Psychologie sociale - compte-rendu ; n°1 ; vol.67, pg 334-344

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L'année psychologique - Année 1967 - Volume 67 - Numéro 1 - Pages 334-344
11 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Ajouté le 01 janvier 1967
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Psychologie sociale
In: L'année psychologique. 1967 vol. 67, n°1. pp. 334-344.
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Psychologie sociale. In: L'année psychologique. 1967 vol. 67, n°1. pp. 334-344.
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1967_num_67_1_29994Psychologie sociale
Viet (J). — Les méthodes structuralistes dans les sciences sociales. —
Paris-La Haye, Mouton & Gie, 1965, 246 p.
Il importe de définir le cadre de l'ouvra~e : publié par le service
d'échange d'informations scientifiques de la Maison des Sciences de
l'Homme, dans la série « Méthodes et techniques », cet ouvrage est
d'abord une enquête sur les différents usages de la notion de structure
dans les disciplines qui se réclament des sciences humaines. Pour
autant qu'elle utilise une méthode structuraliste et s'intéresse aux phé
nomènes sociaux, toute discipline relève de cette enquête. Ceci dit à
seule fin d'éviter toute surprise au psychologue qui trouvera réunies
dans le chapitre consacré à sa science les disciplines, théories ou méthodes
suivantes : caractérologie, psychanalyse, théorie de la forme, phéno
ménologie, théorie du champ, analyse factorielle et enfin psychologie
génétique, tandis que la psychologie sociale des petits groupes se trouve
rattachée à la sociologie.
Notons aussi que l'auteur ne traite pas de la linguistique car elle se
distingue des autres sciences humaines par la perfection où elle a atteint.
L'auteur s'intéresse donc plus aux méthodes structuralistes qu'à la
notion de structure, sur laquelle nous avons déjà l'ouvrage publié
sous la direction de R. Bastide. Cette orientation tient à ce que le
choix d'une méthode structuraliste parmi les autres renvoie à une cer
taine position épistémologique à l'égard de la réalité.
J. Viet distingue quatre grandes tendances structuralistes. Tout
d'abord le structuralisme des modèles, qui veut que la notion de structure
se rapporte non à la réalité empirique mais à des systèmes de relations,
à des modèles, c'est-à-dire à des ensembles d'objets abstraits définis
par les relations qui les unissent, et les opérations qu'on peut légitim
ement effectuer sur eux. Une autre tendance au contraire, loin de dis
tinguer la structure de l'objet concret, fait de la première une simple
expression du second. Ainsi, tandis que pour Lévi-Strauss « les relations
sociales sont la matière première employée pour la construction des
modèles qui rendent manifeste la structure sociale elle-même », pour
Radcliffe-Brown « le terme de sociale désigne un système de
relations sociales existantes ». La phénoménologie illustre la troisième
tendance. Si elle se caractérise par une volonté de retour au concret,
elle n'a, comme l'écrit excellemment J. Viet, « de sens qu'à l'égard d'un
monde auquel la science n'a pas encore donné forme en son langage ».
Sans prétendre que la psychologie soit une science achevée, on peut PSYCHOLOGIE SOCIALE 335
trouver là une raison du sentiment de désuétude que le spécialiste
éprouve à la lecture des lignes consacrées à cette tendance en psychol
ogie. Enfin c'est à résoudre le problème de l'évolution temporelle,
problème difficile pour le structuralisme, que s'attache la dernière ten
dance, celle de la pensée dialectique marxiste. J. AAiet cherche à montrer
quelles sont entre ces tendances les divergences et les convergences, à
travers les diverses sciences sociales : psychologie, anthropologie, socio
logie, sciences économique et politique.
