Morphologie et fonction du coude et de l'avant-bras des Néandertaliens - article ; n°3 ; vol.10, pg 213-236

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Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris - Année 1998 - Volume 10 - Numéro 3 - Pages 213-236
Résumé. — La comparaison des caractéristiques morphologiques et métriques du coude et de l'avant-bras des Néandertahens et des Hommes modernes a été effectuée, et les différences ont été analysées en relation avec la fonction des os. Selon les résultats de cette étude, les insertions musculaires néandertahennes, généralement très développées, et la position particulière de certaines d'entre elles indiquent des mouvements puissants. D'autres caractères, situées principalement au niveau des articulations, mais aussi au niveau des diaphyses, suggèrent une grande amplitude des mouvements de flexion/extension et de prono-supination, aux dépens toutefois de la résistance
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1998
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Langue Français
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Anne Hambücken
Morphologie et fonction du coude et de l'avant-bras des
Néandertaliens
In: Bulletins et Mémoires de la Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 10 fascicule 3-4, 1998. pp.
213-236.
Résumé
Résumé. — La comparaison des caractéristiques morphologiques et métriques du coude et de l'avant-bras des Néandertahens
et des Hommes modernes a été effectuée, et les différences ont été analysées en relation avec la fonction des os. Selon les
résultats de cette étude, les insertions musculaires néandertahennes, généralement très développées, et la position particulière
de certaines d'entre elles indiquent des mouvements puissants. D'autres caractères, situées principalement au niveau des
articulations, mais aussi au niveau des diaphyses, suggèrent une grande amplitude des mouvements de flexion/extension et de
prono-supination, aux dépens toutefois de la résistance
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Hambücken Anne. Morphologie et fonction du coude et de l'avant-bras des Néandertaliens. In: Bulletins et Mémoires de la
Société d'anthropologie de Paris, Nouvelle Série, tome 10 fascicule 3-4, 1998. pp. 213-236.
doi : 10.3406/bmsap.1998.2516
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0037-8984_1998_num_10_3_2516Bull, et Mém. de la Société d'Anthropologie de Paris, n.s., t. 10, 1998, 3^, p. 213-236.
MORPHOLOGIE ET FONCTION
DU COUDE ET DE L'AVANT-BRAS
DES NÉANDERTALIENS
Anne Hambiicken l
Résumé. — La comparaison des caractéristiques morphologiques et métriques du coude et de
Г avant-bras des Néandertahens et des Hommes modernes a été effectuée, et les différences ont été
analysées en relation avec la fonction des os. Selon les résultats de cette étude, les insertions
musculaires néandertahennes, généralement très développées, et la position particulière de certaines
d'entre elles indiquent des mouvements puissants. D'autres caractères, situées principalement au
niveau des articulations, mais aussi au niveau des diaphyses, suggèrent une grande amplitude des
mouvements de flexion/extension et de prono-supination, aux dépens toutefois de la résistance
articulaire.
Mots clés: Néandertaliens, Hommes modernes, coude, avant-bras, morphologie, anatomie
fonctionnelle.
MORPHOLOGY AND FUNCTION OF THE NEANDERTAL ELBOW AND FOREARM
Abstract. — Studies on the functional interpretation of the Neandertal upper limb mostly concern
the muscle insertions, the diaphyses of the radius and ulna, and the orientation of the radial tuberosity
and of the trochlear notch. A review of the literature and the observation of bones reveal, however,
several other differences between the elbow and forearm of the Neandertals and modern Humans.
