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Principe de solidité et capture manuelle chez le bébé de 10 mois - article ; n°2 ; vol.103, pg 145-160

De
18 pages
L'année psychologique - Année 2003 - Volume 103 - Numéro 2 - Pages 145-160
Résumé
12 bébés âgés de 10 mois ont été observés dans une tâche consistant à prendre soit un petit objet placé derrière un cadre permettant son passage (situation possible) soit un grand objet placé derrière ce même cadre et empêchant son passage (situation impossible). Les résultats montrent qu'au premier essai, la latence du mouvement pour prendre l'objet ne diffère pas selon les situations. Au cours des essais suivants, la latence augmente en situation impossible et diminue en situation possible. Le nombre de prises, plus élevé en situation impossible au premier essai, diminue ensuite de façon significative. Ces résultats montrent que les bébés ne tiennent pas compte du principe de solidité préalablement à l'action.
Mots-clés : capture manuelle, bébé, solidité.
Summary : Solidity principle and manual catching in 10-month-old infants.
The research evaluated 10-month-old infants' capacity to regulate their catching behavior according to the solidity principle as defined by Spelke. Twelve infants were observed in three conditions in which babies had to reach for an object placed behind an open box. In a first condition, the object was smaller than the box : It could be freely displaced through the box (Possible situation). In a second condition, the object was taller than the box : It could not be freely displaced through the box without violating the solidity principle (Impossible situation). In a third situation, babies had to reach for the taller object placed behind a bigger box but still allowing a free displacement of the object through it (control condition). Latency and number of manual captures were recorded for each situation during three successive trials. Results reveal that during the first trial, latency of the first capture does not vary across to the three conditions. During the two following trials, latency increases for the impossible situation whereas it decreases conjointly for possible and control situations. Results reveal that during the first trial, the impossible situation induces more captures than possible and control situations. During the two next trials, the number of captures decreased progressively for the impossible condition but remained constant for the possible and control conditions. Taken together, the results provide evidence that 10-month-old infants do not use the solidity principle before initiating a reaching action.
Key words : manual capture, infant, solidity.
16 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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M. Molina
A. Vandeville
H. Lehalle
F. Julien
Principe de solidité et capture manuelle chez le bébé de 10 mois
In: L'année psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 145-160.
Citer ce document / Cite this document :
Molina M., Vandeville A., Lehalle H., Julien F. Principe de solidité et capture manuelle chez le bébé de 10 mois. In: L'année
psychologique. 2003 vol. 103, n°2. pp. 145-160.
doi : 10.3406/psy.2003.29630
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_2003_num_103_2_29630Résumé
Résumé
12 bébés âgés de 10 mois ont été observés dans une tâche consistant à prendre soit un petit objet
placé derrière un cadre permettant son passage (situation possible) soit un grand objet placé derrière
ce même cadre et empêchant son passage (situation impossible). Les résultats montrent qu'au premier
essai, la latence du mouvement pour prendre l'objet ne diffère pas selon les situations. Au cours des
essais suivants, la latence augmente en situation impossible et diminue en situation possible. Le
nombre de prises, plus élevé en situation impossible au premier essai, diminue ensuite de façon
significative. Ces résultats montrent que les bébés ne tiennent pas compte du principe de solidité
préalablement à l'action.
Mots-clés : capture manuelle, bébé, solidité.
Abstract
Summary : Solidity principle and manual catching in 10-month-old infants.
