Genèse des banques centrales et légitimité de la monnaie - article ; n°3 ; vol.47, pg 675-698

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1992 - Volume 47 - Numéro 3 - Pages 675-698
Continuity and Renewal of the Monetary Debate.
The central bank is major institution of market economies As the outcome of long evolutionary process the central bank is creation of the market not creation of the state. The modern transaction theory of money and payments systems coupled with historical evidence drawer from American British experiences can help show this basic result. Because interbank payments have to be centralized the best way to solve the trade-off between efficiency and security of payments is the settlement of clearing balances on the books of the central bank. This insight leads us to refuse the manicheism of hayekian doctrine with regard to the debate between Free Banking and Central Banking. Because it is the center of the payments system, the central bank has differentiated itself from other banks through learning process. Concern for systemic and global stability emerged in the Bank of England during the half century prior to World War I. The Bank developed both the lender of last resort principles and the guidance of the money market by bank rate in order to achieve convertibility. In the 20th century powerful social and political trends have nationalized money. The prominence of convertibility has given way to economic policy However the monetary authorities must have legitimacy to carry out their responsabilities towards the general public. For this involvement to be credible the central bank shall not sup port any special interest group. Independence of central banks in the institutional implication of these requirements.
24 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1992
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Michel Aglietta
Genèse des banques centrales et légitimité de la monnaie
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 47e année, N. 3, 1992. pp. 675-698.
Abstract
Continuity and Renewal of the Monetary Debate.
The central bank is major institution of market economies As the outcome of long evolutionary process the central bank is
creation of the market not creation of the state. The modern transaction theory of money and payments systems coupled with
historical evidence drawer from American British experiences can help show this basic result. Because interbank payments have
to be centralized the best way to solve the trade-off between efficiency and security of payments is the settlement of clearing
balances on the books of the central bank. This insight leads us to refuse the manicheism of hayekian doctrine with regard to the
debate between Free Banking and Central Banking. Because it is the center of the payments system, the central bank has
differentiated itself from other banks through learning process. Concern for systemic and global stability emerged in the Bank of
England during the half century prior to World War I. The Bank developed both the lender of last resort principles and the
guidance of the money market by bank rate in order to achieve convertibility. In the 20th century powerful social and political
trends have nationalized money. The prominence of convertibility has given way to economic policy However the monetary
authorities must have legitimacy to carry out their responsabilities towards the general public. For this involvement to be credible
the central bank shall not sup port any special interest group. Independence of central banks in the institutional implication of
these requirements.
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Aglietta Michel. Genèse des banques centrales et légitimité de la monnaie. In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 47e
année, N. 3, 1992. pp. 675-698.
doi : 10.3406/ahess.1992.279068
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1992_num_47_3_279068GENESE DES BANQUES CENTRALES
ET GITIMIT DE LA MONNAIE
MICHEL AGLIETTA
Continuité et renouvellement du débat monétaire
Des événements contemporains de première grandeur sont des champs
investigation privilégiés pour nourrir la réflexion théorique sur la nature de la
monnaie sur son organisation dans les sociétés libérales et ouvertes sur sa
place dans la science économique
Les bouleversements de ex-URSS provoquent une désorganisation des
échanges les plus élémentaires par disparition de la pratique sociale dont la
monnaie est la règle le paiement des transactions dans un médium unanime
ment acceptable Le retour du troc souligne son énorme coût social fragmen
tation des échanges qui se bilatéralisent arbitraire des termes et des conditions