Their concentration on the articulation areas suggests some functional differences. The goal of this
study was to compare 9 morphological and 33 metrical characteristics of the humérus, radius and
ulna among Neandertals and 10 reference samples of modern Humans, and to interpret these in
terms of functional differences. Although the differences between Neandertals and modern Humans
are usually not absolute, this study suggests that the Neandertal muscles were powerful in relation
to the strong development of their insertions and to the particular location of some of these. The
flexion/extension movements were apparently very ample as suggested by the weak development
of the coronoid process of the ulna, the deepness of the olecranon fossa, and the high frequence of
šeptal aperture of the humeras. The prono-supination movements were apparently favored by the
strong curvature of the radial diaphysis, the strong projection of the proximal and distal extremities
of the ulna and the high location of the humeral capitulum. These features pulled the diaphyses of
the radius and ulna apart, postponing their contact, amplifying in turn the range of the pronation
movements. The height of the radioulnar articulations, the regularity of the proximal articulation of
Laboratoire d'Anthropologie, Université de Bordeaux I, Avenue des Facultés, 33405 Talence Cedex, France 214 ANNE HAMBUCKEN
the radius and the orientation of the radial notch of the ulna confirm this hypothesis since they seem
to allow contact between the ulna and the radius when the pronation is maximum, and the axis of
the radius is very oblique. The very short interosseous border of the Neandertals suggests that the
interosseous membrane had a limited role in the transfer of forces between the radius and ulna. This
may have compensated for the weakness of the coronoid process of the ulna. The width of the
lateral pillar of the distal extremity of the humérus, also called « force column », and located above
the radius would be an argument in support of this hypothesis. In short, this study suggests the
existence of powerful and very ample elbow and forearm movements in Neandertals, but which
were achieved at the cost of a weakened articular resistance of the elbow.
Key words: Neandertals, modern Humans, elbow, forearm, morphology, functional anatomy.
INTRODUCTION
Les travaux concernant l'interprétation fonctionnelle de la morphologie du membre
supérieur des Néandertaliens se sont jusqu'ici principalement intéressés à la musculature.
Il existe bien entendu une certaine variabilité individuelle, révélée par les nombreuses
descriptions de fossiles (Boule, 1913 ; Patte, 1955 ; Endo and Kimura, 1970 ; Endo, 1971 ;
Thoma, 1975; Smith, 1976; Heim, 1982; Trinkaus, 1983a; Vandermeersch, 1991;
Vandermeersch et Trinkaus, 1995 ; etc.), mais on peut parler, à la suite de Trinkaus (1987),
d'une « musculo-skeletal hypertrophy » du membre supérieur des Néandertaliens qui cadre
bien avec la puissance musculaire décrite sur d'autres régions de leur squelette.
Sur la base de la morphologie du coude et des diaphyses radiales et ulnaires, Trinkaus
(1983b, 1987, Trinkaus et Churchill, 1988 ; voir aussi Aiello et Dean, 1990) a également
montré que les mouvements de Г avant-bras des Néandertaliens étaient plus puissants que
ceux de la moyenne des Hommes modernes. Ainsi, la tubérosité radiale, qui constitue
l'insertion pour le muscle biceps brachialis, est orientée très médialement chez les
Néandertaliens alors qu'elle est antérieure chez les Hommes modernes, conservant à la
prono-supination sa puissance pendant toute la durée du mouvement. La courbure très
accentuée de la diaphyse radiale, en augmentant la distance entre l'origine et l'insertion
des muscles pronator teres et pronator quadratus, contribuait également à la puissance
musculaire. Enfin, l'orientation de l'extrémité proximale de l'ulna suggère que les Néandert
aliens utilisaient leur avant-bras dans une position du coude habituellement plus fléchie
que l'Homme moderne.
Ces études se sont principalement interressées aux insertions musculaires, à la forme
des diaphyses et à l'orientation de l'extrémité proximale de l'ulna. L'examen de la littérature
et des fossiles révèlent cependant bien d'autres différences entre l'humérus, le radius et
l'ulna des Néandertaliens et des Hommes modernes. La concentration de ces caractères
distinctifs au niveau des articulations suggère des répercutions fonctionnelles. Le but de
cette étude est donc de comparer les caractéristiques morphologiques et métriques des os
du coude et de l'avant-bras des deux taxons, et d'analyser l'implication des différences
sur leurs fonctions. ET FONCTION DU COUDE ET DE L' AVANT-BRAS DES NÉANDERTALIENS 2 1 5 MORPHOLOGIE
MATERIEL ET METHODE
Cette étude porte sur les ossements néandertaliens adultes de :
La Chapelle-aux-Saints, Combe-Grenal, La Ferrassie 1 et 2, Krapina 1 50 Hl , 160 H2,
161 H3, 162 H4, 166 H8, 169 Hll, 170 H12, 171 H13, 172 H14, 173 H15, 174 H16, 176
H18, 178 H20, 189 RI, 190 R2, 191 R3, 192 R4, 193 R5, 194 R6, 195 R7, 196 R7, 197
R8, 198 R9, 199-1, 179 Ul, 180 U2, 181 U3, 182 U4, 183 U5, 184 U6, 185 U7, 186 U8,
188-1, 188-3, 188-4, 188-8, Lezetxiki, La Naulette, Néandertal, Le Régourdou, Saint-
Césaire, Spy 1 et 2, Amud 1, Kébara 2, Tabun Cl, et Shanidar IV, V et VI.
