La mutation sociale en cours

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La mutation sociale en coursExtrait du Espace d'échanges du site IDRES sur la systémiquehttp://www.systemique.be/spip/article.php3?id_article=506La mutation sociale en cours- SAVOIR THÉORIQUE - Échanges à partir d'articles , bibliothèque, dictionnaire et concepts de la systémique - Article donné par son auteurpour stimuler des échanges - Date de mise en ligne : dimanche 28 décembre 2008Espace d'échanges du site IDRES sur la systémiqueCopyright © Espace d'échanges du site IDRES sur la systémique Page 1/6La mutation sociale en cours Sommaire• Dans l'urgence de quelques repères pour un (...)• culpabilité par principe-réflexivité coupable• la soumission à l'autorité de mode paternel• Amnésiques par principe• ÉgalitaritairesDans l'urgence de quelques repères pour un futur trèsproche, la mutation sociétale en cours et ses effetssur le temps humain.Jean-Paul GaillardLes formes du temps... St Augustin, au 5ième siècle, avait montré un affolement certain dans l'effort qu'il faisait pours'en donner une définition :« Qu'est-ce que le temps ? Qui saurait en donner avec aisance une explication ?... Si personne ne me pose laquestion, je le sais ; si quelqu'un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus. »Cela dit, son affolement était bien compréhensible : les traces que le concile de Nicée avait laissées étaient encoresensibles, des traces qui l'incitaient à la plus grande prudence concernant l'équation « temporalité christique ...

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La mutation sociale en cours
Extrait du Espace d'échanges du site IDRES sur la systémique
http://www.systemique.be/spip/article.php3?id_article=506
La mutation sociale en cours
- SAVOIR THÉORIQUE -
Échanges à partir d'articles , bibliothèque, dictionnaire et concepts de la systémique -
Article donné par son auteur
pour stimuler des échanges -
Date de mise en ligne : dimanche 28 décembre 2008
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La mutation sociale en cours
Sommaire
Dans l'urgence de quelques repères pour un (...)
culpabilité par principe-réflexivité coupable
la soumission à l'autorité de mode paternel
Amnésiques par principe
Égalitaritaires
Dans l'urgence de quelques repères pour un futur très
proche,
la mutation sociétale en cours
et ses effets
sur le temps humain.
Jean-Paul Gaillard
Les formes du temps...
St Augustin
, au 5ième siècle, avait montré un affolement certain dans l'effort qu'il faisait pour
s'en donner une définition :
« Qu'est-ce que le temps ? Qui saurait en donner avec aisance une explication ?... Si personne ne me pose la
question, je le sais ; si quelqu'un pose la question et que je veuille expliquer, je ne sais plus. »
Cela dit, son affolement était bien compréhensible : les traces que le
concile de Nicée
avait laissées étaient encore
sensibles, des traces qui l'incitaient à la plus grande prudence concernant l'équation « temporalité christique /
atemporalité divine ». Nous allons voir qu'il s'attaquait il y a 1600 ans à un problème aujourd'hui plus que
contemporain, celui du rapport entre le temps vertical, celui du divin, et le temps horizontal, celui de l'individu
humain.
Si j'ouvre cette réflexion avec St Augustin, ce n'est donc pas seulement parce que je suis un cuistre, c'est aussi
parce qu'il fait partie de l'histoire que je vais vous conter, lui et l'empereur Constantin, et l'empereur Théodose. En
effet, l'histoire du temps que nous vivons très violemment aujourd'hui a commencé avec eux, elle se termine avec le
21ième siècle naissant. Marcel Gauchet l'évoque dans ses travaux sur le « sortir du religieux », le 20ième siècle
finissant marque la fin du façonnement par le religieux du monde occidental et du psychisme occidental.
La mutation sociétale que nous vivons actuellement se double d'une mutation psychosociétale radicale, assez
radicale pour que l'ensemble de nos repères éducatifs, pédagogiques et psychothérapeutiques soient devenus
obsolètes et contre-productifs, assez radicale pour que je me permette, sans craindre de me montrer excessif,
d'appeler « mutants »
les enfants et les adolescents d'aujourd'hui.
