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Revue générale sur la pathologie du système nerveux - article ; n°1 ; vol.11, pg 409-433

De
26 pages
L'année psychologique - Année 1904 - Volume 11 - Numéro 1 - Pages 409-433
25 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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Georges Guillain
Revue générale sur la pathologie du système nerveux
In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 409-433.
Citer ce document / Cite this document :
Guillain Georges. Revue générale sur la pathologie du système nerveux. In: L'année psychologique. 1904 vol. 11. pp. 409-433.
doi : 10.3406/psy.1904.3681
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1904_num_11_1_3681IV
REVUE GENERALE SUR LA PATHOLOGIE
DU SYSTÈME NERVEUX
Dans le courant de l'année 1904 est paru le tome IX du Traité de
Médecine (1) publié sous la direction de MM. Bouchard et Brissaud.
Ce volume est exclusivement consacré à la pathologie du système
nerveux. MM. Brissaud et Souques ont écrit les maladies de l'hémi
sphère cérébral; M. Tollemer, les maladies du cervelet; M. Georges
Guillain, les maladies des pédoncules cérébraux, des tubercules
quadri jumeaux, de la protubérance annulaire et du bulbe rachi-
dien; MM. Pierre Marie et Georges Guillain, les dégénérations
secondaires; MM. Marie, Leri et Crouzon, les maladies intrinsèques
de la moelle et les maladies des méninges; M. Lamy, la syphilis des
centres nerveux.
M. Maurice de Fleury (2) a condensé dans un manuel les connais
sances récemment acquises en neurologie.
A. — PATHOLOGIE DE L'ENCÉPHALE
Les amnésies motrices fonctionnelles et le traitement des hémi
plégiques. — On sait qu'après les ictus apoplectiques l'hémiplégie
qui d'abord est complète s'améliore, mais en général les progrès
semblent limités, et au bout de quelque temps on peut croire que
l'hémiplégique n'est plus capable de se perfectionner, son infirmité
paraît définitive. Henry Meige (3) insiste sur ce fait qu'un examen
attentif de la motilité permet de constater qu'il existe une diff
érence souvent considérable entre les actes moteurs qu'un hémiplé
gique abandonné à lui-même exécute spontanément et ceux qu'il
serait capable d'exécuter. Des muscles primitivement inertes ont
peu à peu récupéré tout ou partie de leur contractilité et cepen
dant le sujet n'en fait pas usage. Nombre de mouvements qui
étaient impossibles dans les premiers temps sont devenus possibles
dans la suite et cependant ne sont pas faits, l'hémiplégique les
ignore, il les a oubliés. Ce sont là des amnésies motrices fonction
nelles. Le malade s'étant trouvé un certain temps réellement inca
pable d'exécuter un acte familier, puis plus tard n'arrivant pas à
l'exécuter correctement du premier temps, il en conclut générale
ment qu'il ne pourra désormais y réussir. Ne sachant plus coms'y prendre, il renonce à toute tentative, il cesse de se per
fectionner. A l'amnésie motrice s'ajoute Yaboulie motrice. Meige 410 REVUES GÉNÉRALES
vante les bons effets de la discipline psycho-motrice, qu'il a étudiée
avec M. Brissaud. En multipliant les interventions psycho-motrices
à l'aide d'exercices adaptés à des buts définis et suffisamment
répétés, on arrive à créer ces habitudes d'associations motrices qui
constituent nos actes usuels et dont les hémiplégiques n'ont perdu
que le souvenir.
Myosismie des membres inférieurs dans les hémiplégies organiques.
— Pierre Marie. (4) a remarqué que, lorsqu'on découvre des hémi
plégiques récents chez qui l'ictus date de moins de quinze jours,
on observe dans les masses musculaires de leurs cuisses des trem
blements fibrillaires ou plutôt des ondulations vermiculaires. Ces
ondulations se voient dans les masses crurales et dans les gastro-
cnémiens des deux côtés du corps; elles ne s'observent pas aux bras.
Le fait que ces ondulations s'observent du côté sain aussi bien
que du côté malade, et seulement aux membres inférieurs, est à
rapprocher de cette donnée anatomique que chaque hémisphère
envoie des fibres aux membres inférieurs, alors qu'il n'en envoie
qu'à un seul membre supérieur, à celui du côté opposé. Cette myos
ismie bilatérale, effet de la dégénération des fibres pyramidales,
est un symptôme de l'hémiplégie organique.
