La Plaine lorraine - article ; n°108 ; vol.19, pg 440-455

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Annales de Géographie - Année 1910 - Volume 19 - Numéro 108 - Pages 440-455
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1910
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Gaston Gravier
La Plaine lorraine
In: Annales de Géographie. 1910, t. 19, n°108. pp. 440-455.
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Gravier Gaston. La Plaine lorraine. In: Annales de Géographie. 1910, t. 19, n°108. pp. 440-455.
doi : 10.3406/geo.1910.2707
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/geo_0003-4010_1910_num_19_108_2707440 OGRAPHIE GIONALE
LA PLAINE LORRAINE
Au Centre du Plateau Lorrain entre les Vosges Est et le res
saut boisé qui Ouest court des sources de la Meuse la ren
contre de la Moselle il est une région très différente des voisines
dans le pays on appelle la Plaine est bien en effet un pays
qui dans son ensemble apparaît comme déprimé il est compris
presque tout entier entre les courbes 300-400 Est il arrête
aux premières rampes des Vosges et touche la Montagne Ouest
il se heurte au ressaut brusque et continu de la corniche jurassique
de niveau supérieur 400 m. parfois 500 m. qui du Sud au Nord
noms successivement la Montagne vers les sources de la Meuse
les HautsPays vers Neufchâteau et plus au Nord le Pays de
Haye2 La Plaine est ainsi pour les habitants le pays moins élevé
entre les Vosges Est et les plateaux calcaires de Ouest
Il serait pourtant inexact de croire que ce nom de Plaine se
réduit un pur concept altitude Il tire toute sa valeur des con
trastes nés de la composition du sol de aspect de la végétation et
des paysages enfin de conditions économiques spéciales Contrastes
ailleurs parfois nettement tranchés parfois aussi moins évidents
caril serait puéril de vouloir toujours assigner un pays des limites
partout rigoureuses et fixes analogues des limites administratives
Si la steppe ne finit pas brusquement sur le désert aplus forte raison
là où homme introduit toutes les nuances de la civilisation une
région ne saurait toujours mourir subitement pour faire place une
autre il existe alors une zone de transition où des pays différents se
pénètrent où leurs aspects propres se combinent et harmonisent
Tel est le cas de la mince bande de Grès bigarré qui limite la Plaine
Est de Rambervillers on retrouve abord tout comme dans
la Plaine que on vient de quitter formes doucement vallonnées prai
ries houblonnières villages agglomérés puis peu peu on élève
les bois se font plus épais avec de temps autre des taches de
Consulter la Carte de tat-Major et la Carte géologique détaillée de la
France 80 000 feuilles no 69 Nancy) Lunévil e) 84 Mirecourt) 85 Epinal)
GALLOIS La Woëvre et la Haye Etude de noms de pays Annales de Géo
graphie XIII 1904 207-222 ID. Régions naturelles et noms de pays... Paris
1908 261-281 LA PLATN LORRAINE 441
sapins dans les vallées apparaissent déjà les rigoles irrigation les
champs de pommes de terre se multiplient et de petites maisons de
type nouveau se hasardent de-ci dé-là sans souci une deïautre
est déjà la Montagne Au Sud avec épanouissement de cette même
formation du Grès bigarré la région de transition exagère au point
de devenir entre la Plaine et la Comté un pays particulier la
Vôge avec son moutonnement de forêts ses vallées profondes et
fraîches ses herbages ses champs avoine et ses attelages de ufs
Au Sud-Ouest la Plaine se resserre amincit entre la Vôge et le
Plateau1 pour échapper ensuite dans la direction de ngres Cette
région des sources de la Meuse où surgissent les Montots mame
lons isolés caractéristiques des confins entre Lorraine et Cham
pagne constitue un véritable seuil une porte où débouchent les
voies romaines de ngres Cologne Strasbourg la voie ferrée de
Dijon Nancy Ouest est le pays des plateaux plus élevés que
la Plaine plus calcaires plus rocheux plus boisés avec leurs reliefs
aux lignes raides leurs promontoires leurs buttes isolées pays qui
allonge au loin vers le Nord Ardenne et au Sud au
Berry Vers le Nord enfin la Plaine ouvre largement Au delà des
vallées de la Meurthe et de la Moselle les mêmes formations se pour
suivent mais largement épandues au Luxembourg et au Massif
Rhénan est longtemps encore la même topographie mais plus
usée plus mûre orientation des vallées se modifie Ce est plus la
Plaine ce serait plutôt ce il conviendrait appeler la Basse Lor
