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Nourrir les dieux yoruba - article ; n°1 ; vol.66, pg 105-136

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Journal des africanistes - Année 1996 - Volume 66 - Numéro 1 - Pages 105-136
Pour les Yoruba (sud-ouest du Nigeria) le sacrifice, qui permet la communication entre les mondes divin et humain, est la clef de voûte de leur religion. L'auteur a cherché, dans le corpus sacré d'Ifá, ce qui justifirait des préférences et des tabous dans les nourritures offertes aux divinités. L'analyse du corpus fait apparaître des corrélations intéressantes, à savoir que des motifs semblables auront des conséquences différentes qui se traduiront par la consommation ou non de l'objet : consommation en reconnaissance d'un bienfait ou en punition d'un méfait, et non consommation pour des motifs semblables mais inverses.
For the Yoruba (southwestern Nigeria) the sacrifice, which allows communication between the divine and human worlds, is the clef de voûte of their religion. The author has searched the sacred corpus of Ifá, for what could justify preferences and taboos in the food offered to the divinities. The analysis of the corpus shows interesting correlations, that is to say the same motives will have different consequences resulting in consumption or non consumption of the object.
32 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1996
Nombre de lectures 49
Langue Français
Poids de l'ouvrage 2 Mo

Michka Sachnine
Nourrir les dieux yoruba
In: Journal des africanistes. 1996, tome 66 fascicule 1-2. pp. 105-136.
Résumé
Pour les Yoruba (sud-ouest du Nigeria) le sacrifice, qui permet la communication entre les mondes divin et humain, est la clef de
voûte de leur religion. L'auteur a cherché, dans le corpus sacré d'Ifá, ce qui justifirait des préférences et des tabous dans les
nourritures offertes aux divinités. L'analyse du corpus fait apparaître des corrélations intéressantes, à savoir que des motifs
semblables auront des conséquences différentes qui se traduiront par la consommation ou non de l'objet : consommation en
reconnaissance d'un bienfait ou en punition d'un méfait, et non consommation pour des motifs semblables mais inverses.
Abstract
For the Yoruba (southwestern Nigeria) the sacrifice, which allows communication between the divine and human worlds, is the
"clef de voûte" of their religion. The author has searched the sacred corpus of Ifá, for what could justify preferences and taboos in
the food offered to the divinities. The analysis of the corpus shows interesting correlations, that is to say the same "motives" will
have different consequences resulting in consumption or non consumption of the object.
Citer ce document / Cite this document :
Sachnine Michka. Nourrir les dieux yoruba. In: Journal des africanistes. 1996, tome 66 fascicule 1-2. pp. 105-136.
doi : 10.3406/jafr.1996.1097
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/jafr_0399-0346_1996_num_66_1_1097SACHNINE*
Michka
yoruba1
Nourrir les dieux
Résumé
Pour les Yoruba (sud-ouest du Nigeria) le sacrifice, qui permet la communication
entre les mondes divin et humain, est la clef de voûte de leur religion. L'auteur a
cherché, dans le corpus sacré d'Ifa, ce qui justifirait des préférences et des tabous dans
les nourritures offertes aux divinités. L'analyse du corpus fait apparaître des
corrélations intéressantes, à savoir que des motifs semblables auront des conséquences
différentes qui se traduiront par la consommation ou non de l'objet : consommation en
reconnaissance d'un bienfait ou en punition d'un méfait, et non pour
des motifs semblables mais inverses.
Mots-clefs
Yoruba, Nigeria, religion, corpus d'Ifa, divinité, sacrifice, nourriture, préférence,
tabou.
Abstract
For the Yoruba (southwestern Nigeria) the sacrifice, which allows communication
between the divine and human worlds, is the "clef de voûte" of their religion. The
author has searched the sacred corpus of Ifá, for what could justify preferences and
taboos in the food offered to the divinities. The analysis of the corpus shows
interesting correlations, that is to say the same "motives" will have different
consequences resulting in consumption or non consumption of the object.
Keywords
Yoruba, Nigeria, religion, corpus of Ifá, divinitie, sacrifice, food, preference, taboo.
