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XVI. Métapsychie. Divers - compte-rendu ; n°1 ; vol.23, pg 602-613

De
13 pages
L'année psychologique - Année 1922 - Volume 23 - Numéro 1 - Pages 602-613
12 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.
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XVI. Métapsychie. Divers
In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 602-613.
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XVI. Métapsychie. Divers. In: L'année psychologique. 1922 vol. 23. pp. 602-613.
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XVI. — Métapsychie. Divers
CHARLES RICHET. — Traité de Métapsychique. — In-8 de 815 p.
Paris, Alcan, 1922.
Qu'est-ce que la Métapsychique ? C'est, répond l'auteur, « une
science qui a pour objet des phénomènes, mécaniques ou psycholo
giques, dus à des forces qui semblent intelligentes ou à des puis
sances inconnues latentes dans l'intelligence humaine ». Et la mé
tapsychique existerait réellement, parce que : « 1° II y a une faculté
de connaissance autre que les facultés habituelles. 2° II y a des
mouvements d'objets autres que les mouvements habituels. » Ces
phénomènes inhabituels doivent être étudiés par les méthodes scien
tifiques, l'observation et l'expérience. Et les conseils méthodolo
giques sont excellents. « Mettons autant de rigueur dans l'expér
imentation, dit Charles Richet, que d'audace dans l'hypothèse »,
afin de faire sortir la métapsychique de l'Occultisme.
Et, au cours de ce long ouvrage, sont passés en revue les phéno
mènes dits de métapsychique « subjective » (cryptesthésieou lucidité,
baguette divinatoire, prémonitions) et de métapsychique « objec
tive » (mouvements à distance ou télékinésies, matérialisations ou
ectoplasmies, hantises).
Or, après avoir lu ce Traité, où sont relatées d'innombrables
anecdotes, on ne peut échapper — ou du moins je n'ai pu échapper
— à un sentiment de réelle stupeur. Comment appeler Traité scien
tifique un ïecueil dans lequel pas un fait réellement démontré ne
figure I Voici un savant donnant les conseils les plus précieux, et
qui peut ensuite renoncer complètement à toute prudence ! Mais, à
la réflexion, il ne faut pas s'en étonner, quand on connaît l'œuvre
et le caractère de notre très eminent maître Charles Richet.
Richet est, par-dessus tout, un inventeur, épris de découverte,
un idéaliste admirable, apparaissant dans la science comme un
artiste de génie. Il lui faut du nouveau à tout prix, il a la foi en un
progrès indéfini de l'humanité, en une spiritualisation sans limite.
Or, ces qualités sont rarement compatibles avec une critique sévère,
un regard froid et défiant. Les esprits trop rigoureux sont rarement
ceux à qui l'on doit les découvertes capitales. Ils sont faits, avec
leur honnête talent, pour passer au crible de leur examen les idées
des novateurs, qui ne perdent pas leur temps à cette besogne s
econdaire.
Richet a lancé les idées à pleines mains ; il en a eu de géniales, et
il a été pour notre science un actif ferment de progrès. Mais, dans
sa fécondité inlassable, il a lancé aussi des graines stériles ; celles-là,
on les oublie très vite, et c'est toute justice. Seul l'apport positif
compte. Mais ce n'est pas à Richet lui-même, dans sa confiance
naïve, qu'il pouvait appartenir, soit de poursuivre des recherches
dans des milieux où la fraude est de règle, soit de critiquer des ob
servations et de se montrer sévère sur des faits. Ce n'est pas affaire
■à lui d'écrire des Traités, ceux qui écrivent des traités ne peuvent D1VEKS 603 METAPSYCHIE.
être de grands inventeurs comme lui. Il faut laisser à chacun sa
tâche.
Lancer hardiment les hypothèses, voilà qui convient au génie de
Richet ; à d'autres la rigueur du contrôle expérimental, surtout
quand l'expérience se heurte à la complexité des individualités hu
maines. Or, dans ce Traité, Richet, hélas, renonce à l'hypothèse, et
ne s'occupe que du fait, le plus complexe, le plus difficile à établir.
Parfois le souci de la précision scientifique le conduit à faire des
réserves ; mais il est trop porté par sa passion d'idéal pour ne pas
constamment passer outre.
