Modèles du cycle économique et marché du travail - article ; n°4 ; vol.45, pg 1065-1078

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Revue économique - Année 1994 - Volume 45 - Numéro 4 - Pages 1065-1078
Modèles du cycle économique et marché du travail
Nombreux sont ceux qui croient que l'approche du cycle économique initiée par Lucas, Kydland et Prescott a pour objectif fondamental de doter les modèles macro-économiques de fondements micro-économiques solides alors que l'approche IS-LM-courbe de Phillips se démarquerait par son souci et sa capacité à expliquer les faits. Nous défendons l'idée que l'approche du cycle fondée sur le modèle néoclassique de croissance et l'approche IS-LM-courbe de Phillips en sont à peu près au même point en ce qui concerne leur capacité à expliquer les faits stylisés du marché du travail.
Business cycle models and the labor market
Many believe that the main goal behind the business cycle approach intitiated by Lucas, Kydland and Prescott is to provide solid microfoundations for macroeconomic models while the IS-LM-Phillips curve approach would be mainly concerned with explaining reality. We try to show that the business cycle approach based on the neoclassical growth model and the IS-LM-Phillips curve approach are at the present time on an equal footing in their capacity to explain stylizedfacts of the labor market.
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1994
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Monsieur Louis Phaneuf
Monsieur Steve Ambler
Modèles du cycle économique et marché du travail
In: Revue économique. Volume 45, n°4, 1994. pp. 1065-1078.
Résumé
Nombreux sont ceux qui croient que l'approche du cycle économique initiée par Lucas, Kydland et Prescott a pour objectif
fondamental de doter les modèles macro-économiques de fondements micro-économiques solides alors que l'approche IS-LM-
courbe de Phillips se démarquerait par son souci et sa capacité à expliquer les faits. Nous défendons l'idée que l'approche du
cycle fondée sur le modèle néoclassique de croissance et l'approche IS-LM-courbe de Phillips en sont à peu près au même point
en ce qui concerne leur capacité à expliquer les faits stylisés du marché du travail.
Abstract
Business cycle models and the labor market
Many believe that the main goal behind the business cycle approach intitiated by Lucas, Kydland and Prescott is to provide solid
microfoundations for macroeconomic models while the IS-LM-Phillips curve approach would be mainly concerned with explaining
reality. We try to show that the business cycle approach based on the neoclassical growth model and the IS-LM-Phillips curve
approach are at the present time on an equal footing in their capacity to explain stylizedfacts of the labor market.
Citer ce document / Cite this document :
Phaneuf Louis, Ambler Steve. Modèles du cycle économique et marché du travail. In: Revue économique. Volume 45, n°4,
1994. pp. 1065-1078.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reco_0035-2764_1994_num_45_4_409590Modèles du cycle économique
et marché du travail
Steve Ambler
Louis Phaneuf
Nombreux sont ceux qui croient que l'approche du cycle économique initiée
par Lucas, Kydland et Prescott a pour objectif fondamental de doter les modèles
macro-économiques de fondements micro-économiques solides alors que l'a
pproche IS-LM-courbe de Phillips se démarquerait par son souci et sa capacité à
expliquer les faits. Nous défendons l'idée que l'approche du cycle fondée sur le
modèle néoclassique de croissance et l'approche IS-LM-courbe de Phillips en
sont à peu près au même point en ce qui concerne leur capacité à expliquer les
faits stylisés du marché du travail.
INTRODUCTION
Plus de quinze années se sont écoulées depuis la publication du texte célèbre
dans lequel Lucas [1977] présentait une façon nouvelle d'aborder l'étude du
cycle économique. Pour Lucas, étudier le cycle ne se limitait seulement à expli
quer l'écart entre la valeur observée du produit agrégé et sa tendance (les fluc-
tuations du produit agrégé) mais également les covariations entre le produit
agrégé et d'autres variables macro-économiques . Comme autre élément
majeur de son programme de recherche, Lucas défendait l'idée qu'il fallait
doter les modèles macro-économiques de fondements micro-économiques. Les
modèles d'équilibre général du cycle avec information imparfaite élaborés par
Lucas [1972, 1975] au cours des années soixante-dix témoignent de façon
remarquable qu'il est possible de camper l'analyse macro-économique sur des
fondements micro-économiques plus solides.
