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Les prix : comment contrôler les mercuriales ? - article ; n°2 ; vol.2, pg 117-130

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Annales d'histoire sociale - Année 1940 - Volume 2 - Numéro 2 - Pages 117-130
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1940
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Langue Français
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C.-E. Labrousse
Les prix : comment contrôler les mercuriales ?
In: Annales d'histoire sociale. 2e année, N. 2, 1940. pp. 117-130.
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Labrousse C.-E. Les prix : comment contrôler les mercuriales ?. In: Annales d'histoire sociale. 2e année, N. 2, 1940. pp. 117-
130.
doi : 10.3406/ahess.1940.3033
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ahess_1243-2563_1940_num_2_2_3033ENQUÊTES
LES PRIX
COMMENT CONTROLER LES
MERCURIALES ?
Le Test de Concordance
Le carnet de notes du bourgeois de Labiche, avec sa page « pour les
dépenses » et sa page « pour les pensées », serait sans doute un savoureux
document d'histoire sociale. Mais te bonhomme nous aurait gratifiés, côté
dépenses, d'un document d'histoire économique dont on ne pleurera pas
l'absence sans espoir de consolation. C'est que notre acheteur, aux prises
avec le détaillant du cru, aurait été, d'un jour à l'autre, épargné ou dé
troussé. Les prix consignés sur son calepin se rapporteront à des qualités
variables. Et surtout les achats ne seront pas faits aux mêmes périodes :
le prix de la barrique de vin du pays porté en compte correspondlra peut-
être à un maximum ou à un minimum saisonnier. C'est donc la mercur
iale que nous ouvrirons tout simplement — avec les précautions d'usage —
pour y chercher ce que le carnet ne nous aurait ou nous aurait moins
bien donné : un prix représentatif d'une grande masse d'échangée, établi
marché par marché selon les mêmes procédés, relevé périodiquement à
de courts intervalles, et couvrant de sa ligne oscillante toute une année
économique.
Mais la controverse sur les mérites, devant l'histoire des prix, de la
mercuriale et de la comptabilité domestique, ou, plus largement, privée,
ne sera pas reprise ici. La mercuriale apparaît, malgré tous ses défauts,
et sous réserve de multiples contrôles possibles, comme la grande source ;
la comptabilité privée comme une source supplétive o|u, tout au plus,
auxiiidiie. ï^es états de subdélégation sur lesquels on retrouve les chiffres
de la mercuriale — avec, assez souvent, de légères corrections ou de faibles
discordances — ont donc, eux aussi, le caractère de source préférable.
Préférable même à la mercuriale, à divers égards, et notamment du
point de vue de la méthodologie pratique. Car les séries de prix suscepti-
Nora de la Direction — Le remarquable article qu'on -va lire et qui apporte
à l'histoire des prix une contribution dont la nouveauté n'a рае besom d'être
signalée, est deux lois le bienvenu pour moi. Car il me permet d'apaiser un
remords. Ayant dû conifectionner notre premier numéro de guerre des Annales
(tome I, n° k, *q&q) dans des conditions très particulières et très difficiles, j'ai
dû publier l'article de С -E. Laibrousse eur Le Prix du Froment de 1782 à 1790,
sans pouvoir le donner à corriger à son auteur. D'où une présentation typogra
phique de certains résultats non conforme a la presentation manuscrite. Qu'on
veuille bien trou-ver à la lin diu présent article un Erratum qui permettra d'uti
liser au mieux les dbnnéee de cet importbant travail. J'ajoute qu'il avait fait,
avant de paraître dans nos Annales, l'objet d'une communication à rassemblée
générale (Paris, mai 19З9) de lia Commission de IReoherche et de publication des
documente relatifs à la vie économique de la Révolution française (Lucien Febvre). 118 ANNALES D'HISTOIRE SOCIALE
blés d'être reconstituées d'après ces états l'emportent de beaucoup, en
nombre, pour le xvin* siècle, sur celles qu'on pourrait emprunter aux
mercuriales subsistantes. Elles intéressent près de 4oo localités notables2,
réparties de Dunkerque à Prades et de Quimper à Wissembourg. Et la
quantité, l'importance, la dispersion des chefs-lieux de subdélégations
tenus d'envoyer leurs états à l'intendant et à l'administration centrale
sont essentielles à la critique des prix.
