20071211 LL Etude Slow food

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SLOW FOOD : OÙ EN EST L’AGRICULTURE WALLONNE ? Laurence Lambert, chargée d’études à étopia Etude 2007/1 - Décembre 2007 Page 2 sur 30 TABLE DES MATIERES TABLE DES MATIERES 2 1 RESUME 4 2 SLOW FOOD OU L’ALIMENT « BON, JUSTE ET PROPRE » 4 3 L’AGRICULTURE WALLONNE EN QUELQUES CHIFFRES 5 4 LA POLITIQUE AGRICOLE WALLONNE EST-ELLE ORIENTEE VERS LA PRODUCTION DE CE QUI EST « BON » ? 7 4.1 PRODUITS DE QUALITE DIFFERENCIEE : UN FIASCO POLITIQUE 7 4.2 AGRICULTURE BIOLOGIQUE : LOIN DES OBJECTIFS DU CAWA 9 4.3 TRÈS PEU D’APPELLATIONS D’ORIGINE PROTÉGÉE ET D’INDICATIONS GÉOGRAPHIQUES PROTÉGÉES 10 4.4 DES « PRODUITS DU TERROIR » NON PROTÉGÉS 10 5 L’AGRICULTURE WALLONNE EST-ELLE « PROPRE » ? 12 5.1 LA BIODIVERSITE WALLONNE A RUDE EPREUVE 12 5.2 SOL, TEMOIN DES PRATIQUES AGRICOLES, SOL TEMOIN DU « PRODUIRE SLOW FOOD » ! 13 5.3 VIANDE : ON PRODUIT TROP, ON CONSOMME TROP 14 5.4 UNE WALLONIE SANS OGM ? 15 6 L’AGRICULTURE WALLONNE EST-ELLE JUSTE ? 17 6.1 LES AGRICULTEURS REMUNERES EQUITABLEMENT ? 17 6.2 LES NORMES SANITAIRES TUENT LES PETITS PRODUCTEURS 17 7 CONSOMMER ET DONC PRODUIRE LOCALEMENT 21 7.1 DES PRODUITS FRAIS, LOCAUX, DE SAISON 21 7.2 PAIN WALLON, CEREALES WALLONNES ? 22 8 SLOW FOOD FAIT SES PREMIERS PAS EN WALLONIE 24 9 CONCLUSION 26 10 BIBLIOGRAPHIE GENERALE 28 11 COORDONNEES 30 Page 3 sur 30 Avant-propos A l’heure où l’hygiène remplace la saveur, où la règlementation remplace la responsabilité de ...

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SLOW FOOD :
OÙ EN EST
L’AGRICULTURE
WALLONNE ?

Laurence Lambert, chargée d’études à étopia


Etude 2007/1 - Décembre 2007

Page 2 sur 30

TABLE DES MATIERES

TABLE DES MATIERES 2
1 RESUME 4
2 SLOW FOOD OU L’ALIMENT « BON, JUSTE ET PROPRE » 4
3 L’AGRICULTURE WALLONNE EN QUELQUES CHIFFRES 5
4 LA POLITIQUE AGRICOLE WALLONNE EST-ELLE ORIENTEE VERS LA PRODUCTION
DE CE QUI EST « BON » ? 7
4.1 PRODUITS DE QUALITE DIFFERENCIEE : UN FIASCO POLITIQUE 7
4.2 AGRICULTURE BIOLOGIQUE : LOIN DES OBJECTIFS DU CAWA 9
4.3 TRÈS PEU D’APPELLATIONS D’ORIGINE PROTÉGÉE ET D’INDICATIONS GÉOGRAPHIQUES PROTÉGÉES 10
4.4 DES « PRODUITS DU TERROIR » NON PROTÉGÉS 10
5 L’AGRICULTURE WALLONNE EST-ELLE « PROPRE » ? 12
5.1 LA BIODIVERSITE WALLONNE A RUDE EPREUVE 12
5.2 SOL, TEMOIN DES PRATIQUES AGRICOLES, SOL TEMOIN DU « PRODUIRE SLOW FOOD » ! 13
5.3 VIANDE : ON PRODUIT TROP, ON CONSOMME TROP 14
5.4 UNE WALLONIE SANS OGM ? 15
6 L’AGRICULTURE WALLONNE EST-ELLE JUSTE ? 17
6.1 LES AGRICULTEURS REMUNERES EQUITABLEMENT ? 17
6.2 LES NORMES SANITAIRES TUENT LES PETITS PRODUCTEURS 17
7 CONSOMMER ET DONC PRODUIRE LOCALEMENT 21
7.1 DES PRODUITS FRAIS, LOCAUX, DE SAISON 21
7.2 PAIN WALLON, CEREALES WALLONNES ? 22
8 SLOW FOOD FAIT SES PREMIERS PAS EN WALLONIE 24
9 CONCLUSION 26
10 BIBLIOGRAPHIE GENERALE 28
11 COORDONNEES 30