raine2 La Montagne en effet existe plus les Vosges réduites
une largeur de 30 km. élèvent peine 400-300 les formes se
sont adoucies routes canal voies ferrées passent très facilement
influence et le contraste de la Montagne ont disparu seules au
Nord-Est de la Plaine de larges plaques alluvions anciennes sté
riles et boisées viennent encore rappeler la Montagne où elles
sont descendues et marquer de ce côté la fin de la Plaine Ainsi vers
le Nord apparaît un pays ouvert traversé par de larges vallées
sillonné par des voies de transit là règne une vie économique in
tense des traînées de grosses agglomérations se dessinent le type
industriel affirme de plus en plus avec exploitation de ressources
minérales sel et fer absentes de la Plaine qui elle reste isolée
entre ses hauteurs et vouée ses seules ressources agricoles
est donc surtout un contraste avec les régions voisines que la
la différence de Mr AUERBACH Le plateau lorrain Paris-Nancy 1893) je
réserve le terme de Plateau cette partie Occidentale de la Lorraine conservant
toute sa valeur cette appellation est la Plaine
Commandant BARH Architecture du sol de la France Paris 1903
p.115 et suiv
Forêts de Mond Parroy Vitrimont OGRAPHIE GIONALE 442
Plaine tire son unité La définir ce serait opposer aux pays qui en
tourent et cela est si vrai que appellation elle-même existe et
de valeur cause de ce contraste habitant plus recours
dès on éloigne de la périphérie et que opposition devient
moins sensible Vers Vézelise Bayon Gerbéviller ce nom semble
ignoré les Hauts Pays sont trop Ouest la Vôge trop au Sud et
vers Est la Montagne perdu beaucoup de son individualité
La Plaine ne présente pas une unité naturelle constitutive telle
que la Vôge par exemple ou les plateaux de la Craie ou les plaines
alluviales
Ni la plastique ni la nature du sol en font une région homogène
et distincte Les coteaux constitués par les assises du Muschelkalk
inférieur et des Marnes irisées ne se poursuivent pas vers le Nord
les premiers au delà de DombasIe-devant-Darney les seconds au
delà de Mirecourt autre part ils ne sont pas spéciaux la plaine
mais appartiennent aux formes auréolées qui caractérisent Est de la
région parisienne En second lieu la Plaine est pas simplement le
pays du calcaire comme on la définit souvent en effor ant de lui
attribuer une unité elle pas par opposition au pays du granité
que serait la Montagne et au pays du Grès rouge est la Vôge Au
Nord et Ouest de la Plaine il encore des calcaires et enfin
intérieur outre le calcaire il des formations arénacées grès de
Infralias) argileuses Marnes irisées Sur une carte géologique la
Plaine apparaît en effet comme essentiellement constituée par acco-
lement de deux bandes de terrain Est les calcaires triasiques
Ouest es couches de Lias dans intervalle au Sud la zone
étroite des grès infraliasiques qui se traduit dans le paysage par un
relief invariablement boisé tandis que au Nord de Mirecourt là où
le tra väil de érosion est plus avancé il en reste que de rares frag
ments la surface des Marnes irisées de plus en plus développées
Cette esquisse ne rend compte toutefois que très imparfaitement
de la riche variété des roches qui forment le sol de la Plaine roches
tendres en général de nature et de composition différentes mais où
dans ensemble élément calcaire prédomine et remarquables sur
tout par leur alternance rapide sur des espaces rapprochés Sur une
largeur de quelques kilomètres se succèdent parfois des éléments
calcaires argileux marneux ou siliceux
La multiplicité la diversité et alternance de ces roches sur
un espace restreint tout en exer ant une influence déterminante sur
BRACONNIER Description r/éologiflue et agronomique des terrains de
Meurthe-et-Moselle Nancy-Paris 1883 in-S vi 436 p. index 264 fig Voir
surtout les coupes du Lias particulièrement celle du Lias inférieur àNomeny et
Xeuilley et suiv.) LA PLAINE LORRAINE 443
la fréquence des niveaux eau ne devaient pas pea contribuer im
primer au sol un caractère naturel de fertilité et fixer ainsi les tra
ditions agricoles du pays La Plaine est le pays de la terre chaude1
de la bonne culture alors que Est et au Sud ce sont les terres
froides de la Montagne et de la Vôge avec leurs forêts leurs pâtures
et leurs maigres cultures et que Ouest ce sont les terres légères
rocailleuses des plateaux calcaires avec leurs longues bandes boisées
Dans esprit de ceux qui remploient ce nom de Plaine éveille
bien plutôt idée une unité agricole que celle une individualité
