La reconstitution de la famille par ordinateur - article ; n°4 ; vol.27, pg 1071-1082

-

Documents
13 pages
Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Description

Annales. Économies, Sociétés, Civilisations - Année 1972 - Volume 27 - Numéro 4 - Pages 1071-1082
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1972
Nombre de visites sur la page 24
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page  €. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Signaler un problème

R.S. Schofield
Antoinette Chamoux
La reconstitution de la famille par ordinateur
In: Annales. Économies, Sociétés, Civilisations. 27e année, N. 4-5, 1972. pp. 1071-1082.
Citer ce document / Cite this document :
Schofield R.S., Chamoux Antoinette. La reconstitution de la famille par ordinateur. In: Annales. Économies, Sociétés,
Civilisations. 27e année, N. 4-5, 1972. pp. 1071-1082.
doi : 10.3406/ahess.1972.422581
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_0395-2649_1972_num_27_4_422581reconstitution des familles La
par ordinateur 7
C'est depuis 1837 que l'État se charge en Angleterre de relever l'état civil
et de faire l'analyse des phénomènes démographiques. Le bureau de l'enr
egistrement (Registrar Genera/) publie tous les ans le compte rendu des baptêmes,
mariages et décès (Annual Report of Births, Deaths and Marriages) et diffuse
périodiquement des recensements. Avant 1837, les cérémonies de
mariages et sépultures étaient notées par les prêtres dans les registres parois
siaux. Cet enregistrement commence en Angleterre au milieu du XVIe siècle.
Dans de nombreux villages il se poursuit sans discontinuité. Cette série de docu
ments, continue sur trois siècles, n'a cependant jamais été globalement analysée :
il n'y a pas de comparaisons possibles à l'heure actuelle avec les publications
postérieures à 1838 et concernant la période moderne.
La plupart des études démographiques les plus poussées s'appuient à la fois
sur un enregistrement continu de l'état civil et sur des recensements. Les recherches
menées à l'Institut National d'Études Démographiques de Paris ont pourtant
démontré qu'avec pour seule source l'état civil et grâce au procédé de reconsti
tution des familles, on pouvait analyser la démographie des populations anciennes
sans recensements 2.
La reconstitution des familles consiste à relever dans les registres parois
siaux les éléments concernant chaque ménage, à regrouper les dates de baptêmes,
mariages et sépultures des deux conjoints et celles de leurs enfants puis de reporter
1. Communication au Ve Congrès international d'Histoire économique à Leningrad (10-
14 août 1970). L'initiative de cette recherche revient à E. A. Wrigley. Nous sommes tous deux
responsables de la réalisation du projet, lequel est financé par le Social Science Research Council,
dans le cadre du Cambridge Group for the History of Population and Social Structure.
2. M. FLEUR Y et L. HENRY, Des registres paroissiaux à l'histoire de la population, manuel
de dépouillement et d'exploitation de l'état civil ancien, I.N.E.D., Paris, 1956; Nouveau
de et de civil 1966.
107t
13 EN FICHES FAMILLES
l'ensemble sur une même fiche. Pour arriver à un résultat valable, il faut être
capable d'identifier sans erreur les individus nommés dans les registres dans des
.actes différents. La méthode n'est donc applicable que si le registre donne des
indications suffisantes sur chaque personne. Malheureusement, nombre de
registres paroissiaux anglais sont déficients sur ce point. Cependant, lorsque la
reconstitution des familles est possible, on arrive à calculer, pour des populations
anciennes de plusieurs siècles, des taux de fécondité, nuptialité et mortalité
comme ceux que nous possédons pour les populations contemporaines.
Les résultats chiffrés sont intéressants non seulement en eux-mêmes mais
étant donné les liens étroits qui existaient dans le passé entre les caractères
démographiques d'un côté et les caractères sociaux et économiques de l'autre.
Autour des fiches de famille peuvent se grouper d'autres documents comme
les testaments, les inventaires, les mesures concernant les pauvres. Il devient
ainsi possible d'étudier sociologiquement les familles en fonction de leurs carac
téristiques démographiques.
La reconstitution des familles est ainsi en puissance un précieux instrument
de recherche historique. Malheureusement c'est une méthode lente : il faut
dépouiller des milliers de registres de baptêmes, mariages et sépultures, classer
les fiches et les comparer selon une méthode précise mais compliquée 3.