Du point de vue plus strict. d'une science prudente, qui ne se
permet de rien nier, qui est prête à s'incliner toujours devant le fait
établi, mais qui n'admet que le fait établi, sans se laisser guider par
les croyances, même les plus séduisantes, on est obligé d'affirmer, au
bout des 800 pages de ce traité, qu'à l'heure actuelle il n'y a aucune
donnée positive qui oblige à faire appel à des forces inconnues, ou
puisse servir de fondement à une « métapsychique ».
H. P.
R. WARCOLLIER, — La Télépathie."— In-8 de 363 pages. Paris,
Alcan, 1921.
L'auteur, un ingénieur chimiste, a consacré au passionnant pro
blème de la télépathie une grande partie de son activité.
Dans ce livre, d'inspiration scientifique incontestable, on trouve
résumés les résultats de certaines enquêtes, relatés quelques cas,
dont un personnel, exposées les théories, les interprétations poss
ibles, discutées certaines recherches, et rapportées une série d'ex
périences de l'auteur.
Si, dans les faits connus, sou\ent assez mal d'ailleurs, il y a des
coïncidences impressionnantes, mais qui ne peuvent avoir un carac
tère probant, l'usage qu'on a fait (Flammarion en particulier) du
calcul des probabilités pour ces cas isolés étant tout simplement
absurde, les essais expérimentaux — parmi lesquels celui que je tentai
avec Vaschide il y a plus de vingt ans — se sont constamment mont
rés négatifs.
Les nouvelles recherches de l'auteur ont été, tantôt entièrement
négatives, tantôt douteuses.
Dans les cas les plus favorables, en demi-sommeil, « il se dégage
comme impression d'ensemble, dit l'auteur, qu'il paraît y avoir — ■
bien que ce soit très difficile à chiffrer — un élément que le hasard
explique insuffisamment, que la télépathie expliquerait mieux. »
Convaincu, et désirant convaincre, Warcollier toutefois a une
culture scientifique qui l'oblige à reconnaître que la question « n'est
pas résolue ». « II faut avouer, dit-il dans son Introduction, que s'il
est possible d'arriver à une conviction, il est bien plus difficile de la
faire partager. La preuve scientifique indiscutable... manque tou
jours ». Cela signifie que l'on n'a pas scientifiquement le droit de se
faire soi-même une conviction. On ne peut pas plus affirmer que nier.
La réalité des phénomènes télépathiques est toujours en question.
H. P. ANALYSES BIBMOGUAPHIQÜKS 604
PAUL HEUZÉ. — L'Ectoplasme. — In-16 de 250 pages. Paris,
Renaissance du Livre, 1922.
Dans ce livre, très vivant, très amusant à lire, l'auteur raconte
ses démarches dans les milieux métapsy chiques pour obtenir que
soient soumis à un sérieux contrôle les phénomènes dits « ectoplas-
miques ».
Il mérite d'être lu parce qu'il contient des documents importants,
que l'on ne trouverait pas facilement ailleurs ; parmi ceux-ci le
rapport norvégien sur le contrôle du médium Wielsen, démontrant
la fraude, et le rapport de Fournier d'Albe, qui a établi la fraude
chez Miss Geligher, médium de Crawford.
S'il n'est pas homme de science, P. Heuzé est homme de bon sens ;
il a été conduit à établir un réquisitoire sévère, et sa conclusion
est parfaitement exacte. «Quand le médium n'est pas contrôlé, dit-il,
il y a des phénomènes ; quand le est contrôlé, les phénomènes
diminuent à mesure que le contrôle augmente ; quand le contrôle est
complet, il n'y a plus de phénomènes du tout. »
H. P.
L. LAPIGQUE, G. DUMAS, H. PIÉRON et H. LAUGIER. —
Rapport sur des expériences de contrôle relatives aux phénomènes
dits ectoplasmiques. — L'Opinion, 8 juillet 1922.
(Reproduction du rapport).
I. — But et organisation des expériences
« Ayant été sollicités d'entreprendre des de contrôle
sur les phénomènes ectoplasmiques que Mme Bisson, après de nom
breuses années d'études sur son médium Eva C, avait décidé, à
l'instigation de M. Paul Heuzé, de soumettre à une étude systéma
tique dans un laboratoire de physiologie, nous avons estimé que
nous ne pouvions refuser un examen scientifique de phénomènes qui,
si étranges qu'ils paraissent en l'état actuel de nos connaissances
sont considérés comme réels par des observateurs sérieux.
