Dyslexie développementale et attention visuo-spatiale - article ; n°2 ; vol.96, pg 193-224

Dyslexie développementale et attention visuo-spatiale - article ; n°2 ; vol.96, pg 193-224

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L'année psychologique - Année 1996 - Volume 96 - Numéro 2 - Pages 193-224
Résumé
Cet article propose une revue de la littérature relative aux troubles visuo-perceptifs et visuo-attentionnels des enfants dyslexiques. L'hypothèse de troubles visuo-attentionnels associés aux difficultés d'apprentissage de la lecture est testée par le biais d'une épreuve de recherche d'une cible parmi des distracteurs. Cette épreuve comprend deux conditions expérimentales mettant en jeu des traitements visuels sériels/attentionnels pour la première (recherche d'un 0 parmi des Q ) et parallèles!automatiques pour la seconde (recherche d'un Q parmi des 0 ). La population expérimentale se compose de 10 sujets dyslexiques dont les performances sont comparées à celles de 10 sujets non dyslexiques de même âge chronologique et 10 sujets non dyslexiques de même niveau de lecture. Les résultats montrent que les sujets dyslexiques ont des performances comparables à celles des sujets témoins de même âge chronologique en condition parallèle/automatique. Par contre, leurs performances se différencient de celles des deux groupes contrôles, par une pente de recherche plus éle- vée, en condition sérielle/attentionnelle. Ces résultats suggèrent l'existence de troubles visuo-attentionnels chez les enfants dyslexiques.
Mots-clés : recherche visuelle, traitements parallèles vs attentionnels, dyslexie développementale.
Summary: Developmental dyslexia and visuo-spatial attention.
This paper gives an overview of the literature on the visuo-perceptual and visuo-attentional deficits of dyslexic children. The hypothesis that visuo-attentional problems cooccur with dyslexia was assessed through a task of search for a target among distractors. Serial-attentional visual processing was required in one task condition (searchfor 0 among Qs) whereas the other condition involved parallel/automatic processing (search for Q among 0 s). Ten dyslexic subjects constituted the experimental group. Their performance was compared to that of 20 non-dyslexic children, 10 matched for chronological age and 10 for reading age. The performance of dyslexic subjects was similar to that of children matched for chronological age in the parallel/automatic condition. In contrast, their performance differed by an increased search slope front that of the two control groups in the seriallattentional condition. These results suggest the existence of visuo-attentional deficits in dyslexic children.
Key words : visual search, parallel vs attentional processing, developmental dyslexia.
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1996
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Langue Français
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C. Marendaz
S. Valdois
J.-P. Walch
Dyslexie développementale et attention visuo-spatiale
In: L'année psychologique. 1996 vol. 96, n°2. pp. 193-224.
Citer ce document / Cite this document :
Marendaz C., Valdois S., Walch J.-P. Dyslexie développementale et attention visuo-spatiale. In: L'année psychologique. 1996
vol. 96, n°2. pp. 193-224.
doi : 10.3406/psy.1996.28893
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1996_num_96_2_28893Résumé
Résumé
Cet article propose une revue de la littérature relative aux troubles visuo-perceptifs et visuo-
attentionnels des enfants dyslexiques. L'hypothèse de troubles visuo-attentionnels associés aux
difficultés d'apprentissage de la lecture est testée par le biais d'une épreuve de recherche d'une cible
parmi des distracteurs. Cette épreuve comprend deux conditions expérimentales mettant en jeu des
traitements visuels sériels/attentionnels pour la première (recherche d'un 0 parmi des Q ) et
parallèles!automatiques pour la seconde (recherche d'un Q parmi des 0 ). La population expérimentale
se compose de 10 sujets dyslexiques dont les performances sont comparées à celles de 10 sujets non
dyslexiques de même âge chronologique et 10 sujets non dyslexiques de même niveau de lecture. Les
résultats montrent que les sujets dyslexiques ont des performances comparables à celles des sujets
témoins de même âge en condition parallèle/automatique. Par contre, leurs
performances se différencient de celles des deux groupes contrôles, par une pente de recherche plus
éle- vée, en condition sérielle/attentionnelle. Ces résultats suggèrent l'existence de troubles visuo-
attentionnels chez les enfants dyslexiques.