de échange soumis exclusivement aux rapports de force entre les échangistes
immédiateté des relations économiques entravées par la désorganisation pré
sente et incertitude future des approvisionnements Les tentatives spontanées
de contournement du troc entraînent la prolifération de banques de poche hors
de toute réglementation et de toute supervision Cette résurgence du free ban
king initiative des entreprises pour financer le stockage des facteurs de pro
duction par anticipation des pénuries venir fait flamber inflation et détruit
ce qui reste de barrière la création monétaire hésitation émettre des mon
naies nationales dans les nouvelles Républiques qui cherchent désespérément
prendre en charge leurs économies illustre dramatiquement le lien entre le gou
vernement de la monnaie et la souveraineté politique la subtile dialectique
entre action privée et la création institutionnelle pour parvenir établir la
confiance dans la monnaie
La grave crise qui récemment ravagé le système bancaire américain met
tant en difficulté de nombreuses grandes banques et détruisant le tiers des
caisses épargne montre que des règles inadéquates rendent la finance chao
tique et vulnérable au risque de système La résistance farouche des lobbies
bancaires soutenus par des pouvoirs politiques locaux la réforme législative
675
Annales ESC mai-juin 1992 3pp 675-698 COMMERCE MARCH MONNAIE
du système bancaire donne un autre éclairage sur les aspects la fois conflic
tuels et complémentaires de la dualité de la monnaie un côté le système des
paiements est un bien public qui est réputé fournir des services équitables tous
les agents économiques services de réseau pour les paiements en cours de réali
sation ou anticipés services de liquidité dans attente des paiements futurs
un autre côté le système des paiements est collectivement géré par des ban
ques commerciales en complémentarité avec leur activité privée intermé
diaires financiers De cette découle des effets externes et des
aléas de moralité qui font du système bancaire le domaine privilégié de la pro
pagation des risques donc aussi le premier terrain du contrôle prudentiel pour
la contenir Le caractère insatisfaisant des compromis entre la limitation de la
concurrence et la sécurité du système bancaire relancé un débat théorique sur
les fondements une réforme plus radicale qui pourrait séparer les risques des
crédits privés et la fourniture du service public des paiements Dans ce débat le
statut les fonctions et existence même de la banque centrale font objet
interrogations qui remontent aux sources de la théorie monétaire
Union monétaire européenne rejoint les deux débats sur la légitimité des
régies monétaires et sur organisation la mieux adaptée la stabilité de la mon
naie Le débat européen produit les principes une réforme monétaire
venir qui sont inscrits dans le traité de Maastricht Il fait dans une tradition
très différente de la tradition anglo-saxonne Union monétaire européenne
met moins accent sur action privée que sur la construction institutionnelle
La confrontation anglo-germanique qui animé les propositions de la confé
rence intergouvernementale est achevée par la victoire complète de la concep
tion continentale La clef de voûte de Union monétaire sera une banque cen
trale européenne organisation des pouvoirs monétaires et la définition des
missions de cette banque centrale reposent sur un concept énigmatique indé
pendance Il lui est associé la capacité de préserver la stabilité des prix finalité
de la régulation monétaire Mais les vertus les responsabilités et les conditions
exercice de indépendance des banques centrales sont loin être évidentes
apport une démarche historique
Les questions soulevées par les problèmes monétaires contemporains plon
gent leurs racines dans histoire monétaire La question la plus fondamentale
concerne les institutions les plus aptes préserver la confiance dans la monnaie
est opposition entre iefree banking et le central banking Le premier est un
modèle formel de histoire monétaire qui propose des monnaies bancaires
concurrentielles qui nie une banque centrale soit nécessaire et qui prétend
que la seule règle monétaire indispensable est la définition une unité de
compte Le second est un modèle qui affirme que le développement même de
économie monétaire produit émergence des banques centrales organisa
tion du système bancaire respecte un modèle hiérarchique dans lequel les mon
naies bancaires sont unifiées par la contrainte de conversion en monnaie
banque centrale dont émission dépend un monopole
opposition de ces deux modèles institutionnels concerne la fois inter
prétation de histoire et les le ons on peut en tirer pour réformer les institu
