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Implantations industrielles et aménagements du territoire en Algérie - article ; n°1 ; vol.55, pg 5-37

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Revue de géographie de Lyon - Année 1980 - Volume 55 - Numéro 1 - Pages 5-37
Le grand effort d'industrialisation algérien s'accompagne d'un projet d'aménagement du territoire. Il vise à redresser les disparités régionales, à mieux intégrer le secteur agricole, à améliorer l'emploi. L'action soutenue vigoureusement depuis 10 ans n'a pas encore permis de réaliser tous ces objectifs. La structure de l'emploi est modifiée mais le chômage est loin d'être résorbé : le taux d'occupation de la population n'a pas changé entre les deux recensements de 1966 et 1977. Les mouvements migratoires vers les pôles littoraux se maintiennent. Les implantations industrielles souvent choisies hâtivement contribuent à aggraver la crise traversée par l'agriculture en exerçant de très fortes ponctions sur les terres et les hommes. L'incontestable dynamisme industriel pose enfin le problème des rapports entre les nouvelles usines « exurbanisées » et l'armature urbaine héritée.
Land Planning in Algeria The big algerian effort for industrialization goes with a land management plan. It tries to correct regional disparities and to integrate the agricultural entreprise better or to improve employment. This action has been supporting for ten years but these goals have not yet been reached. The employment structure has been modified but unemployment is far from being resorbed : the employment rate of population has not changed between the two 1966 and 1967 census. Migration's movements to littoral poles are keeping up. Industrial setting up is often hastily choosen and makes the agricultural crisis increase by drawing off lands and men. The incontestable industrial dynamism sets the problem of the connections with the new sub-urban factories and the old town structures.
33 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1980
Nombre de lectures 84
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

Exrait

Georges Mutin
Implantations industrielles et aménagements du territoire en
Algérie
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 55 n°1, 1980. pp. 5-37.
Résumé
Le grand effort d'industrialisation algérien s'accompagne d'un projet d'aménagement du territoire. Il vise à redresser les disparités
régionales, à mieux intégrer le secteur agricole, à améliorer l'emploi. L'action soutenue vigoureusement depuis 10 ans n'a pas
encore permis de réaliser tous ces objectifs. La structure de l'emploi est modifiée mais le chômage est loin d'être résorbé : le taux
d'occupation de la population n'a pas changé entre les deux recensements de 1966 et 1977. Les mouvements migratoires vers
les pôles littoraux se maintiennent. Les implantations industrielles souvent choisies hâtivement contribuent à aggraver la crise
traversée par l'agriculture en exerçant de très fortes ponctions sur les terres et les hommes. L'incontestable dynamisme industriel
pose enfin le problème des rapports entre les nouvelles usines « exurbanisées » et l'armature urbaine héritée.
Abstract
Land Planning in Algeria The big algerian effort for industrialization goes with a land management plan. It tries to correct regional
disparities and to integrate the agricultural entreprise better or to improve employment. This action has been supporting for ten
years but these goals have not yet been reached. The employment structure has been modified but unemployment is far from
being resorbed : the employment rate of population has not changed between the two 1966 and 1967 census. Migration's
movements to littoral poles are keeping up. Industrial setting up is often hastily choosen and makes the agricultural crisis
increase by drawing off lands and men. The incontestable industrial dynamism sets the problem of the connections with the new
sub-urban factories and the old town structures.
Citer ce document / Cite this document :
Mutin Georges. Implantations industrielles et aménagements du territoire en Algérie. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 55
n°1, 1980. pp. 5-37.
