Effets généraux et différentiels d
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Effets généraux et différentiels d'un programme d'entraînement cognitif multimodal chez la personne âgée - article ; n°1 ; vol.101, pg 65-89

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Description

L'année psychologique - Année 2001 - Volume 101 - Numéro 1 - Pages 65-89
Summary : General and differential effects of a multimodal cognitive training program for the elderly.
This study concerns the evaluation of the efficiency of a cognitive training program on 80-year-old subjects' performance measures on 8 cognitive tasks (attentional control, memory, reasoning). The experimental group (N = 64) attended 6 multimodal cognitive training sessions (attention, memory, reasoning) whereas the control group (N = 18) took part in 6 discussion sessions. Elderly people's cognitive performances before and just after the program, as well as 6 and 9 months later were compared. The principal results show a significant gain in cognitive performance on memory tasks even several months after the training program. The individual differences analysis shows that our training program was primarily effective for subjects characterised by high levels of performance on preliminary cognitive tests. Two conclusions are advanced ; cognitive plasticity may not be possible for very aged people with low cognitive levels and limited educational background. Cognitive programs should be adapted with regard to less abstract exercises based on participants' cognitive levels.
Key words : ageing, cognitive plasticity, cognitive training, interindividual variability.
Résumé
On évalue dans cette étude les effets de la participation à des séances d'entraînement cognitif sur la performance de personnes âgées de 80 ans en moyenne dont le niveau cognitif est initialement mesuré au moyen de 8 épreuves (contrôle attentionnel, efficience mnésique, capacité de raisonnement). Les 64 sujets du groupe expérimental participent ensuite à six séances d'entraînement cognitif multimodal (attention, mémoire, raisonnement) alors que les 18 sujets du groupe contrôle participent à six séances de discussion. La performance des sujets aux 8 épreuves cognitives est à nouveau mesurée immédiatement, 6 mois et 9 mois après la phase d'entraînement. Les résultats montrent tout d'abord un effet bénéfique de l'entraînement sur la performance cognitive aux épreuves de mémoire des sujets âgés tant lors du post-test immédiat que 9 mois après le programme. L'existence d'un tel effet durable dans le temps semble confirmer l'hypothèse de plasticité des performances cognitives chez des personnes âgées saines. L'analyse différentielle de ces résultats montre toutefois que les sujets qui bénéficient le plus de l'entraînement sont ceux dont le niveau cognitif initial est le plus élevé. Ce résultat qui contredit certains travaux (Schaie et Willis, 1986 ; Willis et Nesselroade, 1990) relativise la notion de plasticité cognitive, celle-ci semblant être d'autant plus pertinente que les participants sont moins âgés et plus éduqués. Il souligne également la nécessité d'adapter le contenu du programme (exercices moins abstraits) au niveau cognitif des participants auxquels il s'adresse.
Mots-clés : vieillissement, plasticité cognitive, entraînement cognitif, variabilité interindividuelle.
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2001
Nombre de lectures 56
Langue Français
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C. Auffray
Jacques Juhel
Effets généraux et différentiels d'un programme d'entraînement
cognitif multimodal chez la personne âgée
In: L'année psychologique. 2001 vol. 101, n°1. pp. 65-89.
Citer ce document / Cite this document :
Auffray C., Juhel Jacques. Effets généraux et différentiels d'un programme d'entraînement cognitif multimodal chez la personne
âgée. In: L'année psychologique. 2001 vol. 101, n°1. pp. 65-89.
doi : 10.3406/psy.2001.29716
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2001_num_101_1_29716Abstract
Summary : General and differential effects of a multimodal cognitive training program for the elderly.
This study concerns the evaluation of the efficiency of a cognitive training program on 80-year-old
subjects' performance measures on 8 cognitive tasks (attentional control, memory, reasoning). The
experimental group (N = 64) attended 6 multimodal cognitive training sessions (attention, memory,
reasoning) whereas the control group (N = 18) took part in 6 discussion sessions. Elderly people's
cognitive performances before and just after the program, as well as 6 and 9 months later were
compared. The principal results show a significant gain in cognitive performance on memory tasks even
several months after the training program. The individual differences analysis shows that our training
program was primarily effective for subjects characterised by high levels of performance on preliminary
cognitive tests. Two conclusions are advanced ; cognitive plasticity may not be possible for very aged
people with low cognitive levels and limited educational background. Cognitive programs should be
adapted with regard to less abstract exercises based on participants' cognitive levels.