« Les expériences devant, paraît-il, remplir certaines conditions
nécessaires à l'apparition des phénomènes en question, nous avons
demandé à M me Bisson de bien vouloir indiquer les exigences à sa
tisfaire, et préciser la nature des faits que nous aurions à observer ;
et voici le résumé sommaire des indications qu'elle nous a données :
« Le médium, mis en état second par Mme Bisson elle-même, a
besoin de se trouver à l'obscurité, et entouré de rideaux noirs fo
rmant cabinet clos, qu'il appelle sa « maison » — ■ ce qui permettrait
une « concentration de forces » — jusqu'à l'apparition du « phéno
mène ». Pendant ce temps, de durée très variable, les observateurs,
situés en dehors de la cabine du médium, à une lumière modérée,
peuvent causer entre eux, leur conversation facilitant le « travail »
du sujet, qui doit s'isoler et chercher le « contact » avec des « forces »
qui ne dépendent pas entièrement de sa volonté.
« Lorsque le « contact » est obtenu, que le médium est « pris », sa METAl'SYCIIIE. DIVERS 605
respiration est modifiée de façon caractéristique. « Quand on l'a
entendu une fois, dit Mme Bisson, on ne s'y trompe plus. » En
outre, ses mains deviennent froides. A partir de ce moment, on peut
ouvrir les rideaux et observer les phénomènes à la lumière, à condi
tion toutefois que la tête du médium ne reçoive pas un éclairement
direct et prolongé trop vif.
« On doit constater alors qu'une substance sort du corps du mé
dium en des points variés (les gencives, les seins, la nuque, les
doigts, etc.), qu'elle se meut, s'étend, se développe, se modèle, prend
forme de corps ou de visages animés qui se modifient, puis se résorbe
et disparaît. Les observateurs — et à cet égard nous devions prendre
l'engagement moral de nous soumettre à cette exigence — sont
tenus de s'abstenir de saisir « la substance qui, émanant de l'orga
nisme du médium, possède une sensibilité très aiguë, en sorte que le
médium souffre de tout contact, et risquerait des troubles graves et
la mort même, si la substance était brutalement appréhendée ;
cette substance ne pourrait d'ailleurs être conservée, car elle se dé
matérialise quand on croit la tenir ». Lorsque la substance s'est
éloignée de la tête du médium, elle supporte une lumière assez vive,
mais la lumière, néfaste à son apparition, gêne son développement
sans toutefois l'empêcher. D'une façon générale, Mme Bisson a
d'ailleurs noté une réduction notable des phénomènes, corrélative
du développement du contrôle à la lumière.
« Pour satisfaire à ces exigences, une chambre noire du laborat
oire de Physiologie de la Faculté des Sciences fut préparée suivant
les indications de Mme Bisson. Dans cette salle (2 m. 60 X 2 m. 50 ;
hauteur : 3 m. 30), un plafond de bois noirci fut étayé à 2 m. 40 du
sol, dans un angle, et deux rideaux noirs y furent accrochés sur
tringle, de manière à délimiter un cabinet de 1 m. 20 sur 1 m. 10,
où pût être placé le fauteuil du médium. Une ampoule rouge, à all
umage extérieur, fut accrochée dans ce cabinet, de manière à pouvoir
l'éclairer au besoin, dans une faible mesure. A l'extérieur fut placé,
au plafond de la chambre, un dispositif d'éclairage avec réflecteur
et diffuseur, un peu en avant de l'aplomb de l'angle antérieur de la
cabine, pour ne pas éclairer le haut du corps du médium, et, en outre,
à la demande de Mme Bisson, un rideau fixe, descendant de 1 m. 20,
fut accroché à cet angle antérieur, où les deux rideaux, mobiles sur
tringles, se joignaient, réunis par une pince, cela afin d'éviter qu'un
peu de lumière pût filtrer par la fente.
« Deux rhéostats conjugués, placés sur le circuit de. la lampe
(de 2 00 b.), permettaient de graduer, dans de très larges limites,
l'éclairement de la i.alle, que Mme Bisson réglait elle-même, maniant
les rhéostats.
« Toutes les parois de la salle étaient noircies, et l'on colla du
papier noir jusque sur les vitres d'une armoire pour éviter les phé
nomènes de réflexion lumineuse.
