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La nouvelle pauvreté et les stratégies en faveur des quartiers défavorisés à Hambourg - article ; n°3 ; vol.13, pg 291-303

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Espace, populations, sociétés - Année 1995 - Volume 13 - Numéro 3 - Pages 291-303
Les processus de globalisation et les restructurations économiques sont à la fois sources de compétitivité et causes de polarisation sociale et spatiale. Le cas de Hambourg démontre clairement cette ambiguité. Il s'agit de la région la plus riche de l'U.E. en termes de P.N.B. par tête et en même temps la grande ville la plus polarisée d'Allemagne. Après avoir fait face à son déclin industriel, la ville s'est engagée dans une stratégie «d'entreprise Hambourg» («from ship to chip»). Un des effets fut l'explosion des loyers et des coûts du logement et la polarisation des structures socio-spatiales, mesurée par les revenus imposables. Le Ministère du Développement Urbain de la ville-Etat a lancé un programme intégré de lutte contre la pauvreté et contre sa concentration spatiale dans huit quartiers. Des investissements dans de nouveaux emplois, de la rénovation urbaine, des stratégies d'émancipation et de qualification sont intégrés dans de nouvelles formes de gestion de quartier où la formation de réseaux et les processus de négociation sont essentiels. Elles intègrent les habitants, l'artisanat et les entreprises locales dans l'effort de développement en valorisant leur capital social et culturel. Ce programme de développement social urbain est aujourd'hui le plus ambitieux d'Allemagne.
New Poverty and Strategies for Deprived Neighbourhoods in Hamburg.
Globalisation processes and economic restructuring seem to be both economically competitive and booster social and socio-spatial polarisation. The case of Hamburg clearly shows this ambiguity. It is the richest region within the E.U. by GNP per capita, but at the same time the most polarised big city in Germany. After fighting industrial degradation successfully, the city runs its «Enterprise Hamburg» strategies («from ship to chip»). Besides other effects, rents and housing costs exploded and segregation patterns - measured by taxed incomes - polarised dramatically. The Ministry of Urban Development of the city state started integrating programmes to fight poverty and its spatial concentration in eight neighbourhoods. Investments in new jobs, urban renewal, empowerment and qualification strategies are to be integrated in new forms of neighbourhood management by networking and bargaining processes, integrating the sitting tenants, handicrafts and small firms by raising their cultural and social capital. Altogether, this programme is the most ambitious among the German cities.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1995
Nombre de lectures 43
Langue Français
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Jens S. Dangschat
Monika Alisch
La nouvelle pauvreté et les stratégies en faveur des quartiers
défavorisés à Hambourg
In: Espace, populations, sociétés, 1995-3. Les marginalités urbaines. pp. 291-303.
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Dangschat Jens S., Alisch Monika. La nouvelle pauvreté et les stratégies en faveur des quartiers défavorisés à Hambourg. In:
Espace, populations, sociétés, 1995-3. Les marginalités urbaines. pp. 291-303.
doi : 10.3406/espos.1995.1704
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/espos_0755-7809_1995_num_13_3_1704Résumé
Les processus de globalisation et les restructurations économiques sont à la fois sources de
compétitivité et causes de polarisation sociale et spatiale. Le cas de Hambourg démontre clairement
cette ambiguité. Il s'agit de la région la plus riche de l'U.E. en termes de P.N.B. par tête et en même
temps la grande ville la plus polarisée d'Allemagne. Après avoir fait face à son déclin industriel, la ville
s'est engagée dans une stratégie «d'entreprise Hambourg» («from ship to chip»). Un des effets fut
l'explosion des loyers et des coûts du logement et la polarisation des structures socio-spatiales,
mesurée par les revenus imposables. Le Ministère du Développement Urbain de la ville-Etat a lancé un
programme intégré de lutte contre la pauvreté et contre sa concentration spatiale dans huit quartiers.
Des investissements dans de nouveaux emplois, de la rénovation urbaine, des stratégies
d'émancipation et de qualification sont intégrés dans de nouvelles formes de gestion de quartier où la
formation de réseaux et les processus de négociation sont essentiels. Elles intègrent les habitants,
l'artisanat et les entreprises locales dans l'effort de développement en valorisant leur capital social et
culturel. Ce programme de développement social urbain est aujourd'hui le plus ambitieux d'Allemagne.
