Les terres cuites architecturales gallo-romaines de la Véronnière (Lac de Paladru, Isère), par Jean-François Dècle et Eric verdel
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Les terres cuites architecturales gallo-romaines de la Véronnière (Lac de Paladru, Isère) par Jean - François Dècle et Eric Verdel [ Extrait de : COLARDELLE M. et VERDEL E. (dir.), L'habitat fortifié médiéval de Colletière à Charavines (Lac de Paladru, Isère) . Code Patriarche 10320. Rapport d'opérations 2011 (Conseil général de l'Isère / service du patrimoine culturel. Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Guyane. Novembre 2011, texte pp.18-26 ; tableaux et figures pp.28-38 ; Dessins de B.DANGREAUX.] Des toitures, il ne reste naturellement que des tuiles, et tout ce qu'on peut en dire n'est qu'hypothèse. (L. de VESLY, 1909). Après une première trouvaille fortuite dans la baie de La Véronnière (commune de Montferrat), bordée par un ruisseau pérenne (à l'est) et la « Maison Maulin » (à l'ouest), des prospections terrestres et subaquatiques ont confirmé l'existence d'un gisement de tegulae et d'imbrices (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2008, pp. 30-32). Un fragment de céramique allobroge récolté en 2009 au même endroit avait ensuite attiré l'attention (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2010, pp. 12-13). D'autres éléments de mobilier récoltés depuis lors (été/automne 2010) permettent désormais de proposer des hypothèses plus complètes. Le mobilier - 1 fragment de panse d'amphore, de forme losangique si on l'oriente par rapport aux traces digitales de tournage en face interne, de 6 cm sur 8 cm, épaisseur 1 cm, pâte claire, dégraissant fin (fig.1).

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Publié le 17 février 2013
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Les terres cuites architecturales gallo-romaines de la Véronnière (Lac de Paladru, Isère) par Jean - François Dècle et Eric Verdel
[ Extrait de :COLARDELLE M. et VERDEL E. (dir.)fortifié médiéval de Colletière à Charavines (Lac de, L'habitat Paladru, Isère) .Code Patriarche 10320. Rapport d'opérations 2011 (Conseil général de l'Isère / service du patrimoine culturel. Direction Régionale des Affaires Culturelles de la Guyane. Novembre 2011, texte pp.18-26 ; tableaux et figures pp.28-38 ; Dessins de B.DANGREAUX.]
Des toitures, il ne reste naturellement que des tuiles, et tout ce qu'on peut en dire n'est qu'hypothèse. (L. de VESLY, 1909).
Après une première trouvaille fortuite dans la baie de La Véronnière (commune de Montferrat), bordée par un ruisseau pérenne (à l'est) et la « Maison Maulin » (à l'ouest), des prospections terrestres et subaquatiques ont confirmé l'existence d'un gisement detegulae et d'imbrices (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2008, pp. 30-32). Un fragment de céramique allobroge récolté en 2009 au même endroit avait ensuite attiré l'attention (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2010, pp. 12-13). D'autres éléments de mobilier récoltés depuis lors (été/automne 2010) permettent désormais de proposer des hypothèses plus complètes.
Le mobilier
- 1 fragment de panse d'amphore, de forme losangique si on l'oriente par rapport aux traces digitales de tournage en face interne, de 6 cm sur 8 cm, épaisseur 1 cm, pâte claire, dégraissant fin (fig.1). - 1 fragment dedolium, de pâte brun clair/ocre, friable, à dégraissant fin (fig. 2). - 1 fragment de la partie inférieure droite d'unetegula, avec rebord, s'inscrivant dans un trapèze de 6cm /8cm/7cm/5cm, bord externe en angle droit, rebord mouluré en bourrelet sur son angle interne supérieur, trace de gorge, pâte carmin clair [.tg.5] (fig. 3).
