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Incertitude temporelle et reconnaissance tachitoscopique - article ; n°1 ; vol.65, pg 17-26

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12 pages
L'année psychologique - Année 1965 - Volume 65 - Numéro 1 - Pages 17-26
This paper shows that tachisloscopic recognition, unlike reaction time (R.T.) is unaffected by time uncertainty as to the moment of occurrence of the stimulus.
In Exps. 1 and 2, pairs of letters from a possible sub-set of 12, were presented at a duration equal to the previously determined threshold of the subject. Performance (% correct) was no better with constant foreperiods (F.P.) of 600 ms than with F.P. varying over the range 200-1 200 ms (Exp. 1) or than with either a constant F.P. of 4 600 ms or F.P. varying over the range 600-4 600 ms (Exp. 2).
In Exp. 3, tachistoscopic recognition and choice R.T. were studied in parallel, with the same conditions as in Exp. 2. Both tasks involved the choice between four possible letters of the alphabet. Four subfects participated in 11 sessions each. As in previous experiments, R.T. was significantly shorter with the short constant F.P. than with either the long constant or the variable F.P. Recognition was equal under the three conditions.
In terms of Broadbent's information flow model, these results mean that storage of the stimulation in the S system is not influenced by time uncertainty, which only affects later stages of the information-processing mechanisms. This conclusion is shown to be compatible with the results of Treisman and Howarth and of Egan and al., who demonstrated that signal detection is affected by time-uncertainty.
Cet article montre que la reconnaissance tachistoscopique, à l'inverse du temps de réaction (T.R.), n'est pas affectée par l'incertitude temporelle relative au moment d'apparition du stimulus.
Dans les expériences 1 et 2, on a présenté des paires de lettres constituées à partir d'un sous-échantillon de 12 lettres, pendant une durée proche du seuil de reconnaissance déterminé préalablement. La reconnaissance n'est pas meilleure avec une période préparatoire (P.P.) constante de 600 ms qu'avec une P.P. variant de 200 à 1 200 ms (exp. 1) ni qu'avec soit une P.P. constante de 4 600 ms ou une P.P. variant de 600 à 4 600 ms (exp. 2).
L'expérience 3 a été consacrée à mesurer parallèlement, avec les mêmes conditions d'avertissement que dans l'expérience 2, la reconnaissance tachistoscopique et le T.R. de choix. Le matériel a été réduit à quatre lettres de l'alphabet. Le T.R. est significativement plus court avec la P.P. brève et constante qu'avec soit la P.P. longue ou la P.P. variable. La reconnaissance n'est pas affectée.
En termes du modèle de Broadbent, ces résultats impliquent que le stockage de la stimulation dans le système S ne subit pas l'influence de l'incertitude temporelle, qui affecte seulement des stades ultérieurs. On montre que cette conclusion est compatible avec le fait, démontré par Treisman et Howarth et par Egan et al., que la détection, elle, est affectée par l'incertitude temporelle. Dans les expériences 1 et 2, on a présenté des paires de lettres constituées à partir d'un sous-échantillon de 12 lettres, pendant une durée proche du seuil de reconnaissance déterminé préalablement. La reconnaissance n'est pas meilleure avec une période préparatoire (P.P.) constante de 600 ms qu'avec une P.P. variant de 200 à 1 200 ms (exp. 1) ni qu'avec soit une P.P. constante de 4 600 ms ou une P.P. variant de 600 à 4 600 ms (exp. 2).
L'expérience 3 a été consacrée à mesurer parallèlement, avec les mêmes conditions d'avertissement que dans l'expérience 2, la reconnaissance tachistoscopique et le T.R. de choix. Le matériel a été réduit à quatre lettres de l'alphabet. Le T.R. est significativement plus court avec la P.P. brève et constante qu'avec soit la P.P. longue ou la P.P. variable. La reconnaissance n'est pas affectée.
