Un épisode ignoré de l histoire du protectorat de l Annam en 1909 - article ; n°1 ; vol.75, pg 215-248
37 pages
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Un épisode ignoré de l'histoire du protectorat de l'Annam en 1909 - article ; n°1 ; vol.75, pg 215-248

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Description

Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient - Année 1986 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 215-248
34 pages
Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié par
Publié le 01 janvier 1986
Nombre de lectures 137
Langue Français
Poids de l'ouvrage 5 Mo

Exrait

Nicole Louis Hénard
Un épisode ignoré de l'histoire du protectorat de l'Annam en
1909
In: Bulletin de l'Ecole française d'Extrême-Orient. Tome 75, 1986. pp. 215-248.
Citer ce document / Cite this document :
Hénard Nicole Louis. Un épisode ignoré de l'histoire du protectorat de l'Annam en 1909. In: Bulletin de l'Ecole française
d'Extrême-Orient. Tome 75, 1986. pp. 215-248.
doi : 10.3406/befeo.1986.1706
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/befeo_0336-1519_1986_num_75_1_1706UN EPISODE IGNORE DE L'HISTOIRE
DU PROTECTORAT DE L'ANNAM EN 1909
PAR
Nicole LOUIS-HENARD
Le Van ThdCách Mang daù thè-ky XX de DÀNG THAI MAI, paru à Hanoi en 1961 donne
p. 315 une poésie du HUÝNH THÚC KHÁNG1, écrite en 1910 et intitulée:
Gàp ban (cô dao) moi bi dày ra Côn-lôn
Tang linh mue OO QUANG LINH.
«Quyên niťďc côn hèn, quyên giao thàp,
«Tri than chua mo5, tri dan ngây.
«Làng nô, lûy quyêt xô nën do
«Chďthap соЧоап du'ng xtfnày.
«Song gió tube thông bien mďi,
«Giông mua mot góc cói tù ďay .
«Này bâu tâm siťra sao ďay?
«Muôn moi tďtám chtfa kéo dây.
«No'bây nhifnui trà chife rôi,
«Gap chàc, không de giûa dao côi.
«Au Á ttftrieu da hiêp mot,
«Khong, Gia hoc giói nďchia ďoi.
1 Huýnh Thúc Kháng (1876-1947) était originaire de la province de Quang-nam où il fit des études traditionnelles.
Très tôt il sympathisa avec les lettrés tels Phan Bôi Châu et Phan Châu Trinh. Dès 1906 il s'initia à la culture moderne
et compta parmi les affiliés au mouvement nationaliste Duy Tân. En 1908 il soutint le mouvement dit «révolte des
impôts» au Centre Vietnam. Il fut arrêté et exilé à vie à Poulo-Condore, dont il fût cependent libéré en 1921.
En 1926, il fût élu Président de la Chambre des Représentants du Peuple dont il démissionna l'année suivante
pour prendre la direction du journal Tièng Dân (La Voix du Peuple) dont il resta rédacteur en chef pendant seize
années. Au moment du coup de force japonais, en Mars 1945, il déclina l'offre qui lui était faite d'entrer au Conseil
des Ministres. L'année suivante, il participa au Gouvernement d'Union Nationale, où il occupa la charge de Ministre
de l'Intérieur, et lorsque Ho Chi Minh vint négocier en France, il assuma les fonctions de Président par intérim. Au
début de la résistance contre les Français, il fût envoyé en mission dans la zone des combats. Il y tomba malade et
revint mourrir dans sa province natale en 1947 (Trân Vàn Giáp- Ng Tuohg Phùçmg - Nguyên Ván Phú - Ta Phong
Châu: Luge Truyên Các Tác-gia Viêt Nam Tap II. Khoa hoc xâ hôi. Hà-nôi 1972). Nicole Louis- Henard 216
«Ruôt rà nifóc tham tiňh giao mât,
«Ngày tháng thoi diťa cûa báu rói.
«Trô chuyên hôm nay nên nho'mâi,
«Bên kia bôbiên song vang troři.
Rencontre d'un ami (un prêtre) qui vient d'être exilé à Poulo-Condore (1910) Dédié au Père
-Dô Quang Linh.
Faible est le pouvoir, humble est la religion,
Peu clairvoyants sont les puissants, pauvre d'esprit est le peuple.
Asservis sont les villages, écroulées sont les bases,
La bannière des Croisés s'étend sur le pays.
Vents et marées devaient changer la mer,
Pluies et tempêtes menèrent à l'exil.
Comment dire notre désarroi,
Par quel fil démêler l'écheveau.
Une montagne de devoirs qui ne sont pas remplis,
Une rencontre imprévue sur ce coin de l'horizon.
L'Orient et l'Occident se rencontrent sur les quatre mers,
Pourquoi confucianistes et chrétiens se heurtent-ils?
Nos cœurs purs sont noyés de larmes,
