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La coopération agricole dans la région Rhône-Alpes - article ; n°3 ; vol.47, pg 259-296

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Revue de géographie de Lyon - Année 1972 - Volume 47 - Numéro 3 - Pages 259-296
38 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1972
Nombre de lectures 32
Langue Français
Poids de l'ouvrage 3 Mo

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Richard Sceau
La coopération agricole dans la région Rhône-Alpes
In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 47 n°3, 1972. pp. 259-296.
Citer ce document / Cite this document :
Sceau Richard. La coopération agricole dans la région Rhône-Alpes. In: Revue de géographie de Lyon. Vol. 47 n°3, 1972. pp.
259-296.
doi : 10.3406/geoca.1972.1610
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geoca_0035-113X_1972_num_47_3_1610LA COOPÉRATION AGRICOLE
DANS LA RÉGION RHONE-ALPES
par Richard Sceau
La coopération constitue l'instrument privilégié d'un monde agricole
de plus en plus soucieux d'exercer une action au niveau du marché.
Organisées et contrôlées par les agriculteurs, les coopératives devraient
permettre à des producteurs de matière brute d'assurer leur indépen
dance face aux firmes agro-alimentaires et d'acquérir un « pouvoir compens
ateur » x par la maîtrise de la transformation et de la commercialisation
de leur production. Mais la coopération agricole traditionnelle, née
d'un réflexe d'autodéfense de la paysannerie, ne répond ni aux impér
atifs actuels du marché, ni aux exigences d'une agriculture en voie
d'industrialisation. Obligé de faire face à un environnement industriel
et commercial toujours plus concentré, paralysé par ses contradictions
internes, le mouvement coopératif agricole français, à la recherche
de solutions nouvelles, traverse une difficile période de mutation. Dans
la région Rhône-Alpes, depuis quelques années, une coopération plus
dynamique et plus efficace que par le passé sur le plan économique
se met progressivement en place. Toutefois f freinée par la persistance
de traits traditionnels puissants, cette évolution demeure lente et les
faiblesses de la coopération agricole régionale sont encore nombreuses.
Nous limiterons notre étude à la coopération « périphérique » en
amont et en aval de l'exploitation agricole. Sont ainsi concernées les
entreprises qui, par leur statut juridique, sont placées dans le cadre
de la coopération, c'est-à-dire les coopératives d'approvisionnement,
les coopératives de production et de vente de produits agricoles soit
en l'état, soit après transformation.
1. E. Bourgeois, La coopérative agricole face aux problèmes de commercialisation,
Editions Cujas, Paris, 1967, 222 pages, p. 79. 2bO RICHARD SCEAU
- DEVELOPPEMENT ET EVOLUTION
DE LA COOPERATION AGRICOLE
DANS LA REGION RHONE-ALPES
L'action en commun des agriculteurs est fort ancienne dans le Sud-
Est comme en témoiflne le système de la « Fruitière » qui s'est génér
alisé dans le Jura méridional entre 1820 et 1890 et dans les Préalpes
de Savoie et leur avant-pays 1860 et 1900 2. Mais, en France,
le développement de la coopération agricole a longtemps été freiné
par 1 absence de statuts juridiques. Il faudra attendre la loi du
21 mars 1884 sur les syndicats professionnels pour que le mouvement
coopératif se développe en empruntant la forme syndicale.
1 ) Les étapes du mouvement coopératif
Quatre grandes périodes chronologiques apparaissent dans le déve
loppement de la coopération agricole régionale 3 :
La période des pionniers (1884-1930)
Au lendemain de la loi de 1884, le syndicalisme agricole débute dans
le Sud-Est sous l'impulsion de grands propriétaires souvent nobles. Les
premières initiatives partent du département de la Drôme où, dès le
Second Empire, la Société d'Agriculture de Valence avait fait preuve
d'une grande activité. En août 1884, le Syndicat des agriculteurs de
Die est fondé dans la Drôme. Dès lors, le mouvement prend rapidement
de l'extension et touche successivement l'Isère (Syndicat de St-Marcellin
en 1885). la Savoie (Syndicat des agriculteurs de la Savoie à Cham-
béry en 1886) et la Haute-Savoie (Syndicat agricole de la Haute-
Savoie en 1886), puis la Loire de Feurs en 1887) et le
Rhône (Syndicat au canton de Belleville en 1887) 4.
