la politique linguistique au Cameroun

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Cet exposé académique a pour but de découvrir les fondements théoriques du concept de politique linguistique et voir son application dans un pays, le Cameroun.
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Publié le 12 mars 2014
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UNE  I  SET  AIS
 FCAMEROON *** – FATHERLAND *** OF YAOUNDE I ***  ARTS,LETTERS  LSCIENCES ***  EPARTMENT *** TER II
LMF 541 : OLITIQUESLINGUISTIQUES EXPOSÉ :  UES Sous la direction de : Pr Paul ZANG ZANG
Année académique 2012 / 2013
NOMS DES EXPOSANTS BOYOM TATAP Théclaire10B151 MANI MENDOUGA Jeanne Liliane06J341 MASSE Eugène11K664 NGOUEGNI LONTOUO Léna Monique08H704 NONO KUETCHE Paulette06L216 SIMO TCHUENKAM Gaëlle08G410 TAGOUENIN KOUETE Bodouin08I414 TCHAMAKOUA NGAKMENI Axelle06G311
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INTRODUCTION
Le Cameroun est un pays plurilingue. Après plusieurs années passées à rejeter les langues nationales, les pouvoirs publics ont enfin pris conscience de l’importance des langues nationales pour la promotion de la diversité culturelle. Ainsi, la politique linguistique a énormément évolué au Cameroun, au point d’amorcer une nouvelle ère. Ainsi, l’analyse de la politique linguistique du Cameroun présente un grand intérêt pour tout chercheur camerounais. Notre principale préoccupation est donc de nous interroger sur la nature de la nouvelle politique linguistique du Cameroun. Notre réflexion sera axée sur deux grands points :une partie consacrée à la théorie. Nous y aborderons la définition de la politique linguistique, de l’aménagement linguistique. Nous présenterons les fondements de la politique linguistique et les types d’aménagement linguistique. Nous montrerons les étapes incontournables de l’élaboration d’une politique linguistique et de l’aménagement linguistique. La deuxième partie est consacrée à l’analyse de la situation camerounaise. Ce sera le lieu d’évoquer la situation démolinguistique du pays, avant de faire un rappel historique de l’évolution des rapports linguistiques français/anglais – langues nationales au Cameroun. Nous présenterons ensuite le cadre de scolarisation bilingue/plurilingue au Cameroun. Enfin, la dernière partie jettera un regard critique en essayant d’apporter des suggestions à l’amélioration des efforts déjà fournis.
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PREMIÈRE PARTIE – THÉORIE
I/ LA POLITIQUE LINGUISTIQUE
I.1) Qu’est-ce que la politique linguistique ?
De manière générale, une politique linguistique désigne un ensemble d’actions menées ou de décisions prises dans le but de réguler l’usage d’une langue dans un espace donné. Il s’agit donc d’un terme large et englobant. Ainsi, la politique linguistique peut s’exercer à plusieurs échelles de la société, de la plus haute hiérarchie à la cellule familiale.
À titre illustratif, une famille au sein de laquelle se pratiquent une ou plusieurs langues nationales opte pour une politique linguistique promouvant ces langues. De même, établir des lois au sujet de telle(s) ou telle(s) langue(s) constitue pour un État le moyen de gérer lesdites langues au sein de son territoire. La politique linguistique peut donc être le fait d’un gouvernement, d’un acteur social, dans le but d’orienter l’utilisation d’une ou de 1 plusieurs langues au sein d’un « territoire».
Dans le cadre cet exposé, il sera essentiellement question des décisions prises par un État, celui du Cameroun, et de la mise en application de celles-ci sur l’ensemble de son territoire.
I.2) Les fondements de la politique linguistique
Concernantl’importance des langues, Mme Irina Bokova, Directrice générale de l’UNESCO déclare :
«Les langues maternelles, de même que la diversité linguistique, sont importantes pour l’identité de l’individu. Sources de créativité et vecteurs d’expression culturelle, elles sont également importantes pour la santé des sociétés. En particulier, les langues sont des facteurs de développement et de croissance.[…]Les langues sont aussi l’amorce d’un développement plus durable et d’une gestion plus
1 Nous entendons ce terme dans son sens le plus large. Il peut tout aussi bien s’agir d’un pays, que des arrondissements qui le composent, ou encore de la famille ou même de classes sociales, etc.…
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harmonieuse [des] liens avec l’environnement et avec le 2 changement.»
Cela explique que la langue soit régulièrement liée à des questions d’identité, de partage de pouvoir et même d’économie, si bien que les problèmes linguistiques sont complexes. Le Professeur Paul Zang Zang ajoute qu’ils s’amalgament toujours aux problèmes éthiques, identitaires et même hégémoniques. De ce fait, la politique linguistique s’appuie sur des fondements politiques et juridiques.
