Les manifestations du vieillissement normal dans le langage spontané oral et écrit - article ; n°3 ; vol.92, pg 393-419

Les manifestations du vieillissement normal dans le langage spontané oral et écrit - article ; n°3 ; vol.92, pg 393-419

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L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 3 - Pages 393-419
Summary : Normal aging effects on oral and written production of spontaneous language.
The present review is concerned with studies which aimed at evaluating changes in spontaneous oral and written expression as a function of the normal aging process, by comparing the performance of older and younger adults on various discourse tasks. These studies are all based on analysis of language sample data collected from normal subjects in picture description tasks, exposiiory discourse or narrative production tasks. The first part of this review is devoted to a discussion of some important methodo-logical aspects of this research : i.e., the general characteristics of the populations that are studied, the types of tasks used to elicit spontaneous speech, and the type of measures used to characterize the observed language. The second part is devoted to the presentation and the discussion of the observations gained first in picture description tasks and second in expository discourse production tasks, including narrative production tasks. The general conclusions of this review are : (1) there is clearly no effect of aging on the lexical variety of spontaneous expression ; (2) there is an overall decline in elderly adults' production of complex sentences, especially of left-branching constructions; (3) there is a substantial decline of discourse cohesion, mainly due to an increase of ambiguous references with age ; and (4) there is a significant increase with age of the structural complexity of narratives (multiple and embedded episodes, but simple sentences).
Key-words : aging, language production, working memory
Résumé
La présente revue traite des études dont le but est d'évaluer les effets du vieillissement sur l'expression orale ou écrite spontanée par la comparaison d'échantillons de langage de sujets jeunes et âgés. Ces études consistent toutes en analyses fouillées d'échantillons de langage obtenus de sujets normaux à qui on demande de décrire des images, de rapporter un événement marquant de leur vie ou de raconter une histoire. La première partie de la présente revue est consacrée à un examen des aspects méthodologiques de ces travaux : les caractéristiques générales des jjopulations étudiées, les types de tâches utilisées pour susciter la production spontanée de langage, ainsi que les types de mesures utilisées pour caractériser le langage observé. La seconde partie de cette revue est consacrée à la présentation et à la discussion des observations selon qu'elles ont été récoltées dans un paradigme de description d'images, un paradigme de production d'histoires, ou un paradigme plus souple d'interview. Les conclusions générales de ces travaux sont les suivantes : 1) il n'y a aucun effet de l'âge sur la diversité lexicale de l'expression spontanée ; 2) il y a une baisse significative avec l'âge de la production de phrases complexes, particulièrement de constructions avec embranchement gauche ; 3) il y a une réduction significative de la cohésion du discours, en raison particulièrement d'une augmentation des références ambiguës ; et 4) les récits des personnes âgées témoignent d'une plus grande élaboration narrative : ces récits, tout en étant composés de phrases simples, présentent davantage d'épisodes et d'épisodes enchâssés.
Mots clés : vieillissement, production de langage, mémoire de travail.
27 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1992
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François Nef
Michel Hupet
Les manifestations du vieillissement normal dans le langage
spontané oral et écrit
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°3. pp. 393-419.
Citer ce document / Cite this document :
Nef François, Hupet Michel. Les manifestations du vieillissement normal dans le langage spontané oral et écrit. In: L'année
psychologique. 1992 vol. 92, n°3. pp. 393-419.
doi : 10.3406/psy.1992.29522
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_3_29522Abstract
Summary : Normal aging effects on oral and written production of spontaneous language.
