Élégie pour la mort de Tierno Bôkar Sâlif - article ; n°2 ; vol.63, pg 61-79
20 pages
Catalan
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Élégie pour la mort de Tierno Bôkar Sâlif - article ; n°2 ; vol.63, pg 61-79

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
20 pages
Catalan

Description

Journal des africanistes - Année 1993 - Volume 63 - Numéro 2 - Pages 61-79
19 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1993
Nombre de lectures 54
Langue Catalan
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

Amadou Hampaté Ba
Élégie pour la mort de Tierno Bôkar Sâlif
In: Journal des africanistes. 1993, tome 63 fascicule 2. pp. 61-79.
Citer ce document / Cite this document :
Hampaté Ba Amadou. Élégie pour la mort de Tierno Bôkar Sâlif. In: Journal des africanistes. 1993, tome 63 fascicule 2. pp. 61-
79.
doi : 10.3406/jafr.1993.2387
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0399-0346_1993_num_63_2_2387Élégie pour la mort de Tierno Bôkar Sâlif
composée par
Amadou Hampâté Bâ en 1940
Possédant une copie de ce poème chanté magnifiquement par l'auteur lui-même
et enregistré le 14 octobre 1966 lors d'une émission retransmise par la radio de
Niamey (Niger), j'avais informé A. Hampâté Bâ que je me préoccupais de trans
crire et de traduire ce texte *. Or, à quelque temps de là, je reçus, écrite de sa
main et datée du 26 juillet 1968, une version de ce poème, qui présentait quelques
variantes par rapport au texte enregistré dont je disposais. Ce que je soumets ici
au lecteur est donc une édition critique de cette élégie, établie à partir de la version
orale, A, et de la version écrite, B, toutes les variantes étant indiquées en notes.
Toutefois ce n'est pas sans un certain regret que je devrai me contenter de
la seule transmission écrite de ce texte auquel son interprétation orale confère, grâce
à la voix profonde et chaude de A. Hampâté Bâ et aux inflexions et modulations
caractéristiques de la récitation chantée de la poésie mystique, une intensité d'émot
ion et une qualité esthétique que l'écriture occulte et que la traduction est forcé
ment impuissante à restituer.
Bien qu'œuvre de circonstance, cette élégie est loin de n'être — comme tant
d'autres — qu'un exercice académique conventionnel : composée sous le coup de
l'émotion dans les jours qui suivirent immédiatement la mort de Tierno Bôkar,
elle traduit certes les sentiments qui assaillirent l'auteur mais, en outre, elle porte
manifestement la marque d'un contexte historico-politique qu'il nous faut ici rap
peler. En effet cette région du Mali connaissait alors une période de turbulences
et de luttes sournoises, nourries de différends d'ordre religieux et de manœuvres
politiques, que les aléas de la conjoncture historique et l'intervention de l'Admin
istration coloniale ne firent qu'envenimer.
Les allusions répétées aux persécutions endurées par Tierno Bôkar Sâlif durant
les dernières années de sa vie (et surtout après la visite qu'il rendit au cheikh Hamal-
lâh, en 1937) reflètent une situation dont l'actualité était brûlante au moment de
la composition du poème. Ce qui explique que, même lorsque l'auteur semble ne
faire que sacrifier aux lois du genre en rappelant, sur le ton des vérités générales,
les vicissitudes et la vanité du monde d'ici-bas ou en invoquant, comme dans son
refrain, l'inéluctable destin promis à toute créature (« Tout à la mort est voué ! »),
l'on devine, en filigrane, une admonestation implicite à l'adresse des contempteurs
du Maître (« l'avènement de la mort n'est pas pour le seul Bôkar Sâlif ! ») et l'on
perçoit les accents d'une « sainte » indignation, si contenue soit-elle, en particulier
lorsqu'il s'emploie à démontrer avec insistance l'absurdité des calomnies et fausses
rumeurs attribuant la mort de Tierno Bôkar à la vindicte posthume ou l'influence
occulte de son grand oncle Al-Hadj Oumar Tall (v. 20-27).