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Avant-propos

A l’heure où l’hygiène remplace la saveur, où la règlementation remplace la
responsabilité de l’artisan, où la normalisation remplace la diversité, le
mouvement Slow Food apparaît, non seulement comme une réaction saine et
bienvenue au « fast food » mais surtout comme une aspiration fondamentale à
échapper à la grisaille de l’alimentation industrielle, à retrouver le plaisir de
manger.
Pas le plaisir égoïste, pas le plaisir réservé aux plus nantis, mais le plaisir
partagé et sans remords. Plaisir de savoir que l’agriculteur, l’éleveur, reçoit une
juste rémunération de son travail, qu’il n’est pas seulement un maillon d’une
chaîne internationale d’abord soucieuse de rentabilité Plaisir sans remord grâce
à des produits cultivés proprement, sans mettre à mal la biodiversité, la qualité
des sols, sans émettre des quantités inadmissibles de gaz à effet de serre. Plaisir
enfin lié aux saveurs, à leur diversité, à la convivialité du repas partagé.
« Bon, juste et propre » : la trilogie du Slow Food répond aux aspirations d’une
frange de plus en plus importante de la population. Le développement du
mouvement en témoigne.
Au moment où le Slow Food prend racine dans notre pays, il était important
de se demander si notre agriculture peut répondre à cette préoccupation.
Savons-nous vraiment ce que nous mangeons ? D’où viennent les ingrédients
qui composent notre menu journalier ? D’où vient le blé dont est fait notre
pain ? Comment est élevé le bœuf qui finit sous forme de steak dans notre
assiette ? La traçabilité a-t-elle définitivement remplacé la proximité ?
Comment nos agriculteurs vivent-ils sous l’emprise d’une PAC en mutation ?
Peuvent-ils nous permettre encore (« à nouveau » ?) de manger « bon, juste et
propre » ?
Voilà les questions auxquelles cette étude de Laurence Lambert veut apporter
un premier début de réponse. Au-delà du constat qu’elle dresse, le plus
important est sans doute les pistes pour le changement qu’elle esquisse.
Pour que manger redevienne un plaisir pour tous… et le reste longtemps !

José Daras, Président d’étopia
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1 Résumé
La Wallonie cultive l’image d’une terre gourmande, riche de traditions et de savoir-
faire gastronomiques. Bières, pralines et chocolats, spéculoos et fromages sont autant
de produits reconnus chez nous comme à l’étranger. Recettes traditionnelles,
spécialités pâtissières, produits de biscuiterie, salaisons et charcuteries sont présents
sur nos tables quotidiennes ou festives. Nos chefs étoilés n’ont bien souvent rien à
envier à leurs collègues de France, un pays pourtant porté au pinacle par les
gastronomes.
Mais aujourd’hui, quel lien subsiste-t-il entre l’agriculture wallonne et les spécialités
culinaires et gastronomiques que nous produisons ? Notre agriculture en fournit-elle
les matières premières ? Est-elle capable de répondre aux préoccupations d’une
nourriture « bonne, juste et propre », comme le préconise le mouvement Slow Food ?
Ou au contraire, s’est-elle enfoncée dans la voie de l’uniformisation, de la
spécialisation et de la monoculture pour répondre aux seuls objectifs de productivité et
de compétitivité ? Tente-t-elle de préserver la richesse des espèces animales et
végétales ? Enfin est-elle capable de rémunérer correctement les producteurs ?