Il ne sera question ici que d'un seul contrôle, que d'une seule épreuve3,
à la vérité la plus importante, celle de la concordance géographique dies
séries : rien ne sera donc dit des tests de ou de discordance
spécifiques3!»*. On étudiera la concordance géographique tant à l'intérieur
de la Généralité, de la « région »*, qu'entre Généralités voisines. Entre
ces localités, entre ces Généralités, dès lors que les relations commerciales
sont économiquement et juridiquement possibles, les variations de prix
doivent présenter, à des degrés divers, une concordance d'orientation et
une concordance d'amplitude. Le nombre des localités permet de multi
plier les épreuves : on compte en moyenne plus de douze subdélégations
correspondantes par Généralité ; jamais moins de cinq, minimum auquel
sont réduites les Généralités de Limoges et de Roussillon ; parfois jusqu'à
dix-sept (en Lorraine, ou dans la Généralité de Bordeaux) — ou même
vingt-six, chiffre maximum la de Paris, Paris-ville restant
d'ailleurs à part. Ces localités sont choisies parmi celles où se tiennent les
marchés les plus importants : l'épreuve de concordance se joue donc entre
des séries hautement représentatives. Elles sont enfin dispersées sur tout
le territoire de la Généralité, ce qui permet de penser, sans trop de har
diesse, que les résultats valent aussi pour tous les marchés intermédiaires,
satellites du marché témoin, et plus proche de lui que tous les autres
marchés comparés : des marchés petits et proches étant supposés aussi
« concordants », pour le moins, que de grande marchés éloignés.
La reconnaissance du mouvement des prix passe ainsi, grâce aux états
de subdélégation, du local au régional. Le champ attaqué est plus vaste,
la tactique plus sûre. La recherche progresse, en principe, par une dou
zaine de voies parallèles. Elle aboutit, si l'épreuve est favorable, à une très
forte présomption d'exactitude pour chacune des courbes comparées, et à
la reconstitution d'un mouvement-type, proche du mouvement effectiv
ement enregistré sur chaque marché local, mais qui couvre toute une Génér
alité, ou tout un groupe de Généralités. La réalité retrouvée est plus large,
plus fondée, aussi « concrète ».
I. — Concordance intrarégionale des séries de prix
La concordance du mouvement des prix doit être étudiée, on Га noté
d'un mot, à la fois à l'intérieur et à l'extérieur de la Généralité. Elle doit
être à la fois « intrarégionale » et « interrégionale ». L'observation des
courbes de prix dans les 4<x> subdélégations correspondantes du contrôle
a. Of. dane notre Crise de il 89 (en préparation) la liste de ces localités.
3. Sur tes divere contrôlée possibles, cf. des souroee indiquées supra, n. i et s.
3 bit. Sur сев textes, cf. mes interventions à la Société d'Histoire Moderne.
Bul. Soc. Hist. Mod., janvier 19З7, p. >i3-3i4, et man 19З7, p. аЗт-зЗв.
4. Sur l'emploi des termes de « généralité » et de « région », of. Annalet,
19З9, p. 383. COMMENT CONTROLER LES MERCURIALES ? 119
général permet de relever, en fait, à l'intérieur de chaque Généralité, la
double règle de la concordance des mouvements, mais de la discordance
des niveaux.
Les discordances de niveau importent peu à cette étude de méthode.
Elles traduisent la diversité des qnialités produites selon les terroirs, la
faible « standardisation » des types, comme on dirait aujourd'hui : la
première qualité du froment gringalet d'une subdélégation ne vaudra pas
la troisième qualité de grain bien nourri qu'on trouve à une dizaine de
lieues. Le même mot désigne ainsi, d'un endroit à un autre, des réalités
très différentes. Et d'un endroit à (un autre, le coût du produit fini,
conduit à pied d'oeuvre et livré à la consommation, est aussi très variable.
Il varie selon les frais de transport, selon l'état des voies de communic
ation, c'est-àndire, pratiquement, dans la plupart des cas, selon l'état des
routes autour de la localité considérée. Une subdélégation excentrique
est-elle desservie par de mauvais chemins ? Son isolement est double.