Key words : ageing, cognitive plasticity, cognitive training, interindividual variability.
Résumé
On évalue dans cette étude les effets de la participation à des séances d'entraînement cognitif sur la
performance de personnes âgées de 80 ans en moyenne dont le niveau cognitif est initialement mesuré
au moyen de 8 épreuves (contrôle attentionnel, efficience mnésique, capacité de raisonnement). Les 64
sujets du groupe expérimental participent ensuite à six séances d'entraînement cognitif multimodal
(attention, mémoire, raisonnement) alors que les 18 sujets du groupe contrôle participent à six séances
de discussion. La performance des sujets aux 8 épreuves cognitives est à nouveau mesurée
immédiatement, 6 mois et 9 mois après la phase d'entraînement. Les résultats montrent tout d'abord un
effet bénéfique de l'entraînement sur la performance cognitive aux épreuves de mémoire des sujets
âgés tant lors du post-test immédiat que 9 mois après le programme. L'existence d'un tel effet durable
dans le temps semble confirmer l'hypothèse de plasticité des performances cognitives chez des
personnes âgées saines. L'analyse différentielle de ces résultats montre toutefois que les sujets qui
bénéficient le plus de l'entraînement sont ceux dont le niveau cognitif initial est le plus élevé. Ce résultat
qui contredit certains travaux (Schaie et Willis, 1986 ; Willis et Nesselroade, 1990) relativise la notion de
plasticité cognitive, celle-ci semblant être d'autant plus pertinente que les participants sont moins âgés
et plus éduqués. Il souligne également la nécessité d'adapter le contenu du programme (exercices
moins abstraits) au niveau cognitif des participants auxquels il s'adresse.
Mots-clés : vieillissement, plasticité cognitive, entraînement cognitif, variabilité interindividuelle.L'Année psychologique, 2001, 101, 65-89
Groupe de recherche en psychologie différentielle
Laboratoire de psychologie expérimentale, CRPCC
Université de Rennes 2l.
EFFETS GENERAUX ET DIFFERENTIELS
D'UN PROGRAMME D'ENTRAÎNEMENT
COGNITIF MULTIMODAL
CHEZ LA PERSONNE ÂGÉE
par Caroline AUFFRAY2
et Jacques JUHEL
SUMMARY : General and differential effects of a multimodal cognitive
training program for the eldenly.
This study concerns the evaluation of the efficiency of a cognitive training
program on 80-year-old subjects'performance measures on 8 tasks
(attentional control, memory, reasoning) . The experimental group (N = 64)
attended 6 multimodal cognitive training sessions (attention, memory, reaso
ning) whereas the control group (N = 18) took part in 6 discussion sessions.
Elderly people's cognitive performances before and just after the program, as
well as 6 and 9 months later were compared. The principal results show a signi
ficant gain in cognitive performance on memory tasks even several months after
the training program. The individual differences analysis shows that our tra
ining program was primarily effective for subjects characterised by high levels of
performance on preliminary cognitive tests. Two conclusions are advanced ;
cognitive plasticity may not be possible for very aged people with low cognitive
levels and limited educational background. Cognitive programs should be adapt
ed with regard to less abstract exercises based on participants' cognitive levels.
Key words : ageing, cognitive plasticity, cognitive training, interindi-
vidual variability.
1. 6, avenue Gaston-Berger, F 35043 Rennes Cedex.