D’un point de vue politique, plusieurs raisons peuvent justifier le choix d’une politique linguistique.
Une politique linguistique peut être adoptée pour protéger la valeur patrimoniale d’une langue ou pour redonner préséance à une langue dominée. En Afrique, les langues des peuples indigènes ont été minorées à cause de la colonisation. Conscients du pouvoir de la langue et dans leur désir d’assimilation culturelle, les colons d’Afrique ont obligé les autochtones à apprendre leurs langues et à délaisser les leurs. Plus tard, au moment des indépendances, la réussite sociale passe par la maîtrise de la langue de l’ancien conquérant, ce qui a encouragé les nouvelles générations à « renoncer » à leurs langues vernaculaires.
Une politique linguistique peut également servir à prévenir ou à régler des conflits entre différentes communautés de locuteurs, conflits possibles si l’usage respectif des langues n’est pas précisé et encadré. Dans plusieurs pays du monde, des régions ont réclamé leur autonomie sur la base de la langue: le Québec au Canada, la Flamande en Belgique… Au Cameroun, dans le but de prévenir des conflits sociaux dus à l’officialisation de quelque langue vernaculaire, le français et l’anglais – langues des colonisateurs – deviennent les langues officielles.
Au-delà des fondements politiques, toute politique linguistique dispose également d’un encadrement juridique.
La législation linguistique repose sur un ensemble de textes juridiques : lois, décrets, règlements… De nombreux gouvernements pratiquent la politique linguistique par le biais de la législation. Ces textes ont généralement pour buts d’établir des règles qui déterminent le choix des langues dans certains domaines de la vie sociale, et de définir les circonstances qui
2 Cameroun. SIL,Rapport annuel. Déterminés à servir, 2011, p. 8.
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peuvent garantir l’usage de la langue, notamment la protection à laquelle aspirent les minorités linguistiques.
II/ L’AMÉNAGEMENT LINGUISTIQUE
II.1) Le concept d’aménagement linguistique
Le concept d’ «aménagement linguistique » apparaît comme la traduction française dulanguage planningproposé en 1959 par Einard Haugen. Le terme anglais est anglais, d’abord traduit par «planification linguistique» et désigne l’intervention sur le code linguistique d’une langue, en vue de sa standardisation. Plus tard, «planification linguistique » est remplacée par « aménagement linguistique », sous l’impulsion du linguiste Jean-Claude Corbeil.
De manière générale, l’aménagement linguistique est l’application d’une politique linguistique. L’aménagement linguistique repose donc sur des stratégies et des moyens à mettre en œuvre pour atteindre les objectifs fixés par la politique linguistique. L’aménagement linguistique suppose dons la maîtrise de la situation linguistique du territoire donné.
II.2) Les types d’aménagement linguistique
L’aménagement linguistique relève généralement de deux enjeux, théorique et méthodologique.
Sur le plan théorique, il s’agit du marché linguistique de la connaissance, point 3 d’ancrage des langues africaines et des langues européennes. Macklup, cité par Mattelart , remarque que la connaissance en tant qu’information possède une valeur marchande qui tend à instaurer une inégalité des droits humains. En effet, pour accéder à l’information, le prix à payer est la connaissance de la langue de transmission de la dite information. De ce fait, elle est structurée diversement par rapport à l’offre linguistique et à la demande sociale.
En Afrique, l’offre linguistique est constituée de langues africaines et de langues européennes, héritées de la colonisation. La demande sociale quant à elle s’exprime par des 3 A. Mattelart,Histoire de la société d’information, Paris, La Découverte, 2003.
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besoins en connaissances universelles (éducation scolaire, médecine, technologies…) et des connaissances particulières (musique, artisanat, pharmacopée…). Ces deux pôles de connaissances constituent en Afrique deux types de marché linguistique de la connaissance : le marché global – celui de la connaissance universelle – et le marché local. Les peuples africains ont ainsi deux défis majeurs à relever: d’un point de vue local, aménager suffisamment les langues locales pour les rendre plus aptes à transmettre les connaissances au niveau local ; au niveau global, rendre les langues africaines plus compétitives sur le marché international de l’information.
Pour atteindre ces objectifs, sur le plan méthodologique, l’insertion des langues africaines (ou de tout autre langue d’ailleurs) dans le sillage de la connaissance universelle passe par trois étapes cruciales : l’instrumentalisation, l’informatisation et la numérisation.