tions contemporaines est le développement naturel de la concurrence qui
676 AGLIETTA BANQUES CENTRALES ET MONNAIE
sélectionnerait les organisations capables de réguler les marchés Ces organisa
tions sont efficaces parce elles portent une rationalité collective laquelle les
agents économiques individuels se conforment dans leur pratique sans pouvoir
eux-mêmes expliciter rationnellement Or curieusement les adeptes de cette
conception auto-organisatrice de économie marchande excluent la banque
centrale de évolution organique Ils diabolisent au contraire la banque cen
trale qui devient un instrument de tat pour emparer gratuitement de la
richesse produite par économie marchande Le monopole de émission relève
des tats prédateurs qui chercheraient maximiser le seigneuriage indépen
dance monétaire serait alors la fois une nécessité et un pis-aller Puisque la
monnaie est établie par des restrictions légales la libre concurrence au moins
faut-il garantir que les règles émission de la monnaie empêcheront émetteur
de spolier économie privée
Nous allons au contraire montrer que hypothèse altérité radicale de la
banque centrale évolution de économie marchande est une violation du
postulat évolutionnaire En autres termes la banque centrale est une création
du marché pas une créature de tat La Banque Angleterre est cet égard
exemplaire Elle certes été le banquier de tat dès sa création la fin du
xvne siècle Cela ne lui pas donné le statut de banque des banques Ce est
que dans le dernier tiers du xixe siècle non pas par un acte législatif mais par
un apprentissage tiré de expérience des crises financières que la Banque
Angleterre élaboré une rationalité collective pour guider sa pratique dans le
marché Les deux dimensions essentielles du métier de banque centrale qui en
ont fait la banque des banques sont le prêteur en dernier ressort et la prise en
charge de la régulation du taux intérêt sur le marché monétaire
En comparant les expériences anglaise et américaine la même époque on
montrera que la centralisation des paiements au fur et mesure du développe
ment de la monnaie scripturale offerte par les banques de dépôts est la ten
dance qui rend le central banking plus efficace que le free banking Il en
demeure pas moins que la globalisation financière engagée depuis près de vingt
ans entraîne une certaine dénationalisation de la monnaie Union monétaire
européenne en est le processus le plus avancé
La libéralisation financière ne conduit cependant pas redécouvrir le fil
perdu une auto-organisation des marchés concurrentiels La disparition des
banques centrales est pas le point oméga de innovation financière Le free
banking est pas idéal du libéralisme économique contrairement aux affir
mations doctrinaires de école de la New Monetary Economies Mais il est
vrai que la légitimation de la monnaie rencontre un problème analogue celle
du Droit auto-limitation du pouvoir émission est requise pour que la mon
naie soit le bien public par excellence qui apporte des avantages équitables
tous Pourtant la flexibilité de la régulation monétaire et la sécurité de la
finance impliquent nécessairement la banque centrale dans des actions discré
tionnaires indépendance des banques centrales inscrit dans cet entre deux
est un mythe fondateur qui évite le questionnement stratégique des agents
privés sur les actes discrétionnaires de la banque centrale
677 COMMERCE MARCH MONNAIE
Développement des systèmes de paiements et émergence des banques
centrales
Les conceptions alternatives des institutions monétaires sont liées celles
des systèmes de paiements qui sont les structures élémentaires des économies
monétaires Ces structures établissent des relations étroites entre les institutions et les échanges économiques Car le paiement est acte élémentaire
de échange marchand Mais un paiement sens que dans un réseau qui est
organisé par un ensemble de règles
Les prix des marchandises offertes la vente sont exprimés dans une unité
de compte qui est instituée Les paiements sont exécutés avec des moyens de
paiement dont émission doit se conformer une règle bien définie Dans un
réseau exécution des paiements est séquentielle Elle impose aux agents indivi
duels des contraintes de budget échelonnées dont intensité dépend de leur dis
ponibilités monétaires cash advance ou de leurs capacités emprunter les
moyens de paiements finance Puisque les échanges élémentaires
séquentiels forment un réseau unique il une contrainte de réseau ou
contrainte monétaire globale qui exerce par la coordination des moyens de
paiements émis par les banques Cette contrainte est construite dans le système
des Le temps est découpé en périodes qui rythment le mécanisme de
