Images en transit dans le Lenz de Büchner - article ; n°118 ; vol.32, pg 7-22

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Romantisme - Année 2002 - Volume 32 - Numéro 118 - Pages 7-22
Büchner exprime dans son récit Lenz le rêve du poète Sturm und Drang venu se réfugier dans les Vosges dans l'espoir d'échapper à sa folie. Il voudrait être une tête de Méduse pour figer en tableaux les splendides paysages afin de retenir leur beauté pour l'éternité. Or ce rêve d'une nature qui devienne ouvre sans l'intervention de l'art s'effondre au cours du récit, la folie du poète l'emportant sur la beauté des paysages. À travers ce constat, Büchner interroge les rapports entre la folie de Lenz et sa vision esthétique, exprimée avec passion dans un échange avec son ami Kaufmann. Désirer la beauté de la nature sans l'artifice de l'art c'est prendre le risque de se perdre en elle ou par elle. Soit que la force aveugle de la nature écrase le poète, soit que le poète l'absorbe dans son monde intérieur plein d'angoisse. En renonçant à écrire, Lenz a radicalisé sa position de poète Sturm und Drang au profit d'une relation fusionnelle avec la nature qui l'a détruit.
Büchner, in Lenz, expresses the dream of his Sturm und Drang poet seeking refuge in the Vosges in the hope of escaping front his madness. He would have liked to be a Gorgon's head so as to fix the image of the magnificent landscapes and thereby retain their beauty for eternity. However this dream of nature that becomes art without the mediation of art itself dissolves, whilst the madness of the poet overpowers the beauty of the landscapes. Büchner thus explores the relationship between Lenz's madness and his aesthetic vision as passionately outlined in a discussion with his friend Kaufmann. To desire beauty in nature without recourse to the artifice of art is to run the risk of losing oneself in and through that very nature. Either the brute force of nature crushes the poet or the poet is capable of absorbing it into his anguished inner world. In refusing to write, Lenz pushes his position as a Sturm und Drang poet a step further to the point of bonding with a nature that has destroyed him.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 2002
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Mme Marie-Victoire Nantet
Images en transit dans le Lenz de Büchner
In: Romantisme, 2002, n°118. pp. 7-22.
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Nantet Marie-Victoire. Images en transit dans le Lenz de Büchner. In: Romantisme, 2002, n°118. pp. 7-22.
doi : 10.3406/roman.2002.1159
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/roman_0048-8593_2002_num_32_118_1159Abstract
Büchner, in Lenz, expresses the dream of his Sturm und Drang poet seeking refuge in the Vosges in
the hope of escaping front his madness. He would have liked to be a Gorgon's head so as to fix the
image of the magnificent landscapes and thereby retain their beauty for eternity. However this dream of
nature that becomes art without the mediation of art itself dissolves, whilst the madness of the poet
overpowers the beauty of the landscapes. Büchner thus explores the relationship between Lenz's
madness and his aesthetic vision as passionately outlined in a discussion with his friend Kaufmann. To
desire beauty in nature without recourse to the artifice of art is to run the risk of losing oneself in and
through that very nature. Either the brute force of nature crushes the poet or the poet is capable of
absorbing it into his anguished inner world. In refusing to write, Lenz pushes his position as a Sturm und
Drang poet a step further to the point of bonding with a nature that has destroyed him.
Résumé
Büchner exprime dans son récit Lenz le rêve du poète Sturm und Drang venu se réfugier dans les
Vosges dans l'espoir d'échapper à sa folie. Il voudrait être une tête de Méduse pour figer en tableaux
les splendides paysages afin de retenir leur beauté pour l'éternité. Or ce rêve d'une nature qui devienne
ouvre sans l'intervention de l'art s'effondre au cours du récit, la folie du poète l'emportant sur la beauté
des paysages. À travers ce constat, Büchner interroge les rapports entre la folie de Lenz et sa vision
esthétique, exprimée avec passion dans un échange avec son ami Kaufmann. Désirer la beauté de la
nature sans l'artifice de l'art c'est prendre le risque de se perdre en elle ou par elle. Soit que la force
aveugle de la nature écrase le poète, soit que le poète l'absorbe dans son monde intérieur plein
d'angoisse. En renonçant à écrire, Lenz a radicalisé sa position de poète Sturm und Drang au profit
d'une relation fusionnelle avec la nature qui l'a détruit.Marie-Victoire NANTET
Images en transit dans le Lenz de Biichner
Wie ich gestern neben am Tal hinaufging, sah ich auf einem Steine zwei Màdchen
sitzen, die eine band ihre Haare auf die andre half ihr; und das goldne Haar hing
herab, und ein ernstes bleiches Gesicht, und doch so jung, und die schwarze Tracht
und die andre so sorgsam bemiiht. Die schônsten, innigsten Bilder der altdeutschen
Schule geben kaum eine Ahnung davon. Man môchte manchmal ein Medusenhaupt
sein, uni so eine Gruppe in Stein verwandeln zu kônnen, und den Leuten zurufen. l
Hier, en remontant à flanc de vallée, j'ai vu deux jeunes filles assises sur un rocher,
l'une d'entre elles était en train de nouer ses cheveux, et l'autre l'aidait; et sa chevel
ure dorée tombait, et ce visage sévère et pâle, et si jeune pourtant, et ce costume
noir, et l'autre si affairée. Les images les plus belles, les plus intenses de toute la
vieille école allemande ne donnent qu'une idée très lointaine de cela. Parfois, on
voudrait être une tête de Méduse et pouvoir métamorphoser en pierre un groupe
comme celui-là, et appeler les gens. 2
La touchante image offerte à notre regard s'inscrit dans le cadre d'un échange sur le
Beau qui oppose le jeune poète Sturm und Drang Lenz à son ami Kaufmann. En
m'exprimant ainsi, j'escamote le plan d'une fiction qu'il faut pourtant rétablir si l'on
veut bien comprendre les virtualités de cette image proposée comme exemple au service
d'une argumentation, certes, mais engagée aussi dans un récit qui l'exploite à d'autres
fins peut-être que celles programmées par le discours.