2. E-mail : caroline.auffray@univ-angers.fr. 66 Caroline Auffray et Jacques Juhel
INTRODUCTION
Loin de se traduire par un état globalement déficitaire, le
vieillissement intellectuel chez l'adulte sain, vieillissement à la
fois multifactoriel (domaine verbal, spatial, etc.) et multidirec-
tionnel (évolution, stabilité, involution ; Baltes, 1987), semble
plutôt réfléchir l'atteinte différentielle de processus dynamiques
interdépendants. Comme l'ont clairement mis en évidence les
premières études psychométriques réalisées chez la personne
âgée, le vieillissement intellectuel est d'abord un phénomène
multidimensionnel. Schaie (1990), sur un échantillon de près de
2 000 personnes, dégage ainsi l'existence de 2 patterns de perfo
rmance : l'Orientation spatiale, la Fluence verbale ou le Raison
nement inductif déclinent assez précocement (vers 45 ans en
moyenne) au contraire d'aptitudes comme la Compréhension
verbale ou l'Aptitude numérique. Ska, Poissant et Joanette
(1997), à propos d'études utilisant les sous-tests de la WAIS, con
cluent que « de façon globale, les personnes âgées réussissent
mieux les sous-tests de l'échelle verbale et moins bien les sous-
tests de l'échelle de performance ». Les études expérimentales
récemment répertoriées par Van der Linden et Hupet (1994)
montrent aussi que les changements cognitifs liés à l'âge ne sont
pas les mêmes selon les fonctions concernées. On sait par
exemple que la mémoire épisodique ou certaines fonctions exe
cutives associées aux lobes frontaux sont affectées par l'âge alors
que des fonctions comme la mémoire sémantique, qui permet
tent l'utilisation de mécanismes de compensation, semblent
l'être beaucoup moins. Néanmoins, si ces résultats offrent une
vue d'ensemble de l'involution liée à l'âge des performances
intellectuelles après 50 ans, ils proviennent pour l'essentiel
d'études comparatives jeunes-âgés qui, comme le font remar
quer Albert, Duffy et Naeser (1987), tendent à majorer le déclin
(1 écart type après 60 ans, accroissement après 70 ans) par
rapport à celui observé dans les études longitudinales (déclin
débutant à la fin de la soixantaine seulement).
L'extrême variabilité interindividuelle des modifications
cognitives liées à l'âge (Faure et Blanc-Garin, 1995) fait aussi du
vieillissement un processus multidirectionnel. La performance à
une même épreuve « sensible » au vieillissement peut ainsi dimi- Entraînement cognitif chez la personne âgée 67
nuer chez certains, rester stable chez d'autres. Une méta-analyse
récente (Christensen, Mackinnon, Jorm, Henderson, Scott et
Körten, 1994) montre d'ailleurs très bien l'augmentation signifi
cative des coefficients de variation dans les études comparatives
âgés vs. jeunes (épreuves de temps de réaction, de mémoire et
d'intelligence fluide). On peut même se demander si les contra
dictions parfois relevées dans la littérature portant sur les modif
ications cognitives liées à l'âge (voir, par ex., les points de vue
contrastés de Salthouse, 1992, et Delbecq-Derouesné et Beau-
vois, 1989, à propos des effets de l'âge sur la performance à des
tâches d'empan et de mémoire à court terme) ne trouvent pas là
un début d'explication. Si le rôle de facteurs tenant au matériel
ou à la tâche est incontestable (Van der Linden et Hupet, 1994),
celui de certaines caractéristiques individuelles clairement ident
ifiées comme facteurs de protection des effets de l'âge sur le
fonctionnement cognitif (e.g., le niveau d'éducation, l'état de
santé, le niveau d'occupation après la retraite, le statut marit
al, etc.) ne peut non plus être négligé (Craik, Byrd et Swanson,
1987 ; Ska, Poissant et Joanette, 1997).
L'étude de Valdois et Joanette (1991) est un des rares exemp
les de recherche s'efforçant de prendre en compte la variabilité
interindividuelle des performances cognitives chez les personnes
âgées. Ces auteurs appliquent une analyse de classification auto
matique aux données recueillies sur un échantillon de 81 sujets
âgés de 55 à 84 ans à divers tests neuropsychologiques (épreuves
mnésiques, verbales, visuelles). Les résultats montrent en parti
culier qu'il est possible de distinguer plusieurs sous-groupes de
sujets sur la base de critères quantitatifs (le niveau d'efficience)
et fonctionnels (distinction visuel vs verbal). Des facteurs per
sonnels et environnementaux, autres que l'âge chronologique,
doivent donc être pris en considération dans les études sur le
vieillissement cognitif.
Baltes et ses collaborateurs (Baltes, 1987 ; Baltes, Staudinger
et Lindenberger, 1999) font ainsi l'hypothèse que la variabilité
inter- et intra-individuelle des conduites cognitives de la personne
âgée reflète l'existence de variations individuelles au plan géné
tique, au plan des changements biologiques liés à l'âge et à la
santé, et de variations dans les opportunités environnementales
disponibles et dans l'utilisation qu'en fait l'individu. Selon Baltes
(1987), le développement intellectuel chez la personne âgée se tra
duirait à la fois par des gains et des pertes de capacité adaptative, 68 Caroline Auffray et Jacques Juhel
l'activation de processus de compensation et d'optimisation
sélective autorisant néanmoins une certaine plasticité des fonc
tions cognitives. D'autres auteurs (Fontaine et Pennequin, 1997 ;
Marquié, 1997) font également référence au rôle de l'expérience
des sujets dans la préservation de certaines de ces fonctions.