Abstract
New Poverty and Strategies for Deprived Neighbourhoods in Hamburg.
Globalisation processes and economic restructuring seem to be both economically competitive and
booster social and socio-spatial polarisation. The case of Hamburg clearly shows this ambiguity. It is the
richest region within the E.U. by GNP per capita, but at the same time the most polarised big city in
Germany. After fighting industrial degradation successfully, the city runs its «Enterprise Hamburg»
strategies («from ship to chip»). Besides other effects, rents and housing costs exploded and
segregation patterns - measured by taxed incomes - polarised dramatically. The Ministry of Urban
Development of the city state started integrating programmes to fight poverty and its spatial
concentration in eight neighbourhoods. Investments in new jobs, urban renewal, empowerment and
qualification strategies are to be integrated in new forms of neighbourhood management by networking
and bargaining processes, integrating the sitting tenants, handicrafts and small firms by raising their
cultural and social capital. Altogether, this programme is the most ambitious among the German cities.Universitat Hamburg Jens S. DANGSCHAT
Institiit fur Soziologie Monika ALISCH
Forschungstelle Vergleichende Stadforschung
Allende-Platz 1,D
D 20146 Hamburg
Allemagne
La nouvelle pauvreté et les
stratégies en faveur des quartiers
défavorisés à Hambourg
L'homogénéité 1. INTRODUCTION interne des régions a dimi Hambourg en ville-entreprise et d'y mener
nué en Europe Occidentale depuis 20 ans. une politique de développement local.
Mais en même temps, les régions riches, cel (Dangschat et Ossenbriigge, 1990).
les qui «gagnent» sur le plan économique, Hambourg est redevenue à la fin des années
se sont marquées par une polarisation socio- 80 une ville pilote et a repris sa première
économique croissante. Elle se traduit par place parmi les régions d'Europe. Cepend
une hétérogénéisation des groupes socio-cul ant, les inégalités sociales ont augmenté et
turels (multi-culturalité, individualisation du la pauvreté se concentre dans certains quart
style de vie) et des ségrégations sociales et iers urbains de façon inhabituelle pour l'A
spatiales multiples. llemagne. De plus, c'est parce que la paix
La globalisation économique d'une part, et sociale apparut menacée et en particulier la
les réponses sur le plan des systèmes de ré légitimation de la politique communale du
gulation nationale et locale d'autre part, ont SPD (Parti Social-Démocrate d'Allemagne),
transformé certaines villes en «global cities», mais surtout parce que certains partis d'ex
trême droite purent entrer au conseil municmarquées par des polarisations sociale et
socio-spatiale. Ces métropoles régionales ipal que le gouvernement local vota une
sont confrontées au problème suivant : compolitique qui devait combattre la concentrat
ion de pauvreté, déjà fort visible. En même ment profiter de cette globalisation, en évi
tant en même temps ses conséquences néga temps, on essaya de développer une «straté
gie sociale urbaine» pour prévenir un rentives? Hambourg est une ville qui, dès 1983,
avait adopté une attitude volontariste face à forcement de la concentration de pauvreté.
la concurrence internationale. La région la Hambourg offre un exemple du problème
plus riche de la CEE jusqu'au milieu des structurel des régions européennes en forte
années 70 était, en raison de problèmes éco croissance. Elles ne sont mondialement con
nomiques structurels, retombée au niveau de currentielles qu'au prix de dérégulations et
la moyenne supérieure des régions. C'est ce flexibilisations. En conséquence, la polit
qu'expliquait le Maire de l'époque, Klaus ique sur le plan régional et municipal est pla
von Dohnanyi, qui proposait de transformer cée devant le problème suivant: comment 292
renforcer la croissance économique existante rique de la thèse de la «global city» sur
sans provoquer une polarisation entre pau l'exemple de la Randstad aux Pays-Bas.
