Un « Kouros » archaïque du Musée de Genève - article ; n°1 ; vol.75, pg 38-54

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Bulletin de correspondance hellénique - Année 1951 - Volume 75 - Numéro 1 - Pages 38-54
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Source : Persée ; Ministère de la jeunesse, de l’éducation nationale et de la recherche, Direction de l’enseignement supérieur, Sous-direction des bibliothèques et de la documentation.

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Publié le 01 janvier 1951
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Waldemar Déonna
Un « Kouros » archaïque du Musée de Genève
In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 75, 1951. pp. 38-54.
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Déonna Waldemar. Un « Kouros » archaïque du Musée de Genève. In: Bulletin de correspondance hellénique. Volume 75,
1951. pp. 38-54.
doi : 10.3406/bch.1951.2473
http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bch_0007-4217_1951_num_75_1_2473·
" KOUROS " ARCHAÏQUE UN
AU MUSÉE DE GENÈVE
■ (PI. I-V)
II y a plus de quarante ans, en 1908, je publiais un volume sur Les
Apollons archaïques, Étude sur le type viril de la statuaire grecque an
VIe siècle avant notre ère. Des découvertes, souvent importantes, ont
augmenté ce « Corpus », de nombreux travaux d'ensemble ou de détail ont
paru sur ce sujet. Je me borne à rappeler le bel ouvrage de Mlle G. Richter,
Kouroi, a Study of the development of the Greek Kouros from the laie sevenlh
to the early fifth Ceniury B. C, 1942 (1). J'ajoute à cette série un exemplaire
acquis par le Musée d'art et d'histoire de Genève en 1950 (2). Il se trouvait
depuis plus de vingt ans entre les mains d'un antiquaire genevois et sa
provenance n'est pas connue. Il lui manque : la tête, l'avant-bras gauche,
les jambes à mi-cuisses. La hauteur actuelle, 0 m. 39, convient à une statue
de petites dimensions, d'environ 0 m. 70. L'extérieur du bras gauche a
été aplani, en section nette, comme si elle avait été sciée.
La matière est un calcaire presque blanc, très fin et très tendre, qui,
sous l'épiderme durci, se réduit facilement en poudre. Au bras droit, un
éclat de la pierre a fait apparaître une coquille. Si la majorité des Kouroi
est en marbre (3), on en connaît qui ont été taillés dans des calcaires
divers (4). Ceux-ci ont été employés en Grèce même pour la statuaire
(1) J'y relève l'aimable appréciation de l'auteur, XIX : «But Deonna's work has not been
superseded. Everyone who has worked in that fleld will appreciate the admirable collection
of matériel there assembled ».
(2) N° d'inventaire 19175.
(3) Matière des Kouroi, Deonna, Apollons, 43 ; Richter, Kouroi, 13.
(4) Apollons, 44 ; Richter, Le.UN « KOUROS » ARCHAÏQUE AU MUSÉE DE GENÈVE 39
monumentale de l'Attique (1) et d'ailleurs (2), pour la statuaire indépen
dante en Béotie (3), mais surtout hors de la Grèce propre, à Rhodes (4),
en Asie Mineure (5), à Chypre (6), à Naucratis (7). Ce calcaire est souvent
très tendre et pulvérulent (8) ; à Athènes, le fronton de l'hydre (9), en
Béotie la stèle de Dermys et de Kitylos (10), un torse féminin (11),
sont des exemples de pierre coquillière.
Si la matière peut fournir un indice de provenance géographique, elle
ne fournit pas d'indice chronologique, et nul n'admet plus aujourd'hui la
thèse trop logique d'une progression qui aurait fait graduellement passer
la plastique archaïque, après la légendaire période du bois, par des calcaires
tendres, coquilliers, et défectueux, puis plus durs et plus homogènes, pour
aboutir au marbre (12).
Il se pourrait, ce qui expliquerait Pépiderme durci de notre statue, que
le calcaire ait reçu une sorte d'enduit, destiné à égaliser la surface, à servir
de support à la couleur, constituant ainsi une sorte de croûte assez
épaisse (13).