2 Slow Food ou l’aliment « Bon, juste et propre »
« Bon, propre et juste »… Telle est l’approche de la qualité gastronomique du
mouvement Slow Food - en rupture avec la mode fast food - lancé par Carlo Petrini en
Italie en 1986.
Bon : c’est la qualité qui répond au plaisir des sens que recherche tout gourmet, qu’il
soit amateur ou gastronome. C’est une alimentation source de plaisirs, de convivialité,
riche de la diversité des peuples et cultures, des savoir-faire et traditions.
Propre : qui respecte la vie des hommes en préservant ou en construisant la santé, qui
préserve les ressources naturelles, qui protège la vie des espèces animales, végétales et
des écosystèmes et qui évite une pression sur le milieu naturel (pollutions, dégradation
de l’environnement…), dans le souci d’offrir une alimentation saine.
Juste : c’est le droit reconnu aux producteurs d’exercer leur activité dignement. C’est la
réponse au travail des agriculteurs, des paysans qui ont le droit de vivre du fruit de
leur travail et d’être rémunérés au prix juste. C’est le droit reconnu des populations,
partout dans le monde, à la souveraineté et à l’autonomie alimentaires.

Ce droit à la souveraineté alimentaire sous-tend un principe fondamental de Slow
Food : celui de produire localement-consommer localement, principe qui permet une
valorisation des ressources locales, un rapprochement entre le consommateur et le
producteur (les co-producteurs), une réduction de l’impact environnemental des
productions, dû notamment au transport des matières premières et produits
transformés à travers le monde, extrêmement énergivore et consommateur de
combustibles fossiles.

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3 L’agriculture wallonne en quelques chiffres
La superficie agricole utilisée (SAU) en 2005 représente 755.545 ha, soit 44,9 % de la
superficie totale de la Région wallonne. C’est beaucoup au regard des 3 % de la
population active qu’elle occupe. L’agriculture wallonne se caractérise par des
productions de grandes cultures, c’est-à-dire des céréales ou des plantes industrielles
comme la betterave sucrière. Ces cultures occupent une place majeure dans certaines
régions agricoles comme la région limoneuse. Elles sont facilitées par un sol très fertile
et de grandes étendues de surfaces agricoles.
La production de viande bovine constitue une activité importante. Elle est
principalement située dans le sud de la région, particulièrement dans la province de
Luxembourg. Quant aux productions porcine et avicole, elles sont encore relativement
marginales. Mais elles suscitent un intérêt croissant chez des agriculteurs en recherche
d’une activité complémentaire rémunératrice, particulièrement pour des porcheries et
poulaillers de type industriel.
La production laitière concerne 5.906 producteurs en 2005-2006 pour un total de 1.242
millions de litres. Elle est particulièrement développée dans la province de Liège qui
représente 40 % de la production laitière de la Région wallonne.
Le nombre d’agriculteurs ne cesse de diminuer depuis une vingtaine d’années. Ce ne
sont pas moins de 800 à 1.000 postes de travail qui disparaissent chaque année (29.178
exploitations en 1990 ; 17.109 unités en 2005). En même temps, la superficie moyenne
des exploitations augmente, passant de 25,8 ha en 1990 à 44,2 ha en 2005.
Une donnée inquiétante concerne la succession des exploitations : sur 8.563 exploitants
de plus de 50 ans, seuls 19 % d’entre eux déclarent avoir un successeur pressenti ; 29 %
sont dans l’incertitude alors que 52 % déclarent ne pas avoir de successeur. La taille de
l’exploitation semble constituer un facteur déterminant dans le choix de reprise, les
fermes les plus importantes en superficie trouvant plus facilement un successeur que
les exploitations de tailles moyennes et petites.