vres et riches et une marginalisation d'une Cette cohésion des polarisations socio-éc
partie de la population? En effet, la pau onomique et socio-spatiale dépend non seu
vreté doit être considérée comme partie in lement de l'hétérogénéisation socio-cultur
tégrante du «nouveau» développement éco elle, mais aussi de la régulation locale par
nomique. Comme le démontrent les thèses les politiques sociale, du logement et du dé
de «dual city» et «global city», celui-ci s'a veloppement urbain. Ces dernières expli
ccompagne nécessairement d'une polarisation quent que des villes dont l'économie régio
socio-économique (Sassen, 1991). Toutef nale est peu liée aux effets de la globali
ois, aucune distinction n'y est faite entre la sation, peuvent aussi être régulées par les
polarisation sociale et la polarisation spat pouvoirs locaux de la même façon que les
iale. Or, même si chacun de ces processus «global-cities». Une restructuration munici
prend forme à partir des bouleversements pale peut, selon ces thèses, prendre nais
sur le marché du travail et du logement, il sance grâce à l'économie régionale (restruc
n'y a pas pour autant concordance parfaite turation économique) ou à la politique lo
entre leurs formes de ségrégation. Ainsi, cale (restructuration politique). Le cas de
Hamnett (1994) s'est limité à la restructura Hambourg appartient plus particulièrement
tion de la société lors de son examen à ce dernier modèle.
2. «L'ENTREPRISE HAMBOURG»: UN EXEMPLE DE VILLE POLARISANTE
de l'Asie Orientale (Dangschat et Ossen- Hambourg est avec 1,7 million d'habitants
la deuxième ville d'Allemagne. Elle n'est briigge 1990).
certainement pas la ville allemande la plus von Dohnanyi rompit les liens corporatistes
exposée à l'interpénétration globale des éco qui s'étaient tissés autour des intérêts du port
nomies (certainement moins que Francfort/ entre l'aile droite du SPD, les corporations
Main, Munich mais aussi Berlin dans l'aven de marchands, les firmes portuaires de la
ir). Les raisons du développement vers une chambre de commerce et les syndicats.
«global city» doivent y être recherchées dans Ainsi, «l'avenir de Hambourg ne se situe
la politique de l'Etat de Hambourg qui est plus sur l'eau mais plutôt sur la terre». Un
volontariste en matière de croissance et deuxième axe de coopération fut mis en
d'implantation. Il s'agira ici de mettre en place par la chambre de commerce qui ré
évidence les tendances de polarisation et clama, sous le couvert de la consolidation
d'hétérogénéisation sociale d'une part et les budgétaire, une planification plus efficace,
hiérarchisations spatiales entre quartiers «r plus souple et plus optimiste, à traduire dans
iches» et quartiers «pauvres» d'autre part. les règlements existant concernant l'urba
Depuis 1983, selon un discours du maire nisme, les taxes urbanistiques et de protec
von Dohnanyi, la ville de Hambourg est de tion de l'environnement. Il s'agit clairement
venue «l'entreprise Hambourg». Six mois d'une demande pour plus de flexibilité et de
plus tard, la chambre de commerce décide, dérégulation, qui a d'ailleurs été réalisée.
après une discussion interne, de délaisser les Ces activités ont été fédérées dans la «Hamb
activités traditionnelles (fonction portuaire, urger Wirtschaftsfôrderungsgesellschaft»
commerce, construction navale et politique (HWF) (société d'encouragement économi
conservatrice de croissance) et d'affronter que de Hambourg) fondée en 1984. La HWF
la concurrence mondiale dans d'autres do devait - en se libérant des décisions (trop)
maines: technologie, médias, transport comb lentes de l'administration et de l'influence
du SPD - assurer le maintien des entreprises iné, services aux entreprises, recherche et
développement («from ship to chip»). Ainsi présentes mais aussi amener de nouvelles
furent créés l'Université Technique, un Ser firmes à Hambourg. Dotée d'un budget par
vice de Consultation Technologique et sur les autorités économiques, elle est relativ
tout une société de développement écono ement indépendante et soustraite à tout con
mique qui a surtout attiré des investisseurs trôle parlementaire. Elle est donc aussi un 293
exemple de partenariat privé-public allant concentre donc sur la bourgeoisie et ses ac
vers la flexibilité d'action au prix d'une teurs, symboles du nouvel essor économi
dérégulation de la démocratie parlementaire. que et de ses dirigeants.
