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L'agriculture limousine aujourd'hui - article ; n°1 ; vol.126, pg 273-283

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Norois - Année 1985 - Volume 126 - Numéro 1 - Pages 273-283
Pays de l'herbe, de l'arbre et de l'eau, le Limousin consacre la majeure partie de son territoire agricole à la production de viande. Pour améliorer les résultats de son agriculture, le Limousin recherche l'intensification et la diversification des productions (céréales, tabac, fruits) et encourage la pluri-activité des agriculteurs (tourisme, exploitation de la forêt).
Grass, trees and water are prevailing features of Limousin, where land-use is mainly devoted to meat-production. To improve their agricultural output, local people try to intensify and diversify their productions (cereal, tobacco and fruitgrowing) and urge farmers to develop many-sided activities, such as tourist and forestry development.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1985
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Langue Français
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Exrait

Guy Bouet
Olivier Balabanian
L'agriculture limousine aujourd'hui
In: Norois. N°126, 1985. pp. 273-283.
Résumé
Pays de l'herbe, de l'arbre et de l'eau, le Limousin consacre la majeure partie de son territoire agricole à la production de viande.
Pour améliorer les résultats de son agriculture, le Limousin recherche l'intensification et la diversification des productions
(céréales, tabac, fruits) et encourage la pluri-activité des agriculteurs (tourisme, exploitation de la forêt).
Abstract
Grass, trees and water are prevailing features of Limousin, where land-use is mainly devoted to meat-production. To improve
their agricultural output, local people try to intensify and diversify their productions (cereal, tobacco and fruitgrowing) and urge
farmers to develop many-sided activities, such as tourist and forestry development.
Citer ce document / Cite this document :
Bouet Guy, Balabanian Olivier. L'agriculture limousine aujourd'hui . In: Norois. N°126, 1985. pp. 273-283.
doi : 10.3406/noroi.1985.4241
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/noroi_0029-182X_1985_num_126_1_4241Poitiers, 1985, t. 32, n° 127, p. 273-283. Norois,
CHRONIQUE DU LIMOUSIN
L'AGRICULTURE LIMOUSINE AUJOURD'HUI
par Guy BOUET et Olivier BALABANIAN
Université de Limoges
Université de Limoges. Département de Géographie
39, rue Camille Guérin, 87036 Limoges Cedex
RESUME
Pays de l'herbe, de l'arbre et de l'eau, le Limousin consacre la majeure partie
de son territoire agricole à la production de viande. Pour améliorer les résultats
de son agriculture, le Limousin recherche l'intensification et la diversification
des productions (céréales, tabac, fruits) et encourage la pluri-activité des agri
culteurs (tourisme, exploitation de la forêt).
SUMMARY
Grass, trees and water are prevailing features of Limousin, where land-use is
mainly devoted to meat-production. To improve their agricultural output, local
people try to intensify and diversify their productions (cereal, tobacco and frui
tgrowing) and urge farmers to develop many-sided activities, such as tourist and
forestry development.
Le Limousin n'a pas été épargné par les mutations subies par les campagnes
françaises depuis la seconde guerre mondiale ; il s'est largement spécialisé dans
l'élevage bovin et ovin. Cette évolution de l'agriculture limousine a été en partis
imposée par une relative ingratitude du milieu (contraintes diverses dues au
climat, au relief ou aux sols) et par des raisons économiques et humaines. Les
productions traditionnelles, dans le cadre d'une polyculture céréalière associant
agriculture et élevage, ont considérablement régressé : les cultures, notamment
celles des céréales ou des pommes de terre, ont progressivement reculé pour céder
la place à l'herbe.
Cette évolution de l'occupation du sol dans les exploitations agricoles a été
accompagnée d'une forte extension des bois et des forêts. Sur les hautes terres
du Limousin oriental, les molles ondulations de la Montagne limousine, autrefois
occupées par les landes des terrains de parcours, sont aujourd'hui très souvent
plantées de conifères ou envahies par des feuillus, véritable forêt-friche qui s'est
installée spontanément. Sur les plateaux occidentaux du Haut-Limousin, l'an
cienne châtaigneraie nourricière n'est plus qu'une forêt feuillue peu utilisée ; mais,
ça et là, les conifères remplacent les chênes et les châtaigniers.
