Nouvelles données sur l'orientation scolaire au moment de l'entrée en sixième - article ; n°5 ; vol.19, pg 829-872

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Population - Année 1964 - Volume 19 - Numéro 5 - Pages 829-872
L'extension de l'enseignement du second degré et de l'enseignement supérieur aux classes sociales qui en ont été longtemps presque exclues est un des problèmes les plus importants de notre temps. Trop souvent il donne lieu cependant à des vues quelque peu simplistes qui risquent d'en ajourner la solution plutôt que de l'avancer. C'est pourquoi l'I.N.E.D. a entrepris, depuis douze ans, une série d'enquêtes sur des échantillons représentatifs, en vue de connaître plus particulièrement la façon dont s'orientent, à l'âge de l'entrée en 6e, les enfants des diverses classes sociales et les motivations de ces orientations. Une première série d'enquêtes dont les résultats ont paru de 1953 à 1955, avait déjà montré les principaux rouages du mécanisme sélectif. Le temps écoulé et les réformes entreprises en dix ans ont rendu nécessaire une nouvelle série d'enquêtes, commencées en 1962. Les résultats ont déjà fait l'objet de trois articles dans Population, mettant notamment en évidence l'influence du niveau économique et surtout culturel des parents. Deux nouveaux aspects sont présentés aujourd'hui : Dans un premier article, MM. Alain Girard et Paul Clerc font intervenir l'âge des enfants. La prise en considération de ce facteur a pour effet de modifier un peu l'interprétation qui pourrait être trop hâtivement donnée à certains résultats et de mieux expliquer le comportement de certains parents, en particulier de condition ouvrière. Dans un second article, M. Paul Clerc étudie le cas spécial des enfants étrangers, jusque là non isolés de l'échantillon. Dans le prochain numéro de Population, l'ensemble de ces résultats sera repris sous une forme plus générale et le point sera fait des connaissances acquises et des aspects qui restent incertains ou controversés. Nous pouvons aussi rappeler que l'I.N.E.D. entreprend, en coopération avec le ministère de l'Éducation nationale, et en liaison avec l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle, une grande enquête sur le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire comparable à celle entreprise en 1944 et qui a fait l'objet de deux cahiers de l'I.N.E.D.
44 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1964
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Alain Girard
Paul Clerc
Nouvelles données sur l'orientation scolaire au moment de
l'entrée en sixième
In: Population, 19e année, n°5, 1964 pp. 829-872.
Résumé
L'extension de l'enseignement du second degré et de l'enseignement supérieur aux classes sociales qui en ont été longtemps
presque exclues est un des problèmes les plus importants de notre temps. Trop souvent il donne lieu cependant à des vues
quelque peu simplistes qui risquent d'en ajourner la solution plutôt que de l'avancer. C'est pourquoi l'I.N.E.D. a entrepris, depuis
douze ans, une série d'enquêtes sur des échantillons représentatifs, en vue de connaître plus particulièrement la façon dont
s'orientent, à l'âge de l'entrée en 6e, les enfants des diverses classes sociales et les motivations de ces orientations. Une
première série d'enquêtes dont les résultats ont paru de 1953 à 1955, avait déjà montré les principaux rouages du mécanisme
sélectif. Le temps écoulé et les réformes entreprises en dix ans ont rendu nécessaire une nouvelle série d'enquêtes,
commencées en 1962. Les résultats ont déjà fait l'objet de trois articles dans Population, mettant notamment en évidence
l'influence du niveau économique et surtout culturel des parents. Deux nouveaux aspects sont présentés aujourd'hui : Dans un
premier article, MM. Alain Girard et Paul Clerc font intervenir l'âge des enfants. La prise en considération de ce facteur a pour
effet de modifier un peu l'interprétation qui pourrait être trop hâtivement donnée à certains résultats et de mieux expliquer le
comportement de certains parents, en particulier de condition ouvrière. Dans un second article, M. Paul Clerc étudie le cas
spécial des enfants étrangers, jusque là non isolés de l'échantillon. Dans le prochain numéro de Population, l'ensemble de ces
résultats sera repris sous une forme plus générale et le point sera fait des connaissances acquises et des aspects qui restent
incertains ou controversés. Nous pouvons aussi rappeler que l'I.N.E.D. entreprend, en coopération avec le ministère de
l'Éducation nationale, et en liaison avec l'Institut national d'étude du travail et d'orientation professionnelle, une grande enquête
sur le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire comparable à celle entreprise en 1944 et qui a fait l'objet de deux cahiers de
l'I.N.E.D.