Ce récit entrepris en 1 835 a pour titre Lenz. Biichner, son auteur mort à 23 ans en
1837, ne l'a pas achevé, de sorte que la version fragmentaire dont nous héritons recoupe
tragiquement la vie inaccomplie de son héros éponyme, le poète Lenz, devenu fou. Tel
est en effet le sujet de Biichner ainsi annoncé dans une lettre envoyée de Strasbourg
où il se trouve en exil à sa famille, en octobre 1835: « [...] Je me suis procuré ici
toutes sortes de notes intéressantes sur un ami de Goethe, un malheureux poète
nommé Lenz, qui a séjourné ici en même temps que Goethe et qui est devenu à moitié
fou» 3. Parmi ces notes, un document exceptionnel, le Journal du pasteur Oberlin, offre
à Biichner le scénario de son récit. Du 20 janvier au 5 février 1778, Oberlin recueillit
en effet dans son village des Vosges Lenz, dans un état de délabrement psychique
qu'il ne put enrayer. Il fallut le renvoyer manu militari à Strasbourg. Désolé de son
échec et soucieux de prouver qu'il avait agi pour le mieux, Oberlin rédigea un rapport
destiné à ceux qui allaient prendre en charge le poète devenu dangereux pour lui-
même et les autres.
Tel qu'il est rédigé, avec ses repères de temps et de lieux, ses descriptions éton
nées du comportement de Lenz et la transcription fidèle de ses paroles de fou, le
Journal d' Oberlin offre au lecteur un récit en puissance, dont le Lenz de Biichner
1. Georg Bûchner, Lenz, Studienausgabe, hrsg. von Hubert Gersch, Stuttgart, Reclam, 1984, p. 14.
2. « Lenz», traduction de Jean-Pierre Lefebvre, dans Georg Biichner, Œuvres complètes, inédits et lettres,
édition publiée sous la direction de Bernard Lortholary, Le Seuil, 1988, p. 179.
3. Georg Biichner, Œuvres complètes, inédits et lettres, p. 543.
ROMANTISME n° 1 18 (2002-4) Marie- Victoire Nantet 8
accouche grâce à l'émergence d'une double scène qui construit solidairement l'espace
de la fiction, à savoir le paysage des Vosges et la psyché du héros. Entre l'un et
l'autre se joue une histoire où nous précipite sans ménagement le pas rapide de Lenz
en route vers le village de Waldesbach, au tout début du récit.