* 1 INALCO Je remercie , 2 Christiane rue de Lille, Seydou 75007 pour Paris sa - Llacan lecture attentive du CNRS. et pour les suggestions et remarques
judicieuses qu'elle m'a faites.
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La religion yoruba de même que le corpus sacré d'Ifa2 qui en est la clef de
voûte sont bien étudiés grâce aux travaux de chercheurs notamment yoruba et
anglo-saxons. Cette religion est caractérisée par l'existence d'un Dieu primordial
Olodùmarè entouré de nombreuses divinités, intermédiaires entre ce Dieu
créateur inaccessible (il n'a ni culte, ni prêtre, ni représentation), et les humains.
Le sacrifice3, (sous forme d'offrandes d'animaux, de nourritures et de boissons),
est au centre du système de croyances ; lui seul permet d'établir le contact entre
les mondes divin et humain et de maintenir ainsi un équilibre, toujours précaire,
entre les forces obscures et maléfiques et les forces bénéfiques constitutives de
l'existence. Plus encore, le sacrifice est l'unique recours offert à l'homme pour
agir, dans une certaine mesure, sur sa destinée. En effet, il est dit que l'homme,
avant de venir au monde, choisit "librement"4 ce que sera sa vie sur terre et que
ce choix est inaltérable. Pourtant, il lui est nécessaire, tout au long de sa vie,
d'accomplir les sacrifices par la médiation d'Ifa pour, soit maintenir sa "bonne"
destinée, soit éviter le pire prévu ou en adoucir les rigueurs.
La nature de ces sacrifices est identifiée grâce au système de divination (le
babaláwo en étant le médium) qui renvoit au corpus d'Ifa. Ce corpus, composé
de plusieurs milliers de vers, est divisé en 256 Odù "chapitre". Chacun
correspond à une figure divinatoire et à un texte portant le nom de Г Odù. Ces
Odù sont eux-mêmes divisés en versets, ese Ifá, d'une longueur variable et
caractérisés par une structure narrative fixe. Ils présentent de façon plus ou
moins elliptique une situation exemplaire dont l'articulation fondamentale est la
prescription d'un sacrifice à une ou plusieurs divinités désignées par le devin.
Cette situation met en scène un héros légendaire (divinité, homme, animal,
concept personnifié) confronté à un problème qu'il résoudra ou non selon qu'il
fera ou non les sacrifices prescrits. Le sacrifice, comme dans la plupart des
religions, a plusieurs fonctions : propitiatoire, expiatoire, purificatrice, votive,
etc.
2 Ifá désigne à la fois le dieu de la sagesse et de la divination, et le corpus de textes liés à cette
divination. Ces textes sont fondateurs de l'ensemble du système de croyances (cosmogonie,
mythologie, philosophie, éthique etc.) des Yoruba, apportant, dit-on, réponse à toute question.
Ils forment aussi la matière des différentes formes de productions littéraires de la société.
3Le terme yoruba ebo ne distingue pas entre sacrifice et offrande, qu'il s'agisse d'un animal
immolé (voire dans des temps plus anciens d'êtres humains) ou de mets préparés. En revanche
le terme ebo peut être déterminé, précisant ainsi la fonction du sacrifice ou de l'offrande. Tout
au long de cet article j'emploierai le terme "sacrifice" sachant qu'il inclut ce qui, dans d'autres
cultures, serait appelé "offrande".
4La tête,ori, symbolise cette destinée. Mais quand la personne à naître la choisit (et là le choix
est effectivement libre) dans le "magasin" des têtes, elle ne sait pas, en fait, si c'est une
"bonne" ou une "mauvaise" tête. L'apparence peut être trompeuse ! De plus, on dit qu'il y a fort
peu de "bonnes têtes". H est donc légitime de poser la question philosophique de la liberté du
choix puisque l'individu ne le fait pas en connaissance de cause. Cela dit, il y a un témoin et
c'est Orunmïlà dieu de la sagesse et de la divination ; ceci explique le recours à cette dernière.