doi : 10.3406/geoca.1980.1263
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1980_num_55_1_1263de Géographie de Lyon, 1980/1 Revue
IMPLANTATIONS INDUSTRIELLES
ET AMENAGEMENT DU TERRITOIRE EN ALGERIE
par Georges Mutin
L'effort d'industrialisation de l'Algérie retient l'attention. La construction
rapide d'une industrie puissante a constitué l'objectif central, prioritaire, de
toute la politique de développement. Le nombre d'usines construites au cours
de ces dernières années est impressionnant. 400 projets dont 270 usines ont
été mis en production entre 1971 et 1977. Au titre du IIe Plan quadriennal
(1973-1977) 520 nouveaux projets dont 320 constructions d'usines ont été
programmés. L'ensemble du pays est concerné: 150 daïrate x sur 160 et 205
communes sur 704. Les investissements industriels sont en constante augment
ation. En 1967-69, ils s'élevaient à 1,8 milliard de Da/an, ils atteignent
15 milliards en 1977. Ils ont toujours représenté au moins 50 % de l'inves'
tissement total réalisé au cours de ces dernières années. La valeur ajoutée
industrielle est passée de 3,3 milliards de Dinars en 1963 à 31 milliards en
1977 (dont 22 pour les hydrocarbures) : elle compte ainsi pour 40 % dans
le P.I.B.
En l'état actuel, il est assez difficile de porter un jugement sur le niveau
de production de cet appareil industriel. Les informations manquent ; beau
coup d'unités sont à peine entrées en production. Par contre, l'irruption mass
ive du « fait industriel » dans un espace mal préparé à le recevoir, dans un
pays aux structures régionales et urbaines mal affirmées est à l'origine de
profondes mutations spatiales.
I. — Le modèle d'industrialisation et ses implications géographiques
A) La stratégie industrielle
1. Le modèle de développement élaboré il y a une dizaine d'années, est
fondé sur l'installation d'un appareil productif à forte capacité d'intégration
1. La daïra (pluriel daïrate) est une circonscription administrative correspondant à
l'arrondissement. La wilaya (pluriel wilayate) correspond au département. 6 G. MUTIN
entre des secteurs économiques progressivement diversifiés. Le pays entend
créer une « structure industrielle » à partir des deux « piliers » que constituent
la sidérurgie et le traitement des hydrocarbures. Ce sont là des « industries
industrialisantes » permettant à la fois, à l'amont de valoriser les ressources
en minerai de fer et en énergie et en aval d'entraîner des effets de façon à
créer un véritable tissu industriel.
2. Cette stratégie industrielle contribue à « intravertir » l'économie algé
rienne. L'industrie doit tout à la fois contribuer à moderniser ce qui demeurera
encore longtemps la source principale d'activité économique l'agriculture, et
trouver dans ce secteur qui rassemble une partie importante de la population,
les débouchés principaux ou d'appoint pour ses fabrications 2. A cette art
iculation fondamentale entre l'agriculture et l'industrie s'ajoute une procédure
d'intégration au sein du secteur industriel lui-même : la valorisation des pro
duits miniers et des hydrocarbures, leur transformation appelant la mise en
place d'une industrie sidérurgique, métallique, mécanique, d'une pétrochimie
afin de donner assise à un tissu national débouchant sur la production de
biens de consommation. Ainsi l'Algérie a opté pour la construction d'une base
industrielle dynamique susceptible d'entraîner, de polariser, d'industrialiser.
3. Ce type d'industrialisation nécessite des investissements au départ très
coûteux mais rendus possibles, en grande partie, par l'existence des revenus
tirés des hydrocarbures. « Les hydrocarbures financent le développement ».
La lourdeur des investissements est: encore renforcée par le choix systématique
effectué par les planificateurs en faveur des techniques les plus modernes :
les grandes échelles et les technologies de pointe. Ce choix implique la
construction d'unités de grande taille — voire géantes — et accroît le risque
de dépendance technologique à l'égard de l'engeneering international.
4. Cette industrialisation, planifiée, est entièrement aux mains de l'Etat,
seul maître des investissements et seul opérateur industriel par l'intermédiaire
des sociétés nationales.
B) L'industrialisation s'accompagne d'un projet de politique spatiale
Elle doit contribuer à redresser les disparités régionales léguées par la
colonisation. est conçue comme un facteur privilégié de la
politique d'aménagement du territoire. La volonté de « rééquilibrer » l'inté
rieur du pays par rapport aux zones littorales est nettement exprimée. L'usine
devrait permettre de fixer les populations sur place et de limiter la surcharge
démographique des zones côtières. Ce souci d'équité entre les régions, cette
volonté de lutter contre les disparités régionales constitue un élément déte
rminant dans les choix de localisations industrielles qui ne correspondent pas
toujours aux critères habituellement retenus en économie libérale.