physique bien accusée car pas plus elle un sol uniforme un
modelé caractéristique elle ne possède un climat une hydrographie
elle Si elle jouit en effet une température un peu moins rigou
reuse mais plus irrégulière quecelle de la Montagne et si entant
que région déprimée et beaucoup moins boisée elle re oit sensible
ment moins de pluie que la Montagne ou le Plateau il en est pas
moins vrai pourtant elle participe tout entière du rude climat
lorrain quelques nuances ne suffisent pas créer un type distinct
autre part elle ne possède en propre aucun système de rivières
aucune rivière Est Meurthe Mortagne Moselle Madon arrivent
après avoir parcouru déjà une partie de la Montagne ou de la Vôge et
si les rivières de Ouest Meuse Mouzon Vair naissent dans la Plaine
elles ont une partie de leur cours
II
La Plaine semblait prédestinée être un pays agricole et ici
ailleurs elle été que cela
Alors elle est avoisinée par des régions où dominent presque
exclusivement des éléments soit granitiques soit gréseux soit cal
caires chez elle couches gréseuses argileuses et calcaires se suc
cèdent sur un très faible espace les eaux et la pente aidant les
divers éléments se pénètrent se corrigent mutuellement argile
incorpore la silice et les éboulis calcaires descendant sur
opèrent ainsi un marnage naturel
Cette variété des sols est donc le principal facteur de la richesse
Cet aspect tout particulier de la Plaine au milieu de ses voisines ce caractère
exclusivement agricole était déjà très sensible aux xviie et xvnie siècles et au
début du xix tandis que la richesse en bois et en eaux courantes le fer des pla
teaux calcaires les grès de la Vôge expliquent une part le développement de la
petite industrie métallurgique la lisière occidentale de la Plaine industrie qui
reflué et est concentrée dans la vallée de la Meuse et autre part apparition
des verreries de la Vôge dont quelques-unes subsistent encore
Sur toute la surface la hauteur des précipitations annuelles est inférieure
800 mm. alors que sur les bords Est et Ouest elle élève rapidement au-dessus
de ce chiffre 444 OGRAPHIE GIONALE
générale du terroir de la Plaine hui encore le paysan
homme des terres chaudes des bons pays conserve un sentiment de
fierté un peu dédaigneuse pour ses voisins plus pauvres le mon
tagnard de Est le Cendrillon de la Vôge qui au siècle dernier
venaient chercher chez lui un la chaux autre les cendres néces
saires engrais au réchauffement leurs terres et ce senti
ment étend aussi habitant des Hauts Pays de Ouest où les
friches abondent parmi les terres légères maigres rocailleuses2
Pays voué la culture la Plaine semble être adaptée dès long
temps et une fois pour toutes aux conditions imposées par le sol et le
climat Toutes les terres cultivées sont encore soumises au vieux
système de assolement triennal Tandis que assolement biennal
dans la Montagne quadriennal dans la Voge est substitué aux
anciens modes dans la Plaine au contraire la jachère est mainte
nue parce elle était liée étroitement existence des soles
On touche ici au trait le plus original peut-être le plus ancien
de la culture dans ce pays Toutes les terres arables dans chaque com
mune sont réparties en trois groupements équivalents formant un
ensemble compact soumis successivement aux phases de la rotation
triennale ces groupements constituent les soles ou saisons
Cette division uniforme pour toutes les communes de la Plaine
semble avoir une origine des plus reculées Certains voient la
conséquence du passage du type pastoral primitif au type agricole
il fallait assurer au bétail une compensation aux réductions subies
par ses champs de parcours du fait des déboisements et des défriche
ments le groupement des jachères lui ménageait ainsi régulièrement
un vaste espace qui désormais était plus menacé par les progrès
de la culture autres voient un fait ordre purement ethnique
des communautés sédentaires possédaient et exploitaient en commun
des terres arables au centre desquelles était le village et qui étaient
divisées en trois parts en rapport avec le système de assolement
Archives -Nationales Série KK 1153-1172 Enquête sur Agriculture en Lor
raine 72 Recueil de renseignements de première importance pour reconstituer
aspect économique de la Lorraine vers la fin de Ancien Régime
Archives Nationales Série KK 1173 fol 24 Village de Crepey Le terri
toire est partie que pierraille et les bleds brûlent la moindre sécheresse.