A l'exemple de ces premières créations, les syndicats se multiplient
dans le Sud-Est et, en 1888> Emile Duport, grand propriétaire du
Beaujolais, est à l'origine de la création de l'Union du Sud-Est des
2. Sur 1 histoire des « Fruitières-», voir R. Lebeau, La vie rurale dans les montagnes
du Jura méridional, Lyon. 1955. 603 pages, pp. 335-351 et Ph. Arbos, Les Préalpes de
Savoie et leur avanf-pays, Paris, A. Colin, 1925, 755 pages, pp. 513-528.
3. Fruitières exclues.
4. G. Garrier, L'Union du Sud-Est des syndicats agricoles avant 1914, « Le Mouvem
ent Social », n" 67, avril-juin 1969, pp. 17-38. LA COOPÉRATION AGRICOLE 261
Syndicats agricoles qui regroupe 38 syndicats disséminés sur 10 dépar
tements 5. Conservateur, le syndicalisme de l'Union du Sud-Est vise,
d'une part, à maintenir l'ordre social existant dans les campagnes en
éloignant les paysans des tentations du socialisme, et, d'autre part,
à défendre les intérêts économiques de la profession agricole. Répon
dant aux préoccupations immédiates des agriculteurs, les syndicats
jouent le rôle de coopératives d'approvisionnement pour lutter contre
les abus commis dans la vente des engrais par certains commerçants
peu scrupuleux. A cette époque, les termes syndicat et coopérative
ont la même signification pour les agriculteurs qui les considèrent comme
des organismes « polyvalents » 6.
En 1892, l'Union du Sud-Est crée la Coopérative d'approvisionne
ment du Sud-Est chargée de fournir aux syndicats adhérents, au
meilleur prix possible, les produits nécessaires aux exploitants agricoles.
L'action d'approvisionnement de la coopérative, en 1912, touche « 405
syndicats et 66 628 membres pour un chiffre d'affaires de 3 503 540 F » 7.
La puissance du groupe du Sud-Est, qui offre aux syndicats affiliés
une gamme étendue de services allant de la coopérative d'approvision
nement aux caisses de crédit et aux mutuelles d'assurance, freine
le développement des syndicats d'inspiration radicale qui sont nette
ment minoritaires dans cette région.
Cependant, si les agriculteurs ont rapidement pris conscience des
avantages qu'ils pouvaient tirer du groupement dans le domaine de
l'approvisionnement t leur individualisme, par contre, s'est longtemps
opposé à la création de coopératives de vente. L'échec de la coopérat
ive de vente de vin fondée à Villefranche-sur-Saône en 1889 et des
boucheries-coopératives créées à Lyon en 1890, est significatif de cet
état d'esprit. Néanmoins, les problèmes techniques posés par la vini
fication et les difficultés de commercialisation incitent les petits viticul
teurs de l'Ardèche à constituer les premières caves-coopératives du
Bas-Vivarais, dans les années 1925-1926, à l'exemple des réalisations
de l'Hérault.
Plus originale a été l'action des producteurs de lait du bassin laitier
lyonnais qui commencent à s'organiser solidement à partir de 1922 8.
Les ramasseurs, intermédiaires chargés de la collecte du lait dans les
campagnes situées à la périphérie de l'agglomération lyonnaise et les
commerçants distributeurs, soutenus par une municipalité soucieuse
5. L'action de l'Union du Sud-Est s'étend sur les huit départements qui constituent
l'actuelle région de programme Rhône-Alpes, ainsi que sur la Saône-et-Loire et la
Haute-Loire.
6. P. Houée, Coopération et organisations agricoles françaises - bibliographie, Paris,
Editions Cujas, 1969, 2 tomes (Tome I, 127 pages, p. 17).