La distinction entre fluctuations et covariations, de même que le souci de
relier le cycle économique aux réponses optimales des agents économiques, ont
constitué, par la suite, la pierre angulaire du programme de recherche sur les
cycles réels amorcé par Kydland et Prescott [1982]. Au cours des années quatre-
vingt, le développement de modèles stochastiques fondés sur le modèle néo-
* Centre de recherche sur l'emploi et les fluctuations économiques, Université du
Québec à Montréal, Case postale 8888, succursale Centre ville, Montréal, Québec,
Canada H3C 3P8.
Nous tenons à remercier deux rapporteurs anonymes pour leurs commentaires et sug
gestions. Ce texte a été réalisé dans le cadre d'un programme de recherche financé par le
Fonds FC AR sur La dynamique du marché du travail et les fluctuations économiques.
1. Ces variables étant des écarts par rapport à leurs tendances.
1065
Revue économique — N° 4, juillet 1994, p. 1065-1078. Revue économique
classique de croissance a été spectaculaire. L'objet et la méthodologie de ce pr
ogramme de recherche sont maintenant bien connus de sorte qu'il est superflu
d'en présenter un résumé1.
Bien que de nombreux macro-économistes reconnaissent d'emblée l'apport
original du programme de recherche mis en marche par Lucas, Kydland et
Prescott, certains demeurent sceptiques et se montrent plutôt critiques. À notre
avis, Gali [1992] résume bien les points de vue qui s'affrontent. Selon lui,
l'étude des fluctuations économiques peut être divisée en deux grands program
mes de recherche. Le premier est celui des « nouveaux classiques ». Selon Gali,
la perception d'un grand nombre de macro-économistes est que le principal
objectif de ce programme de recherche est de « reconstruire la macroéconomie
dans son ensemble d'une manière cohérente avec la théorie néoclassique, en
adhérant aux principes d'équilibre des marchés et de concurrence parfaite ». En
revanche, le deuxième programme « portant l'étiquette de "keynésien nouveau"
serait guidé par la confiance en Impertinence empirique des modèles macro-éco
nomiques de type IS-LM développés dans la tradition keynésienne ». Pour
étayer son affirmation, Gali cite l'exemple des modèles macro-économétriques
à plusieurs équations utilisés par les gouvernements et les entreprises commerc
iales à des fins de politique économique et de prévision qui sont du type IS-
LM-courbe de Phillips. En d'autres termes, la préoccupation centrale du pr
ogramme de recherche des « nouveaux classiques » serait de nature
fondamentale : doter les modèles macro-économiques de fondements micro
économiques rigoureux. Par contre, le programme des « keynésiens » se démarq
uerait par son souci et sa capacité à expliquer les faits.
Mais sur quoi ces perceptions reposent-elles ? La question est difficile. Tout
efois, nous croyons que certains facteurs ont contribué plus que d'autres à les
façonner. En particulier, nous pensons que les difficultés qu'ont éprouvées les
modèles du cycle réel à engendrer certains faits caractéristiques du marché du
travail ont fortement joué en leur défaveur. Citons quelques exemples. En génér
al, les modèles du cycle réel avec parfaite flexibilité des prix et des quantités
prédisent soit une variabilité conjoncturelle de l'emploi en heures travaillées
trop faible par rapport à celle du produit agrégé (Kydland et Prescott [1982]),
soit une variabilité de la productivité horaire trop faible par rapport à celle de
l'emploi en heures travaillées (Hansen [1985]). De plus, ces modèles engen
drent une corrélation positive entre l'emploi en heures travaillées et la producti
vité horaire qui est assez élevée alors que, dans les faits, elle est soit faiblement
négative ou nulle (Christiano et Eichenbaum [1992]). Ces carences ont proba
blement amené plusieurs à croire que le pouvoir explicatif des modèles du cycle
réel est assez limité et qu'une explication des faits stylisés du marché du travail
qui s'appuie sur le modèle néoclassique de croissance est vouée à l'insuccès. En
conséquence, plusieurs demeurent convaincus que le modèle IS-LM-courbe de
Phillips est celui qui explique le mieux les faits .