Les fonds de vallons évoluent également, les prairies y sont parfois abandonn
ées, parfois remplacées par des étangs ou par de vastes plans d'eau.
Au total, les campagnes limousines, de moins en moins peuplées, constituent
aujourd'hui un terrain où s'affrontent des intérêts souvent antagonistes. C'est
dans ce cadre que vit une agriculture peu productive dont la production finale à
l'hectare atteint à peine la moitié de la production finale moyenne de la France.
Mots-clés : Limousin. Agriculture. Elevage. Forêt. 274 CHRONIQUE DU LIMOUSIN
I. — DES PAYSANS DE MOINS EN MOINS NOMBREUX.
Au cœur de la « France du vide ». le Limousin rural souffre d'une évolution
démographique catastrophique, ce qui n'est pas sans conséquence pour l'agr
iculture.
Depuis 1891, date à laquelle la population a atteint en Limousin son chiffre
le plus élevé, le déclin démographique du milieu rural est impressionnant non
seulement sur les « hautes terres » ( — 76 % dans le canton de Gentioux de 1891
à 1975), mais aussi sur les plateaux bas-marchois ( — 57 % dans le canton du
Dorât), dans les cantons creusois ( — 56 % dans le canton de Châtelus-Malvaleix)
ou en Xaintrie ( — 52 % dans le canton de Mercœur). Seuls quelques secteurs
ont mieux résisté : la vallée de la Vienne de Saint-Léonard-de-Noblat à Saint-
Junien, la vallée de la Corrèze entre Tulle et Larche et un axe Bessines - Châlus
et Saint-Yrieix-la-Perche. La situation ne semble pas s'améliorer, les décès sont
plus nombreux que les naissances et les départs des jeunes sont encore fréquents.
Au cours de la dernière période intercensitaire, 1975-1982, presque toutes les
communes rurales ont enregistré une diminution du nombre de leurs habitants.
Très vite, au-delà des couronnes urbaines de Limoges, Brive, Tulle ou Guéret,
les communes rurales subissent encore une désastreuse saignée démographique et,
dans un certain nombre d'entre elles, le taux moyen de diminution a été plus
élevé de 1975 à 1982 que pendant la période 1962-1982 dépassant parfois 5 %
par an !
A l'intérieur de cette population rurale de moins en moins dense, la population
agricole décline rapidement. En 1970, lors du Recensement Général de l'Agricul
ture, on a compté 176.527 personnes, dix ans plus tard on en a dénombré 126.660 ;
la population agricole ne représente plus que 17,18 % de la population totale
du Limousin, elle en représentait 24,7 % en 1970. Cette évolution est comparable
à celle des exploitations : le Limousin avait en 1955, lors du R.G.A., 76.242
exploitations, 45.741 en 1970 et seulement 36.580 en 1980. La variation du nombre
d'exploitations entre les recensements de 1970 et 1980 a été de — 20,3 % pour
l'ensemble du Limousin ; mais, localement, elle a été bien plus forte : — 26,4 %
dans le canton de Royère-de-Vassivière, — 25,5 % dans celui de Treignac par
exemple. A l'opposé, l'exode agricole est freiné dans le Bassin de Brive où la
variation entre 1970 et 1980 a été de — 11,8 °/d le canton de Larche et de
— 14,3 % dans celui de Beaulieu-sur-Dordogne. Plus faible également que la
variation régionale a été celle de la Basse-Marche, au nord de la Haute-Vienne,
et de la Combraille creusoise ; là, les exploitations sont en général plus vastes.
Malgré son déclin, la population agricole joue encore un grand rôle en Limous
in : si les « Agriculteurs exploitants » ne représentent que 6,40 % des membres
de toutes les catégories socio-professionnelles de la région, loin derrière les
« Retraités » (20,8 %), les « Ouvriers » (13,5 %') et les « Employés » (9,8 %),
en revanche, à l'intérieur du seul Limousin rural, ils occupent le deuxième rang
(11,9 %) derrière les « Retraités » (25,4 %), mais devant les « Ouvriers »
(11,8 %') et les « Employés » (6,6 %). Leur importance relative est souvent
plus grande : 14,09 % dans le canton de Bugeat, 15,55 % dans le canton de
Meyssac ou 16,67 % dans celui de Dun-le-Palestel. Aussi, dans la majorité des
cantons limousins, les agriculteurs constituent-ils la principale catégorie socio
professionnelle à l'intérieur de la population active.