7. G. Garrier, article cité.
8. P. Saint-Olive et R. Guyot-Sionnest, Le ravitaillement en lait d'une grande
ville française. Etude sur la production, le commerce et la consommation du lait servant
à l'alimentation de Lyon, Lyon, 1923. 262 RICHARD SCEAU
de défendre les intérêts de ses administrés, imposent de bas prix aux
producteurs de lait, notamment durant la saison estivale. Pour remédier
à cette situation et lutter contre la toute-puissance des ramasseurs qui
achètent le lait aux producteurs à des cours très bas, d'autant plus
facilement que ceux-ci sont isolés, huit fédérations ou unions de
producteurs se constituent le long des principales voies ferrées ache
minant le lait vers Lyon. Un syndicat laitier est chargé de coordonner
leur action et de défendre les intérêts professionnels des producteurs
de lait. Dès septembre 1923, une première convention interprofession
nelle sur le prix du lait, limitant en particulier les prétentions des
intermédiaires, est signée entre le syndicat et les laitiers lyonnais. Dans
le même temps, le syndicat du lait encourage les organisations de pro
ducteurs à créer des coopératives laitières de transformation à l'exemple
des « fruitières » de Savoie et des beurreries-coopératives de Charente.
En dépit de l'hostilité des laitiers lyonnais, après l'inauguration en 1926
d'une première unité coopérative à Leyment regroupant 720 agricul
teurs dispersés sur 13 communes, le mouvement s'amplifie en Dombes
et en Bas-Dauphiné où sont réalisées les coopératives de Marlieux,
Meximieux et Bourbre et Guiers.
L'extension du mouvement coopératif (1930-1940)
A partir de 1930, le mouvement coopératif prend de l'ampleur.
L'Union du Sud-Est et sa coopérative d'approvisionnement poursuivent
leur extension. Véritable « trust » dominant l'agriculture régionale,
l'Union regroupe 2 500 syndicats en 1938, soit 186 000 adhérents.
Les résultats satisfaisants obtenus par les premières coopératives de
vente de produits agricoles et les difficultés de commercialisation nées
de la crise économique sont à l'origine de nombreuses créations dans
les branches lait, vin et céréales.
Les producteurs de lait du bassin lyonnais achèvent de s'organiser.
Après la création de la coopérative de Villefranche-sur-Saône en 1932,
les principales coopératives créent à Lyon un comptoir de vente, les
Laiteries Réunies, chargé de participer à la distribution du lait de
consommation dans l'agglomération. En 1939, sous l'égide de l'Union
du Sud-Est, une importante unité industrielle coopérative, la Société
des Laiteries et Frigorifiques du Sud-Est, visant à conquérir une partie
du marché lyonnais des produits laitiers, s'installe rue Rosière à Lyon.
En Bresse, afin d'échapper à la tutelle des coquetiers qui collectent
le beurre et les œufs, productions fermières traditionnelles de la région,
et imposent des prix très bas à partir de 1933, les agriculteurs; consti
tuent 7 coopératives laitières de transformation, imitant ainsi l'exemple
de la Dombes voisine. En tête de ces réalisations viennent celles de
Grièges, de Beaupont, de St-Trivier-de-Courtes.
Les résultats concluants obtenus par les premières caves-coopératives
favorisent d'autres créations dans le Bas-Vivarais. A partir de 1929,
les viticulteurs du Beaujolais s'engagent dans cette nouvelle voie par LA COOPÉRATION AGRICOLE 263
suite des difficultés rencontrées pour écouler leur production à des
prix raisonnables. Sont créées successivement dans le vignoble beauj
olais les caves de Chiroubles, Liergues et Quincié en 1929, la cave
de St-Jean d'Ardières en 1930, les caves de Fleurie et Gleizé en 1932
et la cave de Chénas en 1934.
La chute du cours des céréales, à partir de 1932-1933, touche dure
ment les petits exploitants agricoles des départements rhodaniens.
La loi de 1933, première esquisse d'une organisation du marché des
céréales, puis la création de l'O.N.I.B. en 1936, qui confie pratiquement
le monopole de la collecte et du stockage aux organismes coopératifs,
ont pour conséquence une prolifération des coopératives céréalières.
Les années d'après-guerre (1945-1950)
La guerre marque un arrêt momentané du mouvement coopératif.
Cependant, le rationnement, qui interdit pratiquement aux producteurs
de vendre directement leur lait aux consommateurs, provoque la nais
sance de quelques coopératives de transformation du lait autour de
petites villes jusqu'alors en partie approvisionnées par vente directe
(exemple : la Coopérative laitière des Monts de Tarare).