« Avec l'éclairement habituellement adopté, l'acuité à l'extérieur
de la cabine était d'environ moitié de la normale (éclairement de ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 606
2 à 3 lux) ; au niveau de la têtç du médium, dans la cabine, rideaux
ouverts, régnait une demi obscurité (éclairement de l'ordre du cen
tième de lux), l'acuité était réduite à un dixième, d'où un très faible
pouvoir de vision distincte, et la seule couleur perceptible était le
rouge saturé ; enfin, à l'intérieur des rideaux l'obscurité était grande
(éclairement de l'ordre du dix-millième de lux), la visibilité compor
tant une acuité inférieure au cinquantième, et aucune couleur, même
saturée, ne pouvant être perçue.
« Au point de vue du contrôle, nous avons trouvé satisfaisantes
les propositions de Mme Bisson, qui a toujours dirigé son effort vers
la rigueur scientifique.
« Le médium se déshabillait complètement devant l'un de nous,
dans un cabinet placé en face de la salle d'expériences, de l'autre côté
d'un couloir, et il revêtait un maillot noir d'une seule pièce, agrafé
dans le dos, ne laissant à découvert que les mains, le cou et la tête,
maillot préalablement visité et conservé au laboratoire. Ensuite les
narines et la gorge étaient examinées, les cheveux défaits et visités ;
puis, le médium, s'étant sommairement recoiffé, donnait ses deux
mains à un contrôleur qui l'emmenait dans la salle d'expériences,
où il prenait place sur son fauteuil. Là, Mme Bisson l'endormait en
lui prenant les pouces et en la fixant quelques secondes, puis passait
les mains aux contrôleurs ; les rideaux étaient alors fermés avec
une pince, à 1 mètre du sol, les mains et jambes du médium sortant
au dehors et restant visibles. Les mains étaient tenues, soit toutes
deux par un seul contrôleur, soit chacune par un contrôleur différent,
et n'étaient jamais lâchées pendant tout le cours de la séance, repo
sant, soit sur les genoux du médium, soit sur les genoux des contrô
leurs. En outre, à partir de la sixième séance, d'accord avec Mme Bis
son, pour faciliter le contrôle sans entr'ouvrir les rideaux — la
lumière seule pouvant gêner l'apparition des phénomènes — l'un de
nous (Dr Laugier, assistant du professeur Lapicque) s'installa sur
une chaise, à côté du médium, dans la cabine. Après la séance,
Mme Bisson emmenait le médium le cabinet d'à côté, où elle
le réveillait en lui soufflant sur la nuque et où se faisait le rhabillage^
IL — Les expériences
« Les expériences commencèrent le 20 mars, M me Bisson ayant
hâte de les voir se réaliser, car elle trouvait son médium en bonne
forme, surtout pendant ses règles, bien que sa « médiumnité », re
marquait-elle, ait décru depuis quelques années ; elles se poursui
virent jusqu'au 23 juin et cessèrent alors en raison d'une indisposi
tion de Mme Bisson et de son départ.
« Elles eurent lieu entre 16 heures ou 16 h. 30 et 19 heures, à diff
érents jours de la semaine ; au total il fut organisé 15 séances, dont
voici l'indication sommaire :
I. 20 mars. — Présents : Prs. Dumas, Lapicque et Piéron.
Agitation prolongée du médium; en entrouvrant le rideau on
constate une fois sur le maillot, au niveau de l'épaule gauche, une
tache blanchâtre, qui apparaît comme une tache de salive, ce que
Mme Bisson appelle « les eaux ». DIVERS 607 METAPSYCH1E.
II. 27 mars. — Présents : Prs. Dumas et Piéron.
Courte agitation. Rien autre. Le Pr. Dumas fait remarquer que
les congés de Pâques sont proches et qu'il serait peu encourageant,
pour la continuation de ces expériences, qu'il ne se soit rien produit
à ce moment.
III. 3 avril. — Présents : Prs. Dumas et Piéron.
A 16 h. 10, courte période de respiration haletante. Calme. Retour
vers 17 heures. A un moment donné, Mme Bisson déclare que « le
phénomène est là » ; l'ampoule rouge est allumée. Un contrôleur
(Pr. Dumas) passe la tête dans les rideaux ; le médium mâchonne ;
il a la bouche pleine ; à un moment donné, il fait sortir, desabouche,
de 2 à 3 centimètres une substance grisâtre, et les rideaux ouverts,
il l'appuie, en baissant la tête et en élevant la main du contrôleur
de gauche (Pr. Dumas), sur le poignet de ce dernier. Une lampe
de poche ayant été allumée et approchée de la substance pendant
des lèvres (par le Pr. Piéron), le médium se détourne aussitôt et
réabsorbe la substance. On attend de la voir reparaître, mais, bientôt,
après quelques minutes, le médium ouvre sa bouche pour montrer
qu'il n'y a rien et introduit le doigt du Pr. Dumas jusqu'au fond de
sa gorge.