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Cet article veut tenter de répondre à la question suivante : pourquoi les
divinités ont-elles des nourritures sacrificielles préférées et également des
nourritures taboues5 ? En effet, si la nature des sacrifices propres à chaque
divinité est bien identifiée, il n'y a pas eu, à ma connaissance, de recherche ni
sur les raisons de ces choix, ni sur ce qui pouvait bien les rendre spécialement
agréables ou désagréables à la divinité, et dans certains cas, absolument taboues.
Or, et telle fut mon hypothèse, s'il est vrai qu'Ifa est censé donner une
explication à toute chose, on devait pouvoir y trouver des Odù relatifs aux
sacrifices et justifiant des préférences et des interdits des divinités du panthéon
yoruba.
Lors d'une mission au Nigeria, l'été 1991, j'ai pu travailler avec Babalola
Fátóogún, babaláwo "devin" près d'Osogbo. Après quelques longues
discussions où je lui expliquai ce que je cherchais, il me dit qu'effectivement Ifá
parlait de "ces choses-là" et qu'il allait réfléchir aux Odù pouvant faire référence
aux nourritures sacrificielles des divinités. S'il put, pour quasiment toutes les
divinités, me dire ce qu'elles mangeaient, buvaient, quels animaux elles
préféraient et ce qu'elles ne consommaient pas, il ne put pas toujours en trouver
les justifications dans lia6. Néanmoins, il me récita un certain nombre de versets,
avec le nom de l'Odù d'où ils étaient extraits, en m'expliquant l'histoire sous-
jacente à ces vers souvent obscurs. C'est à partir de l'analyse de ce corpus que
j'ai essayé de trouver des constantes, ou des règles, qui font qu'une nourriture
est ou non acceptable pour les divinités.
Dans cet article, il sera question des divinités majeures ou primordiales
reconnues et révérées dans l'ensemble de l'aire culturelle yoruba.
Il s'agit notamment de :
• Orunmilà, connu aussi sous le nom ďlfá, dieu de la sagesse et de la
divination (il est le seul témoin du choix fait par les humains de leur destinée) ;
• Obatálá, appelé aussi Ôrisà-Nla, divinité primordiale ; un mythe raconte
comment toutes les autres divinités seraient issues de la fragmentation
d'Obàtala. C'est la divinité sculptrice des corps et qui peut rendre fertile une
femme stérile ;
• Ôgun, dieu des métaux, de la guerre, de la chasse mais aussi divinité créatrice
qui ouvre des voies nouvelles, également dieu justicier et l'un des plus fidèles en
amitié ;
si cela peut paraître évident, il convient de signaler que les nourritures, cuisinées ou
non, tout comme les boissons offertes aux divinités sont, à de rares exceptions, consommées par
les humains et plus encore, sont des mets courants ou préférés des sous-groupes yoruba
auxquels la divinité est plus particulièrement liée.
^ est bien évident qu'aucun babaláwo ne connaît la totalité du corpus d'Ifa. L'année suivant
cette première mission j'ai travaillé avec un autre babaláwo qui a souvent confirmé ce que
m'avait dit le premier, mais qui connaissait moins de versets d'Ifa justifiant des sacrifices.
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• Sàngo, considéré comme un ancêtre déifié, associé à une divinité solaire, dieu
de l'orage, de la foudre et des éclairs qui sont la manifestation de sa colère ;
• Sànponna, connu aussi sous le nom ďObalúayé, certainement la divinité la
plus redoutée, puisque c'est celle de la variole ;
• Qsun, déesse puissante, à qui la sorcellerie fut apprise sous la condition
qu'elle ne s'en servit pas pour elle-même ; elle est bienfaisante, compatissante et
aide les femmes stériles car elle a elle-même subi cette calamité ; elle est
représentée par la rivière du même nom ; son eau a le pouvoir de guérir ;
• Èsù, la divinité la plus complexe du panthéon yoruba, sorte de héros
décepteur, provocateur qui pousse les humains jusque dans leurs contradictions
les plus profondes ; il est terriblement craint en raison de tous les conflits qu'il
réussit à susciter et qui sont la résultante de vérités qu'il fait émerger ; il est
aussi incontournable puisque, de tous les sacrifices offerts, il a sa part obligée en
tant que messager des messagers et intime ďlfá.