Mots-clés : recherche visuelle, traitements parallèles vs attentionnels, dyslexie développementale.
Abstract
Summary: Developmental dyslexia and visuo-spatial attention.
This paper gives an overview of the literature on the visuo-perceptual and visuo-attentional deficits of
dyslexic children. The hypothesis that visuo-attentional problems cooccur with dyslexia was assessed
through a task of search for a target among distractors. Serial-attentional visual processing was
required in one task condition (searchfor 0 among Qs) whereas the other condition involved
parallel/automatic processing (search for Q 0 s). Ten dyslexic subjects constituted the
experimental group. Their performance was compared to that of 20 non-dyslexic children, 10 matched
for chronological age and 10 for reading age. The performance of dyslexic subjects was similar to that
of children matched for chronological age in the parallel/automatic condition. In contrast, their
performance differed by an increased search slope front that of the two control groups in the
seriallattentional condition. These results suggest the existence of visuo-attentional deficits in dyslexic
children.
Key words : visual search, parallel vs attentional processing, developmental dyslexia.L'Année psychologique, 1996, 96, 193-224
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
CNRS, Université Pierre- Mendès- France1*
Maison d'enfants «Les Lavandes»2**
DYSLEXIE DEVELOPPEMENTALE
ET ATTENTION VISUO-SPATIALE
par Christian MARENDAZ*, Sylviane VALDOIS*
et Jean-Pierre WALCH**3
SUMMARY : Developmental dyslexia and visuo-spatial attention.
This paper gives an overview of the literature on the visuo-perceptual and
visuo-attentional deficits of dyslexic children. The hypothesis that problems cooccur with dyslexia was assessed through a task
of search for a target among distractors. Serial-attentional visual processing
was required in one task condition (search for 0 among Qs) whereas the other
condition involved parallel/ automatic processing (search for Q among 0 s) .
Ten dyslexic subjects constituted the experimental group. Their performance
was compared to that of 20 non-dyslexic children, 10 matched for chronological
age and 10 for reading age. The performance of dyslexic subjects was similar
to that of children matched for chronological age in the parallel/ automatic
1 . 1251, avenue Centrale, BP 47X, 38040 Grenoble Cedex 9.
2 . Maison d'enfants à caractère spécialisé, 05700 Orpierre.
3 . Note des auteurs. — Cette étude a été réalisée grâce aux moyens fournis
par le Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS , ER 85) et l'Univers
ité Pierre-Mendès-France de Grenoble. Nous remercions M. René Girard, psy
chologue scolaire, pour sa participation active à l'expérimentation ainsi que
M. Philippe Roux, directeur de la Maison d'enfants à caractère spécialisé « Les
Lavandes » d'Orpierre, M. Salou et Mmes Labuda, Genevoix et Didelle, respon
sables des écoles de Pontcharra, pour leur collaboration. La demande de tirés à
part doit être adressée à Christian Marendaz ou à Sylviane Valdois, Laboratoire
de Psychologie expérimentale, BP 47X, 38040 Grenoble Cedex 9, France
(e-mail : marendaz@ccomm.grenet.fr ou valdois@ccomm.grenet.fr). 194 C. Marendaz, S. Valdois et J.-P. Walch
condition. In contrast, their performance differed by an increased search
slope from that of the two control groups in the serial/ attentional condition.
These results suggest the existence of visuo-attentional deficits in dyslexic
children.
Key words : visual search, parallel vs attentional processing,
developmental dyslexia.