Le tremblement et les spasmes mnémoniques des hémiplégiques. — On
sait que, chez tous les individus, mais surtout chez les névropathes,
l'effort intellectuel peut se traduire par des mouvements involont
aires. Chez les hémiplégiques l'effort intellectuel, en particulier de
la mémoire, se traduit par des réactions physiques analogues que
Grenier (5) décrit avec Pierret sous le nom de tremblement et
spasmes mnémoniques. Ces mouvements se rencontrent souvent
chez de vieux hémiplégiques presque complètement guéris, au
point que l'observation des spasmes mnémoniques peut suffire,
dans certains cas, à établir un diagnostic rétrospectif d'hémiplégie
ancienne. Le tremblement et les spasmes ne sont
qu'une variété des mouvements post-hémiplégiques qu'ils rappel
lent par l'ensemble de leurs caractères.
Les hémi-œdèmes chez les hémiplégiques. — Lœper et Crouzon (6)
ont relaté trois observations d"hémi-œdèmes chez des hémiplé
giques dont la cause première résidait dans une insuffisance car
diaque ou rénale. Dans chacun de ces faits, plusieurs semaines
après l'apparition d'une hémiplégie est survenu un œdème limité ou
prédominant au côté paralysé; cet œdème était associé dans un cas
à l'albuminurie, dans un autre à une asystolie d'origine pulmonaire,
dans le troisième à une myocardite. Pour Lœper et Crouzon l'œdème
du membre hémiplégie est fréquemment d'origine mixte; l'hémiplég
ie, incapable par elle-même de faire l'œdème, dans beaucoup de
cas ne fait que rendre apparent un trouble de la filtration et des
échanges dans les espaces interstitiels. Cet œdème mixte est d'au
tant plus intéressant qu'il peut mettre sur la voie d'une lésion
rénale ou cardiaque jusque-là latente.
Les lacunes de désintégration cérébrale. — Catola (7) a étudié au
point de vue anatomique et clinique les lacunes de désintégration GUILLAIN. — PATHOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 411 G.
cérébrale décrites par Pierre Marie en 1901. Ces lacunes sont la
cause de certaines hémiplégies des vieillards qui ne se relient ni à
une hémorragie cérébrale, ni à un ramollissement. Cette hémiplégie,
qui représente le symptôme capital des lacunes, est le plus souvent
incomplète et se manifeste sans perte absolue de connaissance.
Le malade a une impossibilité assez spéciale de se tenir debout à
cause de l'inclinaison de l'axe du corps en arrière et de la flexion
exagérée des orteils. La dysarthrie est fréquente. L'hémiplégie est
souvent transitoire, mais il subsiste des phénomènes de parésie,
une démarche particulière, la marche à petits pas, des troubles
intellectuels. §i l'état lacunaire guérit en lui-même, le malade
unit par mourir soit d'infection surajoutée, soit d'hémorragie
cérébrale, soit dans la démence et le gâtisme. Les lacunes
peuvent se présenter sous plusieurs aspects : dans un premier
stade on trouve des lacunes miliaires constituées par une
dilatation arrondie siégeant autour des vaisseaux; à un stade plus
avancé, on peut voir des lacunes du volume d'une petite noisette
anfractueuses et déchiquetées; dans la cavité lacunaire est contenu
un vaisseau. Histologiquement on note un processus de périartérite,
il existe de la gliose périvasculaire simple avec infiltration de leu
cocytes dans la gaine lymphatique. La pathogénie des lacunes se
rapporte à l'artério-sclérose cérébrale compliquée d'altérations
inflammatoires de la gaine lymphatique périvasculaire.
Les lacunes cérébrales ont fait aussi le sujet d'un très intéressant
travail de Grasset (8). Sous le nom de « cérébro-sclérose lacunaire
progressive d'origine artérielle », Grasset envisage la question d'une
façon très complète au point de vue de l'étiologie, de l'anatomie
pathologique et de la clinique.