The present review is concerned with studies which aimed at evaluating changes in spontaneous oral
and written expression as a function of the normal aging process, by comparing the performance of
older and younger adults on various discourse tasks. These studies are all based on analysis of
language sample data collected from normal subjects in picture description tasks, exposiiory discourse
or narrative production tasks. The first part of this review is devoted to a discussion of some important
methodo-logical aspects of this research : i.e., the general characteristics of the populations that are
studied, the types of tasks used to elicit spontaneous speech, and the type of measures used to
characterize the observed language. The second part is devoted to the presentation and the discussion
of the observations gained first in picture description tasks and second in expository discourse
production tasks, including narrative production tasks. The general conclusions of this review are : (1)
there is clearly no effect of aging on the lexical variety of spontaneous expression ; (2) there is an
overall decline in elderly adults' production of complex sentences, especially of left-branching
constructions; (3) there is a substantial decline of discourse cohesion, mainly due to an increase of
ambiguous references with age ; and (4) there is a significant increase with age of the structural
complexity of narratives (multiple and embedded episodes, but simple sentences).
Key-words : aging, language production, working memory
Résumé
Résumé
La présente revue traite des études dont le but est d'évaluer les effets du vieillissement sur l'expression
orale ou écrite spontanée par la comparaison d'échantillons de langage de sujets jeunes et âgés. Ces
études consistent toutes en analyses fouillées de obtenus de sujets normaux à
qui on demande de décrire des images, de rapporter un événement marquant de leur vie ou de raconter
une histoire. La première partie de la présente revue est consacrée à un examen des aspects
méthodologiques de ces travaux : les caractéristiques générales des jjopulations étudiées, les types de
tâches utilisées pour susciter la production spontanée de langage, ainsi que les types de mesures
utilisées pour caractériser le langage observé. La seconde partie de cette revue est consacrée à la
présentation et à la discussion des observations selon qu'elles ont été récoltées dans un paradigme de
description d'images, un paradigme de production d'histoires, ou un paradigme plus souple d'interview.
Les conclusions générales de ces travaux sont les suivantes : 1) il n'y a aucun effet de l'âge sur la
diversité lexicale de l'expression spontanée ; 2) il y a une baisse significative avec l'âge de la production
de phrases complexes, particulièrement de constructions avec embranchement gauche ; 3) il y a une
réduction significative de la cohésion du discours, en raison particulièrement d'une augmentation des
références ambiguës ; et 4) les récits des personnes âgées témoignent d'une plus grande élaboration
narrative : ces récits, tout en étant composés de phrases simples, présentent davantage d'épisodes et
d'épisodes enchâssés.
Mots clés : vieillissement, production de langage, mémoire de travail.L'Année Psychotonique, 1902, 92, 393-419
REVUES CRITIQUES
Université catholique de Louvain
Département de Psychologie expérimentale1
LES MANIFESTATIONS
DU VIEILLISSEMENT NORMAL
DANS LE LANGAGE SPONTANÉ
ORAL ET ÉCRIT
par François Nef2 et Michel Hupet
SUMMARY : Normal aging effects on oral and written production of
spontaneous language.
The present review is concerned with studies which aimed at evaluating
changes in spontaneous oral and written expression as a function of the
normal aging process, by comparing the performance of older and younger
adults on various discourse tasks. These studies are all based on analysis
of language sample data collected from normal subjects in picture descrip
tion tasks, expository discourse or narrative production tasks. The first
part of this review is devoted to a discussion of some important methodol
ogical aspects of this research : i.e., the general characteristics of the
populations that are studied, the types of tasks used to elicit spontaneous
speech, and the type of measures used to characterize the observed language.
The second part is devoted to the presentation and the discussion of the
observations gained first in picture description tasks and second in exposi
tory discourse production tasks, including narrative production tasks. The
general conclusions of this review are : (1) there is clearly no effect of
aging on the lexical variety of spontaneous expression ; (2) there is an
overall decline in elderly adults' production of complex sentences, especially
of left-branching constructions; (3) there is a substantial decline of
1. Faculté de Psychologie et des Sciences de l'Education, exco, Unité
de Psychologie cognitive, voie du Roman-Pays 20, 1348 Louvain-la Neuve,
Belgique.
