Psychologie générale - compte-rendu ; n°1 ; vol.63, pg 253-266

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L'année psychologique - Année 1963 - Volume 63 - Numéro 1 - Pages 253-266
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1963
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II. Psychologie générale
In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°1. pp. 253-266.
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II. Psychologie générale. In: L'année psychologique. 1963 vol. 63, n°1. pp. 253-266.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1963_num_63_1_27116— Psychologie générale II.
Hommage à Henri Wallon. Numéro spécial, Évol. psychiat., 1962,
27, 1-173.
Il faut signaler cet important fascicule d'une revue psychiatrique
entièrement dédié à Henri Wallon. Présenté par H. Ey, il comporte
11 articles importants consacrés à l'analyse des principaux aspects de
son œuvre, à des souvenirs ou à des apports originaux en rapport avec
les travaux de H. Wallon. Les noms des contributeurs suffiront à mar
quer l'importance et l'intérêt de cet hommage : E. Minkowski, J. de
Ajuriaguerra et R. Angelergues, M. Bergeron, J. Dublineau, G. Heuyer,
G. Koupernik, D. Lagache, L. Le Guillant, J. Piaget, H. Piéron, R. Zazzo.
P. J.
Delay (J.), et Pichot (P.). — Abrégé de psychologie à l'usage de
l'étudiant. — In-8° de 488 pages, Paris, Masson, 1962.
La réforme des études médicales de 1960 a prévu un enseignement
de psychologie dans les facultés de médecine. Le présent ouvrage,
conforme au programme de cet enseignement, est un excellent manuel
de dont l'utilité s'étendra bien au-delà du milieu médical.
Les auteurs, très complètement informés de tous les problèmes psycho
logiques et de toutes les théories, présentent dans une belle langue
l'essentiel de la question.
Évidemment, l'accent est mis sur la psychologie humaine et sur les
fonctions supérieures plus que sur les processus plus élémentaires.
L'originalité de ce manuel est sans aucun doute de témoigner de l'unité
de la psychologie. Chaque chapitre centré sur nos connaissances des
conduites fait place à leurs bases psycho-physiologiques et à l'étude des
troubles pathologiques. Une place est aussi faite aux méthodes de la
psychologie différentielle, expérimentale ou psychométrique.
Le volume se prolonge par deux importants chapitres sur la personn
alité et fait une place notable à la psychologie sociale et à ses appli
cations à la psychologie médicale, qu'il s'agisse en particulier des rela
tions médecin-malade ou de l'utilisation thérapeutique des techniques
de groupe. Le chapitre sur les réactions du malade à sa maladie est neuf
et situe dans une saine perspective la psychosomatique.
Les bibliographies de chaque chapitre sont heureusement sélectives.
Un important index des matières rendra de grands services. Celui des
auteurs montre que les psychologues les plus souvent cités sont Freud,
Pavlov, Lewin et Kretschmer, ce qui souligne l'équilibre du volume.
P. F. 254 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
O'Connor (N.), éd. — Recent Soviet psychology (La psychologie
soviétique récente). — In-8° de 334 pages, Oxford, Londres, New
York, Paris, Pergamon Press, 1961.
Get ouvrage présente la traduction anglaise d'une série d'articles
parus récemment dans les revues spécialisées d'Union soviétique.
Il a pour but de constituer une introduction à la psychologie soviétique
actuelle et d'en être aussi représentatif que possible ; le choix des
articles traduits a d'ailleurs été effectué en liaison avec les psycho
logues soviétiques.
Le recueil comprend trois parties : la première intitulée « Physiol
ogie » contient des études de Teplov, Nebylitsyn, Anokhin, Merlin,
Ananiev, Vekker, Teplov et Borisova ; elle comprend pour l'essentiel
des recherches fondées sur la théorie des réflexes conditionnés ou la
développant. La seconde partie, intitulée « Langage », comporte des
articles de A. R. Luria, Sokolov, Bassin et Bein, Novikova ; on y
trouve aussi des études de caractère physiologique, mais l'influence
des idées de Vygotski y est particulièrement sensible. La troisième
partie, consacrée à 1' « éducation », témoigne de l'importance accordée
par la psychologie soviétique aux questions de pédagogie ; des travaux
de Leontiev, Galperin et Talyzina, Zaporojets, Bzhalava, Natadze,
illustrent ces questions ; les deux derniers auteurs représentent la contri
bution de l'école géorgienne (inspirée par l'œuvre de Vznadzé).