La population agricole est cependant inégalement répartie. Le Bassin de Brive
est le secteur le plus densément peuplé : la densité y est toujours supérieure à
25 pour cent hectares de « Superficie Agricole Utilisée » (S.A.U.), elle dépasse
parfois 30. Par contre, la Montagne limousine, la Basse-Marche et la partie orien
tale du département de la Creuse ont de faibles densités agricoles : le plus sou
vent, elles sont inférieures à 10 (6,6 dans le canton du Dorât, 6,9 dans celui de
Gentioux). Ce sont des secteurs où les exploitations atteignent souvent d'assez CHRONIQUE DU LIMOUSIN 275
LES CATEGORIES SOCIO- PROFESSIONNELLES
DANS LES CANTONS LIMOUSINS
(Villes non prises en compte Limoges. Bnve. Tu Ile )
A Agriculteurs exploitants
Ch Artisans.Commerçants.Chefs d entreprises
C Cadres. Professions intellectuelles supérieures
P Professions intermédiaires
Limousin [R. O E\ A P E Employes
0 Ouvriers ( y compris agricoles )
Limousin rural |R A.Oj E Ch. P C. R Retraites
Source ; R*c*n»*m*nt tf« la population IN* 276 CHRONIQUE DU LIMOUSIN
grandes dimensions (dans le canton du Dorât, 73 % de la S.A.U. sont contrôlés
par des exploitations de plus de 50 ha), où la charge en bétail est faible (moins
de 50 U.G.B. pour 100 ha de S.A.U. dans les cantons montagnards de Sornac,
Bugeat, Meymac ou Gentioux), où l'élevage ovin est développé (55 U.G.B. ovines
pour 100 ha de S.A.U. dans le canton de Mézières-sur-Issoire). Enfin, la majeure
partie des plateaux marchois et limousins a des densités agricoles comprises entre
12 et 17 pour 100 ha de S.A.U.
La diminution des effectifs de la population paysanne coïncide avec une réduc
tion de la superficie agricole utilisée ; la terre n'intéresse pas que les agricul
teurs : citadins en quête de résidences secondaires, promoteurs de loisirs et du
tourisme, forestiers profitant de la vidange démographique pour s'emparer de
vastes portions du territoire régional. Enfin, près des villes, où les progrès de
l'urbanisation des années 1960 et 1970 ont provoqué l'extension de l'espace bâti,
la surface consacrée à l'agriculture a également diminué. Les agriculteurs ont dû
réclamer une protection : le zonage agriculture-forêt, réalisé à la suite de la circu
laire du Ministre de l'Agriculture du 22 Mai 1975 adressée aux Préfets des dépar
tements du Massif Central, leur a en partie donné satisfaction ; la S.A.U. a
ainsi acquis une certaine stabilité, mais son contenu a beaucoup évolué.
II. — UN TERROIR HERBAGER DESTINE A L'ELEVAGE BOVIN ET OVIN.
Le passage de la polyculture associée à l'élevage à la spécialisation dans l'él
evage bovin et ovin a permis l'extension des prairies ; mais ces progrès de l'herbe
posent aujourd'hui bien des problèmes.
S.A.U. S.T.H. S.T.H. Terres
+ fourrages labourables
1970 930.753 ha 539.607 ha 770.762 ha 385.380 ha
654.672 816.406 269.744 1980 930.686
— 67 ha + 45.644 ha 115.636 ha + 115.065 ha
La superficie toujours en herbe (S.T.H.) couvre aujourd'hui plus de 70 % du
territoire agricole ; près de 90 % de la S.A.U. produit de l'herbe et des plantes
sarclées fourragères. Les terres labourables (617.737 ha en 1929) continuent à
régresser. Cette évolution traduit certes la grande spécialisation de toute une
région, mais elle témoigne aussi d'une mise en valeur de plus en plus extensive
du sol. En effet, dans le département de la Haute-Vienne, par exemple, les
226.000 hectares de prairies produisent en moyenne moins de 3.000 unités four
ragères par hectare, ce qui équivaut à peine à 30 quintaux d'orge ; or, nombre
d'agriculteurs de ce département obtiennent des rendements en céréales d'au
moins 50 quintaux. Le manque de main-d'œuvre et l'utilisation des machines
ont provoqué la dégradation, voire l'abandon, de certaines prairies trop humides
ou situées sur de fortes pentes ; les joncs et les renoncules dans les fonds, les
fougères et autres plantes indésirables sur les versants diminuent alors rapide
ment la valeur des prairies.