Den 20. ging Lenz durchs Gebirg. Die Gipfel und hohen Bergfldchen im Schnee, die
Tàler hinunter graues Gestein, griine Flàchen, Felsen und Tannen. Es war nafikalt, das
Wasser rieselte die Felsen hinunter und sprang iiber den Weg. Die Àste der Tannen
hingen schwer herab in die feuchte Luft. Am Himmel zogen graue Wolken, aber ailes so
dicht, und dann dampfte der Nebel herauf und strich schwer und feucht durch das
Gestràuch, so trdg, so plump. 4
Le 20, Lenz passa par la montagne. Neige en altitude, sur les flancs et les sommets ; et
dans la descente des vallées, pierraille grise, étendues vertes, rochers, sapins. L'air était
trempé, froid; l'eau ruisselait le long des rochers et sautait en travers du chemin. Les
branches des sapins pendaient lourdement dans l'atmosphère humide. Des nuages pas
saient dans le ciel, mais tout était d'une densité ... puis le brouillard montait, vapeur
humide et lourde qui s'insinuait dans l'épaisseur des fourrés, si molle, si flasque.5
Le lecteur voit sans voir un paysage que Lenz parcourt sans le regarder, présent,
pressant, oppressant même. L'un et l'autre ont hâte de le traverser pour atteindre leur
but, ce village qui brille dans la nuit pour Lenz, début probable de l'action pour le
lecteur impatient. Ni l'un ni l'autre ne savent qu'ils sont déjà rentrés dans l'histoire
par le sas de ce milieu à la frontière du dehors et du dedans qu'est cette montagne
sous la neige, exprimée en termes de mouvante densité. Puis cinq jours passent, au
cours desquels l'étranger est accueilli comme un fils par Oberlin, diverti, occupé, invité
même à prêcher le jour du Seigneur, cinq jours ponctués d'angoisses terribles, mais
dont on pense qu'elles vont se dissoudre dans le calme d'un univers ordonné, comme
en témoigne le regard posé sur lui par Lenz au cours d'une promenade à cheval en
compagnie de son hôte.
[...] ; breite Bergflâchen, die aus grofier Hohe sich in ein schmales, gewundnes Tal
zusammenzogen, das in mannichfachen Richtungen sich hoch an den Bergen hinaufzog,
grofie Felsenmassen, die sich nach unten ausbreiteten, wenig Wald, aber ailes im
grauen ernsten Anflug, eine Aussicht nach Westen in das Land hinein und auf die Berg-
kette, die sich grad hinunter nach Suden und Norden zog, und deren Gipfel gewaltig,
ernsthaft oder schweigend still, wie ein dàmmernder Traum standen. 6
[...] ; vastes versants qui partaient de très haut et allaient s'étrécissant en une étroite
vallée sinueuse, qui remontait à son tour très haut sur les montagnes dans d'innombrables
directions, masses rocheuses qui s'élargissaient vers le bas, peu de forêts, partout pour
tant le même air d'austérité grise, une vue sur l'ouest qui donnait loin dans le pays ainsi
que sur toute la chaîne, qui descendait en ligne droite vers le sud et vers le nord, et dont
les sommets se dressaient, puissants, sévères ou taciturnes, tel un rêve crépusculaire. 7
Cette description par plans et percées de la chaîne de montagne aux directions
multiples révèle une intelligence du paysage que la comparaison finale imprime dans
l'âme du spectateur. Dans sa perfection, elle illustre un don que le mouvement Sturm
und Drang confie au seul génie poétique ainsi que l'exprime le dramaturge Heinrich
4. Georg Bûchner, Lenz, p. 5.
5. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 170.
6. Georg Bùchner, Lenz, p. 8.
7. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 174.
ROMANTISME n° 118 (2002-4) Images en transit dans le Lenz de Biichner 9
Wilhelm von Gerstenberg, un contemporain et ami de Lenz: « Vous m'accorderez que
cette faculté de reproduire dans son âme la nature comme si elle y était présente,
constitue, appliquée au poète, cette qualité décisive et éminente que nous nous repré
sentons sous le terme de génie poétique, même en ces moments où nous ne savons pas
toujours nous rendre compte de nos propres concepts» 8. L'un d'entre eux est YEmp-
findung, autrement dit une sensibilité intelligente qui traduit la réalité telle qu'elle est,
au contraire du sentiment [Gefiihl] qui la noie dans sa subjectivité. Ici donc, Lenz
révèle, en passant, cet art de voir du génie Sturm und Drang, si aisé à exprimer dans
les traités, mais si difficile à mettre en œuvre, comme vient de nous le faire com
prendre Biichner à l'occasion de l'arrivée chaotique de son héros. Mais étions-nous en
mesure de le comprendre? Pas plus que Lenz sans doute, qui choisit en arrivant de
rompre avec son passé d'écrivain9.
Entre discours sur l'art de voir et expérience du regard existe une tension que le
lecteur va découvrir, grâce au passage d'un ami de Lenz, Kaufmann, en route vers la
Suisse. La visite inopinée est mentionnée par Oberlin dans son Journal. Biichner
l'introduit dans son récit dans ce moment de grâce où son Lenz se sent mieux, soit
cinq jours après son arrivée. Aussi cette visite lui déplaît-elle profondément. Il aurait
préféré ne pas revoir cet ami qui connaissait sa vie, nous dit-il. Et de fait Kaufmann
avait été témoin de la première crise de Lenz en novembre 1777. Il l'avait alors
recueilli, puis expédié chez le pasteur Oberlin sans révéler à ce dernier son état. Nous
développons ici la trame d'un échange possible - en référence à ceux que signale sans
commentaire le Journal d' Oberlin - auquel Biichner préfère un débat sur la question
du Beau. Débat plausible. Kaufmann est ce Suisse, disciple de Lavater, qui fut un des
apôtres du mouvement Sturm und Drang. Rien d'étonnant à ce que Lenz et lui parlent
à table d'une question dans l'air du temps, sinon rebattue l0.