2. Aspirant au Fonds national belge de la Recherche scientifique. 394 François Nef et Michel Hupet
discourse cohesion, mainly due to an increase of ambiguous references
with age; and (4) there is a significant with age of the structural
complexity of narratives (multiple and embedded episodes, but simple
sentences) .
Key-words : aging, language production, workine memnvn
1. Introduction
Si les deux dernières décennies ont vu se développer un intérêt
croissant de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie pour le
vieillissement normal et pathologique des fonctions mentales de l'homme
(Habib, Joanette et Puel, 1991), ce n'est que depuis une bonne dizaine
d'années seulement que le langage des personnes âgées retient l'attention
des chercheurs (Bayles et Kaszniak, 1987 ; Light et Burke, 1988 ; Obier
et Albert, 1980 ; Poon, Rubin et Wilson, 1989).
D'emblée, la question même d'effets possibles du vieillissement sur
la compétence linguistique a suscité la controverse. Certains auteurs ont
hâtivement conclu au maintien des fonctions langagières tout au long
de l'âge adulte (Clark et Clark, 1977 ; Menyuk, 1977 ; Owens, 1984 ;
Slobin, 1981), mais d'autres ont mis en évidence le déclin de certaines
de ces fonctions avec l'âge (Cohen, 1979 ; Feier et Gerstman, 1980 ;
Goodglass, 1980, etc.). Les positions récentes sont plus nuancées (Huff,
1990 ; Light et Burke, 1988 ; Poon et al., 1989). On sait aujourd'hui
que les différentes composantes fonctionnelles du langage ne sont pas
affectées identiquement par le vieillissement et l'on reconnaît l'impor
tance et l'accroissement de la variabilité interindividuelle des perfo
rmances avec l'âge (Valdois et Joanette, 1991). Les études actuelles
soulignent également l'incidence des populations, des méthodologies,
des tâches et des mesures sur les performances des sujets ; certains
sujets âgés présentant certaines caractéristiques individuelles répondent
différemment que des sujets plus jeunes dans certaines tâches pourvues
d'exigences propres de traitement.
Au début des recherches sur le langage des adultes âgés, seule la
compréhension, du niveau lexical le plus élémentaire au niveau le plus
élaboré du discours, a été investiguée. Cet ensemble de travaux sur la
compréhension est loin d'avoir apporté des réponses simples et univoques
aux questions soulevées (Hupet et Nef, 1992). Plus récemment sont
apparues dans la littérature des études visant à caractériser les formes
linguistiques que produisent spontanément les adultes âgés. Il ne s'agit
pas de travaux expérimentaux à proprement parler, mais plutôt d'ana
lyses fouillées de corpus obtenus dans des conditions contrôlées.
Ces analyses se justifient généralement de trois façons : 1) Le langage
spontané des personnes âgées traduit l'habileté linguistique telle qu'elle
se manifeste dans la vie quotidienne. L'analyse d'échantillons de Vieillissement et langage 395
discours spontané permet ainsi de comparer certains résultats expér
imentaux ou certaines données psychométriques (tests de vocabulaire,
de fluence verbale, etc.) à des données recueillies en conditions naturelles
d'expression. 2) L'examen systématique — quantitatif et qualitatif —
du langage spontané des personnes âgées devrait permettre de définir
des variables pertinentes pour le diagnostic différentiel du vieillissement
normal et pathologique (maladies dégénératives et aphasies) (Blanken,
Dittman, Hass et Wallesch, 1987 ; Illes, 1989 ; Illes, Metter, Hanson et
Iritani, 1988 ; McNamara, Obier, Au, Durso et Albert, 1992). Cet
examen contribuerait ainsi au développement d'outils diagnostiques
des troubles expressifs apparaissant avec le grand âge (Obier et Albert,
1980 ; Ulatowska, 1985 ; Yorkston et Beukelman, 1980). 3) Cette étude
est susceptible d'éclairer d'un jour nouveau les relations complexes entre
le langage et la cognition (Ulatowska, 1985). En effet, la production de spontané entretient des liens étroits avec d'autres fonctions
cognitives comme l'attention, la mémoire, le raisonnement, etc. (Cohen,
1988 ; Craik et Byrd, 1982 ; Light et Burke, 1988).