Il fort peu de terres laissées incultes qui pourraient être cultivées Les obsta
cles sont il trouve des pierres en quantité. Il trouve dessous quantité
de laves et de rocs qui font on ne peut mettre le soc de la charrue
Cette répartition existait encore dans certaines parties de Angleterre au
xvnie siècle sous le nom Openfield PAUL MANTOUX- révolution industrielle
au XVIII siècle... Paris 1906 332. MEITZEN aaussi étudié pour Allemagne
cette forme ancienne de la culture dans le Handbuch der politischen Oekonomie de
VON SCH NBEHG Tubingen 1895 127-204 Voir aussi ses articles dans le
Handwörterbuch der Staci tswissensc haften de CONRAD aux mots Feldgemein
schaft Hufenverfassung Flurzwang LA PLAINE LORRAINE 445
Plus tard la propriété se serait individualisée dans ce cadre définitive
ment fixé tandis que exploitation continuait se faire en commun1
Malgré les inconvénients dont souffre le paysan du fait de ce vieil
état de choses il ne semble pas près de disparaître Bien audacieux
serait celui qui ne reculerait pas devant le maquis de la procédure
en osant dessaisonner par exemple ensemencer de avoine dans
la saison des blés est la persistance de cet ancien mode de culture
qui explique ainsi pourquoi la Plaine vieux pays agricole continue
faire porter son effort vers la production des céréales et du blé en
particulier2 Longtemps la région de Vaudémont et de Vézelise été
considérée comme le grenier blé de la Lorraine Actuellement
encore dans le Xaintois 62 100 du terriloire labourable sont
consacrés la culture des céréales
Toutefois devant les exigences modernes une transformation de
la culture devait se produire Le système de assolement restant
nécessairement fixe la jachère laissé une certaine latitude au
paysan de la Plaine mais du jour seulement où fut restreint le droit
de vaine pâture Rompant peu peu avec cette idée profondément
arrêtée dans son esprit que la terre besoin de repos il substitué
progressivement la jachère nue la demi-jachère Cette évolution
est dessinée dès le xvine siècle sous la pression de la nécessité avec
introduction delà pomme de terre3 Elle est accentuée au cours de
ces vingt dernières années devant la nécessité nouvelle de procurer
une alimentation rationnelle un troupeau devenu plus nombreux
Tout comme les procédés exploitation et la nature des cultures
le mode de la propriété traduit ce caractère inhérent la Plaine de
Cette explication rend compte du maintien vivace sous des formes mul
tiples du vieil esprit de communauté dans les villages de la Plaine Elle permet
de comprendre aussi la division du sol en parcelles de surfaces et de formes se
rapprochant un type invariable le jour ou journal 20 et quelques centiares et
autre part la dissémination de ces parcelles sur tout le territoire dissémination
très sensible en particulier dans les patrimoines anciens malgré les multiples
remaniements hui enûn le type agricole du mir en Petite Russie avec
son territoire divisé en trois saisons celle qui se repose toloka correspondant
nos jachères versaines en Lorraine et avec intérieur de chaque saison
des zones plus ou moins fertiles où chaque dvo sa parcelle rappelle étrange
ment cette phase primitive de exploitation du sol
CESAR déjà approvisionnait en blé dans la pays des Leuques De Bello
Gallico 40 Au xviiie siècle TURGOT intendant des Trois vêchés déclare que
le roi tire de la Lorraine pour la subsistance de son peuple au moins les deux
tiers de ses grains Bibliothèque de Nancy Manuscrits III.