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Politique agricole commune (PAC) et agriculture wallonne
Entrée en vigueur en 1962, la Politique agricole commune (PAC) était d’abord basée
sur la préférence communautaire et le soutien des prix, ce qui a permis de garantir la
sécurité des approvisionnements et d’assurer des prix raisonnables aux
consommateurs. En revanche, le niveau de vie équitable des agriculteurs, pourtant fixé
comme objectif de la PAC, est aujourd’hui loin d’être atteint !
Aujourd’hui, la PAC a bien évolué depuis le premier système à la base qui visait à
soutenir à la production dans un contexte d’insuffisance alimentaire jusqu’à la dernière
réforme qui visait à l’adapter plus particulièrement face aux enjeux de compétitivité
sur le marché mondial, face à l’élargissement de l’UE aux pays de l’Europe centrale et
orientale, face aux contraintes budgétaires, etc.
1A l’avenir, un mécanisme européen prévoit un nouveau financement de la PAC basé
sur :
1) une réorientation des modalités d’octroi des aides directes aux agriculteurs dans le
cadre du Fonds européen agricole de Garantie (FEAGA), visant notamment à renforcer
le lien entre environnement et agriculture ;
2) un complément de financement progressif des aides au développement rural dans le
cadre du Fonds européen agricole pour le Développement rural (FEADER).
De même la réforme de la PAC de 2003 prévoit de profondes modifications. Ses
objectifs sont, d’une part de rendre l’agriculture européenne plus compétitive sur les
marchés mondiaux et, d’autre part de répondre aux demandes de la société en matière
d’environnement, de qualité des produits et de développement durable. Les objectifs
2environnementaux de la PAC se traduisent par une éco-conditionnalité des aides en
fonction du respect de diverses exigences réglementaires environnementales et
obligations concernant la santé publique, animale ou végétale, le bien-être des animaux
et le maintien de toutes les terres agricoles dans des conditions agronomiques et
3environnementales satisfaisantes .
4Les modalités d’application de la réforme ont été transposées en droit wallon . Bien
erque d’application au 1 janvier 2005, de nombreuses modalités pratiques relatives aux
termes de l’éco-conditionnalité doivent encore être établies en Région wallonne.


1 Règlement (CE) n°1290/2005 du Conseil du 21 juin 2005 relatif au financement de la Politique
agricole commune.
2 Par éco-conditionnalité, on entend le lien de subordination du paiement des aides au respect
des obligations.
3 http://europa.eu.int/comm/agriculture/index_fr.htlm
4 Arrêté du Gouvernement wallon du 23 février 2006 mettant en place les régimes de soutien
direct dans le cadre de la Politique agricole commune.
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4 La politique agricole wallonne est-elle orientée
vers la production de ce qui est « bon » ?
« Pour définir ce qui est bon, deux types de facteurs subjectifs sont déterminants : la saveur -
jugement personnel liée à la sphère sensorielle de chacun de nous - et le savoir – notion
culturelle liée à l’environnement, à l’histoire des communautés, du savoir-faire et des lieux. »
(C. Petrini, 2006)
Bien qu’elles ne se confondent pas, la notion de « bon » telle que développée par le
mouvement Slow Food nous renvoie à la notion de « qualité ». Il y a 25 ans, la qualité
évoquait surtout des méthodes de production traditionnelles ou des caractéristiques
organoleptiques supérieures. Mais les crises alimentaires ont engendré un amalgame
avec les exigences sanitaires et hygiéniques. Or la qualité ne se résume pas à l’hygiène.
Comment la Région wallonne a-t-elle donc fait évoluer sa politique de promotion de la
qualité ?
Face à cette évolution partageant d’une part, les adeptes de la vision sécuritaire et
hygiéniste de la qualité et d’autre part, ceux de la vision de la qualité Slow Food, nous
tenterons d’analyser et de comprendre comment la Région wallonne a fait évoluer sa
politique des produits de qualité au travers de la reconnaissance des signes officiels de
qualité. Par signes officiels de qualité, on entend :
- les cahiers des charges de qualité différenciée ;
- les produits biologiques ;
- les appellations d’origine, des indications géographiques protégées et des
spécialités traditionnelles garanties.