Bien qu'elle repose pour une large part sur des traitements
linguistiques, l'activité de lecture requiert également l'interven
tion de procédures d'analyse visuelle (permettant le repérage des
traits visuels, la reconnaissance et l'identification des lettres) et
la mise en jeu de traitements visuo-attentionnels (Laberge et
Brown, 1989; Ans, Carbonnel et Valdois, soumis). En fait, la
plupart des traitements linguistiques impliqués dans l'activité
de lecture préexistent à cette activité. L'enfant apprenti-lecteur
possède normalement déjà une bonne maîtrise du langage oral,
supposant qu'il a acquis un lexique phonologique renfermant les
formes sonores correspondant aux mots de sa langue, qu'il a
mémorisé les attributs sémantiques de ces mots et qu'il a déve
loppé des capacités d'analyse syntaxique et de maintien en
mémoire permettant la compréhension et la production d'énon
cés oraux. Si l'activité de lecture va également faire appel à ces
diverses connaissances et aptitudes, apprendre à lire se traduira
avant tout par l'acquisition de procédures d'analyse visuelle
spécifiques et par l'automatisation progressive des traitements
visuels qui s'accompagnent initialement d'un coût attentionnel
(Laberge et Samuels, 1974). On peut donc s'attendre à ce que
des troubles d'apprentissage de la lecture puissent résulter soit
d'un trouble linguistique soit de difficultés visuelles ou visuo-
attentionnelles (Valdois, sous presse). Or, la plupart des recher
ches sur les troubles d'acquisition de la lecture se sont focalisées
sur les difficultés linguistiques des enfants dyslexiques et notam
ment sur les troubles des capacités métaphonologi-
ques, i.e., des capacités à manipuler volontairement les sons (ou
phonèmes) de la langue (Gombert, 1990 ; Wimmer, Landerl,
Linortner et Hummer, 1991 ; Morais, Castro et Kolinsky, 1991 ;
Morais, 1994). Une conception unitaire de la dyslexie a même
été défendue selon laquelle tout trouble spécifique d'apprentis
sage de la lecture serait secondaire à des difficultés de traite- Troubles visuels et visuo-moteurs 195
ment phonologique1. Ces différentes études ont largement
contribué à minimiser voire même à nier l'importance des fac
teurs visuels et visuo-attentionnels. Notre objectif est ici de
dresser un bilan de la littérature relative aux troubles visuels et
visuo-attentionnels chez les enfants dyslexiques. Nous présente
rons des résultats expérimentaux appuyant l'hypothèse d'un
déficit visuo-attentionnel chez ces enfants. Les performances des
sujets ont été recueillies dans une situation de recherche d'une
cible parmi des distracteurs ; la théorie et les modèles liés au
paradigme expérimental seront abordés dans la présentation de
l'expérience et lors de la discussion.
DYSLEXIE DEVELOPPEMENTALE,
VISION ET ATTENTION
Dans un but de clarté théorique, ne seront discutées ici que
les études ayant retenu des critères stricts de sélection des
sujets. Ces critères (qui prévalent également pour notre étude)
sont les suivants : la « dyslexie développementale » renvoie à un
trouble durable d'acquisition de la lecture qui se manifeste chez
un individu (enfant, adolescent ou adulte) ayant une efficience
intellectuelle normale ou subnormale (QIP ou QIV > 90)2 et ne
présentant ni trouble de l'acuité auditive ou visuelle, ni trouble
psychologique, psychiatrique ou neurologique avéré. Il doit éga
lement avoir fréquenté l'école régulièrement, être issu d'un
1 . Cf. Hulme, 1987, pour une revue des études mettant en évidence l'exis
tence de troubles linguistiques associés aux difficultés d'apprentissage de la lec
ture, et des auteurs comme Bradley et Bryant, 1978, 1983 ; Campbell et Butter-
worth, 1985; Frith, 1985; Goswami et Bryant, 1990; Snowling, 1981;
Snowling, Stackhouse et Rack, 1986 ; Snowling, Goulandris, Bowlby et Howell,
1986, pour ce qui concerne plus particulièrement l'existence d'un lien causal
entre troubles phonologiques et dyslexie.
2. Les enfants dyslexiques présentent souvent un écart important entre
QI verbal et QI performance, le plus souvent en faveur du QI performance mais
pas toujours. On ne retient pas dans ces cas-là le QI global (> 90) comme critère
d'inclusion mais celui des deux QI, verbal ou performance, qui est le plus élevé
La question de savoir si on peut parler de dyslexie chez des enfants présentant
une efficience intellectuelle plus faible fait l'objet de débats (voir Stano-
vitch, 1991). 196 C. Marendaz, S. Valdois et J.-P. Walch
milieu socioculturel normalement stimulant et avoir un niveau
de lecture d'au moins 18 mois inférieur au niveau attendu
compte tenu de son âge réel.