Un prix local y naît, s'y installe, s'y fortifie, à l'abri du réseau routier
impraticable où s'embourbe et s'essouffle la concurrence. Si la contrée
produit plus de blé qu'elle n'en consomme, les prix sont relativement bas,
par suite des difficultés qu'il éprouve à sortir ; si la production est défici
taire, les prix sont relativement élevés, par suite des difficultés qu'il
éprouve à entrer ; dans le premier cas, c'est l'excédent exportable, réduit
des frais de roulage ; dans le second, le déficit importé, majoré de
ces mêmes frais, qui tendent, théoriquement du moins, et toutes choses
égales, à déterminer le niveau des prix. Niveau sur lequel vient encore agir,
dans une mesure d'ailleurs limitée, la charge variable des divers droits
de marché, ou des taxes de consommation. Qualité du grain local, qualité
de la route, et, accessoirement, quantité de l'impôt local concourent à
expliquer la discordance des niveaux de prix à l'intérieur de la Généralité.
Seule nous intéresse ici, on le sait, la concordance des mouvements,
notamment de ceux du cycle décennal. Non qu'une concordance de lon
gue durée, qui s'étale sur un siècle ou plus, soit dépourvue d'intérêt mét
hodologique. Tout au contraire : la plus grande force probante ira à la
concordance le plus longtemps répétée. Mais la discordance dans l'orien
tation générale des courbes ne révélera pas systématiquement des séries
statistiques suspectes. Deux courbe comparées vont-elles marquer un mou
vement séculaire très inégal — par exemple une hausse faible et une
hausse violente — coupé de variations décennales concordantes ? Le désac
cord des mouvements séculaires ne prouve pas contre la courbe. Il pourra
signifier qu'un des facteurs locaux qui agissent sur le niveau des prix a
lentement agi, au cours du siècle, sur l'un des deux marchés contrôlés.
Telle une amélioration progressive de la qualité locale du grain. Ou encore
une du réseau routier local. Ou un changement local dans
les rapports de la production et de la consommation : le développement
accéléré d'une ville peut obliger de recourir à des régions d'approvisio
nnement plus lointaines, et de payer plus cher un blé plus éloigné. Hy
pothèses évidemment simplifiées, dont le seul objet est de rappeler qu'au
cours d'une période longue les conditions locales de la production ou du
marché peuvent éprouver de grands changements qui ne sont pas sans
action sur les prix.
Il en est tout autrement, au cours d'une période relativement courte,
de l'ordre décennal. Les variations de prix dépendent alors, dans une très
large mesure, de la conjoncture météorologique. La récolte de froment a 120 ANNALES D'HISTOIRE SOCIALE
été mauvaise, ou les apparences de la récolte sont contraires. Ou bien la
nombreuse famille des produits de substitution est en déficit, ou menace
de l'être. Le sarrasin est-il un aliment de base, substituable au pain ? La
défaillance de sa récolte aura souvent une répercussion marquée sur le
marché des grandes céréales. Le reliquat des récoltes antérieures, dépen
dant lui-même du volume de ces récoltes et des mesures relatives à la
circulation intérieure et extérieure dies blés, constituera aussi un facteur
important de la variation : les états des récoltes transmis périodiquement
par les intendants au contrôle général ont toujours une rubrique réservée
à « ce qui reste des précédentes récoltes ». Mais ces divers facteurs, météoro
logiques et juridiques, seront en principe communs à toute une Général
ité, ou même à tout un groupe de Généralités. Exception faite de la grêle,
de l'inondation ou de l'orage local, la conjoncture météorologique présen
tera naturellement au xvnr9 siècle le caractère régional ou national d'au
jourd'hui. Les états des récoltes en rapportent, du reste, surabondamment
la preuve.
Sans doute on distinguera, à l'intérieur de la Généralité, des zones plus
frappées ou plus favorisées. La différence sera parfois très sensible. Mais
le commerce des grains tend à compenser rapidement ces inégalités, entre
localités proches. La concurrencie commerciale est, à courte portée, une
arme déjà très efficace. L' a arbitrage » des boulangers et des marchands
opérée, de place en place, en faveur d'une variation Tiniforme. Les prix des
divers marchés de la Généralité partent de niveaux différente, mais ten
dent à varier dans le même sens, et dans la même proportion. Simple
tendance évidemment. Chaque localité gardera sa variation propre, en
avance ou en retard sur celle de la localité voisine, avec ses hésitations et
ses contradictions. Chaque bourg inscrira, de semaine en semaine, la ligne
inégale du prix. Et c'est bien de ces inégalités, de ces hésitations et de
ces décalages, q*ue vit le spéculateur — qui finalement les annule. Le
peuple s'en mêle lui aussi. Des bandes entravent la circulation des grains
ou pillent les marchés : mais ces « émotions populaires » des temps de
crise, épisodes fréquents et sans lendemain, ne sont que facteurs1 inci
dents du prix. Nous trouvons ainsi, au, bout de la chaîne des discordances
de détail, la concordance de l'ensemble.