Cet ouvrage soigneusement préparé, comporte des bibliographies
à la fin de chaque article, un index des auteurs et un index des
matières.
J.-F. L. N.
Berg (Ch.). — Madkind. The origin and development of the mind
(« Madkind ». L'origine et le développement de l'esprit). — In-8°
de 277 pages, Londres, Allen & Unwin, 1962.
L'auteur avait projeté un grand ouvrage comprenant 3 volumes,
le premier de « Symptomatologie » anthropologique, le second de cosmog
onie, et le troisième consacré à un examen — avec appui de données
cliniques et psychanalytiques — de la civilisation moderne. Il est mort
avant d'avoir réalisé ce projet complètement. Sa femme s'est alors
chargée de tirer de ce qu'il avait écrit une synthèse condensée où
figurent les éléments très divers qu'il avait envisagés dans les
24 chapitres de ce volume, où l'on trouve des titres comme : les
« delusions » de l'homme primitif ; mythologie, cosmologie et religion
comparées ; libido exprimée dans les coutumes sociales ; névrose sociale
de l'homme moderne ; mariage ; éducation ; sport ; peur ; guerre ;
politique ; culture ; croyance en Dieu ; le Mind comme organe physio
logique ; le macrocosm ; la synthèse protéique et l'origine de la vie :
croissance et structure du Mind, etc. On voit quelle variété on peut
trouver dans l'ouvrage.
H. P. LIVRES 255
Le vieillissement des fonctions psychologiques et psychophysiolog
iques. — In-8° de 447 pages, Paris, éd. du G.N.R.S., 1961.
Voici publiés, par les soins de Suzanne Pacaud, les actes du Colloque
international tenu à Paris du 10 au 16 avril 1960. L'ampleur du travail
réalisé en si peu de temps étonne : c'est, en effet, un panorama complet
de la gérontologie que nous offre ce livre, dont le sommaire compose à
lui seul un catalogue quasi exhaustif des domaines soumis aux effets de
l'âge. Discipline scientifique, la gérontologie définit d'abord ses méthodes
(Welford, Pineau, Van Zonneveld). Sont ensuite exposées les données
psychophysiologiques de base (J. E. Birren, S. Pacaud, G. J. Verdeaux
et J. Turmel), l'évolution morphologique (Boulière, Parot et Pineau),
l'évolution des formes d'activité (Velley, Clément et Bourlière, Verzar) ;
la détérioration des sensations, ses incidences sur les autres fonctions
de relation sont étudiées par Hélène Gavini, Bourlière, Coumétou et
S. Pacaud. Enfin, la dernière partie, mais non la moindre, des rapports
présentés est consacrée à la psychologie sociale : le vieillissement, qui
transforme l'individu, exige une adaptation nouvelle au milieu (Karsten),
et H. Piéron rappelait avec insistance dans son discours d'ouverture
que « pour la gérontologie humaine, ce sont les problèmes sociaux qui
se posent avec le plus d'urgence », et peut-être pas, comme on pourrait
le croire, les problèmes de prolongement de la vie qui sont du ressort
de la gériatrie. Il y va, comme le dit encore Piéron dans une formule
bouleversante, de « l'intérêt de vivre ». Or le travail, qui pouvait consti
tuer pour l'adolescent et l'homme jeune un mode d'insertion privilégié
dans la société et, par suite, devenir pour eux valeur morale, perd pour
le vieillard ce rôle catalyseur dans une société attachée au rendement :
voilà le terrain, par excellence, des abcès de fixation, comme le montrent
Treanton, Sauvy et Paillât, Meschieri, Dupland.
Une étude de S. Pacaud et M.-O. Lahalle fait figure de rapport de
synthèse en caractérisant les liens qui existent entre la vie professionnelle,
avec ses caractéristiques objectives et subjectives, l'état de l'individu
et son entourage.
L'organisation anarchique de l'ouvrage, dans lequel les rapports
intéressant un même domaine ne se suivent pas nécessairement, risque
d'en masquer la richesse et l'unité profonde. Pourtant cette unité est
réalisée autour de l'idée, confirmée expérimentalement, que la sénes
cence, si elle implique une détérioration physique, n'est pas nécessai
rement une régression à un niveau de vie inférieur. La gérontologie sera-
t-elle une science normative du comportement ?
H. B.
Frances (R.). — Le développement perceptif. — In-16 de 279 pages,
Paris, Presses Universitaires de France, 1961.