C'est sur cette idée de plasticité cognitive que reposent les
nombreux programmes d'intervention éducative conduits chez la
personne âgée saine. Un premier courant de recherches est centré
sur l'entraînement de la mémoire (pour revue, Stigsdotter, 1994).
Les recherches entreprises ont permis de montrer que la partici
pation de personnes âgées à un programme de remédiation
unimodal (apprentissage de stratégies d'encodage comme la
méthode des lieux) pouvait conduire à l'amélioration des perfo
rmances mnésiques des sujets à des épreuves de rappel de paires de
mots (Verhaegen et Marcoen, 1993) ou de rappel de textes (Hill,
Allen et McWorther, 1991). Des programmes multimodaux
(apprentissage de stratégies d'encodage, contrôle attentionnel,
relaxation) ont aussi été développés pour tenter de maintenir et
de généraliser les effets des programmes de remédiation unimo-
daux. Selon Stigsdotter et Bäckman (1989), qui ont comparé les
effets à court terme des deux types de programme, l'amélioration
des performances serait plus sensible chez des sujets ayant suivi
un programme multimodal que chez des sujets ayant participé à
un unimodal. Les performances des deux groupes se
rejoindraient toutefois à long terme (3 ans) et les acquisitions fai
tes ne seraient pas plus transférables dans un cas que dans l'autre
(Stigsdotter et Bäckman, 1993).
Une seconde perspective de recherche traite des effets de la
remédiation cognitive sur l'amélioration du fonctionnement
intellectuel mesuré par des épreuves dites d'intelligence fluide
(Horn et Cattell, 1966). Blieszner, Willis et Baltes (1981) éva
luent l'efficacité d'un programme de remédiation dans lequel on
entraîne les individus à la résolution d'items comme ceux, par
exemple, des Relations de figures ou des matrices de Raven. Les
résultats obtenus sur un échantillon de 69 personnes âgées de 61
à 84 ans permettent aux auteurs de conclure à un transfert
d'apprentissage aux tâches proches de celles stimulées (voir éga
lement Hofland, Willis et Baltes, 1981 ; Willis, Blieszner et Bal
tes, 1981). Dans une étude similaire réalisée sur un échantillon
de 37 personnes âgées de 63 à 80 ans, Willis et Nesselroade
(1990) notent à nouveau un gain de performance moyen supé- Entraînement cognitif chez la personne âgée 69
rieur à celui observé dans un groupe témoin. Selon les auteurs, ce
résultat serait encore observé cinq ans après la fin du pro
gramme. Néanmoins, les effets obtenus à la suite de tels pr
ogrammes de remédiation sont souvent d'amplitude modeste et
d'autant plus faibles qu'ils sont appréciés à l'aide d'épreuves
différentes de celles utilisées dans le programme. Ces résultats
sont tout à fait comparables à ceux observés chez l'enfant ou le
jeune adulte (Loarer, Chartier, Huteau et Lautrey, 1995).
L'existence d'une forte variabilité interindividuelle, systémati
quement signalée aussi bien au prétest qu'aux différents post
tests, amène en outre à se demander si les effets d'un même pr
ogramme de remédiation ne sont pas susceptibles de varier, tant
en direction qu'en amplitude, chez des individus différents.
Cette recherche a donc deux objectifs principaux. On veut en
premier lieu éprouver l'hypothèse d'un effet de l'entraînement
cognitif multimodal sur la performance de personnes âgées dans
les domaines directement entraînés par le programme (atten
tion, mémoire et raisonnement). On s'attend cependant à un
faible transfert des acquisitions à des situations distantes de cel
les entraînées par le programme, par exemple les compétences
liées à la vie quotidienne des sujets (Willis, 1987). Notre second
objectif s'inscrit dans une perspective différentielle qui pose
comme principe fondamental qu'il n'y a pas a priori de raison de
penser que l'effet d'un même entraînement est le même pour
tous les individus. Contrairement à Willis et ses collègues,
qui les sujets relativement peu performants au pré-test sont
ceux qui bénéficient le plus des entraînements proposés (Schaie
et Willis, 1986 ; Willis et Nesselroade, 1990) mais en accord avec
les résultats issus des études d'évaluation des effets de l'apprent
issage, nous faisons plus précisément l'hypothèse que les sujets
dont le niveau cognitif initial est élevé tendent à bénéficier plus
que les autres de l'entraînement cognitif.