En termes du modèle de Broadbent, ces résultats impliquent que le stockage de la stimulation dans le système S ne subit pas l'influence de l'incertitude temporelle, qui affecte seulement des stades ultérieurs. On montre que cette conclusion est compatible avec le fait, démontré par Treisman et Howarth et par Egan et al., que la détection, elle, est affectée par l'incertitude temporelle.
10 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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P. Bertelson
M. Borsu
Incertitude temporelle et reconnaissance tachitoscopique
In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°1. pp. 17-26.
Citer ce document / Cite this document :
Bertelson P., Borsu M. Incertitude temporelle et reconnaissance tachitoscopique. In: L'année psychologique. 1965 vol. 65, n°1.
pp. 17-26.
doi : 10.3406/psy.1965.27352
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1965_num_65_1_27352Résumé
Cet article montre que la reconnaissance tachistoscopique, à l'inverse du temps de réaction (T.R.), n'est
pas affectée par l'incertitude temporelle relative au moment d'apparition du stimulus.
Dans les expériences 1 et 2, on a présenté des paires de lettres constituées à partir d'un sous-
échantillon de 12 lettres, pendant une durée proche du seuil de reconnaissance déterminé
préalablement. La reconnaissance n'est pas meilleure avec une période préparatoire (P.P.) constante
de 600 ms qu'avec une P.P. variant de 200 à 1 200 ms (exp. 1) ni qu'avec soit une P.P. constante de 4
600 ms ou une P.P. variant de 600 à 4 600 ms (exp. 2).
L'expérience 3 a été consacrée à mesurer parallèlement, avec les mêmes conditions d'avertissement
que dans l'expérience 2, la reconnaissance tachistoscopique et le T.R. de choix. Le matériel a été réduit
à quatre lettres de l'alphabet. Le T.R. est significativement plus court avec la P.P. brève et constante
qu'avec soit la P.P. longue ou la P.P. variable. La reconnaissance n'est pas affectée.
En termes du modèle de Broadbent, ces résultats impliquent que le stockage de la stimulation dans le
système S ne subit pas l'influence de l'incertitude temporelle, qui affecte seulement des stades
ultérieurs. On montre que cette conclusion est compatible avec le fait, démontré par Treisman et
Howarth et par Egan et al., que la détection, elle, est affectée par l'incertitude temporelle. Dans les
expériences 1 et 2, on a présenté des paires de lettres constituées à partir d'un sous-échantillon de 12
lettres, pendant une durée proche du seuil de reconnaissance déterminé préalablement. La
reconnaissance n'est pas meilleure avec une période préparatoire (P.P.) constante de 600 ms qu'avec
une P.P. variant de 200 à 1 200 ms (exp. 1) ni qu'avec soit une P.P. constante de 4 600 ms ou une P.P.
variant de 600 à 4 600 ms (exp. 2).
L'expérience 3 a été consacrée à mesurer parallèlement, avec les mêmes conditions d'avertissement
que dans l'expérience 2, la reconnaissance tachistoscopique et le T.R. de choix. Le matériel a été réduit
à quatre lettres de l'alphabet. Le T.R. est significativement plus court avec la P.P. brève et constante
qu'avec soit la P.P. longue ou la P.P. variable. La reconnaissance n'est pas affectée.
En termes du modèle de Broadbent, ces résultats impliquent que le stockage de la stimulation dans le
système S ne subit pas l'influence de l'incertitude temporelle, qui affecte seulement des stades
ultérieurs. On montre que cette conclusion est compatible avec le fait, démontré par Treisman et
Howarth et par Egan et al., que la détection, elle, est affectée par l'incertitude temporelle.
Abstract
This paper shows that tachisloscopic recognition, unlike reaction time (R.T.) is unaffected by time
uncertainty as to the moment of occurrence of the stimulus.