Après 1944t le mouvement coopératif, favorisé par le Ministre de
l'Agriculture Tanguy-Prigent, qui voit dans la coopération l'instrument
économique indispensable au développement d'une agriculture française
fondée sur l'exploitation familiale 9, connaît un essor remarquable.
Du fait des difficultés d'approvisionnement, il se crée, en particulier
dans l'Ain, de nombreuses coopératives chargées de fournir les pro
duits nécessaires aux exploitations agricoles. Celles de l'Ain se regrou
pent, en 1948, dans l'U.D.C.A. (Union Départementale des Coopérat
ives d'Approvisionnement de l'Ain). Dans la vallée du Rhône où la
culture des fruits se développe, les nécessités d'une organisation des
producteurs se font sentir et une dizaine de coopératives fruitières
apparaissent, les plus connues étant celles de St-Sernint St-Péray et
Beauchastel dans l'Ardèche.
La période de l'après-guerre est aussi caractérisée par le dévelop
pement rapide des OU. M. A. (Coopératives d'Utilisation de Matériel
Agricole) qui se constituent autour de tracteurs ; nombre d'entre elles
n'auront d'ailleurs qu'une existence éphémère.
La période 1950-1971
C'est la période la plus complexe. La méfiance des paysans suscitée
par l'échec d'un certain nombre de C.U.M.A. ralentit, entre 1950 et
1955, les créations de coopératives, puis le mouvement reprend et s'am-
9. G. Wright, La révolution nivale en France, Editions de l'Epi, Paris, 1967,
342 pages, p. 163. î
|
GRANDS PÔLES COOPÉRATIFS
POLYVALENT-approvisionnement
fabrication d'aliments du bétail
productions animales
spécialisé- APPROVISIONNEMENT
spécialisé -
collecte et transformation du LAIT
coopératives SIEGE de Plusieurs. importantes V e n л e 1
DIVERS
coopérative d'APPROVISIONNE -
MENT d'intérêt départemental
importante coopérative POLYVA-
LENTE - (3 branches d'activités
dont une de productions animales)
a coopérative de productions
ANIMALES (porcs,bovins, aviculture)
coopérative fabriquant
des ALIMENTS du BÉTAIL
CAVE-coopérative
LAIT
traitant plus de 100. 000 hl. par an
COLLECTE-TRANSFORMATION — moins de 100. 000 hl. —
adhérent à Г UR С V L coopératives laitières (siège à Lyon)
COLLECTE-VENTE
coopératives "FRUITIÈRES" °
vente du lait aux
"Laiteries Réunies de Genève' У (Bassin laitier de Genève)
Y y (■! Mon té limo r|
CEREALES FRUITS & LEGUMES T
collecte annuelle
chiffre d'affaires annuel inférieure à 100. 000 qx coopératives A inférieur à 7. 500. 000 F. coopératives | entre 100. 000 et 500. 000 qx
céréalières fruits et légumes | supérieure à 750. 000 qx. supérieur à 7. 500. 000 F.
85 MOULIN-coopératif
Fig. 1. — Les coopératives dans la région Rhône- Alpes (1970) 266 RICHARD SCEAU
plifie. D'une part, la coopération agricole se renforce dans les branches
existantes (vin, lait, fruits), d'autre part, elle pénètre et se développe
dans des branches nouvelles (aviculture, productions bovine et porcine,
fabrication d'aliments du bétail). En 1970, la région Rhône-Alpes
regroupe 301 coopératives de production, de transformation et de vente,
12 Unions de coopératives, 36 S.I.C.A. 10 auxquelles il faut ajouter
environ 430 fruitières fromaçjères u (fig. 1). Ces dernières exceptées,
ont été créés, avant 1930, 17 % de ces organismes coopératifs, entre
1930 et 1940 15 %, entre 1941 et 1950 26 '% t après 1950 42 %.
La période postérieure à 1950 marquée par un fort accroissement
du nombre des organismes coopératifs est aussi caractérisée par de
profondes transformations de la coopération agricole régionale, tant
sur le plan de ses structures que sur celui de sa stratégie économique.
En liaison avec le courant novateur de l'agriculture de groupe et avec
les processus d'industrialisation des productions agricoles, une coopé-
ration plus dynamique, recherchant l'efficacité économique, se met pro
gressivement en place à partir de 1960.