Dans le présent texte, nous défendons une idée qui peut sembler surprenante.
Nous tentons de montrer que l'approche du cycle s'inspirant du modèle néo-
1. Le lecteur intéressé pourra toujours se référer aux textes-synthèses de McCallum
[1989], Hénin [1991] et Danthine et Donaldson [1991] et Ambler [1991].
2. Ce point de vue semble également partagé par Blanchard [1989].
1066 Steve Ambler, Louis Phaneuf
classique de croissance et l'approche IS-LM-courbe de Phillips en sont presque
au même point pour ce qui est de leur capacité à expliquer les faits stylisés du
marché du travail. Nous développons notre argument de la manière suivante.
D'abord, nous présentons un court bilan synthétique des résultats récents obte
nus à partir des modèles du cycle d'inspiration néoclassique. Nous faisons
valoir que de tels peuvent expliquer les faits stylisés du marché du tra
vail si des rigidités nominales sont introduites. Toutefois, comme les modèles
du cycle réel à une impulsion, les modèles du cycle à rigidités nominales à une
impulsion ne peuvent expliquer les faits relatifs au marché du travail. Puis, nous
présentons un modèle IS-LM-courbe de Phillips que nous étalonnons et simu
lons numériquement. Lors de la simulation numérique, nous insistons sur trois
mesures statistiques : le rapport entre la variabilité conjoncturelle de l'emploi
en heures travaillées et celle du produit agrégé, le rapport entre la variabilité
conjoncturelle de la productivité horaire et celle de l'emploi en heures tra
vaillées et la corrélation entre l'emploi en heures travaillées et la productivité
horaire. Ces statistiques sont celles qui ont le plus attiré l'attention des cher
cheurs qui ont travaillé sur le cycle économique au cours des dix dernières
années. Nos résultats indiquent que, comme les modèles du cycle d'inspiration
néoclassique à une impulsion, le modèle IS-LM-courbe de Phillips à une impul
sion ne peut expliquer ces faits. Toutefois, en combinant les impulsions, le
modèle est en mesure de reproduire les faits de façon très satisfaisante.
Le plan du texte est le suivant : la deuxième section contient le bilan synthé
tique des résultats obtenus à partir des modèles d'inspiration néoclassique ;
dans la troisième section, nous décrivons le modèle IS-LM-courbe de Phillips ; la quatrième discutons de l'étalonnage du modèle et présen
tons les résultats de la simulation numérique ; la cinquième section contient les
remarques finales.
LES MODÈLES DU CYCLE D'INSPIRATION NÉOCLASSIQUE
UN BILAN SYNTHÉTIQUE
Nous empruntons à Hansen et Wright [1992] les faits stylisés du marché du
travail. Ceux-ci couvrent la période s'échelonnant du troisième trimestre de
1955 au deuxième trimestre de 1988. Hansen et Wright disposent de quatre
mesures différentes de l'emploi total en heures travaillées. Le tableau 1 contient
les statistiques suivantes pour chaque mesure d'heures travaillées : le rapport
entre la variabilité conjoncturelle de l'emploi en heures et la variabil
ité conjoncturelle du produit agrégé (on/cty), le rapport entre la variabilité des heures travaillées et la variabilité conjoncturelle de la pro
ductivité horaire (g^/gp), et la corrélation entre les heures travaillées et la pro
ductivité horaire1.
Peu importe la mesure, l'emploi total en heures travaillées est presque aussi
variable que le produit agrégé, le rapport des deux étant compris entre 0.82 et
1. Chaque variable est une variable conjoncturelle stationnaire obtenue par applica
tion du filtre de Hodrick et Prescott.