Les échantillons de comparaison modernes sont cités dans le tableau I.
Les observations morphologiques concernent :
A. sur l'humérus :
a) la forme du bord latéral de la palette humérale : fin ou épais et ( 1 ) droit, (2) retroussé
vers l'avant, ou (3) émoussé.
b) la forme de l'épicondyle médial : (1) arrondie, (2) trapézoïdale ou (3) rectangulaire.
B. sur le radius :
a) l'orientation de la tubérosité radiale par rapport au prolongement proximal du bord
interosseux : (1) antérieure, (2) antéro-médiale ou (3) médiale.
b) le relief d'insertion du muscle pronator teres : (1) faible, (2) moyen ou (3) fort.
c) le degré d'excavation de la face antéro-distale : (1) (2) ou (3) fort.
C. sur Г ulna:
a) la position de l'insertion du triceps brachialis par rapport à la limite supérieure de
l'incisure trochléaire : (1) en dessous, (2) ± au même niveau ou (3) au-dessus.
b) le relief sous le processus coronoide : (1) angulation ou (2) rétrécissement progressif.
c) la forme de l'incisure radiale : (1) régulière ou (2) à encoche distale.
d) le relief d'insertion du muscle pronator quadratus: (1) faible, (2) moyen ou (3)
fort.
Les résultats de l'étude morphologique seront donnés en pourcentages lorsque les
effectifs sont supérieurs ou égaux à 10 (tableau II et IF).
L'étude métrique porte sur 33 mesures et 16 indices. Les mesures sont généralement
celles définies par Martin (1914). Elles sont dans ce cas caractérisées par la lettre M
suivie du numéro qui leur a été attribué par cet auteur.
a) sur l'humérus : la largeur bi-épicondylaire (HWD, M4) ; la largeur (HWF, M 14), la
hauteur (HHF) et la profondeur (HPF) de la fosse olécrânienne ; les largeurs des piliers
médial (HWM) et latéral (HWL) de la palette humérale; la largeur (HWT, Mil) et la
profondeur (HPT) de la trochlée, et enfin l'angle trochléaire humerai, mesuré entre l'axe 216 ANNE HAMBUCKEN
Echantillons Epoques Origines Lieux de conservation
Hypogée II de Néolithique final Marne Laboratoire d'Anthropologie,
Mont- Aimé, NMI=28 Université de Bordeaux I,
Talence
Grotte sépulcrale de Bronze lib Lot Ecole des Hautes Etudes
Sindou, NMI=12 en Sciences Sociales,
Toulouse
IVe- Ve siècles Cimetière St-Chéron, Laboratoire d'Anthropologie, Chartres,
N=29 Eure et Loire Université de Bordeaux I,
Talence
Cimetière St-Etienne, XP-XIIP siècles Direction des Antiquités Toulouse,
N=41 Haute-Garonne Midi-Pyrénées, Toulouse
XIIe siècle Aveyron Cimetière de Canac, N=20
XVIIP-XIXe siècles Londres Natural History Museum, Spitalfields,
Parish of Christ Church London
and All Saints, N=30
Aborigènes australiens, N=12 Natural History Museum,
London Boshiman N=9 Désert du Kalahari,
Japonais, N=15 Musée de l'Homme, Pans
Eskimos, N=10 Ammassahk,
Groenland
Tableau I. — Liste des échantillons d'Hommes modernes étudiés.
N = effectif, NMI = Nombre minimum d'individus.
longitudinal de l'os et la tangente distale aux lèvres médiale et latérale de la trochlée
(HAT).