Citer ce document / Cite this document :
Girard Alain, Clerc Paul. Nouvelles données sur l'orientation scolaire au moment de l'entrée en sixième. In: Population, 19e
année, n°5, 1964 pp. 829-872.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/pop_0032-4663_1964_num_19_5_11301NOUVELLES DONNÉES
SUR L'ORIENTATION SCOLAIRE
AU MOMENT DE L'ENTRÉE EN SIXIÈME
I. - AGE, ORIENTATION SCOLAIRE
ET SÉLECTION
IL - LES ÉLÈVES DE NATIONALITÉ ÉTRANGÈRE
L'extension de l'enseignement du second degré et de l'e
nseignement supérieur aux classes sociales qui en ont été long
temps presque exclues est un des problèmes les plus importants
de notre temps. Trop souvent il donne lieu cependant à des vues
quelque peu simplistes qui risquent d'en ajourner la solution
plutôt que de l'avancer.
C'est pourquoi l'I.N.E.D. a entrepris, depuis douze ans,
une série d'enquêtes sur des échantillons représentatifs, en vue
de connaître plus particulièrement la façon dont s'orientent,
à l'âge de l'entrée en 6e, les enfants des diverses classes sociales
et les motivations de ces orientations.
Une première série d'enquêtes dont les résultats ont paru
de 1953 à 1955, avait déjà montré les principaux rouages du
mécanisme sélectif. Le temps écoulé et les réformes entreprises en
dix ans ont rendu nécessaire une nouvelle série d'enquêtes,
commencées en 1962.
Les résultats ont déjà fait l'objet de trois articles (1) dans
Population, mettant notamment en évidence l'influence du niveau
économique et surtout culturel des parents. Deux nouveaux aspects
sont présentés aujourd'hui :
(1> A. Girard, H. Bastide et G. Pourcher, « Enquête nationale sur l'entrée en sixième
et la démocratisation de l'enseignement », Population 1963, n° 1, p. 9-48.
A. Girard et H. Bastide, « La stratification sociale et la démocratisation de l'enseignement »,
Population 1963, n° 3, p. 435-472.
Paul Clerc, « La famille et l'orientation au niveau de la sixième, enquête de juin 1963 dans
l'agglomération parisienne », Population 1964, n° 4, p. 627-672. 830 NOUVELLES DONNÉES SUR L'ORIENTATION SCOLAIRE
Dans un premier article, MM. Alain Girard et Paul Clerc font
intervenir l'âge des enfants. La prise en considération de ce facteur
a pour effet de modifier un peu l'interprétation qui pourrait être
trop hâtivement donnée à certains résultats et de mieux expliquer
le comportement de certains parents, en particulier de condition
ouvrière.
Dans un second article, M. Paul Clerc étudie le cas spécial
des enfants étrangers, jusque là non isolés de l'échantillon.
Dans le prochain numéro de Population, l'ensemble de ces
résultats sera repris sous une forme plus générale et le point sera
fait des connaissances acquises et des aspects qui restent incer
tains ou controversés.
Nous pouvons aussi rappeler que l'I.N.E.D. entreprend, en
coopération avec le ministère de l'Éducation nationale, et en liai
son avec l'Institut national d'étude du travail et d'orientation
professionnelle, une grande enquête sur le niveau intellectuel des
enfants d'âge scolaire comparable à celle entreprise en 1944
et qui a fait l'objet de deux cahiers de l'I.N.E.D. (1).
(1) Le niveau intellectuel des enfants d'âge scolaire. Une enquête nationale dans l'ense
ignement primaire, 1950. cahier n° 13 des «Travaux et documents» de l'I.N.E.D.
Le niveau des enfants d'âge scolaire. La détermination des aptitudes. L'in
fluence des facteurs constitutionnels, familiaux et sociaux, 1954, cahier n° 23 des « Travaux
et documents» de l'I.N.E.D. û
I
AGE, ORIENTATION SCOLAIRE
ET SÉLECTION
Les facteurs de l'orientation. Au terme des cinq classes qui composent le
cycle de l'enseignement primaire, trois options
se présentent pour les enfants :
— rester à l'école primaire en classes de fin d'études;
— entrer dans le second degré, en classe de 6e, dans un lycée classique
ou moderne, qui conduit normalement au baccalauréat et aux études supé
rieures ;
— entrer dans le second degré, en classe de 6e dans un collège d'ense
ignement général, qui oriente plutôt vers un enseignement général court
et vers l'enseignement professionnel.