La reconstitution des familles d'une petite ville de 2 000 habitants sur une
période de 300 ans, en s'en tenant à des calculs élémentaires, représente à peu
près neuf mois de travail. Le travail sur ordinateur est souhaitable, ne serait-ce
que pour gagner du temps, sans compter que l'on peut espérer une meilleure
compilation des éléments à rassembler sur chaque fiche de famille. Avant de
joindre deux renseignements, il faut opérer de très nombreuses vérifications ;
négligences et oublis compromettent la qualité du travail. En pratique, le chercheur
isolé ne tire de son fichier qu'un minimum de résultats. Avec un ordinateur tous
1б8 CdiCUiS Sûfiî pûSSiui&S 6t iô fcCOnStitUtiOn u63 iSřTiiiiGS рГбПи иП 36П5. L'entre -
prise est encore plus intéressante si l'on envisage de traiter en même temps
que les fiches de famille d'autres documants pour aboutir à une étude sociale et
économique.
I
La reconstitution des familles se fait en trois temps. On transcrit les actes
paroissiaux sur des fiches que l'on peut classer et comparer, on rassemble ensuite
sur un même support les renseignements concernant le même ménage, puis on
exploite l'ensemble du fichier de fiches de famille. Si l'on veut utiliser un ordina
teur, le premier stade de transcription est plus compliqué. Le document de base
est l'acte paroissial. En Angleterre la qualité des renseignements que l'on peut ý
recueillir varie énormément : on trouvera parfois l'âge, le métier, le domicile, le
nom des parents. De plus l'orthographe des noms y est variée et souvent très
surprenante, tout particulièrement au cours du XVIe siècle.
Avant d'analyser des documents mis en machine, on a l'habitude d'effectuer
une normalisation rigoureuse : un système de codage réduit souvent les données
en séries de chiffres pour le moins rébarbatives. Ce procédé a bien des incon-
3. Nous avons adapté la méthode mise au point à l'I.N.E.D. pour faire face à la médiocre
qualité des registres paroissiaux d'Angleterre; voir à ce propos E. A. WRIGLEY, Introduction to
English Historical Demography, London, 1 966, chapitre 4.
1072 SUR ORDINATEUR R.S. SCHOFIELD DEMOGRAPHIE
vénients : cette nouvelle transcription favorise les erreurs et, privant le document
de signification, rend la relecture pratiquement impossible. Le codage définit
arbitrairement des catégories et les corrections automatiques sont difficiles.
Notre fichier se composant de plusieurs centaines de milliers de mots et de plu
sieurs millions de caractères, même un taux d'erreur infime est dramatique, de
sorte que nous devons éviter ce système de codage. Assurément la quantité
de nos documents et la variété de leur contenu justifient le recours à l'ordinateur
pour appréhender l'étendue du fichier et l'importance relative des variations de
vocabulaire et pour être à même de prendre des décisions qui s'imposent. Nous
avons donc décidé d'enregistrer les actes sous la forme la plus proche du texte
original. Le contenu en est cependant légèrement ordonné pour permettre la
correction automatique des inévitables erreurs matérielles qui se glissent à la
perforation. On pourra classer tout de suite les diverses informations contenues
dans les actes et en dresser des tables chronologiques et alphabétiques (noms,
prénoms et métiers).
Comme la longueur des actes varie énormément, on a choisi comme support
la bande perforée et non la carte. Pour un acte paroissial chaque élément d'i
nformation (date, nom, métier) est perforé à une place donnée, sur une ligne
donnée. Les éléments ne sont pas étiquetés. Ils sont séparés simplement par une
barre oblique. Il y a une ligne par personne nommée dans l'acte, et l'acte est clos
par un caractère précis. Chaque acte est identifié par une ligne préliminaire
(type de document référence bibliographique). Si un acte est du même type que
le précédent, cette ligne peut être omise. Voici un schéma de ces conventions
pour enregistrer un acte de baptême.
TABLEAU' 1
Schéma d'entrée en ordinateur d'un acte de baptême
BAP / texte
(généralités)
1 / date de baptême / nom / prénom / sexe / + / domicile / âge
(père)
2 / prénom / nom / + / métier / âge
(mère)
3 / prénom / nom / + / métier / âge
(grand-père paternel)
4 / prénom / nom / + / domicile / métier
(grand-mère paternelle)
5 / prénom / nom / + / domicile / métier
(parrain) *
6 / prénom / nom / + / métier
(marraine)*
7 / prénom / nom / +
* Plusieurs parrains et marraines peuvent être cités.