Ces artefacts s'ajoutent à ceux récoltés auparavant :
- 1 fragment de céramique noire indigène, dite allobroge - 3imbricesreconstitués et 3 autres fragmentaires ( tableau I ) - fragments detegulaepermettant l'identification de 7tegulaedifférentes (tableau II ).
Ces objets proviennent tous d’une portion du littoral exondée à l'époque gallo-romaine, d’après les restitutions bathymétriques fournies par l’étude paléoenvironnementale du lac (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2007, p. 140).
Sur une aire d'environ quinze mètres de diamètre, la coexistence de céramiques architecturales (tegulaeetimbrices) et alimentaires (céramique culinaire noire allobroge, céramique de stockage du typedolium, céramique de transport et/ou de stockage du type amphore) justifie l'hypothèse d'un bâtiment d'habitation à caractère multifonctionnel.
La surface ne paraît pas receler d'autres matériaux. Les galets qui la parsèment sont attribuables à la mise en place par les pêcheurs de frayères faites de branches lestées par des pierres entassées dans des sacs de jute.
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La littérature archéologique tient pour caractéristique de la construction gauloise postérieure à la conquête (et parfois antérieure à celle-ci) l'utilisation du bâti traditionnel, construit sur une armature de poteaux complétée par des murs et des cloisons de terre et de bois (clayonnage et torchis ou pisé) (DE KLIJN, MOTTE et VICHERD, 1996, pp. 279-281) dont on ne trouve plus de traces, mais pourvu d'une couverture tégulaire « à la romaine » (ADAM, 1984 ; BRUNAUX, 2005, pp. 255-261 ; GUILLAUMET, 1996, p. 33 et sq).
On peut mentionner le cas de Cravant, près de Chinon (Indre-et-Loire) où ont été découverts les vestiges d'habitats en bois et torchis, sur base de pierres, généralement à toit tégulaire, mais avec des annexes couvertes en bruyère. Sur un autre site de Cravant (rapport 1980), une cabane interprétée comme la dépendance d'une exploitation voisine comporte des murs de bois et de clayonnage reposant sur une base en pierre et des restes de pisé peut-être issus de cloisons, le tout couvert detegulaeet d'imbrices(COUDERC, 1985, pp. 106-108). La permanence des constructions du modèle indigène en terre et bois, parfois sur fondation de galets roulés, qui laissent peu de traces par rapport aux techniques constructives romaines décrites par Vitruve (VITRUVE,De Architectura, II, 1, 7) se vérifie à maintes reprises dans les départements de l'Isère (PELLETIER, DORY, MEYER, MICHEL, 1994, pp. 38-39) et du Rhône (FAURE-BRAC, 2006. pp. 199-200, p. 401-402).
Notons d’autre part la présence sur la beine (à une vingtaine de mètres vers l'ouest) d'une couche cendreuse, de déchets ferreux et d'une loupe de forge probablement médiévaux. Ils peuvent être mis en relation soit avec le site métallurgique de l'île Loyasse (XIIIe-XIVe s.) soit avec celui des Grands Roseaux (XIe s.) où des fragments detegulaet d'imbrexont été trouvés en 2010.
Bien que probablement discontinue, la fréquentation gallo-romaine est bien attestée sur les rives du lac et dans sa périphérie (MOYNE, 1993, p.309-313 ; COLARDELLE et VERDEL, 2007, p. 140 ; MOYNE, 2001, pp. 19-22) ainsi que son exploitation halieutique (pirogue, poids de filets) (RIETH et GINISTY dans COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2007, pp. 221-231 ; voir aussi la synthèse postérieure:Les sites gallo-romains du lac de Paladru, DECLE et VERDEL, 2012). Plus loin, levicus Augustus (Aoste), au nord, sur la voie Vienne-Genève et, vers le sud, la villa de Sermorens (Voiron) ainsi que la station deMorginumsur l'axe Vienne-Grenoble, n'en (Moirans) sont distants que d'une journée de marche.