Son succès est mesuré en investissements et Après la crise économique profonde entre
en emplois. Le but de la HWF est de courti 1978 et 1986 qui fut plus difficile et plus
ser des firmes dans les domaines particul longue que dans le sud de l'Allemagne,
iers des médias, de l'information, de l' élec l'économie hambourgeoise s'est finalement
trotechnique, du transport aérien, de la mé reprise grâce à un heureux concours de ci
decine, de la biotechnique, de l'environne rconstances (avantage de coûts sur le plan
ment et des services aux entreprises por national, «tête de pont» des investissements
tuaires (transport et transbordement) ; les suédois, unification allemande), et s'est re
centres de gravités régionaux retombaient trouvée de nouveau en bonne position par
sur les relations commerciales traditionnell rapport à la concurrence européenne.
es: Asie de l'Est, Scandinavie, Europe
Communautaire (en particulier la Grande- 2.1. Développement économique, aide so
Bretagne) et les Etats de la Nouvelle Anglet ciale et politique de logement
erre aux Etats-Unis. A côté de cela, plu Sur le plan de la puissance économique ou
sieurs réseaux informationnels ont été mis de la fortune privée, Hambourg est une des
au point pour accélérer le transfert d'infor villes les plus riches de l'Union Européenne.
mation et de savoir : des exemples de parte Mais en même temps, elle compte le plus
nariats fonctionnels privés-publics. grand nombre de bénéficiaires d'aide sociale
Les mesures suivantes de von Dohnanyi en Allemagne. En outre, le montant d'aide
concernaient le renforcement des facteurs sociale par bénéficiaire et par habitant est le
«mous» de localisation : l'aménagement cul plus élevé d'Allemagne. A noter que les pre
turel (Musées et Festivals), d'espaces de miers rapports sur la pauvreté et les problè
foire commerciale et sportifs, le développe mes de logement à Hambourg ne furent pré
ment du tourisme et la création d'une «nou sentés par l'Administration qu'en 1993
velle» classe moyenne, porteuse de créati (BAGS, 1993). Par la suite, un observatoire
vité. Ce partenariat entre la politique, l'ad de la pauvreté fut mis sur pied.
ministration, l'économie et la science a été Le développement de la pauvreté est lié au
légitimé publiquement par la «théorie du fi marché du travail. Le taux de chômage s'ac
ltrage: «... à Hambourg, les défavorisés ne croît à Hambourg depuis les années
peuvent être vraiment protégés que si les soixante-dix, pour dépasser la moyenne fé
riches restent pour payer des impôts» dérale à partir de 1982. En 1987, un max
(Dohnanyi, 1983 : 21). imum de 100000 chômeurs (13,9%) est at
Lors d'une conférence du SPD, à propos de teint (figure 1). Ensuite le chômage diminua
la politique de développement municipal, en jusqu'à 60000 en 1992 pour augmenter de
mai 1989, l'adjoint à la construction, nouveau en raison de la récession mondiale.
E. Wagner, constata que la restructuration Le développement du chômage dans les vil
les d'Allemagne de l'Ouest est un contre- économique avait engendré une forte de
mande en personnel hautement qualifié dans exemple de celui de l'Europe Occidentale,
les domaines techniques, marchands et les puisque la réunification a allongé la phase
services aux entreprises. Cette nouvelle favorable et que la récession s'est répercu
classe moyenne urbaine préfère un environ tée plus tard.