4 L’instrumentalisation, consiste à, dans la terminologie de Nicole Gueunier préparer les langues à devenir fonctionnelles et utiles. Pour s’y faire, deux niveaux d’aménagement s’imposent : l’aménagement du statut et l’aménagement des corpus.
|L’aménagement du statut
Aménager le statut des langues consiste dans un premier temps à déterminer les langues sur lesquelles il faut intervenir de façon prioritaire, celles qui feront l’objet d’intervention mineures et celles qui ne feront l’objet d’aucune intervention, soit parce qu’il n’y a pas lieu d’intervenir à cause de leur situation forte, soit que l’analyse de la situation a conduit à la conclusion qu’il n’y avait pas lieu de donner un statut particulier à ces langues. Cela revient parfois à abandonner certaines langues à leur sort.
L’aménagement peut conduire soit à un statut d’égalité des langues sur un territoire donné, soit à une hiérarchisation de ces langues selon des critères divers. L’aménagement du statut doit également prendre en compte les dispositions nécessaires pour faire en sorte que le statut réel des langues corresponde à ce qui est souhaité dans la politique linguistique. Ces dispositions dépendent de l’écart entre la situation réelle et la situation désirée et du nombre de domaine dans lesquels on souhaite intervenir (travail, éducation, administration…).
4 Nicole Gueunier,référence » :« deapproche sociolinguistiqueLe Français, Tours, Université François-Rabelais, 1999.
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En d’autres termes, il ne suffit pas de d’énoncer qu’une langue est officielle ou qu’elle a un statut de langues nationale pour que cela se réalise. L’État doit préciser ce qu’il entend par « langue officielle » ou « langue nationale » et définir ce que cela implique comme dispositions, moyens, interventions… Si cela n’est pas fait, la politique linguistique demeure purement symbolique, comme le cas dans beaucoup de pays africains où l’on s’est limité à des déclarations restées sans suite.
|L’aménagement des corpus
L’aménagement du corpus d’une langue peut porter sur différents aspects. Dans un premier temps, il peut s’agir de réaliser une simple description de cette langue (lexique, syntaxe, phonologie…) et de la normaliser. Il peut également s’agir de doter une langue uniquement utilisée à l’oral d’un système d’écriture. Il peut également s’agir d’enrichir le lexique d’une langue afin de la rendre plus apte à une communication plus élaborée. Enfin, on peut également à des réformes importantes du code de la langue, notamment des réformes orthographiques.
Dans le cas des langues africaines, l’aménagement des corpus s’effectue selon deux 5 approches :l’approche exogène (approche classique) et l’approche endogène (approche récente).
Selon l’approche exogène, les langues africaines subissent actuellement deux révolutions particulières : la révolution scientifique et la révolution graphique. La révolution scientifique a procédé à la description de 400 langues africaines, sur environ 2000 langues existantes. La révolution graphique a instauré deux situations orthographiques: la situation des langues ayant une ancienne tradition écrite; la situation des langues ayant une tradition plus récente basée sur l’alphabet souvent complété l’Alphabet phonétique international. En plus de ces deux situations, la majorité des langues africaines demeurent dans le caractère oral. Basculer de l’oralité à la scripturalité permet de préparer les langues africaines à entrer dans le numérique.
L’approche endogène préconise deux moyens particuliers : la terminologie culturelle et la terminologie juridique. La terminologie consiste en la création de termes savants aptes à 5 Consulter à ce sujet Camille Roger Abolou, «L’Afrique, les langues et la société des connaissances», in: Hermès, n° 45, 2006.
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traduire les réalités techniques et scientifiques du monde de la connaissance. La terminologie juridique en la traduction des textes juridiques en langues africaines.
L’informatisationlangue consiste à mettre à la disposition du locuteur cette d’une langue, tous les moyens dont il a besoin dans sa langue pour se servir de l’outil informatique : dialogue avec la machine, lire et écrire des textes, rédiger des courriels… Pour les langues africaines, il faut encore créer des logiciels qui permettent de transcrire toutes les spécificités des langues africaines. Cette étape contribue elle aussi à la numérisation.
Lanumérisationest l’étape ultime de l’aménagement d’une langue. L’Afrique doit rendre ses langues compétitives dans le monde de l’information. Cela veut dire aussi que les africains doivent aussi songer à animer les plateformes numériques en leurs langues nationales. Actuellement, très peu de langues africaines sont visibles sur internet. C’est une situation à laquelle les États africains doivent songer à remédier.