L'écueil de l'entreprise réside bien sûr dans la difficulté d'analyser
des résultats ou des démarches diverses dans des disciplines variées,
d'une façon qui satisfasse chaque spécialiste, c'est-à-dire exacte et à
jour. Pour ne citer qu'un exemple, dire que les travaux sur les réseaux
de communication font « du réseau la structure même du groupe »
et projettent cette structure dans l'espace, c'est donner un peu vite une
conclusion à série de recherches. Toutefois, si tous les détails du
panorama ne sont pas fidèles, le lecteur saura gré à l'auteur de le lui
avoir tracé, révélant ainsi entre les sciences sociales plus de points de
convergence qu'on n'en aurait supposé.
J.-P. Poitou.
Flament (C). — Théorie des graphes et structures sociales. — Paris,
Gauthier- Villars, 1965, 167 p.
L'ouvrage offre au lecteur psychologue une initiation à une théorie
mathématique (la théorie des graphes), susceptible d'application aux
problèmes de psychosociologie des petits groupes et dans d'autres
disciplines. L'auteur présente la théorie des graphes comme l'un des
moyens permettant de manipuler des structures non numériques assez
pauvres mathématiquement, mais dont les propriétés sont aisément
décelables dans la réalité psychosociale. C'est, écrit-il, « une théorie
des relations quelconques ».
L'auteur est d'autre part bien conscient que la simplicité des appli
cations, dont il fournit deux exemples, peut paraître disproportionnée
avec la complexité (pour le lecteur non mathématicien) des démonst
rations mathématiques.
La première partie de l'ouvrage fournit cependant les rudiments
indispensables à la compréhension de ces démonstrations. Les deux
parties suivantes sont consacrées à l'utilisation de la théorie des graphes,
dans l'étude des réseaux de communication et dans les processus
d'équilibration. Dans l'ensemble démonstrations et applications sont
toutes accessibles au lecteur non mathématicien, quoique parfois cer
taines expressions mathématiques soient assez elliptiques pour le
décontenancer un instant. On aurait pu, en outre, souhaiter un index
des symboles utilisés. Malgré ces quelques inconvénients l'étudiant
comme le chercheur trouveront dans cet ouvrage une introduction à
une méthode et à un langage fort utiles pour leurs travaux.
J.-P. Poitou. 336 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
Berkowitz (L.). — Advances in experimental social psychology
(Progrès récents dans le domaine de la psychologie sociale expéri
mentale). — New York, Academic Press, vol. 1, 1964, 319 p ; vol. 2,
1965, 348 p.
Les deux volumes actuellement parus sous ce titre ne sont, dans
l'intention de L. Berkowitz, qui en est à la fois le promoteur et le respon
sable, que les deux premiers d'une série continue et sans doute régulière.
Répondant à la nécessité de plus en plus contraignante du stockage
des informations dans le domaine de la psychologie expérimentale, ces
ouvrages rassemblent une quantité impressionnante de résultats et de
réflexions, mais n'entrent en concurrence ni avec les Psychological
Abstracts, ni avec Y Annual Review of Psychology, dans la mesure où
chaque chapitre cherche à intégrer la multitude quelquefois désespé
rante et souvent incohérente des faits observés, c'est-à-dire à rassemb
ler, à structurer, à interpréter et à généraliser les faits observés selon
des perspectives nouvelles. Il répond ainsi au besoin croissant de théories
en psychologie sociale, dans la double perspective d'une synthèse des
faits observés et d'une orientation pour l'avenir des recherches. Chaque
auteur présente ainsi une « revue de question », dans un domaine auquel
il a personnellement contribué, qui est à la fois un bilan récent et un
essai de conceptualisation théorique ; chaque chapitre comporte égal
ement une très riche bibliographie. L. Berkowitz, dans la préface du
second volume, souligne le rapprochement qui s'effectue actuellement
en psychologie sociale, et dont témoignent les deux ouvrages : après la
seconde guerre mondiale, la psychologie sociale apparaissait comme un
amalgame de psychologie et sociologie, situé en dehors de la psychologie.
