Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effet de la valeur d
17 pages
Français
Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres

Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effet de la valeur d'imagerie - article ; n°3 ; vol.92, pg 329-343

-

Le téléchargement nécessite un accès à la bibliothèque YouScribe
Tout savoir sur nos offres
17 pages
Français

Description

L'année psychologique - Année 1992 - Volume 92 - Numéro 3 - Pages 329-343
Summary : Hemispheric specialization and memory for words : Effect of imagery value.
The performances of two groups of right-handed adult subjects were compared in a visual hemifield tachistoscopic study involving the memorization of a list of 16 monosyllabic three-letter substantives, varying in rated imagery.
One groupe was given a free-recall task, and the other a recognition task.
The results show a higher performance in recognition than in free recall, and a better memorization for high-imagery words, but no visual-hemifield advantage. A hemifield X imagery interaction effect is also observed, but this effect appears only with the recognition task.
These results are discussed in terms of functional hemispheric specialization in processing images elicited by written words, in tasks involving their memorization. They suggest that the right cerebral hemisphere could perform a double processing resulting in the encoding of two kinds of images available in a recognition lasks : a « graphemic » image based on the visual (formal) properties of the written stimulus, and a « representative » image more easily called up by high-imagery words.
Key-words : hemisphere specialisation, verbal memory, imageability.
Résumé
Deux groupes de sujets adultes droitiers manuels et oculaires ont été soumis à une tâche de mémorisation d'une liste de 16 substantifs monosyllabiques de trois lettres, qui différaient selon leur valeur d'imagerie.
La rétention était examinée grâce à une épreuve de rappel libre pour un groupe, et de reconnaissance visuelle pour l'autre groupe.
Les résultats obtenus font apparaître une supériorité de la reconnaissance sur le rappel et une meilleure mémorisation des mots à forte valeur d'imagerie, mais pas d'effet global de latéralité. On observe aussi une interaction hémichamp x valeur d'imagerie, mais cet effet ne se manifeste que dans la situation de reconnaissance.
Les résultats sont interprétés en termes de spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux dans le traitement d'images en vue de la mémorisation de mots écrits. Ils suggèrent que l'hémisphère droit pourrait opérer un double traitement aboutissant à l'encodage de deux sortes d'images, qui seraient ensuite disponibles dans une tâche de reconnaissance : une image « graphémique » basée sur les propriétés visuelles (formelles) des stimulus écrits, et une image « représentative », qui serait plus facilement évocable par des mots à forte valeur d'imagerie.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, mémoire verbale, imagerie.
15 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

Sujets

Informations

Publié par
Publié le 01 janvier 1992
Nombre de lectures 37
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Exrait

J.-L. Juan de Mendoza
Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effet de la
valeur d'imagerie
In: L'année psychologique. 1992 vol. 92, n°3. pp. 329-343.
Citer ce document / Cite this document :
Juan de Mendoza J.-L. Spécialisation hémisphérique et mémoire des mots : effet de la valeur d'imagerie. In: L'année
psychologique. 1992 vol. 92, n°3. pp. 329-343.
doi : 10.3406/psy.1992.29518
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/psy_0003-5033_1992_num_92_3_29518Abstract
Summary : Hemispheric specialization and memory for words : Effect of imagery value.
The performances of two groups of right-handed adult subjects were compared in a visual hemifield
tachistoscopic study involving the memorization of a list of 16 monosyllabic three-letter substantives,
varying in rated imagery.
One groupe was given a free-recall task, and the other a recognition task.
The results show a higher performance in recognition than in free recall, and a better memorization for
high-imagery words, but no visual-hemifield advantage. A hemifield X imagery interaction effect is also
observed, but this effect appears only with the recognition task.
These results are discussed in terms of functional hemispheric specialization in processing images
elicited by written words, in tasks involving their memorization. They suggest that the right cerebral
hemisphere could perform a double processing resulting in the encoding of two kinds of images
available in a recognition lasks : a « graphemic » image based on the visual (formal) properties of the
written stimulus, and a « representative » image more easily called up by high-imagery words.
Key-words : hemisphere specialisation, verbal memory, imageability.