* Allocution prononcée par Christiane Seydou à l'occasion de l'hommage rendu à Amadou Hampâté
Bâ par la Société des africanistes le 9 mars 1У92. 62 JOURNAL DES AFRICANISTES
La dissension entre ces deux adeptes de la confrérie Tidjâniyya est à nouveau
démentie aux vers 90-91 et la raison principale de cette opposition est explicitée
à la fin du poème (v. 102-105) auquel est ainsi donnée une conclusion élevée, d'ordre
théologique. C'est en effet sur le problème précis des « onze » ou « douze » grains
de chapelet que se cristallisa la polémique qui, à cette époque, scinda la Tidjâniyya
en deux mouvements groupés l'un sous la bannière de Cheikh Hamallâh, l'autre
sous celle des fidèles d'Al-Hadj Oumar le Foutanké. Les « onze grains » — comme
on les appelait — se réclamaient de l'enseignement originel du fondateur de la conf
rérie, Si Ahmed Tidjàni, qui enjoignit de réciter onze fois l'oraison « Perle de
la perfection » constituant le wird de la Tidjâniyya, enseignement originel remis
en vigueur par les réformistes. Quant aux « douze grains », ils suivaient la tradi
tion introduite par des disciples du Fondateur et reprise par la branche oumarienne
de la confrérie ; initiative qui ne constituait en rien à l'origine une innovation con
damnable mais qui, dans le contexte historico-politique de l'époque, devint la pierre
d'achoppement puis le critère de ralliement au hamallisme pour les « onze », au
mouvement oumarien pour les « douze ».
Amadou Hampâté Bâ, replaçant la conclusion de son élégie sur le plan de la
pure mystique, rappelle le sens et l'origine du nombre onze dans la tradition sou-
fie. Ce qu'il explicite ailleurs en ces termes :
L'importance du nombre onze vient de sa signification dans la symbolique
numérologique musulmane. Il est le nombre de la spiritualité pure et de l'ésotérisme,
car il symbolise l'unité de la créature liée à l'unité du Créateur. Il est la clef de la com
munion mystique. Ce nombre joue un grand rôle tant dans le symbolisme musulman
que dans les traditions africaines. Le nombre douze, qui en est issu, symbolise, lui,
l'action dans le monde et le sacrifice ». Cf. Vie et enseignement de Tierno Bôkar. Le
sage de Bandiagara (Paris, éditions du Seuil, Points Sagesse, 1980, note de la page 53).
■ Ainsi voyons-nous, tout au long de cette élégie, se tisser sur la trame du « thème
imposé » un véritable plaidoyer mêlant la dénonciation des injustices et des calomn
ies qui éprouvèrent Tierno Bôkar Sâlif au soir de sa vie, à la proclamation de
ses vertus et à la justification de ses actes. Ce faisant, l'auteur, tout en prenant
clairement position, s'efforce de maîtriser, par le recours à l'élévation de pensée
et la réflexion mystique, la souffrance morale que lui occasionne la perte de son
maître spirituel, et par le recours à l'argumentation logique et théologique, son ind
ignation à l'égard des ennemis du « saint » homme.
Cet engagement dans la défense de Tierno Bôkar Sâlif et l'illustration de sa
pensée devait se concrétiser plus tard dans l'ouvrage qu'Amadou Hampâté Bâ et
Marcel Cardaire lui consacrèrent (Tierno Bôkar. Le sage de Bandiagara, Paris, Pré
sence africaine, 1957) puis dans celui — refonte du précédent — qui a été publié
aux éditions du Seuil en 1980, ouvrages grâce auxquels nous sont connus la vie
et l'enseignement de ce cheikh qui, jusqu'au cœur des conflits dont il fut la vic
time, ne cessa de se faire le chantre de la tolérance, rappelant à ses « frères en
Dieu, quelle que soit la religion ou la congrégation à laquelle ils étaient affiliés,
de méditer longuement sur ce verset :
La création des cieux et de la terre,
la diversité de vos langues et de vos couleurs
sont autant de merveilles pour ceux qui réfléchissent (Coran XXX, 22).
Christiane Seydou NOTES ET DOCUMENTS 63
Fac-similé des vers du poème, écrits par Amadou Hampâté Bâ (vers 96-105)
U. W
& e e J J
Ce
^ 64 JOURNAL DES AFRICANISTES
Allaahu juul e Nulaado juulcfo e Joomiimum
mo maleyka'en kala juuli dow mum cilmini
mo 6e inndiroyi dow kammu Mahmuudu Ahmad !
Ngam juulde makko e juulde таббе mi nyaagoyii
Geno Mawcfo ja6a jaafoa mo ngoy-mi mo njettu-mi
jinngancfo seedii ngoonga Bookari Saalihu !
1. Mi habraama mawcfo kabaaru waylaali noone am
tuma ndeen 6e mbii kam Ceerno Bookari Saalihu
2. nyawoyii yo tampudo sanne, ngoondm-mia bls koddiral
haawnaaki maayde so lelnoyii 6ii-Saalihu !