Notre article se propose de synthétiser cette littérature sur le langage
spontané des personnes âgées. Il se limitera au discours continu (con
nected speech, discourse) des personnes âgées normales. Nous commenc
erons cette revue par des considérations méthodologiques soulignant
d'emblée l'hétérogénéité des données de la littérature et la difficulté
subséquente à les comparer et à les synthétiser en un ensemble cohérent.
Nous profiterons de cette première partie pour synthétiser les paramètres
d'expression verbale qu'on trouve dans la littérature. Nous présenterons
ensuite les principales études publiées en matière de production de
langage chez la personne âgée normale. Nous distinguerons deux sortes
d'études : celles qui portent sur des descriptions d'images et celles qui
portent sur des récits de faits de vie ou d'expression d'opinions. Dans
chacune de ces catégories, nous mentionnerons différentes analyses
selon le niveau d'organisation du langage auquel elles s'adressent et nous
regrouperons les études suivant la modalité orale ou écrite du discours.
2. Aspects méthodologiques généraux
Nous passerons rapidement en revue quelques-uns des aspects
méthodologiques communs aux analyses de langage spontané, en
soulignant les lacunes ou les faiblesses tant en ce qui concerne les
populations étudiées que les tâches ou les analyses retenues.
2.1. Les populations étudiées
Les études portent presque exclusivement sur des locuteurs natifs
de langue anglaise. Les sujets âgés étudiés vivent tous de façon auto- 396 François Nef et Michel Hupel
nome. Leur état de santé est décrit comme bon ; ils sont exempts de
troubles physiques ou psychologiques connus pour affecter le fonctio
nnement cognitif. Leurs capacités sensorielles sont toutefois rarement
mesurées. Par contre, le niveau de scolarité des groupes est quasi
toujours contrôlé ; il est généralement élevé (plus de dix ans d'études).
Certaines, données importantes pour la compréhension et la compar
aison des résultats ne sont pas toujours mentionnées dans les études.
Ainsi, le statut socio-économique et l'intelligence verbale des sujets
ne sont contrôlés que dans la moitié des travaux. Peu d'études précisent
les profils cognitifs des sujets (la capacité de la mémoire de travail par
exemple, cf. infra).
En général, la littérature présente des études transversales ; la plu
part d'entre elles contrastent plusieurs classes d'âge et couvrent ainsi
une large frange de l'âge adulte (de 40 à 90 ans). Les études longitudi
nales, qui évitent le risque d'effet de cohorte inhérent aux études
transversales, sont rares ; elles portent toutes sur des extraits de langage
écrit.
2.2. Les tâches des sujets
Les travaux sur le discours des personnes âgées traitent de la product
ion de langage descriptif et de langage narratif. Nous parlons de langage
descriptif quand la tâche des sujets consiste à décrire une image repré
sentant une scène quotidienne. Le langage narratif se réfère aux tâches
dans lesquelles les sujets s'expriment sur leur vie, leurs activités,
leurs opinions, etc. Par rapport à cette dernière procédure, la première
présente l'avantage de mieux contrôler les stimuli inducteurs de discours
et par conséquent les réponses des sujets ; elle est par contre moins
souple et plus artificielle que l'interview. L'interview permet de recueillir
un matériel verbal plus riche, susceptible d'analyses plus fines (par
exemple de la structure narrative du discours).