La création d'un vaste domaine herbager après la seconde guerre mondiale a
conduit à un appauvrissement des sols du Limousin par rapport à ceux des
autres régions françaises : alors que, un peu partout en France, on a amélioré
les sols par les labours et l'utilisation d'engrais et d'amendements, on s'est
contenté ici, dans de trop nombreux cas, de laisser l'herbe envahir le terrain
et on a ainsi figé la situation. Fn effet, dans cette région humide la majeure CHRONIQUE DU LIMOUSIN 277
LES PRINCIPAUX ELEVAGES
1 I moins de i bovin/ha de S AU
1 1 a 2 bovins/ ha de S. A. U
OVINS
I' ' ' 1 1 a 2 ovins/ha de S A.U.
1111 Iplus de 2 ovins/ha de S A.U.
PORCINS
(3 de 5 ooo a 9 999 porcs dans le canton
^\ au moins 10 OOO porcs dans le canton
Sourc* R G A 1(79.1*80 278 CHRONIQUE DU LIMOUSIN
partie de l'année, l'acidité naturelle des sols et l'excès d'eau empêchent une
bonne décomposition de la matière organique : pour améliorer ces sols, il est
indispensable de les travailler et de leur apporter de la chaux, du fumier et des
engrais, ce qui n'a pas été fait pendant de longues années sur le territoire occupé
par des prairies « trop permanentes ». Avant la guerre, les labours et l'apport
de fumier sur les terres destinées aux plantes sarclées et aux légumes enrichis
saient le sol ; or, aujourd'hui, cet outil de production laissé trop longtemps sans
soin est incapable, sans d'importants investissements, de porter des prairies de
qualité : aussi l'exploitation de l'herbe est-elle nécessairement de plus en plus
extensive.
Enfin, la superficie fourragère est également hétérogène. A côté de prairies
naturelles régulièrement fauchées et de bonnes prairies temporaires (seulement
6 % de la S.A.U dans le canton de Bugeat et de 8,5 % dans celui de Sornac,
mais près de 25 % dans le de Bonnat) voisinent de médiocres terrains
de parcours qui peuvent représenter près de 70 % de la superficie toujours
en herbe (canton de Bugeat).
En résumé, le Limousin, traditionnellement appelé le pays de l'arbre et de l'eau,
est aussi le pays de l'herbe ; c'est l'élevage bovin qui a fait le renom du Limousin.
Un élevage bovin producteur de viande.
Deux productions ont depuis longtemps acquis leurs lettres de noblesse : celles
du bœuf et du veau de lait ; ce sont des productions traditionnelles qui four
nissent une viande de grande qualité à partir de la race bovine limousine et, sur
tout à l'est de la Creuse, à partir de la race charolaise. Certes, la viande de bœuf
est en fait aujourd'hui de la viande de vaches de réforme, mais les animaux
âgés de race limousine donnent une viande persillée très recherchée par les
bouchers et par les consommateurs de Paris, de Bordeaux ou de la Côte d'Azur.
Chaque année, les éleveurs engraissent 10 % de leurs vaches (troupeau régional
de « vaches nourrices » : 417.000 en 1981).
Les veaux de lait fermiers « nourris sous la mère » sont élevés surtout dans les
petites exploitations de la Montagne ou du Bassin de Brive en Corrèze, sur les
plateaux marchois autour de La Souterraine et dans les Monts d'Ambazac. Fruit
d'un travail artisanal, ils donnent une viande excellente, mais coûteuse, qui est
concurrencée dans les grandes surfaces par celle des veaux de batterie. Leur
nombre diminue : 256.500 en 1964, 125.500 en 1982.
Les veaux de Lyon et de Saint-Etienne étaient traditionnellement élevés dans
les fermes moyennes de la moitié sud de la Haute-Vienne, dans le canton de
Bourganeuf en Creuse et dans le canton de Lubersac en Corrèze. Ce sont des
taurillons destinés à la boucherie et qui sont expédiés vers les marchés de Lyon
et de Saint-Etienne où ils bénéficient de conditions de découpe particulières.