Telle est du moins la règle. Toute courbe qui n'y obéit pas est sus
pecte. Sa résistance a1" mouvement commun, à 1 enudînement commun,
doit êtée alors étudiée. Mais de tels cas sont rares. Si l'erreur accidentelle
et de faible importance abonde, l'erreur persévérante et lourde est assez
exceptionnelle. L'examen comparé des courbes des divers marchés locaux,
d'après les chiffres bruts ou révisés des subdélégués ou de Tinten-
dant4bi8, donne en général5 des résultats analogues à ceux des diagram
mes I, II et III. On y voit, d'après les chiffres bruts des relevés de mercur
iales ou des états, que dans les trois Généralités d'Alençon, de Mon tau-
ban et de Lorraine, l'épreuve de concordance géographique intrarégionale
est, dans l'ensemble, très favorable à la documentation contrôlée.. Au
Nord-Ouest, comme au Sud et au Nord -Est, les a témoignages » des subdé
légués concordent sur le mouvement des prix.
k bis. Lee erreurs de ces étais sont 'génértaQement dues à de (Eaux calcul» de
conversion : cf. notre Esquisse du Mouvement des prix et des revenus en France
au XVIIIe 8. (en abrégé Esq.) t. I, p. 4a et l*$.
5. Of. Annales, 19З9, p. 385, n. a, ainsi que notre Crise de 1789. TENDANCIELLE DES VARIATIONS ANNUELLES DE PRIX CONCORDANCE
ENTRE LES GRANDS MARCHES DE LA GENERALITE D'ALENÇON
Diagramme I
Cf. Esq., t. I, p. io6 et t. II, p. 64$, v« Orne, С 70 et 7З, les sources des prix retenus pour la
construction de oe diagramme. La série de Bellêm.e, qui e'arrète à 1773, n'y figure рае. Les prix ont
été utilisés sane correction. Le prix moyen de la .généralité d'Alençon ne concorde pas exactement
avec la moyenne des prix des eubdélégatione correspondantes du Contrôle général : sur l'explica
tion de ces discordances, of. ibid., t. I, p. 77, sq.
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CONCORDANCE TENDANCIELLE DES VARIATIONS SAISONNIERES DE PRIX
ENTRE SUBDELEGATIONS PROCHES, APPARTENANT A LA GENERALITE DE MONTAUBAN
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Diagramme II
Cf. Esq., t. II, p. 6'|8, v° Lot, les sources des prix retenus pour la conetruettion (de (oe di
agramme. Là encore, les prix ont été utilisés sans correction. Mais, à la différence du diagramme I,
le présent diagramme permet de euivre, pour ohaqlue année, le mouvement saisonnier de lia
variation de prix. Mouvement saisonnier rapporté d'ailleurs d'une «façon élémentaire, d'après les
prix de janvier, avril, juillet, octobre, marchas de fin de mois. DU FROHENT AU SAC û£ 2OOW/Œ5 PRIA
1784 17Í S 17 S* Л 7»7 17 8e 1 789
Diagramme III
son et sous ainsi Révolution de du non, la prix Ce travail, forme perceptibles. généralité diagramme comme des (Paris, de encore grains communication aux de Maie 3o a inédit, Lorraine diagrammes et été mai-i«- fourrages la établi concordance sur et juin à Le par Barrois I (of. l'assemblée et Mouvement 19З9). M. II, infra, d'amplitude de des Strawczyneki, Les 1784 p. indices générale cotes du à ). prix 1789. portées die des Quelques die d'après prix. des deux Les la au grains sources Les Commission résultats mouvements présent deux différences et de séries fourrages de diagramme M d'histoire ce entre Šbrawczynski statistiques des travail sur niveaux le sont économique quelques maximum ont celles empruntées sont été de prix présentés des marchés les saison- de Avis sont prix la à
raer de 1784 (août à Ligny-en-Barrois, décembre à Saint-Dié), le minimum saisonnier de 1786 (août à
les assez Ligny deux remarquable. et sufodélégations à Saint-Dié), Remarquable et portées le maximum au d'autamt présent mensuel pJus diagramme : i"qu'à de 1789 la (juillet sont différence éloignées à Ligny, du cas et novembre relevé communiquent au à diagramme Saint-Dié) difficile^ est П,
