L'appropriation de l'espace, un enjeu politique. Pour une histoire du peuplement - article ; n°6 ; vol.40, pg 1289-1306

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Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1985 - Volume 40 - Numéro 6 - Pages 1289-1306
The Appropriation of Political Space and Control
A reading of the history of populating that is to say, of the process of the creation of new human settlements and their variations, is privileged means for bringing out the unequal forces of political units or hereditary groups in competition. In the case studied here of the Anyi-ndenye space on the south east of the Ivory Coast these variations are of two orders. In effect, if the appropriation of space by means of the creation of new villages develops unequally over time (phases of expansion are succeeded by periods of stagnation and, indeed, regression), it is also the case that over the course of the same period certain parts of the territory in question were rapidly populated while in others the number of villages did not progress. To these contrasts ecological factors are, by the way, not unrelated.
It is as if a strategy of the occupation of space was set into motion by political units or hereditary groups with unequal success. This strategy skilfully used, and sometimes turned around, the possibilities offered by the system of kinship. The winners in this competition were those who had the resources of this political strategy, in other words put, those who accumulate men in sufficient number to maintain their expansion.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1985
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Claude-Hélène Perrot
L'appropriation de l'espace, un enjeu politique. Pour une histoire
du peuplement
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 40e année, N. 6, 1985. pp. 1289-1306.
Abstract
The Appropriation of Political Space and Control
A reading of the history of populating that is to say, of the process of the creation of new human settlements and their variations,
is privileged means for bringing out the unequal forces of political units or hereditary groups in competition. In the case studied
here of the Anyi-ndenye space on the south east of the Ivory Coast these variations are of two orders. In effect, if the
appropriation of space by means of the creation of new villages develops unequally over time (phases of expansion are
succeeded by periods of stagnation and, indeed, regression), it is also the case that over the course of the same period certain
parts of the territory in question were rapidly populated while in others the number of villages did not progress. To these contrasts
ecological factors are, by the way, not unrelated.
It is as if a strategy of the occupation of space was set into motion by political units or hereditary groups with unequal success.
This strategy skilfully used, and sometimes turned around, the possibilities offered by the system of kinship. The "winners" in this
competition were those who had the resources of this political strategy, in other words put, those who accumulate men in
sufficient number to maintain their expansion.
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Perrot Claude-Hélène. L'appropriation de l'espace, un enjeu politique. Pour une histoire du peuplement. In: Annales.
Économies, Sociétés, Civilisations. 40e année, N. 6, 1985. pp. 1289-1306.
doi : 10.3406/ahess.1985.283238
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1985_num_40_6_283238CONTROLE DU MILIEU
ET STRAT GIE DU PEUPLEMENT
CLAUDE-HELENE PERROT
APPROPRIATION DE ESPACE
UN ENJEU POLITIQUE
POUR UNE HISTOIRE DU PEUPLEMENT
Parallèlement édification et la consolidation un tat processus qui
peut largement étaler dans le temps effectue appropriation un espace
marquée par apparition des moments divers dans des parties du territoire
jusque-là faiblement peuplées de nouveaux villages Ceux-ci re oivent un
statut qui les intègre un niveau déterminé dans la hiérarchie politique glo
bale
Ce processus occupation de espace se développe lui aussi dans la
longue durée Dans le cas présent celui des Anyi du Ndenye au sud-est de la
Ivoire1 on est en mesure en suivre les étapes pendant les deux siècles
qui séparent la première implantation historiquement connue de groupes
émigrants 2e quart du xvme siècle et la conquête coloniale fin du
xixe siècle)2
Il paraît arbitraire étudier séparément les deux processus comment
rendre compte en effet des diverses phases de la formation un tat sans cher
cher discerner celles de la mainmise progressive sur un espace qui initiale