Résumé
Deux groupes de sujets adultes droitiers manuels et oculaires ont été soumis à une tâche de
mémorisation d'une liste de 16 substantifs monosyllabiques de trois lettres, qui différaient selon leur
valeur d'imagerie.
La rétention était examinée grâce à une épreuve de rappel libre pour un groupe, et de reconnaissance
visuelle pour l'autre groupe.
Les résultats obtenus font apparaître une supériorité de la reconnaissance sur le rappel et une
meilleure mémorisation des mots à forte valeur d'imagerie, mais pas d'effet global de latéralité. On
observe aussi une interaction hémichamp x mais cet effet ne se manifeste que dans
la situation de reconnaissance.
Les résultats sont interprétés en termes de spécialisation fonctionnelle des hémisphères cérébraux
dans le traitement d'images en vue de la mémorisation de mots écrits. Ils suggèrent que l'hémisphère
droit pourrait opérer un double traitement aboutissant à l'encodage de deux sortes d'images, qui
seraient ensuite disponibles dans une tâche de reconnaissance : une image « graphémique » basée
sur les propriétés visuelles (formelles) des stimulus écrits, et une image « représentative », qui serait
plus facilement évocable par des mots à forte valeur d'imagerie.
Mots clés : spécialisation hémisphérique, mémoire verbale, imagerie.L'Année Psychologique, 1992, 02, 329-343
MÉMOIRES ORIGINAUX
Laboratoire de Psychologie expérimentale
et comparée
Université de Nice-Sophia Antipolis1
SPÉCIALISATION HÉMISPHÉRIQUE
ET MÉMOIRE DES MOTS :
EFFET DE LA VALEUR D'IMAGERIE
par Jean-Louis Juan de Mendoza
SUMMARY : Hemispheric specialization and memory for words : Effect
of imagery value.
The performances of two groups of right-handed adult subjects were
compared in a visual hemifield tachistoscopic study involving the memor
ization of a list of 16 monosyllabic three-letter substantives, varying in
rated imagery.
One groupe was given a free-recall task, and the other a recognition
task.
The results show a higher performance in recognition than in free
recall, and a better memorization for high-imagery words, but no visual-
hemifield advantage. A hemifield X imagery interaction effect is also
observed, but this effect appears only with the recognition task.
These results are discussed in terms of functional hemispheric specia
lization in processing images elicited by written words, in tasks involving
their memorization. They suggest that the right cerebral hemisphere could
perform a double processing resulting in the encoding of two kinds of
images available in a recognition tasks : a « grciphemic » image based on
the visual (formal) properties of the written stimulus, and a « representat
ive » image more easily called up by high-imagery words.
Key-words : hemisphere specialisation, verbal memory, imageability.
1. ufr, Lettres, Arts et Sciences humaines, bp 209, 98, boulevard
Herriot, 06024 Nice Cedex 3. 330 Jean-Louis Juan de Mendoza
La nature exacte de la spécialisation fonctionnelle des deux
hémisphères cérébraux dans le traitement des informations fait
encore à l'heure actuelle l'objet de controverses, et de nombreuses
hypothèses ont été avancées pour tenter de rendre compte du
nombre impressionnant de résultats expérimentaux montrant
une disparité fonctionnelle hémisphérique chez l'Homme (pour
une revue, voir notamment Weinstein, 1978 ; Bradshaw et Nettle-
ton, 1981 ; Springer et Deutsch, 1981 ; Bogen et Bogen, 1983).
On peut cependant considérer comme communément admise la
conception selon laquelle l'hémisphère gauche fonctionnerait sur
un mode « analytico-sériel-successif » propice au traitement des
données verbales, alors que droit manifesterait une
aptitude plus marquée pour le traitement des données visuelles
selon un mode « globaliste-simultané-parallèle » (Bruyer, 1982).
S'il en est bien ainsi, on peut penser que les processus cognitifs
mis en œuvre par chaque hémisphère renverraient à deux modes
principaux de représentation, le mode verbal et le mode imagé.
Dans ce cadre théorique, il devrait être possible de tenter de
caractériser une éventuelle spécialisation fonctionnelle hémisphé
rique dans des activités cognitives de haut niveau, et notamment
dans les processus mnésiques. A cet effet, la technique de présen
tation tachistoscopique latéralisée pourrait être utilisée avec
profit, bien que la grande majorité des travaux qui y font appel
soient consacrés essentiellement à l'étude des processus perceptifs.