Les indices calculés sont : l'indice de largeur (IH1 = HWF %HWD), de forme (IH2 =
HHF %HWF) et de profondeur (ШЗ = HPF %HWF) de la fosse olécrânienne ; l'indice de
largeur des pilier distaux (IH4 = HWM %HWL) et l'indice de profondeur de la trochlée
(IH5 = HPT%HWT).
b) sur le radius : les angles diaphysaire (RAD, M6d) et collo-diaphysaire (RAC, M7) ;
la longueur maximum de l'os (RLM, Ml) ; la longueur du col radial (RLC, Mla) et celle
du bord interosseux mesurée à partir de l'extrémité proximale (RLI) ; les hauteurs maximum
(RHX) et minimum (RHN) du pourtour articulaire proximal ; le périmètre minimum de
l'os (RPN, M3) et le périmètre de la tubérosité radiale (RPT); la hauteur (RHU) et la
largeur (RWU) de l'incisure ulnaire. ET FONCTION DU COUDE ET DE L* AVANT-BRAS DES NÉANDERTALIENS 217 MORPHOLOGIE
Les indices calculés sont: les indices de longueur du bord interosseux (IR1 =
RLI %RLM) et du col radial (IR2 = RLC %RLM), l'indice de forme du pourtour articulaire
proximal (IR3 = RHN%RHX), l'indice de développement du périmètre minimum du
radius par rapport au périmètre au niveau de la tubérosité radiale (IR4 = RPN %RPT) et
l'indice de hauteur de l'incisure ulnaire (IR5 = RHU%RWU).
c) sur Г ulna: l'angle de l'extrémité proximale par rapport au corps de l'os en vue
latérale (UAP); trochléaire ulnaire (UAT) mesuré entre l'axe proximal de la
diaphyse et la tangente aux processus olécrânien et coronoïde ; les longueurs physiologique
(ULP, M2), olécrâno-capitatum (ULO, M2(l)) et du bord interosseux mesurée à partir de
l'extrémité proximale (ULI) ; la profondeur du bec de l'olécrâne (UHO, M7c) ; la hauteur
coronoïde (UHC, M7d) ; la hauteur (UHR, M9b) et la largeur (UWR, M9a) de l'incisure
radiale; les diamètres sagittal (UPS, M 14) et transversal (UPT, M 13) mesurés sous
l'incisure radiale ; la hauteur maximum du pourtour articulaire distal (UHD) et les diamètres
sagittal (UDS) et transversal (UDT) de la tête ulnaire.
Les indices calculés sont : l'indice de longueur du bord interosseux (IU1 = ULI %ULP),
l'indice de développement du processus coronoïde (IU2 = UHO%UHC), l'indice de
hauteur de l'incisure radiale (IU3 = UHR%UWR), l'indice de platôlénie (IU4 =
UPT%UPS), l'indice de hauteur du pourtour articulaire distale (IU5 = UHD%ULO) et
de forme de la tête ulnaire (IU6 = UDT %UDS).
Les moyennes des angles et des indices ont été comparées à l'aide d'un test de student
adapté aux petits échantillons (n < 30), et les différences sont considérées comme
significatives lorsque a < 0,05 (tableau III).
RESULTATS
1. Données morphologiques (voir tableau II)
Le bord latéral de la palette humérale des Néandertaliens a été décrit à plusieurs reprises
comme saillant et très prononcé (Smith, 1976; Heim, 1982; Trinkaus, 1983a;
Vandermeersch et Trinkaus, 1995). Il est en effet fréquemment fin et recourbé vers l'avant
(76,3 %), alors que chez les Hommes modernes, qui présentent le plus souvent des bords
épais et émoussés, cette morphologie est assez rare (0 à 33,3 %) .