ment lors de la première implantation était le lieu une occupation humaine
ténue peu dense limitée quelques agglomérations autour desquelles subsis
taient importantes portions de forêt noire jamais défrichées où les res
sources du milieu naturel auraient pu cependant fournir nombre hommes
dans les conditions techniques du temps les moyens de subsister
Il agissait donc de dégager et de suivre les étapes du peuplement un
espace territorial déterminé au terme desquelles est dessiné un réseau cohé
rent agglomérations humaines relativement bien réparties compte tenu des
données écologiques et des modes exploitation des ressources naturelles
engager dans cette direction est aussi quitter le terrain de histoire
politique du mode accès au pouvoir symbolisé par un siège des différents
Annales ESC novembre-décembre 1985 no pp 1289-1306
1289 LE DU MILIEU ET STRAT GIES DU PEUPLEMENT CONTR
lignages en présence de leurs rivalités et de leurs affrontements pour la supré
matie des luttes intestines pour la succession au siège qui ont déchiré certains
entre eux événements que examen des généalogies de lignages rend déchif
frables
Une fois ce terrain exploré et connu il faut avancer dans autres
domaines notamment celui des rapports de la société avec son environnement
et de son histoire démographique Le surplus hommes nécessité cette
expansion progressive dans espace provient-il un accroissement naturel de la
population ou un afflux et selon quelles modalités étrangers origine
de accumulation des hommes des facteurs socio-économiques peuvent
autre part intervenir
Ce est après être allé le plus loin possible dans ces diverses voies qui
mènent histoire globale une société que on pourra tenter de décrire les
phases de appropriation de espace et en rendre intelligibles les processus
Diversité des sources
On se trouve emblée confronté au problème des sources de quels types
de documents de quelle traces historien dispose-t-il pour tenter de recons
tituer les variations de emprise humaine sur un espace variations qui ail
leurs ne vont pas nécessairement dans le même sens et sont parfois marquées
au moins localement par un signe négatif
Récits
Les sources auxquelles on pense premièrement sont les récits Il est clas
sique voire banal une enquête histoire précoloniale débute par les
questions Qui fondé ce village et où venaient vos ancêtres
Comment sont-ils arrivés ici questions qui sont amorce de récits dits
origine ou de migration
Dans le corpus des récits recueillis ceux-ci sont quantitativement les plus
importants Tronc commun des narrations tous les interlocuteurs quelque
sous-groupe ethnique ils appartiennent on en compte six dans le territoire
de actuel Ndenye Alangwa Ndenye proprement dits Ashua Denkyira
Abrade et Bettie tous créateurs une unité politique distincte un royaume
se réclament une commune origine Any ny immense village vague
ment localisé au Ghana le Ghana actuel entend où vivaient les ancêtres
Anyi côte côte avec leurs voisins aujourdhui les Baoule les Akye etc Aux
temps lointains et première vue mythiques Anyanya est associé le nom
prestigieux Ano Asema hôte bienfaisant devenu héros culturel révéré Les
circonstances du départ et de la dispersion des habitants Anyanya font
encore partie en dépit de variantes il pas lieu ici examiner du tronc
commun des traditions historiques
est après étape de Konvi Ande mi-chemin de itinéraire de la migra
tion que le tronc commun se divise en branches narratives propres chacun des
sous-groupes considérés qui indiquent avec force détails les circonstances de la
fondation de leurs villages lorsque les ancêtres ont déposé leur monde
1290 CI.-H PERROT POUR UNE HISTOIRE DU PEUPLEMENT
terre littéralement en sont déchargés comme on dirait un bagage
longtemps porté sur la tête)
La période héroïque de la migration et de arrivée des grands ancêtres sur
les rives du fleuve où prennent fin leurs tribulations se trouve ainsi pri
vilégiée par les narrateurs qui la dépeignent avec les couleurs de épopée Au
contraire les phases du peuplement postérieures cette première implantation
et marquées par la fondation de nouveaux villages qui résultent soit de entrée
en scène de nouveaux immigrants soit une expansion démographique
interne sont quasiment passées sous silence et ne peuvent être reconstituées
en passant par autres voies que les récits
Comment expliquer cette disproportion Si les feux des projecteurs sont
braqués sur la période initiale est semble-t-il parce elle vu se fixer la
hiérarchie sociopolitique laquelle en cas de litige notamment foncier on se