Aux étapes techniques et économiques, aux différentes phases de plani
fication correspondent des étapes d'implantation géographique des usines qui
— très schématiquement — peuvent être présentées de la façon suivante :
2. G. Destannes de Bernies, Les industries industrialisantes et les options algériennes,
Revue Tiers Monde, T. XII, n° 47, juillet-septembre 1971. AMENAGEMENTS DU TERRITOIRE EN ALGERIE 7
1. La période 1967-73/74 se caractérise par les points suivants:
— L'équipement des pôles littoraux de croissance : Arzew voit sa capacité
d'exportation de pétrole portée à 22 millions de tonnes, tandis que l'usine
d'engrais azotés entre en fonctionnement dès 1970 et la raffinerie (2,5 millions
de tonnes) en 1972. Le haut fourneau d'El Had jar est mis à feu en 1969,
l'usine d'engrais phosphatés d'Annaba fonctionne en 1972. Enfin, le pôle
skikdi connaît un début d'aménagement.
— En même temps le pays achève la mise en place des industries de substi
tution pour lesquelles la participation du secteur privé est notable. L'effort
du secteur d'Etat est particulièrement sensible dans le domaine textile avec
l'entrée en production des cinq complexes de Dra Ben Khedda, Oued Tletat,
El Kerma, Batna et Constantine.
— Enfin l'industrialisation de la région algéroise se renforce avec le déve
loppement considérable de la zone industrielle de Rouiba (elle passe de 600
à 7 000 emplois) et la mise en chantier du « complexe » de Sidi Moussa près
d'Alger (industries métalliques, industrie du bois et du bâtiment, entretien
de matériel, etc.).
2. La période 1974-1979 est marquée par deux faits majeurs :
— Le renforcement considérable des pôles littoraux. Arzew voit sa
capacité d'exportation du gaz naturel liquéfié passer de 2 à 12 milliards de m3
avec l'inauguration de l'ensemble G.N.L. I en 1979. L'usine de méthanol
ouvre en 1975. En outre, d'importants travaux sont en cours : création du
nouveau port méthanier de Béthioua, mise en chantier des groupes G.N.L. II
et III. Skikda devient opérationnel en 1976 pour l'exportation du gaz liquéfié :
4,5 milliards de m3. Ses capacités sont en cours d'augmentation. Le complexe
polymère est actuellement en phase d'essai tandis que s'édifie la raffinerie
de 15 millions de tonnes. A El Hadjar de grands travaux sont entrepris
pour porter la capacité de production de 400 000 à 2 millions de tonnes d'acier.
— Second élément : l'industrie se diffuse à l'intérieur. Le tableau suivant,
loin d'être exhaustif, donne quelques indications sur les projets les plus
importants.
Plusieurs points méritent d'être relevés :
— un très grand nombre de villes sont concernées par des projets d'en
vergure : au moins une trentaine. Leur répartition traduit la politique sinon
de décentralisation, du moins de déconcentration industrielle. L'ensemble du
Tell est touché et l'industrie apparaît même dans des localités des Hautes-
Plaines. Des pôles régionaux sont en train de se constituer ;
— la volonté de rééquilibrage se traduit également par une certaine
priorité donnée dans les projets à l'Est du pays et à l'Oranie par rapport à
l'Algérois ;
— enfin cette industrialisation n'en est qu'à ses débuts : elle est amorcée
en 1974 mais ne s'accélère qu'en 1976-77 .11 faut évidemment compter avec
d'inévitables retards par rapport aux objectifs fixés. La plupart des usines
entrées en production ont été programmées pour le Ier Plan (1969-73). De
nombreux grands projets du IIe Quadriennal ne sont pas encore définitiv
ement arrêtés ou viennent seulement d'être mis en chantier. MUTIN G.