Importée par les Suédois elle descendit de la Montagne dans la Plaine où
elle apparaît entre 1730 et 40 Voir CHARTON Histoire de introduction de la
pomme de terre dans les Vosges Annales de la Société mulation des Vosges
XII 4e cahier Année 1867 pinal-Paris 1868 159-184 Les registres de la
série KK aux Archives Nationales contiennent une vraie moisson de renseigne
ments sur les débuts de cette culture en Lorraine Ils montrent elle fut re ue
avec enthousiasme par les pauvres mal vue au début des laboureurs et des
curés qui lui reprochent de dégraisser la terre et de retarder les semailles du blé OGRAPHIE GIONALE 446
vieille unité agricole est en effet un pays de petite culture où exi
guïté des gagnages se complique un morcellement extrême
la différence de la Montagne où la topographie la nature du sol et
aussi le mode de peuplement expliquent le caractère compact des
exploitations Les exigences des anciennes conditions de la culture
étant maintenues chaque bien est réparti en trois portions peu
près égales dans chacune des trois saisons division nécessitée aujour
hui par le souci obtenir un revenu annuel peu près uniforme
intérieur de chaque saison les différentes portions sont loin de
former un ensemble un seul tenant elles se subdivisent en une
quantité de lopins disséminés tous les bouts de la saison sous
forme étroites bandes rectangulaires étendue généralement équi
valente Ce morcellement dégénère en un véritable émiettement dans
les vallées où le terrain est plus riche près des villages où se ser
rent les chenevières minces et effilées dans les prairies et dans
les vignes là enfin où chaque membre de la famille tenu avoir
sa part du patrimoine
Les inconvénients de ce morcellement outrance étaient signalés
dès le xvnie siècle hui encore ils restent aussi sensibles
grandes pertes de temps difficultés de drainage obstacle extension
des pâtures adoption tardive des machines agricoles dont emploi
rationnel est presque impossible La communauté des cultures par
le système des saisons atténue un peu le mal car le champ de par
cours du paysan ne dépasse pas étendue de la saison Et ailleurs
présent il semble bien une réaction se dessine la population
diminuant les propriétés tendent se concentrer les familles dimi
nuant les fractionnements deviennent moins fréquents Le cultiva
teur enfin que la rareté de la main-d uvre oblige recourir aux
machines que la nécessité de élevage contraint créer des pâtures
des enclos ressentant hui plus vivement que jamais tout ce
un tel morcellement de fâcheux efforce par voie acquêts
échanges de mutations de réunir des parcelles de grouper ses pro
priétés en constituant des sortes de noyaux il grossit sans cesse
par adjonction de terres voisines3
Le village enfin apparaît bien comme organisme qui est né et
vécu sans altération notable dans ce milieu auquel il est adapté de
longue date Se serrant tout au centre de son terroir avec infini
morcellement de ses champs il semble au printemps comme flanqué
Dans la Plaine sur 1000 exploitations 904 ont moins de IO ha
Archives Nationales F12 565 Journal de la Tournée de Mr DE LAZOWSKY
inspecteur ambulant provinces Alsace Lorraine Trois vêchés) 1785
Cette tendance est particulièrement sensible là où élevage se développe et
où par suite expérience déjà démontré avantage une pareille opération
Châtenois de 1836 1900 150 terrains sont passés de 30 50 il est constitué
52 propriétés un seul tenant variant de 70 ha LA PLAINE LORRAINE 447
de deux énormes taches une brune les jachères ou versaines
autre plus vaste et verdoyante les blés et les avoines en herbe
Extrêmement rares sont les écarts hameaux granges de la Mon
tagne ou de la Vôge ici inconnus Seules quelques fermes iso
lées sont les témoins le plus souvent une ancienne fondation reli
gieuse ou plus rarement un défrichement entrepris autrefois par
un riche particulier seigneur ou bourgeois Elles se localisent au
contact des zones boisées au détriment desquelles elles se sont tou
jours établies1 Le type du village aggloméré compact correspon
dant des groupes de cinquante soixante feux en moyenne est celui
de toute la Plaine2 Et cette formation résulte la fois des conditions
naturelles topographie sol hydrologie et aussi des circonstances
dans lesquelles est effectué le peuplement la différence de ce
qui se passe pour la Vôge et pour la Montagne la formation de la
communauté ne fut pas le résultat une série efforts lents et pé
nibles mais le plus souvent un groupement simultané Sur ce ter