In Exps. 1 and 2, pairs of letters from a possible sub-set of 12, were presented at a duration equal to the
previously determined threshold of the subject. Performance (% correct) was no better with constant
foreperiods (F.P.) of 600 ms than with F.P. varying over the range 200-1 200 ms (Exp. 1) or than with
either a constant F.P. of 4 600 ms or F.P. over the range 600-4 600 ms (Exp. 2).
In Exp. 3, tachistoscopic recognition and choice R.T. were studied in parallel, with the same conditions
as in Exp. 2. Both tasks involved the choice between four possible letters of the alphabet. Four subfects
participated in 11 sessions each. As in previous experiments, R.T. was significantly shorter with the
short constant F.P. than with either the long constant or the variable F.P. Recognition was equal under
the three conditions.
In terms of Broadbent's information flow model, these results mean that storage of the stimulation in the
S system is not influenced by time uncertainty, which only affects later stages of the information-
processing mechanisms. This conclusion is shown to be compatible with the results of Treisman and
Howarth and of Egan and al., who demonstrated that signal detection is affected by time-uncertainty.MÉMOIRES ORIGINAUX
Université libre de Bruxelles
INCERTITUDE TEMPORELLE
ET RECONNAISSANCE TACHISTOSCOPIQUE1
par Paul Bertelson et Micheline Borsu
II est maintenant bien établi que l'incertitude relative au
moment d'apparition du stimulus a une influence sur le temps
de réaction (T.R.), aussi bien dans le cas de réaction de choix
(Boons et Bertelson, 1961 ; Bertelson et Barzeele, 1965) que dans
celui de la réaction dite simple (Woodrow, 1914 ; Klemmer, 1956 ;
Karlin, 1959 ; Botwinick et Brinley, 1962). Cet effet révèle que
la rapidité des mécanismes de traitement de l'information n'est
pas constante. Il est possible de réaliser à leur niveau des états
de préparation de durée très courte, et qui ne peuvent donc être
synchronisés avec l'apparition du stimulus que dans des condi
tions de faible incertitude temporelle.
Le présent travail fait partie d'une série d'expériences dont
le but est de déterminer si la préparation affecte le traitement
de l'information indistinctement à tous ses stades, ou porte
électivement sur certains. De façon plus particulière, on s'est
demandé ici si l'entrée même de l'information dans le système
perceptif est affectée. Les travaux sur la période réfractaire
psychologique d'une part, ceux sur l'écoute multiple de l'autre,
ont bien montré que les stimulations qui en raison de l'occupa
tion des mécanismes centraux ne peuvent pas être traitées
immédiatement, ne sont pas nécessairement perdues et peuvent
donner lieu à une réponse différée, dans certaines limites de
délai d'attente. Cette constatation a amené à distinguer deux
stades dans l'organisation du système perceptif : un stade de
réception et de stockage, et un stade de transformation. La
1. Ce travail a bénéficié de l'aide du Fonds National de la Recherche
Scientifique, sous la forme d'un « crédit aux chercheurs ».
a. psychol. 65 2 18 MÉMOIRES ORIGINAUX
différence essentielle est, qu'au premier stade, des informations
de sources diverses peuvent être accueillies simultanément, ou
à des intervalles très brefs, dans les limites du pouvoir de réso
lution des organes récepteurs, tandis qu'au second, le traitement
successif est la règle. Ce stade constitue une « voie centrale
unique ». La distinction a été exprimée de la façon la plus explicite
par Broadbent (1958) avec ses boîtes S (pour « storage ») et
P (pour « perception »). Dans le cas de la réception visuelle,
les caractéristiques temporelles du système S sont relativement
bien connues grâce aux travaux remarquables de Sperling (1960)
et d'Averbach et Cornell (1961).