Cet excellent ouvrage a un caractère paradoxal. Il est une synthèse
réalisée dans la meilleure tradition française des recherches psycho
logiques sur la perception de ces 20 dernières années (408 références)
mais 75 % de ces travaux sont américains. 256 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Le titre lui-même est emprunté à Gibson qui définit le développe
ment perceptif comme l'ensemble des modifications subjectives des
percepts sous l'influence de l'expérience mais sans référence au dévelop
pement génétique où se mêlent trop, pour l'auteur, maturation physio
logique et psychologique d'une part et exercice d'autre part.
Sous cet aspect du développement, Frances montre d'abord l'effet
de l'exercice sur les capacités sensorielles et perceptives. Il étudie ensuite
dans la perspective de la théorie de l'information le rôle de l'incertitude
des réponses, de ce qu'il appelle le répertoire des réponses du percevant.
Un troisième chapitre est consacré à l'influence du sens objectai des
contenus, ce qui est reprendre d'une manière neuve le vieux problème
de la signification.
Le chapitre sur les effets de contexte étudie les effets de la conduite
globale sur « le spectacle perceptif » selon une heureuse expression de
l'auteur. Le contexte désigne « l'environnement immédiat, dans le
temps ou dans l'espace, d'ordre cognitif ou affectif du stimulus et de
l'objet ». Enfin, un dernier et important chapitre est consacré aux
fonctions et aux effets de la motivation sur la perception.
La conclusion se devait de prendre position sur les théories de
l'apprentissage perceptif. L'A. montre que les théories de Postman et
de Gibson, loin de s'opposer, se complètent. La première explique surtout
les processus d'identification du percept, la seconde les progrès de la
discrimination. L'une insiste sur les assimilations perceptives, l'autre
sur les différenciations, l'une sur la constitution des répertoires de
réponse (variable d'information), l'autre sur raffinement de l'activité
perceptive d'ajustement). Ce livre instruit et fait réfléchir.
P. F.
Brown (W. P.). — Conceptions of perceptual defence (Les concep
tions de la défense perceptive). — In-8° de 106 pages, Monographies
du Brit. J. PsychoL, Cambridge, University Press, 1961.
La défense perceptive est définie ici comme « un terme descriptif
désignant toute relation systématique entre le caractère émotionnel
d'un stimulus et la facilité avec laquelle il est reconnu ». Définition
prudente et ambiguë à dessein puisqu'elle recouvre une relation contra
dictoire : des faits également bien établis prouvent qu'un stimulus
anxiogène ou émouvant pour le sujet a un seuil tachistoscopique de
reconnaissance tantôt plus élevé tantôt plus bas qu'un mot neutre.
L'élévation relative des seuils a été constatée avec des mots « tabou »
(McGinnies, mais surtout Miller et coll., Kissin et coll.), avec des images,
ou par la méthode de la rivalité binoculaire (Davis). Le facteur de fr
équence, source importante de variation des seuils, a été contrôlé. Mais
l'abaissement est également prouvé dans d'autres expériences, par
Daston, Postman et Brown avec des mots « tabou » ou dans des conditions
de frustration provoquée, etc.
Quelle est la solution de cette contradiction ? Tel est le sujet de LIVRES 257
l'ouvrage. On peut légitimement se poser la question aujourd'hui,
devant le nombre impressionnant de recherches que ce phénomène a
suscitées, devant les épreuves dont il a fait l'objet : notamment sa
fidélité, à travers deux ou trois mesures successives avec des stimuli
différents, neutres ou critiques (Singer, 1956; Stein, 1953).
Un certain nombre de chapitres ont trait à la méthodologie des
mesures, aux nombreuses influences qui s'exercent sur les seuils et
par lesquelles on a cherché à rendre compte de la défense perceptive
(notamment la familiarité du stimulus pour le sujet, sa fréquence dans
la langue maternelle, les attitudes momentanées ou permanentes qui
sont les siennes). Aucune d'elles, pas plus que l'hypothèse de la suppres
sion consciente de la réponse aux mots critiques ne permettent de faire
l'économie d'un phénomène spécifique.