et ment П, ; les a«> variations qu'à partir mensuelles de juillet de 1788, prix les : or, courbes deux donnent, marchés à commerciailement la différence de celles éloignés des diagrammes ne s'influen I
cent qu'avec un certain retard ; c'est seulement рал- la confrontation des prix trimestrielle ou ' ' mieux, des prix moyens annuels, qu'on obtient la plus haute concordance.124 ANNALES D'HISTOIRE SOCIALE
Quelques subdélégations <$orrespondantes du contrôle général, au
nombre de cinq, sont représentées^bie au diagramme I ; seuls de grands
marchés, assez éloignés les uns des autres, figurent au diagramme II ; sur le
troisième enfin6, on n'a porté, à dessein, que les prix de deux marchés,
choisis à deux extrémités de la province. Indices des prix moyens annuels
dans le premier cas, indices des prix saisonniers dans le deuxième, prix
saisonniers ou prix mensuels dans le troisième, concordent assez remarqua
blement. Nous disons bien, pour le dernier diagramme, prix saisonniers
ou mensuels, et non plus indices de prix : les niveaux diffèrent, les mou
vements concordent. Ils concordent même plus exactement qu'il n'appar
aît à première vue : entre ces marchés relativement éloignés, et du min
imum saisonnier de 1786 au maximum mensuel de 1789, l'amplitude de la
variation est à peu près la même. La courbe qui s'attardait finit par rat
traper son retard, et par marquer une hausse égale à celle de l'autre.
Qu'on n'accuse pas nos subdélégués normands, méridionaux ou lor
rains d'avoir triché — d'avoir, préalablement, « délibéré » leurs prix dans
leurs Généralités respectives, avant de les porter sur leur état. Je n'ai pas
rencontré jusqu'ici un seul exemple de prix concerté entre subdélégués.
Sans doute certaines localités font-elles mercuriale commune : par exemp
le de petits marchés, avec une importante ville voisine. Mais seul le mar
ché de la ville est admis au rang de correspondant du contrôle général.
Seul le travail original du subdélégué part pour Paris ou Versailles : les
copies villageoises restent sur place. Un prix concerté serait d'ailleurs de
ville à ville un prix identique, ou à peu près. Sur les états des diverses sub
délégations, on trouve au contraire, aux mêmes temps, des prix très iné
gaux, d'après lesquels a précisément été relevée la règle de la discordance
des niveaux. Mais certains subdélégués ne s'inspirent-ils pas, à défaut
du prix absolu des autres chefs-lieux de subdélégation, de la variation de
prix qui y aura été relevée ? Hypothèse moins vraisemblable encore, et
que rien, à ma connaissance, ne permet de hasarder. Que les variations
de prix sur les marchés voisins soient connues, avec un certain retard, du
subdélégué et, beaucoup plus rapidement, du commerce local par lequel
il peut être également informé, ce n'est guère douteux. C'est par de telles
nouvelles que les échangistes sont incités à relever ou à rabaisser leurs
prétentions, et que les mouvements de prix se transmettent d'un marché
à un autre. Le subdélégué, ou le minager qui aura la charge d'affirmer
le prix de la mercuriale, n'en pourra que mieux apprécier les mouvements
du prix sur son propre marché. Mais comment présumer, en l'absence de
toute preuve, qu'il préférera s'acquitter de sa tâche d'après des rense
ignements, peut-être inexacts, peut-être tendancieux, empruntés à d'autres
localités, plutôt que d'après des informations directement recueillies par
lui sur son marché local, ou aisément contrôlables sur ce marché ?
Le plus commode est qu'il regarde ce qui se passe eous ses yeux.