réfère hui encore même si cet ordre ancien été par la suite profondé
ment modifié avant même la conquête coloniale par apparition de nouveaux
rapports de force entre unités politiques ou royaumes et entre lignages Tout
se passe donc comme si le moment de la première mainmise sur le sol des ancê
tres des hommes aujourdhui marquait pour ces derniers le point de départ de
ère historique
Ces récits de migration et de fondation si riches en informations ils
soient appellent une critique particulièrement aiguë
Tout abord ils sont infléchis par impact du principe antériorité En
vertu de ce principe qui est source de droit chaque lignage tend autant que
faire se peut se présenter comme le plus ancien étant celui qui accueilli ses
voisins les installés et leur donné accès la terre De plus chacun eux
revendique pour son propre fondateur la qualité inventeur de toponymes
autre signe antériorité
Ces récits autre part traduisent ce on peut appeler une vision offi
cielle et orientée du passé Selon celle-ci les ancêtres de ceux qui hui
partagent un même espace territorial se seraient déplacés en bloc massivement
venant ensemble un lieu origine unique Le fait que la migration se soit en
réalité effectuée en plusieurs temps et surtout un nombre non négligeable de
villages aient été créés une ou plusieurs générations après celle des premiers arri
vants ainsi tendance disparaître de histoire officielle qui est diffusée au
sommet dans les cours royales et notamment par le canal des grandes cérémo
nies politico-religieuses comme la fête de igname dont le rôle dans la produc
tion une idéologie unificatrice est plus démontrer Par bonheur pour his-
torien la vision du passé donnée au sein de chaque lignage histoire privée et
non plus officielle est tout autre
Notons au passage que la tendance totalisante de histoire telle elle est
transmise échelle de la société entière pu être dans certains cas sinon sus
citée du moins renforcée par la fa on dont la plupart des ethnologues condui
saient naguère leurs enquêtes avec idée implicite que unité une ethnie était
une donnée originelle qui ne devait pas grand-chose histoire et posant leurs
questions comme si les ancêtres de ethnie ils étudiaient étaient tous
venus en même temps un même côté
1291 LE DU MILIEU ET STRAT GIES DU PEUPLEMENT CONTR
Généalogies
Une deuxième catégorie de sources est donnée par la reconstitution des
généalogies de lignages dont la confrontation avec les informations tirées des
récits est particulièrement éclairante
Le point de départ de cette reconstitution généalogique est la liste officielle
que nous appellerons pour plus de commodité liste dynastique bien que tous
les chefs de lignage aient pas rang de roi famyë Celle-ci est sue par le chef
actuel du et par son entourage immédiat en particulier par ses
mères et ses urs classificatoires Il la récite ou la fait réciter il
occupe un rang suffisamment élevé en certaines occasions dont la plus specta
culaire est la fête de igname Cette liste officielle est en quelque sorte matéria
lisée par alignement des sièges consacrés aux défunts chefs de lignage Elle ne
retient que ceux entre eux dont la manière de conduire les affaires du lignage
ou de tat re approbation générale et dont la fin pas résulté un
acte de violence
Il est donc nécessaire dans un deuxième temps de réintégrer les exclus en
utilisant histoire privée transmise au sein des lignages et aussi certains
indices notamment ceux que procurent les formules de jurement ndaa)
ultime étape consiste insérer chacun des personnages ainsi identifiés
dans la généalogie de son lignage Elle suppose que soient connues leurs exactes
relations de parenté avec leurs prédécesseurs et leurs héritiers
Dans cette société matrilinéaire le passage de la liste dynastique au tableau
généalogique effectue partir des femmes qui ont engendré les chefs de
lignage Ces femmes travers lesquelles le pouvoir est transmis et dont les
noms et les liens de filiation qui les unissent sont connus forment en quelque
sorte ossature du lignage Il agit ensuite habiller le squelette avec les noms
des individus masculins fournis par la liste dynastique et resitués leur juste
place fig l)
Dans cette démarche historien inspire de celle de ses interlocuteurs anyi
Ceux-ci en effet se réfèrent toujours ces femmes et principalement celles
NGW
Apu Ao ru Akoa Kurumboa Mda Adjua Koko
Ndre Bra
3.&LENPU NDA
rt
KABLA KURUM OA
FIG Succession matrilinéaire la généalogie des chefs Aprompronou
Les numéros indiquent ordre de succession
1292 CI.-H PERROT POUR UNE HISTOIRE DU PEUPLEMENT
qui sont la tête de chaque segment de lignage appelées malata les femmes