nement urbain central, déjà présent à Hamb La montée du chômage à Hambourg est in
ourg, mais qu'il fallait encore développer. tense dans les secteurs du commerce
En conséquence, la politique urbaine s'at (-14000 emplois entre 1977 et 1987), du
tela à la restructuration du centre-ville. Elle transport et des moyens de communication
répond à la fois aux besoins des touristes, (-16000), mais aussi dans le secteur secon
des congressistes et des consommateurs à la daire (-38000). Une grande part de l'exten
sion d'offres d'emplois depuis la moitié des mobilité et au pouvoir d'achat élevés, et à
ces nouvelles couches sociales supérieures années quatre-vingt concerne des emplois à
temps partiel. De même, le nombre d'empqui aiment ce genre d'environnement pour
y étaler leur aisance. La politique urbaine se lois précaires augmenta sensiblement (il j
294
Figure 1: Taux de chômage dans quelques villes allemandes et en Allemagne de l'Ouest
1980 1965 1990 1991
-Berlin -«-Dortmund -*- Hamburg -*- Frankfurt am Main -«-Munchen -•- BRD insgesamt (nur West)
Figure 2: Evolution du nombre de chômeurs et d'assistés sociaux (aide à la subsistance), Hambourg 1983-1993
-HLU
-Arbettslote
1983 1984 1985 1986 1987 1988 1990 1991 1992 1993
HLU = Bénéficiaires de l'Aide Sociale
Arbeitslose = Chômeurs 295
s'agit d'emplois au salaire mensuel inférieur Hambourg à un parc d'environ 800 000 l
à 580 DM, sous la limite d'assujettissement ogements et, selon les estimations, il manque
à la Sécurité Sociale). de 50 000 à 100 000 logements, suite à une
Malgré la hausse de la conjoncture (le pro mauvaise estimation de la demande de l
duit social brut est passé de 77 à 94 millions ogement en 1983 induisant une stagnation de
de DM entre 1983 et 1988 pour atteindre la construction. Le recensement de 1987 ré
124 millions en 1992), la pauvreté n'a pas véla un déficit de près de 40 000 logements
diminué. Depuis 1987, le chômage diminue, et le programme de construction fut relancé,
mais le nombre de bénéficiaires d'aide so sans pouvoir rattrapper le retard (12 000 l
ciale continue à augmenter (figure 2). Envi ogements achevés entre 1987 et 1990; 7 000
ron un Hambourgeois sur dix vit de l'aide à 8 000 logements par an depuis lors).
sociale; pour les enfants en âge pré-scolaire, En 1993, le citoyen hambourgeois dispose
d'une surface habitable de 35,2m2 en la proportion est de plus de 20% ; chez les
moyenne, soit 4,1m2 de plus qu'en 1978. jeunes, elle est de 15%.
Ce paradoxe indique que la globalisation de Mais plus de 7% des ménages vivent dans
l'économie régionale n'est pas, dans son i un logement surpeuplé (moins d'une pièce
ncidence sur le marché du travail, la seule par personne).
responsable de la polarisation urbaine et
donc de l'augmentation de la pauvreté. Les Le manque de logements et la situation éco
raisons doivent aussi être recherchées en nomique se reflètent dans les prix locatifs.
dehors du marché du travail, à savoir les Entre 1980 et 1989, les loyers étaient sta
conséquences directes et indirectes de la bles (sauf ceux des logements neufs dans
mise en place de «l'entreprise Hambourg» les bons quartiers). Conséquence du redre
et les changements sur le marché du loge ssement économique, ils augmentèrent en
ment. moyenne de 15 à 22% par an entre 1989 et
L'effet indirect a pour origine l'immigrat 1992, avec des pointes locales de 30%. La
raison en était l'interférence entre l' immigion depuis la fin des années quatre-vingt
d'Allemands de souche venus de Pologne, ration croissante et l'augmentation de la
de Roumanie et des républiques de l' ex- demande de surface habitable des ménages
Union Soviétique mais aussi celle des de hambourgeois. Après, les loyers chutèrent
mandeurs d'asile. de nouveau en raison de la récession.