Paralysies urémiques et lacunes de désintégration cérébrale. — La
pathogénie des paralysies urémiques est encore très obscure. Pour
Castaigne et Ferrand (9), les malades qui, au cours d'accidents uré
miques, présentent des phénomènes paralytiques, ont des lésions
lacunaires des zones motrices. Ces lacunes sont indépendantes de
l'intoxication urémique et antérieures à elle, mais leur présence
fait que la région où elles siègent est mal irriguée. Aussi, quand
la substance cérébrale est comprimée par l'œdème et baignée par
un liquide céphalo-rachidien toxique, ce qui se produit dans
l'urémie, la zone lacunaire se laisse plus facilement léser; cette
lésion, s'il s'agit d'une zone motrice, se traduit par des phéno
mènes paralytiques.
Plaies du cerveau. — Nimier (10) a réuni en un volume une série
d'observations, de blessures du crâne et de l'encéphale par coups
de feu. Il y a dans ces observations des documents intéressants
pour l'étude des localisations cérébrales.
Les hémorragies dû cerveau chez les nouveau-nés issus de mères
malades. — Charrin et Leri, dans une note présentée à l'Académie
des sciences en mars 1903, ont signalé la présence fréquente chez
les rejetons de mères malades d'hémorragies dans la moelle comme
dans les autres organes et ont appelé l'attention sur ce fait que ces 412 REVUES GÉNÉRALES
hémorragies pouvaient soit s'opposer au développement ultérieur des
faisceaux de la moelle, soit être le point de départ de cavités ou de
scléroses médullaires. Charrin et Leri (H) ont recherché des hémorr
agies semblables dans le cerveau de huit nouveau-nés et dans trois
cas en ont observé.
Pathologie de Vépendyme. — Pierre Marie et Léri (12), ayant observé
les cerveaux de deux aphasiques qui présentaient une lésion corti
cale minime et une lésion sous-épendymaire très prononcée, pen
sent qu'il existe une série de processus pathologiques ayant cours
dans l'épendyme ou la substance sous-épendymaire. Ces auteurs
croient donc qu'il est pour le système nerveux une pathologie de
l'épendyme dont le rôle est comparable, bien entendu sans aucune
assimilation de la nature ou du point de départ des processus, à ce
qu'est pour le cœur la pathologie de l'endocarde.
Aphasie sensorielle. — Déjerine pense qu'il y a lieu de distinguer
en clinique deux variétés de cécité verbale, l'une avec agraphie
(cécité verbale avec agraphie), qui n'est qu'une variété d'aphasie
sensorielle dans laquelle la cécité verbale l'emporte sur la surdité
verbale et qui est produite par une lésion du pli courbe; l'autre
avec intégrité de l'écriture spontanée et sous dictée, ainsi que du
langage inférieur (cécité verbale pure) et relevant d'une lésion
portant sur les fibres qui relient le centre visuel commun au pli
courbe. Déjerine et Thomas (13) ont rapporté une observation de
cécité verbale avec agraphie suivie d'une autopsie où les lésions
sont minutieusement étudiées sur des coupes microscopiques sériées.
Cette observation pourrait paraître de prime abord en contradic
tion avec la règle énoncée plus haut, toutefois cette contradiction
n'est qu'apparente.
Déjerine et Thomas (14) ont fait une étude anatomique et cl
inique d'un autre cas d'aphasie sensorielle, ils insistent en particulier
sur le rôle important que doit jouer le faisceau arqué dans la phy
siologie pathologique des troubles du langage.
Destruction de la troisième circonvolution frontale sans aphasie
motrice. — Dans une observation publiée par Charvet et Bancel (15),
une tumeur volumineuse du lobe frontal est restée latente pendant
longtemps, n'a manifesté sa présence tardive que par des troubles
intellectuels vagues. Il y avait absence d'aphasie malgré la destruc
tion complète de la troisième circonvolution frontale.