3. Giye am tuyii mbaylii mbusam hono timmidiib
sattic e am mi tiimaali Bookari Saalihu !
4. Beccamd dee ormi paali kine am nayyidiie
goncfamd gomowdi ngoyir-mi Bookari Saalihu !
5. Mi woya moodi am biiroydo kam bif Muhammadin
gori gorgol am gido neene am, 6ii-Saalihu !
6. Mi nyaagiima yaa Wahhaabug nyiimnu e yeeso am
tabe ngaari diina njakawndi, Bookari Saalihu !
7. So taw wonki Ceerno yo lekki wonnoo mi yarnoyan
fa ki wilita duumoya baalde, Bookari Saalihu !
8. Walaa keddotoodo e dunnyah duumoo maayataa
sinaa Tagudo1 maayde, Tagoydo Bookari Saalihu !
9. Won fiy6e buse mum po66ij mbii : « Harrak ! min kawii1 ! »
6e kawaali maayan no maayri Bookari Saalihu !
10. Sabu Ceerno maayii 6e eikki fii таббе toowoyii
toowaali tooke 6utii 6e sabu 6ii-Saalihu !
11. Mi yurmaama 6ee 6e miilaali e nde doomi dum ceyim
maa nde jawloroo" 6e no jawlorii 6ii-Saalihu !
a. jaafo : jaafdo.
a bis. ngooncfin-mi : *ngoongd~in-mi.
b. B. timmidin ; dans la version A, les vers 3 et 4 sont intervertis,
с A. saqii : Ar. <^-à [saqï] « malheureux, infortuné » (?)
d. beccam, gonďam : becce am, gonďi am ; èerndam : dernde am (v. 17), etc.
e. A. nde mo maayii beccam ormi kine am nayyidii.
f. hi : Ar. —i, « au moyen de, avec, par ».
g. Wahhaabu : Ar. o l! S . « généreux, donateur ».
h. dunnya pour duniy'aa : Ar. \x5S [dunyà] « ce bas monde » ; et v. 76 dunnyaaru pour dunyaaru.
i. A. Tagďo.
j. B. fobdi.
k. Ar. racine signifiant « devenir libre » (?) ( "ti ).
I. A. prononcé qawii.
m. A. njali.
n. A. ma nde jawloroyoo. NOTES ET DOCUMENTS 65
Dieu accorde Sa grâce à l'Envoyé qui, de son Seigneur, fut le fidèle,
sur qui tous les Anges ont appelé la grâce et la paix
et qu'au plus haut des cieux ils nommèrent le Glorifié : Ahmad !
Par la grâce de sa prière et de la leur, je prie humblement
l'Éternel, le Très-Grand, d'accueillir l'homme de bien que je chante en cette élégie
et qui fut un défenseur et un témoin de la Vérité : Bôkar Sâlif !
1. A l'annonce de la terrible nouvelle, je ne laissai rien paraître :
dès l'instant qu'on m'apprit que Tierno Bôkar Sâlif,
2. tombé malade, se trouvait au plus mal, ma foi y reconnut l'arrêt divin
et ce ne fut guère une surprise que la mort soit venue faucher le fils de Sâlif !
3. [Pourtant] mes os mollirent comme mués en moelle et leur dernière heure
[venue !
Ce me fut dure épreuve que d'avoir été absent lors du décès de Bôkar Sâlif ! l
4. De ma poitrine monta un râle sourd, de mes sinus un craquement sec
et de lourdes larmes versai en pleurant Bôkar Sâlif !
5. Je pleure mon Maître, celui qui m'éduqua dans la voie de Mouhammad,
l'époux de ma tante paternelle et l'ami de ma mère, le fils de Sâlif2 !
6. Je t'en prie, ô Généreux, imprime devant moi pour toujours
les traces du diligent Taureau de la Foi, Bôkar Sâlif !
7. Si la vie de Tierno avait été un arbre, je m'en irais l'arroser
afin qu'il bourgeonne et de longs jours perdure, Bôkar Sâlif !
8. Nul être demeurant en ce monde n'y jouit de l'immortalité
hormis le Créateur de la mort, Celui qui créa Bôkar Sâlif !
9. Il en est pour dire, se frappant les cuisses et battant des mains : « Enfin !
[nous avons gagné ! »
Mais il n'en est rien : ils mourront tout comme est mort Bôkar Sâlif !