Quelques recherches ont cependant employé cette technique
afin d'étudier la mémoire verbale, mais le matériel à mémoriser
était le plus souvent constitué de lettres (Hines, Satz et Clemen-
tino, 1973 ; Wilkins et Stewart, 1974 ; Hatta, 1976 ; Kirsner et
Brown, 1981), de syllabes (Hannay et Malone, 1976) ou de
digrammes de consonnes (Berrini, Delia Sala, Spinnler, Sterzi et
Vallar, 1982). Peu de travaux ont porté sur la mémorisation des
mots (Hellige et Gox, 1976 ; Hardick, Tzeng et Wang, 1977 ;
Zenhausern et Gebhardt, 1979).
Pour notre part, utilisant un paradigme classique de mémoris
ation d'une liste de substantifs concrets de trois lettres, nous
avons mis en évidence un effet de latéralité se manifestant par
une supériorité du champ visuel droit - hémisphère gauche
(cvd-hg) lorsque la rétention était examinée dans une tâche
de rappel libre, mais pas en reconnaissance (Juan de Mendoza et
Grosso, 1980). De plus, l'introduction d'une tâche interférente
verbale au cours de la phase d'étude s'avère plus perturbante pour hémisphérique et mémoire des mois 331 Spécialisation
l'hémisphère gauche que pour l'hémisphère droit dans une tâche
de rappel (Juan de Mendoza et Grosso, 1984). Ce travail a été
complété par une expérience utilisant le même paradigme, dans
laquelle nous faisions varier les indices utilisables par le sujet
lors de l'encodage et de la restitution du matériel à mémoriser.
Les résultats obtenus faisaient apparaître une grande sensi
bilité du champ visuel gauche - hémisphère droit (cvg-hd) à la
manipulation de ces indices alors que, par contraste, l'hémisphère
gauche y était pratiquement indifférent (Juan de Mendoza, 1988).
L'interprétation que nous proposions alors faisait appel à un
modèle de double codage : les mots présentés au tachistoscope
constituant à la fois des unités signifiantes et des unités graphi
ques, ils seraient susceptibles d'un double traitement, l'hémis
phère gauche traitant préférentiellement les données verbales à
mémoriser selon un mode « linguistique » (sémantique en parti
culier), l'hémisphère droit opérant parallèlement un traitement
de type « visuo-spatial » (graphémique) lié aux propriétés gra
phiques des mots écrits. On retrouve cette interprétation chez
Young et Ellis (1985).
Cette conception s'accorde avec l'hypothèse de Levy (1974)
selon laquelle la supériorité de l'hémisphère gauche se manifester
ait dans des tâches requérant une traduction symbolique ou
conceptuelle, alors que l'hémisphère droit dominerait dans des
tâches nécessitant un encodage visuel basé sur les propriétés
formelles des stimulus.
On peut cependant envisager une autre hyopthèse de double
codage en se référant au modèle proposé par Paivio (1971) pour
rendre compte des differences observées dans la rétention des
dessins et des mots : selon cet auteur, les dessins seraient mieux
retenus car ils subiraient un codage verbal et imagé, alors que
la rétention des mots ne nécessiterait pas obligatoirement un
traitement imagé.
Faisant suite à la publication de Paivio, dont l'importance
est soulignée notamment par Denis (1989), de nombreux travaux
ont étudié le rôle de l'imagerie dans les processus psychologiques,
et certains d'entre eux ont tenté de mettre en évidence un mode
de traitement des données verbales différent selon l'hémisphère
cérébral impliqué (pour une revue, voir Bradshaw, 1980 ; Beau-
mont, 1982).
Ainsi, certains résultats expérimentaux obtenus sur des sujets
normaux montrent que la classique supériorité du cvd (hg) pour 332 Jean-Louis Juan de Mendoza
le traitement du matériel verbal est fortement atténuée et peut
même parfois disparaître dans le cas de mots fortement imageables
(Seamon et Gazzaniga, 1973 ; Ellis et Shepherd, 1974 ; Hines,
1976, 1977 ; Marcel et Patterson, 1978 ; Day, 1977, 1979 ; White-
house, 1981 ; Elman, Takahaschi et Tohsaku, 1981).