Particulièrement importante est l'étude de la réussite scolaire. Mais
celle-ci n'est pas seule en cause, et un obstacle lié au milieu familial et social
semble s'opposer à la démocratisation de l'enseignement. La réussite scolaire
n'est pas également répartie dans les différents milieux, et même à valeur
égale l'orientation n'est pas la même partout. Les enfants des milieux favorisés
bénéficient de l'aspiration de leurs parents vers une instruction plus poussée.
Ce ne sont pas tant les ressources financières des familles qui jouent
que leur niveau culturel, c'est-à-dire le degré d'instruction atteint par le
père ou par la mère. Enfin, l'avis des maîtres, essentiel en matière d'orien
tation, rejoint, dans une large mesure, l'aspiration des familles et ratifie,
en quelque sorte, leur choix : les maîtres sont enclins à donner aux enfants
des milieux favorisés, à réussite scolaire équivalente, une orientation vers les
études longues plus fréquente qu'aux enfants des autres milieux.
Telles sont, brièvement résumées, quelques-unes des données. Mais il
en est une autre, déjà signalée, et qui peut expliquer des anomalies ou des
discordances apparentes : Y âge atteint par les élèves, au moment de l'option.
Certains arrivent au seuil de la décision plus jeunes, d'autre plus âgés, et cet
élément pèse sur la décision, en la motivant, car il a une signification pour le
présent et pour l'avenir scolaire des élèves.
C'est sur ce facteur âge que porte l'analyse suivante.
I. — RÉSULTATS D'ENSEMBLE
Âge et réussite scolaire. Rappelons que l'enquête a porté sur un échantil
lon national de 20.770 élèves fréquentant le cours
moyen 2e année (CM 2) en juin 1962. 19,6 °/0 ont redoublé le CM 2 l'année 832 NOUVELLES DONNÉES SUR L'ORIENTATION SCOLAIRE
suivante. Les autres, ceux qui ont quitté le CM 2, se répartissaient en trois
groupes sur lesquels porteront les analyses :
45 °/o restent à l'école primaire en fin d'études, dont 2 °/o ayant atteint
14 ans sont mis au travail, et 1,2 % sont versés dans des classes
de rattrapage;
28 °/o entrent en 6e, dans un collège d'enseignement général ;
27 °/o en 6e, un lycée ou collège privé de second degré.
La distribution des âges et l'âge moyen dans ces trois groupes sont très
différents et s'établissent ainsi, au 31 décembre 1962, c'est-à-dire de l'année
courante, où les enfants doivent en principe atteindre l'âge minimal de 11 ans
révolus. Des dispenses d'âge sont d'ailleurs libéralement accordées. Les
élèves sont d'autant plus jeunes que l'on passe de l'école au lycée : une année
d'âge sépare en moyenne les élèves restés à l'école primaire et ceux entrés au
lycée. Les élèves des C.E.G. se situent dans une position intermédiaire
(tableau I).
Tableau I. — Répartition par âge et âge moyen des élèves
ENTRANT EN OCTOBRE 1962 DANS LES DIVERSES ORIENTATIONS
Travail Ecole Age en années révolues (*' et Lycée C.E.G. primaire rattrapage
Moins de 1 1 ans 0,2 2,5 6,6 15,5
11,0 à 11,4 8,4 19,8 25,6 1,5
11,5 à 12,0 26,6 28,7 2,4 12,1
12,0 à 12,4 4,5 22,7 20,6 14,4
12,5 à 13,0 3,8 24,5 20,6 12,6
13,0 à 13,4 3,9 14,4 3,3 1,8
13,5 à 13,9 11,2 2,1 1,0 3,7
0,4 14,0 et plus 80,0 4,2 0,4
100,0 100,0 100,0 100,0
Age moyen en année '*', 14,2 12,6 12,0 11,7
I"' Age au 31 décembre 1962. Dans ce tableau et les suivants, l'année est divisée en dixièmes et
en centièmes. «11,0 à 11,4» signifie de 11 ans à 11 ans 1/2 (l'enfant qui a 11 ans 6 mois
appartenant au groupe suivant.)