Note : Si l'indication manque, on peut remplacer le mot par un tiret : / — /. A chaque ligne un ne
perfore les emplacements que jusqu'à ce que le dernier renseignement concernant la personne
soit enregistré. A la place du signe /+ / (flag), on peut introduire toute sorte de renseigne
ments rencontrés au hasard des documents, chacun étant désigné par une lettre symbolique,
soit par exemple I pour illégitime, et à concurrence de 35 caractères.
1073 ■■




.
FAMILLES EN FICHES
En application, un baptême sera transcrit comme suit :
EXEMPLE 1
Texte du registre paroissial :
(page 314)
On XXIX April anno 1545 was baptised Johane Pargittor dorter of Wy/lyam Pargitar the elder of
Neithroppe Yeoman and An hys wyf.
« Le 29 avril de l'an 1545 fut baptisée Johane Pargittor, fille de Wyllyam Pargitar, l'aîné, fermier
de Neithroppè, et d'Anne, sa femme. »
Transcription sur la bande perforée :
BAP /314
1 / 29-4-1545 / JOHANE / PARGITTOR / F /- / NEITHROPPE
2 / WYLLYAM /PARGITAR / E / YEOMAN
3 / AN / =
— > .■•■■.
Note : la flèche indique le passage à l'article suivant.
La bande perforée où sont transcrits ainsi les actes paroissiaux est déchiffrée
par l'ordinateur. On copie le texte sur bande magnétique et l'on en imprime le
double. Une première lecture est effectuée par un programme dont l'objectif est
d'améliorer la forme du fichier et d'optimiser l'exploitation future. On note les
erreurs évidentes (par exempie 31-6-1670) et i'on édite des tabies (noms, pré
noms, métiers et domiciles) en donnant la fréquence des diverses orthographes
en fonction de la date des actes. On détectera ainsi beaucoup d'erreurs matér
ielles, dans les noms par exemple (RBOWN pour BROWN). A l'usage, ce pr
ogramme s'est révélé très efficace : notre expérience a clairement démontré que la
détection des erreurs à la simple lecture, même à l'aide des index produits par la
machine, ne permet pas de corriger les données aussi bien que ne le fait notre
programme de détection automatique. Sans un programme de ce genre, tout
fichier mécanographique conserve des données fautives.
Simplifier l'orthographe des noms de famille est un problème crucial pour
nous : la reconstitution des familles suppose le rapprochement des actes relatifs
à la même personne. La méthode couramment adoptée à l'égard des documents
contemporains consiste à remplacer les lettres par des groupes de lettres et de
chiffres, conformément à un ensemble de règles phonétiques. Malheureusement
ces systèmes, comme SOUNDEX et ceux qui en dérivent, ne peuvent faire face
à l'immense variété des orthographes du XVIe et du XVIIe siècle. Le chercheur
doit arbitrer en fonction de la date du document et de la fréquence des diverses
formes orthographiques. Il choisit l'orthographe type des noms, des métiers et
des localités. Il peut traiter comme équivalents des mots différents désignant
par exemple un même métier. Il consulte le contexte des documents et les tables.
Cette normalisation est réalisée par l'ordinateur, conformément aux indications
fournies par le chercheur sous la forme suivante :
MOT 1 = MOT 2 = MOT 3 = ...... MOT n = MOT-TYPE
Ces ordres s'appliquent à l'ensemble des éléments d'information ou seule
ment à certains d'entre eux. Le nouveau fichier est à son tour transcrit sur bande
magnétique. On conserve toujours le fichier original pour que l'on puisse revenir
au cours du travail sur les décisions regrettables.
1074 SUR ORDINATEUR R.S. SCHOFIELD DEMOGRAPHIE
Au départ, dans l'optique de reconstituer les familles par ordinateur, toute
démarche automatique de programmation est déterminée par la diversité des
informations fournies par les registres paroissiaux, le grand nombre d'actes
réunis et l'extrême complexité du couplage des données, couplage qui
nécessite un perpétuel réagencement du fichier en cours d'exploitation.
Les renseignements fournis par les actes paroissiaux sont de types divers.
Le vocabulaire peut être très varié (métier, domicile). L'âge est toujours par
contre sous une forme chiffrée à laquelle on attache une valeur numérique, comme
la date qui revêt un aspect bien particulier et fondamental dans notre objectif.
Lors d'un calcul d'âge entre deux actes (âge au mariage par exemple) on tiendra
compte de la diverse longueur des mois, des années bissextiles et des onze jours
sautés en septembre 1752 le jour où l'Angleterre remplaça le calendrier Julien
par le calendrier Grégorien. Si le registre est en mauvais état, certaines dates
sont approximatives et il faut en apprécier le degré d'incertitude. On enregistre
une date sous deux formes. On relève la date originale (7-9-1562) puis on la
convertit en nombre de jours écoulés depuis un jour zéro arbitraire, ce qui permet
de tenir compte des fantaisies du calendrier. Le degré d'incertitude de la date
et son motif sont indiqués par un code conventionnel en valeur binaire. Étant
donné la diversité du contenu documentaire, il est sensé d'envisager comme
entité séparée tout élément d'information et d'attacher à chacun une structure
particulière.
Pour rédiger des fiches de famille, on procède à de nombreux rapproche
ments qui impliquent toute une série de vérifications de détail à travers des actes
dispersés. Chaque acte est à son tour rapproché de plusieurs autres. Or on compte
au moins 25 000 actes paroissiaux pour l'étude d'une seule paroisse. Lorsqu'un
couplage est réalisé, il faut non seulement comparer le contenu des actes mais
aussi échanger les renseignements et noter en même temps sur chacun des
actes l'opération effectuée. Donc la reconstitution des familles par ordinateur
suppose d'une part un accès simple et rapide à tous les éléments d'informat
ion émis dans des milliers d'actes de longueur, de contenu et de formes
variables, et d'autre part la modification de l'agencement interne du document.
Il nous est apparu au début que notre tâche dépassait les possibilités de
traitement des ordinateurs courants, d'où notre collaboration avec le Centre
d'informatique de l'Université de Newcastle -upon -Type : N.S.M. Сох mettait
au point un système de traitement capable de subvenir à nos besoins. Cette
méthode (Newcastle File Handling System) permet au chercheur de segmenter
les données de son fichier. Le premier découpage sépare les actes paroissiaux,
le second découpage distingue les éléments à l'intérieur du premier (nom, date).
L'élément devient l'unité de base du fichier : il peut avoir n'importe quelle lon
gueur et n'importe quelle structure. Le chercheur fixe schématiquement l'art
iculation des éléments à l'intérieur de l'acte. Un acte de baptême se présente alors
de la façon suivante :
1075 FAMILLES EN FICHES
TABLEAU 2
Structure-type d'un acte de baptême
(description)
(chaîne : n° . . )
(élément I)
(glanent 2)
(élánent 3)
(element Ч)
(élâœnt 5)
(élément 6) ponmentaires[
Le nombre d'éléments qui se rattache à une chaîne est illimité et le nombre
même de chaînes aussi. On peut rattacher à tout élément une donnée supplé
mentaire et lui affecter une structure propre. Les possibilités d'addition sont
infinies 4.
On accède au fichier par des commandes préalables qui sont incluses dans
les programmes d'exploitation lesquels sont écrits en Algol. Par cet intermé
diaire le chercheur peut manipuler la matière de son fichier et modifier le contenu
des actes par des apports, des suppressions ou des remplacements. Il peut aussi
tout simplement lire les actes en totalité ou en partie. Il n'est pas nécessaire de
connaître l'emplacement des divers éléments dans l'ordinateur. Le chercheur
localise simplement l'élément en donnant le numéro de la chaîne correspon
dante et le numéro de l'élément. Par exemple je prénom de l'enfant dans son acte
de baptême se repère en énonçant (4, 3). L'avantage de ce système est d'offrir
au chercheur un outil simple et maniable qui permet de rassembler une série de
documents et d'en conserver un accès efficace même lorsque la matière est
abondante.
Ill
Dans un deuxième temps, on doit comparer les baptêmes, mariages et sépul
tures pour coupler les actes et déterminer dans quelle mesure les événements
concernent les mêmes personnes. Étant donné le nombre d'actes composant le
"fichier, il est essentiel de réduire au minimum les comparaisons qu'il est nécessaire
d'effectuer. Il faut pour cela organiser le fichier en formant le plus grand nombre
possible de catégories signifiantes, c'est-à-dire, dans l'optique de la reconsti
tution des familles, classer avant tout les actes par noms et prénoms. On est
amené parfois à se reporter à plusieurs endroits à la fois. Cela se produit par
exemple avec les actes de mariage qui par définition concernent deux personnes
et aussi les baptêmes que l'on doit relier non seulement au mariage éventuel
de l'enfant considéré, au décès, mais aussi au mariage des parents. Le fait que
par convention en Angleterre l'épouse perde son nom de jeune fille au mariage et
4. Dans la version К D F 9 la longueur de l'acte était limitée à 3 000 caractères et les addi
tions à l'infini n'étaient pas possibles.
T076 DEMOGRAPHIE SUR ORDINATEUR R.S. SCHOFIELD
adopte celui de l'époux rend particulièrement difficile l'étude du remariage des
femmes.
La plupart des études publiées jusqu'à présent se sont attachées d'abord à un
travail simple : comparer deux séries d'actes. Chaque acte de la première série est
systématiquement rapproché des actes de la deuxième série et toute compar
aison intéressante est enregistrée avec une note d'appréciation. La vraisem
blance du lien est cotée suivant que les éléments d'information concordent
plus ou moins (initiales, métier, âge, domicile). Le rapprochement le mieux noté
est le meilleur à condition qu'il dépasse la moyenne de vraisemblance que l'on
s'est fixée. Mais le processus est en fait beaucoup plus complexe pour reconst
ituer une famille : c'est plusieurs séries qu'il faut comparer les unes aux autres
et il faut que les liens que l'on établit entre elles conservent une grande cohérence
et répondent à la chronologie. On ne saurait par exemple rapprocher une nais
sance d'un mariage si l'on sait d'autre part que l'un ou l'autre des parents est
déjà mort à cette date 5 ou que la mère est trop âgée pour avoir des enfants.
Le premier souci est donc de déterminer dans quel ordre il faut effectuer les
comparaisons. D'une part on choisit des séries susceptibles de contenir des
renseignements peu douteux, ce qui permet d'arbitrer les rapprochements qui
en découlent et d'autre part on cherche dans la paroisse la présence de couples
ou d'individus mariés dont on ignore la date de mariage parce qu'ils se sont
mariés ailleurs. Ces derniers font ainsi partie de l'ensemble des individus que
peuvent concerner baptêmes et sépultures.
TABLEAU 3
(série de couplages)
1. SÉPULTURE-MARIAGE (sépultures des femmes mariées)
2. BAPTÊME-MARIAGE (mariages des parents)
3. SÉPULTURE-BAPTÊME des enfants ondoyés décédés)
4.. . . (sauf femmes mariées et enfants)
5.et vieilles filles)
6. MARIAGE-BAPTÊME (maris et femmes)
7. MARIAGE-REMARIAGE
8. Révision des incompatibilités et multiplicités.
A chaque étape on compare le contenu de chaque acte de la première série
(nom et prénom) à celui de chaque acte de la deuxième série. Comme on travaille
sur des faits réels, les possibilités de rapprochements sont liées à des lois natur
elles. Aucun baptême par exemple ne peut être rapporté à un décès postérieur
de plus de 105 ans. De telles conventions sont nécessaires et déjà mises en
vigueur, mais il faut les exprimer largement pour éviter d'introduire des caractères
démographiques arbitraires. On peut imposer à chaque stade des a priori de ce
genre, ce qui réduit énormément le nombre des couplages possibles. Les convent
ions sociales entrent aussi en jeu : le mariage d'un homme d'église ne pourra
être rapproché de la sépulture d'un ouvrier. Si deux actes ont résisté aux élimi
nations, on note le lien. On se garde de réunir définitivement les actes car la
plupart des liaisons sont temporaires. Une information postérieure peut amener
à détruire le rapprochement en soulevant une incompatibilité imprévue.