L'échange exploite un désaccord esthétique en relation avec l'émergence toute
récente du courant idéaliste ". Alors que Kaufmann le soutient, Lenz s'y oppose avec
une telle violence que son propos se transforme en un réquisitoire contre les positions
idéalistes, réquisitoire dont l'enjeu passionné est l'expression artistique du réel. Le
choix énonciatif de Biichner qui ne laisse pas la parole à Kaufmann, sinon par la
caricature de son point de vue, fait que le poète l'emporte aisément sur son adversaire.
Ce choix renvoie au propre engagement esthétique de Bùchner qui s'exprime ici, par
personne interposée, contre un idéalisme qu'il honnit. En choisissant Lenz pour porte-
8. Cité par Jean-Claude Chantre dans Les Considérations religieuses et esthétiques d'un «Stûrmer und
Drànger», Étude des écrits théoriques de J.M.R. Lenz (1751-1792), Berne, Francfort/M., Peter Lang,
[© 19821, p. 229.
9. Biichner, Lenz, p. 7: « Der Name, wenn's beliebt? ... «Lenz-» Ha, ha, ha, ist Er nicht gedruckt?
Habe ich nicht einige Dramen gelesen, die einem Herrn dieses Namens zugeschrieben werden ? «Ja, aber
belieben Sie mich nicht darnach z.u beurteilen» ». - « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 173: « - Votre
nom, s'il vous agrée? - Lenz. - Ah! tiens donc, n'avez-vous pas été édité? N'ai-je pas lu quelques drames
qu'on attribue à une personne de ce nom? - Oui, mais je vous saurai gré de ne pas me juger d'après ces
pièces».
10. Citons à ce propos le contemporain de Lenz en fiction, Werther: « II y a quelques jours j'ai rencont
ré un jeune homme du nom de V*** [...] frais émoulu des Universités [...]. Apprenant que je dessinais
beaucoup et savais le grec [...], il vint à moi, se mit à déballer toute une érudition, depuis Batteux jusqu'à
Wood, depuis de Piles jusqu'à Winckelmann, et m'assura qu'il avait lu la théorie de Sulzer, la première
partie, d'un bout à l'autre, et qu'il possédait un manuscrit de Heyne sur l'étude de l'art antique». Voir
Goethe, Les Souffrances du jeune Werther [Die Leiden des jungen Werthers], traduit et préfacé par H.
Buriot Darsiles, Aubier-bilingue, éditions Montaigne, 1931, p. 8.
11. Le classicisme de Weimar débute en 1779. Voir Goethe, Iphigenie auf Tauris.
ROMANTISME n" 118 ( 2002-4) Marie-Victoire Nantet 10
parole, Biichner remet à l'ordre du jour, soit en 1835, un combat des années 1780 qui
lui tient à cœur comme le révèle une lettre à sa famille où il argumente sa position
anti-idéaliste dans les termes mêmes employés par son Lenz 12. Mais une lettre n'est
pas un récit. Les mêmes termes transitent par une autre voix, celle d'un poète psychi-
quement fragile, que Biichner écoute à distance de sa plume. De sorte que la violence
de son Lenz n'est pas seulement idéologique. Elle renvoie à la situation d'un poète qui
rejoue en fiction le moment où sa vie bascule dans la folie, ce moment articulé par le
sujet capital de la mimésis.
Or la violence de Lenz retombe dans l'instant où il évoque les deux villageoises
assises sur un rocher, entrevues la veille alors que l'une aidait l'autre à nouer ses
cheveux. Le spectacle rappelé de mémoire lui apporte une paix qui excède la satisfac
tion d'avoir trouvé un bon exemple pour illustrer son propos. Et l'exemple est bon, en
effet, en ce qu'il résout en une image adéquate tous les aspects de la position défendue
avec passion par le poète. Oui, ces jeunes filles sont bien d'un milieu humble. Oui,
leur pose est naturelle, personne ne l'ayant corrigée. Oui, le prosaïsme de leur occupat
ion n'exclut pas la beauté de leur geste. Oui, le spectacle émeut, dans sa simplicité,
car il donne à voir des personnes vivantes, aptes à souffrir et à aimer, telles que Dieu
les a créées. L'image offerte hier au regard du promeneur par les jeunes filles répond
sans effort à l'exigence ainsi exprimée par Lenz dans son discours: «Qu'on essaie
donc, qu'on s'enfonce dans la vie du plus humble des êtres et qu'on la restitue dans
ses tressaillements, ses demi-mots, et tout le jeu subtil et imperceptible de sa
mimique» 13 - « Man versuche es einmal und senke sich in das Leben des Geringsten
und gebe es wieder, in den Zuckungen, den Andeutungen, dem ganzen feinen, kaum
bemerkten Mienenspiel» 14. Et de conclure que c'était ce qu'il avait tenté de faire dans
Le Précepteur et Les Soldats.
