Les Fouilles à Pompéi et à Herculanum
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Les fouilles à Pompéi et à HerculanumGauttier d’ArcRevue des Deux MondesT.1, 1831Les Fouilles à Pompéi et à Herculanum[1]Note sur les fouilles exécutées à Pompéi et à Herculanum, pendant les années 1828 et 1829 .Messieurs,Dans une de vos séances de l’année 1827, j’avais eu l’honneur de mettre sous vos yeux le compte-rendu des fouilles entreprises àPompéi depuis 1823, et de vous faire connaître quelques détails sur le temple de la fortune Auguste, sur les nouveaux établissemensthermaux, sur la maison du Comédien et sur le nouveau Panthéon découverts dans cette ville. La bienveillance avec laquelle vouseûtes la bonté d’accueillir cette communication me fait espérer que vous daignerez accorder quelque intérêt à ceux que je vais voussoumettre aujourd’hui sur l’état des mêmes excavations en juin 1829, époque à laquelle j’ai quitté l’Italie pour me rendre en Orient.Ce fut à l’extrême complaisance de M. Bicchi, secrétaire de l’Académie des Beaux-Arts, à Naples, que je dus un accès facile auxdivers ateliers de travail de Pompéi et d’Herculanum. Dans la première de ces villes, on a continué à déblayer la grande rue principale, au nord du Forum. Deux maisons assez étendues,situées sur la gauche de cette rue, ont particulièrement fixé notre attention. Elles sont riches, élégantes, et remarquables l’une etl’autre par des fontaines qui en font le principal ornement. Ces fontaines, placées vis-à-vis la porte d’entrée, sont construites avecgoût : aux deux côtés du ...

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Les fouilles à Pompéi et à Herculanum Gauttier d’Arc
Revue des Deux MondesT.1, 1831 Les Fouilles à Pompéi et à Herculanum
[1] Note sur les fouilles exécutées à Pompéi et à Herculanum, pendant les années 1828 et 1829. Messieurs, Dans une de vos séances de l’année 1827, j’avais eu l’honneur de mettre sous vos yeux le compte-rendu des fouilles entreprises à Pompéi depuis 1823, et de vous faire connaître quelques détails sur le temple de la fortune Auguste, sur les nouveaux établissemens thermaux, sur la maison du Comédien et sur le nouveau Panthéon découverts dans cette ville. La bienveillance avec laquelle vous eûtes la bonté d’accueillir cette communication me fait espérer que vous daignerez accorder quelque intérêt à ceux que je vais vous soumettre aujourd’hui sur l’état des mêmes excavations en juin 1829, époque à laquelle j’ai quitté l’Italie pour me rendre en Orient. Ce fut à l’extrême complaisance de M. Bicchi, secrétaire de l’Académie des Beaux-Arts, à Naples, que je dus un accès facile aux divers ateliers de travail de Pompéi et d’Herculanum. Dans la première de ces villes, on a continué à déblayer la grande rue principale, au nord du Forum. Deux maisons assez étendues, situées sur la gauche de cette rue, ont particulièrement fixé notre attention. Elles sont riches, élégantes, et remarquables l’une et l’autre par des fontaines qui en font le principal ornement. Ces fontaines, placées vis-à-vis la porte d’entrée, sont construites avec goût : aux deux côtés du conduit qui amène l’eau dans leur bassin, on a placé des masques d’Hercule perforés, et construits de manière à projeter l’éclat des lumières qu’ils contenaient sur les eaux jaillissantes. Cette combinaison devait produire le plus heureux effet. Un peu plus haut, sur la droite de la même rue et à l’angle de la rue de Mercure, est unlupanar quiservait en même temps de taverne. On voit sur quelques-unes de ses fresques des hommes déposant à terre des outres de vin. Les peintures que renferme la partie secrète de la maison sont également analogues à sa destination, et d’une révoltante obscénité l’une d’elles est si extraordinaire, et donne une telle idée du raffinement de débauche auquel étaient parvenus les Romains, que je ne puis me dispenser de vous la faire connaître. Elle représente une femme placée sur des ressorts destinés à donner plus d’agilité à ses mouvemens et si la position des deux personnages dont se compose le tableau n’était d’ailleurs assez significative, les mots IMPELLE LENTE, que l’artiste a placés dans la bouche de cette femme ne laisseraient aucun doute sur ses dispositions. Un grand nombre de peintures de ce genre, placées à quatre ou cinq pieds au-dessus du sol, entourent l’appartement. Précisément à l’angle opposé de la même rue, on a découvert un fort beau palais, sans contredit la plus remarquable des habitations particulières de Pompéi ; car, vous le savez, messieurs, les anciens, plus avancés que nous sous ce rapport en économie politique, avaient la sage habitude de construire les demeures privées sur une très-petite échelle, tandis que les édifices publics étaient, même dans les villes les plus médiocres, aussi somptueux qu’étendus. Chaque jour, nous faisons nous-mêmes un pas vers ce résultat, que nous devons hâter de tous nos voeux. Les murailles extérieures du nouveau palais sont revêtues en stuc peint de manière à figurer des larges assises en pierre. Vous ne sauriez vous imaginer avec quel plaisir on retrouve sur ces murs les images grossièrement tracées par les oisifs de Pompéi, qui, d’après une habitude conservée jusqu’à nos jours, s’amusaient à salir l’éclatante blancheur des murailles par des griffonnages informes, ou des inscriptions ridicules. L’intérieur répond, par sa magnificence, a l’aspect du dehors : partout il est orné de fresques d’une grande fraîcheur et d’une perfection rare ; plusieurs d’entre elles offrent des sujets tires de l’Iliade ou de la mythologie. Celles qui ornent les murs du jardin représentent des oiseaux et des poissons assez mal exécutés. Notre guide se propose de publier prochainement ces divers dessins. Il pense, et nous partageons volontiers son avis, que ce palais était celui du préteur. Les chambres en sont vastes ; toutes sont ornées,l’atriumest double, le jardin médiocrement étendu ; les cuisines sont petites et rejetées dans un des angles de l’édifice. Nous avons vivement regretté d’apprendre La mesquinerie des sommes que le gouvernement de Naples consacre annuellement à ces importans tavaux. Elles ne s’élèvent pas au-delà de 24,000 francs, et ces faibles moyens ne permettent d’espérer l’entier déblaiement de Pompéi que pour le milieu du XXe siècle.