compensation et de règlement interbancaire Ainsi la totalité des ordres de paie
ments re us et envoyés dans différents réseaux de paiements une trace dans les
soldes interbancaires qui sont calculés la compensation obligation avoir
régler ces soldes force les banques se garantir contre éventualité de man
quer du moyen de règlement ultime Le système de paiement est donc directe
ment branché sur le marché monétaire est pourquoi le taux intérêt court
terme reflète état des tensions économiques tel que les banques les observent
et les anticipent dans leur trésorerie
opposition entre iefree banking et le central banking en tant que modèles
organisation monétaire exprime dans les règles qui définissent des systèmes
de paiements viables
Le free banking système de paiements avec monnaies bancaires
convertibles en monnaie marchandise
Une marchandise particulière appelée or ou un panier de marchandises
prête sa substance unité de compte Celle-ci est définie par la quantité fixe de
la marchandise choisie ou par ensemble des quantités des qui
composent le panier est la première règle monétaire Cette monnaie-mar
chandise est aussi le moyen de règlement ultime
Les moyens de paiements sont des monnaies bancaires est-à-dire des
dettes émises par les banques sur elles-mêmes qui prennent la forme de billets
ou de dépôts sur lesquels on peut tirer des chèques Ils doivent être convertibles
au pair dans la monnaie-marchandise Comme cette dernière une rareté en
tant que marchandise la quantité disponible et monnayée exerce une contrainte
sur le volume de transactions possibles
Pour être acceptables les moyens de paiements émis par les banques doi-
678 BANQUES CENTRALES ET MONNAIE AGLIETTA
vent être des real bills est-à-dire les contreparties effets de commerce
qui sont des droits sur des marchandises en instance de vente ou sur une produc
tion vendable Il est pas possible de savoir priori si les monnaies bancaires
sont ou non des real bills est la contrainte monétaire qui vérifie cette qua
lité selon un mécanisme endogène du système de paiements la loi du reflux
une banque un excès émission de ses billets par rapport aux
désirs du public cause de la concurrence qui la pousse élargir sa part de
marché dans escompte des effets de commerce la contrainte monétaire
exprime par la demande de conversion au pair de ses billets Il trois modes
expression de cette contrainte demande de conversion en espèces au guichet
de la banque émettrice dépôts des billets en compte dans autres banques
maintien des billets en encaisses actives pour une dépense supplémentaire pro
chaine La première modalité entraîne un reflux immédiat des billets leur annu
lation et la perte de réserves en moyen de règlement ultime par la banque émet
trice La seconde modalité entraîne un accroissement des créances détenues par
autres banques sur la banque émettrice dans la compensation interbancaire et
une demande de règlement net encontre de celle-ci Elle doit disposer
espèces et perd des réserves pour annuler les billets en excédents qui lui sont
présentés la compensation La troisième modalité accroît les intérêts crédi
teurs si les billets sont déposés dans la banque émettrice Ultérieurement lors
ils auront payé des dépenses supplémentaires ils reviendront pour être
annulés par les deux voies précédentes Mais les dépenses supplémentaires peu
vent entraîner des paiements en chaîne et diffuser excès émission sur plu
sieurs banques voire sur toutes les banques si les dépenses suscitent des impor
tations supplémentaires
On saisit la manière dont la loi du reflux contraint les banques La perte de
réserves provoque un ajustement parce que la ou les banque est sont dans
une situation sous-optimale avantage marginal détenir plus de réserves
devient supérieur au gain marginal de la mise en portefeuille de créances supplé
mentaires Les réserves doivent être reconstituées ce qui implique pour la
banque concernée une sous-émission de billets par rapport aux autres banques
Si est ensemble des banques qui fait une émission excessive de billets expan
sion monétaire est limitée par le paiement des importations et par la demande
espèces de la part des agents économiques Si donc les billets émis ne sont pas
des real bills les coûts croissants de liquidité pour les banques coûts
obtention des espèces augmentent plus vite que les revenus tirés des prêts Il
doit donc exister des montants optimaux de billets émis et de dépôts collectés
pour un volume donné espèces lorsque les banques sont en équilibre de bilan
Globalement la masse monétaire est endogène parce elle est déterminée
par les besoins du public pour un niveau général des prix exprimé en unité de
compte marchandise équilibre ce niveau des prix est indépendant des