Aphasies. — Gh. K. Mills (16) rapporte des cas d'aphasie et fait
une étude sur la zone de langage,
Le syndrome thalamique. — Depuis quelques années on a com
mencé à étudier les symptômes produits par des lésions isolées des
centres gris de l'encéphale, tubercules quadrijumeaux, couche
optique. Thomas et Chiray (17) pensent qu'à l'heure actuelle on est
autorisé à parler d'un syndrome thalamique. Quelques observations
cliniques très semblables à elles-mêmes, deux cas confirmés par
l'examen microscopique, la concordance des données fournies par
l'anatomie du faisceau sensitif, sont les raisons sur lesquelles s'a
ppuient ces auteurs pour décrire ce syndrome. Voici, d'après GUILLAIN. — PATHOLOGIE DU SYSTEME NERVEUX 413 G.
Thomas et Chiray, quels sont les éléments constituants de ce syn
drome. Il y a d'abord une dissociation remarquable entre les
troubles moteurs et les troubles sensitifs. L'hémiplégie, en effet,
après avoir été complète au début, régresse d'une façon considérable
tandis que persistent les de la sensibilité. On constate des
mouvements choréo-ataxiques dans le côté hémiplégie ; d'après
Déjerine et Egger, il s'agit d'une ataxie moins brutale, moins
intense que dans les lésions médullaires des voies sensitives, le
malade garde la possibilité de régler la rapidité de son mouvement,
il reste capable d'exécuter une série de mouvements ordonnés à
l'avance, comme d'ouvrir les doigts l'un après l'autre, toutes choses
impossibles au tabétique ataxique ; il peut réaliser une attitude fixe
mieux que l'ataxique par lésion médullaire.
Les troubles sensitifs sont importants et se caractérisent par une
hyperesthésie subjective avec douleurs vives et rebelles siégeant
dans la face et les membres du côté anesthésié, une hémianesthésie
cutanée objective plus marquée aux extrémités qu'à la racine des
membres et intéressant également la face, hémianesthésie pour le
contact, la douleur et la température. Elle s'accompagne de dyses-
thésie, erreurs dans la nature des sensations (par exemple, une
pression est prise pour une brûlure) et d'erreurs de localisation;
les cercles de Weber sont agrandis. Cette hémianesthésie atteint
légèrement les organes des sens. Les troubles de la sensibilité pro
fonde sont toujours extrêmement intenses. La au dia
pason donne une sensation de brûlure, la perception stéréognos-
tique est abolie, la perception des attitudes segmentaires l'est aussi,
le signe des orteils est absent dans cette forme très spéciale
d'hémiplégie organique. Le syndrome thalamique se distingue du
syndrome des tubercules quadrijumeaux par l'absence de troubles
de la musculature interne et externe des yeux. Certaines lésions
très localisées dans l'étage supérieur ou calotte de la protubérance
sont susceptibles de produire des modifications analogues de la
sensibilité objective, mais il est habituel qu'on observe simultané
ment soit des paralysies du facial ou du trijumeau, ou des nerfs
oculo-moteurs, soit des troubles de l'équilibre, soit des signes de
paralysie pseudo-bulbaire.
Dide et Durocher (18) ont publié un cas de syndrome thalamique
avec autopsie.
Troubles auditifs dans les tumeurs cérébrales. — Les tumeurs céré
brales peuvent déterminer des troubles de l'audition dont le méca
nisme est très différent. Dans une première catégorie de faits bien
connus, il s'agit d'une lésion directe des voies acoustiques par la
tumeur en un point quelconque de leur trajet. Les troubles audit
ifs sont ici généralement unilatéraux, le mécanisme en est aisé à
concevoir. Dans une seconde catégorie de faits qu'étudie Souques
(19), les voies acoustiques sont ou paraissent intactes. Les troubles
de l'audition, habituellement bilatéraux, relèvent alors d'altérations
indirectes, à distance. Il s'agit pour Souques d'altérations labyrin-
thiques portant sur l'origine des nerfs acoustiques et comparables 414 REVUES GÉNÉRALES
à celles que déterminent les tumeurs cérébrales dans les papilles
des nerfs optiques, sous l'influence de l'augmentation de la pres
sion iutracrânienne.