10. Parce que Tierno est mort, ils croient leur affaire parvenue à son faîte,
mais il n'en est rien ; de venins ils sont pleins, contre le fils de Sâlif !
11. J'ai pour ceux-là compassion, qui ne songent point que la mort les attend,
[et s'ébaudissent
alors qu'elle les va ravir comme elle a ravi le fils de Sâlif !
1. Le maître Tierno Bôkar Sâlif Tall est mort à Bandiagara le 19 février 1940, en l'absence de l'auteur,
son élève et disciple, qui se trouvait, à cette époque, affecté à Bamako. Cf. A. Hampâté Bâ, Vie et
enseignement de Tierno Bôkar. Le sage de Bandiagara (Paris, Éditions du Seuil, Points Sagesses, 1980 :
116-21). Nous conservons ici l'orthographe Tall adoptée par l'auteur.
2. Amadou Ali Elimane Tiam eut pour fils Tidjâni — qui devint le père adoptif de l'auteur — et pour
fille unique Nêné, qu'il donna en mariage au maître Bôkar Sâlif — désigné donc ici par comme
l'époux de sa tante paternelle. 66 JOURNAL DES AFRICANISTES
12. Laamiiôe faa asi maaje maayii timmoyii
maayii leliima no lelniraa 6ii-Saalihu !
13. Wuurnoo6e faa 6uri duu6i duté kala maayoyii.
yeew 6owcfe mawcfe e perre coli caami maayoyii !
14. Faa haako wayloo birgi furcfoya maayoyii0
ndiyam cewle nonyoyoo kaaye cfum woni maayoyii !
15. Noon henndu wifa yara diyye cfum woni maayoyii
marcfo e maraado mo meedoyaa marde maayoyan !
16. Kala maayoyan (ter)
faa maayde maayoyap maandinee
jaka waranaa gooto Bookari Saalihu !
17. <Berndamd ndee jergii wonki am kii jebbilii
yarraade noon e yaafaade Bookari Saalihu !
18. Wallaahi ! Maayde wardaali yoppude gooto fuu
wanaa maayde woni fooleede Bookari Saalihu !
19. TBurnaacfo kammu e leydi 6urtii tannyoral
iroyaama duu sako Ceerno Bookari Saalihu !
20. Yela yimbe waawaa wardeq mo 6e muuyi maayoya
yamiroore Laamcfo e baalcfe keeyaacfe maaynata.
Ajal Allaah yottii Ceerno Bookari Saalihur !
21. E won6e majje ndullini Allaa faa ndewi kappoyii
Al-Hajj Umaru бе mbi'i warii 6ii-SaaIihus !
22. Haaloybe kaa njummbi peni kappi raammum'
Wallaahi ! Umaru waraali Bookari Saalihu !
23. Go'o, maaydo warataa guurcfo, Allaahu kam haďii
cficfi, Sheeku ja6ataa warde Bookari Saalihu u !
24. Tamaroore TaalBe e taaniraa6e mov maagewal !
Ko yaanni walaa ley jikku Bookari Saalihu !
25. Hono Umaru wardata 6icfd"ow guurtincfo dawla mum
darnoydo diina e Bannya, Bookari Saalihu ?!
o. A. maayoyan.
p. A. maayora.
q. B. wad de.
r. A. Ajal Allaah ngal yottii e Bookari Saalihu ; ajal : Ar. dl.1 « terme fixé, échéance ; mort ».
s. Ce vers est omis dans la version B.
t. A. Haaloybe cfum njummbii penii kappi mamma mum.
u. В. ďiďi, Sheeku fay so ana waawi warataa Bookari !
v. A. yo.
w. A. necfďo. NOTES ET DOCUMENTS 67
12. Des Souverains capables de creuser des fleuves sont morts et c'en est fini d'eux,
ils sont morts et gisants tout comme au tombeau gît le fils de Sâlif !
13. Des hommes qui avaient vécu plus d'ans même que ceux des vautours, tous,
[la mort fut leur destin !
Vois les grands baobabs sur les terres dures : ils sont tombés, déracinés, la
[mort fut leur destin !
14. Même le feuillage devient fumier, il prend couleur de cendres, la mort est
[son destin !
L'eau des sources ronge les pierres : c'est bien que la mort est leur !
15. De même le souffle du vent étanche les eaux : c'est bien que la mort est leur
[destin !
Le maître comme l'esclave à qui être maître est à jamais dénié, [tous deux]
[à la mort sont voués !