IV. 24 avril. — Présent : Pr. Piéron.
Calme. Rien.
V. 1er mai. — Présents : Prs. Dumas et Piéron.
Courte période d'agitation. Rien autre. A la demande de Mme Bis-
son, il est décidé de faire deux séances par semaine.
VI. 5 mai. — Présents : Prs. Dumas et Piéron, Dr Laugier.
Périodes d'agitation intense. Deux fois, Eva est « prise », remarque
Mme Bisson. Le médium lui-même déclare que « cela viendra ». Mais
il n'y a rien.
VII. 8 mai, — Présents : Prs. Dumas et Piéron, Dr Laugier.
A 17 heures, elle est « prise ». Efforts de raidissement, râles, etc.
Les contrôleurs (pr. Dumas et Dr Laugier) palpent à plusieurs
reprises le cou du médium. A 17 h. 45 le médium réclame que l'on
« ferme sa maison », et les rideaux sont clos plus étroitement. A
18 h. 15, le médium mâchonne, à deux reprises on voit entre les
lèvres une écume blanche ; il s'agit de salive spumeuse. Rien autre
ne se manifeste.
VIII. 10 mai. — Présents : Prs. Dumas et Piéron, Dr Laugier.
Calme. Rien.
IX. 15 mai. — Mme Bisson vient seule, son médium (qui a ses
règles) étant dans un état d'irritabilité qui l'a empêché de venir.
X. 19 mai. — Mme Bisson téléphone que le ne viendra
pas encore cette fois.
XI. 22 mai. — Présents : Pr. Piéron, Dr Laugier.
Calme. Rien. Le médium a d'ailleurs prévenu qu'étant préoccupée
par des ennuis domestiques, il n'y aurait sûrement rien.
XII. 2 9 mai. — Présents : Pr. Piéron, Dr Laugier.
A 17 h. .30, le médium est « pris », et pendant une heure et demie
est agité avec respiration précipitée, haletante, râles, etc. Eva dé
clare que « ça vient », que « c'est là » et demande à plusieurs reprises
« si on le voit » et « si on le sent », près de son épaule gauche, puis- ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 608
fait refermer les rideaux. Sur proposition de Mme Bisson, on dégrafe
et rabat le maillot pour découvrir la poitrine ; il n'y a toujours rien.
C'est la première fois, remarque Mme Bisson, que, quand le médium
déclare que cela vient à un endroit donné, cela ne se produise pas.
A un moment, Eva dépose sur son bras pauche un placard de salive,
qu'elle ravale presque aussitôt. A 19 h. 10, elle ne sent plus rien ;
Mme Bisson et le Pr. Piéron l'emmènent se déshabiller. Ayant enfilé
sa chemise, elle se dit fatiguée, s'assied et déclare que le phénomène
revient. Ramenée dans la salle d'expériences elle manifeste encore
sa respiration haletante avec râles et cris ; bientôt elle se place la
tête dans le rideau, et Mme Bisson, à travers le rideau, la lui soutient.
Aussitôt on la voit mâchonner, pendant qu'elle maintient sa bouche
au contact de son bras gauche, et elle sort un court instant une
substance plate et souple de ses lèvres, ne la laissant pas dépasser
de plus de quelques millimètres, puis la reprend, la ressort encore
et la ravale. Elle demande alors qu'on « appelle ». Mais plus rien ne
se manifeste.
XIII. 9 juin. — Présents,: Pr. Piéron, Dr Laugier.
Calme. Le médium (observation du Dr Laugier) dépose un instant
une plaque de salive sur son maillot puis la ravale.
XIV. 16 juin. — Présents : Prs. Dumas et Piéron, Dr Laugier.
Eva est indisposée et fait remarquer qu'elle a dû se garnir. Calme.
Le médium, au bout de 10 minutes projette sur son ventre une série
de placards de salive qui y sèchent lentement. Rien autre.