qui ont élevé beaucoup enfants quand il agit de désigner héritier un
siège devenu vacant par la mort de son détenteur est une fa on indiquer
avec précision la situation généalogique de chacun des candidats en présence
Certaines ambiguïtés de la terminologie de parenté anyi embarrassent par
fois le chercheur Ainsi le terme de nyama enfants de mère applique aussi
bien aux enfants de même mère ceux de deux urs utérines Le terme
souligne appartenance des individus il désigne un même lignage matri
linéaire abuswâ et une même génération ce qui suffit établir les droits de
ceux de leurs descendants qui hui peuvent prétendre la succession
et après tout est là la principale finalité des rappels généalogiques
Dans ces enquêtes généalogiques exhaustives aucun lignage ne doit être
négligé en fin de parcours un tableau généalogique est établi pour chacun
eux afin de permettre utiles comparaisons Sur celui-ci sont mis en évidence
les noms des différents chefs du lignage ordre dans lequel ils se sont succédé
et de plus échelonnement des générations en partant de la première celle qui
vécu la fin de la migration et pénétré dans ce qui est hui le Ndenye
Cette génération selon des évaluations chronologiques il pas lieu de
retracer ici peut être située dans le second quart du xvnie siècle Elle sera
appelée Génération
Or si dans certaines généalogies longues intercalent entre la Génération
et celle qui connu la conquête coloniale en 1892 trois générations que nous
appellerons Générations et iv et est le cas notamment des généalogies
royales il en est autres plus courtes qui au lieu de cinq en
comportent que deux ou trois toujours pour la période qui se termine avec la
conquête coloniale
Cette distorsion entre généalogies longues et généalogies courtes est remar
quable Examinons de plus près le cas une généalogie courte en prenant pour
exemple celle du lignage de Kotesso qui comprend trois générations et dont le
fondateur se nomme Ehuman Il est clair et les invraisemblances des
données contenues dans cette généalogie le confirment que celui-ci se situe
si on reprend échelle proposée plus haut la Génération
Pourtant cette déduction est contredite par le récit de fondation recueilli
comme la généalogie auprès de celui qui était alors chef de ce lignage Selon ce
récit
Notre premier ancêtre était Ehuma Nous allions devant et les sièges
suivaient avec le roi des Ndenye Quand ils arrivèrent près du lieu-dit Susu-
menia ils virent une rivière aux eaux noires le Manzan Ils avaient un captif
qui la traversa avec un bambou la main pour en mesurer la profondeur Me
usu me nia veut dire Je mesure pour voir Ehuman homonyme du
fondateur Zaranou 18 dec 1964.
Le texte contient deux affirmations principales ancêtre fondateur parti
cipé épisode prestigieux de la migration précédant avec ses gens le roi et les
sièges royaux Est-il ailleurs vraisemblable que ces réfugiés qui tentaient
échapper aux guerres qui déchiraient le monde akan aient défilé en bon ordre
sur les pistes de la forêt Le fondateur est ainsi propulsé la Génération
1293 LE DU MILIEU ET STRAT GIES DU PEUPLEMENT CONTR
Bien plus il est fait auteur de toponyme Plusieurs autres lignages revendiquent
la paternité de celui de Susumenia en particulier des alangwa Si
cela on ajoute que comme le fait apparaître la confrontation de plusieurs
sources autonomes aucun des groupes émigrants venus Anyanya
apporté de siège dans le Ndenye on conclura que ce récit de fondation est fait
de stéréotypes juxtaposés dont la finalité est de prouver antériorité du lignage
en question
Cet exemple est pas unique dans leur ensemble les enquêtes faites dans le
Ndenye montrent que la mise en regard des généalogies et des récits de fonda
tion est fructueuse pour historien et que les récits sont davantage manipulés
que les généalogies dans lesquelles les contradictions et les invraisemblances res
tent plus apparentes
Toponymes
étude des toponymes permet de distinguer aisément entre les plus anciens
villages créés par les premiers emigrants leur arrivée dans le Ndenye et qui
relèvent donc chronologiquement de la Génération et les villages ultérieure
ment fondés
Tout abord étymologie des premiers est intelligible dans la langue parlée
par les emigrants le twi que leurs descendants ont peu peu abandonnée pour
anyi contrairement celle des seconds Dans le premier cas la signification
des toponymes connote fréquemment idée que par le nouvel établissement ses
fondateurs ont mis fin de dures pérégrinations Citons Sanahuli
Seulement si je meurs. sous-entendu Je partirai ici et Kodjina
Je suis venu pour arrêter ici ou encore le nom du village Afewa Je