1067 Revue économique
Tableau 1 . Faits stylisés
corr (N, P) On/Oy aN/oP
Enquête sur les ménages-toutes
les industries (EMTI) 0.82 1.64 0.10
Enquête sur les entreprises-industries
non agricoles (EEIN) 0.94 1.95 -0.13
Enquête sur les ménages-industries
non agricoles (EMIN) 1.01 1.44 -0.35
Unités d'efficience (UE) 0.96 1.37 -0.30
Sources : Hansen et Wright [1992]. Période couverte : 1955 : 3 à 1988 :2.
1.01. Par contre, les heures travaillées sont beaucoup plus variables que la pro
ductivité horaire, la valeur du rapport se situant entre 1.37 et 1.95. Enfin, la cor
rélation entre les heures travaillées et la productivité horaire est presque nulle
ou faiblement négative selon la mesure d'heures travaillées.
Les modèles du cycle réel à une impulsion
Pour l'essentiel, le modèle du cycle réel de Kydland et Prescott [1982] est un
modèle néoclassique d'accumulation du capital perturbé par des chocs affectant
la productivité globale des facteurs. Il y a équilibre sur tous les marchés. Le
modèle est étalonné, puis simulé numériquement ; ses statistiques engendrées
sont ensuite confrontées aux faits. Dans le modèle de Kydland et Prescott, le
loisir est non separable et l'ajustement d'emploi se fait seulement en heures par
travailleur (marge intensive) ; le nombre d'employés est constant. Le modèle ne
reproduit pas les faits contenus dans le tableau 1. La variabilité conjoncturelle
de l'emploi en heures travaillées est beaucoup plus faible que celle du produit
agrégé, le rapport (TN/aY prédit par leur modèle étant égal à 0.58 ; la valeur pré
dite de aN/aP est également trop faible à 1.16. Quant à la corrélation entre les
heures travaillées et la productivité horaire, Hansen et Wright [1992] ont montré
qu'elle est proche de 1.0 dans le modèle de Kydland et Prescott.
La figure la nous aide à comprendre pourquoi les modèles du cycle réel à
une impulsion prédisent une forte corrélation positive entre les heures tra
vaillées et la productivité horaire. L'hypothèse d'équilibre sous-jacente au
modèle RBC canonique nous permet d'identifier productivité horaire et salaire
réel. Un choc technologique positif, par exemple, fera déplacer la courbe de
demande de travail Nd vers la droite le long d'une courbe d'offre de travail NOI-
pour le cas d'une main-d'œuvre divisible1. La corrélation entre heures tra
vaillées et productivité horaire sera fortement positive.
Motivé par l'objectif d'accroître la variabilité relative de l'emploi en heures
travaillées, Hansen [1985] emprunte à Rogerson [1988] une hypothèse d'indivi-
1. En théorie, la courbe d'offre de travail pourrait ne pas être invariante, un choc de
productivité positif pouvant entraîner un gain de richesse qui amènerait l'agent représent
atif à demander plus de loisir. Cependant, cet effet est faible empiriquement de sorte
qu'il nous est permis de raisonner comme si la courbe d'offre de travail était fixe.
1068 Steve Ambler, Louis Phaneuf
Figure 1a. Figure 1b.
Modèle du cycle réel à une Impulsion Modèle du cycle réel à deux impulsions
w/p w/p
\
C /y
\ \Nd*
\
\ Nd
N
Figure 1c. Figure 1d.
Modèle du cycle à rigidités - une Impulsion Modèle du cycle réel à rigidités - deux impulsions
1069 Revue économique
sibilité du travail qu'il incorpore au modèle de Kydland et Prescott. Cette fois,
le nombre d'heures travaillées par individu est constant et l'offre de travail porte
sur une probabilité variable de travailler un nombre d'heures donné. Une loterie
avec assurance complète du revenu détermine la situation de chaque travailleur.