Date de: Nombre
d'emplois Localisation Activités entrée en début du en 1978
production chantier ou prévus
inaba - Consta ntinois - К abylie Est : région ď Ai
4000 Constantine 1973 Moteurs, tracteurs
Machines-outils 700 1976
Aïn Smara 1977 Pelles, grues 2 700
Sétif 1974 Piles et accumulateurs 500
Aïn Kebira 1978 Boulonnerie, visserie 1 100
Aïn Mlila 1979 ? Aciers spéciaux 2 000
Complexes préfabriqués légers 1 514
Transformation de produits El Eulma 1979 ? 1000
Electrolyse d'aluminium Msila 1979 2 000
1974 Cycles et motocycles 1500 Guelma
1973 Céramique, faïence 880
1974 Hadjar Soud Cimenterie 578
1973 Complexe papetier Souk Ahras 450
1977 Tizi Ouzou Electro-ménager 675
Oranie
Sidi Bel Abbès 1979 Sonelec 1645
1978 Machines agricoles 1500
1978 Boulonnerie, visserie Oued Rhiou 1200
1978 Téléphone Tlemcen 2 205
Tiaret 1976 Complexe lainier 1500
1975 Carrosserie industrielle 1322
1976 Cimenterie Zahana 515
Saïda 1979 400
Cartonnerie 993 1976
1974 Pâte à papier 774 Mostaganem
1976 Raffinerie sucre 560
Algérois
Vannes et fonderie Berrouaghia 1975 2 000
1975 Pompes 1249
Cheraga 1977 Boulonnerie, visserie 300
Meftah 1975 Cimenterie 670 Sidi Moussa Ensemble Sidi Moussa 7 000
Tableau 1. — Principales implantations industrielles de l' intérieur du pays
C) Les types d'implantation industrielle
Us sont relativement bien tranchés. Selon leur ancienneté, leur secteur
juridique d'appartenance et — dans une moindre mesure — leur type d'activité,
les établissements industriels se rattachent aux trois catégories suivantes : ■
AMENAGEMENTS DU TERRITOIRE EN ALGÉRIE 9
— l'implantation dans un tissu urbain ;
—en zone industrielle ;
— l'installation isolée en zone agricole.
1. Les implantations urbaines relèvent pour le plus grand nombre du
passé et notamment de la période coloniale. Elles caractérisent essentiellement
les villes portuaires. La ville d'Alger constitue de loin le foyer le plus import
ant : il compte quelques 70 000 emplois industriels localisés, pour plus de la
moitié, dans les quartiers Est (El Harrach : 17 %, Hussein Dey : 17 %,
Kouba-Birmandreis : 11 %, El Madania : 12 %) avec la concentration des
constructions mécaniques, chimiques, électriques tandis que les industries
alimentaires, textiles, celles du meuble et du cuir sont plus harmonieusement
réparties dans le périmètre urbain. Oran abrite également un certain nombre
d'industries : alimentaires, verreries et même une petite aciérie. Annaba
comptait en 1958 21 unités et 3 200 travailleurs. L'implantation urbaine
concerne aussi un certain nombre d'activités traditionnelles des villes pré
coloniales : activités artisanales de Blida, de Tlemcen (tapis), de Médéa
(chaussures), etc.
A ces implantations anciennes se sont ajoutées de 1967 à 1972, les
créations d'unités industrielles privées qui ont profité des avantages offerts
par le Code des Investisements promulgué en 1966. Plus de 700 projets auto
risant la création de 30 000 emplois ont été agréés. Il s'agissait en réalité
d'unités de petite envergure, parfois à activité plus commerciale que vérit
ablement industrielle, orientée vers les biens de consommation (textiles, produits
alimentaires, cuir, etc.). Ces créations nouvelles se sont en très grande major
ité localisées dans les régions littorales et notamment les villes : Alger et
Blida abritent 80 % des réalisations, Oran et Annaba se partageant le reste.
Nous connaissons grâce au travail qu'A. Gaidon a consacré au quartier de
Bab el Oued à Alger3, les conditions d'installation et le fonctionnement de
ces petites entreprises. Elles sont peu regardantes sur leur implantation. Les
unités de production — éparpillées dans le tissu urbain — occupent parfois
des locaux spécialisés, accolés ou intégrés à des immeubles d'habitation. Le
plus souvent ce sont des ateliers installés aux moindres frais, dans d'anciens
locaux commerciaux reconvertis, dans des logements du rez-de-chaussée, voire
dans les caves des immeubles à la limite des règles d'hygiène et de salubrité.