Tableau 1: L'évolution des loyers à Hambourg, 1985 - 1992
Construits avant 1948 Construits après 1948 Première mise en location
Qualité Qualité Qualité
Année Moyenne Bonne Moyenne Bonne Moyenne Bonne
1985 8,50 11,50 10,00 12,50 12,00 14,00
1986 8,50 9,50 12,00 11,50 13,00
1987 8,50 9,50 9,50
1988 10,00 10,00 11,50 11,50 15,00
1989 8,50 11,00 12,50 12,00
1990 10,50 14,50 12,00 15,00 15,00 18,50
1991 12,00 16,00 13,00 17,00 17,00 20,00
1992 12,50 18,50 15,00 18,00 20,00 22,50
1993 13,50 15,25 10,50 23,00
1994 13,85 17,20 15,45 18,60 20,00
Changements en % par an
1985 - 1992 5,4 7,4 7,0 5,5 6,1 7,1 - 1989 0,0 -1,1 0,0 0,0 0,0 1,8
1989 - 1992 15,7 16,7 16,7 14,7 22,2 16,7
1992 - 1994 5,4 2,1 1,5 1,7 0,0 1,1
Source: Ring Deutscher Makler, Mietpreisspiegel 296
L'augmentation des charges de loyer, qui Une enquête concernant 1% de la populat
ion montre que le loyer moyen (sans les est intervenue entre 1978 et 1985, a ren
charges de chauffage) représentait 16% du forcé la ségrégation des ménages aux reve
budget du ménage en 1978, mais 22% en nus faibles et moyens puisque les logements
1993 (figure 3). 6% des ménages consa subventionnés ne leur sont plus accessibles
craient plus de 35% de leur revenu au loyer alors qu'ils avaient été prévus pour de «lar
en 1978, contre 20% en 1993. ges catégories de la population». Cela se
Cette charge du loyer dépend surtout des traduit par une concentration croissante des
«perdants» du développement économique revenus. Un ménage au revenu net mensuel
de 1 200 DM consacre 46% de son revenu dans la partie orientale de la ville, dans les
au loyer. Par contre, quand les revenus dé quartiers reconstruits dans les années qua
passent 4 000 DM, la part du loyer descend rante et cinquante (figures 4 et 5).
en dessous de 20%. En réalité, l'écart est Les loyers ont grimpé dans le secteur sub
plus grand puisque dans le premier cas, il ventionné à cause de la diminution des
ne reste que 650 DM pour vivre et par cont ventions d'une part et du démantèlement
re au moins 3 200 DM, dans le second. De du secteur d'autre part. La logique finan
plus, les conditions de logement et de vie cière de la construction publique de loge
des ménages aisés sont bien meilleures. ments prévoit des délais de recouvrement
L'enquête montre aussi que les charges lo des emprunts de plus en plus courts et des
hausses de loyers correspondantes. Le nombcatives élevées frappent des catégories
socio-démographique particulières: les étu re de logements sociaux locatifs diminue
diants dépensent en moyenne 37% de leur drastiquement puisque à la fin du rembour
sement des emprunts ils rejoignent le marrevenu pour leur loyer, les familles monop
arentales 34%, les chômeurs et les bénéfi ché libre.
ciaires d'aide sociale 33%, les retraitées Entre 1948 et 1992, environ 410000 loge
29% et les jeunes femmes célibataires 28%. ments ont été construits avec des emprunts
Figure 3: Part des loyers dans le budget des ménages, Hambourg 1978, 1985 et 1993
Pourcentage des ménages
30 -,
20-
10-
moinsdelO de 10 à 15 de 15 à 20 de 20 à 25 de 25 à 30 de 30 à 35 plus de 35
Montant du loyer en pourcentage des revenus du ménage
I I1978 Kl 1985 BU 1993 297
publics. Plus de la moitié a été entre temps de la réussite de toute la ville.