Chez des sujets présentant des lésions cérébrales unilatérales,
Goltheart, Patterson et Marshall (1980) ont observé que, dans le
cas de lésion de l'hémisphère gauche, l'aptitude à lire des mots
imageables est souvent conservée, alors que les lésions droites
s'accompagnent d'un déficit sélectif dans l'apprentissage asso
ciatif de mots concrets (Jones-Gotman et Milner, 1978) ou dans
un apprentissage incident faisant appel à l'imagerie visuelle
(Jones-Gotman, 1979).
Ces données suggèrent que l'hémisphère droit serait impliqué
dans le traitement imagé des données dans des tâches faisant
appel à l'imagerie lors du codage ou de la récupération mné
monique.
Mais ces résultats, qui n'ont d'ailleurs pas toujours été
retrouvés (pour une revue, voir Lambert et Beaumont, 1983 ;
Bruyer et Racquez, 1985), ne doivent pas laisser supposer que
l'activité d'imagerie constitue une fonction spécifique de l'hémi
sphère droit.
En effet, l'imagerie mentale ne résulte certainement pas d'une
activité psychologique simple et il convient, à l'instar de Farah
(1984), de distinguer dans le traitement dit « imagé » au moins
trois types de processus distincts qui concerneraient respectiv
ement la génération, la représentation en mémoire, et l'inspection
de l'image.
Ainsi, si l'on se réfère à une conception modulaire ou « compu-
tationnelle » du traitement de l'information imagée (Farah,
1984 ; Kosslyn, 1987), il peut être tentant de relier l'existence de
modules distincts de traitement de l'image à des localisations
cérébrales différentes.
Dans cette perspective, des observations portant sur des
sujets commissurotomisés ou cérébrolésés tendent à accréditer
l'hypothèse selon laquelle l'hémisphère gauche interviendrait
dans la génération et l'inspection des images (Farah, Gazzaniga,
Holtzman et Kosslyn, 1985 ; Kosslyn, Holtzman, Farah et
Gazzaniga, 1985 ; Farah, Levine et Galvanio, 1988). Cependant,
cette conception a été récemment contestée, et il semble que les
deux hémisphères cérébraux contribueraient conjointement à la Spécialisation hémisphérique el mémoire des mois 333
génération des images (Sergent, 1989, 1990 ; Biggins, Turetsky et
Fein, 1990).
De leur côté, Bruyer et Strypstein (1985) et Bruyer et Racquez
(1985) ont mené une série d'expériences visant à étudier l'inc
idence respective du caractère abstrait/ concret et de la valeur
d'imagerie sur les effets de latéralité, en soumettant des sujets
normaux à diverses tâches cognitives : décision lexicale, compar
aison grapho-phonologique, reconnaissance, lecture à haute voix.
Leurs résultats suggèrent que ni la valeur d'imagerie, ni le
caractère abstrait/concret ne sont susceptibles d'affecter la
supériorité classique du cvd (hg) dans le traitement des données
verbales.
Dans leur discussion, ces auteurs relient l'absence d'effet
observé au caractère superficiel des traitements mis en jeu,
particulièrement dans le cas des tâches de décision lexicale et de
comparaison grapho-phonologique, et dans une moindre mesure
pour ce qui concerne la lecture à haute voix, qui fait bien appar
aître un effet global de la valeur d'imagerie, mais limitée aux
seuls sujets de sexe masculin.
Pourtant, dans leur travail de 1985, Bruyer et Strypstein ont
bien proposé une tâche de reconnaissance après mémorisation de
mots. Bien que leurs résultats confirment la supériorité du
cvd (hg), et même une surprenante supériorité globale pour les
mots à faible valeur d'imagerie, le paradigme expérimental
utilisé mérite quelques commentaires : en effet, au cours de la
phase d'étude, les 36 mots cibles à mémoriser sont présentés
successivement au centre de l'écran pendant une seconde, et sont
donc manifestement encodes par les deux hémisphères cérébraux.
Après quoi, au cours de la phase de reconnaissance, 72 items
((36 cibles et 36 distracteurs) sont présentés latéralement pen
dant cent quatre-vingt millisecondes, le sujet devant décider
s'il reconnaît ou non un mot vu au cours de la phase précédente.
