La chimie de base : données pour un diagnostic - article ; n°1 ; vol.91, pg 45-67
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Economie et statistique - Année 1977 - Volume 91 - Numéro 1 - Pages 45-67
La chimie de base en France représente, avec 51 milliards de francs de chiffre d'affaires, 6 % de l'ensemble des ventes du secteur industriel (hors industries agricoles et alimentaires et entreprises de moins de 10 salariés). C'est une industrie très capitalistique, concentrée, fortement exportatrice (40,7 % de sa production, 8,9 % des exportations françaises) et faisant un grand effort de recherche. Elle comporte deux grands secteurs : la chimie minérale (engrais, chlore...) et la chimie organique qui livre sur le marché de nombreux produits (notamment les matières plastiques), issus d'un nombre réduit de matières de base en provenance essentiellement de la distillation du pétrole. Ayant connu un démarrage plus tardif que ses concurrentes étrangères, l'industrie chimique française a commencé à combler son retard à partir des années soixante. En vue d'améliorer sa rentabilité, elle a effectué des investissements considérables et entrepris des restructurations. Ces transformations allaient porter leurs fruits lorsqu'éclata la crise du pétrole en octobre 1973. La reprise de 1976 est-elle suffisante pour en effacer les séquelles? Faisant le bilan de l'évolution de la chimie de base au cours des dix dernières années, l'article de Louis Marthey fournit des éléments de réponse à cette question.
The chemical industry : data for a diagnosis - The chemical industry in France represents, with a turnover of 51 billion francs, 6 % of the overall sales in the industrial sector (not including the agricultural and food industries and firms with less than ten employees). It is a highly capitalistic and concentrated industry, a major exporter (40 % of its production is exported — 8.9 % of French exports) and it maintains a great research effort. It consists of two broad sectors: mineral chemistry (fertilizers, chlorine) and organic chemistry, which provides the market with numerous products (notably plastics) derived from a limited number of base substances obtained essentially from petroleum refining. Although it got off to a late start compared with its foreign competitors, the French chemical industry began to catch up in the early sixties. In order to increase its profitability, considerable investments were made and structural changes were undertaken. These transformations were beginning to pay off when the oil crisis struck in October of 1973. Will the recovery of 1976 be sufficient to eliminate the remaining after-effects of the oil crisis? By analysing the evolution of the chemical industry over the past ten years, the article of Louis Marthey attempts to provide an answer to this question.
La química básica : datos para un diagnóstico - La química básica en Francia representa con un giro de 51 mil millones de francos, un 6 % del conjunto de ventas de la rama industrial (excluyendo a las industrias agrícolas y alimentarias y las empresas que emplean menos de diez asalariados). Es una industria sumamente capitalística, concentrada, harto exportadora (un 40,7 % de su producción, un 8,9 % de las exportaciones francesas) y llevaba a cabo un gran esfuerzo de investigación. Comprende dos ramas de consideración : la química mineral (abonos, cloro, ...) y la quimica orgánica que suministra al mercado numerosos productos (especial mente materias plásticas) provenientes de un número reducido de materias básicas sacadas esencialmente de la distilación de petróleo. La industria qufmica francesa que experimentó un désarrollo más tardío que sus competidores extranjeros comenzó a compensar su retraso a partir de los an os del 60. Con miras a mejorar su rentabilidad, llevó a cabo inversiones considerables y emprendió reestructuraciones. Tales transformaciones hubieran surtido efecto de no haber estallado la crisis petrolera del ano 1973. ¿ Bastará la reactivación del ano 1976 para superar sus consecuencias? El artfculo de Louis Marthey, que hace el balance de la química de base en el transcurso de los diez ultimo anos, suministra elementos de respuesta a la interrogante planteada.
23 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1977
Nombre de lectures 53
Langue Français
Poids de l'ouvrage 4 Mo

Exrait

Monsieur Louis Marthey
La chimie de base : données pour un diagnostic
In: Economie et statistique, N°91, Juillet-Août 1977. pp. 45-67.
Citer ce document / Cite this document :
Marthey Louis. La chimie de base : données pour un diagnostic. In: Economie et statistique, N°91, Juillet-Août 1977. pp. 45-67.
doi : 10.3406/estat.1977.3124
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/estat_0336-1454_1977_num_91_1_3124Résumé
La chimie de base en France représente, avec 51 milliards de francs de chiffre d'affaires, 6 % de
l'ensemble des ventes du secteur industriel (hors industries agricoles et alimentaires et entreprises de
moins de 10 salariés). C'est une industrie très capitalistique, concentrée, fortement exportatrice (40,7 %
de sa production, 8,9 % des exportations françaises) et faisant un grand effort de recherche. Elle
comporte deux grands secteurs : la chimie minérale (engrais, chlore...) et la chimie organique qui livre
sur le marché de nombreux produits (notamment les matières plastiques), issus d'un nombre réduit de
matières de base en provenance essentiellement de la distillation du pétrole. Ayant connu un
démarrage plus tardif que ses concurrentes étrangères, l'industrie chimique française a commencé à
combler son retard à partir des années soixante. En vue d'améliorer sa rentabilité, elle a effectué des
investissements considérables et entrepris des restructurations. Ces transformations allaient porter
leurs fruits lorsqu'éclata la crise du pétrole en octobre 1973. La reprise de 1976 est-elle suffisante pour
en effacer les séquelles? Faisant le bilan de l'évolution de la chimie de base au cours des dix dernières
années, l'article de Louis Marthey fournit des éléments de réponse à cette question.