METHODE
PARTICIPANTS
L'échantillon expérimental est initialement composé de 116 personnes
âgées de 65 à 96 ans (âge moyen = 79,89 ; écart type = 8,90 ; 71 % sont des
femmes) non suspectées de démence (échelle de Matis). Trente-quatre parti- 70 Caroline Auffray et Jacques Juhel
cipants ayant abandonné à la fin du programme d'entraînement en raison
de la lourdeur du protocole, seules 82 personnes ont participé à l'étude dans
son intégralité. On notera que le niveau de performance cognitive des per
sonnes ayant abandonné est signifïcativement inférieur à celui des partici
pants constituant l'échantillon final (p < .05). Les caractéristiques princi
pales de l'échantillon sont résumées dans le tableau I. Vingt-huit pour cent
des participants vivent à domicile, tous membres de l'Université du temps
libre (UTL) de Rennes, 40 % en foyer logement et 32 % en maison de
retraite. Par ailleurs, 30 % des participants sont célibataires, 21 % sont
mariés, 46 % sont veufs et 3 % sont divorcés.
Tableau I. — Description
par groupe d'âge de l'échantillon des 82 sujets
ayant participé à l'étude dans son intégralité.
Les valeurs moyennes sont en caractères normaux
et les écarts types entre parenthèses
Descriptive statistics by age groups for the 82 people
who completed the research. Means and standard
deviations (in parentheses) are presented
65-69 70-74 75-79 80-84 85-89 90-96 Total
15 13 16 11 14 N 13 82
66.38 72.6 82.81 86.64 92.86 Age 77.08 79.66
(1.5) (1.4) (1.32) (1.11) (1.5) (2.07) (8.91)
Niveau 13.21 9.95 9.56 8.68 8.79 7.50 9.84
d'éducation (3.06) (3.72) (3.99) (2.92) (2.73) (1.89) (3.70)
3.60 3.08 3.06 État de santé 3.68 3.69 3.16 3.32
(0.75) (0.68) (0.69) (1.06) (0.87) (0.95) (0.89)
Note : Âge (années) ; Niveau d'éducation (nombre d'années d'étude depuis
le cours préparatoire) ; Etat de santé (estimation faite par le sujet sur une
échelle en 5 points ; de 1 = très mauvaise santé physique à 5 = très bonne santé
physique).
PLAN D'EXPÉRIENCE, PROCÉDURE ET MESURES
La recherche est construite selon un plan expérimental longitudinal de
type pré-test — administration du programme de remédiation — post-tests.
Le programme de remédiation est administré à 64 participants affectés
aléatoirement au groupe expérimental. Les 18 autres constituent le groupe
témoin. Le premier post-test a lieu immédiatement après l'administration
du programme (post-test 1). Les deux autres post-tests ont lieu 6 mois
(post-test 2) et 9 mois plus tard (post-test 3).
a) Le programme de remédiation
Le de auquel participent les sujets de l'étude
est de type multimodal. Sa construction est largement inspirée des travaux Entraînement cognitif chez la personne âgée 71
d'Israël (1988, 1996) et de de Rotrou (1992, 1993, 1996, 1997) pour
l'entraînement de l'attention et de la mémoire, de ceux de Baltes et Schaie
(Baltes, Kliegl et Dittmann-Kohli, 1988 ; Baltes, Sowarka et Kliegl, 1989 ;
Schaie et Willis, 1986 ; Schaie, Willis, Hertzog et Schulenberg, 1987) pour du raisonnement analogique. Ces ateliers se déroulent en
petits groupes de huit personnes maximum et ont lieu au sein même des
établissements (UTL, foyer-logement ou maison de retraite) au rythme
d'une séance d'une heure et trente minutes tous les quinze jours. Chacune
des six séances est centrée autour de trois axes : l'attention-concentration
(exercices d'attention volontaire et sélective de type « tableau de maître »
ou « texte à trous »), les aspects mnésiques atteints par l'âge (stratégies de
structuration, comme par exemple l'organisation sémantique, stratégies
d'association le face-name et stratégies d'élaboration langagière) et
les activités de planification et de raisonnement (exercices avec feed-back
et explication des règles). A la fin de chaque séance, l'expérimentateur
demande aux participants d'imaginer l'application à leur vie quotidienne
des différentes stratégies apprises.
Les participants inclus dans le groupe contrôle suivent pour leur part
6 séances de discussion d'une heure et trente minutes tous les quinze jours.