XV. 23 juin. — Présents : Pr. Piéron, Dr Laugier.
Mme Bisson, en ayant manifesté le désir, tient elle-même les
mains du médium pour lui communiquer ses « forces ». A trois mo
ments différents courtes phases d'agitation annonçant la « prise »,
puis calme. A 18 h. 50, Mme Bisson emmène le médium se rhabiller,
mais le ramène presque aussitôt parce qu'Eva serait « prise ». Celle-ci
paraît avoir quelque chose dans la bouche. Le Dr Laugier fait r
emarquer que les faits manqueront de valeur positive probante en
raison de l'interruption du contrôle. Le médium déclare alors qu'il
ne sent plus rien et retourne se rhabiller.
III. — L'analyse des résultats
« 1° L'état de sommeil du médium.
« Si l'on n'avait vu Mme B. endormir son sujet, rien ne permettrait
de penser qu'il est endormi : Eva C, surtout quand elle ne s'absorbe
pas dans son « travail », prend part à la conversation, sourit à un
trait d'esprit, plaisante, donne des conseils, discute, et il lui arrive
même de s'endormir au sens ordinaire du mot. Elle se montre seul
ement alors plus familière, tutoyant ,les assistants qu'elle appelle
indistinctement « mon petit ».
« Elle réclame souvent que l'on cause, quand elle juge que les
phénomènes sont proches, ou demande qu'on « appelle », s'adressant
surtout pour cela à Mme B. (« Juliette ! Ma Juliette ! appelle» !) ;
celle-ci pense aider à la manifestation attendue au moyen d'une
invocation répétée (« Venez ! Venez ! Venez !» ; ou : « Donne 1
Donne ! Donne ! ») MÉTAPSYCHIE. DIVERS 609
« Eva sursaute facilement aux bruits extérieurs inattendus. Au
cours de ses conversations, dans l'état spécial où Mme B. l'a plongée,
elle explique qu'une fois « prise », elle n'est plus elle-même, que c'est
quelque chose qui s'empare d'elle, et qu'ensuite elle se souvient
mal. Eveillée, elle ne se rappelle plus rien, ajoute- t-elle, de ce qui
s'est passé quand elle était endormie. Elle' ne peut savoir avec certi
tude si elle sera « prise », car « c'est comme pour avoir un enfant,
dit-elle, c'est souvent quand on en veut qu'on n'en peut avoir, et
inversement ». Elle console les observateurs de passer des heures à
une vaine attente en leur disant : « Ca te fera du bien, mon petit,
ça te force à te reposer» ; et, après avoir, à la 3e séance, donné un
phénomène, elle disait à l'un d'eux : « Eh bien ! te voilà assis ! »
« La première fois que le Dr L. se trouve dans la cabine auprès
d'elle, elle demande, à plusieurs reprises : « Mais, qu'est-ce qu'il fait
là, ce petit ?» ; la fois suivante, comme il l'observe d'un peu près,
elle dit à plusieurs reprises : « Qu'il est embêtant ! », et, comme il fait
remarquer, à un moment donné, qu'elle a l'air de manger son maillot,
elle rétorque : « Je ne mange pas mon maillot, mais je suis agacée. »
Ainsi « agacée », elle déclare que, ses phénomènes, elle en a assez,
qu'on l'a contrôlée déjà aussi bien et mieux qu'on ne pourra jamais
le faire, que De Schrenck a su éliminer la « régurgitation »,
qu'elle ne viendrait pas là pour en faire et que, d'ailleurs, si elle en
faisait, elle ne resterait pas tant de séances sans rien donner. Après
cette série-là, affirme- t-elle, « barka » !
Quand on s'attend à la venue du phénomène, Mme B. demande
une fois, pendant la séance, que cela vienne d'ailleurs que la bouche,
et le médium réplique vivement : « Ah ! non ! pas de conditions ! »
Mme B. ayant fait remarquer que, dans son état second, surtout
après des séances réussies, Evâ présentait de la « voyance », il lui fut
demandé, une fois, à la 14e séance, de manifester cette « voyance ».
Au Pr. D., elle déclare que « le contact ne s'établit pas ». Au Dr L.,
elle fait, sur le ton de la confidence, des observations de cet ordre :
« Je te vois, tu montes un escalier dans une maison qui est bien,
mais qui n'est pas moderne, elle n'a pas d'ascenseur, il y a des tapis
dans l'escalier, ce n'est pas à Paris », sans pouvoir préciser s'il s'agit
du passé ou de l'avenir...