Nature des lésions radiculaires de la moelle accompagnant les tumeurs
cérébrales. — Batten et Collier, dans un mémoire paru dans le Brain
en 189Ü, ont fait connaître l'existence et la fréquence des lésions
des racines postérieures de la moelle dans les cas de tumeurs
cérébrales. Nageotte (26) a étudié minutieusement ces lésions des
racines et a pu se convaincre qu'elles relèvent d'un processus ana
logue à celui qui, pour lui, au cours de la méningite syphilitique
chronique, engendre les lésions du tabes, c'est-à-dire d'un foyer
inflammatoire développé sur cette portion du trajet des racines qui
a reçu le nom de nerf radiculaire. Nageotte a en outre constaté
l'existence de lésions analogues sur les racines antérieures qui sont •
attaquées dans le nerf radiculaire comme les racines postérieures.
Distomes de cerveau. — Taniguchi (21) étudie une maladie qui est
propre au Japon et dont la localisation habituelle est le poumon;
la lésion cérébrale qu'il a constatée consiste en des ramollissements
multiples de la substance blanche contenant des détritus granu
leux et des œufs de distome. La paroi des kystes paraît être formée
par la paroi de vaisseaux embolisés par les œufs, d'où des ramol
lissements secondaires.
Métastases cérébrales du déciduome malin. — Siefert (22) fait un
travail sur les métastases cérébrales du déciduome malin, qui sont
plus fréquentes qu'il ne semble.
Lésions des neurofibrilles dans la paralysie générale. — Gilbert Ballet
et Laignel-Lavastine (23) ont traité par la nouvelle méthode d'im
prégnation à l'argent de Ramon y Cajal des coupes d'écorce
cérébrale de paralytiques généraux et de tuberculeux pris comme
témoins. La comparaison des différentes coupes montre, d'après
ces auteurs et conformément aux constatations de Marinesco, des
lésions des neurofibrilles dans les cellules nerveuses du paraly
tique général. Ces lésions maxima dans les petites et moyennes
cellules pyramidales consistent essentiellement en fragmentation,
transformation granuleuse et raréfaction des neurofibrilles. Dans
les grandes souvent n'existe que la raréfaction périnu-
cléaire. En outre le feutrage fîbrillaire péri-cellulaire est moins
riche et moins dense que chez les témoins. Ces figures démontrent
donc que le processus dû à l'encéphalite diiïuse lèse la substance
achromatique comme la chromatique.
Anesthésie des viscèreS dans la paralysie générale. — Serge Souk-
hanoff (24) pense que les anesthésies viscérales chez les paralyti-
tiques généraux sont d'origine complexe, car prennent part à ce
syndrome l'élément psychique (affaiblissement de l'attention active
et stupidité mentale), les qualités anesthésiques de certaines toxines
dans l'auto-intoxication paralytique, l'altération du caractère
général de tous les centres nerveux et des nerfs périphériques.
Lésions du fond de l'œil dans les affections du système nerveux. —
Jean Galezowski (25) a fait une excellente étude d'ensemble sur les GUILLAIN. — PATHOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 415 G.
diverses lésions du fond de l'œil observées dans les maladies du
système nerveux.
Lésions du bulbe droit et du bulbe gauche. — Bonnier (26) fait
remarquer que, dans le grand nombre de cas où il a étudié le syn
drome labyrinthique chez les bulbaires, il lui a semblé que les
affres, les anxiétés, les troubles de la sécrétion, les phénomènes
vaso-moteurs, les troubles de la respiration, de la phonation, de la
circulation, la soif, la faim, l'anorexie manquaient chez les bulbaires
droits et se trouvaient au contraire fréquents chez les
gauches.