Naguère, les veaux étaient abondamment nourris pendant la période d'engrai
ssement ; on leur donnait en particulier de fortes rations de plantes sarclées,
notamment de topinambours, aussi la Haute-Vienne était-elle le premier dépar
tement français pour la production de ces tubercules. Aujourd'hui, les veaux
reçoivent pendant la période d'engraissement une alimentation à base de maïs
ensilé. Les veaux de Lyon (400-500 kg. à 10 ou 14 mois) et les veaux de Saint-
Etienne (300-450 kg. à 7 ou 8 mois), sont abattus à Lyon et à Saint-Etienne ; mais
la concurrence des jeunes bovins laitiers issus des ateliers d'engraissement est
vive. En 1982, le Limousin a produit 77.400 jeunes bovins de boucherie (tau
rillons et génisses).
En somme, les méthodes dites traditionnelles, nées à la fin du XIXe siècle, en
dehors de l'engraissement des bœufs, permettent de fournir des viandes jeunes
et de grande qualité. Mais de nombreux éleveurs se sont tournés vers de nouvelles
productions. CHRONIQUE DU LIMOUSIN 279
Depuis la seconde guerre mondiale, on a développé trois productions bovines :
le veau d'Italie, les reproducteurs et le lait.
Le veau d'Italie, ou « broutard » (250-280 kg à 6 ou 8 mois), est destiné aux
ateliers d'engraissement, notamment à ceux de la plaine du Pô. C'est dans la
décennie 1960-70 qu'est né en Italie ce débouché rémunérateur pour les éleveurs
limousins. Ce marché a engendré deux méthodes d'élevage. Pour les uns, il s'est
agi seulement de faire preuve d'opportunisme et ces éleveurs se sont contentés
de ne pas engraisser un veau qui, vendu « maigre », n'a coûté que peu de peine
et peu d'argent ; sans ce débouché, l'animal serait devenu soit un veau de lait,
soit un veau de Lyon ou, sur les plateaux marchois, un châtron. Pour d'autres,
il s'est agi d'une transformation complète des méthodes d'élevage ; renonçant à
la polyculture et à l'élevage traditionnel en stabulation avec engraissement à
l'auge, ces éleveurs ont mis au point en Limousin l'élevage bovin en plein air
intégral. Les pionniers ont été imités plus ou moins complètement ; aussi toutes
les transitions existent entre la stabulation entravée et le plein air. Du reste, la
méthode mise au point n'est pas restée figée ; on est passé dans les années 1970
au plein air aménagé associé à la culture du maïs et, selon la conjoncture, on
produit des veaux d'Italie ou de jeunes bovins gras.
Les recherches effectuées par les éleveurs et par leurs conseillers (notamment
les techniciens de l'I.N.R.A.) ont accru les qualités de la race limousine. On
assiste actuellement à un engouement mondial pour la race bovine limousine, ce
qu'attestent la création en 1973 à Limoges d'un Conseil international du Limous
in et l'organisation par la North American Limousin Foundation de la pre
mière assemblée générale de ce conseil à Oklahoma City en 1975. Certes la race
limousine était connue hors de nos frontières avant la seconde guerre mondiale
mais, depuis les travaux réalisés par les chercheurs américains et les résultats
obtenus par les croisements Hereford-Limousin, Shorthorn-Limousin et Angus-
Limousin, son renom est universel ; aussi génisses et taureaux nés en Limousin
partent-ils aussi bien vers la Prairie que vers la Pampa ou la Steppe. Enfin, l'en
trée de l'Espagne et du Portugal dans le Marché Commun suscitent de grands
espoirs chez les éleveurs de veaux d'Italie et de reproducteurs.
Bien que nettement dominé par l'élevage d'animaux appartenant à des races
à viande (plus de 70 % des vaches appartiennent aux races charolaise et
limousine), l'élevage bovin limousin produit aussi du lait : alors qu'en 1950, la
production laitière n'était que de 3.565.300 hl, elle atteignait 7.449.600 hl en 1982
et les livraisons à l'industrie se sont élevées à 1.952.600 hl. Brive et Limoges ont
tout naturellement une ceinture laitière, ce qui explique par exemple le présence
à Isle, aux portes de Limoges, de la seule entreprise industrielle transformant le
lait dans le département de la Haute-Vienne. En dehors du voisinage des villes,
la production laitière est due ou bien à l'influence des régions voisines,
Combrailles ou Auvergne, spécialisées dans l'élevage laitier (c'est le cas en
Xaintrie ou autour de la coopérative d'Auzances en Creuse), ou bien au rôle joué
par l'industrie (dès 1920 à Chénerailles, depuis 1962 à Busseau-sur-Creuse), ou
à la présence des « Migrants », agriculteurs originaires de Normandie ou de
Bretagne (canton de Rochechouart par exemple où 35 % des vaches appartien
nent à des races laitières). Néanmoins, par opposition à l'Auvergne, montagne à
lait, le Limousin est avant tout une montagne à viande.