On désirait donc savoir si la préparation affecte l'entrée de
l'information dans le système S, ou n'agit qu'à des stades ulté
rieurs. Les données sur le T.R. ne sont ici d'aucun secours, car
dans le cas d'une réaction immédiate à un stimulus bien distinct,
tout délai peut avoir été causé à n'importe quel stade. Par contre,
dans une situation de reconnaissance tachistoscopique, la per
formance est essentiellement fonction de l'entrée et de la conser
vation de l'information dans le système S. Évidemment, la
quantité d'information qui passe dans le système P est fonction
du temps passé dans le système S, comme l'ont montré Sperling,
Averbach et Corriell en manipulant l'intervalle entre présen
tation et consigne, dans leurs situations de rappel partiel. L'in
certitude temporelle pourrait donc affecter la précision de la
reconnaissance simplement en retardant le passage dans le
système P. Mais ce retard, qui serait au maximum de l'ordre
de l'allongement observé généralement au niveau du T.R.,
c'est-à-dire ± 50 ms, ne pourrait avoir qu'un effet négligeable :
les résultats de Sperling (1960, fig. 9) montrent qu'un délai
de 500 ms ne produit qu'une détérioration infime quand le
matériel présenté est inférieur à la capacité d'appréhension
(en l'occurrence quand il ne comporte que 6 chiffres).
Il semble donc bien qu'un effet de l'incertitude temporelle
sur la reconnaissance tachistoscopique de matériel à faible charge
perceptive révélerait des phénomènes de préparation au niveau
du système S. Les expériences qui vont suivre ont été entreprises
pour vérifier si un tel effet peut être mis en évidence.
Appareil
Nous nous sommes servis d'un tachistoscope à miroir semi-trans
parent, de type Dodge, construit par Bettendorff. Cet appareil permet
de substituer, pendant un temps réglable, une plage d'exposition à une BERTELSON ET M. EORSU. — INCERTITUDE TEMPORELLE 19 P.
plage de pré- et post-exposition, sans modification d'éclairement général.
Les deux plages peuvent être garnies de cartes d'environ 18 x 12 cm.
L'appareil se présente comme une grande caisse métallique, munie d'une
ouverture rectangulaire sur une des parois verticales. Placés devant
cette ouverture, les yeux se trouvent à environ 55 cm de la plage
d'exposition.
Le tachistoscope a été intégré dans un montage permettant de
produire un signal d'avertissement et de contrôler la période prépar
atoire (P.P.) séparant le signal d'avertissement de la présentation du
stimulus au tachistoscope. La P.P. était contrôlée par un générateur
d'intervalles à décatrons, précis au 1/100 s.
Le départ de chaque essai était donné par le sujet, en actionnant
un micro-interrupteur par un mouvement latéral du pouce de la main
droite. Une seconde après, un relais produisait un déclic, qui constituait
le signal d'avertissement, et mettait en route le générateur d'intervalles.
Au bout de l'intervalle choisi par l'expérimentateur, le générateur
fermait un autre relais qui déclenchait le tachistoscope. Le fonctio
nnement du tachistoscope s'accompagnait donc toujours d'un déclic
de relais.
Expérience 1
Pour cette expérience, comme pour la suivante, le matériel
était constitué par des couples de lettres de l'alphabet. Sur la
base d'essais préliminaires, on a éliminé les lettres qui présen
taient des seuils de reconnaissance extrêmes ou qui étaient
très fréquemment confondues avec d'autres. On a conservé
douze lettres : A, B, C, D, K, L, M, S, U, V, W, Z. Chacune des
144 combinaisons deux à deux de ces douze lettres a été dactylo
graphiée en majuscules noires sur une carte de bristol blanc. La
plage de pré-exposition était garnie du même et comport
ait un carré de 2 cm de côté centré sur le lieu d'apparition du
stimulus.
Six sujets ont participé à deux séances chacun. La première était
consacrée à la détermination du seuil, par une méthode dérivée de la
méthode descendante des limites, sous P.P. constante de 600 ms. La
recherche était arrêtée quand le sujet avait fourni pour une certaine
durée de présentation, de 11 à 14 identifications correctes pour 25 pré
sentations. Cette séance permettait en même temps d'entraîner les sujets.