Dans ces époques rares pour une civilisation, puisque après l'initiation de la nôtre au 4ième siècle à Rome, il semble
que nous n'en ayons depuis connu que deux semblables, à la Renaissance et au siècle des lumières... dans ces
époques rares pour une civilisation il apparaît clairement que les façonnements psychofamiliaux c'est-à-dire le
niveau de façonnement du psychisme sur lequel la thérapie systémique autant que la psychanalyse ont focalisé leur
efficace,
les façonnements psychofamiliaux cèdent le pas à un niveau psychosociétal de façonnement : les parents
qui arrivent à ma consultation en attestent bruyamment, quand ils s'écrient : « ce n'est pas possible que cet enfant
soit le nôtre, il n'a aucune de nos valeurs, aucun de nos repères ! »
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Bien sûr, je les rassure immédiatement en leur disant : « mais si !, c'est bien votre enfant, mais c'est aussi et avant
tout un mutant ! ».
J'ai rarement besoin d'en dire plus, ils me reçoivent 5 sur 5 !
Mais en quoi le temps intervient-il dans cette affaire ?
Je n'insiste pas sur le fait que le temps auquel nous avons affaire, le temps humain, est, quelle que soit sa forme, un
temps sociétalement, culturellement construit qui n'a que peu de choses à voir avec le superbe chronomètre suisse
que j'ai au poignet, ni avec le battement des cristaux de quartz.
Et il se trouve que la construction du temps humain
dans l'univers mutant semble être extrêmement différente de notre construction du temps. À quoi cela tient-il ? C'est
une longue histoire que je vais m'employer à résumer aussi brièvement et concrètement que possible.
Il me semble que le chemin le plus illustratif passe par la mise en perspective de certains piliers psychiques de notre
monde, avec certains piliers psychiques du monde mutant.
Le plus significatif, du point de vue de la construction du temps, me semble être :
Du côté du monde finissant, ce que j'appellerais les piliers : o« culpabilité par principe-réflexivité coupable »,
oet « soumission à l'autorité de mode paternel »
du côté du monde naissant, les piliers :
o« amnésie par principe »
oet « égalitarité ».
culpabilité par principe-réflexivité coupable
L'observation des effets de la mutation en cours a mis assez crûment en évidence ceci que notre psychisme, je parle
du psychisme occidental, est organisé autour du principe de culpabilité :
à considérer de près les modèles
classiques de l'éducation et de la pédagogie, ils apparaît en effet qu'ils se structurent en totalité autour de la certitude
d'une capacité suffisamment assurée des enfants à se sentir coupables par principe. Le terme « faute d'orthographe
» et la notation négative n'en sont que deux détails parmi cent.
Un dispositif « par principe » ne peut persister au fil du temps que s'il est sans cesse nourri et animé par une
pratique récurrente : ici, en l'occurrence, il s'agit de la réflexivité coupable.
La réflexivité est cette curieuse manie
que nous avons, de nous interroger à flux continu sur ce que nous avons fait et sur ce que nous allons faire, en
rapport à des références morales ou techniques, mais toujours me semble-t-il au bout du compte de type coupable.
Ce couple « culpabilité par principe - réflexivité coupable » construit pour nous une temporalité particulière, faite
d'une une incessante et anxieuse pérégrination entre un passé lourd de ratages et de péchés et un avenir fait
d'hésitations et de tergiversations, à la fois tendu vers la crainte de la récidive pécheresse et l'espoir de la
rédemption ;
quant au présent, il se dessine fatalement comme un espace particulièrement délicat, puisqu'il est
l'espace de toutes les occasions de défaillir et de fauter.
Il n'est donc pas étonnant que les sujets du monde que j'appelle finissant, moi-même et mes contemporains,
montrent si peu de compétences à vivre simplement le présent, en même temps qu'ils montrent une extraordinaire
agilité à produire en masse du passé et du futur et à s'y complaire, ou s'y morfondre, selon. Le 20ième siècle fut celui
de la névrose, la psychanalyse l'a décrit avec talent, et le monde du névrosé, la problématique majeure de la
névrose, normale ou non, est celle d'un univers coupable par principe, sans cesse auto-amplifié par la boucle
récursive « interdit / transgression / réflexivité coupable / angoisse / symptôme ». Ce temps est donc un temps long,
un temps qui s'étire sans cesse entre passé et futur.