Un élevage ovin producteur d'agneaux de boucherie.
De 106.850 brebis « ayant au moins un an » en 1950, le troupeau ovin limous
in a atteint le chiffre de 446.000 en 1960 ; il est actuellement d'environ
886.000.
C'est la Basse-Marche occidentale, proche du Montmorillonnais, qui a su la
première adapter en Limousin un élevage ovin spécialisé ; parti des cantons 280 CHRONIQUE DU LIMOUSIN
du Dorât, de Bellac et de Mézières-sur-Issoire, l'élevage ovin de plein air s'est
étendu vers l'est et surtout vers le sud en passant par les cantons de Nantiat,
Nieul et Limoges pour atteindre celui de Pierre-Buffière. Du Dorât à Pierre-
Buffière vivent près de 40 % des ovins élevés en Limousin ; il s'agit d'un
élevage spécialisé qui a souvent éliminé les bovins dans les grandes exploitations
bas-marchoises. On vend là des agneaux de boucherie et des agnelles et des
béliers pour la reproduction.
Les exploitations du Haut-Limousin, exploitations où la charge en U.G.B.
par hectare est la plus élevée du Limousin ont également des brebis (non seul
ement dans les cantons de Nieul ou de Pierre-Buffière) mais, en général, mout
ons et bovins sont élevés dans les mêmes exploitations. On y produisait autrefois
des agneaux de bergerie, on vend surtout aujourd'hui des agneaux d'herbe. Au
total, la Basse-Marche et le Haut-Limousin possèdent plus de 70 % des brebis
de la région ; il est vrai que la Haute-Vienne est le premier département fran
çais pour la production d'agneaux de boucherie.
Enfin, la Montagne limousine est le berceau de la race ovine limousine ; de
plus en plus, ce sont les grandes exploitations qui pratiquent cet élevage (plus
de 300 brebis en moyenne par troupeau).
Malheureusement, comme en Poitou-Charentes ou dans le Midi-Pyrénées, l'él
evage ovin est en crise en Limousin ; aussi a-t-on assisté en 1983 à la première
régression depuis la relance de l'élevage ovin après la seconde guerre mondiale :
le département de la Haute-Vienne a perdu 42.300 moutons.
Les élevages secondaires sont peu développés.
A la veille de la seconde guerre mondiale, le Limousin élevait plus de 500.000
porcs ; en 1982 un peu plus de 200.000. Or, le a des entreprises de
salaisons qui doivent s'approvisionner en dehors de la région. Seuls les cantons
du nord-ouest de la Corrèze (Lubersac, Uzerche, Ayen, Donzenac) et du nord
de la Creuse (de La Souterraine à Chambon-sur-Voueize) ont de gros élevages-
paysans qui produisent des porcelets et des porcs charcutiers ; ailleurs, l'élevage
porcin conserve son caractère artisanal malgré les efforts consentis.
L'élevage des chevaux a également considérablement décliné, bien que le
Limousin soit un berceau de race, comme dans le cas de l'élevage porcin. La
motorisation de l'armée et de l'agriculture a amoindri le trou
peau local qui est passé de 25.000 unités en 1936 à moins de 10.000 aujourd'hui.
L'élevage des chèvres ne connaît pas un grand essor ; il n'y a pas en Limousin
de tradition fromagère comparable à celles de l'Indre ou de la Vienne. Néanmoins,
la recherche du « produit fermier » et l'installation de jeunes néo-ruraux sont
responsables en partie des progrès du troupeau qui compte un peu plus de 6.000
têtes.