TROUBLES VISUELS ET VISUO-MOTEURS
Les recherches qui ont tenté de démontrer l'existence d'un
trouble visuel dans la dyslexie se sont intéressées soit à des tra
itements visuels précoces soit à des traitements plus tardifs. Les
travaux relatifs aux traitements visuels tardifs (reconnaissance
de formes, reproduction de mémoire de figures sans significa
tion, apprentissage de paires visuelles associées, apprentissage
de séries de figures) n'ont en général pas permis de différencier
groupes contrôles et sujets dyslexiques (voir cependant Goulan-
dris et Snowling, 1991 ; Willows, Kruk et Corcos, 19936). La
population dyslexique ne semble donc pas se caractériser par des
difficultés particulières en vision de haut niveau (cf. pour une
revue plus détaillée de ces travaux, Willows, Kruk et Corcos,
1993a).
Par contre, les enfants dyslexiques se différencient très fr
équemment des contrôles sur des mécanismes visuels de bas
niveau (sensibilité aux contrastes, au masquage, caractéristi
ques de filtrage des fréquences spatiales ou temporelles). Ainsi,
ils obtiennent généralement de plus faibles performances dans
les tâches de masquage ou de scintillement. Par exemple,
une épreuve de où le sujet doit effectuer un juge
ment de similarité (la cible est présentée en un temps très bref
suivie d'un masque et d'un autre stimulus identique ou diffé
rent), un même niveau de réussite chez les sujets dyslexiques
et les sujets contrôles requiert chez les dyslexiques un délai
entre la cible et le masque plus important. De même, l'inter
valle temporel nécessaire pour discriminer deux formes identi
ques présentées successivement en un même point est en géné
ral plus important chez les sujets dyslexiques que chez les
sujets contrôles (Di Lollo, Hanson et Mclntyre, 1983; Love-
grove, Martin et Slaghuis, 1986; Slaghuis, Lovegrove et
Davidson, 1993). Ces moindres performances observées dans
des situations de stimulations séquentielles rapides indiquent
une difficulté des enfants dyslexiques dans le traitement des
fréquences temporelles élevées. Ceci a été confirmé par des tra- Troubles visuels et visuo-moteurs 197
vaux plus systématiques mesurant la sensibilité aux contrastes
en fonction de la fréquence temporelle (Lovegrove et al., 1986).
Il ressort que la différence entre dyslexiques et sujets contrôles
est maximale pour les fréquences temporelles les plus hautes
(25 c/s) quoique, dans cette étude, les enfants dyslexiques se
soient montrés globalement moins sensibles à toutes les
fréquences.
Lorsque la situation expérimentale manipule non pas la
fréquence temporelle mais la fréquence spatiale, la difficulté
des dyslexiques s'inverse. Ils se révèlent moins efficients dans
le traitement des basses fréquences spatiales. Ils manifestent
par exemple une moindre sensibilité aux contrastes de faible
fréquence spatiale (perception d'une grille composée d'une
alternance de bandes noires et de bandes blanches, la fr
équence d'alternance déterminant la fréquence spatiale —
cf. Bonnet, 1989 pour une définition approfondie) que les
sujets contrôles. Cette différence a été mise en évidence non
seulement au niveau psychophysique (Lovegrove et Williams,
1993), mais également au niveau électrophysiologique par
enregistrement des potentiels évoqués visuels (May, Lovegrove,
Martin et Nelson, 1991 ; Livingstone, Rosen, Drislane et Gala-
burda, 1991). De manière logique avec l'ensemble des résultats
précédents, lorsque l'expérience manipule les deux types de
fréquence, les dyslexiques présentent un pattern d'efficience
croisé. Par exemple, l'intervalle temporel interstimulus est
faible lorsque la fréquence spatiale du stimulus est élevée, et
inversement (Slaghuis et al., 1993).