Dans une première partie, on trouvera les versets ainsi que le nom de l'Odù
d'où ils sont tirés et un résumé de l'histoire qui justifie des préférences ou des
tabous des nourritures sacrificielles des divinités, les versets d'Ifa, le plus
souvent elliptiques, nécessitant une explication.
Dans une deuxième partie, j'essaierai de montrer, par l'analyse de mon
corpus, comment se révèle un système d'oppositions binaires qui fait qu'une
divinité va consommer ou non tel ou tel aliment pour des raisons à la fois
strictement opposées et/ou parfaitement identiques.
I. PRÉFÉRENCES.
a. Orunmilà
II s'agit, dans cet Odù, d'Orimmïlà qui a une préférence absolue pour un
poisson nommé Èja-ako.
a. 1 . Odù : Ogbè-ïka (ká relé) Préférence :Èja-ako - poisson sp.
1. Ogbè ká relé ото Osin7 Ogbe-rentrons-à-la-maison fils d 'Osin
2.ká relé Orà fils d Юга
3. Ogbè ká relé ото ómuúble
4. Ото a lède Fils de celui-qui-a-l 'autorité.
5. Âwo ni wón dífá fún wçn Ceux-ci firent la divination pour ceux qui
Lagbàa Egbofè-Kirimbiti vivaient à Kirinmibiti
6. Wón ní kí won 6 máa yínko Ils dirent de ne pas aller à la ferme
Ils de ne pas à la rivière 7.ní kí wçn ó máa
Que ça soit sept jours pleins 8. Kí ó fi pójú ojó méje
9. Wón ní kí won ó máa lànà tààrà Ils dirent qu 'ils ne devait pas aller du tout
7Les vers 1, 2, 3 désignent les trois babaláwo qui firent la divination. Osin et Orà sont des
titres donnés à Ôrunmilà.
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10. Délé Olókun8 Sèriadé... Jusqu 'à la maison d'Olokun Seriade...
L'histoire est la suivante :
Trois babaláwo "devins" (vers 1,2,3) firent la divination pour les
habitants d'Agbaa-egbofe-Kirimbiti leur interdisant de sortir pendant sept
jours, et surtout de s'approcher de l'eau (vers 6,7,8) car Olókun, dieu de
la mer, devait célébrer son festival annuel. Or, Orunmïlà, dont les devins
sont les interprètes, décida, malgré l'interdiction, d'aller se baigner dans la
mer. Olókun, en colère, envoya alors un poisson énorme et puissant, eja-
ako, avaler Orunmïlà. Celui-ci, une fois dans le ventre de la bête,
commença à le manger. Il mangea, mangea au point que le poisson
n'arrivait plus à avancer tant il avait mal ; éprouvant une douleur de plus
en plus grande il alla se plaindre à Olókun lui disant que depuis qu'il avait
avalé Orunmïlà il ressentait une souffrance insupportable. Le dieu lui
conseilla de vomir ce qui le gênait à l'intérieur mais Orunmïlà refusa
absolument de sortir. Ils le supplièrent en vain ; disait que
depuis qu'il avait été créé, jamais il n'avait mangé quelque chose d'aussi
délicieux. Après de longues supplications Orunmïlà accepta de sortir à
condition qu'on lui ferait toujours des sacrifices avec ce poisson. Il s'en
était nourri pendant sept jours.
Conclusion :
Le poisson consommé par Orunmïlà se révèle être délicieux ; donc, après
avoir conclu un pacte, il va le réclamer comme sacrifice simplement pour le
plaisir gustatif qu'il lui procure. Ce qui devait être une punition pour avoir
enfreint l'interdiction de sortir (à savoir être avalé), devient un bienfait, et c'est
le mangeur qui est mangé.