Ces discussions portent sur les effets négatifs et positifs du vieillissement.
b) Pré- et post- tests
Le pré-test est précédé d'un entretien individuel servant à présenter les
objectifs de l'étude, informer les sujets sur la procédure utilisée, recueillir le
consentement éclairé de chaque participant. Les personnes sont ensuite
rencontrées individuellement lors de trois séances d'une heure. Le niveau
d'éducation (nombre d'années d'étude depuis le cours préparatoire) et
l'état de santé physique (autoévaluation sur une échelle en 5 points de 1,
très mauvaise santé physique à 5, très bonne santé physique) des partici
pants sont évalués lors de la première rencontre. Les épreuves mesurant le
fonctionnement attentionnel (sous-test Code de la WAIS), la mémoire
(rappel immédiat, rappel différé, comptage d'étoiles), le raisonnement sur
matériel figuratif (Matrices de Raven) ou verbal et les compétences quoti
diennes sont administrées lors des deux rencontres suivantes.
Considérée dans la littérature sur le vieillissement comme une épreuve
centrale dans l'étude des relations entre âge et cognition (Salthouse, 1992),
l'épreuve de Code est présentée dans sa version chiffre-symbole, le sujet
ayant deux minutes pour compléter le plus grand nombre possible de cases
en dessinant sous chaque chiffre le symbole correspondant. Le score est le
nombre d'associations correctes.
L'efficience mnésique des participants est d'abord évaluée par la
double épreuve rappel immédiat et différé. On présente au rythme d'un
mot toutes les deux secondes une liste de 20 mots abstraits, chaque mot
étant imprimé sur une feuille. La fréquence, la taille et la valeur d'imagerie
des mots sont contrôlées (Brulex : fréquence entre 10 000 et 20 000 ; moins
de 4 syllabes ; valeur imagée inférieure à 2). Le sujet doit rappeler dans 72 Caroline Auffray et Jacques Juhel
n'importe quel ordre les mots immédiatement après la présentation de la
liste et quinze minutes plus tard. L'efficacité de la mémoire de travail est
par ailleurs mesurée au moyen de l'épreuve de Comptage d'étoiles (Daas-
Smaal, De Jong et Koopmans, 1993). On présente dans cette épreuve deux
séries de six planches sur lesquelles figurent des étoiles et des signes « + » et
« — » (fig. 1). La consigne est de compter de 1 en 1 ou de 2 en 2 vers l'avant
ou l'arrière selon le signe rencontré. Ce calcul s'effectue à partir d'une
valeur initiale (e.g., 23) en parcourant la série d'étoiles de la gauche vers la
droite et du haut vers le bas. Le score est le nombre de planches pour le
squelles le compte est correct.
24 25 26 27 28 29
* * * .f. * * + = +1 23 +*
- = -2 30 3132 30 28
*
26 24 22 20 18
* * * _ * *
16 17 18
* -f * *
Réponse : 18
Fig. 1. — Exemple de planche présentée
dans l'épreuve de Comptage d'étoiles
Item from the Star Counting Task
Deux épreuves sont utilisées pour évaluer le niveau de raisonnement.
Le raisonnement inductif est mesuré au moyen d'items des Matrices de
Raven (8 items, 2 par niveau de difficulté, ont été ici retenus). Trois tâches
constituent le seconde épreuve dite de Raisonnement verbal. La première
est une épreuve classique de raisonnement analogique (e.g., A : C : : F : ?)
comportant 10 items (2 items d'entraînement). Une seconde tâche cons
truite sur un principe semblable est constituée de 4 items utilisant les mois
de l'année (e.g., février : mars : : juin : ?). Le sujet doit compléter quatre
séries de chiffres (e.g., 3, 7, 11, ?) dans la troisième épreuve.
L'évaluation des Compétences de la vie quotidienne s'inspire des tr
avaux de Willis (1987, 1991, 1996 a, 6). Quatre tâches concrètes composent
la batterie (se repérer sur un plan de bus, utiliser un annuaire téléphonique,
comprendre un mode d'emploi de magnétoscope, comprendre une notice de
médicament). Le score à chaque tâche varie entre 0 (échec) et 2 (réussite
totale), la note de 1 étant attribuée lorsque la solution est partiellement
correcte.
Les trois post-tests ont lieu immédiatement, 6 mois et 9 mois après la
phase d'entraînement cognitif. Les mesures effectuées sont exactement les
mêmes qu'au pré-test (matériel identique).