Le quartier n'est qu'un support : ces « activités industrielles » sont très
faiblement intégrées aussi bien en ce qui concerne l'origine de la main-d'œuvre
que l'écoulement de la production.
Il n'existe pratiquement pas d'établissements d'envergure, gérés par des
sociétés nationales, qui aient été implantées dans les villes récemment. L'usine
d'électrolyse du zinc de Ghazaouet 4 au cœur même de la cité est un cas
sans doute unique. Les 15 hectares cédés à l'usine compromettent le dévelop
pement du port de pêche et l'implantation urbaine d'une industrie polluante
ne paraît pas très heureuse.
3. Annick Gaidon, Bab-el-Oued ; la vie industrielle dans un quartier d'Alger, Mémoire
de maîtrise, 218 p. dactyl. Institut de Géographie d'Alger. Université Lyon II, 1976.
4. Bouziane Semmoud, L'industrialisation de Ghazouet, Etude de localisation industrielle,
implications géographiques, 30 p. ronéo., 8 fig. et cartes, Oran, 1977 et Cahiers géographi
ques de l'Ouest, Université d Oran, 1979, nos 2-3. 10 G. MUTIN
2. La plupart des usines nouvelles sont installées en zones industrielles.
Ce choix systématique des zones industrielles est constant. L'impulsion
a été donnée par le plan de Constantine au cours des dernières années de
domination coloniale. La zone industrielle de Rouiba-Réghaïa : 1 000 ha à
25 km à l'Est d'Alger a été la première, créée en 1957. Elle abrite des
établissements industriels dès 1959-1960. A la même époque la zone du Tletat
est aménagée à 25 km d'Oran. Dans l'Est du pays à El Hadjar, 116 hectares,
dans un premier temps, sont destinés à recevoir le centre sidérurgique.
Des terrains sont également prévus à Constantine et dans d'autres
villes. L'aménagement des zones entra en sommeil avec la période d'Indépen
dance et la post-Indépendance. La politique d'industrialisation entreprise
depuis 1967 ne remet cependant pas en cause cette politique d'implantation.
L'aménagement des zones dans les régions littorales fut parachevée, certaines
ont été notablement agrandies et actuellement, partout de nouvelles zones
voient le jour. La Caisse Algérienne d'Aménagement du Territoire (C.A.D.
A.T.) constitue l'outil de cette politique. Les critères d'implantation sont
précisés par une circulaire du Ministère des Travaux Publics du 30 avril
1975. La nécessité de créer des zones industrielles se justifie par l'importance
du programme d'industrialisation. En principe la localisation industrielle
urbaine n'est pas rejetée ; « les zones doivent abriter les activités
de par leur nature incompatibles avec l'habitat, ne pouvant être implantées à
proximité des lieux d'habitation ». En fait, toutes les créations importantes
s'effectuent en zone industrielle.
Une cinquantaine de villes disposent ou vont disposer de leur zone indust
rielle. Elles se répartissent sur l'ensemble du territoire national : 10 villes du
littoral, 12 dans les plaines et bassins intérieurs, 7 dans l'Atlas tellien, 8 dans
la frange nord des Hautes Plaines, 7 dans leur partie steppique et 5 dans la
zone désertique 5. Les zones aménagées ou en cours d'aménagement sont de
très grande taille. A Skikda s'édifie la plus vaste du pays avec 2 000 hectares ;
à Rouiba-Réghaïa près d'Alger, les usines occupent progressivement les 1 000
hectares qui leur ont été réserevés ; à Arzew les terrains destinés à l'industrie
s'étendent sur plus de 1 000 hectares. A l'intérieur il est vrai, les superficies
sont moins impressionnantes : elles restent dans le plus grand nombre des
cas comprises entre 100 et 500 hectares6.