Mais pourquoi est-il contradictoire ? C'est, dit l'auteur, que la
relation entre le potentiel émotionnel du stimulus et le seuil n'est pas
linéaire, mais curviligne. L'élévation de ce potentiel va de pair avec une
élévation des seuils, mais celle-ci atteint bientôt un palier ; puis inter
vient un abaissement pour des degrés extrêmes de potentiel. La courbe
est en U renversé. L'hypothèse, à vrai dire, n'est corroborée que par
une nouvelle analyse de résultats obtenus par d'autres auteurs et par
une expérience de Brown lui-même — publiée à la fin du livre — faite
avec soin : le potentiel émotionnel des mots est évalué, pour deux
groupes de sujets des deux sexes, par la durée de la latence dans un test
d'association préalable (leur longueur et leur fréquence linguistique
étant contrôlées). Puis les sujets subissent, une semaine plus tard, une
mesure de seuils pour ces mots mêlés à d'autres. La courbe des seuils
en fonction du potentiel émotionnel est nettement curvilinéaire pour
les femmes mais elle ne l'est nullement pour les hommes.
Un autre problème auquel il faut faire face est celui des variations
individuelles dans le changement de sens des seuils relatifs et de leur
explication possible par des variables de personnalité. Les sujets ayant
un score élevé dans l'échelle Hystérie du M. M.P.I, ou un score bas dans
l'échelle d'anxiété manifeste présentent une élévation relative des seuils
pour les mots à potentiel émotionnel ; inversement, ceux qui montrent
un score élevé dans l'échelle Psychasthénie ou un score bas dans l'échelle
d'anxiété manifeste présentent un abaissement relatif plus ou moins
marqué des seuils. L'auteur interprète ces effets des variables de per
sonnalité de la manière suivante : les individus varient selon le degré de
potentiel émotionnel nécessaire pour conduire les seuils de reconnaissance
à leur maximum. Dans son expérience, l'analyse des résultats du groupe
féminin va dans ce sens : on classe les sujets en deux sous-groupes d'après
leur score d'extraversion au M.M.P.I. (la médiane des scores sert de
point de clivage). On voit alors que les sommets des courbes des deux
sous-groupes sont distincts : les introvertis atteignent ce sommet plus
tôt que les extravertis. L'interaction entre potentiel émotionnel et
l'extraversion est significative.
A. PSYCHOL. 63 17 258 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Certes, l'hypothèse ici formulée est encore trop neuve, elle n'est pas
assez étayée. Le rôle des variables de personnalité peut s'interpréter
autrement : on peut penser que plus le refoulement des pulsions est
profond chez un sujet, plus les seuils des stimuli reliés à ces pulsions
s'élèvent, et inversement. Cette manière de voir permettrait de rejoindre
toute une catégorie de faits dont l'auteur ne rend pas compte : ceux qui
concernent la disponibilité des réponses liée aux variables de situation.
Mais l'ouvrage constitue une mise au point fort bien documentée d'une
question actuellement très étudiée.
R. F.
Cofer (C. N.), éd. — Verbal learning and verbal behavior (Apprent
issage verbal et comportement verbal). — In-8° de 242 pages,
New York, McGraw-Hill Book Co, 1961.
Cet ouvrage relate un colloque tenu en 1959 avec la participation
des principaux psychologues américains intéressés à la « psycho-linguis
tique ». Il comporte sept rapports, dont chacun est suivi du commentaire
critique fait par un participant et d'un résumé de la discussion générale.
Son thème de départ semble avoir été la confrontation de deux perspec
tives de recherches sur l'apprentissage verbal : celle dans la tradition
d'Ebbinghaus, centrée sur les fonctions générales d'acquisition et de
mémoire qu'on explore en expérimentant sur un matériel verbal, et
celle, plus moderne et proprement « psycho-linguistique », où l'on
s'attache à discerner certaines dimensions des langages naturels et du
« comportement verbal » dans la mesure où ils sont précisément sous-
tendus par des processus d'apprentissage. En fait, la confrontation
tourne court assez vite, à notre sens, et les thèmes traités de l'un ou de
l'autre point de vue, quoique très intéressants pour eux-mêmes, ne font
guère l'objet d'une synthèse.
C'est ainsi que Deese pose le problème des rapports psychologiques
entre unités verbales isolées et discours suivi, mais il s'attache surtout
en fait à analyser les facteurs déterminant le rappel d'une liste de mots :
force des liens associatifs entre les mots, dépendances séquentielles,
fréquence d'usage du vocabulaire (qu'il tient pour un facteur mineur).