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la soumission à l'autorité de mode paternel
Le second pilier que j'ai cru devoir sélectionner, concernant le monde finissant, est celui de « la soumission à
l'autorité de mode paternel ». L'autorité de mode paternel, que nous étions habitués à appeler « l'autorité », dans un
raccourci très significatif de la croyance dans laquelle nous étions de son caractère atemporel et universel, ce mode
particulier d'autorité est une autre cheville ouvrière du temps long, puisqu'elle préside à un principe de filiation
linéaire qui nous permet à tous de faire remonter nos appartenances familiales jusqu'à Godefroy de Bouillon ou
Adam, Eve, ou Lilith, par exemple. Le nom du père, pour paraphraser Lacan, le nom du père était ce fil, ou plutôt ce
câble d'acier qui nous reliait, qui faisait de nous des « appartenants à ».
Temps particulièrement long, puisqu'il y a toujours un père du père du père et un fils du fils du fils, indéfiniment, pour
nous rappeler que nous appartenons à.
Qu'en est-il de ces choses chez les enfants et les adolescents d'aujourd'hui, les mutants ?
Le pilier « culpabilité par principe / réflexivité coupable » a disparu de leur organisation psychique, au point que
nombre de psychanalystes craignent que cette disparition annonce l'Armageddon, la fin de l'humanité, au point que
Charles Melman , un de mes vieux maîtres, la décrive comme l'aphanisis de la pensée.
Il est vrai que le couple « culpabilité par principe / réflexivité coupable » était puissamment co-organisateur d'une
forme particulière de pensée, la pensée rationnalisante, une forme de pensée qui s'étire dans le temps et qui revient
sur elle-même, une forme de pensée qui se prête admirablement à l'écriture longue... St Augustin et ses «
confessions » en sont une première illustration, Descartes et ses « Règles pour la direction de l'esprit » en offrent
une autre.
Amnésiques par principe
Les mutants ne se sentent plus coupables par principe, ils sont libérés de ce joug : nous autres soixante-huitards le
souhaitions ardemment pour nous, et aujourd'hui nous le craignons frileusement de leur part et nous le critiquons... !
De fait, la disparition du support « culpabilité » dans la réflexivité semble l'avoir réduite, raccourcie en quelque
sorte... mais l'observation montre que c'est au bénéfice d'une plus grande réactivité, d'une décisionnalité plus vive,
dans laquelle les rationalisations semblent remplacées par de l'émotionnalisation. Cette place ménagée pour
l'expression émotionnelle, nous la souhaitions ardemment pour nous... et aujourd'hui nous la craignons frileusement
de leur part et nous la critiquons...
Ce temps d'émotionnalité-décisionnalité est un temps court, très court, d'autant plus court qu'il ne s'appuie plus sur
une mise en perspective d'un passé et d'un futur, mais sur un présent dense, sur l'instant. C'est pourquoi j'ai dit les
mutants « amnésiques » ; dans l'univers mutant, le passé est devenu objet de défiance : on peut les comprendre...
trois guerres horriblement meurtrières en l'espace d'un petit siècle dans notre petite Europe, des idéologies qui
toutes se sont montrées tout aussi terriblement meurtrières... ils ne s'en sentent évidemment pas coupables, et le
centre de leur vie s'est déplacé vers un présent compact, un présent dans lequel ils se doivent de se montrer en
permanence jouissants, comme le remarque Melman.
En cela, ils sont puissamment aidés par les objets hightech,
qui sont une source inépuisable de jouissances directes, à tel point d'ailleurs que la sexualité même s'en trouve
requalifiée comme une occurrence de jouissance parmi d'autres, plus fatigante et moins pratique que d'autres.
L'autorité de mode paternel et son cortège de soumission-révolte ont cessé de structurer le monde naissant, cette
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forme particulière d'autorité ne dispose plus dans ce monde naissant d'aucune délégation sociétale, d'aucune
légitimation symbolique ; la soumission n'est donc évidemment plus de mise chez le mutant moyen. Là encore,
remarquons que nous autres soixante-huitards le souhaitions ardemment pour nous, et qu'aujourd'hui nous le
craignons frileusement, avant tout cette fois pour ses effets sur nous !