suis fatigué être là qui rappelle le fait au terme de la migration un petit
groupe hommes envoyés en avant-garde avaient longtemps attendu arrivée
de leurs compagnons qui avaient tardé les rejoindre
Les toponymes apparus au cours des phases ultérieures du peuplement de la
région ne présentent pas ces caractéristiques Ils sont intelligibles en anyi et
non en twi Ordinairement ils rendent compte des particularités du site comme
Apuèso sur la roche gréseuse ou Bokaso sur la colline Enfin il
arrive que le nom du village se confonde avec celui du lignage fondateur
comme par exemple Kotesso ce qui est jamais le cas des premiers où le nom
de Vabuswâ est toujours distinct de celui du village
Comme toute autre source histoire les toponymes et leurs etymologies
doivent être soumis analyse critique il arrive en effet que des
anciennes dont le sens est perdu soient réinventées refabriquées
Terroirs et anciens sites
Pour en terminer avec ce répertoriage des sources passons aux traces maté
rielles histoire du peuplement est plus aucune autre inscrite sur le sol
Elle laissé des marques sur toute étendue des terroirs villageois Les sites
anciennement occupés en sont les principales Ils sont hui recouverts
par la végétation naturelle où nul le droit de porter la machéte Il est égale
ment interdit de chasser en ces lieux préservés
1294 CI.-H PERROT POUR UNE HISTOIRE DU PEUPLEMENT
Le repérage et exacte localisation des anciens sites de villages sont une
grande utilité pour historien une part conduit sur les lieux par les descen
dants de ceux qui ont vécu il entend nombre de récits que ses interlocuteurs
auraient pas songé lui faire ailleurs comme si la vue des vestiges des
anciennes cours et des grands arbres sous lesquels on se réunissait certaines
occasions ranimait la mémoire Il apprend ainsi sous quel chef de lignage et
pour quelles raisons les villageois se sont déplacés abandonnant le site ce qui
lui permet en se rapportant au tableau généalogique de ce lignage de situer
approximativement cet événement dans le temps
autre part la localisation dans espace de la totalité de ces sites est la
condition préalable établissement de cartes du peuplement opération qui
prend tout son sens si chacune des périodes distinguées correspond une carte
emplacement des puits encore béants où on extrayait or au
début de ce siècle le tracé des anciennes pistes commerciales celui des fron
tières entre royaumes avec leurs variations dans le temps sont autant autres
témoins matériels déchiffrables pour qui va les repérer sur place
Variations dans le temps et dans espace
Une fois rassemblées ces sources dont éventail on vu est fort large
une histoire du peuplement peut se dessiner Elle se développe dans deux direc
tions la ois
Tout abord dans le temps Il apparaît que au cours des xvme et
xixe siècles occupation de espace ne est pas faite une manière progres
sive et continue des périodes expansion caractérisées par apparition
simultanée de villages nouveaux ont succédé des périodes de stagnation
Quatre phases expansion sont perceptibles qui concernent principalement les
Ndenye proprement dits exception de la première Cette première phase
est autre que celle de arrivée des premiers groupes émigrants fig
Chose remarquable les nouveaux venus édifient leur village sur les bords du
est là que se fixent les Alangwa les Ashua les Denkyira les Bettie
puis plus tard les Abrade Tout se passe comme ils avaient subi attraction du
grand fleuve en raison sans doute des facilités de communication il leur
offrait et aussi des commodités trouvaient les orpailleurs Seuls les
Ndenye échappent ils installent écart du fleuve près de Zaranou qui
deviendra leur capitale Autre contraste le nord du pays reste quasiment
vide4
La deuxième correspond au règne du roi ndenye Koa Tiumasi dans la
seconde moitié du xvnie siècle fig Il installe le fils de son prédécesseur
est-à-dire son fils classificatoire Adife 11 bénéficie des progrès réalisés
par son asafohene le chef des guerriers qui dans la hiérarchie politique
akan vient immédiatement après le roi Celui-ci partir de son village de
Bokasso en fondé trois autres confiés trois de ses fils et dotés du statut de
sièges de fils De plus il réussit coiffer politiquement les villages qui
venaient de naître en dehors de sa mouvance dans la partie nord du pays
instigation du fondateur de un entre eux Ce selfmade man nommé Adu
Kp hi après avoir attiré autour de lui Yakasse un grand nombre de dépen-
1295 DU PEUPLEMENT DU NDENYE PHASES
FIG Avant 1750 PHASES DU PEUPLEMENT DU NDENYE
FIG Deuxième moitié du xvnie siècle