Sous l'apparente homogénéité des tâches utilisées se dissimulent
toutefois des opérationalisations diverses qui ne sont pas sans conséquence
pour l'interprétation des résultats. Dans certaines études, il s'agit de
décrire, oralement ou par écrit, une petite scène imagée alors que dans
d'autres il s'agit de raconter, par écrit ou le plus souvent oralement, des
événements personnels marquants ou encore sa famille, ses hobbies, sa
journée, etc. On trouve aussi des histoires imaginaires ainsi que des
autodescriptions psychologiques. Les études portent donc sur des événe
ments plus ou moins proches dans le temps (par exemple le départ à la
guerre vs les hobbies) et plus ou moins « routinisés » (le jour du mariage
vs une journée de travail). Ces particularités des événements racontés,
ajoutées à la fréquence de narration de certains privilégiés,
rendent difficile la comparaison des résultats obtenus dans les diverses Vieillissement et langage 397
études. Dans ce sens, on peut s'interroger sur l'importance relative
des effets de récence, de familiarité et de fréquence d'évocation des
événements racontés dans les performances linguistiques des sujets.
S'il est généralement admis que la narration occupe une place parti
culière dans la vie sociale des personnes âgées (Boden et Bielby, 1983,
1986 ; Mergler, Faust et Goldstein, 1985 ; Obier, 1980), leur langage
spontané ne se limite évidemment pas à des descriptions ou à des récits.
Quelques rares études se sont penchées sur des formes de langage moins
typiquement descriptives ou narratives. Lorsque les sujets doivent
décrire oralement le personnage qu'ils admirent le plus (et dire pourq
uoi) et rapporter par écrit l'événement le plus marquant de leur exis
tence ou lorsqu'ils doivent dire ce qu'ils pensent des programmes de
télévision qu'ils regardent, le langage produit mélange des descriptions,
de la narration et des justifications. Nous considérerons ce type de
langage spontané comme du langage plus « argumentatif » ou du langage
« expositif « (expository statements), ce qui permet de le distinguer d'un
discours plus typiquement descriptif ou plus typiquement narratif.
Le discours évoqué dans la littérature est constitué de monologues,
qu'il s'agisse de descriptions d'images ou de réponses à des questions
ouvertes. Force est de constater une absence presque totale des travaux
sur les compétences conversationnelles des personnes âgées alors que se
sont multipliées ces dernières années les données empiriques sur l'acquisi
tion et le développement de ces compétences (Dickson, 1981 ; Howe,
1981 ; McTear, 1985 ; Ochs et Schieffelin, 1983).
2.3. Les paramètres du langage spontané
Des échantillons de discours d'adultes jeunes et âgés sont soumis à
diverses analyses visant à paramétriser l'expression spontanée. Ces
analyses correspondent aux différents niveaux d'organisation du lan
gage ; elles vont des niveaux les plus élémentaires aux niveaux les plus
complexes, en passant par des niveaux intermédiaires. Nous présentons
brièvement ces analyses en cinq grandes catégories d'indices.
2.3.1. Indices de production globale
La loquacité des sujets est parfois mesurée par la durée du discours,
le nombre total de mots produits, le nombre total d'énoncés produits ou
encore la longueur moyenne des énoncés.
L'efficience de la communication (communication efficiency) entend
évaluer le rendement du discours (l'efficacité du transfert d'information).
Ce paramètre, rarement cité, rapporte la quantité d'information trans
mise par image (le nombre total d'éléments de l'image évoqués) à la
durée du discours (le temps de description de l'image).
r Pente \ 398 François Nef el Michel Hupel
Les données phonologiques (mélodie, articulation, débit de la parole)
sont quasi inexistantes dans la littérature qui nous intéresse. Par
contre, on trouve souvent des indicateurs de dysfluence : les remplis-
seurs lexicaux (« Vous voyez », « n'est-ce pas », etc.) et non lexicaux
(« hum », etc.), les pauses non remplies (les « blancs » du discours), les
autocorrections- 1rs prepositions inachevées.
2.3.2. Indices lexicaux
Parmi ces indices figurent la diversité lexicale du discours (le rapport
du nombre de mots différents au nombre total de mots produits) ainsi
que le décompte des substitutions lexicales (paraphasies verbales) et
des mots vagues, révélateurs de problèmes d'accès lexical.