Abstract
The chemical industry : data for a diagnosis - The chemical industry in France represents, with a
turnover of 51 billion francs, 6 % of the overall sales in the industrial sector (not including the agricultural
and food industries and firms with less than ten employees). It is a highly capitalistic and concentrated
industry, a major exporter (40 % of its production is exported — 8.9 % of French exports) and it
maintains a great research effort. It consists of two broad sectors: mineral chemistry (fertilizers, chlorine)
and organic chemistry, which provides the market with numerous products (notably plastics) derived
from a limited number of base substances obtained essentially from petroleum refining. Although it got
off to a late start compared with its foreign competitors, the French chemical industry began to catch up
in the early sixties. In order to increase its profitability, considerable investments were made and
structural changes were undertaken. These transformations were beginning to pay off when the oil crisis
struck in October of 1973. Will the recovery of 1976 be sufficient to eliminate the remaining after-effects
of the oil crisis? By analysing the evolution of the chemical industry over the past ten years, the article of
Louis Marthey attempts to provide an answer to this question.
Resumen
La química básica : datos para un diagnóstico - La química básica en Francia representa con un giro de
51 mil millones de francos, un 6 % del conjunto de ventas de la rama industrial (excluyendo a las
industrias agrícolas y alimentarias y las empresas que emplean menos de diez asalariados). Es una
industria sumamente capitalística, concentrada, harto exportadora (un 40,7 % de su producción, un 8,9
% de las exportaciones francesas) y llevaba a cabo un gran esfuerzo de investigación. Comprende dos
ramas de consideración : la química mineral (abonos, cloro, ...) y la quimica orgánica que suministra al
mercado numerosos productos (especial mente materias plásticas) provenientes de un número
reducido de materias básicas sacadas esencialmente de la distilación de petróleo. La industria qufmica
francesa que experimentó un désarrollo más tardío que sus competidores extranjeros comenzó a
compensar su retraso a partir de los an os del 60. Con miras a mejorar su rentabilidad, llevó a cabo
inversiones considerables y emprendió reestructuraciones. Tales transformaciones hubieran surtido
efecto de no haber estallado la crisis petrolera del ano 1973. ¿ Bastará la reactivación del ano 1976
para superar sus consecuencias? El artfculo de Louis Marthey, que hace el balance de la química de
base en el transcurso de los diez ultimo anos, suministra elementos de respuesta a la interrogante
planteada.La chimie de base :
données pour un diagnostic
par Louis MARTHEY •
A la veille de la crise, la chimie de base française était en plein essor : la production de la chimie
organique notamment avait progressé de 19,2% en 1973. Après une longue période de restructuration
rendue nécessaire par une concurrence vigoureuse sur les marchés extérieurs, elle paraissait être dans
d'excellentes conditions pour asseoir sa croissance sur une structure financière saine et engager le
lourd programme d'investissements qu'exigeait la saturation de son appareil de production.
La crise a-t-elle remis en cause ces perspectives et la reprise de 1976 est-elle suffisante pour en effacer
les séquelles ? Des éléments de réponse à ces questions se trouvent dans le bilan présenté ici qui
concerne l'évolution de la chimie de base au cours des dix dernières années et sa situation actuelle.
L'image traditionnelle de la chimie des laboratoires à années 60, notamment dans le domaine des produits de
« paillasses » blanches encombrées de flacons tend à s'effacer base de la chimie organique.
devant la réalité industrielle moderne des grandes firmes. Mais d'une part la nécessité de faire face à une concurrence En France, en 1974, l'industrie chimique au sens large vigoureuse sur les marchés extérieurs, d'effectuer des (chimie de base, parachimie et pharmacie) c'était 90 milliards investissements représentant des dépenses considérables, de F de chiffre d'affaires et une valeur ajoutée de 22,5 mil et d'autre part la forte pénétration des sociétés étrangères liards de F, soit environ 2,2% du produit intérieur brut dans les secteurs les plus dynamiques ont poussé les entremarchand 1. prises françaises à entreprendre un grand effort de restructu
ration pour améliorer la rentabilité du secteur. La chimie dite « de base » à laquelle on s'intéresse plus
particulièrement ici représentait, en 1974, avec 51 milliards Ces transformations allaient porter leurs fruits lors-
de F de chiffre d'affaires hors taxes, 6 % de l'ensemble des qu'éclata la crise du pétrole en octobre 1973. Quel bilan ventes du secteur industriel (hors industries agricoles et se dégage de l'évolution qu'a connue la chimie de base au alimentaires) recensé dans l'enquête annuelle d'entreprises cours des dix dernières années? Quelle est sa situation (c'est-à-dire les entreprises de plus de 10 salariés). Cette actuelle? L'article présenté ici fournit un certain nombre de industrie (classe 17 de la nomenclature d'activités et de données pour la réponse à ces questions. L'année 1973 y produits) * correspond, rappelons-le, à la mise en œuvre servira souvent de référence car elle termina la phase de de techniques à proprement parler chimiques, c'est-à-dire croissance rapide qui a précédé la crise. la création et la modification de molécules, par opposition
à la parachimie qui fait davantage appel à des opérations de Dresser un tel bilan suppose de commencer par décrire
mélange et de conditionnement (par exemple la fabrication rapidement, sinon les technologies mises en oeuvre dans
de lessives et détergents). Elle comporte deux grands sec cette industrie, du moins ses principaux aspects technico-
teurs : la chimie minérale et la chimie organique. économiques, c'est-à-dire les produits qu'elle utilise, ceux
qu'elle livre et le processus de production qui fait passer La chimie de base est dans l'ensemble une industrie des uns aux autres. jeune. En particulier, une part importante de la chimie
organique, bien qu'elle s'appuie sur des fabrications connues
dès le XIX* siècle, n'existait pas il y a une trentaine d'années.