En évoquant ces deux drames par leur titre, le Lenz de Biichner nous indique ici
qu'il est dans le droit fil du Lenz historique, prenant en fidèle considération et son
œuvre théâtrale et ses écrits théoriques. Est-ce exact? Il me semble que oui. Aussi
engagé que Bùchner soit en Lenz, il ne l'infléchit pas. Les arguments qu'il lui confie
expriment bien les positions qu'il a exprimées dans les années 1772-1777 dans divers
écrits 15. Il n'y a pas solution de continuité mais construction d'un point de vue com
mun à Lenz et à Biichner par adhésion du second aux idées du premier. Cette adhésion
relève de l'empathie. Bùchner investit la pensée de Lenz et la prolonge. Ainsi l'image
des jeunes filles qui est de l'invention de Bùchner. Elle accomplit par osmose la vision
Sturm und Drang du poète comme nous le confirme une image quasi similaire, suggérée
par Goethe dans son Werther à son héros éponyme. Souvenons-nous qu'il est peintre
avant de lui laisser la parole.
Es war ailes im Felde, nur ein Knabe von ungefdhr vier Jahren sass an der Erde und
hielt ein andres, etwa halbjàhriges, vor ihm zwischen seinen Fiissen sitzendes Kind mit
beiden Armen wider seine Brust, [...]. Mich vergniigte der Anblick: ich setzte mich auf
einen Pflug, der gegenuber stand, und zeichnete die briiderliche Stellung mit vielem
Ergetzen. Ich fugte den nachsten Zaun, ein Scheunentor und einige gebrochne Wagen-
râder bei, ailes wie es hinter einander stand, und fond nach Verlauf einer Stunde, dass
12. Voir en particulier la lettre du 28 juillet 1835 à sa famille dans Georg Biichner, Œuvres complètes,
inédits et lettres, p. 538-540.
13. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 178.
14. Biichner, Lenz, P- 14.
15. En particulier dans ses Notes sur le théâtre (1776).
ROMANTISME n" 1 18 (2002-4) Images en transit dans le Lenz de Buchner 11
ich eine wohlgeordnete, sehr intéressante Zeichnung verfertigt hatte, ohne das mindeste
von dem Meinen hinzuzutun. L6
Tout le monde était aux champs; seul, un garçonnet d'environ quatre ans était installé
par terre, ayant devant lui, assis entre ses pieds, un autre enfant, peut-être de six mois,
qu'il serrait de ses deux bras contre sa poitrine, [...]. Amusé par ce tableau, je m'assis
sur une charrue qui se trouvait en face et dessinai cette pose fraternelle avec beaucoup
de plaisir. J'ajoutai la haie voisine, une porte de grange et quelques roues de chariot
brisées, le tout tel qu'il se trouvait là, sur des plans successifs, et je vis au bout d'une
demi-heure que j'avais exécuté un dessin bien ordonné, plein d'intérêt, sans y avoir le
moins du monde ajouté du mien. 17
Ajoutons que les conclusions tirées par le peintre de son dessin réussi pourraient être
celles du poète. Werther en effet ne veut plus s'en tenir désormais qu'à la seule nature
car, dit-il, « [e]lle seule est infiniment riche, elle seule forme le grand artiste. On peut dire,
à l'avantage des règles, bien des choses, [...]. En vous y conformant, vous ne produirez
jamais rien qui soit absolument sans goût, [...]; par contre, et quoi que l'on en dise, toute
règle ne peut que détruire le véritable sentiment, la véritable expression de la nature ! » IS.
La comparaison d'une image à l'autre - des jeunes filles de Lenz aux garçonnets
de Werther - atteste leur congruence, à un écart près. Dans le premier cas, les jeunes
filles sont saisies de mémoire par le seul regard. Dans le second cas, les
sont saisis sur le vif par un regard qu'une main relaie. Autrement dit, Werther intro
duit une médiation artistique que Lenz veut éviter au nom d'une beauté de l'image qui
excédera toujours sa représentation, fût-elle prise en charge par les meilleurs artistes
de la vieille école allemande. Que faire alors, sinon rêver d'être une tête de Méduse
pour fixer l'image évanescente.
