//img.uscri.be/pth/ba3a5978bf54a983d3ba1450e64104a32337f09f
La lecture en ligne est gratuite
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
Télécharger Lire

Le mythe de la non-inventivité des Noirs

De
2 pages
Notre société élabore des mythes et des idées préconçues qu'il est urgent de déconstruire. Le réflexe qui consiste à faire systématiquement le lien entre les activités auxquelles s'adonnent certains peuples et leur origine en est un. Malgré les exemples de l'Histoire, nous avons tous tendance à mettre nos semblables dans des cases. C'est ainsi que les Noirs sont classés instinctivement parmi les peuples les moins inventifs. Ils sont eux-mêmes les premiers à vous rire au nez quand vous leur dites ce que l'histoire de la technologie leur doit. Cet article se penche sur les mécanismes qui permis à cet état de fait de se mettre en place.
Voir plus Voir moins
« Je ne crois pas que l’on arrive au
monde le cerveau vide
comme on y arrive les mains vides. »
Aimé Césaire, Discours du 26 février 1987
Le mythe de la non-inventivité des Noirs
1- L’actualité de la théorie des champs
La théorie des champs du sociologue français Pierre Bourdieu est d’une actualité mordante.
Avant d’aller plus loin, ouvrons une parenthèse pour tenter de vous l’expliquer simplement.
Les champs sont les espaces que partagent les personnes qui exercent une même activité.
Non pas des espaces physiques mais des espaces sociaux c'est-à-dire des cadres d’échange,
de dialogue, de travail, de jeu, de sport, de débat, etc. On parlera, par exemple, du champ
de la littérature pour désigner le cadre que constitue la littérature en tant qu’activité sociale
ayant ses règles spécifiques, ses exigences, ses codes et ses traditions. La théorie des
champs consiste à considérer la société comme une infinité de champs qui se superposent
ou s’imbriquent les uns dans les autres. Tout individu appartient donc à un ou plusieurs
champs. Un étudiant en musique qui pratique la compétition de natation appartient à trois
champs : le champ universitaire par son statut d’étudiant, le champ artistique par sa
spécialisation universitaire et le champ sportif par la natation. Fermons la parenthèse.
A l’heure de l’uniformisation du monde, nécessité nous est de réaffirmer la pertinence d’une
telle théorie. L’adoption du modèle occidental comme unique modèle de référence conduit à
une disparité dans le contrôle des champs. Tous les champs intellectuels sans exception
(économie, philosophie, littérature, physique, etc.) sont contrôlés par l’Occident qui en fixe
les conditions d’entrée et les règles de fonctionnement. Les plus grands instituts de
recherche et les plus prestigieuses universités sont américaines, européennes ou
australiennes mis à part quelques exceptions japonaises. Il en résulte une attribution
spontanée de la supériorité intellectuelle à la race prédominante en Occident, la race
caucasienne.
Dans cette perspective, on peut voir la société humaine comme une immense fabrique de
complexes et de préjugés. Le sens commun cède à la commodité en associant ceux qui
contrôlent les champs à l’objet de leur contrôle. Le corollaire immédiat est un « formatage
par l’image ». On dira que les savants sont Blancs, les sportifs sont Noirs, les terroristes sont
musulmans et Arabes, etc. Ce formatage pousse les gens à se conformer inconsciemment à
l’idée qu’on se fait d’eux. Beaucoup de Noirs sont convaincus d’être naturellement plus
sportifs que les Blancs, les Blancs pensent être mieux dotés intellectuellement que les Noirs,
nombre Maghrébins sont convaincus que leurs chances de réussite sociale en Occident sont
nulles parce qu’ils sont associés au terrorisme islamique. La société semble programmée à ce
formatage et les jeunes issus des classes minoritaires non blanches et judéo-chrétiennes,
baissent souvent les bras pour se tourner lâchement vers des activités illégales, convaincus
de ne pas avoir de choix.
2- La transparence de la connaissance
En Europe occidentale, quand un Arabe ou un Noir réussit en politique, on se presse de
l’exhiber comme un étendard sur lequel il serait affiché en gigantesques lettres rouges : « On
n’est pas si méchant que ça. Il est Noir, étranger et il est arrivé jusque-là » mais la règle ne
vaut pas pour le domaine intellectuel. On ne met presque jamais en avant les réussites
intellectuelles des hommes de couleur. Combien de personnes savent que l’inventeur des
feux tricolores de circulation est noir ? Combien de personnes savent que le bloc de
commutation pour la télévision multicanale (le mécanisme qui permet de capter plusieurs
chaînes sur un même poste téléviseur) a été inventé par un Noir Guadeloupéen du nom de
Georges Niccolo? Beaucoup de personnes ignorent que l’ampoule électrique qui illumine
chaque jour leur foyer a été inventée par un Noir du nom de Latimer. Ou encore
l’hélicoptère, le masque à gaz, la cristallisation du sucre, la guitare, le piano, les exemples se
chiffrent par milliers sur le site internet www.blackinventors.com. Le plus intéressant est
qu’on ne peut pas parler de supercherie (pour ceux qui seraient tentés) puisque la traçabilité
de toutes ces inventions est possible grâce aux brevets. Pourtant, il faut savoir qu’aucun
inventeur de race noire ne figure dans l’encyclopédie mondiale de la science et de
l’innovation de Madame Valérie-Anne Giscard d’Estaing.
Il appartient, dès lors, à notre génération de faire tomber les tabous idéologiques. Aucun
jeune ne devrait penser que l’intelligence est inégalement répartie à la naissance. Aucun ne
devrait prendre la race comme critère de jugement moral. Tous devraient être conscients que
la race n’est pas un handicap mais une apparence physique et rien d’autre. Personne au
monde ne devrait souffrir de complexe d’infériorité intellectuelle. Nous devons être capables
de dissocier avec lucidité intelligence et apparence physique ; aucune n’influe sur l’autre ! Il
est honteux que des sujets tels que la revendication de l’inventivité des Noirs soient
d’actualité au XXIème siècle. Il est honteux que la couleur de peau détermine de manière
arbitraire les jugements que nous portons les uns sur les autres. Pour notre malheur à tous,
la société marche à reculons. Ce n’est pas trop tard pour rectifier le tir.