Elle a connu une forte expansion qui s'est traduite par un * Louis Marthey faisait partie de la division « Synthèse des biens et services, comptes des entreprises » du département « Entreprises » de l'INSEE. taux de croissance en volume, supérieur depuis plus de
1. Le produit intérieur brut marchand ou « PIB marchand » remplace, dans le dix ans à celui de l'ensemble de l'industrie française. nouveau système de comptabilité nationale, l'ancien concept de production intérieure brute. Cf. Georges Consolo : « Le nouveau système de comptabilité nationale », Economie et statistique, n° 75, février 1976, et « Le système élargi Ayant connu un démarrage plus tardif que ses concurrentes de comptabilité nationale », Les collections de l'INSEE (série n° 44-45). étrangères, l'industrie chimique française a commencé à 2. La nomenclature d'activités et de produits (1973) est publiée aux Journaux combler une partie de son retard à partir du milieu des officiels, 26, rue Desaix, 75732 Paris Cedex 15 (n° 1402-1-1976).
45
7 671010 5 50 tonnes en 1974 pour une capacité mondiale de 3 milliards de Les matières premières :
tonnes, la France produit 6 millions de tonnes de naphta). surtout des sels et du pétrole
La distillation du pétrole dans les raffineries conduit, en
effet, à la production de mélanges hétérogènes, appelés Si l'on exclut les consommations de produits chimiques « coupes pétrolières ». A température d'ébullition croispar la chimie elle-même (intraconsommations), il faut bien sante, on distingue ainsi les gaz combustibles (méthane, dire que la gamme des autres matières premières utilisées propane, butane...), les essences légères (naphta), les superpar cette industrie est très réduite. En dehors de l'air carburants, les gas-oils, les fuels et les goudrons. Comme la (industrie des gaz comprimés), de l'eau et de l'électricité nature de la « charge » (pétrole brut utilisé) de la raffinerie (source d'énergie mais aussi « matière première » irrem influe peu sur les proportions respectives de ces différentes plaçable dans l'électrolyse), la chimie consomme essentiell coupes, il est pratiquement impossible d'ajuster, pour ement des sels : chlorure de sodium, sels de potasse et phos chacun d'eux, l'offre à la demande. De fait, au moins jusphates (minéraux divers au sens de la classe 14 de la Nomenc qu'en 1974 en France, il s'agissait surtout, pour les raffineurs, lature d'activités et de produits), des « coupes » pétrol d'alimenter le marché des carburants automobiles et des ières et du gaz naturel. fuels; la très vive croissance de ces marchés a entraîné des
excédents de plus en plus importants de naphta. Dès lors,
le traitement du naphta par les chimistes apparaît d'autant • Les sels
plus intéressant que la carbochimie n'arrive pas, de son
côté, à satisfaire la croissance de la demande en hydroLa production française du chlorure de sodium (le sel)
carbures aliphatiques linéaires (dont les oléfines). L'exploiest de l'ordre de 6 millions de tonnes (1974). L'industrie
tation des coupes pétrolières donne alors naissance à une chimique en consomme environ 85 %, le solde étant destiné
gamme de produits chimiques de base plus abondante et à l'alimentation, la pêche, l'agriculture, le déneigement des
plus variée et conduit à des modifications profondes dans la routes. Produit pondéreux, le sel ne peut, sans inconvén
chimie de base et plus particulièrement dans la chimie ient, être transporté sur de longues distances : aussi
organique. est-il le plus souvent utilisé sur le site d'extraction (ceci
explique en partie la faiblesse des échanges extérieurs de ce
Néanmoins, paradoxalement, le développement de la produit). La production française de potasse satisfait égal
demande en oléfines, outre évidemment la dépendance de la ement la demande intérieure (la France est le 6* producteur
France en matière d'importations de pétrole, pose un mondial avec environ 2 millions de tonnes de chlorure de
problème important à la chimie. La croissance du marché potassium obtenues par épuration de la potasse brute ou
des oléfines s'est accompagnée, en effet, d'une croissance sylvinite)3. Le chlorure de potassium sert principalement
des besoins en produits aromatiques (benzène et dérivés). dans la fabrication d'engrais pour l'agriculture (engrais sim
Mais contrairement à ce qui s'était produit dans le cas des ples ou engrais composés produits par la chimie minérale).