The research evaluated 10-month-old infants' capacity to regulate their catching behavior according to
the solidity principle as defined by Spelke. Twelve infants were observed in three conditions in which
babies had to reach for an object placed behind an open box. In a first condition, the object was smaller
than the box : It could be freely displaced through the box (Possible situation). In a second condition,
the object was taller than the box : It could not be freely displaced through the box without violating the
solidity principle (Impossible situation). In a third situation, babies had to reach for the taller object
placed behind a bigger box but still allowing a free displacement of the object through it (control
condition). Latency and number of manual captures were recorded for each situation during three
successive trials. Results reveal that during the first trial, latency of the first capture does not vary
across to the three conditions. During the two following trials, latency increases for the impossible
situation whereas it decreases conjointly for possible and control situations. Results reveal that during
the first trial, the impossible situation induces more captures than possible and control situations. During
the two next trials, the number of captures decreased progressively for the impossible condition but
remained constant for the possible and control conditions. Taken together, the results provide evidence
that 10-month-old infants do not use the solidity principle before initiating a reaching action.
Key words : manual capture, infant, solidity.L'Année psychologique, 2003, 103, 145-160
MEMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire Psychologie et Neurosciences de la Cognition*
Université de Rouen de Psychologie expérimentale et cognitive**
Université Paul- Valéry, Montpellier
Laboratoire de Psychobiologie du Développement***
Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris:
PRINCIPE DE SOLIDITE
ET CAPTURE MANUELLE
CHEZ LE BÉBÉ DE 10 MOIS
Michèle MOLINA*2, Aurélie VANDEVILLE*,
Henri LEHALLE** et François JOUEN***
SUMMARY : Solidity principle and manual catching in 10-month-old
infants.
The research evaluated 10-month-old infants' capacity to regulate their
catching behavior according to the solidity principle as defined by Spelke.
Twelve infants were observed in three conditions in which babies had to reach
for an object placed behind an open box. In a first condition, the object was
smaller than the box : It could be freely displaced through the box (Possible
situation) . In a second condition, the object was taller than the box : It could
not be freely displaced through the box without violating the solidity principle
(Impossible situation) . In a third situation, babies had to reach for the taller
object placed behind a bigger box but still allowing a free displacement of the through it (control condition) . Latency and number of manual captures
were recorded for each situation during three successive trials. Results reveal
that during the first trial, latency of the first capture does not vary across to
1. LPBD/EPHE, 41, rue Gay-Lussac, 75005 Paris.
2. E-mail : michele.molina@epeire.univ-rouen.fr. 146 M. Molina, A. Vaudeville, H. Lehalle et F. Jouen
the three conditions. During the two following trials, latency increases for the
impossible situation whereas it decreases conjointly for possible and control
situations. Results reveal that during the first trial, the impossible situation
induces more captures than possible and control situations. During the two
next trials, the number of captures decreased progressively for the impossible
condition but remained constant for the possible and control conditions.
Taken together, the results provide evidence that 10-month-old infants do not
use the solidity principle before initiating a reaching action.
Key words : manual capture, infant, solidity.
Au cours de ces vingt dernières années, les recherches por
tant sur le développement cognitif précoce ont considérablement
bousculé l'image du nourrisson classiquement conçu au regard
de la théorie piagétienne. Selon Piaget (1936), l'enfant initial
ement dénué de toute conscience objective de son environnement,
utilise son répertoire d'actions sensori-motrices pour progress
ivement construire un univers objectif : par l'action, l'enfant
construit sa pensée et ses savoirs. À cette conception traditionn
elle, Spelke (Spelke, Breilinger, Macomber et Jacobson, 1992 ;
Spelke et Kestcmbauia, 1936 ; Spelke, 1994, 1998) ainsi que