En résumé, pays de l'herbe, de l'arbre et de l'eau, le Limousin consacre la
majeure partie de son territoire à la production de bois et de viande, ce que tr
aduisent les tableaux suivants :
Limousir i Limousin France
S.T.H. 33,7 % Bovins 52 % 17,3 %
Ovins 13,2 2,2 Bois et forêts 33,4
Terres labourables 20,2 Porcins 7,9 6,8
Autres produits Territoire agricole
non cultivé 6,2 animaux 14,9 25,9 5,4 Produits végétaux 12 47,8
non agricole
Autres 1,1 100 % 100 %
100 %
La répartition du territoire limousin. La production agricole finale. CHRONIQUE DU LIMOUSIN 281
III. — LES TENDANCES ACTUELLES.
Les jeunes agriculteurs limousins veulent « vivre au pays » ; pour qu'ils puis
sent le faire, il faudrait que le revenu agricole régional ne soit pas le plus bas
de France. Nombre de dirigeants agricoles pensent que l'agriculture limousine
pourrait sortir de son état actuel de crise par l'intensification et la diversifica
tion des productions ; certaines réalisations ont déjà été effectuées.
Un renouveau des productions végétales.
Pour intensifier l'utilisation des sols, il faut les améliorer ; or, leur amélio
ration passe par une mise en culture des prairies et l'apport d'amendements,
aussi encourage-t-on la culture de végétaux divers.
A l'initiative de divers organismes (Chambres d'Agriculture, D.D.A., coopérat
ives agricoles...) et de négociants, la céréaliculture retrouve des adeptes. Cette
relance (on cultivait autrefois du seigle sur les hautes terres, du blé sur les pla
teaux) est facilitée par l'introduction du maïs dans les assolements depuis les
années 1970. Certes, nombre d'éleveurs ne sont pas encore intéressés ; néanmoins,
sur les plateaux du Haut-Limousin, dans les Monts d'Ambazac et, surtout, du
canton de Saint-Sulpice-les-Feuilles à l'ouest au canton d'Auzances à l'est, les
céréales occupent parfois jusqu'à 20 % de la S.A.U. En tenant compte des condi
tions physiques (sols, pentes, climat) et du parcellaire, il semble possible d'aug
menter les superficies emblavées et d'obtenir de bons rendements. Mais il sera
indispensable de former des ceréaliculteurs et d'adapter le parcellaire au matériel
moderne : en effet, les rendements en blé en Haute-Vienne ont varié entre
20 Qx/ha et 70 Qx/ha en 1984 !
Depuis la campagne 1980-1981, on a également relancé la culture du colza.
Mais, pour obtenir de bons rendements (on a atteint en moyenne 32-34 Qx/ha
en 1984, parfois 40), une solide formation est nécessaire si l'on veut que les
agriculteurs assurent une bonne préparation du sol et luttent efficacement contre
les parasites ou les maladies.
Le coût du soja importé incite les éleveurs à développer les cultures pro-
téïques et en particulier la culture du lupin ; le Limousin en est au stade des
essais.
Le tabac, culture autorisée en 1879 dans le Bassin de Brive, connaît un cer
tain développement ; l'essor actuel s'explique par le désir d'obtenir une res
source complémentaire, tout en ne cultivant qu'une faible superficie. On peut
donc, sans diminuer gravement la surface consacrée à la production fourragère,
consacrer quelques dizaines d'ares à la culture du tabac. Cette culture n'est
plus cantonnée dans le Bassin de Brive, elle a gagné plusieurs communes du
Haut-Limousin en Corrèze et dans la Haute-Vienne et quelques mar-
choises. Le millier de planteurs limousins cultive du tabac brun et, de plus en
plus, du tabac blond (Burley ou Virginie) que les acheteurs réclament. C'est
un exemple de diversification et d'intensification.
La production fruitière est un autre exemple de diversification. Il ne s'agit
plus comme autrefois de produire du cidre destiné à Fautoconsommation,
mais de planter des vergers où domine le pommier pour la production des pom
mes à couteau (1.500 ha de pommeraie, 333.800 Qx de pommes commercialisées
en 1982). Si quelques vergers spécialisés existent, on a surtout associé, dans les
exploitations du Haut-Limousin, un « verger-fermier » à l'élevage comme le font
depuis longtemps les agriculteurs du Bassin de Brive. La production est aujour
d'hui organisée par des groupements de producteurs, une S.I.C.A. de service
établie à Arnac-Pompadour et par des organismes privés. C'est également sans
diminuer la superficie fourragère et la surface labourée qu'on cherche à « réha-