Vendredi, 18. 31-2RC  aPeg1 7414 om-R
Cette rubrique est assurée par une équipe de travail dont les membres appartiennent au conseil de rédaction et dont Paule Petitier est la coordinatrice. Les livres reçus par Romantisme  ne peuvent pas tous faire l’objet d’un compte rendu ; mais leur signalement complet est publié, au fur et à mesure de leur envoi à Romantisme , sur http://www.equipe19ser.jussieu.fr
COMPTES RENDUS
Romantisme n o 128 (2005-2)
Balzac Véronique Bui, La Femme, la faute et l’écrivain. La mort féminine dans l’œuvre de Balzac , Paris, Honoré Champion, 2003, 323 p. L’ouvrage de Véronique Bui sous-titré « La mort féminine dans l’œuvre de Balzac » ’i rit dans le prolongement des études sur s nsc la mort dans la littérature (voir en particulier celles de Robert Favre et de Michel Picard) et dans le cadre des travaux que la critique a consacrés aux femmes dans l’œuvre de Balzac. La mise en scène de la mort au féminin avait déjà retenu ponctuellement l’attention de quelques chercheurs, dont Nicole Mozet ou Catherine Nesci. Véronique Bui aborde le sujet dans toute l’œuvre de Balzac, en puisant ses exemples dans La Comédie humaine comme dans les  Contes drolatiques , et en s’attachant en détails à quelques textes. La constatation d’une différence de traitement de la mort de l’homme et de la femme dans l’œuvre de Balzac, l’un accédant à la mythifi-cation quand l’autre n’y parvient jamais, la conduit à analyser de plus près le fonctionne-ment et la représentation de la mort féminine. Selon elle, l’agonie des femmes est le lieu de la révélation d’une vérité où sexualité et cul-pabilité sont étroitement associées et où, comme l’indiquent les trois termes mis en présence dans le titre, Balzac engage une part profonde de lui-même. La démarche adoptée est thématique et pragmatique, prenant appui moins sur des théories extérieures aux textes que sur les tex-tes eux-mêmes, que V. Bui confronte réguliè-rement entre eux. Après avoir analysé, dans une première partie, la mortalité dans l’œuvre de Balzac pour dégager l’existence d’un traite-ment spécifique de la mort de la femme par rapport à celle de l’homme mais aussi par rap-port aux grands modèles antérieurs de la litté-rature, elle explore, dans sa deuxième partie, le cas des femmes qui se sacrifient. Par l’exa-men des aveux ultimes de Henriette de Mort-
sauf et de Véronique Graslin, dans Le Lys dans la Vallée  et dans Le Curé de village, et par la comparaison de leur mort, elle montre que le moment de l’agonie est celui où se formulent les désirs refoulés, «la mise en discours du sexe», selon la formule de Michel Foucault. Avec la troisième partie, on passe des femmes mères qui se sacrifient aux femmes Ève ou Vénus qui sont sacrifiées. La mise à mort de Zulma dans Le Succube  et celle de Paquita dans La Fille aux yeux d’or  permettraient à Balzac de désamorcer sa propre tentation de la chair par l’écriture. Enfin, la quatrième et der-nière partie, entièrement consacrée à Pierrette , étudie l’assassinat de l’innocence. Véronique Bui montre bien comment la mort de la femme, désacralisée dans sa valeur de scène d’identification, se voit réinvestie comme scène romanesque. Le poids de la faute effective ou rêvée, qui s’exprime avec force au moment de l’agonie, et les significa-tions de la révélation de celle-ci sur les plans de la morale et de l’esthétique constituent des clefs intéressantes pour comprendre la mort au féminin dans l’œuvre de Balzac. Les parties consacrées au Succube  et à Pierrette , plus nou-velles que celles portant sur Le Lys dans la Vallée  et La Fille aux yeux d’or , permettent de suivre quelques unes des procédures de con-tournements idéologiques à l’œuvre chez Balzac et offrent, qui plus est, la confirmation de la distance que Balzac maintient constamment par rapport aux stéréotypes. On émettra tou-tefois quelques réserves, notamment quant à la démarche adoptée : le choix d’un plan thé-matique et d’un développement par catégories (la mère criminelle, la tentatrice, la jeune fille), la manière qu’ l’auteur de privilégi a er les études de détail au détriment des bilans et des mises en perspective empêchent en effet parfois de percevoir la progression de la réflexion. Un texte comme Pierrette s’inscrit de manière un peu artificielle, semble-t-il, dans le champ d’études, puisque l’héroïne n’est pas une femme mais une enfant, et de surcroît une enfant qui n’a rien à voir avec les idées de culpabilité et de sexualité. C’est du fait de
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