Baillargeon (Baillargeon, Spelke et Wasserman, 1985 ; Baillar-
geon, 1987 ; Baillargeon et DeVos, 1991) opposent celle d'un
nourrisson qui, bien avant de pouvoir agir physiquement sur son
environnement, serait capable d'une perception objective de
celui-ci. Ainsi, certains travaux qui utilisent le paradigme
d'habituation (Kellman et Spelke, 1983) ou le geste d'atteinte
(Von Hofsten et Spelke, 1985) ont montré que dès l'âge de
4 mois, les bébés sont en mesure de percevoir l'unité d'un objet
partiellement caché en analysant les mouvements de surface
réalisés par les parties visibles de l'objet. Si des surfaces non
continues se déplacent à la même vitesse et dans la même direc
tion, les enfants infèrent que ces surfaces sont reliées entre elles
et constituent un seul et unique objet. Contrairement à Piaget,
Spelke présuppose que l'accès à un univers objectif est rendu
possible par l'existence de savoirs préexistants à l'action : le ra
isonnement humain serait guidé par une collection de systèmes
de savoirs innés et spécifiques à différents domaines tel que le
langage, le nombre ou encore le fonctionnement physique des
objets (Carey et Spelke, 1994). Ce dernier domaine a été particu
lièrement étudié chez le nourrisson âgé de 2 à 4 mois (Spelke et Principe de solidité et capture manuelle 147
Kestembaum, 1986 ; Spelke, Breinlinger, Macomber et Jacob-
son, 1992 ; Baillargeon et DeVos, 1991). Les travaux de ces
auteurs invitent à considérer que le bébé de moins de 6 mois dis
poserait de trois principes fondamentaux permettant de décrire
le fonctionnement des objets : les principes de contact, de cohé
sion et de continuité. Selon le principe de contact, aucune action à
distance n'est possible entre deux objets. Un contact (visible ou
non visible) doit exister entre ces deux objets. Selon le principe
de cohésion, chaque objet maintient son unité et ses limites spa
tiales au cours de ses déplacements. Contrairement au sable, les
objets solides qui bougent ne se dispersent pas et contrairement
à l'eau, ils ne se répandent pas : leur cohésion et leurs limites
sont maintenues. Selon le principe de continuité, les objets
existent et bougent de façon continue dans le temps et l'espace.
Le principe de cohésion et le principe de continuité dérivent
d'une contrainte de solidité à laquelle l'objet est soumis au cours
de son déplacement. Cette contrainte implique que, d'une part,
deux objets ne peuvent occuper en même temps un même
point de l'espace et que, d'autre part, les objets en tant que
substances tangibles et solides ne peuvent être traversés par
d'autres objets.
La sensibilité des bébés à ces différents principes de fonction
nement des objets a été démontrée dans des conditions expéri
mentales utilisant toutes le paradigme d'habituation et de réac
tion à l'événement impossible, c'est-à-dire des faisant
exclusivement appel au registre des activités perceptives visuell
es de l'enfant. L'originalité des conditions proposées réside dans
le fait que durant la phase d'habituation, les auteurs présentent
toujours un événement partiellement caché : seul le début et la
fin d'une séquence sont montrés à l'enfant. Au cours de la
période test, l'enfant est interrogé sur la partie non visible de la
séquence d'habituation. En ce sens, ces conditions posent des
questions dépassant les limites de la perception immédiate pour
interroger l'enfant sur sa conception de l'événement non visible.
Spelke et al. (1992) ont ainsi montré la sensibilité des enfants de
3 mois à la contrainte de solidité à partir de la situation sui
vante. Les enfants sont visuellement habitués à une balle qui
tombe et disparaît derrière un écran. Dans un second temps
l'écran est levé et les enfants découvrent alors la balle posée sur
la partie inférieure d'un dispositif comprenant sur sa partie
supérieure une planche trouée autorisant le passage de la balle. M. Molina, A. Vaudeville, H. Lehalle et F. Jouen 148
Au cours de la période test qui suit, le même événement est pré
senté aux enfants avec une balle d'un diamètre inférieur (événe
ment possible) ou supérieur (événement impossible) à celui de la
balle utilisée durant la période d'habituation. Dans le cas de
l'événement possible, la balle, au cours de son déplacement, res
pecte le principe de solidité : elle peut facilement passer par
l'espace vide de la planche. À l'inverse dans le cas de l'év
énement impossible, la balle ne peut physiquement pas passer par
cet espace sans violer la contrainte de solidité.