Aujourd'hui, au contraire, cette distinction ne peut s'appliquer aux
formulations théoriques : les psychosociologues se sentent et se veulent
d'abord psychologues ; ils font référence aux événements internes,
ils s'appuient autant sur les concepts, les hypothèses et les faits de la
psychologie générale que sur des concepts et des faits plus spécifiques,
pour rendre compte du comportement social. Ce n'est pas la moindre
valeur de ces deux ouvrages que d'opérer un rapprochement si néces
saire entre psychologie sociale et psychologie générale. Dans le volume I,
on trouvera successivement :
H. C. Triandis, Cultural influences upon cognitive processes (Influences
culturelles sur les processus cognitifs). Partant de l'hypothèse de Worf
sur le rôle des structures et des caractéristiques du langage dans la
vision du monde des individus, l'auteur fait un bilan des deux dernières
années de recherches dans le domaine des perceptions, des catégorisat
ions, des jugements, des attitudes et des valeurs.
S. Schachter, The interaction of cognitive and physiological dete
rminants of emotional state (Interaction des déterminants cognitifs et
physiologiques de l'état émotionnel). L'auteur présente une nouvelle
théorie de l'émotion, illustrée par de très belles expériences, dans laquelle
il voit à la fois une composante physiologique (éveil, arousal) et une PSYCHOLOGIE SOCIALE 337
composante cognitive : la tendance des individus à catégoriser et à
interpréter leur état interne en fonction des éléments de la situation
vécue.
W. A. Gamson, Experimental studies of coalition formation (Études
expérimentales sur la formation des coalitions). L'auteur partant d'une
définition volontairement étroite (une coalition correspond à l'usage
conjoint des ressources pour déterminer l'issue d'une décision, dans une
situation à motif mixte impliquant plus de deux unités) examine succes
sivement, sur la base de recherches expérimentales bien choisies, les
diverses théories proposées : théorie des ressources minima, du pouvoir
minimum, théorie anticompétitive, antithéorie.
M. E. Shaw, Communication networks (Réseaux de communication).
L'auteur présente une revue des recherches expérimentales qui ont été
consacrées aux effets des réseaux de communication sur les processus
de groupe. Il cherche à faire apparaître les liens entre diverses notions
théoriques, plus particulièrement l'indépendance et la saturation, et
les résultats empiriques. L'auteur énumère enfin les questions non
abordées encore ou mal résolues qui appellent de nouvelles recherches.
F. E. Fiedler, A contingency model of leadership affectiveness (Un
modèle de contingence pour prédire V efficacité du leader). Il ne s'agit pas
d'une revue des travaux consacrés aux problèmes de l'autorité, mais des études sur programme que l'auteur et ses collaborateurs
ont réalisées depuis une douzaine d'années. L'auteur propose un système
pour classer les situations de groupe selon trois composantes : le type
des relations personnelles entre meneur et menés, le pouvoir que détient
le chef en fonction de sa position, le degré de structuration de la tâche
que le groupe doit réaliser. Il montre que la prédiction de l'efficacité
du leader dépend de ces trois composantes prises ensemble, dont des
travaux ultérieurs devraient préciser la pondération relative.
W. J. McGuire, Inducing resistance to persuasion. Some contemporary
approaches (Résistance induite à la persuasion. Quelques modes d' 'approche
contemporains). L'auteur présente rapidement quelques-unes des tech
niques récentes, et s'intéresse plus particulièrement à la méthode de
« vaccination », appelée ainsi par référence aux procédés biologiques,
qui consiste à faire subir quelques prétraitements qui rendent la per
sonne moins sujette à se laisser persuader par la communication de
points de vue ou d'arguments opposés à sa propre croyance, en l'habi
tuant par avance à défendre son point de vue.