Arrêtons-nous sur cette tête de Méduse, créatrice d'images sans mimésis et obser
vons d'abord que Lenz s'y projette, révélant ainsi le secret de sa folie latente, dont la
Gorgone est l'expression masquée. 11 est Méduse en route vers son destin de tête
tranchée qui pétrifie le monde au lieu de le recréer. Telle est la trajectoire dessinée par
une tradition antique que Lenz croit pouvoir détourner en mettant Méduse au service
de la beauté vivante. Or, nous dit la tradition, Méduse pétrifie, c'est-à-dire qu'elle
ramène le vivant à l'état de chaos. Arme potentiellement redoutable, on ne peut se
l'approprier que par l'icône de son visage sur l'égide ou le bouclier, soit l'expression
renversée de son être qui exclut la représentation 19.
À peine évoquée par Lenz, la tête de Méduse disparaît, comme disparaît le groupe
des jeunes filles qu'elle n'a pu fixer. Elles se sont levées, nous dit-il, et le beau
était détruit. Une inquiétude pointe, que Lenz dissipe aussitôt en évoquant la suite de
sa promenade de la veille.
[...] ; aber wie sie so hinabstiegen, zwischen den Felsen war es wieder ein anderes Bild.
Die schonsten Bilder, die schwellendsten Tone, gruppieren, losen sich auf. Nur eins bleibt,
eine unendliche Schônheit, die aus einer Form in die andre tritt, ewig aufgeblàttert,
veràndert, man kann sie aber freilich nicht immer festhalten und in Museen stellen [...]20
16. Goethe, Die Leiden des jungen Werther s, p. 11.
17. Ibid., p. 11.
IS.Ibid., p. 11-12.
19. Voir à ce sujet la belle étude que Françoise Frontisi-Ducroux consacre à Méduse dans Du masque
au visage, aspects de l'identité en Grèce ancienne, Flammarion, coll. « Idées et Recherches», chap. 5, « La
Face interdite», p. 65-75.
20. Buchner, Lenz, p. 15.
ROMANTISME n° 1 18 (2002-4) 12 Marie -Victoire Nantet
[...] ; mais en redescendant, comme ça, au milieu des rochers, il s'était refait une autre
image. Les plus belles images, les sons les plus amples et les plus majestueux se
groupent, se dissolvent. Il ne reste qu'une chose: une beauté infinie qui passe d'une
forme dans l'autre, page qui éternellement se tourne, mais qu'on ne peut jamais retenir
et mettre dans des musées [...]21
Admirable vision programmatique que celle de cette beauté en circulation dans une
nature fluide saisie en passant par le regard d'un promeneur. On la doit à Biichner qui
l'exprime par la souplesse de sa langue. Ce faisant, l'écrivain agit à contresens de la
vision du poète Sturm und Drang qui aspire à la dissolution des formes. Or ce poète
devient fou. Y a-t-il un lien? L'hypothèse naît de la disparition du groupe des jeunes
filles quand elles se lèvent. Le poète de la fiction est dans une impasse dont il sort en
poursuivant sa promenade en quête de beauté sous d'autres formes transitoires. De son
côté, le Lenz historique n'écrit plus depuis que sa folie l'a débordé, soit dans ces mois
qui recoupent son passage chez Oberlin. Aussi peut-on suggérer que l'image des jeunes
filles proposée par Biichner articule la vision esthétique de l'un à la folie de l'autre -
sachant qu'ils ne font qu'un — par sa destruction autopropulsée.
Mais donnons à Lenz une chance de s'exprimer complètement. Sa vision esthé
tique est aussi morale. Elle postule la beauté fugitive d'un monde pétri d'humanité.
Les jeunes filles sur leur rocher font image parce qu'elles sollicitent le regard plein
d'amour de Lenz. Il accède à leur être profond, par-delà l'insignifiance de leur visage.
Aussi, quand les jeunes filles se lèvent, non seulement leur beauté s'écoule de la faille
de leur groupe défait, mais le cœur nous bat à la pensée qu'elles s'éloignent.
Ce n'est pas le cas des personnes retenues à la table du pasteur Oberlin par les
propos de Lenz. On écoutait attentivement, nous dit-on, le jeune homme devenu tout
rouge en parlant et qui secouait ses boucles blondes, tantôt souriant, tantôt prenant une
mine sévère et qui « avait perdu toute sensation de lui-même» 22. En conséquence de
quoi, la charmante scène évoquée par le poète à l'appui de son discours anti-idéaliste
se poursuit sur le plan du récit en un touchant tableau de famille où les jeunes filles
échappées à Méduse pourraient bien s'être glissées pour applaudir leur admirateur
enthousiaste. Enthousiasme passager ! À peine le repas fini, il cède à la fureur de Lenz
contre Kaufmann qui l'invite à quitter ce village où il gaspille sa vie pour retourner
chez son père.