Si, comme on peut en faire l'hypothèse, une activité cognitive
différentielle des deux hémisphères liée à la valeur d'imagerie des
mots a lieu au cours de l'encodage, la méthode utilisée dans ce cas
ne permet pas de la mettre en évidence.
A notre connaissance, aucun travail portant sur l'imagerie
n'a utilisé une tâche de mémorisation d'une liste de mots pré
sentés latéralement au cours de la phase d'acquisition, avec
examen de la rétention en rappel ou en reconnaissance. Or, il nous
semble que c'est précisément dans ce type de tâche, qui fait 334 Jean-Louis Juan de Mendoza
appel à des opérations cognitives complexes de codage et de
structuration des données, que des effets liés à d'éventuels
modes de représentation différents mis en œuvre par l'un ou
l'autre hémisphère ont le plus de chances d'apparaître.
On peut s'attendre en particulier à ce que la plus ou moins
grande facilité que possède un mot à évoquer une image (que nous
proposons de désigner par « imageabilité »), opérationnalisée par
sa valeur d'imagerie, constitue une variable cruciale pour déter
miner le type de traitement auquel il sera soumis au cours de son
encodage, et éventuellement de sa restitution.
Il devrait être possible, dans ces conditions, de tester l'hypo
thèse de Ehrlichman et Barrett (1983) selon laquelle Phd manif
esterait une compétence particulière dans le traitement des
mots présentant une valeur d'imagerie élevée.
C'est à cette préoccupation que l'expérience présentée ici
tente d'apporter un élément de réponse.
MÉTHODE
MATÉRIEL
La liste de mots à apprendre était constituée de 16 substantifs
de 3 lettres tirés des 1 130 noms de la langue française de l'enquête
de Hogenraad et Orianne (1981) effectuée sur un échantillon important
de juges des deux sexes qui avaient pour consigne d'évaluer sur une
échelle en 7 points la capacité de chaque mot à évoquer une image
mentale. Il était ainsi possible d'attribuer à un mot donné un score
moyen correspondant à sa valeur d'imagerie, que Hogenraad et Orianne
désignent sous le terme « valence d'imagerie ».
Huit mots de la liste avaient une faible valeur d'imagerie (valence
comprise entre 1,5 et 3,4) : age, ame, cas, fin, loi, mot, nom, vue.
Les huit autres mots avaient une valeur d'imagerie élevée (valence
supérieure à 5,5) : cou, feu, lac, lit, mer, mur, oie, rat.
Les mots à mémoriser ont été choisis de façon à maintenir constantes
trois caractéristiques dont nous savions par ailleurs qu'elles entraient
en interaction avec l'hémichamp de présentation.
Il s'agit de leur longueur physique (nombre de lettres), de leur
longueur phonétique (nombre de syllabes) (voir notamment Young
et Ellis, 1985 ; Bub et Lewine, 1988), et de leur statut linguistique : mots
de la classe ouverte ou fermée (Shapiro et Jensen, 1986), noms ou verbes
(Marshall et Holmes, 1974).
Pour ces raisons, les mots utilisés pour notre expérience étaient tous
des substantifs monosyllabiques de trois lettres. Mais, dans ces condi- Specialisation hémisphérique el mémoire des mois 335
tions, il était difficile de contrôler leur fréquence dans la langue et, de
fait, les mots à forte valeur d'imagerie avaient une fréquence moyenne
plus faible que les mots faiblement imageablcs.
Cependant, la priorité accordée au contrôle de la longueur et du
statut des mots à mémoriser nous a paru justifiée dans la mesure où,
comme le rappellent Shapiro et Jensen (1986), la quasi-totalité des
travaux prenant, la fréquence comme variable indépendante ne révèlent
pas d'effet de latéralité qui lui soit directement lié (voir notamment
Axelrod, Haryadi et Leiber, 1977 ; Beaumont, 1982 ; Young et Ellis,
1985).
Comme dans nos expériences précédentes, les stimulus, écrits en
caractères Folio majuscule de 7,5 mm (réf. Letraset 426 ; 24 pts), étaient
présentés à l'aide d'un tachistoscope à deux canaux (eap-tct) pendant
une durée d'exposition fixée à cent cinquante millisecondes, au rythme
d'un mot toutes les huit secondes. Chaque mot mesurait 15 ± 1 mm,
et son centre était décalé de 6,5° d'angle visuel à droite ou à gauche
d'un point de fixation oculaire situé au milieu du champ tachistosco-
pique.