Goss étudie les processus de codage et d'organisation dans l'appren
tissage verbal ; à propos de ceux-ci, il utilise la notion de « scheme
conceptuel », envisage son rapport avec les structures grammaticales
et souligne la difficulté de comprendre l'émergence de telles structures
à partir de mécanismes associatifs. C'est au contraire en termes d'asso-
ciativité que Bousfield pose le problème de la signification et discute
le modèle du « différentiateur sémantique » d'Osgood. De façon très
intéressante, Russell distingue entre deux stratégies de recherche en
psycho-linguistique : 1) Évaluer certains caractères du langage naturel
par des procédures de test (par exemple, l'association de mots), afin
d'examiner expérimentalement l'influence, soit de diverses variables
sur les performances à de tels tests, soit de tels caractères de langage ainsi LIVRES 259
reconnus sur des processus comme l'apprentissage ou la perception en
des situations de laboratoire ; 2) Construire chez le sujet, de façon
expérimentale, un type artificiel des caractères de langage intéressant
le chercheur, afin de procéder au même examen. Russell recommande
une grande prudence lorsqu'il s'agit d'identifier les processus inférés
d'après les tests avec ceux provoqués expérimentalement. Enfin trois
autres rapports complètent le sommaire de l'ouvrage : ceux de Noble
sur « Apprentissage verbal et différences individuelles », de Postman sur
« L'état actuel de la théorie de l'interférence », et un rapport critique
d'Underwood sur la proposée par Gibson pour expliquer l'appren
tissage verbal en termes de généralisation et de différenciation.
F. J.
Martinet (A.). — Éléments de linguistique générale. — In-12
de 224 pages, Paris, Armand Colin, 1960.
Tout psychologue s'intéressant aux faits de langage — c'est-à-dire,
plus simplement, tout psychologue — devrait lire ces Éléments extr
êmement clairs, concis et denses, qui représentent pour lui un des meilleurs
accès à l'essentiel de la linguistique moderne. Le plan de l'ouvrage
s'ordonne autour de la notion de « double articulation » (chap. Ill :
« L'analyse phonologique » ; chap. IV : « Les unités significatives »,
ou « monèmes » dans la terminologie de l'auteur) et de la distinction entre
synchronie et diachronie (chap. V : « La variété des idiomes et des
usages linguistiques » ; chap. VI : « L'évolution des langues », domaine
où s'inscrivent les principaux travaux de Martinet sur la phonologie
diachronique et le principe d'économie). Nous n'essaierons pas de résu
mer un tel livre. Soulignons seulement qu'il ne s'agit pas d'une tentative
de syncrétisme entre les différentes théories structuralistes : grâce à un
heureux équilibre, A. Martinet apporte une doctrine originale tout en
restant simplement didactique. Enfin l'auteur insiste fortement sur
le fait que la linguistique ne s'est constituée en science qu'en s'expur-
geant de tout psychologisme : il n'est pas moins vrai que les problèmes
psychologiques de la communication et de l'information demeurent
constamment à l'horizon de la pensée de Martinet, et cette référence
apparaîtra d'un particulier intérêt au psychologue.
F. J.
Honkavaara (S.). — The psychology of expression (La psychologie
de l'expression). — In-8° de 96 pages, Monographs supplements of
the British Journal of Psychology, Cambridge University Press, 1961.
Avec l'aide d'ingénieuses expériences utilisant photographies et
dessins, Mme Honkavaara a étudié dans une perspective génétique
le problème classique de la perception des contenus expressifs, et parti
culièrement de ceux de l'émotion. La partie essentielle de son ouvrage
établit la priorité génétique de la perception des contenus « factuels »
(matter-of-fact) ou « objectaux » sur celle des contenus expressifs. C'est 260 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
ainsi que les très jeunes enfants, regardant des photographies à contenu
expressif, donnent des réponses seulement « objectales » lorsqu'on les
interroge sur le sujet représenté, alors que les enfants plus âgés
reconnaissent le contenu expressif. Les questions sur l'expression requiè
rent un plus long temps de réponse et présentent plus de variabilité
lors de retests, et ceci d'autant plus que les enfants sont plus jeunes.
Enfin, d'autres expériences, toujours dans la même perspective, traitent
de la « physionomie » perçue de l'écriture et des confusions d'expression
introduites par l'apposition de signes contradictoires par rapport à un
contexte expressif (par exemple, des larmes sur un visage souriant, etc.).
F. J.
Witkin (H.A.), Dyk (R.B.), Faterson (H. F.), Goodenough (D. R.),
Karp (S. A). — Psychological differentiation : Studies of development
(Différenciation psychologique : études génétiques). — In-8° de
418 pages, New York, Wiley & Sons, 1962.
Cet ouvrage développe quelques-unes des hypothèses formulées par
Witkin dans une étude précédente (Personality through perception).