« 2° L'état de « prise ».
« Cet état se caractérise par une respiration extrêmement superf
icielle et rapide (100 à la minute environ), accompagnée de trem
blements, qui suit en général des périodes d'expiration très pro
longée et bruyante (gémissement, ou râle, comparé par Mme B. aux
cris des femmes en couches) avec renversement de la tête en arrière
et extension forcée.
« Cette expiration bruyante est due à la contraction intense des
muscles abdominaux • survenant en inspiration thoracique forcée
(élargissement du thorax par contraction intense des muscles ins
pirateurs), la glotte, presque complètement fermée, ne laissant
sortir que très lentement l'air qui gonfle les poumons. Dans ces
conditions, les organes abdominaux se trouvent fortement compri
més entre le diaphragme et la paroi de l'abdomen formant comme
les deux plateaux d'une presse. A certains moments, cette expira-
l'année psychologique, yxrr. 3° ANALYSES BIBLIOGRAPHIQUES 610
tion forcée apparaît sous forme de spasmes violents et brusques ;
on sent alors, à la palpation, tous les muscles du cou fortement
contractés, particulièrement les sterno-cléido- mastoïdiens ; le cou
est gonflé, la masse thyroïdienne fait saillie, les veines jugulaires
deviennent très apparentes ; à la fin du spasme, quelques mouve
ments de va-et-vient de la pomme d'Adam.
« On reconnaît là les gestes très caractéristiques de l'effort pour
vomir.
« II arrive que les mains alors se refroidissent, ce qui n'est pas
pour étonner, étant données les excitations viscérales et les réac
tions vasculaires consécutives. Le cœur est moyennement accéléré
(à 100-110), et cette accélération est celle même qui se constate chez
tout individu normal respirant volontairement à un rythme très
rapide, ou imitant de tels râles prévomitoires.
« 3° Le phénomène « ectoplasmique ».
« Si nous laissons de côté les émissions de salive, tantôt ravalée
par le médium, tantôt séchant sur le maillot oïl l'on en retrouve les
traces très caractéristiques, c'est deux fois seulement que le médium,
malgré des « prises » nombreuses, a laissé voir une substance qui
serait 1' « ectoplasme ».
« Les deux fois, cette substance est apparue hors de la bouche
du médium, qui l'a réabsorbée presque aussitôt. Ne pouvant la
palper, ne pouvant même la voir distinctement, il n'est naturell
ement pas possible de la décrire avec exactitude.
« La première fois (3e séance), on voyait (et cela surtout à la
seconde où la lampe de poche en fut brusquement approchée) une
espèce de disque mince d'apparence résistante, foncé, entouré d'une
substance plus molle pendant en effilochures grisâtres et paraissant
imprégnée de mucus. Le tout avait, hors de la bouche, environ
6 centimètres sur 3. Mme B. crut voir dans le disque central « une
figure en formation », mais les deux observateurs ne remarquèrent
rien de pareil. La substance était entièrement inerte, et, maintenue
entre les lèvres du médium, elle n'avait que les mouvements qui lui
étaient imprimés par la bouche. Elle fut réabsorbée une première
fois, ressortant un instant, puis réabsorbée définitivement par
aspiration rapide. Avant la manifestation extérieure, pendant plu
sieurs minutes, le médium, qui avait la bouche pleine, mâchonnait,
et travaillait manifestement la substance avec sa langue. Après
réabsorption, il mâchonna encore quelques instants, puis parut
déglutir. Aussitôt après, ouvrant la bouche, il montra qu'il n'y avait
plus rien. Eva ayant mis, pendant une seconde environ, au contact
du poignet du Pr. D., la substance pendant hors de la bouche, l'im
pression ressentie fut celle d'une matière visqueuse, tiède et inerte.
« La seconde fois, après une longue séance de « prise », d'efforts^
de râles, rien ne s'étant manifesté, le médium avait enlevé son
maillot et enfilé sa chemise quand il déclara que le phénomène
revenait, et, ramené dans la salle d'expérience, mâchonna encore,
malaxant quelque chose dans sa bouche ; cette fois, pendant que
Mme B. lui tenait la tête à travers un des rideaux noirs, elle resta
dans le rideau, la bouche contre son bras gauche, et ne fit sortir de
ses lèvres que quelques millimètres d'une matière, assez analogue