L'autorité a aujourd'hui migré, avènement de l'individu oblige : d'autorité extérieure au sujet, elle est devenue
intérieure. Chez les mutants, elle est devenue autorité sur soi. De l'autorité de mode paternel, nous sommes donc
passés à l'autorité sur soi, nous sommes passés d'un univers hétéronome à un univers autonome, qui implique que
les mutants n'ont plus, comme nous le faisons, à chercher les motifs de leurs actions hors d'eux-mêmes, mais à
l'intérieur d'eux-mêmes. Là encore, le temps que nous étions habitués à découper en perception, réflexion, décision,
action s'en trouve singulièrement raccourci : les modèles les plus contemporains de la neuro-cognition s'en font
d'ailleurs l'écho, avec, par exemple, le très beau concept d'enaction .
Égalitaritaires :
En lieu et place des propositions de définition de la relation c'est-à-dire des modes d'interaction sociétalement définis
et dûment catégorisés par le monde finissant, qui étaient :
complémentarité, haute côté adulte ou supérieur hiérarchique, basse côté enfant ado ou subordonné,
et symétrie, c'est-à-dire relation de rivalité, de confrontation hostile entre sujets se pensant tous deux plus
égaux que l'autre,
...en lieu et place de ces propositions de définition de la relation pour lesquelles nous ne
connaissons aucune alternative, les mutants nous proposent un seul mode de définition de la relation, une
définition égalitaire de la relation. Voici ce qu'en dit mon collègue et ami Bernard Fourez qui travaille sur cette
mutation psychosociétale, depuis plus longtemps que moi : « le temps du vertical, du divin, est bien entendu
l'éternel ou du moins le très long,... celui de l'horizontal, de l'humain est un temps court. (...). L'importance
accordée à l'horizontal (...) sélectionnera la désarticulation passé / présent / futur et invitera bien plus du côté
paroxystique, du tout ou rien et des conduites de l'instant. (...) La permanence n'est plus de mise et devient
même suspecte dans les curriculum vitae car témoin d'une insuffisance adaptative. »
Nous autres soixante-huitards avions ardemment revendiquée l'égalité pour nous, et aujourd'hui nous nous
offusquons d'entendre des enfants et des adolescents nous parler « à égalité »... comme si nous étions leur copain
disons-nous... alors que nous attendons d'eux, complémentarité haute oblige, un minimum de déférence et de
soumission, complémentarité basse oblige.
Et comme « définition de la relation égalitaire » est un objet qui nous est
totalement étranger, nous l'interprétons en terme de proposition symétrique, de provocation à notre adresse... nous y
répondons à ce niveau et, à force de plus de la même chose de notre part, nous les instiguons à une violence dont
nous pouvons ensuite les accuser. C'est ainsi que nous co-produisons, entre monde finissant et monde naissant un
temps chaotique, un temps fait de peurs et de sentiment d'insécurité, au lieu que d'accueillir ces enfants et ces
adolescents qui sont les parents de demain !
Notre temps long véhicule et sacralise le couple culpabilité par principe - réflexivité coupable, le couple autorité de
mode paternel-soumission, le respect unilatéral du vertical hiérarchique, l'identité appartenancielle, l'hétéronomie, la
pensée rationnalisante faite d'hésitation, l'écriture longue, un présent évanescent, etc, etc.
Leur temps court véhicule l'égalitatité, le respect horizontal, mutuel, l'identité individuelle, l'autonomie, la pensée
émotionnalisante faite d'action, un présent compact, une jouissance de l'instant, etc, etc.
La confrontation entre ces deux mondes, confrontation dont nous portons la responsabilité puisqu'il nous appartient,
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à nous les adultes, d'accueillir ces enfants, ...le choix de la confrontation plutôt que de l'accueil, revient, il ne faut pas
nous le cacher, à sacrifier ces générations, à les pathologiser, les pré-délinquantiser, alors qu'il n'est pas si difficile
que cela de construire et de goûter avec eux de l'égalité dans la différence, du respect mutuel, un peu plus
d'émotionnalité, un peu moins de rationnalité, renoncer à l'argument d'autorité et son cortège d'injonctions à ne pas
penser, apprendre l'art de la conversation et l'injonction à penser, etc, etc. je peux d'ores et déjà vous confirmer que
celles et ceux, parents, éducateurs, enseignants, thérapeutes, qui s'y donnent déjà, y trouvent beaucoup plus que du
grain à moudre, un plaisir partagé.
Jean-Paul Gaillard
jpgaillard@aol.com
www.gaillard-systemique.com
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