Berthier, Bertenthal, Seaks, Sylvia, Johnson et Clifton
(2001) ont adapté le principe de cette expérience à une condition
de prise d'objet proposée à des enfants âgés de 9 mois. L'enfant
est invité à intercepter avec sa main droite une balle qui se
déplace face à lui, de gauche à droite. La trajectoire de déplace
ment de la balle est soit libre soit obstruée par un obstacle. De
plus, l'ensemble de la condition est pleinement visible ou partie
llement visible. Dans ce dernier cas, un écran est placé entre
l'enfant et une partie de la trajectoire de la balle : l'écran a pour
but d'empêcher l'enfant de voir si la trajectoire est libre de tout
obstacle ou non. Les données obtenues montrent que l'orga
nisation du geste d'atteinte des enfants ne depend p«*» uc
la présence d'un obstacle sur la trajectoire de la balle. Les
auteurs constatent par ailleurs une coordination visuo-manuelle
adaptée : lorsque la balle disparaît derrière l'écran, l'orientation
du regard (vers l'endroit où la balle est attendue) est synchrone à
l'orientation du geste d'atteinte vers l'endroit attendu. Mais
cette conduite d'anticipation est aussi bien observée lorsque la
trajectoire de la balle est obstruée que lorsqu'elle ne l'est pas. De
plus, les paramètres cinématiques du geste de prise (vitesse du
geste, durée du geste et moment d'ouverture de la main) ne dif
fèrent pas selon la trajectoire de déplacement de la balle. Que la
trajectoire soit libre ou obstruée, la vitesse et la durée d'exé
cution du geste d'atteinte ne changent pas. Néanmoins, pour
Berthier et al. (2001), ces résultats ne remettent pas en cause la
capacité du bébé à utiliser le principe de solidité pour réguler
leur geste d'atteinte. En effet, le nombre de gestes d'atteinte est
moins important lorsque l'obstacle est placé sur la trajectoire de
la balle que lorsque aucun obstacle ne se trouve sur sa trajec
toire. Cependant, seuls 8 bébés sur les 16 bébés ayant participé à
cette expérience présentent ce comportement. De plus, ce
comportement n'est pas régulièrement observé au cours de la Principe de solidité et capture manuelle 149
répétition des essais. Selon les auteurs, ce pattern de résultat
serait imputable à la difficulté de la tâche proposée aux bébés.
Pour attraper la balle, les bébés doivent à la fois développer
une activité de poursuite visuelle et une activité de capture
manuelle. L'activité de poursuite visuelle, supposée mobiliser les
ressources attentionnelles que le sujet doit nécessairement
déployer pour contrôler cette action, interférerait avec la cap
ture manuelle. Cette hypothèse des auteurs semble confirmée
par une autre condition expérimentale où, avec le même dispos
itif expérimental, seules les caractéristiques de la poursuite
visuelle des bébés sont analysées. Les résultats montrent alors
que lorsque les bébés sont uniquement sollicités par une tâche de
poursuite visuelle leur conduite tient compte de la présence de
l'obstacle sur la trajectoire de la balle.
Les résultats obtenus par Berthier et al. (2001) permettent
d'émettre une hypothèse complémentaire : si les bébés sont pla
cés face à une tâche de capture manuelle ne nécessitant pas
d'activité conjointe de poursuite visuelle, ils devraient être en
mesure de réguler leur geste d'atteinte en fonction du principe de
solidité. Le but de la présente expérience est d'évaluer la capac
ité de nourrissons âgés de 10 à 11 mois à utiliser le principe de
solidité des objets pour réguler leur geste d'atteinte et de prise
des objets. Le principe de l'expérience de Spelke et al. (1992) a
été adapté à une condition de capture manuelle. On propose aux
enfants de prendre un objet placé derrière un cadre rigide :
l'objet est soit plus petit que le cadre (condition de déplacement
possible) soit plus grand (condition de déplacement impossible).
Si les enfants sont capables, avant toute action, d'utiliser la con
trainte de solidité pour réguler leur action, alors seule la condi
tion de déplacement possible devrait induire une prise de l'objet.