Comment à un niveau plus fonctionnel, interpréter un tel
pattern d'efficience ? Les descriptions anatomo-fonctionnelles
du système nerveux visuel (e.g. pour une revue récente, Felle-
man et Van Essen, 1991 ; Zeki, 1993) donnent une cohérence
d'ensemble aux résultats précédents. En effet, elles font état de
deux grandes voies de traitement liées aux caractéristiques des
cellules ganglionnaires rétiniennes, les voies magnocellulaires et
parvocellulaires qui, au-delà du cortex primaire, se poursuivent
à travers deux autres voies de traitement aux
fonctionnelles plus étendues : les voies extra-striées, dorsale et
ventrale. Schématiquement parlant, le circuit parvoventral,
dénommé parfois système tonique du fait du mode de réponse
plutôt continu des cellules parvocellulaires, correspond d'un
point de vue fréquentiel à un filtre passe-haut au niveau spatial 198 C. Marendaz, S. Valdois et J.-P. Walch
et passe-bas au niveau temporel. Le circuit magnodorsal,
dénommé parfois système phasique du fait du caractère transi
toire des réponses des cellules magnocellulaires, présente au
niveau fréquentiel les caractéristiques de filtrage inverses. Dans
la logique de ces descriptions1, Lovegrove, Martin et Slaghuis
(1986) attribuent les difficultés visuelles des dyslexiques à une
atteinte de la voie magnocellulaire. Cette hypothèse a reçu une
confirmation forte par des données histologiques montrant que
les couches du système magnocellulaire sont plus désorganisées
et les corps cellulaires plus petits (de 27 %) chez les sujets dys
lexiques que chez des sujets contrôles (Livingstone et al., 1991).
Cette même étude n'a par ailleurs mis en évidence aucune diffé
rence entre les deux populations pour les mesures effectuées sur
le système parvocellulaire, confirmant ainsi l'intégrité de ce sy
stème chez les sujets dyslexiques. Or, le rôle d'inhibition du
stème magnocellulaire sur le système parvocellulaire est crucial
en lecture pour assurer l'intégration des informations issues des
différentes fixations successives. Une baisse de résolution
temporelle pourrait entraîner une superposition des informa
tions successives lors de la lecture de texte où les saccades sont
nécessaires.
Le circuit magnodorsal, par les aires intrapariétales latérale
et ventrale et les aires préfrontales situées en position dorsale,
est impliqué dans le contrôle des mouvements des yeux et plus
généralement dans l'intégration des traitements visuo-moteurs.
A-t-on observé chez les dyslexiques un comportement oculomo-
teur moins efficient ? Une réponse positive pourrait être alors
entendue comme un autre élément en faveur d'une déficience
dans le circuit magnodorsal. Un certain nombre de données vont ce sens. Pavlidis (1985) souligne que beaucoup de dyslexi
ques présentent des mouvements des yeux anormaux pendant la
lecture (voir également Oison, Kliegl et Davidson, 1983). Il
montre notamment chez les dyslexiques un nombre plus élevé
de fixations par ligne lié à une plus grande variabilité de l'am
pleur des saccades oculaires, une variabilité plus grande de la
durée des fixations (souvent plus courtes que chez les contrôles)
1 . Il faut voir la dichotomie anatomo-fonctionnelle magnodorsale vs par-
voventrale comme une heuristique de travail, car ces deux voies sont loin d'être
indépendantes. Par exemple, un tiers des neurones de VI est activé par une st
imulation venant indifféremment de la voie inagno ou parvocellulaire. Troubles visuels et visuo-moteurs 199
et un nombre accru de régressions (déplacements droite-gauche).
Une instabilité binoculaire et des difficultés de convergence des
yeux ont également été notées chez les sujets dyslexiques (voir
Stein, 1993). Ces troubles oculomoteurs pourraient notamment
induire des difficultés pour fixer les lettres de façon stable et les
localiser avec précision (Riddell, Fowler et Stein, 1990). Plus
récemment, Biscaldi et Fisher (1993), Fisher, Bisealdi et Otto
(1993), Fisher et Weber (1990) montrent une tendance des dys
lexiques à effectuer beaucoup de saccades express dans une
tâche de pointage oculaire de cible. D'une manière générale, ce
type de mouvement survient lorsqu'un intervalle temporel (par
exemple 200 ms) existe entre la fin de la présentation du point
de fixation central et le début de l'affichage décentré de la cible
(Fischer et Weber, 1993 ; Mackeben et Nakayama, 1993). Ces
saccades sont dites « express » car leurs latences moyennes avoi-
sinent 100 ms (au lieu des 150 à 180 ms habituellement observ
és). Le sujet ne connaissant pas à l'avance l'emplacement de la
cible, les saccades express sont généralement interprétées
comme la conséquence du désengagement attentionnel du point
de fixation pendant le délai. La dyslexie s'accompagnerait-elle
également d'un trouble visuo- attentionnel ? Dans la logique
d'un déficit au niveau du circuit magnodorsal (impliqué dans
l'orientation de l'attention visuelle par le biais des aires parié
tales postérieures — e.g., Posner et Dehaene, 1994; Whyte,
1994), cette idée n'a rien d'incongru, et un certain nombre de
données expérimentales plaident en faveur d'un tel trouble.