Dans l'Odù suivant on comprend pourquoi Orunmïlà préfère, à toutes les
boissons, le vin de palme, Ému.
a. 2. Odù : Ôsé-ïrosùn Préférence :Ému - vin de palme
l.Àtiôro Ibíní Atioro de-Bénin
2.Èfufulèlè îjamo Efufulele10 d'Ijamo
3 .fbi tó bá wèfufùi èlè Où-qu 'il-plaise-à-Efufulele
4.Kó maa gbáťiíoro ňsó // peut emporter Atioro
5.Ègbé eye oko kíí se // n 'est pas ami des oiseaux de la ferme
6.A dífá fÓrun-únmila Ils firent la divination pour Orunmila
7. Nigbà ti ň so póun ô Quand celui-ci se plaignit
8Dieu ou déesse de la mer.
9Oiseau sp., nom donné à l'un des devins qui fit la divination.
10Tornade, nom à l'un des qui fit la
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8. Niyè ňnú mó De ne plus avoir de mémoire.
9. Ifá wáá mugbá otí kan Ifa prit alors une calebasse d'alcool
10. Iyè Èdu si là wàà. Et la mémoire d'Edu11 devint claire
1 1 . Orunmïlà mugbá otí kan Orunmila prit une calebasse d 'alcool
12. Iyè Èdu si là wàà. Et la mémoire d'Edu devint claire...
Ces vers parlent d'eux-mêmes : Orunmïlà s'était rendu compte qu'il lui arrivait
d'oublier certaines choses (vers 7,8). S'étant fait faire la divination (vers 6) il lui
fut conseillé de prendre de l'alcool (vers 9) auquel il ajouterait de la poudre de
divination, îyèrè osùn, pour ses sacrifices. Ayant suivi ces prescriptions, il
sentit sa mémoire de nouveau excellente (vers 10,12). Tout sacrifice à
Orunmïlà doit donc être accompagné d'une boisson alcoolisée, en particulier
de vin de palme, emu.
Conclusion :
Le vin de palme a des effets bénéfiques sur sa mémoire, donc Orunmïlà va
en consommer.
b. Obatálá
Dans cet Odù on trouve l'explication d'un des mets préféré d'Obàtala qui
est l'escargot, ïgbin.
b. Odù : Ogbè-Ôfun Préférence : ïgbin - escargot -
1. Ogbè F ún ningínniňgín Ogbe-Fun-ninginningin
2. A dífá fÔbàtala Osœrèmogbô1 2 Fit la divination pour Obatala-Oseere. . .
3. Níjótí n bè lógun otá Sánnágí Le jour où il se trouva encerclé par des
ennemis cruels
4. Ogbè Fún ningínniňgín
5. A dífá fún ïgbin Fit la divination pour Escargot
6. Èyi ti í seru ôrisà Ègbowoji13 Celui qui est l'esclave d'Obatala..
ïgbin "Escargot" se rendit chez Obatálá (qui avait déjà un escargot
comme esclave) pour le supplier de le prendre chez lui et de lui apprendre
son art, donnant comme argument qu'il pourrait se rendre utile en cas
d'absence de celui-ci : par exemple si des gens venaient demander de l'aide
ou des conseils à Obatálá, lui, ïgbin, pourrait alors rendre service.
Obatálá accepta l'offre, de même qu'il fut d'accord pour lui enseigner son
art à la condition qu'îgbin ne fasse que l'observer lorsqu'il travaillait mais
il ne devait, en aucun cas, toucher à quoi que ce soit. Un jour qu'Obàtala
était absent, ïgbin toucha les œuvres d'art ďObatálá, les abîma, les
détruisit même. Il s'enfuit, bien sûr. A son retour Obatálá constata les
l 'Autre nom pour Ifá.
12Un des nombreux épithètes donnés à Obatálá.
13Autre nom pour Obatálá.
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dégâts et se mit en quête d'îgbin sans succès. Il demanda alors l'aide
d'Ogun qui fit appel à tous ses guerriers pour retrouver ïgbin qui fut
ramené à son maître. En punition, Obatálá condamna ïgbin à brosser le
plancher avec sa bouche. Puis, au bout d'un certain temps, il décida de s'en
débarasser en donnant l'ordre à l'un de ses esclaves de le tuer et de le
préparer afin qu'il le mange. Ce qui fut dit fut fait. Ainsi, les escargots, de
génération en génération, furent condamnés à brosser le sol de leur bouche
et à être offerts en sacrifice à Obatálá qui avait trouvé Igbin délicieux {cf.