Hier weg, weg! nach Haus? Toll werden dort? Du weifit, ich kann es nirgends aus-
halten, als da herum, in der Gegend, wenn ich nicht manchmal auf einen Berg konnte
und die Gegend sehen konnte; und dann wieder herunter ins Haus, durch den Garten
gehn, und zum Fenster hineinsehen. Ich wiirde toll! toll/23
Partir d'ici? partir? Chez lui? Devenir fou là-bas? Tu sais bien que je ne peux tenir
nulle part ailleurs que par ici, dans cette région. Si je ne pouvais monter parfois sur une
montagne, si je ne pouvais pas contempler toute la région, puis redescendre ici, traverser
le jardin et aller regarder à la fenêtre dans la maison, je deviendrais fou, fou ! 24
21. « Lenz», trad. Jean- Pierre Lefebvre, p. 179.
22. Le portrait vient de Goethe dans Dichtung und Wahreit (1811-1833), 3e partie, livre XIV. En l'in
scrivant dans son texte sous la forme d'une citation implicite, Biichner révèle le dialogue secret qu'il engage
avec l'écrivain au sujet de Lenz. Sachant que Goethe s'est brouillé avec lui pour des raisons qui restent
obscures, et que cette brouille précède de peu le moment où le jeune poète sombra dans la folie.
23. Biichner, Lenz, p. 16.
24. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 180.
ROMANTISME n° 1 1 8 (2002-4) en transit dans le Lenz de Buchner 13 Images
Ce passage est capital en ce qu' il exprime le désir de Lenz de rester dans la vallée des
Vosges et lui ouvre, en aval de son argumentation, la perspective d'une expérience de
la nature in vivo qui sera prise en charge par la suite du récit. En poursuivant, d' image
en image, la beauté du monde, le promeneur — en plein accord avec sa vision de poète
Sturm und Drang - devrait donc échapper à sa folie. Tel est du moins son pari au
moment où il rejette la proposition de Kaufmann, un pari concrètement fondé sur un
mieux-être ainsi décrit:
Oberlin war unermiïdlich, Lenz fortwàhrend sein Begleiter, bald in Gespràch, bald tâtig
am Geschàft, bald in die Natur versunken. Es wirkte ailes wohltatig und beruhigend auf
ihn, er mufite Oberlin oft in die Augen sehen, und die mdchtige Ruhe, die uns iiber der
ruhenden Natur, im tiefen Wald, in mondhellen schmelzenden Sommernàchten Uberfàllt,
schien ihm noch nàher, in diesem ruhigen Auge, diesem ehrwiirdigen ernsten Gesicht. 25
Oberlin était infatigable, et Lenz continûment son accompagnateur, tantôt en conversat
ion, tantôt prenant part à l'activité, tantôt perdu au plus profond de la nature. Tout cela
avait sur lui un effet bienfaisant et tranquillisant. Souvent, il ne pouvait s'empêcher de
regarder Oberlin dans les yeux, et le calme majestueux qui nous saisit dans la nature au
repos, au cœur de la forêt, par les nuits d'été qu'inonde la douceur de la lune, lui semb
lait plus proche encore dans cet œil tranquille, dans ce visage sérieux et vénérable. 26
Quelle belle image! Si belle qu'on ne remarque pas tout de suite son artifice. Comm
ent un paysage vu de jour en hiver pourrait-il offrir au regard une image vue de nuit
en été? Loin d'être sécrétée par le spectacle de la nature environnante, l'image est un
topos dont le foyer est l'œil d' Oberlin conçu comme un miroir où plonge le regard de
Lenz. Par cette construction savante Buchner nous révèle le caractère préconçu de sa
perception. Non, le poète ne saisit pas la belle vallée des Vosges telle qu'elle se donne
à voir, mais il la fait naître telle qu'il désire la contempler. Son regard est sélectif
comme l'indiquent ces fenêtres recherchées pour le point de vue qu'elles ouvrent sur
le monde de la Heimlichkeit.
Er ging durch dus Dorj, die Lichter schienen durch die Fenster, er sah hinein im Vor-
beigehen, Kinder am Tische, alte Weiber, Màdchen, ailes ruhige, stille Gesichter, es
ward ihm als miisse das Licht von ihnen ausstrahlen, es ward ihm leicht, [...J.27
Il traversa le village, les lumières brillaient aux fenêtres, il regardait à l'intérieur tout en
passant, enfants attablés, vieilles femmes, jeunes filles, rien que des visages sereins et
tranquilles, la lumière lui semblait ne pouvoir qu'émaner de ces visages, il était soulagé,
[...]• 28
L'image sereine cadrée par la fenêtre se répète telle la variation d'un thème que deux
tableaux hollandais évoqués de mémoire par Lenz en conclusion de son échange avec
Kaufmann fixent sous la forme de deux ekphraseis. Dans le droit fil des positions
esthétiques Sturm und Drang, le poète exprime ici sa préférence pour une peinture tout
à la fois réaliste et qui parle au cœur. Aussi est-ce avec une émotion contagieuse qu'il
décrit ses tableaux préférés. Examinons d'abord le second.