2) Les transformations récentes
de la coopération agricole régionale
En France, durant la période artisanale de l'agriculture (fin du xix*
et première moitié du xxe siècle), «la coopération fut conservatrice
de structures et de comportements » 12. Elle s'est, en effet, développée
sous la pression de difficultés techniques et économiques> gagnant au
fil des crises les différentes branches de l'agriculture française. Conçue
comme le prolongement de l'exploitation familiale, la coopérative tradi
tionnelle n'entretient pas des liens très étroits avec ses adhérents et
a une stratégie purement défensive. « Le mouvement coopératif ne
recherche ni l'innovation, ni la spéculation » i:î. Mais ces coopératives
artisanales, « filles de la nécessité », ne répondent plus aux besoins
d'une agriculture en voie d'industrialisation. En outre, les impératifs
du marché et la concentration toujours croissante des firmes qui trans-
10. La S.I.C.A. (Société d'intérêt collectif agricole) est une institution dérivée de
la coopérative dont elle assouplit la rigidité. Aussi nous engloberons dans notre étude
ce type dorganisme commercial à vocation essentiellement agricole comme les coopér
atives, mais échappant au principe de l'exclusivisme et pouvant réaliser le tiers du
volume de ses opérations avec des non-sociétaires.
11. Résultats de la mise à jour de la coopération agricole en 1970, Cahier Régional
de Statistique Agricole Rhône-Alpes, n" 12, novembre-décembre 1971, pp. 37-70.
12. L. Malassis, Essai d'orientation sur l'évolution de la coopération en France,
«.Economie Rurale», 1964, n° 62, pp. 25-31.
13. Ph. Nicolas et J.-B. Bonastre, Les transformations de la agricole,
«Revue d'Economie politique», 1969, n° 2, pp. 445-462. LA COOPERATION AGRICOLE 267
forment et commercialisent les produits agricoles imposent de nouvelles
exigences au mouvement coopératif qui doit rechercher une plus grande
efficacité sur le plan économique. La formule de « l'agriculture de
groupe industrielle et commerciale», lancée lors du congrès du C.NJ.A.
de 1964, traduit la prise de conscience des jeunes agriculteurs pour
qui la fonction de l'agriculture n'est plus simplement de produire, mais
aussi de transformer et commercialiser. Dès lors, la coopération agri
cole tend à diversifier son action en pénétrant plus largement dans
les secteurs secondaire et tertiaire. Développant ses activités de fabri
cation et de transformation t recherchant l'innovation et se lançant à
la conquête du marché, elle passe du stade artisanal au stade indust
riel. Les liens entre les coopératives et leurs adhérents se renforcent
et se concrétisent par la généralisation du contrat coopératif dans les
branches les plus industrialisées de la production agricole. Les complexes
coopératifs nés de fusions ou d'unions tendent à devenir les centres
moteurs de l'exploitation agricole.
Dans la région Rhône-Alpes, le traditionalisme demeure encore vigou
reux et freine l'évolution du mouvement coopératif ; toutefois, depuis
une dizaine d'années, une coopération nouvelle s'édifie lentement. La
progression du chiffre d'affaires du secteur coopératif, une concent
ration croissante et le développement des activités industrielles des
coopératives sont les signes les plus caractéristiques de cette
transformation.
La progression du chiffre d'affaires
Elle traduit les efforts de renouveau de la coopération au cours de
ces dernières années.
Progression du chiffre d'affaires des organismes coopératifs 14
(1965-1970)
Chiffre d'affaires Indice Chiffre ďaffaires Indice
1965 - 100 1965 - 100 (millions de F courants) (millions de F constants)
1965 . 953 100 100 953
1968 . 1 500 142 157 1359
1970 . 1978 207 168 1610
Entre 1965 et 1970, le chiffre d'affaires global de la coopération
agricole régionale, en francs courants, a plus que doublé. Ce même
chiffre d'affaires, évalué en francs constants, s'est accru de 68 %.
Une ventilation du chiffre d'affaires par branche d'activité indique
14. Source : Service Régional de Statistique Agricole. Il n'est pas tenu compte dans
les chiffres cités du chiffre d'affaires des « fruitières» fromagères.