Détaillons-les.
TROUBLES VISUO-ATTENTIONNELS
Stein (1991) montre par exemple que les sujets dyslexiques
sont plus sensibles que les contrôles aux distracteurs périphéri
ques lorsqu'ils doivent rechercher de petites cibles visuelles. Ils
semblent incapables d'orienter volontairement leur attention
vers ces cibles. Une difficulté similaire à inhiber les informations
périphériques est mise en évidence par Geiger, Lettvin et
Zegarra-Moran (1992). Ces auteurs ont testé 10 sujets dyslexi
ques adultes et 10 sujets contrôles appariés dans une tâche de
dénomination de deux lettres présentées simultanément pen
dant un temps très bref. A chaque essai, une des lettres appa- 200 C. Marendaz, S. Valdois et J.-P. Walch
raissait toujours en position centrale alors que la seconde était
aléatoirement présentée à gauche ou à droite à différents degrés
d'excentricité. Les performances des sujets contrôles se caracté
risent par un score de reconnaissance maximal des lettres en
position centrale, une chute progressive des performances avec
l'augmentation du degré d'excentricité et une symétrie droite-
gauche. Les sujets dyslexiques adultes présentent sur cette
épreuve une asymétrie droite-gauche : alors que leurs perfo
rmances sont comparables à celles des contrôles pour les cibles
gauches, celles-ci sont nettement meilleures à droite à plus de 5°
d'excentricité. Les sujets dyslexiques ont donc de meilleures
performances en vision parafovéale pour les cibles présentées à
droite. Cet avantage semble d'ailleurs corrélé au sens de la lec
ture. En effet, Geiger, Lettvin et Zegarra-Moran (1992) mont
rent un pattern inversé (avantage en vision parafovéale
gauche) chez des sujets dyslexiques lisant l'hébreu (sens de lec
ture droite- gauche). La même épreuve proposée à des enfants
dyslexiques montre le avantage en vision parafovéale
sans toutefois retrouver l'asymétrie droite-gauche présente chez
les adultes (Geiger, Lettvin et Fahle, 1994). Cette augmentation
des capacités de vision parafovéale pourrait témoigner d'un
trouble de l'inhibition des informations périphériques. Au lieu
de focaliser leur attention en région fovéale en inhibant les info
rmations issues de la périphérie, les sujets dyslexiques semblent
particulièrement sensibles aux informations environnantes qui
peuvent ainsi interférer avec le traitement fovéal. Ceci a été
retrouvé par Rayner, Murphy, Handerson et Pollatsek (1989) à
propos du cas d'un sujet dyslexique adulte, SJ, testé dans le
cadre du paradigme de fenêtre mobile (McConkie et Rayner,
1975). La tâche consistait pour le sujet à lire un texte à travers
une fenêtre de 7, 15, 23 ou 31 caractères. A l'extérieur de la
fenêtre, le texte était remplacé soit par des «xx» (pattern
homogène) soit par des lettres aléatoirement alignées «sdrfc».
Chez les sujets contrôles, la vitesse de lecture augmentait linéa
irement avec la taille de la fenêtre. Au contraire, SJ présentait
une vitesse maximale de lecture pour une fenêtre de 15 lettres,
ses performances étant supérieures à celles des témoins pour une
fenêtre de 7-15 lettres et inférieures pour des fenêtres de plus de
15 lettres. De plus, les sujets témoins avaient des performances
à peu près équivalentes en condition homogène et en condition
« lettres aléatoires ». Ceci n'était pas le cas de SJ dont les perfor-