R. H. Walters and R. D. Parke, Social motivation, dependency and
susceptibility to social influence (Motivation sociale, dépendance et sensib
ilité à l'influence sociale). Après avoir analysé les problèmes que sou
lèvent la notion de motivation sociale et plus particulièrement la théorie
des besoins sociaux acquis, les auteurs proposent une nouvelle explication
de la sensibilité à l'influence sociale qui met l'accent conjointement sur
l'éveil émotionnel, qui accompagne certaines situations sociales et qui
a pour effet de modifier le seuil perceptif et l'utilisation des indices,
A. PSVCHOL. 67 22 338 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
et sur le rôle et l'intensité des habitudes qui déterminent l'orientation
et l'attention des individus dans une situation donnée.
W. A. Mason, Sociability and social organization in monkeys and
ages (Sociabilité et organisation sociale chez les singes). L'auteur présente
les recherches nouvelles sur les sources de la sociabilité et l'organisation
sociale (structure sociale, dominance, communication) chez les primates
supérieurs.
Dans le volume II, sont inclus :
A. Bandura, Vicarious processes : a case of no-trial learning (Processus
vicariants ; un cas de V apprentissage sans essai). Par processus vica-
riants, l'auteur entend désigner l'apprentissage par observation, tel
que de nouvelles réponses sont acquises ou les caractéristiques des
répertoires existants modifiées par l'observation du comportement des
autres et des renforcements conséquents, sans que l'individu soit
amené pendant la période d'observation à répondre lui-même. Ayant
critiqué les théories existantes qui soulignent uniquement le rôle ren
forçateur du stimulus des réponses imitées, l'auteur propose une pers
pective nouvelle qui met l'accent sur les processus de représentation qui
se produisent durant l'observation.
J. L. Freedman and D. O. Sears, Selective exposure (Sélectivité dans
le contact avec les informations extérieures). Parmi les nombreux moyens
dont dispose l'individu pour éviter de changer d'opinion et de croyance,
un des plus simples semble être d'éviter le contact avec toute information
qui ne serait pas dans la ligne de ses opinions et croyance. Les auteurs
remettent en question la généralité d'un tel comportement et concluent,
en examinant la nombreuse littérature qui a été consacrée à ce problème,
que les preuves expérimentales sont insuffisantes et qu'il serait plus
fécond d'abandonner cette hypothèse générale, pour se concentrer sur
les facteurs qui peuvent déterminer un tel comportement et sur les
processus plus généraux de résistance aux messages persuasifs divergents.
L. R. Hoffman, Group problem-solving (La résolution de problèmes
en groupe). En admettant que le groupe ait les qualités requises pour
résoudre un problème, il s'agit de montrer quels sont les facteurs qui
peuvent empêcher et ceux qui peuvent faciliter l'utilisation de ses
ressources par le groupe. L'auteur montre, dans ce domaine, la nécessité
de recherches plus nombreuses sur la nature de la tâche et sur la compos
ition du groupe.
V. L. Allen, Situational factors in conformity (Facteurs de situation
de la conformité. L'incohérence de certains résultats provient souvent
de ce qu'on a confondu trois types de réponses : la conformité, l'anti-
conformité et l'indépendance, les deux premières impliquant que le sujet
réagit en priorité à la norme du groupe ; ces réponses dépendent plus
des nombreuses variables de la situation que d'un trait définitif du sujet.
L'auteur souligne de plus que trop peu d'attention a été consacrée à la
nature de la tâche, et à la position extrême ou moyenne de la norme.
J. Schopler, Social power (Pouvoir social). Revue de la littérature PSYCHOLOGIE SOCIALE 339
consacrée au pouvoir social défini comme caractéristique d'une relation
sociale entre deux ou plusieurs personnes. La quantité de recherches
empiriques d'une part et de conceptions théoriques d'autre part montre
qu'il s'agit d'un domaine riche de potentialités, mais encore très mal
défriché. De nombreux problèmes restent à étudier ; pour assurer la
comparabilité des recherches tout autant que la valeur prédictive des
hypothèses, il est urgent de rechercher des théories limitées s'appliquant
à des domaines bien définis.