SUJETS
40 sujets (20 hommes, 20 femmes) droitiers manuels et oculaires
âgés de 18 à 33 ans, étudiants de l'Université de Nice, de langue matern
elle française, ont participé à l'expérience. Leur dextralité manuelle
était attestée par la main utilisée pour l'écriture, et leur dextralité
oculaire à l'aide de deux épreuves de visée (visée sur un doigt et visée
dans une lunette).
Ces sujets ont été répartis en deux groupes homogènes constitués
chacun de 20 individus (10 hommes, 10 femmes). Les deux groupes
étaient soumis dans des conditions identiques à la même épreuve de
mémorisation. Ils ne se différenciaient que par le mode d'examen de
la rétention (rappel libre ou reconnaissance) et n'étaient pas informés
par avance du mode d'examen auquel ils seraient soumis.
PROCÉDURE
Après familiarisation à la situation grâce à une série d'entraînement
de 6 mots de 3 lettres n'appartenant pas à la liste expérimentale qu'il
devait lire à haute voix afin de contrôler ses capacités perceptives,
chaque sujet était soumis à l'épreuve de mémorisation des 16 substantifs
expérimentaux, qu'il lui était alors demandé de ne plus prononcer à
haute voix. Pendant toute la durée de la manipulation, il devait impéra
tivement fixer du regard le point rouge matérialisant le centre du champ,
cette obligation lui étant rappelée par l'expérimentateur avant la présen
tation de chaque stimulus. Ce dernier apparaissait à droite ou à gauche
du point de fixation oculaire selon un ordre imprévisible par le sujet. 336 Jean-Louis Juan de Mendoza
Pour chaque groupe expérimental, les stimulus apparaissant dans
le champ visuel droit (cvd) pour la moitié des sujets étaient présentés
dans le champ visuel gauche (cvg) pour l'autre moitié, et l'ordre de
présentation dans la liste des stimulus variait d'un sujet à l'autre.
Trente secondes après que le dernier mot de la liste ait été présenté,
pendant lesquelles l'expérimentateur échangeait quelques propos avec
le sujet, ce dernier était soumis au test d'examen de la rétention consis
tant en une épreuve de rappel libre ou de reconnaissance selon le groupe
auquel il appartenait :
Dans le groupe ra (rappel libre), les sujets étaient invités à écrire,
en temps libre et dans l'ordre qu'ils désiraient, la totalité des mots
dont ils se souvenaient, sans autre indication.
Les sujets du groupe re (reconnaissance) devaient souligner les
mots qu'ils reconnaissaient parmi une liste de 84 substantifs de 3 lettres,
dactylographiés sur 6 colonnes, en caractères majuscules d'imprimerie.
Dans cet ensemble, les 16 mots-cibles étaient disposés de façon aléatoire.
RÉSULTATS
La variable dépendante retenue pour évaluer la performance
des sujets était le nombre de mots correctement restitués.
3 facteurs expérimentaux ont été mis en jeu dans un plan
quasi complet de la forme
* Champ visuela * Valence d'imagerie2 S20 [test2]
Une analyse de variance effectuée sur les données obtenues
fait apparaître les résultats suivants :
— la performance varie selon le mode d'examen de la rétention,
la reconnaissance étant globalement meilleure que le rappel
[F(l, 38) = 31,75; P< 0,001)];
— les mots à forte valence d'imagerie sont globalement mieux
restitués que ceux présentant une faible valence [F(l,38)
= 8,81 ; P < 0,01] ;
— par contre, on n'observe pas d'effet significatif selon l'hémi-
champ de présentation [F(l,38) = 3,31 ; ns] ;
— cependant, il existe une interaction significative entre l'hémi-
champ de et la valence d'imagerie : dans le cvg,
les mots à forte valence d'imagerie sont mieux restitués que
les à faible valence, [F(l,38) = 16,10 ; P < 0,0005] ;
alors que la performance dans le cvd n'est pas affectée par
la valence d'imagerie ;