oléfines, la pétrochimie n'a pu apporter une réponse réellEn revanche, les phosphates, également destinés à la fabrica
ement satisfaisante. Les aromatiques sont, en effet, des tion d'engrais, sont massivement importés d'Afrique du Nord.
additifs précieux pour améliorer l'indice d'octane des carbuCinq millions de tonnes ont ainsi été importées en 1974
rants4. Il en est résulté une âpre concurrence entre les (pour une valeur d'environ 1 milliard de F). Cette dépen
chimistes et les pétroliers eux-mêmes sur ces produits. dance peut s'accompagner de vives tensions sur les prix :
L'autorisation accordée récemment à une entreprise natiode 12 $ la tonne en 1973 pour la qualité 75 BPL (phosphates
nale chimique française de raffiner du pétrole peut limiter de teneur en acide phosphorique de 34,33 %), les prix sont
cette concurrence, la synthèse chimique directe des aromatpassés à 65 $ la tonne en juillet 1974 puis à 68 $ la tonne
iques (benzène) ayant, jusqu'à présent, des coûts prohiben juillet 1975 avant de retomber à 48 $ la tonne en février
itifs. 1976 à la suite d'une forte contraction de la demande.
A l'inverse de ce qui s'est passé aux États-Unis, le gaz
• Le charbon, le pétrole et le gaz naturel naturel est peu utilisé pour produire des oléfines (par
craquage de l'éthane). Le gaz naturel importé pour usage
chimique sert surtout à fabriquer de l'ammoniac et du Au début du siècle, naît la carbochimie latérale (utilisant
les produits résiduels de la fabrication du coke sidérurgique) méthanol. Le gaz de Lacq fournit par épuration du gaz
alors que se perpétue la de masse (utilisant combustible et du soufre (1 800 000 tonnes de soufre en
le charbon lui-même comme matière première). Cette der
nière, peu compétitive et incapable de faire face au dévelop
pement rapide de la demande, est ensuite abandonnée. A son
tour, la carbochimie latérale décline dans les années ci
3. A noter, cependant, que l'activité des mines de potasse d'Alsace, seul pronquante du fait de la stagnation de la production de coke. ducteur français, se heurte à de graves problèmes de pollution (rejet dans le Rhin d'importantes quantités de chlorure de sodium, produit « fatal > de l'épuration). C'est alors que l'industrie chimique découvre une matière
•4. L'introduction de plomb tétraéthyle dans l'essence a pu permettre une de base abondante et bon marché, tirée du pétrole : le légère détente sur le marché des aromatiques mais la définition de normes assonaphta (avec une capacité de raffinage de 170 millions de ciées à la lutte contre la pollution limite fortement l'utilisation de ce produit.
46 via l'h/drogène sulfuré). L'utilisation directe d'une par production d'acide sulfurique utilisé essentiellement pour la 1974
tie de l'hydrogène sulfuré contenu dans le gaz de Lacq a très fabrication d'engrais, qui était le critère de la « puissance »
de l'industrie chimique. Jusqu'en 1960, la production de rapidement concurrencé la thiochimie (chimie des produits
contenant du soufre) issue du traitement des pyrites et des chlore, techniquement liée à celle de la soude (electrolyse),
autres sulfures métalliques. Si la France est encore l'un des était surabondante et limitait la production de soude.
Depuis quelques années, c'est l'inverse qui tend à se passer. principaux exportateurs de soufre, l'épuisement du gis
Certes, techniquement, l'excédent actuel de soude peut serement de Lacq (prévu dès 1983) devrait, à terme, renverser
vir et sert parfois à fabriquer du carbonate de soude mais, la situation, la désulfu ration des coupes pétrolières nécessitée
plus compétitif bien que centenaire, le procédé à l'ammoniac par la lutte contre la pollution ne pouvant fournir que des
quantités relativement faibles de soufre (100 000 tonnes en (procédé Solvay) a la préférence des industriels.
1974).
L'industrie des engrais constitue l'activité principale de
la branche. La filière est facile à décrire. Partant du soufre Ayant ainsi rapidement passé en revue les problèmes que
rencontre la chimie de base dans ses approvisionnements en (schéma I), on fabrique de l'acide sulfurique qui sert à
attaquer les phosphates pour donner de l'acide phospho- matières premières, on va maintenant décrire — de manière
rique et/ou des engrais phosphatés simples, utilisables simplifiée car il s'agit d'un domaine complexe et sans cesse
mouvant — les produits issus de cette industrie, ou plus directement par l'agriculteur. L'acide phosphorique peut
ensuite être mélangé à une nouvelle quantité d'acide sulfuprécisément des deux grands secteurs de cette industrie :
rique pour donner des superphosphates enrichis ou concentla chimie « minérale » et la chimie « organique ».
rés, également vendus aux agriculteurs. Cependant,
l'agriculteur cherche souvent à associer différents éléments
fertilisants. La fabrication d'engrais s'est donc rapidement
Deux grandes catégories de produits tournée vers les engrais composés contenant deux ou
trois éléments fertilisants (azote, phosphore ou potassium).