Jour après jour file la navette du temps.
Nos échanges d'aujourd'hui nous feront souvernir toujours,
Du rivage, la-bas, où les vagues résonnent sous le ciel.2
L'auteur de l'ouvrage, DANG THAI MAI, donne dans une longue note de bas de page,
le commentaire suivant:
«DÔ QUANG LINH,3 qu'on avait l'habitude d'appeler Cu (Cha) LINH, originaire de
Difc-tho (Hà-tinh) était un prêtre, bon représentant du monde catholique patriote du début
de ce siècle. DÓ QUANG LINH, ainsi que deux autres prêtres, Cu TUO'NG (NGUYÈN
TUÔNG?) et Cu DÔNG (NGUYÊN THAN DONG ?) étaient de fervents disciples de
l'appel de PHAN BÔI CHÂU. Ils ont participé à la propagation des idées de lutte contre les
Français lors du mouvement Duy-tân.
Ces trois personnages furent déportés au bagne de Poulo-Condore. Cu TÚC/NG y est
mort. Cu LINH et Cu DÔNG furent graciés quelques années plus tard, mais restèrent en
Cochinchine, ne voulant pas demander aux autorités du Protectorat et à la Cour de Huê, la
permission de retourner dans leur village natal.»
L'enrôlement de chrétiens dans la résistance au pouvoir colonial avait déjà été signalé,
pour le Nghê-an, par le Résident Supérieur de L'Annam. E. Groleau dans le rapport de fin
de séjour (№ 107 du 11-2-1911)4 qu'il adressa au Gouverneur Général lorsqu'il partit en
congé administratif. On y lit:
2 Huýnh Thiic Kháng a d'abord écrit cette poésie en sino- vietnamien, puis l'a lui-même traduite en vietnamien.
Nous avons fait une adaptation des deux textes pour tenter de rendre au maximum la pensée de l'auteur.
3 «HUÝNH THÚC KHÁNG, comme les autres patriotes qui avaient été à l'Ile à la même époque et qui avaient
un patriotisme opiniâtre, des idées démocratiques, une intelligence aiguë, dit de lui: -«MrDÔ est fort en chinois sur
les idées nouvelles qu'il connaît bien. Il n'est pas aveuglé par la religion comme d'autres». DANG THAI MAI. Ibid.
4 FO 3/56. A.O.M. Un épisode ignoré de l'histoire du protectorat de l'Annam en 1909 2 17
«Les chefs du mouvement étaient parvenus, d'une part à enrôler dans leur parti, à l'aide de
promesses d'appui futur et de protestations d'amitié, sans doute aussi de compromissions
plus matérielles, plusieurs prêtres ou cathéchistes indigènes du Nghê-Tinh et à exercer, par
leur moyen, une action politique étendue sur la partie de la population catholique de cette
région, population que l'on pouvait le moins s'attendre à voir pactiser avec les représentants
d'un parti qui avait toujours été hostile, exclusivement composé de ses ennemis de caste et de
religion, de ses persécuteurs de la veille et vraisemblablement du lendemain. Par l'inte
rmédiaire de ces prêtres une propagande efficace, dirigée contre nous était répandue dans les
milieux catholiques, et des subsides élevés, dont le but et l'usage étaient manifestement
connus des souscripteurs, étaient versés par eux et venaient grossir les ressources mises à la
disposition du parti de CUÔNG-DÊ.»
Les trois religieux dont parle E. Groleau sont-ils les mêmes que ceux célébrés par HUÝNH
THÚC KHÁNG dans sa poésie?
Après recherches, nous pouvons sans grand risque d'erreur répondre par l'affirmative, bien
que les noms que donne OÁNG THAI MAI et ceux que nous avons relevés ailleurs ne
correspondent pas exactement. En effet, seuls trois prêtres autochtones du vicariat du
Tonkin Méridional furent mis en état d'arrestation en 1909 - le 12 Juin, à Vinh, par le
Résident de la province de Nghê-an qui les remit à la «Justice indigène» - et envoyés à
Poulo-Condore.
Après avoir étudié cette affaire, il ne nous a pas semblé inintéressant d'en montrer le
déroulement, d'autant qu'elle se plaçait dans un contexte politique, religieux et révolutionnaire
dont on ne peut la détacher. Ceci nous a conduit avant de traiter de l'affaire elle-même, à
faire très succintement le point sur la situation du milieu colonial, du milieu catholique et du
milieu révolutionnaire en 1909.
Après son installation en Indochine, la France n'assurait en principe, dans les pays de
protectorat, qu'un con

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