Eine Frau sitzt in ihrer Kammer, das Gebetbuch in der Hand. Es 1st sonntàglich aufge-
putzt, der Sand gestreut, so heimlich rein und warm. Die Frau hat nicht zur Kirche
gekonnt, und sie verrichtet die Andacht zu Haus, das Fenster ist offen, sie sitzt darnach
25. Buchner, Lenz, p. 9.
26. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 174.
27. Buchner, Lenz, p. 6-7.
28. Lenz, trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 172.
ROMANTISME n" 118 (2002-4) 14 Marie-Victoire Nantet
hingewandt, und es ist als schwebten zu dem Fenster iiber die weite ebne Landschaft die
Glockentône von dem Dorfe herein und verhallet der Sang der nahen Gemeinde aus der
Kirche her, und die Frau liest den Text nach. 29
[...] une femme assise dans sa chambre, elle tient son livre de prières. On a fait la
grande toilette du dimanche, répandu le sable par terre, l'atmosphère est intime, propre
et chaude. La femme n'a pu aller à l'église, elle célèbre chez elle cet instant de
recueillement; la fenêtre est ouverte, elle est tournée vers elle, et on dirait que, depuis le
village, par-dessus la plaine lointaine du paysage, le chant des cloches monte vers cette
fenêtre et entre dans la pièce, et que le chant des paroissiens s'évade de l'église et vient
mourir ici, et que la femme suit le texte dans son livre. 30
Le nom, oublié, du peintre fait de ce tableau une œuvre sans auteur que le poète
s'approprie par une histoire touchante. Elle anime par ses détails pieux la scène peinte
qui fait soudain écho à celle que Lenz découvre, un même dimanche, de l'église où il
est monté pour prêcher.
Lenz stand oben, wie die Glocke làutete und die Kirchengànger, die Weiber und Mdd-
chen in ihrer ernsten schwarzen Tracht, das weifie gefaltete Schnupftuch auf dem
Gesangbuche und den Rosmarinzweig von den verschiedenen Seiten die schmalen Pfade
zwischen den Felsen herauf und herab kamen. 31
Lenz était déjà monté quand la cloche sonna et que des divers côtés les fidèles mont
èrent ou descendirent par les sentiers étroits au milieu des rochers, les femmes et les
filles dans leur sévère costume noir, le mouchoir blanc plié sur le livre de psaumes,
tenant la branche de romarin. 32
Dans la continuité l'un de l'autre, dimanche représenté sur toile et dimanche vécu en
réalité communiquent par la fenêtre ouverte dans le tableau sur un paysage qui pourr
ait être celui de Waldesbach. Les cloches échangent leur grelot et le cantique entonné
dans l'église par le prêcheur occasionnel vient mourir dans l'oreille de la dame à sa
croisée. Scènes de plein air et d'intérieur alternent et se répondent par l'échange sans
heurt de leurs images sonores et visuelles, qu'on dirait échappées du recueil de psaumes
parcouru par la paroissienne du tableau. Qu'exposent-elles au regard du poète ému
sinon les facettes de son rêve, un rêve dont le premier tableau vient peut-être de nous
donner la clé? Il montre le Christ apparu aux disciples à Emmaiis.
Wenn man so liest, wie die Jiinger hinausgingen, es liegt gleich die ganze Natur in den
paar Worten. Es ist ein triiber, dàmmernder Abend, ein einfôrmiger roter Streifen am
Horizont, halbfinster auf der Strafie, da kommt ein Unbekannter zu ihnen, sie sprechen,
er bricht das Brot, da erkennen sie ihn, in einfach-menschlicher Art, und die gôttlich-
leidenden Ziige reden ihnen deutlich, und sie erschrecken, denn es ist finster geworden,
und es tritt sie etwas Unbegreifliches an, aber es ist kein gespenstisches Grauen; es ist
wie wenn einem ein geliebter Toter in der Dàmmerung in der alten Art entgegentràte,
f...].33
Quand on lit comme ça que les apôtres sortirent, on a tout de suite toute la nature dans
ces quelques mots, c'est le soir, un soir qui tombe fait de tristesse; il y a une traînée
rouge uniforme à l'horizon, la rue est plongée dans une espèce de pénombre; un inconnu
alors s'approche d'eux pour leur parler, il rompt le pain; et eux, alors, le reconnaissent,
29. Bùchner, Lenz, p. 16.
30. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 180.
3 1 . Bùchner, Lenz, p. 1 1 .
32. « Lenz», trad. Jean-Pierre Lefebvre, p. 176.
33. Bùchner, Lenz, p. 15-16.
ROMANTISME n° 1 18 (2002-4)