E. E. Jones and K. E. Davis, From acts to dispositions. The attribu
tion process in person perception (Des actes aux Les processus
d'attribution dans la des personnes). L'auteur examine en
les reformulant un certain nombre de recherches récentes qui concernent
la causalité phénoménale et la détermination des intentions d'une per
sonne à partir de ses actions. Il attire l'attention sur les conditions qui
précèdent le jugement du percevant, les caractéristiques de l'information
et les processus d'inférence : il pose l'hypothèse que les actions des
autres sont informatives dans la mesure où elles émergent d'un contexte
de choix et reflètent une sélection entre plusieurs possibles.
J. S. Adams, Inequity in social exchange (L'injustice dans rechange
social). L'auteur met l'accent sur les processus d'échange, et spécial
ement sur les caractéristiques liées à l'égalité ou l'inégalité perçues par
les individus au cours de l'échange. Il étudie successivement les notions
de privation et de gratification relatives, puis de justice distributive
et propose une théorie de l'injustice (inequity) qui permette de spécifier
les antécédents et les conséquences de l'injustice dans l'échange humain.
L. Berkowitz, The concept of agressive drive : some additional consi
derations (Le concept de tendance : quelques considérations
supplémentaires). L'auteur remet en question la notion de tendance
agressive, prise comme exemple particulier de « motivation » ; il examine
de façon critique une série de conceptions théoriques (le concept psycha
nalytique d'instinct d'agression, l'hypothèse frustration-agression) et
s'attache à l'étude des conditions et des opérations qui incitent à l'agres
sion. La réaction émotionnelle qui résulte de la frustration ne crée qu'une
attitude de préparation aux actes agressifs, elle ne suffit pas à expliquer
le déclenchement qui apparaît lié à des indices de la situation présente
dans la mesure où ces indices sont associés aux instigateurs présents ou
passés de la frustration. L'étude de l'agressivité se situe ainsi dans le
domaine des apprentissages et de la généralisation du stimulus.
G. de Montmollin.
Bradford (L. P.), Gibb (J. R.), Benne (K. D.). — T-Group theory
and laboratory method (La théorie du T-Group et les méthodes de
laboratoire). — New York, Wiley and Sons, 1964, 498 p.
Les auteurs de ces 18 textes sont tous des membres de l'équipe des
animateurs des séminaires d'été de Bethel (Maine), aux États-Unis.
C'est à Bethel qu'est né le T-Group, dont on connaît la fortune et le 340 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
plurimorphisme à l'heure actuelle. Il était donc important de connaître,
de la plume même de fondateurs de Bethel comme Bradford ou Benne,
ou de membres plus « jeunes », comme Blake, la manière dont ils se
représentent les objectifs, les modalités, la « théorie » enfin du T-Group
(expression qu'on pourrait traduire littéralement par « groupe d'entra
înement » — T-Group étant l'abréviation de Training- Group — mais
qui correspond davantage aux termes « groupe de base », « groupe de
diagnostic », « groupe d'évolution » utilisés en France).
Encore que la distinction ne soit pas opérée formellement dans la
table des matières, ces textes peuvent être divisés en 3 groupes. Les
uns concernent l'histoire de la méthode de formation par le T-Group,
la définition de ladite méthode, la description de ce qui est appelé ici
« laboratoire ». Les autres concernent davantage la théorie elle-même
et notamment les modèles de fonctionnement des groupes d'évolution.
Enfin, quelques textes examinent le problème des « frontières » du
T-Group, vis-à-vis notamment du groupe de thérapie, ou du groupe
pédagogique.