Le dos ne conserve aucune trace de la chevelure (14); elle n'était donc
pas étalée en masse ou en nattes, comme en de nombreux Kouroi, mais
(1) Lechat, Au Musée de V Acropole, 5; id., La sculpture altique avant Phidias, 22, n. 1.
(2) Picard, Manuel, Période archaïque, 188 sq., 593-4.
(3) Apollons, 44 (Kouroi) ; Picard, 508 ; Grâce, Archaic sculpture in Boeotia, 1939 ; cf. RA,
1944, II, 70.
(4) Pryce, Catalogue of sculpture, Bril. Mus., I, 1, 1928, 158.
(5) Ex. Aphrodite de Clazomènes, Deonna, Dédale, I, 133 ; II, 52, n. 5 ; Picard, 534, n. 7.
(6) Pryce, I, 2, 1931, 4 ; Picard, 190.
(7)I, 1, 181 («limestone of various quality, or sandstone »).
(8) Lechat, Au Musée, 13 : « pierre blanchâtre, presque pareille à de la craie tendre » ; 22,
« calcaire blanchâtre, fort tendre » ; Apollons, n° 32, calcaire blanchâtre, très ; n° 39, tendre, blanc-jaune, etc.
(9) Lechat, Au Musée, 39 « pierre pétrie de coquilles et de sable, extrêmement fragile et
tendre » ; 49 : « sorte de pâte de coquilles et de sable » ; 27, < calcaire très tendre, très friable, percé
de petits trous, parsemé de t ; 31.
(10) Apollons, 44; 164, n° 6.
(11) Ibid.; RA, 1908, I, 190, n° I ; AJA, XXVIII, 1924, 267 ; Richter, Archaic Greek art, 21,
flg. 41 ; Picard, 508, flg. 164.
tl2) Lechat, Au Musée, 39 sq., 41, 49, 94, 102, 107 ; id., La sculpture ailique, 101. — cf. contre,
Dédale, I, 132 ; Picard, 187, 593. Sur la technique du calcaire, Casson, The technique of earhj Greek
sculpture, 1933 ; 188, n. 4 ; 189, n. 1, réf. ; Richter, Kouroi, 17, n. 28, réf.
(13) Purgold, Eph. arch., 1885, 249 ; Lechat, Au Musée, 35, n. 1, ne le pense pas, et suppose
que les trous de la pierre étaient seulement bouchés avec du mastic. Toutefois, Picard, 192, n. 4 :
à l'Acropole d'Athènes, à Marmaria, « on constate que l'enduit était double : sur la pierre même,
un lait de chaux (?) obturait les porosités naturelles ; c'est cette surface, déjà égalisée plus ou
moins, qui recevait le stuc extérieur, soutien de la peinture. En certains cas, il apparaît que le
stuc de dessous a été posé en couche très liquide ».
(14) Chevelure des Kouroi, Apollons, 100; Picard. 266. W, DEONNA 40
elle dégageait le cou, en totalité ou en partie. On connaît à diverses époques
de l'archaïsme une chevelure mi-longue, en perruque étagée sur le bronze
à mitre de Delphes (1), en masse coupée net sur le cavalier Rampin (2),
ailleurs, en ligne incurvée de petites boucles, sur divers Kouroi de la seconde
moitié du vie siècle (3) ; une mode fréquente à la fin du vie siècle et au
début du ve siècle la ramasse en bourrelet sur la nuque (4). On voit
aussif et de bonne heure, des chevelures tout à fait courtes (5), mais elles
sont rares. D'une façon générale, la chevelure se simplifie et se raccourcit
à mesure que l'on approche de la fin du vie siècle et du temps des guerres
médiques. En l'absence de toute trace, on ne peut préciser quelle était la
coiffure de notre Kourosl
Comme ses congénères, il est frontal et entièrement nu (6).
Depuis la fin du vne siècle, la représentation anatomique, tout d'abord
rudimentaire, devient de plus en plus précise et exacte, en même temps
que le modelé remplace l'incision (7), et cette évolution peut offrir un
critère chronologique, du moins approximatif (8).