4.1 Produits de qualité différenciée : un fiasco politique
En 2002, la Région wallonne a mis en place une politique de promotion des produits
5 6agricoles de qualité différenciée . La marque Eqwalis devait identifier de manière
générique les produits de qualité différenciée, issus des filières agricoles et horticoles.
L’objectif était de promouvoir des produits d’origine wallonne, en fonction de critères
inscrits dans un cahier des charges reconnu et certifié par un organisme indépendant.
Mais moins de cinq ans après sa création, la marque Eqwalis a été abandonnée, sans
aucune évaluation. Notons qu’avant sa création de nombreuses voix s’étaient déjà
élevées, tant du côté des organisations agricoles et des secteurs agro-alimentaires
(abattage, transformation…) que du côté des associations de consommateurs, pour
remettre en cause la pertinence de ce projet de marque collective communautaire
identifiant des produits de qualité différenciée wallons.






5 Décret du 2 décembre 2002 relatif à la promotion de l'agriculture et au développement des
produits agricoles de qualité différenciée.
6 Au sens du règlement (CE) n° 40/94 du Conseil du 20 décembre 1993 sur la marque
communautaire.
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Qualité différenciée : l’exemple de la filière porcine
La première à mener une réflexion sur les opportunités de la qualité différenciée a été
la filière porcine. Divers cahiers des charges pour la production porcine ont été soumis
7à la Région wallonne et ont obtenu un agrément comme « filières de qualité
8différenciée » sur base des critères minimaux relatifs aux techniques d’élevage, à
l’alimentation, à la génétique, à l’abattage, à la découpe… Les productions dans les
filières agréées sont soumises à des contrôles par un organisme certificateur agréé et
indépendant.
Deux difficultés majeures subsistent :
1) L’identification de la qualité différenciée concerne principalement les techniques de
production et non pas le goût. Le cahier des charges n’impose pas de tests
organoleptiques (goût, saveur, flaveur…). Pourtant, la France, qui mise depuis plus de
quarante ans sur une politique des signes d’identification de la qualité et de l’origine,
9notamment avec le célèbre « label rouge », impose aux produits certifiés des tests de
goût et une analyse sensorielle.
2) La seconde faiblesse réside dans le lien direct entre la reconnaissance d’un cahier des
charges et l’accès aux aides à l’investissement. En production porcine comme en
10production avicole, les aides à l’agriculture sont conditionnées par l’adhésion à un
cahier de charges reconnu dans le cadre des filières de qualité différenciée. Cela
signifie que les productions reconnues ne se placent pas dans une optique d’offre
qualitative mais bien dans une optique opportuniste d’accès à des aides non
négligeables, dans le cadre d’un projet d’installation, d’extension d’une porcherie ou
d’un poulailler. La logique du cahier des charges pour la reconnaissance d’une filière
de qualité différenciée s’inscrit donc davantage dans l’optique de « production » que
dans l’optique « produit final de qualité supérieure ». Cet effet pervers subsiste encore
même après l’abandon de la marque Eqwalis. On peut se poser la question de savoir
quel intérêt les producteurs ont à être identifiés dans le cadre d’une filière de qualité
différenciée dès lors que le volet promotionnel prévu initialement dans le cadre
d’Eqwalis n’existe plus !