La situation topographique de l’aire prospectée semble a priori peu favorable à l'implantation d'un habitat du fait de l’exposition au vent du nord, de l'érosion de la berge par les vagues et de la proximité d'une zone longtemps restée marécageuse (son remblaiement n’a eu lieu que vers 1970). Jusqu’aux années 1960, cette partie de la rive gauche, pour des raisons directement liées à ces inconvénients, était occupée par des cabanons qui la distinguaient des habitats prestigieux situés en rive droite, mieux abrités et établis très au-dessus de l’eau.
A contrario, la proximité de ressources vivrières (lac, bonnes terres humiques facilement cultivables) et matérielles (bois, roselières) ainsi que l’occupation antique de sites « humides » (DECHELETTE, 1931, p.115 ; MALRAIN, MATTERNE, MENIEL, 2002, pp. 34-35) sont compatibles avec la construction d'un bâtiment à vocation artisanale mais partiellement habitable.
Les terres cuites architecturales (TCA)
Parmi le matériel gallo-romain figurent aussi des « terres cuites architecturales » dont la description morphologique peut documenter un aspect habituellement négligé de la construction romaine (ou plutôt « à la romaine ») : celui de la couverture tégulaire italique et de son adaptation en territoire allobroge.
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La singularité du gisement réside en effet dans la variété des formes detegulae et d'imbrices au regard du faible nombre des artefacts découverts. Les récoltes successives ont permis la reconstitution intégrale de troisimbrices(tableau I) qui présentent des longueurs et des largeurs inférieures sensiblement proches :
- 46 cm/46,5 cm pour la longueur (qui conditionne le recouvrement des joints latéraux), soit la valeur approchée d'unpes monetaliset demi (29,5 cm),
- 14 cm/14,5 cm pour la largeur inférieure (qui conditionne le recouvrement de l'imbrexaval), soit la valeur d'un petit demipes monetalis.
Toutefois, des variations dans les largeurs et les hauteurs supérieures excluent l'emploi des mêmes moules. C’est également le cas de l'imbrex4 fragmentaire, qui relève d'un gabarit de taille nettement supérieur aux autres.
Contrairement auximbrices, aucunetegulan'a pu être entièrement reconstituée. Mais parmi les sept spécimens identifiés comme tels grâce à leur rebord, deux possèdent leur longueur et leur largeur intégrales, quatre permettent de discerner leur morphologie (rectangulaire ou trapézoïdale) et tous laissent nettement voir le profil de leur rebord (tableau II).
Un huitième fragment (tg. 8) ne ressemble à aucun autre. Il s’agit d’un plat detegulaprésentant les traces digitales circulaires en partie inférieure fréquemment observées sur ce type d’objet.
Les deux spécimens présentant une longueur (tg.1 et tg.4) mesurent 47 cm, soit environ un pied et demi. Ils se différencient en revanche par leur morphologie : tg.1 est rectangulaire, tg.4 trapézoïdal.
Deux spécimens (tg.1 et tg.7) ont une forme rectangulaire, deux autres (tg.2 et tg.4) une forme trapézoïdale, le n° 4 pouvant constituer un modèle mixte avec une partie inférieure nettement rectangulaire s'ouvrant dans sa largeur vers la partie haute.
A cette diversité typologique (en forme et dimension), s'ajoute celle du profil des rebords : sept spécimens observables, sept profils de rebords différents (fig. 4).
Ils diffèrent par leur hauteur de façon significative (de 4.8 cm à 6 cm) ; par leurs angles externe et interne (droits ou rentrants) ; par leur arête, aplatie pour les uns (tg.1, 2, 3, 4), moulurée pour d’autres (tg.5, 6, 7), et, pour ces derniers, par des arrondis de formes variées.
Des données relatives aux TCA de La Véronnière, seule la diversité des moules (ou gabarits) de fabrication destegulaeetimbricespeut être déduite avec certitude.