16. Tout à la mort est voué (ter) !
Jusqu'à la elle-même qui, à la mort, soit vouée ! Est-il meilleure
preuve que l'avènement de la mort n'est pas pour le seul Bôkar Sâlif !
17. Sous le choc mon cœur s'émut, mais mon âme se résigna
à accepter le destin et donner l'absoute à Bôkar Sâlif !
18. Par Dieu ! La mort, à son heure venue, n'épargne personne
et l'on ne peut en cette mort voir défaite personnelle de Bôkar Sâlif !
19. Celui qui, sur la terre comme au ciel, fut Privilégié a été sans pareil, c'est
[une certitude !
Si même lui dut être enseveli, comment en serait-il autrement de Tierno Bôkar
[Sâlif !
20. Le souhait des hommes ne peut tuer celui dont ils désirent la mort :
ce sont décret divin et jours inscrits dans le destin qui décident de la mort !
C'est le terme fixé par Dieu qui a atteint Tierno Bôkar Sâlif !
21. Il en est qui, égarés par l'erreur, ont ignoré Dieu jusqu'à s'enferrer dans la
[calomnie,
accusant Al-Hadj Oumar d'avoir tué le fils de Sâlif !
22. Ceux qui se répandent en de tels propos accusent faussement et calomnient
[son aïeul3 !
Par Dieu ! Oumar n'a pas tué Bôkar Sâlif !
23. Primo, un mort ne saurait tuer un vivant, Dieu, certes, a empêché cela !
Secundo, un Cheikh n'accepterait pas de tuer Bôkar Sâlif4 !
24. Datte des Tâl, pour la postérité il est une couronne !
Il n'y eut rien d'ignominieux dans la conduite de Bôkar Sâlif !
25. Comment Oumar tuerait-il un fils qui a ravivé sa gloire
et érigé la loi religieuse dans Bandiagara, Bôkar Sâlif !
3. Bôkar Tall, grand-père paternel de Bôkar Sâlif était le frère aîné de Al-Hadj Oumar. Celui-ci, grand-
oncle de Bôkar Sâlif est donc son aïeul (grand-père classificatoire) selon la terminologie peule de la parenté.
4. B. « Secundo, un Cheikh, si puissant fût-il, ne saurait tuer Bôkar ! » 68 JOURNAL DES AFRICANISTES
26. Wonko Ceerno wii kam nyannde gom micfo seedoyii
mo yaafiima kala fuu necfcfo toonyo" mo fantinii.
27. Mo mo yaafataako yo biicfo ото wanyi Sheeku men
Alfaa Umar Al-Hajji, oon kay 6e cardoyan !
Mi happaali cfo fey Ceerno Bookar Saalihu !
28. Aadama e Hawwa cuumtii adunaaru nduu e fuu
maayii leliima no leldoriiy 6ii-Saalihu !
29. Nuhun e Muusa АппаЬаабе jamaanu mum
maayii leliima no leldoriiy !
30. Mahunoobe hirama2 to Misira toowniri laamu mum
maayii leliima no leldoriiy 5ii-Saalihu !
31. Kala maayoyan (ter)
faa maayde maayoyap maandinee
jaka waranaa gooto Bookari Saalihu !
32. Faa mi limtanoya on golle maayde e ngeenndi men
nde wardaali yoppudeaa gooto Bookari Saalihu !
33. Tijjaani kam nyi6i Bannya, maayde warii warii !
Tapsiiru e Muniiru, warii warii !
34. Laamiicfo juul6e cubaacfo, maayde warii warii !
Agiibu 6amtii dawla, maayde warii !
35. Alfaa nde loomtii 6ooyi, maayde warii warii !
Tijjaani 6ii-Agiibu, maayde warii warii !
36. Muktaari maayan janngo, maayde waran waran !
Ceekoydo yimre na anndi !
37. Waroyoore wardaa seese seekan sankoya
hela cayye faa noyaab gelle galle ďalaa hela
heloyoore kala fuac nawti Bookari Saalihu !
38. Koli-Moodi, Koniba mo Boore cficfon kala maayoyii
Muusa-Mawcfo laamiima Jenne, maayde warii e mum !
39. Sammbalaana woni baroyoowoad, warii e mum
Bala-Mawcfo kam e Sam-Pullo Nyootigi maayoyii !