Cinq ans après la mise en place de l’Agence wallonne pour la Promotion d’une
Agriculture de Qualité (APAQ-W), les pouvoirs publics devraient être amenés à
procéder à une évaluation, tant dans le cadre du volet « politique produits de qualité »
que dans le volet « promotion de l’agriculture ». En effet, certaines filières sectorielles
éprouvent encore de nombreuses difficultés à définir des critères de production pour
une identification et une reconnaissance de la qualité différenciée. C’est le cas

7 Les cahiers des charges peuvent être consultés sur le site de la Filière porcine wallonne (FPW
asbl) : www.fpw.be.
8 Arrêté ministériel du 2 février 2004 définissant des critères minimaux permettant la
reconnaissance de la qualité différenciée dans le secteur de la production porcine et arrêté
modificatif le 16 juillet 2007.
9 Le label rouge, qui concerne des produits alimentaires et non alimentaires non transformés
(exemple : fleurs), atteste qu’un produit possède un ensemble de caractéristiques spécifiques
établissant un niveau de qualité supérieure à celle d’un produit courant similaire.
L’identification des produits « label rouge » repose sur un cahier des charges impliquant une
certification. Tous les produits « label rouge » sont soumis à des tests organoleptiques. 500
produits français le portent.
10 Arrêté du Gouvernement wallon du 17 juillet 1997 concernant les aides à l’agriculture et arrêté
modificatif le 26 octobre 2000 et suivants.
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notamment dans les filières lait, grands cultures et viande bovine. Dans d’autres
filières, le caractère différencié peine à être identifié par le consommateur, faute de
différenciation qualitative réellement perceptible, notamment au niveau du goût du
produit. Enfin, et c’est le cas dans les filières porcine et avicole, la qualité différenciée
conditionne l’accès aux aides à l’investissement pour les agriculteurs, ce qui détourne
la politique « qualité des produits » de ses objectifs prioritaires, à savoir :
1) contribuer à la diversification agricole ;
2) mettre sur le marché des produits wallons d’origine agricole de qualité
supérieure ;
3) promouvoir l’agriculture wallonne et ses produits auprès des consommateurs en
vue de les orienter davantage vers des productions locales ou régionales.

11Dans le cadre de l’application du règlement CE 1974/2006 , la Région wallonne sera
bientôt amenée à une réflexion sur les critères d’éligibilité à adopter dans le cadre de la
qualité différenciée. Ce serait sans doute une belle occasion de définir des critères
permettant d’établir le caractère « typique » de productions régionales de qualité,
destinées au marché régional.

4.2 Agriculture biologique : loin des objectifs du CAWA
En 2004, 2,7 % de la superficie agricole wallonne étaient consacrés à l’agriculture
12biologique au sens du règlement CEE 2092/91 . Les prairies y représentaient plus de
80 % des surfaces, ce qui s’explique par une facilité de reconversion plus grande.
Aujourd’hui, l’objectif fixé par le Gouvernement wallon dans le Contrat d’Avenir pour
la Wallonie (CAWA) d’atteindre 10 % de la superficie agricole utile consacrée à
l’agriculture biologique à l’horizon 2010 paraît hors de portée !
En 2005, les productions biologiques pour les productions de porcins, bovins, ovins-
caprins et volailles concernaient respectivement 1,9 %, 2,3 %, 12,5 % et 13 % du cheptel
recensé correspondant. Entre 1999 et 2001, la consommation des produits issus de
13l’agriculture biologique a augmenté d’un facteur 10 . Les années suivantes ont été
marquées par une stabilisation des ventes de produits bio. Toutefois le secteur a pu
conserver une grande part de ses nouveaux consommateurs, qu’ils soient réguliers ou
occasionnels. Aujourd’hui, près de 80 % des produits biologiques sont importés, ce qui
signifie que l’agriculture wallonne ne répond pas à la demande des consommateurs
pour des produits de consommation courante (légumes, fruits, céréales, viande…).
On considère que les ventes directes à la ferme ou sur les marchés locaux représentent
moins de 10 % du total des ventes et tendent à diminuer, au bénéfice de la grande
14distribution dont la part augmente régulièrement (50 % en 2001 ; 60 % en 2005) . 20 %
de l’alimentation biologique sont vendus dans des magasins spécialisés. Cela signifie
que la grande distribution règne en maître sur le secteur et que les produits n’y sont