Sur les raisons de cette diversité, on peut conjecturer qu’elle représente l’ensemble des réponses techniques apportées à des problèmes rencontrés localement (puisqu’il semble que la fabrication soit plutôt dispersée et proche des zones d’utilisation) et que ne résolvent ni le modèle importé ni les adaptations précédentes : contexte climatique, raréfaction des bois de charpente appropriés, exposition particulière du bâtiment à couvrir, couverture à réaliser sur une charpente préexistante, réfection partielle, modification des surfaces etc.
Les adaptations du matériel tégulaire italique illustrent ainsi un phénomène d’acculturation plus général, qui constitue une question en soi et donc un possible objet d’étude. La documentation antique et la littérature archéologique relatives à l'étude du matériel tégulaire dans sa fonction architecturale sont pauvres en ressources. Il s'agit d'un domaine technique qui, à en juger par le peu
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de références, n'intéressait pas les anciens (du moins d’après les textes qui ont survécu) et guère plus les archéologues.
Ni Pline l'Ancien ni les agronomes latins, dont certains (comme Caton) ont traité de l'architecture rurale, ne renseignent sur les techniques mises en oeuvre pour fabriquer les tuiles et réaliser les toitures.
er Vitruve (I siècle av. J.-C.), dans sonDe Architectura,seul véritable traité d'architecture antique qui nous soit parvenu, n'aborde pas les toitures en général. Parmi les vingt et une occurrences du mot tegulason oeuvre, dix seulement évoquent de manière allusive ou brièvement digressive la dans fonction architecturale de la tuile à rebord et le système de couverture tégulaire. Même sa description de la basilique de Fano (dont il pourtant fut l'architecte) ne dit rien de la couverture. Selon lui (op. cit. livre VI, 08, 08), la facilité de remplacement, en cas de détérioration même importante des éléments de toiture, qu'ils dépendent de la charpente (poutres, chevrons) ou de la couverture (tuiles), le dispense d'y porter attention. L'argument n'est intéressant ici que dans la mesure où il souligne indirectement la possible standardisation des toitures (charpentes et couvertures) et révèle la maîtrise technologique des charpentiers, des fabricants de tuiles et des couvreurs italiques.
Quant à la documentation contemporaine, la «surabondance archéologique» des éléments de couverture sur les sites gallo-romains (BESSACet al., 1999 , pp.100 et 102 ) a généré« une indifférence manifeste des chercheurs à leur égard », si bien que les ouvrages de synthèse traitant de l'architecture antique épuisent rapidement le sujet (voir aussi LE NY, 1988, p. 12). Un constat identique s’impose pour les grandes publications consacrées à la romanisation de certaines régions d'Italie, où la couverture tégulaire et ses déclinaisons (y compris dans leur composante culturelle) font cruellement défaut.
Or il apparaît que celle-ci (peut-être pour la même raison que celle invoquée par Vitruve) fut, selon Fanette Laubenheimer (LAUBENHEIMERet al.,1999), le «premier pas du monde autochtone vers l'adoption de nouveaux schémas de construction à la romaine, bien avant le traitement des murs ou des sols, voire du plan». Elle constitue donc, au milieu des couvertures traditionnelles en matériaux divers qui subsisteront (CHOISY, 1973, p. 151, note 1), l’un des premiers marqueurs de l'acculturation qui caractérise précisément l'époque gallo-romaine en Gaule. Et comme toute acculturation, celle-ci va résulter de compromis entre des formes traditionnelles autochtones et des modèles importés (BEDONet al. 1988, p. 341).
En l'espèce, il s'agit d'un signe d'acculturation paradoxal puisque l'utilisation du type de couverture tégulaire italique, né sous un climat méditerranéen (moins froid et plus sec que celui de la Gaule intérieure ou septentrionale), ne va pas, dans un premier temps du moins, nécessairement améliorer le confort de l'autochtone. Même si le confort ne constitue pas la motivation première à recourir à ce type de couverture, son adoption a donc sans doute été assez rapidement suivie de son adaptation aux conditions topographiques et climatiques locales, en fonction des essences de bois disponibles pour réaliser des charpentes fortement sollicitées par la masse.
