents.
principes et la même base spatiale initiale.
Elles sont donc comparables, mais le pro 2.1. Une méthode de comparaison spat
blème est de les comparer d'une manière iale: la régression bidimensionnelle
également généralisable, qui conduise à des Les cartes piézoplèthes obtenues préc
résultats identiques, quelle que soit la per édemment nous conduisent à émettre une
sonne qui effectue la comparaison. Il s'agit hypothèse, hypothèse de travail au moins
donc d'obtenir des indices de ressemblan pour l'instant, qui peut être énoncée comme
ces spatiales, exactement comme il est suit: «les variables thématiques, considé
possible d'obtenir des indices de ressem rées comme des poids, des forces, des
blances entre variables sur le plan statist températures sur une surface, induisent des
ique avec le R de Bravais-Pearson, par transformations des surfaces et donc de
exemple. Pour cela, nous allons faire appel l'espace, des formes caractéristiques du
à une méthode développée par W. Tobler, phénomène étudié. L'image obtenue par les
à partir des travaux de d'Arcy Thompson: morpho-thématiques de 493
Figure 3. Régions françaises - Population active.
Bilan migratoirse intérieur.
1954-1962 1962-1968
carré de base ■
valeur moyenne
de la variable "Z"
Source : I.N.S.E.E. 1982 Auteur : C. CAUVIN
Méthode conçue par C. SCHNEIDER Strasbourg 1 986
Programmation : G. CHERRIER et J. HIRSCH Procédé STRUCT
poids exprime ces changements (de struc- croissance pour d'Arcy Thompson». Si
nous acceptons cette hypothèse, il devient ture ou de processus) au même titre que les
possible d'effectuer des comparaisons en changements de forme exprimaient les
s'appuyant sur les travaux de cet auteur de structures, et, donc, la 494
concernant la croissance et la forme, ainsi (images, statistiques...) sont disponibles
que ceux de W. Tobler sur les changements (21), l'image principale de cette étape est
de formes, et ceux de H. Reymond dans son l'anamorphose finale.
étude des modèles graphiques (1968). Dans ce cadre, les résultats sont à la fois
Les changements de forme traduisent un statistiques et cartographiques; les compar
changement de structure (entre des phéno aisons sont effectuées sur l'espace et non
mènes à un moment donné, ou pour un sur des données délocalisées. Les applica
même phénomène dans le temps). La tions correspondantes qui vont être pré
comparaison des formes, en faisant appel sentées maintenant, portent, d'une part, sur
aux projections cartographiques, exprimera les bilans migratoires par rapport à la carte
à la fois statistiquement et cartographique- de France de référence, et, d'autre part, sur
ment, d'une manière généralisable, les dif les bilans entre eux à différentes périodes.
férences entre des formes, donc entre ce que
traduisent ces formes: structure, croissance, 2.2. Comparaison des images des bilans
évolution... Ces notions sont fondamental migratoires et de la carte de référence
es en géographie de la population. C'est Nous avons sélectionné les anamorphoses
pourquoi, ces méthodes nous paraissent des bilans 54/62 et 75/82, en ne retenant que
particulièrernent adaptées à ce type de les contours des transformations pour des
données. raisons pratiques, et la carte de France
Rappelons brièvement les principes de la correspondante. Ont été seulement tracées,
régression bidimensionnelle, transformat pour les deux périodes, les cartes avec les
ion morpho-différentielle, conçue au début vecteurs de déplacements et les ana
du siècle par d'Arcy Thompson, repensée, morphoses.