sortie du statut de logement social. Ce trans Alors que le centre-ville, devenu «vitrine»
fert est très rapide ces dernières années (en de la ville dans le cadre de la concurrence
tre 20000 et 25 000 par an), si bien qu'à la inter-urbaine a bénéficié d'une planification
fin de cette décennie Hambourg ne compt soignée, d'autres quartiers résidentiels ont
era plus que 90000 logements sociaux lo été négligés. En l'absence d'une planifica
catifs. Le secteur ne sera probablement tion continue et de fonds d'entretien et de
même plus suffisant pour héberger les quel rénovation, le logement s'y dégrade. Cette
que 150000 ménages bénéficiaires d'aide dégradation est renforcée par les processus
sociale. du marché du logement, la politique d'attr
Des bordereaux d'accès ont été donnés aux ibution des logements sociaux, et la polit
ménages ayant droit au logement social. ique de répartition des demandeurs d'asile,
Leur nombre augmenta de 37 600 en 1982 à créant une concentration des groupes à fai
46400 en 1987. Conséquence du renforce bles revenus. Leurs chances de participation
ment des conditions d'obtention des borde et d'émancipation sociale sont limitées en
reaux et des longs délais d'obtention d'un raison de leur concentration. Ces quartiers
concentrent, par des mécanismes de répullogement, ce chiffre tomba à 18600 en
1992. Parmi les requérants, 38% obtinrent sion socio-spatiale, les différents risques de
un logement social en moins d'un an en pauvreté : revenus faibles ou irréguliers, dé
1982; en 1988 la proportion tomba à 28% et pendance de l'aide sociale, âge, maladie, fa
elle était voisine de ce chiffre en 1992 mal milles monoparentales, étrangers et chô
gré les conditions d'accès plus sévères. meurs.
Seuls les ménages ayant un besoin urgent De cette manière, la politique de développe
de logement ont un taux d'accès satisfai ment urbain et celle du logement ont engen
sant, mais seuls deux tiers de ces demand dré une aggravation de la pauvreté et sa con
eurs ont été satisfaits en moins d'un an. centration spatiale. On trouve ces poches de
En même temps, la ville a mis en place une pauvreté dans trois segments du marché du
politique urbaine visant à rendre le centre- logement. Les grands ensembles en péri
ville attractif pour les bureaux, le commerce phérie, construits dans les années soixante-
et les activités de loisir. Dans le secteur des dix; les immeubles des cinquante,
bureaux, la construction a connu un 'boom' pauvrement équipés et relativement isolés;
entre 1989 et 1992. Plus de 900000 m2, soit les logements anciens dans les quartiers cen
10% de la surface actuelle de bureaux ont traux peu attractifs, qui n'ont pas encore été
été construits dans ces années. Malgré les touchés par l'arrivée des classes sociales
200 000 m2 de bureaux vides et la récession, aisées.
la construction de bureaux reste un investi
ssement attractif en raison d'encouragements 2.2. La ségrégétion résidentielle
fiscaux. Par ailleurs, la Chambre de Com Les villes allemandes connaissent depuis
merce de Hambourg se réjouit de la chute longtemps une ségrégation spatiale entre ca
des tarifs d'achat et de location de bureaux, tégories socio-professionnelles et types de
puisqu'il s'agit d'un argument supplément ménages. Mais la ségrégation selon les re
aire pour attirer les activités tertiaires dans venus devient plus significative. La polari
la ville. sation croissante des revenus fait apparaître
à la fois une «nouvelle» pauvreté et la croisLa politique municipale encourageait égale
ment le développement de constructions et sance de la richesse et du bien-être.
Les statistiques fiscales des revenus et des la transformaton d'artères en style post-mod
salaires entre 1980 et 1989 montrent que la erne, l'érection de galeries commerçantes,
catégorie des revenus inférieurs s'est peu de nouveaux centres culturels, d'hôtels, res
modifiée, ce qui s'explique par le fait que taurants et logements de haut de gamme
dans le centre-ville, créant ainsi le décor les revenus les plus bas ne sont pas imposab
les et n'apparaissent donc pas dans ces stalequel se plaisent les nouvelles classes
tistiques. Par contre la catégorie supérieure aisées. Ainsi dans les plans d'urbanisation,
un soin particulier a été porté à l'esthétique (plus de 75000 DM par an) est passée de
du centre- ville appelé à devenir le symbole 6,9% à 16,2%. 298
Sur la base du revenu fiscal moyen, seuls Les quartiers riches sont devenus relativ
deux quartiers pouvaient être considérés ement plus riches. Ainsi, le revenu fiscal
comme pauvres en 1980 (moins de 70% du moyen de Othomarschen représente 5,7 fois
la moyenne municipale, celui de Blankenese revenu moyen) : Sankt-Pauli à l'ouest et
7 fois, celui de Nienstedten 13,6 fois; entre Dulsberg au nord-est. A l'opposé, il y a 10
quartiers «riches» (dans les faubourgs à 1986 et 1989 (période du «boom» économi
proximité de l'Elbe à l'ouest, et dans les que) il est passé de 130000 à 316000 DM.