L'ajustement du travail se fait seulement en variant le nombre d'employés
(marge extensive). La figure la illustre l'effet d'un choc technologique positif
pour une courbe d'offre de travail Nol correspondant au cas d'une main-d'œuvre
indivisible. Le travail indivisible implique une élasticité de substitution infinie
entre le loisir à des dates différentes, ce qui rend la courbe d'offre de travail
beaucoup plus élastique. Comme nous pouvons le constater, cette modification
apportée au modèle de Kydland et Prescott a pour effet d'accroître substantiel
lement la variabilité de l'emploi en heures travaillées, de sorte que le rapport
aN/aY s'élève maintenant à 0.76. Par contre, la variabilité de la productivité
horaire y est moins forte que dans le modèle à travail divisible de sorte que le
rapport g^/gp s'élève maintenant à 2.7. La corrélation entre heures travaillées et
productivité horaire est toujours proche de 1.0 (voir Hansen et Wright).
Les modèles du cycle réel à deux impulsions
Dans le but de réduire la corrélation entre les heures travaillées et la product
ivité horaire, Christiano et Eichenbaum [1992] ajoutent une deuxième impul
sion au modèle de Hansen. Celle-ci est introduite dans le modèle par une
variable de dépense publique qui suit un processus autorégressif dont les inno
vations constituent la seconde source d'impulsion. Cette variable affecte le pr
ogramme du consommateur-travailleur représentatif de deux façons : d'une part,
apparaissant dans la contrainte budgétaire, elle entraîne une absorption des res
sources qui ne sont plus disponibles pour les emplois privés, la consommation
ou l'investissement ; d'autre part, dans la mesure où la dépense publique n'af
fecte pas directement l'utilité et n'intervient que par son effet de richesse, une
hausse de la dépense publique provoque une réduction des ressources privées,
une réduction de la demande de consommation et de loisir et, en conséquence,
une hausse de l'offre de travail. L'amélioration la plus importante concerne le
rapport de la variabilité des heures travaillées et de la productivité horaire qui,
dans le modèle à travail indivisible, atteint 1.44 avec les heures travaillées tirées
de l'enquête sur les entreprises. La corrélation entre les et la
productivité est plus faible à 0.57. Cependant, ces améliorations sont obtenues
au prix d'une importante détérioration de la capacité prédictive du modèle en ce
qui concerne le rapport de la variabilité de la productivité horaire et du produit
agrégé. Le rapport de la des heures travaillées et du produit agrégé
est à peu près ce qu'il était dans le modèle de Hansen. La figure lb nous aide à
comprendre ces résultats. Dans un sans gouvernement, un choc techno
logique positif fait déplacer la courbe de demande de travail vers la droite ;
l'équilibre passe du point a au point b et la corrélation entre les heures tra
vaillées et la productivité horaire est fortement positive. Supposons maintenant
la présence d'un choc budgétaire positif. La courbe d'offre de travail se déplace
vers la droite et le nouvel équilibre se situe au point c. Par rapport au modèle
sans gouvernement, la corrélation entre les heures travaillées et la productivité
et la variabilité de la productivité sont moins fortes alors que la variabilité des
heures travaillées est plus élevée.
1070 Steve Ambler, Louis Phaneuf
Burnside, Eichenbaum et Rebelo [1993] réussissent à réduire la corrélation
entre les heures travaillées et la productivité horaire en ayant recours à une rigi
dité d'emploi, us élaborent un modèle ayant aussi deux impulsions, l'une tech
nologique et l'autre budgétaire. Le nombre d'heures travaillées par individu est
constant comme dans le modèle de Hansen et le nombre d'employés ne peut
être ajusté qu'une période après révélation des chocs ; face aux chocs technolo
gique et budgétaire, l'ajustement contemporain du travail prend la forme d'une
variation de l'effort fourni par les travailleurs. La corrélation entre les heures
travaillées et la productivité prédite par le modèle à effort de travail variable est
égale à 0.18, ce qui s'approche du fait observé. Cependant, le rapport de la
variabilité des heures travaillées et de la variabilité de la productivité prédit par
le modèle est trop faible à 1.01. Malheureusement, le modèle de Burnside,
Eichenbaum et Rebelo contient une lacune importante. Dans leur modèle, le
résidu de Solow n'est pas une mesure exogène des chocs technologiques, mais
est affecté par le choc budgétaire. Or une étude empirique récente réalisée par
Evans [1992] indique que le résidu de Solow est causé au sens de Granger non
seulement par les dépenses publiques mais également par le stock nominal de
monnaie. Puisque leur modèle omet la monnaie, il n'est pas compatible avec les
résultats empiriques d'Evans.