L'épicondyle médial de l'humérus est en général bien développé (Boule, 1913 ; Thoma,
1975 ; Smith, 1976 ; Heim, 1982 ; Trinkaus, 1983a; Vandermeersch et Trinkaus, 1995) et
de forme rectangulaire chez les Néandertaliens (70,8 % contre 0 à 29,4 % chez les Hommes
modernes) (Figure 1A). Dans les échantillons modernes, le degré de développement est
plus variable, et la forme est plus souvent arrondie ou trapézoïdale. 218 ANNE HAMBOCKEN
HUMERUS
Forme du bord lateral Fins Forme épicondyle medial Epais
n 1 2 3 1 2 3 n 1 2 3
Néandertahens 38 10,5% 76,3% 0,0% 13,2% 0,0% 0,0% 24 0,0% 29,2% 70,8%
33,3% 8,3% 30 Mont-aimé 36 11,1% 0,0% 41,7% 5,6% 6,7% 80,0% 13,3%
Sindou 16 87,5% 12,5% 0,0% 0,0% 0,0% 0,0% 13 30,8% 61,5% 7,7%
St-Chéron 49 8,8% 28,6% 4,1% 55,0% 4,1% 0,0% 39 12,8% 76,9% 10,3%
0,0% 74 St-Etienne 57 45,5% 19,5% 2,5% 32,5% 0,0% 25,7% 73,0% 1,3%
Canac 31 16,0% 29,0% 0,0% 22,5% 32,5% 0,0% 29 41,4% 58,6% 0,0%
Spitalfields 54 33,3% 0,0% 9,3% 48,1% 0,0% 9,3% 50 40,0% 4,0% 56,0%
Ab Australiens 23 0,0% 0,0% 0,0% 56,5% 43,5% 0,0% 22 68,2% 31,8% 0,0%
Japonais 27 22,2% 14,8% 0,0% 63,0% 0,0% 0,0% 27 55,6% 37,0% 7,4%
Boshimans 17 0,0% 0,0% 0,0% 100% 0,0% 0,0% 17 23,5% 47,1% 29,4%
Eskimos 9 1 0 0 6 0 2 12 100% 0% 0%
RADIUS
Orientation tub. radiale Insertion du Pronator teres Excavation face antérieure
n 1 2 3 n 1 2 3 n 1 2 3
Néandertahens 18 0,0% 55,6% 44,4% 14 21,4% 42,9% 35,7% 12 0,0% 25,0% 75,0%
39 64,1% 30,8% 5,1% 46 2,2% 80,4% 17,4% 36 36,1% 58,3% 5,6% Mont-aimé
15 0,0% Sindou 19 89,5% 10,5% 0,0% 17 11,8% 76,4% 11,8% 33,3% 66,7%
St-Chéron 55 89,1% 10,9% 0,0% 38 34,2% 52,6% 13,2% 38 52,6% 39,5% 7,9%
74 85,1% 14,9% 0,0% 75 10,7% 64,0% 25,3% 64 40,6% 45,3% 14,1% St-Etienne
Canac 31 77,4% 19,4% 3,2% 31 9,7% 80,6% 9,7% 24 37,5% 58,3% 4,2%
Spitalfields 55 74,5% 25,5% 0,0% 46 28,2% 34,8% 37,0% 52 11,5% 57,7% 30,8%
9,5% 81,0% 9,5% 50,0% 20,0% 30,0% 20 30,0% Ab Australiens 21 20 0,0% 70,0%
Japonais 27 81,5% 18,5% 0,0% 27 0,0% 85,2% 14,8% 26 80,8% 19,2% 0,0%
Boshimans 14 42,9% 42,9% 14,2% 17 11,8% 88,2% 0,0% 17 41,2% 47,1% 11,6%
Eskimos 9 11,1% 77,8% 11,1% 7 4 3 0 7 3 2 2
ULNA
Position triceps brachialis Insertion brachialis anterior relief /proc coron.
n 1 2 3 n 2 n 1 2 3 1
Néandertahens 16 37,4% 18,8% 43,8% 24 33,3% 45,8% 20,9% 24 54,2% 45,8%
44,7% 0,0% Mont-aimé 47 55,3% 46 15,2% 50,0% 34,8% 50 2,0% 98,0%
Sindou 20 60,0% 30,0% 10,0% 20 5,0% 85,0% 10,0% 21 4,8% 95,2%
St-Chéron 39 69,2% 25,6% 5,2% 57 5,3% 70,2% 24,5% 56 3,6% 96,4%
St-Etienne 70 42,9% 41,4% 15,7% 74 14,9% 52,7% 32,4% 74 2,7% 97,3%
Canac 26 42,3% 38,5% 19,2% 27 3,7% 66,7% 29,6% 28 10,7% 89,3%
Spitalfields 49 49,0% 38,8% 12,2% 52 11,5% 36,5% 52,0% 55 1,8% 98,2%
Ab Australiens 19 42,1% 42,1% 15,8% 20 30,0% 70,0% 0,0% 20 20,0% 80,0%
Japonais 25 100% 0,0% 0,0% 25 4,0% 96,0% 0,0% 25 0,0% 100,0%