A la seconde séance, après une mise en train comportant 15 présent
ations, chaque sujet a été soumis à deux séries de 25 présentations
sous chacune de deux conditions d'avertissement :
— condition C : P.P. constantes de 600 ms ;
—V : P.P. prenant de façon aléatoire l'une de cinq valeurs
échelonnées, par intervalles de 200 ms, entre 200 et 1 200 ms. M E M 0 1 H F, S 0 TU G I N AUX 20
II a donc fourni 100 réponses. Pour trois sujets l'ordre était CVCV,
pour trois autres VCVG. Les sujets fournissaient leurs réponses par écrit.
Les pourcentages de réponses correctes par sujet et par
condition apparaissent au tableau I. Aucune différence entre
les deux conditions ne se dessine.
TABLEAU I
Expérience 1 (2e séance)
Pourcentage de réponses correctes par sujet et par condition
Chaque valeur est basée sur 50 réponses
Période préparatoire
Sujet
Constante 600 ms Variable 200-1 200 ms
1 74 70
<> 66 72
s 48 46
4 68 76
50 64
fi 60 48
MOYENNE .... 61 63
Le fait que la plupart des pourcentages sont supérieurs
à 50 %, bien que la durée de présentation ait été fixée pour
chaque sujet à une valeur pour laquelle il donnait environ 50 % de
réponses correctes à la fin de la première séance, suggère que se
manifeste ici un effet d'apprentissage.
Expérience 2
En présence des résultats négatifs de l'expérience 1, on a
voulu vérifier si un effet d'incertitude temporelle ne se manifest
erait pas : a) avec des conditions d'avertissement plus extrêmes;
et b) en entraînant les sujets plus longtemps.
Deux sujets ont participé à cinq séances chacun. La première était
consacrée à l'entraînement et à la recherche du seuil. A chacune des
suivantes, le sujet a travaillé sous trois conditions :
— condition C : P.P. constantes de 600 ms (25 présentations) ;
—V : P.P. variant de 600 à 4 600 ms par intervalles de
1 000 ms (50 présentations) ;
— condition L : P.P. constantes de 4 600 ms (25 présentations). P. BERTELSON ET M. BORSU. INCERTITUDE TEMPORELLE 21
Chaque séance commençait par une vérification du seuil et un
éventuel réajustement de la durée de présentation, afin de compenser
les effets d'apprentissage révélés par l'expérience 1.
Le pourcentage de réponses correctes par sujet et par séance
apparaît au tableau IL On observe ce résultat paradoxal que
la performance est la moins bonne sous la condition C.
TABLEAU II
Expérience 2. — Pourcentages de réponses correctes
Sujet 7 Sujet 8
Séances
Conditions Conditions
C V L c V L
2 48 52 52 56 62 64
3 36 46 48 56 60 80
4 48 58 56 36 50 64
5 40 40 52 52 56 60
Moyenne 43 49 52 57 67 50
Expérience 3
Les résultats précédents semblent indiquer que l'incertitude
temporelle n'a pas sur la reconnaissance tachistoscopique le
même effet que sur le T.R. Il reste toutefois à démontrer que
dans les conditions particulières de ces expériences le T.R. aurait
été affecté. L'influence de l'incertitude temporelle sur le T.R. de
choix n'a en fait été démontrée jusqu'ici que dans le cas du entre deux (Boons et Bertelson, 1961) ou entre quatre
alternatives (Broadbent et Gregory, 1965) et il n'est pas certain
qu'elle se retrouve dans le cas du choix entre plus de
100 alternatives.
On a donc été amené à étudier en parallèle sur les mêmes
sujets, avec le même matériel et les mêmes conditions d'avertis
sement, la reconnaissance tachistoscopique et le T.R.
Pour être raisonnablement certain d'obtenir un cfïet sur le T.R.,
on a réduit le nombre d'alternatives à quatre. Le matériel comporte les
lettres A, B, G et Z, dactylographiées en majuscules sur du carton gris.