moyens de paiements en circulation est le volume des moyens de paiements
qui se conforme au niveau des prix et la demande réelle de monnaie des agents
économiques ajustement étant réalisé par la loi du reflux Ce mécanisme
détermine le montant désiré des espèces pour un pouvoir achat des espèces
qui est exogène au système bancaire Ainsi la dissociation de unité de compte
et de la monnaie bancaire paraît constituer un système de paiements viable tout
en rendant superflue existence une banque centrale
679 COMMERCE MARCH MONNAIE
Le central banking système des paiements hiérarchisé avec monnaie
fiduciaire
La monnaie fiduciaire émise au passif une banque centrale est la caracté
ristique des systèmes de paiements modernes Dans ces systèmes unité de
compte et les moyens de sont indissolublement liés Les moyens de
paiements émis par les banques commerciales doivent être interconvertibles et
convertibles en monnaie fiduciaire au pair et sans limites unité de compte est
purement nominale Elle est définie en même temps que la règle émission de
la monnaie fiduciaire
Les moyens de paiements obéissent plus un critère de real bills puis
ils ont pas subir épreuve de conversion en espèces extérieures au sys
tème bancaire Le critère de leur émission est la richesse future anticipée cette
émission créant les moyens de réaliser les échanges qui devront valider les anti
cipations Ainsi émission monétaire obéit-elle une logique auto-référentielle
Puisque la monnaie fiduciaire ni rareté ni utilité intrinsèque et elle est
émise coûts négligeables il existe pas de point équilibre la création
monétaire qui puisse découler des seules rationalités individuelles La dans un tel système de paiements est virtuellement instable Pour
écarter les régimes explosifs il faut organiser institutionnellement la rareté de la
monnaie fiduciaire de manière persuader les agents privés en formuler une
demande stable est la stratégie de ancrage nominal qui est inhérente la
banque centrale en tant que garante de la légitimité de la monnaie fiduciaire
Un équilibre monétaire est alors un état compatible entre la règle émission
de la monnaie fiduciaire et les anticipations des agents privés sur son pouvoir
achat ces derniers formant la demande qui valide cette émission et détermine
le pouvoir achat conforme aux Il existe de nombreux régimes
monétaires correspondant différents équilibres dynamiques qui sont compati
bles avec ancrage nominal
Il ensuit que la régulation monétaire dans les systèmes de paiements du
central banking résulte une politique et non pas un mécanisme La banque
centrale un double degré de liberté Le premier est stratégique est le choix
du régime elle est capable de faire respecter Le second est tactique est le
degré de déviation elle peut tolérer par rapport équilibre dynamique cor
respondant un régime donné pour absorber des chocs sans que les agents
questionnent sa détermination préserver le régime sur lequel elle engagé sa
crédibilité
On vient de définir deux modèles institutionnels de histoire monétaire Le
modèle au free banking est celui qui évolué partir des systèmes de paiements
métalliques On peut toutefois en distinguer deux types Le modèle de free ban
king pur est un système de banques concurrentielles sous la contrainte de la
convertibilité en monnaie métallique Le modèle de free banking impur est un
système dans lequel il existe une banque différente des autres en tant que
banque de tat Mais la monnaie elle émet est soumise la convertibilité en
espèces et cette banque exerce pas le rôle de banque des banques Ces deux
types de free banking ont évolué vers le système du central banking Mais la
transformation été bien différente Ainsi dans le cas des tats-Unis des crises
de paiements de plus en plus graves ont suscité un processus législatif qui ins-
680 AGLIETTA BANQUES CENTRALES ET MONNAIE
titué une banque centrale Dans le cas de Angleterre les crises ont entraîné la
différenciation de la Banque Angleterre qui élaboré les outils et les fonc
tions une banque des banques
Nous allons abord étudier les processus qui font émerger le besoin de
banque centrale dans un système de free banking pur Puis nous étudierons
comment la Banque Angleterre fait apprentissage de la rationalité collec
tive qui est au ur du métier de banque centrale enjeu de cette analyse est
pas trivial puisque le free banking paraît formellement viable et que tout un
courant contemporain de théorie monétaire en fait adepte pour préconiser
une réforme monétaire visant restaurer ce modèle
émergence des banques centrales
On cite généralement deux expériences ae free banking sans banque centrale
et avec règlement des positions interbancaires en monnaie métallique le sys