Boshimans 15 46,6% 26,7% 26,7% 15 26,7% 73,3% 0,0% 15 6,7% 93,3%
Eskimos 9 6 3 0 11 0,0% 100,0% 0,0% 11 0,0% 100,0%
Tableau II. — Données de l'observation morphologique, n = effectifs, les chiffres renvoient aux
variations morphologiques "types" décrites dans la rubrique matériel et méthode. ET FONCTION DU COUDE ET DE b' AVANT-BRAS DES NÉANDERTALIENS 219 MORPHOLOGIE
ULNA Incisure radiale Insertion pron quadratus
n 1 2 n 1 2 3
21 Néandertahens 100,0% 0,0% 16 0,0% 37,5% 62,5%
Mont-aimé 44 31 83,9% 16,1% 0,0%
Sindou 20 90,0% 10,0% 16 48,3% 43,8% 12,4%
St-Chéron 50 96,0% 4,0% 46 39,1% 56,5% 4,4%
St-Etienne 70 87,2% 12,8% 76 28,9% 40,8% 30,3%
70,6% Canac 25 96,0% 4,0% 17 29,4% 0,0%
Spitalfïelds 53 90,5% 9,5% 47 0,0% 61,7% 38,3%
Ab Australiens 19 94,8% 5,2% 20 30,0% 50,0% 20,0%
Japonais 25 88,0% 12,0% 24 16,7% 70,8% 12,5%
Boshimans 10 100,0% 0,0% 15 0,0% 80,0% 20,0%
Eskimos 10 0,0% 11 0,0% 18,2% 82,0%
Tableau II. — suite
II est également à remarquer qu'en vue distale, l'articulation apparaît globalement
plus oblique chez les Néandertaliens (elle est orientée vers le bas du côté médial de l'os)
que chez l'Homme moderne.
Au niveau du radius, 1 ' orientation de la tubérosité radiale par rapport au bord interosseux
est fréquemment antérieure chez l'Homme moderne. Chez les Néandertaliens, cette
orientation n'a pas été observée et la tubérosité est plus souvent médiale (44,4 %) (voir
Figure IB) que chez l'Homme moderne (de 0 à 14,2%). L'orientation intermédiaire est
quant à elle représentée dans les 2 groupes (55,6 % chez les Néandertaliens, et de 10,9 à
81 % chez Homo sapiens sapiens). L'orientation très médiale de la tubérosité radiale des
Néandertaliens a été décrite par Gorjanovic-Kramberger (1906), Boule (1913), Hrdlička
(1930), McCown et Keith (1939), Patte (1955), Smith (1976), Vandermeersch (1981),
Heim (1982), Trinkaus (1983a) et Vandermeersh et Trinkaus (1995). Elle a également fait
l'objet d'une étude détaillée par Trinkaus et Churchill (1988).
Toujours sur le radius néandertalien, les proportions d'insertions pour le muscle
pronator teres moyennement et bien marquées sont assez élevées (respectivement 42,9 et
35,7%). Chez l'Homme moderne, le même type de distribution s'observe, mais le
pourcentage d'insertions très fortes est moins important (0 à 30%), avec cependant une
valeur de 37 % chez les individus provenant de Spitalfïelds.
Enfin, la face antérieure de l'extrémité distale présente un relief proximo-distal fortement
excavé (Boule, 1913 ; Patte, 1955 ; Endo et Kimura, 1970; Vandermeersch, 1981 et Heim,
1982) (Figure IB) chez 75% des Néandertaliens, les autres présentant une surface
moyennement excavée. Cette morphologie, observée chez 0 à 30,8 % des Hommes modernes
seulement, implique une large surface d'insertion pour le muscle pronator quadratus.