Les modèles du cycle à rigidités nominales
Toujours dans le but de trouver une explication satisfaisante des faits stylisés
du marché du travail, Cho et Cooley [1990] et Cho et Phaneuf [1993] introdui
sent des rigidités nominales dans un modèle à la Kydland et Prescott. Dans le
modèle de Cho et Phaneuf, par exemple, les salaires nominaux sont déterminés
à l'avance par des contrats ayant pour objectif de réaliser l'égalité anticipée de
la demande et de l'offre de travail (contrats à la Fischer-Gray). Une fois les cont
rats signés, les travailleurs cèdent aux entreprises le droit de gérer les effectifs ;
les entreprises se trouvent toujours sur leur courbe de demande de travail. La
présence des contrats de salaire permet d'ajouter un choc monétaire au modèle.
La monnaie est introduite dans le modèle sous la forme d'une contrainte d'en
caisses préalables à laquelle font face les ménages. Le logarithme du taux de
croissance du stock nominal de monnaie suit un processus autorégressif du pre
mier ordre dont les innovations constituent la source d'impulsion monétaire.
Comme les modèles du cycle réel à une impulsion, le modèle à rigidité de
salaire nominal de Cho et Phaneuf ne peut expliquer les faits en présence de
chocs monétaires seulement. La figure le nous aide à comprendre pourquoi.
Supposons que le point a sur la courbe de demande de travail soit un point
d'équilibre de long terme. Les salaires nominaux sont fixés à l'avance de sorte
que le nombre total d'heures travaillées au cours des contrats est déterminé sur
la courbe de demande de travail. Survient un choc monétaire positif après signa
ture des contrats. Les salaires nominaux étant rigides, il y a baisse non anticipée
du salaire réel et hausse du nombre d'heures travaillées ; nous passons au point
b sur la courbe de demande de travail. La corrélation entre les heures travaillées
et la productivité horaire sera fortement négative, ce qui est contraire aux faits.
Les résultats seront très différents si le choc monétaire est combiné avec le choc
technologique. La figure ld donne un exemple de l'effet de ces deux
chocs. Un choc monétaire positif survenant après signature des contrats provo
que une baisse non anticipée du salaire réel et un déplacement vers le bas sur la
1071 Revue économique
courbe de demande de travail. Un choc de productivité positif fait déplacer la
courbe de demande de travail vers la droite et entraîne une hausse non anticipée
du salaire réel de sorte que nous remontons vers le haut le long de la nouvelle
courbe de demande de travail. La combinaison des deux chocs peut faire aug
menter substantiellement les heures travaillées et diminuer légèrement la pro
ductivité horaire, ce qui est compatible avec la corrélation négative observée
entre les heures travaillées et la productivité.
Dans le modèle de Cho et Phaneuf, lorsque les salaires nominaux sont déte
rminés à l'avance et que les chocs monétaires et technologiques sont combinés,
le rapport de la variabilité des heures travaillées et de la variabilité du produit
agrégé est égal à 0.93, le rapport de la variabilité des heures travaillées et celle
de la productivité est de 1.40 et la corrélation entre les heures et la est de - 0.24. n semble donc qu'un modèle du cycle fondé sur le
modèle néoclassique de croissance peut expliquer les faits stylisés du marché du
travail si des rigidités nominales sont introduites et deux impulsions, l'une
réelle et l'autre nominale, sont combinées.
LE MODÈLE IS-LM-COURBE DE PHILLIPS
Le modèle IS-LM-courbe de Phillips peut-il, quant à lui, expliquer les faits
stylisés dont nous venons de parler ? Pour répondre à cette question, nous spéci
fions un modèle que nous étalonnons puis simulons numériquement. Notre
modèle est un modèle simple IS-LM-offre globale. Les prix sont parfaitement
flexibles et les salaires nominaux sont déterminés à l'avance par des contrats.