L'orientation varie donc avec l'âge, en dépit de très larges chevauchements;
mais d'autre part, comme on l'a rappelé, elle varie aussi en fonction de la
réussite scolaire. Il existe, en effet, une corrélation étroite entre l'âge et la
Parmi les plus jeunes, ceux qui sont en avance sur l'âge légal minimal de
la classe, et n'atteignent pas 11 ans révolus au 31 décembre de l'année sco
laire où ils sont en 6e, il y a surtout des excellents ou bons élèves (78,4 °/o) ; ce
qui explique d'ailleurs leur entrée précoce dans le second degré. Inversement, AU MOMENT DE L'ENTRÉE EN SIXIÈME 833
ceux qui ont dépassé 13 ans comptent surtout des élèves dont la réussite est
médiocre ou mauvaise (62,8 %).
Inversement, les trois quarts des excellents élèves n'atteignent pas 12 ans
au 1er janvier de leur classe de 6e, tandis que 30 °/o et 44 % des médiocres
et des mauvais dépassent 13 ans.
Au centre, masse de loin la plus importante, les élèves qui atteignent leur
douzième et leur treizième année sont d'autant plus souvent de bons ou
excellents élèves qu'ils sont plus jeunes, et inversement de moins bons élèves,
quand ils sont plus âgés.
Ceci apparaît dans le tableau H, illustré par le graphique de la page suivante.
Tableau IL — Réussite scolaire selon l'âge
ou l'âge selon la réussite scolaire
(Élèves ayant quitté le CM2 après juin 1962)
Age au 31 décembre 1963 Excellente Bonne Moyenne Médiocre Mauvaise Total
10 -10,9 29,9 48,5 18,7 2,5 0,4 100
11 -11,4 15,8 42,8 30,3 9,8 1,3 100
11,5-11,9 15,6 40,3 9,6 1,6 32,9 100
12 -12,4 27,4 21,3 4,8 39,5 7,0 100
12,5-12,9 5,0 28,5 37,5 20,5 8,5 100
13 -13,4 1,9 15,0 34,7 33,2 15,2 100
13,5-13,9 0,8 32,9 21,1 11,8 33,4 100
14 ans 38,8 0,6 6,7 29,9 24,0 100
Total 32,1 17,4 6,6 10,1 33,8 100
10 -10,9 21,2 10,9 4,0 1,0 0,5 7,2
11 -11,4 25,3 21,7 14,6 9,2 3,3 16,3
11,5-11,9 32,2 26,2 20,4 11,6 5,0 20,8
12 -12,4 9,4 24,4 21,3 20,0 17,1 23,3
12,5-12,9 10,1 18,0 22,4 23,8 26,3 20,2
13 -13,4 1,4 3,6 7,9 14,7 17,8 7,7
13,5-13,9 0,4 2,1 5,6 10,7 18,2 5,7
14 ans e 0,4 1,8 4,6 7,6 2,1
Total 100 100 100 100 100 100
Ce fait fondamental du lien entre âge et réussite scolaire, présenté ici à l'aide
d'un classement établi par les instituteurs, est confirmé par les résultats à
un test.
Pour un même niveau scolaire, ce sont les plus jeunes, en moyenne, qui
sont les plus brillants.
A titre provisoire, le graphique I bis reproduit les données d'une enquête
pilote visant à préparer une étude nationale sur le niveau intellectuel des enfants
d'âge scolaire de 6 ans à 14 ans. Les résultats, touchant les classes de cours
moyen 2e année de la Seine, de la Haute-Garonne et de l'Ille-et- Vilaine,
montrent que la note moyenne des enfants décroît avec l'âge. 1
834 NOUVELLES DONNÉES SUR L'ORIENTATION SCOLAIRE
Pourcentage des élèves Note moyenne au test de chaque niveau de réussite
selon l'instituteur (résultats provisoires)
1UU 1 It {-— 1 k^l 1 1 1 1 1 1 1 1111
HILU na 3 >v ^~— ^^ Mauvai 240-É*
Bon - s+Excellents • J \ Médiocres — \«^ 110 -« - 75
N \ Moyens \
105 - 50
4 Bons \ \ >
f" - 100 \ - 25
Excellents N. ^V, V 95 1 1 1 Г~~Ч 1 1 i .1 0 ! «v* v» "v* "» Л/* v 1 'V* * 1 *>* v* 1 «f5 * 1 1
Age au 31 décembre Age au 31 décembre
de l'année civile en cours de l'année civile en cours
1. Promotion sortant du GM2 en 1962. 1 bis. Effectif des CM2. Seine, Ile-et-
France entière (sondage 1962). Vilaine et Hte Garonne (sondage 1963).