Il existe plus d'une centaine de formules de composition.
On distingue en effet traditionnellement les produits de Ces engrais composés sont obtenus soit par mélange, soit
la chimie minérale et ceux de la chimie organique. Les par voie chimique. Dans le premier cas, l'opération peut premiers sont issus principalement de produits minéraux s'effectuer ailleurs que sur le site de production des princet formés d'associations d'atomes divers mais en nombre ipaux composants. Dans le cas de l'apport d'azote ou de
limité (rarement plus de vingt). Les seconds, au contraire, potassium par voie chimique, les entreprises ont intégré sont composés essentiellement d'atomes de carbone et sur le site de la filière des engrais phosphatés, celle des d'hydrogène et constituent des édifices moléculaires com engrais azotés et même celle des engrais potassiques.
plexes de plusieurs dizaines d'atomes.
L'accroissement des besoins des agricultures française
Les deux industries diffèrent principalement par la nature et étrangères a entraîné le développement d'unités de des matières premières utilisées (et, notamment par le production gigantesques dont l'implantation est commandée degré de dépendance vis-à-vis de l'étranger qui en découle), par le souci de limiter les frais de transport : implantation
par l'existence ou non de filières dominantes et, enfin, dans les zones portuaires (transport maritime des phosphatpar leurs taux de croissance respectifs. es; proximité des raffineries produisant le naphta), dans
le Nord-Est (gaz naturel) ou dans l'Est (gaz naturel; potasse).
Les capacités des nouvelles installations sont de l'ordre de • La chimie minérale, une industrie 1 000 t/j d'ammoniac, 1 500 t/j d'acide sulfurique... Il semble parvenue à maturité cependant qu'un accroissement de la taille des unités de
production doive être exclu en raison de la difficulté d'asLa croissance de la chimie minérale est plus lente que celle surer la fiabilité de très grosses unités de production et de la chimie organique depuis une dizaine d'années (7 % du fait que les interruptions accidentelles ont des incidences contre 16 %, pour le rythme de croissance annuel du croissantes avec la taille des unités. volume de la production). Les ventes totales ont repré
senté 17 milliards de F en 1974 et le commerce exté Si l'agriculture est le premier client de la chimie minérale
rieur, globalement équilibré, 4 milliards de F. La chimie (6 milliards de F d'engrais composés et 2 milliards de F
minérale produit, à parts à peu près égales, des engrais d'engrais azotés en 1974) 5, son second client n'est autre
dont la filière de production est assez homogène et des que la chimie minérale elle-même qui (intra) consomme
produits à usage industriel, issus de filières plus courtes une grande partie des produits qu'elle fabrique. Viennent
et assez largement indépendantes. Les produits à usage ensuite la chimie organique, la parachimie et la pharmacie,
industriel sont très nombreux (encadré p. 50) et il n'est l'énergie et le bâtiment-travaux publics (tableau 1).
pas question de les passer systématiquement en revue. On
se contentera de signaler que l'indicateur d'efficacité de la
chimie minérale est aujourd'hui la production de chlore,
dont le développement a été entraîné par celui de la chimie
de 5. la Outre potasse, les des engrais phosphates chimiques, moulus, l'agriculture des scories... achète des amendements calcaires» organique, alors qu'il y a une dizaine d'années c'était la
LA CHIMIE DE BASE 47
7. I
Amont hors chimie SCHÉMA I
Chlorure de L'industrie des engrais : Naphta Gaz naturel Pyrites métalliques et sulfures naturels Phosphates potassium la filière de production
Soufre
1711*
Acide Ammoniac sulfurique 1712*
Acide nitrique Acide Nitrate d'ammoniaque phosphorique 1716»
r
r* ~l
Engrais azotés Engrais Engrafe phosphatés composés
I
1717* 1718* 1719*
Agriculture
* Les numéros renvoient à la nomenclature d'activités et de produitt (NAP 1973).
• La chimie organique : et/ou des produits de base différents. Cette arborescence
des milliers de produits rend difficile la description 6. Aussi présenterons-nous assez
globalement les filières de production et ne donnerons-nous
A ses débuts, la chimie organique n'utilisait que des d'indications plus détaillées que sur les matières plastiques
extraits de produits naturels (huile de ricin, opium...). non transformées.
Bien entendu, dès que possible, l'exploitation des produits La chimie organique de synthèse (groupe 17-21 de la naturels, qui ne permettait pas de satisfaire la demande, Nomenclature d'activités et de produits -NAP 1973) se situe a été remplacée par des procédés de synthèse utilisant des en amont (schéma II). Une première étape permet d'obtenir, produits banals. Les chimistes ne savent pas encore synthét surtout à partir du naphta, des produits de base hydroiser toutes les molécules (notamment dans le domaine des carbonés à réactivité élevée (ou de première principes actifs à usage thérapeutique); néanmoins, la
chimie organique livre sur le marché des milliers de produits
issus d'un nombre réduit de matières de base (provenant
6. Ceci est un inconvénient mineur. En revanche, il est plus important de noter presque toutes de la distillation du pétrole). La complexité que la souplesse des procédés envisageables complique fortement les décisions de cette industrie est encore accrue par le fait qu'une même de production ou d'investissement des firmes qui, en particulier, doivent tenir compte des débouchés des ce-produits et même des sous-produits (souvent molécule peut être obtenue par des procédés différents faiblement valorisâmes).