tème de paiement écossais qui dura plus un siècle en 1844 et qui attei
gnit son apogée au début du xixe siècle le système bancaire américain avec free
banking intégral de 1837 1863 mais sans banque centrale en 1913 Ces
expériences paraissent contrastées On étudiera abord échec de expérience
américaine avant de interroger sur les conditions particulières du bon fonc
tionnement de expérience écossaise
White 1984 prétend que la loi du reflux est efficace Les banques
sont automatiquement contraintes émettre que de la monnaie de bonne qua
lité parce que toute émission en sus des besoins du public retourne émetteur
pour être détruite Considérons les trois modalités définies formellement ci-
dessus demander conversion en espèces la banque émettrice déposer billets
ou chèques en compte sur les livres une autre conserver les encaisses
actives pour les dépenser prochainement ce qui étend effet de la surémission
dans le temps mais finit par ramener aux deux autres possibilités Si la première
décision est systématique elle éloigne guère un système métallique qui met
offre de monnaie dans un carcan non élastique Car elle force les banques
émettre que des certificats or ou argent garantis 100 par leurs
encaisses Elle ne sont guère que des entrepôts de monnaie métallique Seule la
deuxième décision introduit une organisation monétaire nouvelle la relation de
correspondant entre banques Les utilisateurs ont confiance dans la convertibi
lité des monnaies bancaires parce que les banques elles-mêmes acceptent inter-
convertibilité de leurs monnaies Mais cette organisation minimale du free ban
king est fragile coincée elle est entre le risque de faillite et la tendance cen
traliser
La relation de correspondant ne systématise pas le règlement Il forme
des positions bilatérales imbriquées qui forment une structure financière pro
pice au risque de système Car le/ree banking ne peut détacher économie mar
chande des limites étroites des systèmes métalliques que grâce sa capacité de
créer des moyens de paiements bas coûts Mais la concurrence pousse les ban
ques faire des prêts non négociables et risqués en acceptant des engagements
vue ou courte échéance sans garantie encaisses Or un système positions
bilatérales et réserves décentralisées besoin de montants élevés de réserves
681 COMMERCE MARCH MONNAIE
pour garantir la sécurité des paiements La contradiction entre élasticité des
moyens de paiements dans les phases expansion des échanges et la fragilité
financière en cas de retournement est maximale cela ajoutent tous les ris
ques moraux et les éventualités de contrefa ons lorsque circule simultanément
une multitude de monnaies émises par des banques dont les clients ne peuvent
pas évaluer la solvabilité Enfin parmi les clients il tat mais est un
client très particulier En choisissant telles banques plutôt que telles autres pour
faire ses propres paiements et exiger le produit de ses recettes tat influence
décisivement la concurrence Les monnaies ainsi choisies acquièrent une qualité
structurellement supérieure aux autres Aussi la relation de correspondant ne
peut-elle pas préserver la concurrence entre un grand nombre de banques par
faitement libres Elle évolue nécessairement vers une hiérarchie bancaire qui
polarise les comptes de correspondants Certaines positions créditrices auprès
de banques haut statut vont servir de réserves pour régler des positions débi
trices avec des banques tierces Lorsque la centralisation est en marche elle
évolue vers des clubs bancaires régionaux localisés dans des places financières
et organisés autour de chambres de compensation
En 1856 déjà six banques de New York concentraient les dépôts perma
nents des banques avoisinantes dont elles rachetaient les billets cédés par les
agents non bancaires
Quels sont les caractères de ces arrangements multilatéraux et coopératifs
entre banques Sont-ils autre chose que des fonctions de banque centrale tron
quées
La chambre de compensation est une organisation centralisée qui introduit
décisivement la rationalité collective dans les systèmes de paiements Les cham
bres de compensation apparurent dans les principaux centres affaires des
tats-Unis au milieu du xixe siècle avantage collectif elles apportent tient
deux règles constitutives la compensation multilatérale et le règlement net
simultané La chambre de devient agent central sur lequel se
déterminent les positions créditrices et débitrices Elle permet économie de
réserves et la baisse drastique des coûts dans la collection des chèques En fonc
tionnement normal le règlement pouvait se passer de monnaie métallique Les
chambres de compensation devenaient agents de règlement en émettant des cer