«villages forestiers» du nord) avec des re Pendant la même période, la moyenne
venus supérieurs à 150% de la moyenne hambourgeoise n'a augmenté que de 4000
hambourgeoise (Nienstedten, sur la rive DM par an.
droite de l'Elbe, est le quartier le plus riche Mais il ne s'agit plus exactement des mê
avec un revenu 2,3 fois supérieur à la mes quartiers qu'en 1980. La deuxième
moyenne). La partie la plus importante de ceinture de l'Elbe (c'est-à-dire plus éloi
la ville se situe dans des niveaux à proxi gnée) et une partie des «villages forestiers»
mité de la moyenne (entre 90% et 100% de ont disparu de la liste. Le centre-ville est
la moyenne municipale). devenu plus contrasté, conséquence polari
La figure 5 montre la répartition 9 ans plus sante de la demande croissante de logements
à proximité du centre-ville et plus particutard avec une opposition plus affirmée, ré
vélant la polarisation spatiale. Les quartiers lièrement à cause de l'arrivée de la bour
les plus pauvres sont maintenant plus nom geoisie et marqué par les revenus moyens
breux (14) mais sont aussi devenus plus pau de certains quartiers tels que Rotherbaum et
vres (Sankt-Pauli a un revenu moyen impos Harvestehude à l'ouest et au nord du centre.
able égal à 56% de la moyenne et Dulsberg En général, la revalorisation des quartiers à
58%). La concentration de la pauvreté s'est proximité du centre-ville s'opère dans un
étendue dans les zones orientales du centre- axe nord-sud. A l'opposé, la pauvreté a par
ville, oubliées par les opérations municipal ticulièrement progressé à Osdorf (à l'ouest
es de rénovation urbaine, dans les grands du centre) enfin à l'est et au sud de la ville,
ensembles des années soixante-dix et qua dans des quartiers comme Sankt Georg,
tre-vingt, à Wilhelmsburg et Harburg, tous Wilhelmsburg (quartiers proches du centre),
deux des quartiers ouvriers au sud de la Hamm, Horn, Barmbek (quartiers des an
ville, avec une structure mixte habitat-en nées cinquante), Osdorfer Born, Kirchdorf-
treprise fondée sur l'activité portuaire Stid et Mummelmannsberg (grands ensemb
aujourd'hui menacée d'extinction. les).
3. UNE STRATÉGIE EN FAVEUR DES QUARTIERS DÉFAVORISÉS
- améliorer les conditions de vie des habiPuisque les causes de la pauvreté urbaine et
de la concentration spatiale de la pauvreté tants des quartiers défavorisés («traiter la
se situent essentiellement sur le plan concentration de pauvreté»);
- rétablir l'équivalence des conditions de vie, societal, les communes et même l'Etat de
Hambourg n'ont qu'une emprise limitée sur une politique de logement répondant aux
le problème. Une politique de développe besoins et un habitat adapté («démanteler
ment urbain intégré doit plus qu'avant les disparités intra-urbaines»).
s'orienter vers le problème du logement et Les décideurs politiques de la ville de Hamb
sur les besoins culturels et sociaux de la ourg s'y sont résolus au début des années
population et rechercher l'harmonisation so quatre-vingt-dix, en étudiant les symptômes
ciale. Le but de cette politique peut être dé du développement de la pauvreté et en défi
crit par trois stratégies: nissant des concepts et des programmes axés
- empêcher et dissoudre la concentration de sur l'amélioration des conditions de vie dans
population défavorisée dans des conditions les quartiers défavorisés.
de logement et d'habitat dégradé, qui ren Ces mesures s'expliquent par la visibilité
forcent leur marginalisation (il s'agit d'évi grandissante de l'appauvrissement et de la
ter le «double préjudice»); concentration de la pauvreté dans certains