48 SCHÉMA II
Chimie organique. — Principales filières de production
Amont hors chimie organique
Charbon Pétrole et gaz Chimie minérale Matières animales et végétales
Goudrons et pro Chimie organique de synthèse duits de la
goudrons Produits de première génération : Éthylène Propylène Butadiene Benzols Brai de houille Produits de deuxième génération : Oxyde d'éthylène Créosotes de propylène
Autres produits : Cyclohexane Solvants chlorés 17 26* Aniline 1721» Acrylonitrile Éthylène glycol Acide téréphtalique adipique Acétone Phénol Acide picrfque
Matières plastiques Produits auxiliaires Bases pour Huiles essentielles, non transformées pour l'industrie detergents arômes naturels du cuir. et synthétiques du textile. Polychlorure de du caoutchouc. Tensio actifs : vinyle Caoutchoucs : - anioniques Polyéthylènes - cathioniques - butadiene styrène Polypropylene Gélatines, extraits - non ioniques -Polystyrène tannants. - amphotères acrylonitrile Polyuréthanes
23* 17 28' 1722* 1724* 17 25* 17 29* J7
Aval hors chimie
Emballage Automobile Textiles artificiels Textiles artificiels Pharmacie Cuir, textile Parachimie Parachimie Automobile Bâtiment et synthétiques et synthétiques Matières plastiques Industries agricoles Bâtiment Parachimie Parachimie Parachimie Caoutchouc et alimentaires Parachimie Plastiques
* Les numéros renvoient i la nomenclature d'activités et de produits (NAP 1973).
génération) : oléfines et hydrocarbures aromatiques. La TABLEAU 1
deuxième étape consiste à introduire dans les produits de Les clients de l'Industrie chimique en 1973 base des hétéroatomes pour donner des de
En % du total du marché intérieur deuxième génération (oxydes d'éthylène ou de propylène).
Les étapes ultérieures font intervenir une ou plusieurs Produits
réactions chimiques et conduisent à un nombre très impor
Clients tant de produits (NAP 17-22 à 17-25 et 17-27 à 17-29) qui, Chimie Chimie
à leur tour, seront à nouveau modifiés chimiquement ou minérale organique
incorporés à d'autres.
Les oléfines sont, pour l'essentiel, produites dans des Consommation des ménages 0,2 unités appelées vapocraqueurs, à partir du naphta, de l'éthane Bâtiment et Génie civil 1.3 0,6 ou, depuis peu, du gas-oil. Les produits aromatiques déri Industrie des biens de consommation 9,9 31,9
vent soit des essences de pyrolyse produites par les vapo Matériel de transport terrestre 0.5 1.2
Biens d'équipement professionnel.... 1,8 5,5 craqueurs, soit du « reformage catalytique », procédé Industrie des biens intermédiaires... 37.6 55,0 employé au niveau du raffinage du pétrole, ou encore, dont : mais pour une faible part, de la distillation des goudrons 15,3 Chimie minérale de houille (NAP 17-26). En 1974, la production française 7.0 26,0 organique
de benzène s'est élevée à 430 000 t, provenant pour 70 % Energie 1.9 2.1
environ de la pétrochimie. On notera que la capacité des Agriculture 45.5
Autres 1,3 3,7 unités de reformage nouvellement construites est de
l'ordre de 100 000 tonnes par an. Total 100,0 100,0 Comme la chimie minérale et pour des raisons analogues
(importance des investissements nécessités par l'évolution Source : Comptabilité nationale.
LA CHIMIE DE BASE 49 i
LES PRINCIPAUX PRODUITS DE LA CHIMIE
Production en milliers de tonnes NAP* Techniques de production et producteurs Utilisations par le marché intérieur Produits principaux (Valeur en millions de francs) %
1 900 Épuration du gaz naturel et désulfuration Acide sulfurique : 85 %. 17-11 Soufre
des coupes pétrolières. Sulfure de carbone. Soufre (360) Phytosanitaires.
Agent de vulcanisation.
Chimie organique de synthèse.
Acide sulfurique 4 700 Une quinzaine de producteurs appartenant Fabrication des engrais : 55 %. 17-12
aux secteurs des engrais, des opacifiants Chimie minérale (autres qu'engrais) : Acide (700) minéraux et des métaux non ferreux. 22 %. sulfurique
Industrie textile : 4 %. et produits
Sidérurgie, chimie organique : 7 %. dérivés
Divers : 12 %.
Détergents, savons : 41 %. Sulfate de soude 170 Il existe deux techniques de production :
Papeterie : 20 %. (30) — décomposition du sel; Verre : 13 %. — récupération (produit fatal de di Synthèse organique : 4 %. verses fabrications). Divers : 22 %.