Graphiques nos 1 et 1 bis. — Age et réussite scolaire en cours moyen 2e année.
Deux nuances toutefois.
Tant d'après les classements des maîtres, que d'après les scores obtenus
au test, le niveau de réussite semble varier par paliers, correspondant à des
générations; les enfants de 11 à 11,4 ans sont voisins de ceux de 11,5 à 11,9 ans,
etc.
On note une légère tendance des élèves plus vieux d'un semestre, ceux
nés dans le premier semestre de chaque année de calendrier, à dépasser en
valeur leurs camarades un peu plus jeunes. Une étude plus attentive devra
donc rechercher si la différence entre les années de calendrier et les années
scolaires ne favorise pas dans l'avancement des études les enfants nés en certains
mois de l'année.
Les causes du lien entre l'âge et la réussite scoRaisons possibles
laire, ou le niveau intellectuel mesuré par un du retard ou de l'avance.
test, sont sans doute nombreuses; on ne peut
que suggérer quelques hypothèses.
Tout d'abord, il n'est pas anormal de trouver associés le niveau de per
formance et la précocité, dans la mesure où les plus doués ont pu progresser
plus vite, au cours de leurs études primaires. La précocité est sans doute un
signe de capacité au même titre que la réussite scolaire.
Toutefois, les rapidités différentes d'accès au cours moyen ne reflètent pas
seulement la vitesse d'acquisition de l'enfant, mais également des décalages AU MOMENT DE L'ENTRÉE EN SIXIÈME 835
dans les débuts de scolarité, soit de la scolarité obligatoire, soit des pré-
scolarités (jardin d'enfants, école maternelle, etc.). Il n'est sans doute pas
sans conséquence qu'un enfant aille « à l'école », dès 2, 4 ou seulement 6 ans.
D'autre part, des accidents ou des maladies, peuvent interrompre la durée
de la scolarité et retarder un enfant sans que son âge plus élevé au niveau de
l'entrée en 6e soit le signe d'aptitudes intellectuelles plus réduites.
Bien que l'âge d'accès à une classe soit étroitement lié aux aptitudes de
l'élève, la précocité n'est pas, à elle seule, un gage de génie, ni le retard le
signe suffisant de moindres dons intellectuels. L'âge résume la scolarité
passée de l'élève, et constitue un signe important de ses aptitudes.
Quoi qu'il en soit en réalité, et ce serait l'un des objectifs d'une enquête
sur les facteurs du niveau intellectuel que de préciser cet aspect, l'âge est
un critère d'orientation qui pèse de tout son poids dans la pratique quo
tidienne.
Âge, réussite scolaire Les résultats de l'enquête nationale ont montré
et entrée en sixième. que l'entrée en 6e touche les enfants en liaison
avec leur niveau scolaire; l'observation est parallèle
selon l'âge des enfants :
Taux d'entrée en sixième selon la réussite et selon l'âge
Réussite Age
% %
Excellente 93 Moins de 1 1 ans 86
Bonne 83 11 ans 76
Moyenne 51 12 ans 48
Médiocre 15 13 ans 18
Mauvaise 6 14 ans et plus 12
Ce parallélisme pourrait n'être que la conséquence du lien entre réussite
et précocité. Ce n'est pas seulement cela; les deux critères jouent concur
remment, et combinent leurs effets, sans que l'un soit le simple reflet de
l'autre.
Le tableau suivant donne les taux d'entrée en 6e, en octobre 1962 ^\
en tenant compte à la fois de l'âge et du niveau de réussite.
(!) Nombre d'enfants entrés en sixième en octobre 1962 sur 100 élèves quittant le cours
moyen à la fin de l'année 1961-1962. 836 NOUVELLES DONNÉES SUR L'ORIENTATION SCOLAIRE
Tableau III. — Taux d'entrée en sixième
SELON L'ÂGE ET LA RÉUSSITE
Age révolu au 31 décembre 1962
Valeur scolaire en CM2
Moins 14 ans 11 ans 11,5 12 ans 12,5 13 ans 13,5 (mai 1962) de et à 11,4 à 12,4 à 11,9 à 12,9 à 13,4 à 13,9 11 ans plus
Excellente . 93 95 95 83 (62)
Bonne 86 91 89 80 75 48 50 (32)
Moyenne.. . 77 67 64 51 49 21 20 18
40 31 14 Médiocre . . 13 9 6 6 (43)
Mauvaise. . 18 8 3 2 5 (20)
. . . Calcul peu significatif, vu le petit nombre de cas observés.