Ce n'est que très progressivement que l'objectif du T-Group est
devenu l'analyse, sur le vif, des rapports interpersonnels et des phéno
mènes de groupe, dans le cadre du « laboratoire » formé par une réunion
d'une dizaine de personnes et d'un animateur. De 1947 à 1955, les
objectifs du T-Group étaient plus diffus, et comportaient non seulement
ce qui devint le but spécifique d'analyse, mais des buts qualifiés
d' « externes » par Benne : apprentissage de systèmes de concepts (d'où
aspects didactiques de la méthode), réflexion sur la possibilité d'être
des « agents de changements » dans son milieu, etc. Après 1955, les
participants des séminaires de Bethel suivent des S- Groups (skill-
groups, ou « groupes d'exercices »), des C- Groups (« groupes de consulta
tion »), destinés à accroître leurs habiletés à diriger des réunions, ou à
traiter des problèmes concernant leur « retour au milieu », à côté des
T- Groups centrés purement sur les phénomènes de groupes.
Mais plusieurs tendances coexistent alors chez les betheliens, dans
le cadre de la problématique d'animation du T-Group spécifique.
D'abord, il y a des oppositions entre « lewiniens » et « cliniciens », puis,
chez les cliniciens eux-mêmes, oppositions entre « freudiens » et « rogé-
riens », etc. Dans la tradition lewinienne, l'animateur conçoit les opé
rations de groupe comme un processus d'enquête coopérative, alors
que dans la tradition clinique il s'agit d'explorer les conduites latentes,
derrière les conduites manifestes, comme projections, etc. Il semble
qu'actuellement, une grande liberté soit donnée aux animateurs, dont
les attitudes sont autant de variations entre les deux extrêmes : théra
pie pour normaux, apprentissage opératoire.
Les modèles de fonctionnement sont donc différents, selon la nature
de ce que « fait » concrètement l'animateur ; ces modèles sont à la fois
empiriques et relatifs à cette variable indépendante. Parmi ceux qui
sont présentés, le plus élaboré est celui de Bennis qui, fortement marqué PSYCHOLOGIE SOCIALE 341
par la tradition freudienne et par Bion, distingue — d'une façon peut-
être quelque peu rigide — 6 phases d'évolution, dans le cadre de deux
grands moments : dépendance et interdépendance. Ce qui donne :
dépendance-fuite, contre-dépendance — attaque, résolution-catharsis,
enchantement-fuite, désenchantement-lutte, validation consensuelle. On
relèvera aussi le modèle proposé par Whitman, centré sur le concept
de « conflit focal », l'histoire d'un groupe d'évolution étant l'histoire de
la façon dont il résout les aspects successifs de ce conflit (ainsi le souhait
de faire confiance et la crainte de la trahison).
L'impression que donne le livre est celle d'une relative prédominance
des textes émanant de « cliniciens ». Est-elle significative d'une tendance
actuelle de Bethel, ou doit-elle être mise au compte de contingences dues
à la composition du livre ? Il est difficile de le dire. De ce point de vue,
la conclusion des trois « directeurs » du recueil est peu explicite. En
revanche, le chapitre 16 de Frank, relatif aux différences entre formation
par le groupe et thérapie de groupe, marque les importantes barrières
qui, selon lui, doivent éviter au T- Group de devenir un groupe de
thérapie, ce qui ne serait pas sans dangers. De son côté, Miles souligne,
dans un texte sur « Le T- Group et la classe », que, si la classe scolaire
n'est pas un T- Group, l'une et l'autre collectivité ont des fins pédagog
iques, et que, sous certains aspects, il se produit dans la classe des
phénomènes de groupe non sans analogie avec ceux qui se produisent
dans la situation de T- Group.
J.-P. Filloux.
Moreno (J.-L.). — Psychothérapie de groupe et psychodrame,
Introduction théorique et clinique de la socianalyse. — Paris,
Presses Universitaires de France, 1965, 470 p.
Le livre de J.-L. Moreno, précédé de deux introductions : celle de
l'édition allemande et celle de l'édition française représente un bilan
de l'œuvre théorique et clinique de l'auteur.