Acide chlorhydrique 750 Il existe trois techniques de production : Chimie minérale : 30 % (phosphate
bicalcique). (120) — décomposition du sel (voir sulfate de Chimie organique : 21 %. soude); Parachimie : 5 %. — récupération (produit fatal des Travail des métaux : 4 %. réactions de chloration en chimie Divers : 40 %. organique);
— synthèse (chlore + hydrogène) [ton
nage très faible].
Chlore 1 300 Electrolyse de chlorures alcalins. Solvants chlorés et produits chlorés : 17-13
Produits Trois producteurs importants. 45 %. (450) Production proche des sites de production Matières plastiques : 30 %. chimiques
fabriqués des matières premières (sel ou électri Parachimie : 4 %.
par electrolyse cité). Chimie minérale : 10 %.
Deux types de matériel : cellules d'électro- Divers : 11 %. ou électro
lyse au mercure ou au diaphragme. thermie
Orientation vers le deuxième type de cel
lule.
Coproduit : soude.
Fabrication associée à celle du chlore par Fabrication de l'alumine : 20 %. Soude 1400
la technique de production utilisée. Savons détergents : 12 %. (700) Textiles : 8 %.
Matières plastiques et synthèse organique :
s%.
Papeterie : 10 %.
Divers (dont chimie minérale) : 45 %.
Industrie du verre : 60%. Carbonate de soude 1560 Actuellement une seule technique uti
Chimie : 25 %. lisée : traitement du sel carbonate par (450) l'ammoniac. Métallurgie : 7 %.
Divers : 8 %. Sous-produit : chlorure de calcium.
Carbure de calcium 120 Production par chauffage d'un mélange Gaz comprimé (acétylène dissous) : 60 %.
Chimie minérale : 16%. de chaux et de coke. (120) En régression depuis le développement Noir d'acétylène : 24 % (pigment ou
charge). de la pétrochimie.
de produits, NAP 73. * 1. Les numéros font référence à la Nomenclature d'activité et
50 MINÉRALE A USAGE INDUSTRIEL EN 1974
Production en millions de tonnes NAPt Produits principaux Techniques de production et producteurs Utilisations par le marché intérieur (Valeur en millions de francs) %
Sidérurgie. 17-14 Gaz comprimés (oxygène, Production par distillation de l'air (sauf (1000) Gaz acétylène dissous, l'acétylène). Industrie pétrolière.
comprimés gène, azote, gaz rares). De nombreuses productions intégrées aux alimentaire.
utilisations surtout pour l'oxygène. Industrie chimique.
Hôpitaux.
Centres de recherches.
Travail des métaux.
17-1S Oxyde de zinc 50 Oxydation du minerai assurée par une Peintures : 8 %.
Opacifiants dizaine de sociétés dont la plus Pharmacie : 20 %. (250) minéraux tante n'appartient pas au secteur de la Chimie : 15 %.
Composition chimie. Caoutchouc : 50%.
et couleurs Divers : 7 %.
pour émaux
Oxyde de titane 140 Traitements chimiques appliqués aux Peintures : 60 %.
minerais (ilménite) ou à certaines formes Caoutchouc et plastiques : 15 %. (450) critallographiques d'oxyde de titane Papier-carton : 10 %.
(rutile). Textile : 4 %.
La fabrication pose le problème du Divers : 11 %.
ment des produits résiduaires (boues
rouges).
17-16 Acide phosphorique 140 N'est repris que l'acide à usage industriel Alimentation.
Produits (autre que les engrais) produit Chimie minérale.
divers lement par voie thermique.
delà
chimie 50 Réduction puis oxydation d'un produit Fabrication de peroxydes et persels Peroxyde d'hydrogène ou eau
minérale oxygénée. organique (hydrocarbure). borates, acide péracètique...) : 40 %. (150) Papier : 15 %.
Textile : 10 %.
Divers (dont pharmacie) : 35 %.
200 Traitement spécifique des phosphates. Détergents. Tripolyphosphate de soude. . . .
140 Fusion d'un mélange de silice et de Pigments : 30 %. Silicate de soude
nate de soude. Détergents : 20 %. (30) Chimie : 10 %.
Papier-carton : 8 %.
Fonderie : 8 %.
Divers : 24 %.
17-17 Ammoniac 450
Engrais usage
azotés Industriel
et autres
produits Acide nitrique 120 Ces produits seront repris dans la
azotés usage tion de la filière des engrais.
Industriel
Urée 80
usage
Industriel
LA CHIMIE DE BASE 51 des techniques, croissance de la demande permettant la Les clients de la chimie organique diffèrent peu de ceux
recherche d'économies d'échelle), l'industrie pétrochimique de la chimie minérale (tableau 1), mais leur importance
se caractérise par le gigantisme : la France compte actuell relative n'est pas la même. Ainsi, en matière de biens inter
ement une dizaine de vapocraqueurs produisant au total médiaires, le premier client est la chimie organique elle-
près de 1,7 millions de tonnes d'éthylène par an. Les pro même; on trouve ensuite les transformateurs de matières
jets nouveaux, prévus dès 1974 pour entrer en production plastiques et les fabricants de textiles artificiels et synthé
entre 1976 et 1980 et qui portaient sur des unités produi tiques. Pour les biens de consommation, deux clients domi
sant de 350 à 400 000 tonnes par an, ont, à l'exception d'un nent : la pharmacie et la parachimie (détergents, peintures,
seul, été différés. La course au gigantisme semble, en tout colles).