( ) Effectif observé faible, variant de 44 à 100.
a. Pour les enfants d'un âge donné, les taux d'entrée en 6e varient selon
la réussite (ils seraient constants si la réussite ne jouait pas en plus de l'âge).
Par exemple, un élève de 11 ans entre en 6e dans une proportion qui passe
de 95 °/o à 18 °/o, selon son classement scolaire; un élève de 13 ans voit ses
chances varier de 62 à 3 °/o, selon son niveau de réussite.
b. Pour les enfants d'un niveau donné de réussite, les taux d'entrée
varient en fonction de l'âge : un enfant excellent entre en 6e dans 95 cas
sur 100 s'il a 11 ans, dans 62 cas s'il a 13 ans; un enfant moyen voit ses
chances varier de 77 % à 18 %, et le médiocre de 43 % à 6 %, selon leurs
âges respectifs.
Le graphique 2 illustre ce double effet : les courbes sont échelonnées de
haut en bas, selon la réussite; mais chacune d'elles s'abaissent en fonction
de l'âge. Les excellents et les bons ont des taux d'entrée voisins; de même
les médiocres et les mauvais.
Le tableau III a été représenté d'une seconde façon sur le graphique 2 bis,
de manière à rendre compte du rôle des deux critères. Les lignes d'égale chance
relient les points correspondant aux situations, selon l'âge et la réussite, où l'en
trée en 6e est effectuée avec une probabilité constante M. Pour avoir une quasi
certitude (90 °/o) d'entrée en 6e, il faut à la fois être jeune et excellent élève.
Suivons la ligne d'égale chance (50 °/o) : à gauche et au-dessus de cette ligne,
les élèves ont un peu plus de chance d'entrer en 6e; au-dessous et à droite, ils
ont plus de chances d'entrer en fin d'études. Ont plus de chance d'entrer en
fin d'études, les élèves mauvais et médiocres, de tous âges, mais tous les élèves
de 13 ans, sauf les meilleurs.
(1> Calcul de ces points par interpolation graphique linéaire entre les valeurs observées dans
le tableau III; conventionnellement, on a supposé que les 5 niveaux scolaires étaient à égale
distance. 1
1
1
AU MOMENT DE L'ENTRÉE EN SIXIÈME 837
%Taux d'entrée e 100, , , Valeur scolaire
лиспе nic / / i 1 1 1 /
90% N Bonne
50%^X*^
Moyenne
и — , — ■
Médiocre
242-M. MED
Mauvaise 1 A 1 1 1 1
13 14 Age réel de l'enfant
au 31-12-1962
Age au 31-12-1962
Graphique n° 2. — Taux d'entrée en Graphique n°2 bis. — Courbes d'égales
sixième en automne 1962, selon l'âge et chances d'entrer en sixième en octobre
la valeur scolaire. 1962, selon l'âge et la réussite.
Dans le détail, l'évolution de l'accès à la 6e n'est pas régulière, et manifeste
des paliers correspondant aux générations. Ainsi les élèves « moyens » entrent
en 6e dans les proportions suivantes selon l'âge :
Moins de 11 ans 77 %
11 ans à 11,4 67°/o
11,5 à 11,9 64<>/o
12 ans à 12,4 51°/o
12,5 à 12,9 49°/o
13 ans à 13,4 21%
13,5 à 13,9 2O°/o
14 ans et plus 18 %
Ces paliers rappellent ceux observés à propos de la réussite : la réussite
a tendance à se modeler plus étroitement sur les générations, que sur les
semestres d'âge.
Mais les paliers observés dans l'évolution de l'entrée en 6e sont indépen
dants des paliers dans la réussite : le niveau de réussite est éliminé ici, en grande
partie du moins, puisqu'on ne considère que les groupes d'enfants de même
niveau scolaire. Il semble donc que parents et enseignants tiennent compte
de l'âge, sous la forme de la génération ou de l'année de naissance. Leur saisie
du facteur âge est effectuée de façon discontinue avec une approximation de
l'ordre de l'année et non du semestre. Mais le fait essentiel demeure le rôle
que joue l'âge, pour les uns et les autres, dans le choix d'une orientation.
64 2499 0 55 004 1 2