SUJETS
12 bébés, 4 filles et 8 garçons âgés de 10 mois à 11 mois 15 jours (âge
moyen : 10 mois 7 jours ; SD : 20 jours) ont participé à l'expérience. Tous
les bébés ont été recrutés dans une même crèche municipale. Ils sont tous
nés à terme. 3 enfants supplémentaires ont été écartés des analyses en rai
son de pleurs (n = 2) ou de défaillances techniques (n — 1). 150 M. Molina, A. Vaudeville, H. Lehalle et F. Jouen
MATERIEL
Les objets à attraper sont deux cylindres opaques en plastique de cou
leur verte et rose mesurant 2 cm de diamètre. Ces deux cylindres, de même
texture et de poids identique (40 g) diffèrent uniquement par la taille :
26 cm de long pour le grand objet et 13 cm de long pour le petit objet.
Chaque objet est rempli de petites billes créant un son proche du « bâton de
pluie » lorsqu'on l'agite.
Fig. 1. — Dispositif expérimental. Graphe supérieur : situation possible.
Graphe inférieur : situation impossible
Experimental setting. Upper part of the figure : Possible situation.
Lower part of the figure : Impossible situation Principe de solidité et capture manuelle 151
Ces objets sont présentés derrière un cadre rectangulaire de couleur
bleue placé verticalement. Ce cadre mesure 24 cm de hauteur, 20 cm de lar
geur et 12 cm de profondeur. Le côté supérieur a été réalisé en plexiglas de
façon à pouvoir filmer la main des enfants.
Lorsque le petit cylindre est placé derrière le cadre, un espace libre et
visible de 11cm existe entre le sommet de l'objet et celui du cadre : le petit
cylindre peut alors être librement déplacé à l'intérieur ce qui détermine une
condition de « déplacement possible ». Lorsque le grand cylindre est placé
derrière le cadre il dépasse de 2 cm la hauteur du cadre : le grand cylindre ne
peut donc pas être librement tiré vers l'intérieur du cadre, créant ainsi pour
les enfants des âges considérés une condition de « déplacement impossible ».
Un second cadre identique au premier si ce n'est par la taille (48 cm de
hauteur, 40 cm de largeur et 12 cm de profondeur) est utilisé lors de la phase
contrôle durant laquelle seul l'objet de 26 cm est proposé aux enfants.
PROCEDURE
Les bébés, testés individuellement, sont accompagnés d'une éducatrice
de la crèche. Avant l'observation, il est demandé à l'accompagnatrice de ne
pas influencer les comportements de l'enfant par ses propres réactions.
Pour cela, il lui est demandé de se placer dos tourné au dispositif mais la
tête orientée vers l'enfant : ainsi, elle peut rassurer l'enfant si nécessaire
sans influencer ses réponses. Le bébé est assis face à une table en bois natur
el mesurant 55 cm de large sur 22 cm de haut et 22 cm de profondeur.
Cette table est placée à 10 cm du bébé.
Chaque observation débute par une phase d'exploration libre de trente
secondes durant laquelle l'enfant est invité à toucher et manipuler le dispositif
utilisé. Durant la phase expérimentale, l'enfant est invité à attraper au cours
de trois essais successifs chacun des deux cylindres placés derrière le cadre.
Un essai se déroule de la façon suivante. Un expérimentateur assis der
rière la table et faisant face à l'enfant prend un objet et l'agite pour attirer
l'attention de l'enfant. Dès que regarde l'objet, l'expérimentateur
le pose verticalement sur la table, du côté droit du cadre. L'objet tenu entre
le pouce et l'index à sa partie la plus basse est ainsi laissé immobile pendant
cinq secondes au cours desquelles l'expérimentateur invite l'enfant à jouer
en lui disant « Tu vois ce jouet ? Oh, il est très joli ! Attrape-le, il est pour
toi !» À ce moment, l'expérimentateur déplace l'objet derrière le cadre en
lui imprimant un mouvement de va-et-vient. L'objet est déplacé d'un bord
à l'autre du cadre pendant 5 secondes. Puis l'objet est immobilisé et main
tenu au centre du cadre. L'essai s'arrête dès que l'enfant capture l'objet. Si
l'enfant refuse de prendre l'objet, l'essai s'arrête après 25 secondes de pré
sentation continue de l'objet immobile.