état de cause, avoir atteint un palier pour diverses raisons
Matières premières utilisées et produits fabriqués ne technico-économiques : difficulté de faire se succéder les
suffisent pas à caractériser l'industrie chimique. Celle-ci cycles de sous-capacité — sur-capacité entraînés par l'aju
est aussi, on va le voir, une industrie capitalistique, fortstement de l'offre à la demande (difficultés techniques mais
ement concentrée, à main-d'œuvre qualifiée, faisant un aussi financières, en raison de l'importance des frais fixes),
grand effort de recherche. nécessité d'une installation in situ lorsqu'on sort des normes
standard...
De même, cette industrie s'est installée de préférence à
La chimie de base, proximité de ses sources d'approvisionnement (en l'espèce,
les raffineries) car les produits de base sont des produits une industrie très capitalistique...
pondéreux mais aussi parce que les pétroliers sont en mesure
de réutiliser bon nombre de sous-produits du vapocraquage
que la chimie ne peut valoriser elle-même. Ici encore, La chimie de base a rapidement évolué, du moins pour la l'existence de produits liés complique les données du grande majorité de ses produits, vers une production de problème : pour 1 700 000 tonnes d'éthylène, on a produit, masse, permettant notamment une baisse des prix des en 1974, 800 000 tonnes de propylène et 95 000 tonnes de produits en valeur réelle : ainsi les prix des produits de base butadiene. sont restés les mêmes en francs courants, pendant dix ans.
Ce n'est qu'à partir de 1973 que ces produits ont recom
Il est difficile de caractériser la chimie organique par son mencé à augmenter, à la suite de forts mouvements de
chiffre d'affaires en produits de base car ces produits ne prix affectant les matières premières. Aussi a-t-elle dû faire
sont guère commercialisés. En revanche, les matières plast face à une augmentation importante de ses dépenses en
iques font l'objet d'échanges très actifs et constituent l'une capital, en valeur réelle. A titre d'exemple, le coût de l'édif
des activités les plus dynamiques de la chimie organique. ication d'un complexe pétrochimique représente actuell
Ces matériaux sont de deux types : « thermoplastiques » ement une dépense de 3 à 4 milliards de F si l'on tient compte
(matériaux se déformant de manière réversible, sous l'action de l'ensemble de l'installation (y compris notamment les
de la chaleur) et «thermodurcissables» (se dégradant sous unités de traitement des sous-produits et des effluents) 7.
l'action de la chaleur). Grâce au faible prix (jusqu'en 1973) Il faut, en outre, noter que la production optimum n'est
de la matière première et aux progrès technologiques atteinte qu'au moins deux ans après la mise en route. De
constants, les prix des matières plastiques ont baissé rap tels investissements sont nécessairement discontinus en
idement en valeur réelle, ceux des résines thermodurcissables raison, bien sûr, de l'importance de la dépense mais aussi
étant, néanmoins, généralement plus élevés que ceux des de ce que leur réalisation augmente de façon significative
thermoplastiques. Ces matériaux sont susceptibles d'une la capacité de production totale de la branche. On observe
très grande variété d'emplois en raison de la souplesse avec ainsi des « cycles » d'investissement, avec des minima
laquelle peuvent être définies leurs caractéristiques physi en 1964, 1967-1968, 1972 (tableau 2). Le ralentissement des
ques (modulables par l'addition de charges, adjuvants, dépenses d'investissement en valeur nominale observé ces
antioxydants... représentant jusqu'à 50 % du poids du dernières années masque pour deux raisons un ralentiss
produit) et de leurs techniques d'emploi (injection, extrus ement beaucoup plus marqué de la croissance des capacités
ion, moulage...). Présents dans tous les domaines, ils se de production. D'une part, la hausse générale des prix
sont substitués à de nombreux matériaux traditionnels affecte la signification des chiffres en valeur. D'autre part,
(verre, acier, bois...) sans que leur pénétration dans l'indus le renouvellement d'unités anciennes devenues obsolètes et
trie ait encore atteint son maximum. Toutes matières les dépenses accrues nécessitées par la protection de l'e
plastiques confondues, la production française (qu'elle nvironnement ont, bien souvent, pris le pas sur les investisssoit le fait d'entreprises françaises ou d'entreprises étran ements de capacité. C'est là, sans doute, qu'il faut chercher
gères implantées en France) est d'environ 2,5 millions de la cause essentielle de la pause observée dans la course au
tonnes en 1974, dont 720 000 tonnes pour le polyethylene gigantisme déjà signalée à propos de l'ammoniac.
basse densité produit par quatre producteurs, parmi lesquels
deux ont des capacités de production annuelles voisines
de 300 000 tonnes. Le commerce extérieur, équilibré, 7. Les dépenses d'installation d'un complexe d'engrais sont plus faibles, de représente près de 800 000 tonnes pour la même année. même que celles dues au traitement des produits auxiliaires.