III/ DE LA POLITIQUE LINGUISTIQUE À L’AMÉNAGEMENT LINGUISTIQUE
III.1) Les préalables à l’élaboration d’une politique linguistique
L’élaboration d’une politique linguistique passe par plusieurs étapes toutes nécessaires car elles déterminent la réussite ou l’échec de ladite politique.
|L’analyse de la situation. Cette analyse prend en compte les langues en présence ainsi que l’état de leur description ; la situation démolinguistique et le statut réel des langues. Il est question ici non seulement des langues nationales ou infranationales, mais également des langues en partage avec les pays voisins, et, bien entendu, dans le cas des pays francophones, du français, qui est souvent la langue officielle ou à tout le moins la langue de grande communication utilisée par ces pays. De plus, L’étude de la situation démolinguistique est particulièrement importante. Elle permettra d’évaluer le nombre de locuteurs de chacune des langues considérées, le degré et la nature du bi- ou multilinguisme de la population, le degré de connaissance des langues (niveau d’alphabétisation, degré de littératie, habitudes linguistiques,
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analyse des usages par types de situations de communication (par exemple, en famille, au travail, etc.), corrélations entre l’usage des langues et le statut social et économique des locuteurs. Le portrait démolinguistique d’un pays permet déjà de comprendre les tendances et les confits linguistiques, d’anticiper les résistances aux changements que l’on se propose d’introduire mais aussi des pistes de solutions pour le plan d’aménagement. Toutefois, l’accumulation de données statistiques sur l’usage des langues ne suffit pas à bien comprendre les enjeux.
|La détermination des besoins. Il s’agira de décrire non seulement les besoins manifestés par les acteurs sociaux, par différentes catégories sociales ou différentes communautés nationales, mais également les besoins non formulés découlant d’une politique de développement durable. Ainsi, des besoins d’alphabétisation dans une langue donnée peuvent découler d’objectifs éducationnels dans le cadre d’une politique de développement économique et social d’une communauté linguistique donnée. La dynamique des échanges commerciaux et technologiques (intérieurs ou extérieurs) peut également commander des interventions de nature linguistique afin de favoriser, par exemple, le transfert de technologies et le transfert de connaissances. |La définition des objectifs : le projet.Le contenu du projet d’aménagement linguistique se fonde sur la vision que l’on se donne de la situation linguistique désirée : quel est le devenir linguistique de la société ou de la communauté visée ? Quelles relations souhaite-t-on établir entre les communautés linguistiques en présence ? Quels sont les usages de la langue que l’on souhaite implanter ou renforcer et quels sont les changements linguistiques à amorcer ? Quelle est la durée de la période d’implantation de la nouvelle situation ? La réponse à ces questions permettra de définir des objectifs d’aménagement linguistique. Cette opération nécessite la transformation de l’information recueillie dans l’étape précédente en information utile pour l’action. De plus, il conviendra de s’assurer de la participation des acteurs intéressés par l’aménagement linguistique de façon à
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ce que les objectifs soient compris et partagés par tous ceux qui devront participer à leur réalisation dans les diverses sphères de la société.
III.2) Le plan d’aménagement linguistique
Le plan d’aménagement linguistique découle de la politique linguistique qui a été adoptée. Si celle-ci a été définie dans des textes de loi, le plan d’aménagement consistera à définir les moyens et la méthode que l’on préconise pour réaliser les attentes fixées dans la loi.
Dans les faits, on assistera le plus souvent à l’élaboration simultanée de la législation et du plan d’aménagement, compte tenu de leur interdépendance. En effet, il ne serait pas raisonnable d’inclure dans une loi des exigences impossibles à respecter ou pour la réalisation desquelles on ne dispose pas de moyens d’action suffisants ou qui ne sont pas dans les compétences de l’État.
Par conséquent, les dispositions que l’on veut inclure dans la loi doivent être assorties de mesures et d’actions à inclure dans le plan d’aménagement. En ce sens, la loi devient un outil d’aménagement linguistique en renforçant les différentes actions d’aménagement.
|Le choix des langues à aménager. Le choix des langues sera fait en fonction d’une grille de critères politiques et sociolinguistiques, prenant en compte les données démographiques, et en fonction de l’« aménageabilité » des langues et de critères de succès possible. Il faudra déterminer quelles langues seront visées dans chaque champ d’intervention (éducation, justice, administration, travail, économie, etc.), de déterminer au besoin sur quels territoires et dans quelles circonstances les droits linguistiques s’exercent pour chaque langue. D’ailleurs, un choix de langues à aménager s’impose dans la plupart des cas, dans la mesure où certaines langues peuvent être reconnues, mais sans faire l’objet de projet d’aménagement par l’État. Dans chaque cas, il faudra estimer le temps nécessaire à l’implantation du changement proposé et identifier ensuite les mesures et les moyens nécessaires.
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