tificats pour le compte des banques qui déposaient des réserves auprès elles
Dans les périodes de crise aiguë la convertibilité métallique était suspendue et
les chambres se rapprochaient encore plus des fonctions de banque centrale
Leurs certificats valaient règlement parmi les membres Enfin certaines cham
bres de compensation permirent accéder une caractéristique très importante
de la sécurité des systèmes de paiements irrévocabilité Goodfriend 1988
Un chèque déposé pour collection parmi les membres une même association
bancaire peut donner un crédit immédiat son bénéficiaire Ce dernier devenait
assuré contre le défaut de la banque du payeur Il fallait pour cela que
ensemble des membres acceptent collectivement de couvrir le risque de liqui
dité lorsque un entre eux était incapable de régler sa position la chambre
en fin de journée
Il est bien clair que ces avantages ne vont pas sans des règles de fonctionne
ment très strictes qui ont plus rien voir avec efree banking dans sa version
originale Ces règles devaient être prolongées par la surveillance des situations
682 AGLIETTA BANQUES CENTRALES ET MONNAIE
financières des membres et par les sanctions égard des transgressions pou
vant aller exclusion un membre Des exigences minimales de capita
lisation étaient définies et des investigations fréquentes des banques par les
comités experts des chambres étaient réalisées
Mais une rationalité collective tronquée est globalement inefficace dans le
domaine des biens publics Les graves insuffisances apparaissent clairement
on observe le système de paiements des tats-Unis dans son ensemble et
pas seulement le sous-système formé par le club des banques new-yorkaises
organisation multilatérale des règlements interbancaires sous égide une
banque centrale est supérieure aux organisations collectives de statut privé
parce elle exclut pas et elle peut assumer le risque de liquidité dans les
cas extrêmes en insérant la fonction de prêteur en dernier ressort Au contraire
une association de banques statut privé voit son action entravée par des
conflits intérêts en temps de crise si elle est pas limitée un petit nombre de
banques Car prêter en temps de crise est une action qui va rencontre de la
rationalité du marché Certaines banques solides seront incitées laisser tomber
en faillite des concurrents plus fragiles appartenance ou non une chambre
de compensation devient une barrière entrée et un puissant facteur inéga
lité dans la concurrence Goodhart 1988 est bien pourquoi institution de
la banque centrale en tant agent central de règlement est le prolongement
logique au free banking La banque centrale est la seule entité capable de conci
lier la maîtrise collective des risques sur ensemble du système de paiements et
la préservation une concurrence loyale entre les banques
expérience des tats-Unis renforce cette conclusion par défaut Les
chambres de compensation statut privé ont jamais empêché les crises finan
cières Dans ces conditions-là seuls étaient préservés les paiements internes aux
associations bancaires Les autres positions débitrices devaient être réglées en
monnaies métalliques impossibilité de le faire provoquait la décote des bil
lets des banques non membres des systèmes de compensation cause de la sus
pension de la convertibilité Il en résultait un fractionnement du système de
paiements rendant les country banks extrêmement vulnérables hostilité
entre country banks et city banks est cristallisée un point tel elle est tou
jours présente dans les discussions actuelles sur la réforme bancaire Comme la
pénurie de liquidité était intense en condition de crise dans les régions ne dispo
sant pas de chambres de compensation puissantes le marché monétaire était
lui-même fractionné ce qui se manifestait par des disparités régionales de taux
intérêt
Le National Bank Act de 1863 engagea une réforme pour mettre fin juridi
quement au ree banking pur instituer des banques charte nationale et unifor
miser la qualité des monnaies sur le territoire Pourtant la vulnérabilité du sys
tème des paiements américains aux paniques bancaires fait que aggraver
au paroxysme de 1907 Malgré les chambres de compensation régionales
qui faisaient circuler leurs certificats comme monnaie les retraits des déposants
demandant conversion en or étendirent dans tout le pays La débâcle finan
cière décida le Congrès engager une réforme radicale selon les principes mis
en uvre en Angleterre cinquante ans plus tôt sous inspiration de Bagehot Il
agissait de confier une Commission Monétaire Nationale la mission étu
dier les moyens de doter le pays une institution ayant capacité de banque cen-
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