Moreno reprend l'essentiel des notions et concepts qui sont à la
base de la socianalyse, discipline qui réunit les différentes formes de
l'étude de la relation sociale (socionomie, sociométrie, sociologie) et un
abord thérapeutique de celle-ci (sociatrie).
Moreno expose les grandes étapes de sa réflexion sur la « spontanéité »,
principe autour duquel s'articulent les concepts de « rôle », de « télé »
qui sont la trame théorique de la psychothérapie de groupe et du
psychodrame.
Toute méthode permettant de traiter la relation interpersonnelle
et les problèmes psychologiques de l'individu en groupe et par le groupe
est psychothérapie de groupe pour Moreno. Il accorde toutefois une
primauté à la méthode « triadique » où les trois disciplines que sont la
sociométrie, la dynamique des groupes et le psychodrame interviennent.
Le psychodrame, est une forme particulière de la psychothérapie
de groupe, où l'action cathartique est au centre de la dynamique
thérapeutique. 342 ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES
A plusieurs reprises Moreno inclut dans son livre des extraits d'articles
parus au cours des quarante dernières années, illustrant ainsi le déroule
ment de sa recherche théorique et les diverses influences qui l'ont marqué.
La deuxième partie de l'ouvrage, consacrée à des observations cl
iniques, comporte également la reprise partielle d'observations publiées
antérieurement, soit dans les livres de Moreno, soit dans des articles
de Moreno et de Zerka Moreno, sa femme.
Si ce livre n'apporte rien de foncièrement nouveau sur Moreno,
il permet une vue générale de son œuvre et de la place qu'elle occupe
dans le développement actuel des sciences humaines.
Un bref historique du psychodrame en France conclut l'ouvrage.
La richesse des annotations des traducteurs et de la bibliographie en
fait un bon instrument de documentation.
M. Monod.
Déroche (H.). — Les mythes administratifs. Essai de sociologie
phénoménologique. — • Paris, Presses Universitaires de France, 1966,
312 p.
« On trouve dans la mentalité moderne des conduites aussi « magi
ques » que celles qu'on a décrites comme appartenant à la mentalité
archaïque — entre ces deux mentalités il n'y aurait en effet qu'une
différence de degré », telle est la thèse que défend l'ouvrage de H. Déroche.
C'est dans le domaine de l'Administration publique que l'auteur
explore — et ceci, aussi bien pour les agents de l'Administration qu'en
ce qui concerne ses usagers — ces différents rites et les mythes qui les
justifient.
Outre la description de la structure et du jeu complexe de ces représen
tations qui seront saisies à plusieurs niveaux, l'auteur propose également
un aperçu, malheureusement peu systématique, de leur aspect évolutif.
L'étude de ces croyances et de ces pratiques s'effectuera alors par une
approche psychologique, où l'on démontre leur action pour assurer,
par exemple, la sécurité morale de l'individu (il en sera ainsi pour un
fonctionnaire assumant ses attitudes de bureau), et, d'autre part, sur
un plan plus sociologique, où certains de ces mythes pourront servir
directement l'exaltation des valeurs de l'État (comme dans le cas du
cliché du « haut fonctionnaire » qui détermine la vocation des jeunes
élites). Les tabous existant dans l'Administration forment par ailleurs
l'essentiel de principes qui régissent l'État, tels que par exemple l'invul
nérabilité de la puissance publique. C'est dire combien leur analyse
apparaît révélatrice.
Cette conceptualisation va déboucher sur une perspective psychos
ociale d'appréhension de rapports qui existent entre l'État, les individus
et les groupes. A ce propos l'analyse du phénomène de la fraude indique
les « lignes de force » fort significatives de ces interrelations, tant il est
vrai que ce phénomène constitue pour l'auteur une sorte de baromètre
des tensions permanentes qui se forment « entre service public et admin
istrés, entre État et groupes de pression ».