Sur l'ulna, l'insertion pour le triceps brachialis est située au-dessus de l'incisure
trochléaire chez АЪ,%% des Néandertaliens. Chez l'Homme moderne, cette position de
l'insertion est en général la plus rare, avec un pourcentage qui varie cependant de 0 à 220 ANNE HAMBÛCKEN
Figure 1. — Comparaison des os du coude et de Г avant-bras des Néandertahens et des Hommes
modernes : I : extrémité distale de l'humérus droit du Régourdou (A) et d'un Homme moderne (A') en
vue postérieure, montrant (a) la forme rectangulaire (caractère Ab3) et le fort développement de
l'épicondyle médial; (b) la grande taille (indice IH1 et IH2) et la position médiale de la fosse
olécrânienne ; (c) la faible largeur du pilier médial de la palette humérale (indice IH4) et (d) la faible
profondeur de la gorge de la trochlée (indice IH5 et angle HAT). II : radius gauche respectivement de
Shamdar 4 (B) et d'un Homme moderne (B') en vue médiale, montrant (a) la hauteur relativement
homogène du pourtour articulaire proximal (indice IR3) ; (b) la longueur importante du col radial
(indice IR2) ; (c) la position médiale de la tubérosité radiale par rapport au prolongement du bord
interosseux (caractère Ba3) ; (d) la forte excavation de la face antérieure de l'extrémité distale (caractère
Bc3) et (e) la hauteur importante de Pincisure ulnaire (indice IR5). III : ulna gauche de Shanidar 4 (C)
et d'un Homme moderne (C) en vue latérale, montrant (a) le sommet de l'olécrâne MORPHOLOGIE ET FONCTION DU COUDE ET DE L* AVANT-BRAS DES NÉANDERTALIENS 22 1
26,7 %. Au fil des observations, il est apparu que le sommet de l'olécrâne présente une
autre caractéristique. En effet, lorsque l'on regarde un ulna néandertalien en vue latérale,
le sommet de l'olécrâne est généralement visible au-dessus de l'incisure trochléaire (Figure
1С), alors que chez l'Homme moderne, le sommet de l'olécrâne et celui de l'incisure
trochléaire sont le plus souvent confondus.
Le relief d'insertion pour le muscle brachialis anterior est souvent faible chez les
Néandertaliens (Figure 1С) (33,3 %, les pourcentages modernes variant de 0 à 30%). La
fréquence des autres degrés de développement est comprise dans les intervalles de variation
moderne, avec toutefois des valeurs indiquant peu d'insertions moyennement ou fortement
marquées chez les Néandertaliens.
Selon plusieurs auteurs (Fraipont et Lohest, 1887 ; Boule, 1913 ; Patte, 1955 ; Thoma,
1975 et Vandermeersch, 1981), le relief de l'os sous le processus coronoïde est plus concave
chez les Néandertaliens. Une observation attentive des os montre que chez l'Homme
moderne, l'insertion pour le muscle brachial antérieur est souvent très proéminente (80 à
100 %), et semble soutenir le processus coronoïde. Chez une majorité de Néandertaliens,
cette insertion est plus en retrait, ce qui donne à cette zone de l'os une inflexion plus
brusque (Figure 1С) (54,2 % contre 0 à 20 % chez les Hommes modernes).
L'incisure radiale est toujours de forme régulière chez les Néandertaliens, alors que
dans certaines populations modernes, elle peut présenter une encoche distale (0 à 1 2,8 %).
Enfin, le relief d'insertion pour le muscle pronator quadratus, situé sur l'extrémité
distale de la diaphyse ulnaire, est fréquemment important chez les Néandertaliens (62,5 %
contre 0 à 38,3 % chez l'Homme moderne), avec cependant un pourcentage très élevé de
ce degré de développement chez les Eskimos (81,8 %).
2. Données métriques (voir tableau III)
Boule (1913), Patte (1955) et Vandermeersch (1981) ont fait mention d'une trochlée
peu oblique chez le Néandertalien de la Chapelle-aux-Saints. Sur le Néandertalien du
Régourdou, Vandermeersch et Trinkaus (1995) ont observé que la lèvre médiale de la
trochlée est faiblement projettée. L'angle (HAT), mesuré entre la droite joignant les lèvres
de la trochlée humérale et l'axe longitudinal de l'os, est en effet relativement ouvert chez
les Néandertaliens (Figure 1A) (84,2°), bien qu'inclus dans la variabilité moderne (les
moyennes varient de 80,5 à 85,4°). Ces valeurs indiquent bien une faible proéminence de
Suite légende figure 1
visible au-dessus de l'incisure trochléaire; (b) la faiblesse de l'angle trochléaire en relation avec la
faible projection du processus coronoïde (angle UAT et indice IU2) ; (c) la hauteur importante de
l'incisure radiale (indice IU3) ; (d) la forte projection de l'extrémité proximale résultant en un angle
plus fermé avec l'axe distal de l'os (angle UAP) ; (e) la faible proéminence de l'insertion du muscle
brachialis provoquant une inflexion brusque de la zone de l'os située sous le processus coronoïde
(caractère Cbl) et un aplatissement diaphysaire important (indice de platôlénie IU4) et (f) la hauteur
importante et la forte projection du pourtour articulaire distal (indice IU5 et IU6).