Gomme dans les expériences précédentes, la plage de pré-exposition
présente un carré de 2 cm de côté autour de l'endroit où apparaît la lettre.
Les mesures tachistoscopiques ont été faites dans les mêmes condi
tions que dans les expériences antérieures. Lors des mesures de T.R., 22 MEMOIRES ORIGINAUX
le déroulement de chaque essai était identique, à ceci près que l'expo
sition du stimulus était prolongée jusqu'à la réponse. Celle-ci consistait
à presser l'une de quatre clés, constituées par des relais, fixés horizonta
lement, en-dessous d'un socle sur lequel était posé le tachistoscope, de
façon telle que leurs bras viennent se placer dans un plan vertical à ras
du bord opposé au sujet. Celui-ci étendait les bras au-dessus du socle,
de part et d'autre du tachistoscope. Il agrippait le bord éloigné, en
plaçant l'index et l'annulaire de chaque main sur un bras de relais. Les
clés fournissaient dans l'ordre, de gauche à droite, la réponse correcte
pour les lettres A, B, C et Z. Le T.R. était mesuré au 1/1 000 de seconde
à l'aide d'un chronomètre à décatrons. Chaque clé allumait une lampe
sur un panneau dirigé vers l'expérimentateur, ce qui permettait à
celui-ci de vérifier la correction des réponses.
Quatre sujets ont participé à onze séances chacun. La première était
consacrée à la recherche du seuil, selon la technique utilisée auparavant,
et à une familiarisation avec la situation de mesure du T.R. Chacune
des dix suivantes était consacrée soit à la reconnaissance tachistos-
copique, soit au T.R., dans un ordre alterné. Chaque séance comportait
100 présentations de stimuli, sous les mêmes conditions d'avertissement
qu'à l'expérience 2 : condition C (P.P. constantes de 600 ms) 25 présen
tations ; conditions V (P.P. variables 600-4 600 ms) 50 présentations ;
condition L (P.P. constantes de 4 600 ms) 25 présentations. Les séances
de reconnaissance tachistoscopique commençaient par une vérification
du seuil et un éventuel réajustement de la durée de présentation.
TABLEAU III
Expérience 3. — Séances 4 à 11
Sujet
N. P.P.
9 10 11 12 Moyenne
Reconnaissance tachisloscopique : 100 C 50 52 48 49 49,7
Réponses correctes 200 V 50 47 53 50 50,0
100 L 48 51 52 54 (en %) 51,2
Réactions de choix : 100 C 418 478 502 455 464
200 V 466 525 552 471 504 Temps de réaction
100 L 476 515 563 483 510 (en ms)
8,0 100 C 2,0 7,0 7,0 5,7
6,5 Pourcentage d'erreurs 200 V 0,5 5,0 5,5 8,7
100 L 9,0 0,0 6,0 5,0 5,0
L'analyse a porté sur les données des huit dernières séances.
Le tableau III donne les performances moyennes par sujet pour
les quatre séances consacrées à chacune des deux tâches. En BERTELSON ET M. UOKSU. — - INCERTITUDE TEMPORELLE 23 P.
reconnaissance tachistoscopique, aucun effet des conditions
d'avertissement ne se révèle. Dans la situation de réaction,
le T.R. est pour chaque sujet plus rapide dans la condition C.
Une analyse de variance portant sur les T.R. moyens par sujet,
séance et condition, fait apparaître un effet des conditions
significatif à P = .005. L'application du test de Duncan (Federer,
1955, p. 26) montre que la condition C diffère significativement
de chacune des deux autres (P = .01) mais que celles-ci ne
diffèrent pas significativement l'une de l'autre.
Discussion
L'incertitude temporelle ne semble pas exercer d'effet sur la
reconnaissance tachistoscopique dans des conditions où elle
a un effet très marqué sur le T.R. Il semble donc que nous puis
sions admettre que l'entrée dans le système S n'est pas affectée
par l'incertitude temporelle, du moins en ce qui concerne la
modalité visuelle.