Enfin, ces zones industrielles sont toutes localisées fort loin des orga
nismes urbains : 7-8 km et parfois 20 et 25 km dans les régions littorales
comme nous l'avons noté plus haut. Elles ne sont pas en situation péri ou
5. Nadir BouMAZa, Aspects territoriaux de la localisation des zones industrielles. Ap
proche sommaire des effets spatiaux de l'industrialisation. Cahiers de l'aménagement de
l'espace, Alger, n° 1, pp. 96-116.
6. Parmi les zones aménagées ou en cours d'aménagement :
— dans l'Est du pays: Batna : 780 ha; Chelgoum el Aïd : 215 ha; Barika : 120 ha; Ain
Beïda : 130 ha ; Khenchela : 70 ha ; Msila : 150 ha ; Annaba-Medjouba : 230 ha ; Azzaba :
173 ha ; Bordj bou-Arreridj : 350 ha ; Jijel : 120 ha ; El Eulma : 250 ha.
— en К aby lie : Bejaia : 390 ha ; Bouira : 260 ha.
— dans l'Algérois: Blida : 190 ha; Berrouaghia : 130 ha; El Asnam : 130 ha; Médea;
Ksar el Boghari.
— en Oranie : Sig : 120 ha; Oran es Senia : 525 ha; Mostaganem : 208 ha; Ain Temout-
chent : 130 ha ; Tiaret : 388 ha ; Mascara : 165 ha ; Tlemcen : 196 ha.
— dans le Sahara : Laghouat : 200 ha ; Touggourt : 207 ha. AMENAGEMENTS DU TERRITOIRE EN ALGERIE 11
sub-urbaine, L' « exurbanisation mais » franchement est donc de règle. installées au milieu des terres agricoles.
3. L'implantation en milieu agricole d'unités isolées se rencontre égale
ment. C'est le cas d'un certain nombre d'industries liées à la présence des
matières premières : les cimenteries. En Mitidja orientale, une cimenterie
géante de 1 million de tonnes, accompagnée d'une usine de siporex et
d'amiante-ciment est installée depuis 1976, dans la commune de Meftah, sur
90 hectares au milieu des orangers et des cultures légumières. De tels exemp
les ne manquent pas. Dans les plaines littorales, notamment dans les cam
pagnes algéroises, un certain nombre d'entreprises privées, de taille plus
réduite, se sont installées aussi ces dernières années dans les douars ou bien
sur des terrains communaux proposés par les municipalités.
Au total, la politique suivie en matière d'implantation industrielle en
Algérie n'est pas particulière. Elle n'est qu'une illustration de la tendance
générale qui s'impose depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale et plus
particulièrement depuis 1960.
D) Les emplois industriels : les plaines littorales et sub -littorale s sont
favorisées
1. Le niveau de l'emploi industriel et son évolution récente
En fin d'année 1976, les statistiques du Secrétariat d'Etat au Plan est
imaient les emplois industriels salariés (B.T.P. exclus) à 323 000: 251000
pour le secteur public et 72 000 pour le secteur privé. En tenant compte des
emplois non salariés du secteur privé, on peut envisager le chiffre global de
380 000 à 400 000 emplois. Au cours des dix dernières années, la progression
de l'emploi industriel salarié s'est effectué selon les rythmes suivants :
Emplois
Emplois créés
en début en fin
de période de période
Plan triennal 1967 Л 969 52 000 109 000 161000
Plan quadriennal 1970-1973 76 000 161000 237 000
Plan 1974-fin 1976 86 000 237 000 323 000
Tableau 2. — Evolution de l'emploi industriel (1966-1976)
Ainsi, en un peu plus de 10 ans, les emplois salariés industriels ont plus
que triplé : 214 000 emplois nouveaux ont été créés, soit une moyenne annuelle
de 22 000. On relève également une accélération du rythme des créations
d'emplois au fur et à mesure qu'avance la planification. Les moyennes an
nuelles de créations passent de 17 000 pendant le Plan triennal à 19 000 puis
34 400 avec les deux Plans quadriennaux.