2.3.3. Indices syntaxiques
La morphosyntaxe fait généralement l'objet d'un nombre important
de mesures. Après segmentation du discours en « énoncés » (généralement
des Terminables-units ou T-units, c'est-à-dire des énoncés distincts
formés d'une proposition principale et de tous les éléments syntaxiques
qui s'y rapportent ; voir Hunt, 1965 ; Nippold, 1988), on calcule le mlu
[Mean Length of Utterance, c'est-à-dire la longueur moyenne des énoncés
en nombre moyen de mots ou de morphèmes) et/ou le mcu (Mean
Number of Clauses per Utterance, c'est-à-dire le nombre moyen de propos
itions grammaticales — indépendantes, principales et subordonnées —
par énoncé) et la longueur moyenne des propositions en nombre de mots.
On s'intéresse plus rarement aux types de structure syntaxique employés
(proportions relatives de propositions principales ; de subordonnées,
complément de nom ou de phrase ; de relatives, etc.). Parmi ces struc
tures, les propositions subordonnées « embranchées » ou « enchâssées »
ont été particulièrement étudiées en raison de l'intérêt que présentent
ces structures pour l'hypothèse d'un déficit de traitement syntaxique
associé à une limitation des capacités de traitement chez les personnes
âgées. Nous y reviendrons largement par la suite (cf. 4.1.1 et 4.1.2).
2.3.4. Indices sémantiques
Les analyses formelles précédentes sont parfois complétées par des
analyses sémantiques des messages produits. Dans les descriptions
d'images, on calcule le nombre total d'unités de contenu exprimées (des
unités d'information). Dans certains récits, le discours est analysé en
termes de propositions conceptuelles. Cette analyse propositionnelle
permet d'évaluer la « densité propositionnelle » exprimant la concen
tration du discours en unités conceptuelles et par là sa richesse sémant
ique (le nombre de propositions par 100 mots de discours par exemple). et langage 399 Vieillissement
2.3.5. Indices de cohésion et d'intégration du discours
Les procédés linguistiques servant à maintenir la cohésion du
discours (références, ellipses, répétitions et substitutions lexicales,
conjonctions) ont quelquefois été analysés.
Récemment, quelques techniques d'analyse ont été proposées pour
définir la complexité narrative des récits. Ces systèmes décomposent les
récits en unités narratives (des événements et des épisodes narratifs),
puis déterminent les relations (temporelle, causale et hiérarchique)
existant entre ces éléments pour dégager la complexité narrative des
récits produits.
Par ailleurs, la qualité des récits est parfois évaluée sur échelle par
des juges. Il s'agit habituellement d'une appréciation globale (échelle
allant de « très mauvaise histoire » à « très bonne histoire »), parfois
complétée par l'évaluation de certains aspects qualitatifs plus spécifiques
comme l'intérêt du récit ou les mérites techniques.
3. Le langage des personnes âgées
dans la description d'images
Une première série d'études a comparé le langage spontané d'adultes
jeunes et âgés à qui l'on demandait de parler de une à trois images
(habituellement l'image du Boston Diagnostic Aphasia Examination
de Goodglass et Kaplan, 1983).
Shewan et Henderson (1988) ont collecté des descriptions orales
d'une image auprès de sujets de 40 à 80 ans. L'âge des sujets n'affecte ni
la production globale du discours (ni sa quantité en nombre total de
mots produits, ni sa durée), ni son élaboration (la longueur des énoncés),
ni sa complexité syntaxique, ni sa grammaticalité. Par contre, à partir
de 50 ans, les adultes commettent davantage de paraphasies verbales et
phonémiques que les adultes plus jeunes (cf. à ce propos Goodglass,
1980, et Ska et Goulet, 1989) et l'efficience communicative diminue. Les
adultes de plus de 50 ans prennent plus de temps pour transmettre la
même quantité d'information que les adultes plus jeunes. Cette baisse de
rendement n'est toutefois pas due à une réduction du débit de parole
ni à une articulation déficiente. Avec une tâche similaire, Yorks ton et
Beukelman (1980) ont aussi trouvé une moindre efficacité à commun
iquer chez des sujets âgés (M : 73 ans) comparés à des jeunes (M :
31 ans) ; à débit de parole équivalent, les sujets âgés fournissent moins
d'unités de contenu (thèmes) par minute que les sujets jeunes.