rain généralement fertile et immédiatement utilisable les finages
se sont resserrés tandis que dans la Montagne ils étendirent déme
surément chaque nouveau colon cherchant où défricher et établis
sant sa demeure sur le fonds même il mettait en culture
Tout comme le village la maison du paysan de la Plaine présente
un type commun précisément parce elle répond des exigences
des traditions communes Son aspect solide et massif reflète le but
que de tout temps homme est proposé en édifiant réunir et abri
ter dans un espace unique tout ce dont il avait besoin lui sa famille
et son bétail problème ailleurs facile résoudre avec abondance
et la variété des matériaux de construction dont il disposait Ce type
est transmis fidèlement de génération en génération ne subissant
que les modifications nécessitées par les progrès de la culture et du
bien-être le toit est exhaussé les planchers ont remplacé la terre
battue des fenêtres plus grandes se sont substituées aux baies étroites
barreaux de fer parfois les murs ont été recouverts un badigeon
tandis un hangar accolait un mur pour loger les machines
Mais la disposition de cette demeure est restée caractérisée par la
juxtaposition des logements et des engrangements
Entre toutes ces maisons au type uniforme entre tous ces hommes
qui accomplissent ensemble les mêmes travaux sur le même terrain
Une première série au Sud de Mirecourt enserre curieusement les bois du
grès in raliasique une seconde dans la région de Vaudémont rappelle empla
cement des petits bois du grès médioliasique qui ont disparu presque complète
ment
Cet aspect compact est surtout caractéristique de la partie liasique il se
modifie on aborde la région plus calcaire du Muschelkalk pour adopter la
forme étirée dans le fond des vallées la recherche de humidité alors que sur
le Lias les villages choisissent de préférence les petites eminences 448 OGRAPHIE GIONALE
et sont solidaires des mêmes épreuves il persiste une réelle commu
nauté Le village tout comme la famille travaille en commun unité
des méthodes de culture continue imposer et si la vieille com
munauté des terres disparu depuis longtemps du moins aujour
hui encore on exploite toujours en commun Si ancienne forme
de la collectivité tend se réduire devant la force avec laquelle af
firme chaque jour la propriété individuelle elle semble pourtant
renaître dans le vieux cadre du village sous aspect moderne un
groupement libre et volontaire une association nouvelle et raison-
née des intérêts communs Ainsi le village persiste conserver sa
vieille individualité il reste un groupement de petits cultivateurs
installés sur un territoire commun et exploitant eux-mêmes dans
des conditions et avec des procédés identiques
Ce caractère de pays proprement agricole affirme encore davan
tage du fait que son peuplement est uniquement constitué par ces
petites unités agricoles que sont les villages Jamais la Plaine
connu la vie urbaine elle ignore les grosses agglomérations des
zones de passage des pays industries tout comme les grands
espaces solitaires des plateaux calcaires1 Seule la vallée de la Moselle
avec sa traînée de gros centres fait tache au milieu de la Plaine
Mirecourt avec ses 000 habitants est le vrai centre de la
par sa position sur le Madon au contact du Xaintois égale distance
delà Montagne et du Plateau Au Moyen Age Mirecourt était déjà
considéré comme une sorte de petite capitale ce fut le chef-lieu du
grand bailliage de Voge qui déborda longtemps Est et au Sud
au delà de la Plaine hui est le point de croisement des
voies ferrées avec ses foires mensuelles est toujours un centre
important pour la vie rurale du pays enfin est endroit où fabri
cants et patrons continuent centraliser et aussi fabriquer eux-
mêmes les produits de industrie familiale violons dentelles
broderies Mirecourt en reste pas moins un bourg une sorte de
grand village vu de Est est bien impression il donne) qui
par sa position ses vieilles traditions est détaché des autres vil
lages tout en conservant dans sa fonction de centre de la Plaine
aspect de ce pays agricole
III
La variété des sols qui contribue essentiellement la richesse
générale du terroir de la Plaine est en même temps la topographie
Huit localités seulement ont plus de 000 Parmi elles six chefs-lieux
de canton gros bourgs ruraux les deux autres sont Martigny-lès-Bains 052 b.)
avec un établissement eaux minérales Tantonville 1006 b.) avec sagrande
brasserie production moyenne annuelle 120000 hl.)