Celle-ci avait montré que la manière dont chaque personne s'oriente
dans l'espace est l'expression d'un mode préférentiel de perception et
permet, dans une certaine mesure, de classer cette personne sur un cont
inuum bipolaire allant d'une dépendance complète à une indépendance
complète vis-à-vis de l'ensemble du champ. Dans son nouvel ouvrage,
Witkin se propose de montrer que le degré de dépendance vis-à-vis
du champ n'est que l'expression d'un phénomène plus général : le niveau
de développement de la « différenciation ». Ce concept désigne à la fois
la différenciation entre le moi et le monde extérieur : personnes et
objets, et entre les éléments qui constituent ce monde.
Deux problèmes essentiels sont traités dans l'ouvrage. Le premier
est celui de l'origine des grandes différences interindividuelles de niveau
de différenciation, et de leur stabilité au cours du développement.
L'auteur fait l'hypothèse que, à côté de dispositions innées plus ou
moins favorables, toute l'expérience vécue au cours de la petite enfance
et notamment les relations entre la mère et l'enfant favorisent ou, au
contraire, inhibent de façon considérable le développement de la
différenciation.
Ce problème est abordé par des études génétiques, transversales et
longitudinales, des interviews des mères, des enquêtes approfondies
sur le comportement de l'enfant dans toutes les circonstances de la
vie courante.
Le second problème est celui de la cohérence personnelle (self-consis
tency). L'hypothèse de l'existence, chez un sujet, d'un fort degré de diff
érenciation, formulée d'après l'observation d'une faible dépendance
vis-à-vis du champ, sera-t-elle confirmée par d'autres comportements :
cognitifs, affectifs, sociaux, etc. ? La réponse sera donnée par les corréla
tions entre les notes obtenues par les mêmes sujets à des épreuves très LIVRES 261
variées : perceptives (perception de la verticalité, recherche de figures
cachées de Gottschaldt), projectives (Rorschach, T. A. T., dessin de
personnages), cognitives (cubes de Kohs, W.I.S.C.).
Les diverses études expérimentales rapportées par leurs auteurs
permettent de dégager un certain nombre d'indices de différenciation.
Un fort degré de différenciation se traduit : par une bonne structure de
l'image du corps, une nette identité (conscience de ses besoins personnels,
distincts de ceux des autres), une perception analytique et structurée
(en opposition à globale), un bon contrôle de soi, etc. Une bonne cohé
rence personnelle apparaît entre ces divers indices. Elle se manifeste
précocement. D'autre part le niveau de différenciation, bien que s'élevant
avec l'âge chez tous les sujets, constitue une caractéristique stable de
la personnalité. Le classement des sujets d'un même groupe sur le cont
inuum de différenciation se maintient au cours du développement. Enfin
il semble qu'une forte dépendance de l'enfant à la mère empêche le
développement normal de la différenciation. Les hypothèses des auteurs
apparaissent donc comme confirmées de façon satisfaisante par leurs
recherches.
E. V.
Bonner (H.). — Psychology of Personality (Psychologie de la per
sonnalité). — In-8° de 534 pages, New York, The Ronald Press
Company, 1961.
Après avoir passé en revue les différentes approches à l'étude de la
personnalité, c'est-à-dire presque toute la psychologie : typologies,
fondements organiques, acculturation, apprentissage, langage, moti
vation, attitudes, caractère, l'A. pose la question suivante : quelle idée
peut-on se faire de la personnalité à partir de ces différents points de
vue ? Une conclusion s'impose, chaque individu est un tout organisé,
une personne totale dont la perception de lui-même et des autres est un
produit de sa réaction à son champ perceptif. Il se développe en vue de
réaliser ses potentialités.
Le cadre descriptif est tridimensionnel : l'individu est un tout
biopsychosocial, une structure dynamique de facteurs biologiques, de
contacts interpersonnels et de valeurs culturelles. Les principes de dyna
mique du champ, en relation les uns avec les autres, rendent compte
de la conduite de la personne dans son environnement.
Cette vue gestaltiste élargie ne constitue qu'une partie très restreinte
du livre ; l'essentiel en est constitué par un rappel clair mais très som
maire des principales théories psychologiques actuelles que l'A. s'efforce
de faire cadrer avec ses vues. Cet éclectisme conduit à des assimilations
hâtives et surprenantes.
Ce livre n'apporte rien de très nouveau, il ignore même les perspec
tives structurales récentes comme celle de Kelly, mais c'est un excellent
manuel d'initiation aux théories psychologiques classiques.
R. M.