En première estimation cet effort peut paraître insuffisant eu égard à la
masse considérable des chômeurs que le pays comptait au lendemain de 12 G. MUTIN
l'Indépendance et à l'importance du croît démographique qui fait désormais
arriver chaque année sur le marché du travail des classes d'âge de l'ordre de
300 000 (jeunes gens et jeunes filles). Leur nombre ne fera d'ailleurs que
croître à l'avenir. Pour la durée du IIe Plan Quadriennal (1974-1977), les
services du Plan ont estimé la demande additionnelle d'emplois 7 à 520 000
actifs (470 000 hommes et 50 000 femmes) soit une moyenne annuelle de
130 000. De tels chiffres ont souvent été utilisés pour critiquer la politique
industrielle algérienne incapable de régler le problème de l'emploi. En fait,
il faut aussi compter avec les emplois induits qui sont beaucoup plus nom
breux que les emplois proprement industriels. En raison même du type d'in
dustrialisation retenu (priorité aux industries de base, implantations de grandes
unités), le secteur du Bâtiment et des Travaux Publics fait preuve d'un
étonnant dynamisme. Les chantiers sont nombreux et très étoffés. Quelques
exemples nous le montrent. Alors que les usines de la zone industrielle de
Msila, dans les Hautes Plaines, offriront dans une première phase 2 200
postes de travail, 4 500 travailleurs sont actuellement employés pour leur
construction. Les travaux actuels de développement de la zone industrielle
d'Arzew et de Bethioua exigent la présence de plus de 9 000 travailleurs. A
Sidi Bel Abbés, le chantier du complexe électronique occupe 5 000 personnes,
l'usine offrira 1 645 emplois dans un premier temps et 5 800 en production
finale. Très souvent, le bâtiment et les travaux publics permettent d'anticiper
la création d'emplois purement industriels. Tout récemment, devant le retard
accumulé en matière de logements et l'ampleur des besoins insatisfaits, une
politique en faveur de l'habitat vient d'être lancée : elle multiplie encore les
emplois dans ce secteur. Fin 1976, selon les services du Plan, l'emploi salarié
dans les B.T.P. est évalué à 196 000 dont 106 000 pour le secteur privé. La
sous-évaluation est manifeste. Les premiers résultats du recensement de la
population de 1977 font apparaître pour la branche un effectif de 345 000
(salariés et non salariés). A cela s'ajoutent les emplois créés dans le secteur
des transports, des services et du commerce, de l'administration. La compar
aison des deux recensements de 1966 et 1977 permet de dresser un bilan
approximatif. En 1966, on dénombrait 801 600 emplois non agricoles dans
le pays et 1 644 800 en 1977. En 11 ans, on compte environ 842 000 emplois
supplémentaires, soit une création en moyenne annuelle de 76 000 emplois.
Les créations d'emplois se sont accélérées d'ailleurs en fin de période. Dans
un discours de 1977, le président Boumédienne 8 précisait que le «rythme
annuel des créations de postes de travail s'est élevé sans cesse pour atteindre
100 000 emplois nouveaux dans l'économie non agricole».
En dépit des efforts accomplis, le chômage est loin d'être résorbé tota
lement. De 1966 à 1977, la population résidente est passée de 11,8 millions
à 16,6 millions d'habitants. Pendant la même période, l'exode rural, le déles
tage des campagnes se sont amplifiés, l'emploi agricole a diminué 9.
7. Demande additionnelle : nombre de jeunes arrivant chaque année sur le marché du
travail à la recherche de leur premier emploi, diminué de ceux qui libèrent un emploi.
8. Discours devant l'Assemblée Populaire Nationale du 31 mars 1977.
9. Là encore, la comparaison entre les deux recensements est éclairante. Alors que,
pendant la période intercensitaire 1966-1977 l'emploi non agricole a doublé, passant de
800 000 à 1 600 000, l'emploi agricole a diminué de 25 % passant de 919 000 à 692 160. La
population effectivement occupé en 1977 serait de 2 336 000 et de 1 720 000 en 1966. Le
taux d occupation (% des occupés/population résidente) est resté inchangé : 14,5 %. AMÉNAGEMENTS DU TERRITOIRE EN ALGÉRIE 13
EX IS TANTS ^ X\EN COURS 8 PROJETS