40. Boo-Saago, baaba Sule-Boo, kanyum duu !
Noon Dawda Ngirowal duu hisaali moae maayoyii !
x. Mis pour toonydo.
y. A. leliraa.
z. Ar. (в'5-ť» [hirâm], pi. de Çy* [haram] «Pyramide».
aa. A. woppude.
ab. A. hela cayye sankoya...
ac. A. heloyoore fu nil...
ad. A. kirsoowo.
ae. B. nde. ET DOCUMENTS 69 NOTES
26. Il est une chose que me dit un jour Tierno, j'en puis témoigner : c'est qu'il
avait pardonné à toute personne coupable à son endroit des pires injustices
27. mais s'il en était un qui n'aurait pas son pardon, c'était celui qui l'accuserait
[d'inimitié envers son Cheikh,
Alfa Oumar Al-Hadj. Avec celui-là, certes, il irait devant les tribunaux !
Je n'ai rien ici imputé faussement à Tierno Bôkar Sâlif !
28. Adam et Eve ont été les tout premiers en ce monde comme en toute chose :
ils sont morts et gisants tout comme au tombeau gît le fils de Sâlif !
29. Noé et Moïse, Prophètes en leur temps,
sont morts et gisants tout comme au tombeau gît le fils de Sâlif !
30. Les bâtisseurs des Pyramides d'Egypte en ont bien rehaussé. leur règne
mais ils sont morts et gisants tout comme au tombeau gît le fils de Sâlif !
31. Tout à la mort est voué (ter) !.
Jusqu'à la elle-même qui, à la mort, soit vouée ! Est-il meilleure
preuve que l'avènement de la mort n'est pas .pour le seul Bôkar, Sâlif !
32.. Et je m'en vais vous énumérer les œuvres de la mort- en notre cité,,
elle par qui, son heure venue, nul n'est épargné, [fût-ce] ; Bôkar Sâlif !
33. Tidjâni5, lui qui fonda Bandiagara : la mort est venue et a fait son œuvre.
Tapsîr ainsi que Mounîr : la mort est venue et a fait son œuvre !
34. - Le Commandeur des Croyants6, l'élu : la mort est venue et a fait son œuvre.
Aguîbou7 a rehaussé sa gloire : la mort est venue et a = fait son œuvre.
35. Alfa lui succéda au pouvoir pour de longues années : la mort est venue et
[a fait son œuvre.
Tidjâni, le fils d'Aguîbou7 : la mort est venue et a. fait; son œuvre.
36..Mouktâr8 mourra demain : la mort viendra et fera son œuvre.
L'auteur de ce poème sait bien que la mort viendra et fera son œuvre !
37. La Tueuse ne vient pas avec douceur.: elle déchirera, s'en ira disperser
et détruire des villages, réduire en poussière des cités ! Qu'une demeure soit
[épargnée : elle la détruit !
C'est la Destructrice de toutes choses qui a emporté Bôkar Sâlif !
38. Koli-Môdi, Koniba de Bôré, tous deux, la mort fut leur destin.
Moussa-Г Ancien a régné sur Djenné et la est venue à lui.
39. Sambalâna fut un bourreau et la morť est venue à lui !
Bala-1'Ancien tout comme Sam-Poullo Gnôtigui,,la mort fut leur destin.
40. Bô-Sâgo, le père de Soulé-Bô, lui aussi, la mort fut son destin.
Et pas davantage DaoudaNguirowaln'ena été préservé : la mort fut son
[destin.
5. Tidjâni Aguîbou Tall, neveu d'Al-Hadj Oumar fonda le royaume de Bandiagara en 1864
(Cf. A. Hampâté Bâ, op. cit. : pp. 27-28). Mounîr : fils d'Al-Hadj Oumar et cousin de Tidjâni.
6. Le « Commandeur des Croyants » désigne ici Amadou Chékou, fils d'Al-Hadj Oumar à qui Moun
îr remit le pouvoir en 1890, mais qui dut quitter Bandiagara lorsque le pouvoir français y imposa
Aguîbou Tall comme « roi » (Cf. A. Hampâté Bâ, ibidem : 28-29), en 1893.
7.: fils d'Al-Hadj Oumar, qui fut nommé roi de Bandiagara en 1893 par le pouvoir colonial.
8. Mouktâr Aguîbou Tall fut nommé chef du Canton de par l'Administration française,
après la mort de Tidjâni Aguîbou Tall, survenue en 1938 (Cf. A. Hampâté Bâ, op. cit. : 108 sq.). Il
fut à la source des persécutions qui assombrirent les dernières années de Tierno Bôkar Sâlif. .

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Livres Livres
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents