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Le modèle biosocial de la personnalité de Cloninger - article ; n°1 ; vol.101, pg 155-181

De
29 pages
L'année psychologique - Année 2001 - Volume 101 - Numéro 1 - Pages 155-181
Résumé
Dans cette revue, l'auteur expose une synthèse du modèle biosocial de la personnalité de Cloninger. Ce modèle repose sur des hypothèses pertinentes aux plans neurobiologiques et cliniques. D'après ce modèle, la personnalité est composée de 4 tempéraments (la recherche de nouveauté, l'évitement du danger, la dépendance à la récompense et la persistance), qui sont génétiquement déterminés et qui sont influencés par des systèmes neurochimiques spécifiques, et de 3 caractères (autodétermination, coopération, transcendance) qui modulent l'influence des tempéraments et qui se développent en fonction de l'apprentissage. Le questionnaire TCI (Tempérament and Character Inventory), est un questionnaire de 226 items qui mesure ces 7 dimensions. La relation entre les tempéraments et les systèmes de neurotransmission rend le modèle intéressant, offrant des perspectives de recherches intéressantes et des applications cliniques prometteuses. En clinique, ce modèle a été appliqué avec succès dans de nombreuses affections psychiatriques, et il donne au thérapeute des indications rapides sur la structure de la personnalité et sur son adéquation. La revue se termine par une discussion des avantages et des inconvénients de ce modèle et par les perspectives qu'il peut offrir dans le futur.
Mots-clés : personnalité, psychobiologie, Cloninger
Summary : The Cloninger's biosocial model of personality
In this review, the author proposes a synthesis of the biosocial model of personality developed by Cloninger. This model is based on several neurobiological and clinical hypotheses. According to this model, the personality is described by 4 temperaments (novelty seeking, harm avoidance, reward dependence, and persistence) which are independently heritable and related to specific central neurotransmitters, and 3 characters (self-directedness, cooperativeness, and self-transcendence) that mature in adulthood. TCI ( Temperament and Character Inventory) is a 226-item self questionnaire developed by Cloninger to assess the 7 dimensions of personality. The relationships between temperaments and neurotransmitters is particularly relevant in research and in clinical practice. From a clinical point of view, the model provides a foundation for integrating diagnosis and treatment planning, including both psychotherapy and pharma-cotherapy. This review discuss the advantages and the limitations of this model and proposes some future directions.
Key words : personality, psychobiology, Cloninger.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M. Hansenne
Le modèle biosocial de la personnalité de Cloninger
In: L'année psychologique. 2001 vol. 101, n°1. pp. 155-181.
Citer ce document / Cite this document :
Hansenne M. Le modèle biosocial de la personnalité de Cloninger. In: L'année psychologique. 2001 vol. 101, n°1. pp. 155-181.
doi : 10.3406/psy.2001.29720
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2001_num_101_1_29720Résumé
Résumé
Dans cette revue, l'auteur expose une synthèse du modèle biosocial de la personnalité de Cloninger.
Ce modèle repose sur des hypothèses pertinentes aux plans neurobiologiques et cliniques. D'après ce
modèle, la personnalité est composée de 4 tempéraments (la recherche de nouveauté, l'évitement du
danger, la dépendance à la récompense et la persistance), qui sont génétiquement déterminés et qui
sont influencés par des systèmes neurochimiques spécifiques, et de 3 caractères (autodétermination,
coopération, transcendance) qui modulent l'influence des tempéraments et qui se développent en
fonction de l'apprentissage. Le questionnaire TCI (Tempérament and Character Inventory), est un
questionnaire de 226 items qui mesure ces 7 dimensions. La relation entre les tempéraments et les
systèmes de neurotransmission rend le modèle intéressant, offrant des perspectives de recherches
intéressantes et des applications cliniques prometteuses. En clinique, ce modèle a été appliqué avec
succès dans de nombreuses affections psychiatriques, et il donne au thérapeute des indications rapides
sur la structure de la personnalité et sur son adéquation. La revue se termine par une discussion des
avantages et des inconvénients de ce modèle et par les perspectives qu'il peut offrir dans le futur.
Mots-clés : personnalité, psychobiologie, Cloninger
Abstract
Summary : The Cloninger's biosocial model of personality
In this review, the author proposes a synthesis of the biosocial model of personality developed by
Cloninger. This model is based on several neurobiological and clinical hypotheses. According to this
model, the personality is described by 4 temperaments (novelty seeking, harm avoidance, reward
dependence, and persistence) which are independently heritable and related to specific central
neurotransmitters, and 3 characters (self-directedness, cooperativeness, and self-transcendence) that
mature in adulthood. TCI ( Temperament and Character Inventory) is a 226-item self questionnaire
developed by Cloninger to assess the 7 dimensions of personality. The relationships between
temperaments and neurotransmitters is particularly relevant in research and in clinical practice. From a
clinical point of view, the model provides a foundation for integrating diagnosis and treatment planning,
including both psychotherapy and pharma-cotherapy. This review discuss the advantages and the
limitations of this model and proposes some future directions.
Key words : personality, psychobiology, Cloninger.L'Année psychologique, 2001, 101, 155-181
Unité de Psychiatrie et de Psychologie médicale
Université de Liège1
LE MODÈLE BIOSOCIAL
DE LA PERSONNALITÉ DE CLONINGER
par Michel HANSENNE2
SUMMARY : The Cloninger's biosocial model of personality
In this review, the author proposes a synthesis of the biosocial model of per
sonality developed by Cloninger. This model is based on several neurobiological
and clinical hypotheses. According to this model, the personality is described by
4 temperaments (novelty seeking, harm avoidance, reward dependence, and
persistence) which are independently heritable and related to specific central
neurotransmitters, and 3 characters ( self-directedness, cooperativeness, and
self -transcendence) that mature in adulthood. TCI ( Temperament and Charact
er Inventory) is a 226-item self questionnaire developed by Cloninger to assess
the 7 dimensions of personality. The relationships between temperaments and
neurotransmitters is particularly relevant in research and in clinical practice.
From a clinical point of view, the model provides a foundation for integrating
diagnosis and treatment planning, including both psychotherapy and pharma-
cotherapy. This review discuss the advantages and the limitations of this model
and proposes some future directions.
Key words : personality, psychobiology, Cloninger.
INTRODUCTION
La personnalité est une notion complexe en psychologie, et la définir
n'est pas facile. La personnalité est peut être la notion la moins bien
définie en psychologie. Historiquement, « personnalité » vient du mot
latin persona, qui désigne le masque qu'un acteur portait pour exprimer
différentes émotions et attitudes. Cette conception décrit la personnalité
1. CHU du Sart Tilman (B35), B-4000 Liège, Belgique.
2. E-mail : michel.hansenne@ulg.ac.be. 156 Michel Hansenne
comme une image sociale superficielle que les individus adoptent en
jouant des rôles, et traduit une notion dynamique, changeante de la per
sonnalité. Au fil du temps, la de personnalité a perdu sa connotat
ion d'illusion et de théâtre pour désigner la manière dont une personne se
comporte habituellement.
La personnalité peut être considérée comme un système dynamique qui
tente de rester en équilibre par rapport au milieu interne et de répondre
aux stimulations externes d'une manière adaptée. La personnalité est une
entité unique qui traduit la façon dont une personne pense, réfléchit, agit et
se comporte dans différentes situations. Malgré le caractère individuel de la
personnalité, il existe des comportements communs entre les individus
d'une même espèce (Revelle, 1995). Même si la personnalité peut se modif
ier au cours de la vie d'un individu, elle est considérée comme relativement
stable. En effet, différentes études ont montré une constance des tempéra
ments et de la personnalité durant les différentes phases de la vie, de
l'enfance à l'âge adulte (Rutter, 1987 ; Hagekull, 1994). En outre, les tem
péraments des enfants en bas âge sont étroitement corrélés avec les com
portements à l'âge adulte.
Concernant les déterminants de la personnalité, de nombreuses études
réalisées sur des couples de jumeaux monozygotes et dizygotes ainsi que des
études d'adoption ont montré l'importance des facteurs biologiques, géné
tiques et environnementaux. Ainsi, les facteurs héréditaires déterminent 40
à 60 % de la personnalité. Parallèlement, les expériences individuelles uni
ques qui ne sont pas vécues dans l'environnement commun influent signifi-
cativement sur la personnalité (Eysenck, 1967, 1990, 1994 ; Plomin, 1990 ;
Loehlin, 1992 ; Bouchard, 1994 ; Goldsmith, Losoya, Bradshaw et Campos,
1994 ; Rose 1995).
Les théories de la personnalité sont nombreuses et reflètent le plus sou
vent les conceptions personnelles qu'ont les auteurs de la liberté de nos
comportements (liberté ou déterminisme), de la source des différences (inné
ou acquis) et du caractère holistique ou unitaire de la personnalité. Diffé
rents critères scientifiques permettent d'évaluer les théories : la vérifiabi-
lité, la valeur heuristique, la consistance interne, la parcimonie, l'intel
ligibilité et les différentes formes de validité. Même si certaines théories de
la personnalité ne répondent pas ou peu à ces critères, elles ont quand
même influé de manière significative sur l'histoire de la psychologie de la
personnalité. Par ailleurs, les théories et les instruments qu'elles forgent
pour mesurer la personnalité sont la plupart du temps dépendants du
contexte historique et philosophique et trahissent souvent la pensée de leur
époque (Rorer, 1990 ; Hjelle et Ziegler, 1992).
Les différents psychologues de la personnalité ne s'accordent pas sur le
nombre de dimensions qui caractérisent la personnalité. Pour Eysenck
(1967) et Tellegen (1985), 3 dimensions sont suffisantes, alors que Cattell
(1957) en a défini 16 et que Guilford et Zimmerman (1956) en ont déter
miné 14. Plus récemment, Zuckerman (1994) a proposé un modèle compre
nant 3, 5 ou 7 dimensions. Finalement, depuis une dizaine d'années, diffé- Le modèle de personnalité de Cloninger 157
rents auteurs ont montré que 5 dimensions principales sont suffisantes pour
appréhender l'ensemble des traits de personnalité (Digman, 1990 ; Goldb
erg, 1990 ; John 1990 a, 1990 b ; Goldberg et Rosolack, 1994). Le fait que
le nombre de facteurs de ces modèles dimensionnels soit différent repose,
entre autres, sur les différentes méthodes d'analyse factorielle utilisées par
les différents auteurs. Pour rappel, l'analyse factorielle, qui comporte
actuellement un grand nombre de techniques, est une méthode statistique
qui permet de réduire, à partir de l'analyse des corrélations existantes, un
grand nombre de variables à un nombre plus restreint. Cette démarche per
met tout d'abord de déterminer les variables sous-jacentes plus fondament
ales que l'on appelle des facteurs. Ensuite, elle permet de déterminer la
relation entre les facteurs et les mesures ou les tests qui les ont fournis.
Cette relation s'exprime en termes de saturation et indique la mesure dans
laquelle chaque facteur influence les résultats des tests. Le nombre de fac
teurs dégagés par l'analyse factorielle dépend de la technique d'analyse uti
lisée. Ce point peut donc expliquer que les différents psychologues de la
personnalité ne s'accordent pas sur le nombre de dimensions qui détermine
la personnalité. D'ailleurs, le nombre de facteurs de la théorie de Cattell
peut être réduit par la suite grâce à une analyse factorielle secondaire.
Ainsi, le modèle de Cattell comprend huit facteurs secondaires. Par ailleurs,
pour Eysenck (1994), les traits de Cattell ne sont pas des traits fondament
aux. En outre, McKenzie (1988) a montré que ces traits peuvent se résu
mer en trois facteurs principaux qui sont sensiblement comparables aux
trois dimensions de la théorie d'Eysenck.
Les théories de la personnalité qui dérivent de descriptions taxonomi-
ques, comme celles d'Allport (1937), de Cattell (1957) et du modèle des cinq
facteurs (Digman, 1990 ; Goldberg, 1990 ; John 1990 a, 1990 6 ; Goldberg
et Rosolack, 1994) sont opposées aux théories qui proposent des modèles
causaux des différences individuelles, comme les théories d'Eysenck (1967,
1990, 1991, 1994), de Gray (1970, 1982), de Zuckerman (1994, 1995), de
Tellegen (1985) et de Cloninger (1986). D'après les théories descriptives, il
faut d'abord définir les dimensions fondamentales de la personnalité avant
d'en décrire des explications causales. En revanche, les modèles causaux se
sont focalisés sur les relations entre des mécanismes biologiques et les
dimensions de la personnalité.
La plupart des modèles basés sur les substrats biologiques de la personn
alité sont directement, ou indirectement, en relation avec la théorie
d'Eysenck. Le modèle biosocial de Cloninger ne fait pas défaut à la règle.
Dans cette revue, nous allons décrire en détail ce modèle de la personnalité
développé dans la fin des années 1980. Nous comparerons ensuite ce modèle
aux autres modèles causaux. Enfin, nous terminerons cette revue par les
avantages et les inconvénients de ce modèle et par les perspectives qu'il
offre. Michel Hansenne 158
LE MODELE BIOSOCIAL DE CLONINGER
Sur base de nombreuses données cliniques, neurobiologiques et géné
tiques, Cloninger a développé vers la fin des années 1980 un modèle bioso
cial de la personnalité (Cloninger, 1986, 1987 a, 1987 b, 1988). Cloninger a
tout d'abord réalisé des études à l'université de Texas (Austin, Texas)
dans les branches de philosophie, de psychologie et d'anthropologie.
Ensuite, il a fait des études de médecine à l'Université de Washington
(Saint-Louis, MO). Il travaille dans le département de psychiatrie et
de génétique de cette Université. Il est également professeur de psy
chiatrie, de psychologie et de génétique, et il dirige le centre de psycho
biologie de la personnalité. Ses travaux ont été fortement influencés par la
génétique comportementale et la psychiatrie biologique, et ils sont
contemporains de la vogue de l'étude des neurotransmetteurs déclenchée
par la neurobiologie.
À l'origine, ce modèle comprenait trois dimensions indépendantes dont
la cotation allait de « très faible » à « très élevée » et qui décrivaient les
tendances à « activer », « inhiber » ou « maintenir » des comportements :
1' « évitement du danger » et « la dépen« la recherche de nouveauté »,
dance à la récompense ». Ces trois dimensions fondamentales correspon
dent aux trois émotions de base qui sont observées dans différentes cultu
res : respectivement la colère, la crainte et l'amour (Svrakic, Przybeck et
Cloninger, 1991). En raison d'une influence polygénétique sur ces dimens
ions, elles sont réparties selon une distribution normale dans la populat
ion. Ainsi, ce modèle admet l'hypothèse qu'il existe une continuité des
dimensions de la personnalité entre le normal et le pathologique, sans
point de rupture ni de distribution plurimodale. Il s'oppose ainsi à
l'approche catégorielle, approche qui repose sur un modèle syndromique et
qui s'apparente à la psychologie différentielle et qui a donné naissance,
notamment, à la classification des troubles de la personnalité (axe II)
du DSM.
La recherche de nouveauté est décrite par Cloninger comme la ten
dance à répondre par l'excitation ou l'exaltation à des stimuli nouveaux.
Le sujet répond à ces stimuli en cherchant activement une récompense pos
sible et en essayant d'éviter la monotonie ou les punitions. Ce type de com
portement active principalement, au niveau du système nerveux central,
les circuits contrôlés par les neurones dopaminergiques du mésencéphale. Il
est postulé qu'une note élevée à cette dimension est associée à un taux de
base faible de dopamine. Ainsi, les individus caractérisés par un faible taux
de base de dopamine seraient prédisposés à produire des comportements
exploratoires qui favoriseraient la libération de dopamine. Cette libération
de dopamine renforce les comportements exploratoires. En effet, des études
psychopharmacologiques ont montré que la dopamine influe sur les com
portements exploratoires (Beninger, 1983), et des études d'autostimulation modèle de personnalité de Cloninger 159 Le
ont souligné que la dopamine exerce une influence sur le renforcement des
comportements (Routtenberg, 1978). De plus, Cloninger cite des études
réalisées sur des souches de souris qui différaient par l'intensité de leurs exploratoires : dans les souches « exploratrices », le taux
de HVA (un metabolite de la dopamine ; l'acide homovallinique) est faible,
alors que des résultats inverses sont obtenus avec les souches « peureuses ».
Néanmoins, Limson, Goldman, Roy, Lamparski, Ravitz, Adinoff et Lin-
noila (1991) ne trouvent aucune relation entre la note de recherche de nou
veauté et le taux de HVA dans le liquide céphalo-rachidien de sujets alcoo
liques. De même, nous n'avons pas observé, dans la dépression, de relation
entre la sensibilité des récepteurs dopaminergiques, évaluée par le test à
l'apomorphine, et cette dimension (Hansenne et Ansseau, 1998). Enfin,
l'amplitude de l'onde P300, un potentiel évoqué endogène (voir revue dans
Hansenne, 2000 a, b), est corrélée positivement avec la dimension de
recherche de nouveauté (Hansenne, 1999).
L'évitement du danger est décrit par Cloninger comme la tendance que
manifeste un individu à répondre plus ou moins intensément à des stimuli
aversifs, avec une réponse d'inhibition pour éviter les punitions, la nou
veauté et les frustrations. Le système neurobiologique sous-jacent à cette
dimension serait le système sérotoninergique, avec la mise en jeu des voies
septo-hippocampiques qui partent des noyaux du raphé. Une note élevée
pour cette dimension traduirait une libération accrue de sérotonine au
niveau synaptique et, en conséquence, une diminution du nombre des
récepteurs postsynaptiques. Plusieurs observations viennent appuyer cette
hypothèse : des sujets aux comportements agressifs et suicidaires ont un
faible taux de 5-HIAA (un metabolite de la sérotonine ; l'acide 5-
hydroxyindolacétique) dans le liquide céphalo-rachidien (Brown, Ebert et
Goyer, 1982) et des suicidés ont plus de récepteurs postsynaptiques 5-HT2
(Mann, McBride et Stanley, 1986). Par ailleurs, nous avons récemment
montré que la sensibilité des récepteurs 5-HTu était liée à la dimension
d'évitement du danger dans une population de patients déprimés (Hans
enne, Pitchot, Gonzalez Moreno, Machurot, Reggers et Ansseau, 1997) et
chez des sujets normaux (Hansenne et Ansseau, 1999). En outre, Nelson,
Cloninger, Przybeck et Csernansky (1996) ont observé une relation entre la
dimension d'évitement du danger et une mesure indirecte des récepteurs
postsynaptiques 5-HT2a. À l'inverse, Limson et al. (1991) n'ont pas trouvé
de relation entre le taux de 5-HIAA dans le liquide céphalo-rachidien et
cette dimension chez des patients alcooliques. Nous avons aussi trouvé que
l'amplitude de l'onde P300 était en relation négative avec la dimension
d'évitement du danger (Hansenne, 1999). Enfin, dans le modèle proposé, la
dimension d'évitement du danger est en interaction réciproque avec les
deux autres dimensions.
La dépendance à la récompense traduit, pour Cloninger, la propension
à répondre sans cesse de manière intense à des signaux de récompense,
comme l'approbation sociale et interpersonnelle, et à éviter une punition.
Le principal neuromédiateur de ce type de comportement serait la noradré- Michel Hansenne 160
naline, et plus spécifiquement les voies ascendantes partant du locus coeru-
leus vers le système limbique. Le modèle de Cloninger postule qu'une note
élevée pour cette dimension est associée à un taux de base faible de nora-
drénaline. L'hypothèse est principalement fondée sur des études selon le
squelles une réduction de l'activité noradrénergique entraîne, chez l'animal,
une résistance à l'extinction (Mason et Iversen, 1979), et, chez l'homme,
une diminution de l'apprentissage (Frith, Dowdy, Ferrier et Crow, 1985).
En accord avec le modèle de Cloninger, Garvey, Noyés, Cook et Blum
(1996) ont observé, chez des sujets normaux, une relation négative entre le
taux de MHPG (un metabolite de la noradrénaline ; le 3-méthoxy-4-
hydroxyphénylglicol) dans les urines et la dimension de dépendance à la
récompense. Cependant, Limson et al. (1991) n'ont pas trouvé de relation
entre le taux de MHPG dans le liquide céphalo-rachidien et cette dimension
chez des patients alcooliques. De même, nous n'avons pas observé de rela
tion entre la sensibilité des récepteurs noradrénergiques, évaluée par le test
à la clonidine, et la dimension de dépendance à la récompense dans la
dépression majeure (Hansenne et Ansseau, 1998).
Des études éthologiques ont suggéré que la phylogenèse des tempéra
ments commence avec l'inhibition des comportements (évitement du dang
er, apprentissage non associatif) chez tous les animaux, qu'elle continue
par l'activation des comportements (recherche de nouveauté, apprentis
sage associatif) chez des animaux plus évolués, et par le maintien des com
portements (dépendance à la récompense, apprentissage conceptuel) chez
les reptiles (Cloninger et Gilligan, 1987).
L'approche choisie par Cloninger est essentiellement dimensionnelle,
même si des passerelles vers des modèles catégoriels sont proposées par
l'auteur. Ainsi, par leur intensité respective, les trois dimensions fonda
mentales déterminent la personnalité, ou du moins, certains traits de celle-
ci, et les combinaisons de ces dimensions chez un même individu engen
drent des types de comportement multiples, parmi lesquels nous retrou
vons les catégories de personnalité pathologique décrites dans les classif
ications classiques (Cloninger, 1987 a). La personnalité antisociale, par
exemple, est caractérisée par une note élevée pour la dimension de
recherche de nouveauté, et des notes plus faibles pour les dimensions
d'évitement du danger et de dépendance à la récompense. Dans la person
nalité histrionique, on retrouve les mêmes résultats pour les deux premièr
es dimensions, mais en ce qui concerne la dimension de dépendance à la
récompense, la note est élevée.
La prépondérance de certaines dimensions induit des styles cognitifs
par lesquels le sujet traite l'information de manière inadéquate, incapable
de discriminer l'information pertinente de l'information non pertinente, et
subissant dès lors, les effets d'une anxiété chronique. Plus spécifiquement,
Cloninger (1986) décrit deux types d'anxiété : l'anxiété « cognitive » et
l'anxiété « somatique ». La première est caractérisée par une note élevée à
la dimension d'évitement du danger et la seconde par note élevée à la de recherche de nouveauté. Enfin, les différences interindivi- modèle de personnalité de Cloninger 161 Le
duelles fondées sur ces trois dimensions et observées pendant l'enfance, per
mettent de prédire les comportements de l'adolescence et de l'âge adulte
(Sigvardsonn, Bohman et Cloninger, 1987).
DÉVELOPPEMENT ULTÉRIEUR DU MODÈLE
Plusieurs auteurs ont souligné que certains aspects de la personnalité
n'étaient pas couverts par les trois dimensions de base du modèle de Clonin
ger (Gelder, 1987 ; Gray, 1987 ; Liebowitz, 1987 ; Zuckerman, 1988). Ainsi,
Cloninger et ses collègues (Cloninger, Svrakic et Przybeck, 1993 ; Svrakic,
Whitehead, Przybeck et Cloninger, 1993 ; Cloninger et Svrakic, 1997) ont
modifié le modèle initial, portant à 7 le nombre de dimensions de la personn
alité : quatre tempéraments et trois caractères. Aux trois tempéraments
du modèle précédent, un quatrième s'est ajouté : la persistance, initial
ement comprise dans la dimension de dépendance à la récompense. La per
sistance décrit la tendance d'un individu à poursuivre un comportement
sans prendre en considération les conséquences de ce comportement, et se
retrouve chez des individus travailleurs, courageux et tenaces. Les carac
tères sont définis comme des dimensions de la personnalité déterminées par
l'apprentissage social et l'apprentissage cognitif et ils ne sont donc pas
influencés par des facteurs héréditaires. Ils modulent l'expression des tem
péraments. Il s'agit de 1' « autodétermination », de la « coopération » et de
la « transcendance ».
L'autodétermination est définie comme l'aptitude d'un individu à cont
rôler, réguler et adapter ses comportements pour faire face à une situation
en accord avec ses valeurs et ses orientations personnelles. La coopération
prend en considération l'acceptation des autres ; un individu coopérant est
décrit comme tolérant, sociable, emphatique, prêt à aider et compatissant.
À l'opposé, un individu peu coopératif est décrit comme intolérant, peu
sociable et portant peu d'intérêt aux autres personnes. Enfin, la transcen
dance correspond à la dimension spirituelle de la personnalité. Ces trois
dimensions évoluent en fonction de la maturation du sujet, notamment
avec l'âge, et également en d'éventuels troubles psychopathologiq
ues. Elles correspondent à trois niveaux de maturité : la maturité indivi
duelle pour la dimension d'autodétermination, la maturité sociale pour la
dimension de coopération et la maturité spirituelle pour la dimension de
transcendance.
Cloninger montre que les tempéraments et les caractères sont en rela
tion avec deux types d'apprentissage différents et qu'ils correspondent à
deux processus mnésiques distincts. Les tempéraments engendrent des
réactions passives et prédéterminées devant différents stimuli, alors que les
caractères induisent des réactions conscientes en étroite relation avec des
processus cognitifs évolués comme la formation de concepts.
Cette extension du modèle est influencée par la psychologie humaniste
et transpersonnelle. En outre, ce modèle permet une classification plus fine 162 Michel Hansenne
des troubles de la personnalité. En effet, des notes faibles aux dimensions
d'autodétermination et de coopération sont associées à la présence d'un
trouble de la Les différentes notes des tempéraments ind
iquent le type de trouble de la personnalité, comme dans le modèle précé
dent (Svrakic et al., 1993 ; Bayon, Hill, Svrakic, Przybeck et Cloninger,
1996 ; Cloninger et Svrakic, 1997).
LE TPQ ET LE TCI
Pour mesurer les trois dimensions initiales, Cloninger a élaboré un
questionnaire d'autoévaluation composé de 100 items à choix binaire forcé
(vrai/faux) : le « Tridimensional Personality Questionnaire » (TPQ). Cha
cune des trois dimensions comprend quatre sous-dimensions, qui représen
tent selon le cas la somme de 5 à 11 items du TPQ. La recherche de nou
veauté (34 items) comprend les sous-dimensions suivantes : excitabilité
exploratoire vs rigidité (9 items), impulsivité vs réflexion (8 items), extrava
gance vs réserve (7 items) et désordre vs discipline (10 items). L'évitement
du danger (34 items) comprend les suivantes : inquiétude
anticipatoire vs optimisme (10 items), peur de l'incertitude vs confiance
(7 items), timidité devant les étrangers vs grégarisme (7 items) et fatigabi-
lité et asthénie vs énergie (10 items). Enfin, la dépendance à la récompense
(30 items) comprend les sous-dimensions suivantes : sentimentalité vs
insensibilité (5 items), persistance vs irrésolution (9 items), attachement vs
détachement (11 items) et dépendance vs indépendance (5 items).
Sur un échantillon de 1 019 adultes, Cloninger, Svrakic et Przybeck
(1991) ont évalué les propriétés psychométriques du TPQ. Les résultats
montrent que les notes des différentes dimensions se répartissent selon une
distribution normale. Les coefficients alpha de Cronbach indiquent une
bonne consistance interne du questionnaire. Les corrélations entre les
échelles et les sous-échelles sont relativement faibles. En revanche, la
dimension de recherche de nouveauté est corrélée avec l'âge. Une analyse
factorielle a montré que les dimensions d'évitement du danger et de
recherche de nouveauté constituent des facteurs robustes. A l'inverse,
pour la dimension de dépendance à la récompense, les résultats sont moins
explicites. Les auteurs proposent de retirer et de traiter à part la sous-
dimension « persistance » pour stabiliser le facteur de dépendance à la
récompense. Ainsi, une solution à quatre facteurs est proposée et sera
d'ailleurs retenue par la suite : recherche de nouveauté (4 sous-échelles),
évitement du danger (4 sous-échelles), dépendance à la récompense
(3 sous-échelles) et persistance (pas de sous-échelle). Finalement, un test-
retest réalisé à six mois d'intervalle montre une bonne stabilité des diffé
rentes dimensions : 0,76 pour la recherche de nouveauté, 0,70 pour la
dépendance à la récompense et 0,79 pour l'évitement du danger. Des résul
tats semblables ont été retrouvés dans une population d'étudiants yougos
laves (Svrakic et al., 1991).