Malgré l'ensemble des contraintes d'ordre social et démographique que l'on
aura pu imposer, il se produit souvent qu'un acte de baptême par exemple se
5. Note du traducteur : compte tenu du cas particulier des enfants posthumes.
1077 FAMILLES EN FICHES
trouve lié à plusieurs mariages, lesquels peuvent eux-mêmes être rapprochés de
plusieurs autres baptêmes. Des couplages successivement compatibles pourront
aussi se révéler démographiquement impossibles. On résout multiplicités et
incompatibilités en recherchant quel lien est le plus probable, puis on annule les
autres. La préférence est donnée au couplage qui fournit le plus d'éléments
positifs. Si les deux actes coïncident pour le métier et le domicile on donne plus
d'importance que s'il n'y a accord que sur le nom du personnage. On privilégie
deux actes dans lesquels on trouve un même renseignement peu commun (par
exemple le métier de pasteur). La coïncidence du domicile est au contraire peu
déterminante dans une paroisse assez peuplée. Par une note on donne plus ou
moins de poids au couplage en fonction de la fréquence du vocabulaire dans le
fichier. On tente ensuite de calculer dans quelle mesure les liens établis sont
susceptibles d'être aléatoires. Les critères auxquels on a recours pour cela ne
pas parfaits puisqu'on suppose que des catégories comme métier et domicile
sont indépendantes ce qui en réalité n'est pas exact. En outre lorsque l'information
est déficiente, il faut poursuivre le travail sans compromettre les résultats, ce qui
pose de graves problèmes mathématiques.
On a pu proposer d'autres moyens de calculer les possibilités qui reposent
sur les concordances d'éléments dans les couplages vrais et les couplages faux e.
Comme la valeur du rapprochement est souvent fonction de la valeur que l'on
donne à l'information elle-même, on court le risque de s'enfermer dans un cercle
vicieux. La probabilité que l'on calcule pour chaque catégorie d'information
dépend étroitement des corrélations qui existent entre les divers éléments d'i
nformation rencontrés. M devient de ce fait impossible de les regarder comme
indépendants, et la valeur numérique que l'on attache à chaque élément particulier
ne permet plus de calculer une valeur du couplage 7.
Les registres paroissiaux anglais ne contiennent pas une quantité extra
ordinaire de renseignements et il est probable qu'un système d'appréciation
que l'on pourrait adapter à la qualité variable des données serait tout aussi
valable. Certes lorsque l'on ne possède d'un individu qu'un nom et un lien de
parenté, comme c'est le cas dans beaucoup de registres, comment pourrait-on
choisir entre les liens possibles? S'il faut à tout prix établir un rapprochement
qui permette par exemple au total de ne pas sous-estimer la mortalité infantile,
le couplage est choisi au hasard. Il garde l'appellation de « plus vraisemblable »
mais une mention (flag) lui est attachée pour indiquer les circonstances de son
choix. On pourra ainsi par la suite traiter ces cas à part.
L'affaire est simple dans le cas de liens incompatibles s'il n'y a pas ae possib
ilité multiple (exemple 2). Ici un baptême est relié à un mariage et le mariage
à un décès, mais le baptême se trouve incompatible avec le décès. Un des deux
rapprochements est donc fautif. On choisit le couplage baptême- mariage parce
qu'il est mieux noté (8 contre 3) : Nous pensons qu'il est beaucoup plus pro
bable dans ce cas et qu'il s'agit bien du même individu. Le couplage mariage-
décès est donc supprimé.
6. Voir les travaux de A. B.SUNTER, «A statistical approach to record linkage», in E. D. ACHE-
SON (éd.). Record Linking in Médecine, 1968, pp. 89-107.
7. Cette position se rapproche de celle de Newcombe et de ses collaborateurs dans leur
projet de couplage des documents concernant l'état civil (Colombie britannique, Canada). Je ne
sais dans quelle mesure ils peuvent éviter les embarras que nous venons de décrire lorsqu'il
faut choisir entre les couplages vrais et les couplages faux. Voir H. B. NEWCOMBE et collab.,
« Automatic Linkage of Vital Records », Science. 1959, vol. 130; pp. 954-959.
1078 DEMOGRAPHIE SUR ORDINATEUR R.S. SCHOFIELD
В <™ — M2 B- fi. M
2"^ Mn
Exemple 2 : Incompatibilité sans multiplicité Exemple 3 : Multiplicité sans incompatibilité
MI
•MI
5/20; 5/ 5 0,25
-M2
B2 10/10; 10/25
Sfac/e a ; valeur de Stade lien et с la : rapport note globale entre la de note chaque de chaque acte Stade rapports du lien d : nouvelle (produit précédents) valeur des chaque lien
(total :5+0=
5)
(Total :5+15 =
(total : 15+10 = 20)
(total :IO+0 = B2^"
10)
Stade b : note globale de chaque acte
Exemple 4 : Multiplicités entrecroisées sans incompatibilité
BI SI y SI
4 ч 15
20/
B2
Cas b : liens Cas с : Cas a : pas de lien
baptême-sépulture baptême-sépulture seulement certains liens
baptême-sépulture (valeur 5)
(valeur 5)
Exemple 5 : Multiplicité avec incompatibilité, sans entrecroisements
1079