Gali [1992] a utilisé ce type de modèle pour décrire les fluctuations économi
ques de la période d'après-guerre aux États-Unis. Les équations suivantes
composent la demande globale du modèle :
yt = -ax (i, -Btpt+l +pt) + a2 (m, -/>,) + q>f (1)
m, = 8 + mt_l + vt (3)
toutes les variables sont des logarithmes sauf le taux d'intérêt nominal i ; y est le
produit agrégé, p est le niveau agrégé des prix, m est le stock de monn
aie, Ej (.) est l'espérance mathématique d'une variable conditionnelle à l'info
rmation qui est disponible au cours de la période t, q> et v représentent
respectivement un choc de demande globale et un choc monétaire, chacun étant
iid. et possédant une moyenne nulle et une variance constante.
L'équation (1) est une équation de demande globale simple. Le produit
agrégé dépend du taux d'intérêt réel ex-ante comme dans le modèle de West
[1988] et d'un effet d'encaisse réelle. L'équation (2) est une équation LM qui
exprime la demande de monnaie comme une fonction du taux d'intérêt nominal
et du PNB réel. L'équation (3) indique que l'offre de monnaie suit une marche
aléatoire ; le taux de croissance moyen du stock nominal de monnaie est égal
àô.
L'offre globale du modèle comprend les équations suivantes :
yt = ant + \it (4)
1072 Steve Ambler, Louis Phaneuf
n,= ¥r\t, avec p<l (5)
«?- -d- (6)
0 = a(wt-pt) (7) nt
oo
x, = i(0E,( (8) Pt+i-yct+i+v-t+i) +&t
i = 0
a (0 = (l-d )di, i = 0,l,2..., (9)
Wt = -]TQ (!)*,_! (10)
i = 0
n est le niveau d'emploi, w est le salaire nominal moyen, x représente les salai
res nominaux fixés par contrats au cours de la période t, c est une variable de
tension du marché du travail ou « chômage », Q(i) est relié à la proportion des
contrats dont la durée est de i périodes au moins, 1 - d est la probabilité qu'un
contrat se termine au cours d'une période donnée, d est la probabilité n'arrive pas à échéance avant la ième période et constitue donc la pro
portion des contrats dont la durée est d'au moins i périodes, \i et 0 représentent
respectivement un choc technologique et un choc salarial ; î| et 0 sont des chocs
iid. qui possèdent une moyenne nulle et une variance constante.
L'équation (4) est une fonction de production. L'équation (5) indique que le
choc technologique suit un processus autorégressif du premier ordre ; e est un iid. dont la moyenne est nulle et la variance est constante. Comme le mont
re l'équation (6), la demande de travail dépend négativement du salaire réel et
positivement du choc technologique ; les salaires nominaux étant fixés à
l'avance par contrat, l'emploi est déterminé par la demande de travail. L'offre
de travail, quant à elle, ne dépend que du salaire réel ; c'est ce qu'indique
l'équation (7). Les contrats de salaire sont déterminés par l'équation (8).
Les salaires nominaux sont fixes au cours des contrats. Le choix du salaire
nominal dépend de trois facteurs. Premièrement, les individus cherchent à pro
téger le pouvoir d'achat de leur salaire contre les variations de prix anticipées au
cours des contrats. Deuxièmement, il dépend de la tension prévue du marché
travail ; cette tension ou « chômage » est égale à l'offre excédentaire de travail
n° - nd. Plus la prévue est forte et plus le salaire est élevé. Troisième
ment, il dépend de la productivité anticipée, les travailleurs bénéficiant de tout
gain de productivité à long terme.
Comme Calvo [1983], nous supposons que la durée des contrats suit une dis
tribution géométrique ; c'est ce qu'indique l'équation (9). Cette hypothèse
signifie que les signatures de contrats surviennent à intervalles aléatoires (voir
Backus [1984], Romer [1989], Ambler et Phaneuf [1992]). L'équation (10)
montre que le salaire nominal moyen est la somme pondérée des contrats qui ne
sont pas encore terminés.
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