On peut se demander si cette conclusion n'est pas infirmée
par les données montrant que la détection de signaux de faible
intensité semble, elle, affectée par l'incertitude temporelle.
Howarth et Treisman (1958) ont montré que le seuil de percep
tion du phosphène électrique ainsi que le seuil de perception
de sons brefs peuvent être abaissés par l'introduction d'un
signal avertisseur (auditif dans le premier cas, visuel dans le
second). L'abaissement est d'autant plus marqué que l'intervalle
préparatoire (constant) est plus bref et les auteurs ont pu, dans
une autre étude (Treisman et Howarth, 1959), montrer que l'effet
est maximal quand l'avertissement est donné en même temps
que le stimulus, et s'observe encore quand il le suit d'une seconde.
L'effet sur le seuil s'obtient sans augmentation de la proportion
de fausses détections.
Treisman (1964) a récemment développé une interprétation
de ces résultats dans le langage de la théorie de la détection, qui
avait été ébauchée seulement dans les articles précédents. Les
conditions d'avertissement affectent la durée d'un « intervalle
d'attente » (range of expectation) pendant la durée duquel l'appa
rition du signal est considérée comme possible. Pendant cet inter
valle, il est procédé un certain nombre de fois à la comparaison
du donné sensoriel avec le critère de décision adopté. Une réponse
positive est donnée si une de ces comparaisons au moins a donné
un résultat positif. Dès lors, si le critère de décision instantané 24 MÉMOIRES ORIGINAUX
est constant, la proportion de fausses détections croît avec le
nombre de comparaisons, donc avec la durée de l'intervalle
d'attente. Inversement, si on veut maintenir constante la pro
portion de fausses détections (objectif qui a été atteint par les
sujets) on doit utiliser un critère instantané d'autant plus sévère
(manifester un seuil d'autant plus élevé) que l'intervalle d'attente
est plus long.
Indépendamment des auteurs précédents, dontap parem-
ment ils ne connaissaient pas les travaux, Egan et al. (1961) ont
étudié l'effet sur la détection d'un son bref de manipulations
de l'intervalle (signalé visuellement) au cours duquel ce son
pouvait apparaître. La performance des observateurs, mesurée
par un indice de discriminabilité (dg) emprunté à la théorie de
la détection, est d'autant meilleure que l'intervalle d'incert
itude est plus court. L'interprétation des auteurs rejoint celle
de Treisman : « ... quand l'intervalle d'incertitude augmente, un
plus grand nombre d'échantillons de bruit sont susceptibles de
ressembler à, et donc d'être confondus avec un véritable signal.
En d'autres mots, la performance déclinerait quand le moment
d'apparition du signal devient plus incertain, non pas parce que
la tâche affecte l'efficience de l'auditeur, mais parce que la détec-
tabilité même du signal a diminué » (p. 776, notre traduction).
Dans le cadre de cette explication, il n'est pas étonnant que
l'incertitude temporelle affecte la détection et pas la reconnais
sance. Dans la détection, le sujet doit discriminer un signal du
bruit présent avant et après la présentation. L'avertissement
réduit l'influence de ce bruit et donc augmente effectivement
le rapport signal/bruit. Dans une situation de reconnaissance
« pure » comme celle que nous avons étudiée, aucun problème
de détection ne se pose : même quand la présentation est trop
courte pour identifier le signal, le sujet sait qu'une présentation
a eu lieu. Dans ce cas, le bruit préalable ou postérieur à la
présentation n'a pas d'influence sur la difficulté de la décision.
Seul le bruit, d'origine interne ou externe, présent pendant la
présentation, peut affecter la performance, et l'avertissement ne
permet pas de réduire ce bruit-là.
RÉSUMÉ
Cet article montre que la reconnaissance tachistoscopique, à l'inverse
du temps de réaction (T.R.), n'est pas affectée par l'incertitude tem
porelle relative au moment d'apparition du stimulus.