с Ogún et Ajá).
Conclusion :
Escargot est consommé en punition du mal qu'il a fait.
с Ogún
Dans cet О dû on apprend comment le chien, Ajá, est devenu le sacrifice
préféré à tout autre pour Ogún.
с. Odù : Ôturupôn-Ôdi Préférence : Ajá - chien
1. Otúrúpondí, Oturupondi
2. Otúrúpondín Oturupondin
3. îdinùndin mlù Ônsà Ramtanplanplan tambour d'Obàtâla
4. A dífá f Ajá ti í somo Aláboro Firent la divination pour Chien fils
Akókó d 'A laboro Akoko
5. Èé ti ó daràn ôôsà14 tán Qui offensa Obatala au plus haut point
6. Ti ó sá gbalé Ôgun lo . . . Et s 'enfuit en courant vers la maison d 'Ogun.
7.Gbàmi gbàmi ô yàgbà "Aide-moi", "Aide-moi" ne sied pas à un
ancien (i.e. Obatala à Ogun)
8.Kagbà ómo sehun àlému Un ancien ne peut déchoir au point d 'être
poursuivi
9.1fá mléè mo péni ti ň lé won bo Ifa dit que celui qui poursuit15

10. Tî san jeni wón wá sá di lç. Vaut mieux que celui vers qui on se précipite.
Il fut un temps où Ajá vivait avec Obatálá. Et Ajá l'offensa en
détruisant intentionnellement ses œuvres d'art (vers 5). Obatálá demanda
alors des comptes à Ajá qui reconnut sa faute. En l'écoutant, Obatálá
sentit monter la colère et voulut le saisir pour le punir. Mais Ajá s'enfuit.
Il savait qu'Ôgun était un ami intime d'Obàtâla. Aussi, pour son malheur
(vers 10) décida-t-il de courir chez lui pour lui demander d'intercéder
en sa faveur auprès d'Obàtâla. Mais Obatálá, alors qu'Aja s'enfuyait
vers la maison d'Ogun, fit passer le message à ce dernier, l'informant
"Désigne Ôrïsà-Nla / Obatálá
15Si Chien avait affronté peut-être aurait-il réussi à obtenir son indulgence.
Journal des Africanistes 66 (1-2) 1996 : 105-135 112 MiCHKA S ACHNINE
qu'Aja l'avait gravement offensé et qu'en conséquence la seule punition
possible était la mort. Ôgun, fidèle à son ami, fit ce qui lui était demandé ;
lorsqu'Aja se présenta à sa porte, il s'en saisit, le tua, le goûta et
s'exclama "Oh ! que cette chose est délicieuse !" Depuis lors, Ôgun décida
que le chien serait le meilleur sacrifice qu'on puisse lui faire.
Conclusion :
Le chien est consommé par Ôgun, d'abord en punition de l'offense faite à
Obatálá puis pour le plaisir gustatif qu'il lui procure. Dans ce cas l'offense
n'est pas directe mais c'est la solidarité qui unit les deux divinités qui permet la
substitution.
d. Sàngo
Dans cet Odù on apprend pourquoi le bélier, àgbô, est l'animal sacrificiel
préféré de Sàngo.
d. Odù : Ôkànràn-Méjï Préférence : Àgbo - bélier -
1 . Okànràn kan nihin- in, Окапгап-d 'ici,
2.kan lohùn, Окапгап-là-bas,
3.méjèèji, abidi- Les deux Окапгап mêmes-derrières
gbôdo
4. Awon ló dífá rïïn Sàngo Firent la divination pour Sango téméraire
Olufïnran-Èkùn16 au point de provoquer Léopard.
Olubanbi17 mari d'Oya. 5. Olúbánbí, oko Oya.
6. A dífá fuágbo momo On fit la divination pour Bélier bêlant
7. Níjó ti wón jo ň sotá àtilè wá Le jour où ils étaient ennemis et cela
láyé láyé. depuis longtemps.