Hérédo-syphilis du cervelet. — Raymond et Georges Guillain (27)
ont donné la description d'un fait de syphilis héréditaire du cer
velet. Les observations de syndromes cérébelleux dépendant de la
syphilis héréditaire font défaut dans la littérature médicale. Leur
cas concerne un enfant de onze ans venu à la Salpêtrière pour des
troubles de la marche, des vertiges, apparus depuis cinq mois. Cet
enfant présentait un syndrome cérébelleux typique : démarche tit
ubante avec latéro-pulsion, signe de Romberg, conservation de l'équi
libre volitionnel statique avec troubles de l'équilibre volitionnel ciné
tique, asynergie, troubles delà diadococinésie, tremblement des memb
res supérieurs. Les réflexes rotuliens, achilléens, du poignet étaient
exagérés, pas de clonus du pied, pas de signe de Babinski ; les pupilles
réagissaient normalement, il n'y avait pas de troubles de la vision,
mais du nystagmus. Le diagnostic de syndrome cérébelleux était
évident, l'origine de ce syndrome plus difficile à déterminer, car il
n'y avait aucun signe de tumeur, de tuberculose ou de syphilis. Tout
efois le père du malade étant un tabétique, Raymond et Guillain ont
soumis l'enfant à un traitement mercuriel ; l'amélioration fut pro
gressive et huit mois après le début du traitement il ne persistait
plus aucun trouble nerveux, l'enfant était absolument guéri. Cette
observation suggère aux auteurs des réflexions au point de vue de
la pathologie générale, car il est évident que si le traitement mercur
iel n'avait pas été institué, des lésions scléreuses définitives se
seraient créées. L'on aurait alors été en présence d'une maladie
pouvant rappeler les scléroses familiales du cervelet ou la
de Friedreich, sur laquelle le traitement n'aurait plus eu d'action
et partant dont la nature hérédo-syphilitique aurait été méconnue.
Lésions du cervelet chez les paralytiques généraux et les déments. —
Jeanty (28) a vu dans la paralysie générale des lésions multiples de
l'écorce cérébelleuse, lésions interstitielles et vasculaires, lésions
parenchymateuses. Les cellules de Purkinje sont presque toujours
atteintes (atrophie, chromatolyse, vacuolisation, disparition totale).
Ces lésions dégénératives des éléments nobles au cours de la paral
ysie générale se retrouvent, d'après l'auteur, dans les démences
vésaniques, mais moins accentuées. Ces lésions sont différentes de
celles qu'on observe au cours des encéphalites aiguës, où l'écorce
cérébelleuse apparaît presque normale avec des cellules de Purkinje
intactes. Ces modifications histologiques ont été trouvées surtout
chez les paralytiques généraux présentant pour la plupart de nom- 416 REVUES GÉNÉRALES
breux troubles coordinateurs, sthéniques et statiques. Chez les
déments sans troubles graves de la station ou du tonus musculaire,
le cervelet est d'ordinaire indemne.
La syphilis nerveuse latente. — Mantoux (29) a observé dans ses
recherches que le virus syphilitique retentit avec une très grande
fréquence sur le système nerveux, mais chez beaucoup de sujets les
troubles qu'il engendre restent latents et demandent à être métho
diquement recherchés. On trouve des troubles pupillaires, des des réflexes tendineux et du réflexe cutané plantaire, de la
lymphocytose. Les troubles pupillaires sont de l'irrégularité des
pupilles et des troubles réflexes. Les réflexes achilléens et patellaires
peuvent être, au cours de la syphilis, exaltés d'une façon tardive ou
abolis. Le signe des orteils de Babinski peut être isolément positif.
La lymphocytose céphalo-rachidienne appartient à toutes les périodes
de la syphilis. Chez les syphilitiques secondaires, elle est très fr
équente (40 p. 100) et constitue généralement un symptôme nerveux
isolé; chez les syphilitiques tertiaires, elle est beaucoup plus rare et
s'accompagne presque toujours d'autres symptômes nerveux. Tous
ces signes peuvent exister isolément ou former les combinaisons les
plus variées, ils peuvent apporter au diagnostic de la syphilis un
grand appoint.
B. — PATHOLOGIE DE LA MOELLE-
Les rapports de la syphilis et du tabes. — Le professeur Erb
(d'Heidelberg) (30) a consacré à ce sujet un très important travail. Il
a rencontré la syphilis chez 1 100 tabétiques masculins appartenant
aux classes élevées (89,45 p. 100); 10,54 p. 100 des tabétiques seul
ement niaient l'infection syphilitique. De ces derniers il ne resle
que 2,8 p. 100 chez lesquels ni l'état actuel ni l'examen ne don
naient aucun indice de l'infection. Ce ne sont presque, dit Erb, que
les individns qui ont eu la syphilis que menace le tabes. Erb s'o
ccupe aussi de la question de l'infection blennorragique, à laquelle
Leyden attribue une sérieuse influence sur l'apparition du tabes.