concrétisée et adaptée par W. Tobler (20). Si l'on considère, sur la figure 4, les images
Soit une surface de référence (surface de 1954-62, on voit que, dans l'ensemble,
source), Z, avec des points connus, bien les vecteurs n'ont pas des normes très éle
individualisés, XY. Soit une surface vées. La forme générale de la France n'est
«image», W, surface à comparer, avec les pas foncièrement modifiée. La Bretagne
points homologues des points XY, d pique du nez, le Centre (Ile-de-France) est
énommés UV. On cherche, dans un premier un peu agrandi, le Sud-Est s'étend légère
temps, la surface W, fonction de la surface ment. Précisons que le coefficient de cor
Z, la plus proche possible de la rélation spatiale est de 0,99 entre la source
image W, au sens des moindres carrés. Pour et la carte image. La figure de 1975-82 est
cela, on effectue une translation, une rota nettement différente (R = 0,96): on const
tion et un changement d'échelle. On peut ate, d'une part, une convergence des vec
alors construire une carte avec des vecteurs teurs en direction de la région parisienne,
attachés à chaque point connu; pour chaque ce qui se traduit par un rapprochement
vecteur, l'origine correspond à la localisa Lorraine - Nord - Pas-de-Calais, Ile-de-
tion de référence, la pointe à la localisation France, et, d'autre part, une extension nette
du point dans la surface homologue de la Provence-Côte d'Azur, soulignée par
(image), et la norme à l'écart entre les deux la direction des vecteurs vers l'Est et le
localisations, donc aux différences, pour Sud, ainsi qu'un léger accroissement de
chaque point entre les deux «cartes». Dans l'Aquitaine avec des vecteurs vers l'Ouest
un deuxième temps, on procède à une inet parfois vers le Sud-Ouest. L'ana
terpolation (qui suppose la continuité de morphose souligne l'axe des mouvements
l'espace considéré), ayant pour but de gé avec un départ vers le Nord, la Lorraine, et
néraliser les résultats précédents et de l'Ile-de-France, un passage par l'axe rho
conduire à une image globale transformée, danien et un déversement dans la
en fonction des différences reconnues à Provence-Côte d'Azur. Désormais, les
l'étape 1. Même si de nombreux résultats commentaires de comparaisons peuvent
(20) Tobler W. (1965, 1977, 1978). (21) Cauvin C. (1984). i

:
;
i
:
!
'<
f
;
495
Figure 4. Régions françaises - Population active.
Bilan migratoire intérieur 1954 - 1962
A • CARTE APRES AJUSTEMENT B - IMAGE APRES INTERPOLATION
■4- ...... p. — i— :
L "V" i^* [ ? : ; 71 ..j --' j _.^ jL_
; ; ; —;---}"- ; ; VvVi r v i "^
i— --- 44- —
i f v ...j... --- ,'
V i ■ ■
! ! ! ! !"7" /
nûVy i---i---|\K^-- : J \" - — j---
— \ France : tracé géographique de référence / France : tracé 1954 - 1962 (d'après la carte Localisations 1954-1962 (d'apréc la car» du bilan migratoire l~~\ du bilan migratoire obtenue par obtenue par transformation morpho-thématique de poids) transformation morpho-thématique de poids) — Vecteurs de déplacement : carte de référence/carte 1954 -1962
BILAN MIGRATOIRE INTERIEUR 1975 - 1982
A • CARTE APRES AJUSTEMENT B • IMAGE APRES INTERPOLATION
: ;
! ! ♦ ** i* ; : : ! |^oX\
''■'•'■'■ riv1 ÂÎÎ^^Y/^
: 1 \ \ p^î^x . i : ri i ^f^J7
i lE^Ti i i i i i i
— *. — f — s — "t""i — î — ? — S — 1 — TT%
"TTaW". ' ' ' X >**
S— *— !"-Njî — S — 3 — * — i— i—
\...\..'i.^tJ.\..\..X~\~i~À~.
: j J L i>- i m< j 'i
[~~\ France : tracé géographique de référence ^__ France: tracé 1975-1982 (d'après la carte du Localisations 1975-1982 (d'après la carte du bilan migratoire / \ bHan migratoire obtenue par transformation obtenue par transformation morpho-thématique de poids) morpho-thématique de poids) — Vecteurs de déplacement: carte de référence/carte 1975-1982
Méthode : régression tridimensionnelle, conçue et programmée par W. TOBLER (U.S.A.). adaptée au centre de calcul
de Strasbourg-Cronenbourg (CNRS) par A. SERRADJ, F. BRIANDET et D. BADARIOTTI
Cartes établies par C. CAUVIN - U.R.A. D9O2 du C.N.R.S. - Strasbourg - Mai 1966