C'est sans doute l'intérêt du gisement de La Véronnière de suggérer quelques traits possibles d’une telle adaptation.
Choisy, dans sonArt de bâtir chez les Romains1873, p. 151) relève que « (CHOISY, la faible inclinaison des toits, en usage en Italie, fut appliquée dans nos contrées du nord pour lesquelles elle n'était point faite» (cité par JULLIAN). On peut en déduire que le recours à la couverture tégulaire sur du bâti de tradition gauloise a pu impliquer un changement de pente des toitures par rapport à la couverture végétale traditionnelle (chaume ou roseau). Le poids important de la
2 couverture tégulaire en effet (80/90 kg/m ), pour éviter tout glissement, nécessite de faibles pentes de toits (moins de 30 %) alors que la couverture végétale a besoin, pour être étanche, de pentes de 50 à 80 % selon le matériau employé (FERDIERE, tome 1, 1988, p. 209 ; BLANCHET, BUCHSENSCHUTZ et MENIEL, 1983, pp. 96-126 ; EPAUD, 2009, pp. 121-160).
Ainsi, le fragment tégulaire tg.1 (tableau II) présente sur sa face dorsale des stries parallèles à la largeur et espacées de 0,5/0,8 cm, analogues à celles que Chauffin (CHAUFFIN, 1956, p. 83) interprète comme des stries d'adhérence pour sceller la tuile à l’aide de chaux. Cette interprétation peut être prolongée par l'hypothèse d'une tentative de redressement de la pente du toit afin de faciliter l'écoulement des eaux et alléger la surcharge pondérale en cas de neige (PHALIP, 2004). D'où le risque accru de glissement des tuiles et la réponse technique par un scellement à la chaux, rendu plus efficace grâce aux stries.
Ainsi encore, le profil du rebord tg,5 (fig. 3 et 4), mouluré en bourrelet sur son angle interne supérieur, permet un calage plus efficace des tuiles qu'un rebord droit ou ouvert, par l'insertion d'un joint de chaux dans le creux longitudinal laissé entre le plat de la tuile supérieure et le bourrelet du rebord de la tuile inférieure. Par l'essai de solution technique qu'il apporte, un tel profil signale un autre problème : ici par exemple le soulèvement possible par le vent des tuiles sur charpente à faible pente (GUT, 1998, pp. 33 et 42 ) déjà évoqué par Vitruve (op. cit., II, 8, 18).
Enfin la coexistence detegulaerectangulaires (tg.1 et 7) et trapézoïdales (tg.2 et 4) probablement incompatibles sur une même toiture, implique aussi une différence de pentes dans les deux cas : très faible pour les rectangulaires, beaucoup plus marquée (et approchant les valeurs des pentes des couvertures végétales) pour les trapézoïdales, comme cela a pu être observé sur des toitures médiévales (VIOLLET LE DUC, 1856).
Concernant la chronologie, rien à ce stade des collectes et de leur étude ne peut être retenu qui permette une datation assurée.
Une datation fondée sur la seule étude des rebords, comme l'avait proposée Chauffin (1956 ; 1959, avec chronologie modifiée, ou sur les seules variations dimensionnelles des tuiles ne peut être proposée en raison, d’une part, de la modestie des fragments récoltés et de leur petit nombre et, d’autre part, du fait que la variété dans les dimensions de tuiles et dans les profils des rebords se rencontre au sein de mêmes officines ou d’officines proches, à la même époque ou sur une période relativement courte.