C'est aussi le moins dangereux : car les chiffres de la mercuriale, que le
subdélégué se borne à transmettre, ou qu'il ne rectifie que très légère-
5 bis. Neuf courbes de eubdélégation avaient été primitivement portées à ce
diagramme, qu'il a Mlu allSgier pour le rendre plus lisible. Quatre courbes,
celles des subdélégaifcions d"Alençon, de Domfront, de Bernay et de Mortaigne,
ont été supprimées : courbes aussi « conformistes » que les courbes restantes
(cf. Esq , t. I, p. 8, gr. II). Sur la courbe du prix moyen dans la généralité
d'AJençon, cf. infra p. [&].
6 Construit et communiqué par M. Strawcrynski, d'après sa communication
à l'assemblée géméraile de la Commission de recherche et de publication des docu
mente relatifs à La vie économique de la Révolution française : cf. Annales, ibid. CONTROLER LES MERCURIALES ? 125 COMMENT
ment, sont établis sous la surveillance attentive d'énormes intérêts contrad
ictoires7. Le prix du pain en dépend : une sous-estimation du grain
fera hurler la boulangerie locale ; une surestimation, provoquant une
hausse injustifiée du pain, risquera de créer des troubles et de donner
à M. le lieutenant de police et à M. le subdélégué bien des tracas. Pis
encore : une telle négligence pourrait aller parfois jusqu'à compromettre
l'autorisation d'exporter : qu'en diraient les grands propriétaires du cru,
leurs fermiers, les fermiers des dîmes et des droits seigneuriaux ? Le mieux
est donc, à tous égards, d'observer directement, plutôt que de mentiT
aussi laborieusement.
La concordance sincère des courbes à l'intérieur de la Généralité orée
donc, à elle seule, en faveur des états de subdélégation, une forte présompt
ion d'exactitude. Et le degré de la concordance est tel que la courbe de
Généralité, établie d'après la moyenne arithmétique simple des prix rele
vés dans lés subdélégations correspondantes ďu Contrôle général, demeure,
comme on le voit au diagramme I, très près des courbes qu'elle résume :
elle exprime sans doute une moyenne, et, comme telle, sa valeur représent
ative dépasse de beaucoup celle de chaque série locale qui entre dans le
calcul ; mais cette moyenne est proche du mode ; c'est, de toutes4, la plus
a concrète », la plus utilisable en histoire sociale. T«s prix moyens sa
isonniers de Généralité, ou les prix moyens mensuels de Généralité, calculés
sur des périodes égales à celles des diagrammes II et III, présenteraient
le même caractère8.
II. — Concordance interrégionale des séries de prix
On sait que l'intendant et le contrôle général établissent — celui-ci
dans les Tableaux généraux du royaume, celui-là sur les états récapitulatifs
du Prix des grains, pain et fourrages, ou sur les Avis du prix des grains
et fourrages — les prix moyens de Généralité. C'est d'ailleurs d'après les
séries des prix moyens annuels du froment dans chacune des trente-deux
Généralités du Royaume qu'a été écrit notre précédent article des Annales
auquel la présente étude se rattache. La comparaison des séries régionales
voisines permet de relever, comme celle des séries locales, une double règle,
intéressant le niveau et le mouvement des prix. Mais ici la concordance
joue dans les deux cas : on relève à la fois la concordance des niveaux et
la concordance des mouvements.
. Celle des niveaux, nous l'avons dit, ne présente qu'un assez faible
intérêt méthodologique. Elle exprime, entre régions proches, des condi
tions proches de production. Climats voisine, emplacements voisins, sol
parfois identique, technique comparable ; et surtout, voies de communic
ation communes : grandes routes ou voies navigables. Accessoirement,
même mode de tenure, même régime de travail, égalité tendancielle du
taux du profit. Les cas-limites qui correspondent, à l'intérieur de chaque
Généralité, aux discordances-limites de prix, sont ici compensés : dans
chaque Généralité on cultive de médiocres variétés locales de froment ;
dans chaque Généralité on trouve un réseau routier très inégal, quelques
agglomérations d'accès particulièrement difficile ou facile. Mais le niveau
du prix moyen de Généralité exprime une situation moyenne, qu'on re-
7. C.-E. Labroussf, Esq., t. I, p. 29 eqq.
8. Cf. les sources signalées supra, n. 5.