On assure que lorsque de sages représentations ont été faites sur cette déplorable lenteur, il a été répondu qu’il fallait ben laisser quelque chose à faire à nos neveux. Quand on considère quelle masse d’objets précieux, de détails pleins d’intérêt nous sont ainsi dérobés, on ne peut s’empêcher de gémir sur cette déplorable incurie. Il paraît cependant qu’un plan de restauration a été arrêté pour quelques quartiers de Pompéi, où l’on rétablirait une partie des objets déposés aujourd’hui au Musée des Studii, à Naples. On conçoit tout l’intérêt qui s’attacherait à une création qui ferait ainsi revivre sous nos yeux l’antiquité toute entière.
De Pompéi, M. Bonucci, architecte distingué, et directeur général des excavations, nous conduisit à Portici. Vous apprendrez, Messieurs, avec plaisir que le musée de peinture qui se trouvait placé dans cette ville, exposé ainsi à une seconde catastrophe par une éruption du Vésuve, a été transféré à Naples. Les nouveaux travaux entrepris pour le déblaiement d’Herculanum méritent toute notre attention. Les fouilles avaient été jusqu’ici dirigées dans la partie supérieure à gauche des palais du roi de Naples. Elles offraient dans cette direction de grandes difficultés, d’abord à cause de l’épaisseur et de la dureté de la lave qui les recouvre ; en second lieu, par les obstacles qu’opposent les nombreusesvillesrépandues au-dessus du sol. On a pris le parti de diriger quelques
recherches dans le quartier de Portici, qui avoisine la mer. Là, on a trouvé un terrain beaucoup plus mobile et surtout beaucoup moins élevé au-dessus des édifices qu’il recouvre. On a de plus l’avantage de n’avoir point à renverser des maisons, comme il fallait le faire dans la partie plus rapprochée du Vésuve. Des fouilles exécutées avec une assez grande célérité n’ont pas tardé à mettre au jour une fort belle habitation, soutenue par un nombre considérable de colonne d’ordre dorique cannelé. Les traces des planchers détruits démontrent que cet édifice avait deux étages ; mais tout autre vestige de ce second étage a disparu entièrement. M. Bonucci voulut bien nous permettre de faire diriger quelques fouilles dans un appartement situé à gauche de la partie nouvellement déblayée. Ces tentatives furent couronnées du plus heureux succès. Nous trouvâmes d’abord un très-grand vase rempli de dattes et de noix carbonisées, mais dans un parfait état de conservation, ainsi qu’on peut s’en convaincre par l’échantillon que j’ai déposé dans le cabinet de mon honorable ami le colonel Bory de Saint-Vincent. A côté de ce vase se trouvait un assez grand nombre de petites bouteilles de verre ; plus loin une statue de Silène d’une moyenne hauteur et d’une assez mauvaise exécution. Enfin la pioche de nos ouvriers rencontra un grand instrument d’airain assez semblable à la partie inférieure des bassinoires dont on se sert ici pour chauffer les lits. Il était percé à jour d’un grand nombre de trous ayant la forme de la lettre S—. Nous en restâmes aux conjectures sur l’usage auquel il pouvait être destiné. Nous nous proposions de continuer ces fouilles ; mais l’arrivée de la corvettela Victorieusenous rappela que notre séjour à Naples n’était que momentané ; et le lendemain, ayant fait nos adieux, A la plage sonore où la mer de Sorrente [2] Dérou1e ses flots bleus au pied de l’oranger, nous quittâmes la tombe de Virgile pour aller saluer celle de Byron.
GAUTTIER D’ARC.
1. ↑ Lue à la Société royale desAntiquaires de France, dans la séance du 9 avril 1831, par M. Gauttier d’Arc, l’un de ses membres. 2. ↑Lamartine,Harmonies poétiques.