La blennorragie se retrouve en effet chez 90 p. 100 de tous les tabé
tiques contre 50 p. 100 chez les non-tabétiques, mais il n'y a rien
d'étonnant à ce que la plupart des hommes qui ont le tabes et la
syphilis aient eu également la blennorragie. Erb trouve dans les
travaux de Nageotte, de Pierre Marie et Guillain des appuis pour la
théorie syphilitique du tabes, il attribue aussi une valeur impor
tante aux recherches faites par les auteurs français sur le liquide
céphalo-rachidien des tabétiques, elles sont en faveur de la théorie
syphiligène. Erb cite de nombreux cas de tabes conjugal, infant
ile, des tabes chez plusieurs infectés à la même source par la
syphilis.
Lesser (31) admet aussi l'origine syphilitique du tabes. Pour
lui c'est une inflammation interstitielle de la moelle;
il compare cette aux processus analogues observés GUILLAIN. — PATHOLOGIE DU SYSTÈME NERVEUX 417 G.
dans le foie, le testicule, la langue. Tous ces processus sont des
processus de syphilis quaternaires.
Dalous (32) a réuni 21 observations où se montre la coexistence
de syphilides en activité avec le tabes.
Raymond et Georges Guillain (33) ont vu, dans un cas de tabes,
des manifestations cutanées syphilitiques. Il s'agissait de syphilides
papulo-crustacées psoriasiformes très caractéristiques. Raymond et
Guillain ont remarqué que bien souvent la syphilis chez les tabéti-
ques et les paralytiques généraux évoluait en produisant fort peu
de localisations cutanées.
Nonne (34) a observé un cas de tabes familial d'origine syphili
tique. La mère et deux filles hérédo-syphilitiques étaient tabétiques.
Westheimer (3b) rapporte aussi un cas de tabes héréditaire syphili
tique. Grinker (36) a constaté un cas de tabes juvénile dans une famille
de syphilitiques où le père était syphilitique, la mère tabétique, un
frère paralysé, une sœur hémiplégique.
Le tabes avec cécité. — Leri (37) a consacré aux rapports de la
cécité et du tabes un important travail fait sous l'inspiration de
Pierre Marie. Leri comprend le tabes amaurotique comme une asso
ciation d'une amaurose syphilitique tertiaire à une lésion syphili
tique tertiaire des cordons postérieurs. Il passe en revue les différents
symptômes céphaliques et -spinaux que l'on peut rencontrer dans le
tabes et montre que, dans la forme amaurotique, les premiers pren
nent très souvent une importance capitale et que les seconds, par
fois aussi marqués que dans le tabes vulgaire le plus caractérisé,
sont le plus fréquemment très minimes. Les troubles visuels n'ont
pas de caractère distinctif dans le tabes amaurotique. La diminut
ion de l'acuité visuelle est le seul signe constant du début, l'évo
lution se fait généralement en deux temps : dans une première
phase courte, en quelques mois, le malade perd la vision distincte;
pendant la seconde phase, qui dure des années, les malades conser
vent la notion du jour et de la nuit. Les troubles d'origine encéphal
ique, troubles oculo-pupillaires et oculo-moteurs, troubles auditifs,
troubles de la sensibilité céphalique et surtout douleurs céphaliques, psychiques sont particulièrement fréquents dans la forme
amaurotique du tabes. Quant aux troubles spinaux, parfois ils sont
analogues à ceux du tabes classique, mais le plus souvent ils
très minimes. Le type du tabétique lloride, du tabétisant est bien
plus fréquent que le type du vrai. Leri ne pense pas qu'il
y ait entre les symptômes visuels et céphaliques d'une part et les
symptômes spinaux d'autre part une relation clinique. Il admet
que l'amaurose n'a aucune influence ni empêchante, ni atténuante,
sur les troubles spinaux du tabes. Elle peut évoluer seule, avec ou
sans quelques symptômes minimes de lésion des cordons posté
rieurs, symptômes qui ne dépassent guère en importance ceux que
l'on observe très fréquemment dans la paralysie générale ; elle peut
aussi s'accompagner des signes d'un tabes vulgaire intense. Les
signes du tabes sont généralement postérieurs à l'amaurose, plus
rarement antérieurs, mais dans un cas comme dans l'autre le
l'année psychologique, xi. 27