Dans une étude récente, Cooper (1990) a demandé à des sujets de 20
à 80 ans de décrire des images. Aucune relation n'apparaît entre l'âge
et la production (le total des mots et la durée totale), entre l'âge et la 400 François Nef et Michel Ilupel
complexité syntaxique (le nombre de propositions subordonnées par
100 mots), entre l'âge et la fluidité (les répétitions de segments de discours,
les énoncés inachevés, les pauses remplies et vides, le mlu, les interjec
tions, et les autocorrections), entre l'âge et la concision (le nombre
total de mots uniques, les énoncés grammaticalement incomplets, la
diversité lexicale, et le nombre total H'infnrrnoticnc pertinent» divisé
par le nombre total de mots produits) ou encore entre l'âge et 1' « infor-
mativité » (le nombre d'informations pertinentes fournies). Par contre,
l'utilisation de syntagmes prépositionnels tendrait à croître avec l'âge,
ce qui rendrait le langage des personnes âgées d'une certaine manière
plus « élaboré », comme l'ont suggéré Obier et Albert (1980) (cf. infra).
Par ailleurs, l'emploi de mots indéfinis tendrait aussi à augmenter
avec l'âge ; comme les paraphasies, on peut penser que les termes vagues
masquent des difficultés de dénomination ou plus généralement d'accès
lexical. L'augmentation avec l'âge de la durée des pauses vides pourrait
aussi s'interpréter en termes de difficultés d'évocation lexicale ou en
termes de ralentissement cognitif avec l'âge. Notons toutefois que la
quantité d'information pertinente produite par unité de temps est
équivalente d'un âge à l'autre, qu'on rapporte cette quantité à la pre
mière minute de parole ou à la durée totale de description. Ce résultat
est non seulement discordant avec l'hypothèse d'un ralentissement
cognitif entraînant une réduction de la quantité d'informations fournies
dans un temps limité mais en plus il s'accorde mal avec les données
antérieures sur l'efficience à communiquer (cf. supra).
Dans une étude sur l'auto-contrôle du discours (speech monitoring
skills) utilisant la description d'image, McNamara et al. (1992) n'obser
vent aucune différence significative entre des groupes d'adultes de 30
à 70 ans. Quel que soit leur âge, les sujets utilisent autant de mots pour
raconter l'image. Ils évoquent autant de thèmes, avec autant de mots
par thème. En outre, les erreurs de langue (erreurs lexicales et grammati
cales), commises en moyenne par un adulte sur deux, sont rares.
Quand des erreurs sont commises, elles sont la plupart du temps détec
tées et corrigées par les sujets, quel que soit leur âge. Par ailleurs, les
différents groupes de sujets s'autocorrigent de la même façon ; la fr
équence d'emploi de chaque type d'autocorrection (les « réparations »
avec et sans reformulation syntaxique, ces dernières ne faisant que
substituer un mot à un autre) est identique à travers les âges. Ces don
nées, étoffant celles de Cooper (1990), suggèrent une préservation des
capacités de monitoring et d'autocorrection du discours chez la personne
âgée (du moins en ce qui concerne les erreurs lexicales et morphos
yntaxiques). Pour ce qui est de la production (le nombre moyen de mots
par description), de la concision (le nombre de mots par thème) et de
Y « informativité » (le nombre moyen de thèmes évoqués par description),
les résultats corroborent ceux des études citées précédemment.
En marge des études précédentes sur le langage oral, il faut signaler