Ainsi l'épave de l'Isolella contenait-elle destegulaeet desimbricesprésentant des variations de longueur et surtout de largeur non négligeables (de 14 cm à 19 cm pour la largeur desimbrices) (ALFONSI et GANDOLFO, 1991). Et, d'une manière générale, s'il a pu être constaté que les formes des tuiles étaient identiques, on a également remarqué des variations considérables dans les dimensions d'un site à l'autre «et…sur le même site, en raison de leur fabrication artisanale non normalisée» (BESSACet al., 2004, p. 90). Blanchet, qui inaugura l'étude métrologique destegulae etimbrices, conclut à la difficulté d'aboutir à un classement chronologique des tuiles (comme des briques), y compris en comparant les mesures de celles issues de constructions analogues (BLANCHET, 1920, p. 207).
Concernant les formes des rebords, le site de Martres-d'Artières, par exemple, pour un fonctionnement circonscrit à l'époque de Tibère (datation à partir des céramiques), a fourni 36 profils de rebords différents ( DUMONTET et ROMEUF, 1973, p. 89-90).
Une réflexion chronologique est pourtant envisageable si l’on tient compte de trois facteurs.
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Avec le temps, on constate une évolution de la morphologie de lategulaqui, de rectangulaire tend vers une forme trapézoïdale (MANNIEZ, 1999) et aussi une diminution de sa taille (DUDAY, LAUBENHEIMER et TILLIER, 1995 ; LAUBENHEIMER, LE NY, GOURY, 1999). L'étude de Feugères (FEUGERES, 2000, p. 2 et 4-25) se référant aux auteurs précédents et travaillant sur des lots plutôt que sur des spécimens isolés (selon l’unique critère de la longueur, il est vrai) permet une estimation chronologique assez large de notre matériel. Les deux types detegulae identifiés (tg.1 ème rectangulaire de faible largeur, tg.2 et tg.4 trapézoïdales) excluent une fabrication antérieure au II siècle, avec un terminusantequemtg,2 et tg,4 par rapport à tg.1 qui pourrait concerner une pour ème époque plus tardive (IV siècle ?) (DECLE, in COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2008, p. 32).
Par ailleurs, Manière qui a comparé lestegulaedans deux officines de Haute-Garonne produites (Couladère et Tritchot),observe la régularité dans leurs dimensions, leur pâte et leurs rebords des produits issus de Couladère au Haut-Empire et l'hétérogénéité (voilages, irrégularité des épaisseurs, diversité du profil des rebords) des productions de Tritchot qu’il date du Bas-Empire tardif par recoupement avec une dizaine d'autres gisements (MANIERE, 1975, pp. 207-212). Il en découle que la diffusion des fabrications tégulaires a parfois amené au cours du temps une hétérogénéité morphologique (au niveau des dimensions et des rebords) au sein même des mêmes officines. Pareille diversité, à laquelle s’ajoute la forte propension au remploi de tuiles abîmées attestée par Caton (De Agriculturane peut que se retrouver dans les constructions, et donc sur, XVII, 14, 4), les sites, et conforter l'hypothèse d'une datation peu précoce pour la Véronnière.
Enfin, ce calage chronologique minimal et provisoire s’accorde avec la datation des céramiques du er ème Haut-Guillermet (Charavines), estimée aux I -III siècles, et avec celle du site de la Bourgealière ème dont l'occupation perdure jusqu'au IV siècle (COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2007 ; DECLE, dans COLARDELLE et VERDEL (dir.), 2008).
Conclusion
L'étude des terres cuites architecturales de la Véronnière plaide pour un habitat gallo-romain tardif, occupé pendant une période suffisamment longue pour qu’y soit perceptible une sensible évolution du matériel tégulaire. Elle témoignerait (c'est d'ailleurs l’aspect le plus intéressant) des transferts technologiques et des adaptations dans le domaine de l'architecture rurale qui caractérisent cette époque. La poursuite des prospections sur le site, couplée à des échantillonnages provenant des autres stations gallo-romaines connues en périphérie du lac, pourrait sans doute valider cette hypothèse.
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