11 Règlement (CE) n° 1974/2006 de la Commission du 15 décembre 2006 portant modalités
d'application du règlement (CE) n° 1698/2005 du Conseil concernant le soutien au
développement rural par le Fonds européen agricole pour le Développement rural (Feader).
12 Règlement (CEE) n° 2092/91 du Conseil du 24/06/91 concernant le mode de production
biologique de produits agricoles et sa présentation sur les produits agricoles et les denrées
alimentaires.
13 Bioforum Wallonie. Le paysage de l’agriculture biologique en chiffres. nd, 10 pages.
14 Direction générale de l’Agriculture-Division de la Politique agricole-Direction de l’Analyse
économique agricole. Évolution de l’économie agricole et horticole de la Région wallonne 2005-2006.
Ministère de la Région wallonne, 144 pages.
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pas nécessairement produits localement. À quoi bon une carotte bio, si elle provient
des Pays-Bas et qu’elle a dû être conditionnée et transportée, même sur de moyennes
distances ?

Slow Food, pas uniquement le bio ?
Slow Food est en accord avec les principes qui sous-tendent l’agriculture biologique,
qui s’appuie sur les techniques de production visant à préserver les cycles biologiques,
la terre et l’environnement, notamment par l’absence d’utilisation des pesticides de
synthèse. Cependant, le mouvement considère que la certification pour une agriculture
biologique pratiquée de manière intensive ou à grande échelle pour le seul profit de
l’industrie agroalimentaire et au détriment de la juste rémunération du producteur, ne
peut être garante d’une agriculture durable.
Inversement, il existe des producteurs qui ne s’intègrent pas dans la stricte logique de
la certification en agriculture biologique - parfois pour des raisons liées au coût de la
reconnaissance et de l’agrément - mais cela ne les empêche pas de travailler en
cohérence avec les principes d’une agriculture durable et de proposer des produits
sains, naturels et surtout de haute qualité organoleptique. Ceux-là, Slow Food les
soutient dans leur démarche.

4.3 Très peu d’appellations d’origine protégées
et d’indications géographiques protégées
L’Union européenne a établi une réglementation des Appellations d’Origine
15 16Protégées (AOP) et des Indications Géographiques Protégées (IGP) (règlement CEE
172081/92 ) liées à l’origine et/ou à la tradition. Pour les IGP, la Région wallonne a misé
18sur deux produits : le « Jambon d’Ardenne » et le « Pâté gaumais ». Quant aux AOP,
seuls deux produits peuvent afficher le signe de reconnaissance européen : le
« Fromage de Herve » et le « Beurre d’Ardenne ».
L’appellation européenne Spécialité Traditionnelle Garantie (STG) reconnaît les
produits obtenus à partir de matières premières traditionnelles ou présentant un mode
de production et/ou de transformation particulier. Mais aucun produit wallon n’y
figure. En Belgique, elle ne concerne que quelques bières : Gueuze, Gueuze Vieille,
Faro, Kriek et Vieille Kriek.

4.4 Des « produits du terroir » non protégés
Contrairement à une croyance répandue, les appellations « produit du terroir »,
« produit fermier » et « produit wallon » ne sont pas reconnues officiellement.
19Pourtant, une étude récente montre que de nombreux consommateurs croient y voir

15 AOP : les matières premières utilisées proviennent de la région déterminée et la fabrication est
réalisée exclusivement dans la région.
16 IGP: la matière première utilisée peut provenir de l'extérieur mais la fabrication est située dans
un périmètre géographique bien défini.
17 Règlement (CEE) n° 2081/92 du Conseil, du 14 juillet 1992 relatif à la protection des indications
géographiques et des appellations d'origine des produits agricoles et des denrées alimentaires.
18 Arrêté royal du 4 février 1974 reconnaissant l'appellation d'origine « Jambon d'Ardenne » et
fixant les conditions que doit réunir ce produit pour être fabriqué, offert en vente ou vendu sous
cette appellation.
19 Aupaix H, Vandercammen. M., Acheter sain : les signes de qualité. CRIOC, 2007, 55 pages.