Tous les enfants sont observés en condition de déplacement possible
(petit cylindre) et impossible (grand cylindre). L'ordre de présentation de ces 152 M. Molina, A. Vaudeville, H. Lehalle et F. Jouen
deux conditions est contrebalancé entre les enfants. La moitié des enfants
effectue les trois premiers essais avec le petit cylindre puis les trois essais su
ivants avec le grand cylindre. L'autre moitié des enfants effectue les trois pre
miers essais avec le grand cylindre puis les trois essais suivants avec le petit
cylindre. A l'issue de cette phase expérimentale, tous les enfants passent une
condition contrôle au cours de laquelle ils sont invités à prendre, au cours de
trois essais successifs, le grand cylindre placé derrière le grand cadre.
L'organisation de chaque essai est la même que durant la phase expériment
ale. Cette condition contrôle permet de vérifier que les éventuelles différen
ces observées entre les conditions de déplacement possible et impossible ne
sont pas dues à une simple perception de différence des tailles d'objets mais
bien à la perception des relations entre la taille des objets et la taille du cadre.
Chaque essai est filmé à l'aide de deux caméras. Une première caméra
est placée face à l'enfant, de façon à filmer ses mains, ses bras et
l'orientation de son regard. Elle est placée à 1,50 m de la table. Pour
s'assurer de la lisibilité des mouvements de mains et de bras, une seconde
caméra est placée au-dessus du cadre. Située à 0,50 m au-dessus du cadre,
elle permet de filmer les des mains et des bras en direction des
cylindres par la partie transparente du cadre.
Pour chaque essai, deux variables dépendantes sont enregistrées. En
premier lieu, on note le nombre de prises. Une prise est définie selon les cri
tères de Clifton, Perris et McCall (1999) : elle correspond à une extension
d'une main ou des deux mains vers l'objet simultanément accompagnée
J'uiic fixation visuelle de celui-ci et suivie d'une fermeture de la main
autour de l'objet pour le ramener ensuite vers soi. La fin d'une prise est
déterminée lorsque la ou les mains du bébé sortent du cadre, que l'enfant
ait ramené ou non l'objet vers lui. En effet, en condition de déplacement
possible ainsi qu'en condition contrôle, l'enfant peut prendre l'objet et le
ramener vers lui pour l'explorer et le manipuler, et ce dès le premier essai.
En condition de déplacement impossible, l'enfant peut prendre l'objet mais
ne peut le ramener vers lui. Si les enfants utilisent la contrainte de solidité
pour réguler leur capture manuelle, on s'attend à n'observer aucune prise le grand cylindre. En revanche, si les enfants n'utilisent pas la
contrainte de solidité pour réguler, avant toute action, leur capture
manuelle, un plus grand nombre de « prises » (sans que l'objet puisse être
ramené) devrait être observé en condition de déplacement impossible en
comparaison des conditions de déplacement possible ou de contrôle.
La latence de la première prise a été également enregistrée (seconde
variable dépendante). Cette mesure est définie par le temps qui s'écoule
entre le moment où l'objet est immobilisé derrière le cadre et le début de la
prise. Si les enfants utilisent la contrainte de solidité pour réguler leur cap
ture, l'hypothèse est faite que la latence de la première prise devrait syst
ématiquement varier en fonction des conditions de déplacement possible et
impossible. En revanche, si les enfants n'utilisent pas la contrainte de soli
dité avant toute action, alors les latences de la première prise ne devraient
pas varier en fonction des conditions de déplacement.