Depuis toujours Àgbô, qui est très malin, détestait Sàngo et cherchait
par tous les moyens à lui nuire ; il le calomniait partout où il allait, il fit
même maintes tentatives pour le détruire. Sàngo alla donc plusieurs fois
consulter Ifá et finalement le babaláwo remonta au Bélier comme source
de tous les ennuis de Sàngo (vers 6, 7), ce que celui-ci eut du mal à croire.
Il retourna encore une fois consulter Ifá pour avoir confirmation de ce qui
lui avait déjà été dit et demanda ce qu'il convenait de faire pour venir à
bout de son ennemi. On lui conseilla de faire des sacrifices avec l'assurance
que, s'il suivait scrupuleusement les prescriptions, il réussirait à se
débarrasser de Bélier. Le sacrifice comprenait notamment deux cents
pierres à feu qui devaient être lavées avec des feuilles spéciales, de la noix
de cola amère et un plat d'àmàlà18 et de sauce à base de haricot, obè
16Epithète donné à Sàngo < fïnran "provoquer".
17Sàngo.
18Pâte faite avec de la farine d'igname.
Journal des Africanistes 66 (1-2) 1996 : 105-135 Nourrir les dieux yoruba 113
Sàngo*
gbègirî19. Avec ces sacrifices, devait également honorer son ori20.
et convier tous ses amis, comme le veut la coutume lorsqu'on lui rend
hommage, à partager le festin des offrandes21. Tout le monde mangea de
bon appétit. Ifá avait dit à Sàngo qu'une fois que tout le plat d'àmàlà et
de gtègïrï22 préparé serait consommé Sàngo verrait la fin de son ennemi.
Mais Bélier eut vent de cette réception - ainsi, en dépit de tout ce qu'il
avait fait, Sàngo était encore suffisamment prospère pour convier ses amis
à une grande cérémonie ! -. Il résolut de se rendre chez lui et de déclencher
le chaos dans sa maison. Il en résulta un combat sauvage entre Bélier et
Sàngo qui en sortit vainqueur. Alors Sàngo se rendit auprès
d'Olodùmarè pour rendre compte de la conduite de Bélier qui ne put rien
dire pour sa défense. Il tut condamné par le Dieu suprême à devenir
l'esclave de Sàngo qui dorénavant pouvait en faire ce que bon lui semblait.
Sàngo laissa ce Bélier primordial chez Olodùmarè mais déclara que tous
ceux qui étaient sur terre seraient sa nourriture favorite ; de plus, ils
devaient être tués encore jeunes afin de pas avoir le temps d'acquérir la
force de leur ancêtre.
Conclusion :
Là encore le bélier est consommé par Sàngo en punition du mal qu'il a
voulu lui faire.
e. Sànponna
Les Odù suivants expliquent pourquoi Sànponna mange d'une part, du
chien, Ajá (oko rare), du porc, elédè et du bouc, obúkó (cf. e.l.) et d'autre
part, pourquoi il est très friand d'ègbo, mélange de maïs écrasé, d'huile de
palme et de sel (cf. e.2.).
e. 1 i . Odu /~»jv : л Ogunda-Otua ь - j' A*," Ъ\*л*Préférences E lede - porc, : Ajá Au'i Obuko - chien, - u bouc
1. Mo-je-wúre, awo ewúré Mp-Jç- wurê3, devin de chèvre
2. Ló dífá féwúré Fit la divination pour chèvre
19 Àmàlà ccompagné dûobç gbègïri est le plat préféré de Sàngo c'est aussi la spécialité des
gens ďOyó d'où Sàngo est originaire. П est également très friand de noix de cola amère,
orógbó.
20Orí "tête" représente la destinée de la personne et est en quelque sorte le dieu personnel
qu'on doit régulièrement révérer.
Le fait d'inviter beaucoup de monde à partager le repas sacrificiel permet, au cours du rituel,
d'obtenir la bénédiction et les souhaits de bonne chance de la part de tous les amis présents.
22Selon la tradition ce plat est associé à la mort et préparé lors des funérailles d'une personne
âgée.
23 C'est le nom du devin en même temps que la description de la façon lente de manger des
chèves.
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