(1) Richter, Kouroi, 42, pi. IV, flg. 12-14, 3e quart du vne siècle.
(2) Richter, Archaic..., flg. 94 ; Charbonneaux, La sculpture grecque archaïque, flg. 16-19.
Vers 560.
(3) Richter, Kouroi, n» 113, flg. 313-6 (Munich), n° 118, flg. 329-30 (Louvre) ; n° 117, flg. 327
(Acropole) ; n° 119, flg. 333 (Boston) ; n° 132, flg. 351-1, 353 (Ptoion) ; etc. — Richter range ces
sculptures dans son groupe, · Anavysos-Ptoion 12 », daté de 540-515.
(4) Richter, n° 131, flg. 373-380 (Ptoion, n° 20) ; n° 134, fig. 377-9 (Kouros Strangford) ; etc.
Groupe Ptoion 20 de Richter, soit 515-485.
(5) Bronze de Dréros, Richter, Kouroi, fig. 41-2, milieu du vu" siècle ; tête Rayet-Jacobsen,
Copenhague, n° 116, fig. 325 (groupe Anavysos-Ptoion 12, 540-515). Tête de bronze de Sparte,
milieu ou 3e quart du vie siècle ; id., Archaic..., flg. 151-2.
(6) On sait que, dans l'archaïsme, les statues masculines debout, vêtues, sont rares ; Apollons,
49. Le vêtement. — Statue de Samos, Richter^ Archaic..., flg. 170 ; Kouros de l'Ilissos, avec
himation, vers 500; à propos de cette statue, Riemann, texte BB, 781-2, cite des exemples;
Picard, JRA, 1942-4, I, 142; REG, LVII, 1944, 145; Picard, Manuel, Période archaïque, 254,
n. 1 ; Dellion, 1931-3, XIV, 41, vers 500. — Kouros de Leipzig, calcaire chypriote, en apparence
nu, mais le vêtement était sans doute peint, Rumpf, Archaische Kalksieinslatuelle in Leipzig,
Anlike Plaslik (Feslschrifl Amelung), 1928, 27, flg. 1-3. — Kouroi du fronton delphique des
Alcméonides, à demi-drapés.
(7) Sur cette représentation du nu, Apollons, 65 ; Dédale, I, 324 ; Richter, Kouroi, 27 ;
Richer, Le nu dans Varl, L'art grec, 1926, 17 ; Picard, 255.
(8) Une trop grande précision, à une ou deux décades près, n'est qu'apparente, car il faut
tenir compte des avances, des retards, dus aux lieux, aux artistes, etc. Rappelons que Richter,
Kouroi, établit les groupements suivants,: Groupe Sounion, 615-590 ;. groupe Orchomène-Théra,
590-570; groupe Ténéa-Volomandra, 575-550 ; groupe Milo, 555-540; Anavysos-Ptoion
12, 540-515; groupe Ptoion 20, 515-485. Pour la datation des Kouroi attiques, Budde, Die
altischen Kuroi, 1939. « KOUROS » ARCHAÏQUE AU MUSÉE DE GENÈVE 41 UN
Regardons notre Kouros de face (1). Les clavicules décrivent encore
de chaque côté une ligne horizontale, en saillie à peine perceptible (2).
La poitrine est plate ; la démarcation inférieure des pectoraux n'apparaît
guère (3).
Au-dessous des pectoraux, Péchancrure inférieure et antérieure du
thorax est indiquée sur les plus anciens Kouroi par un angle aigu (angle
xiphoïdien), nettement gravé (4), et c'est, avec la ligne blanche, le nombril,
les plis des aines, les premiers détails anatomiques notés (5), qui seront
complétés par ceux de la musculature abdominale. Cet angle évolue vers
le plein cintre, tenant compte à la fois du squelette et de la musculature ;
« limite supérieure de l'abdomen », il est « en son milieu la traduction de
la première intersection aponévrotique des grands droits, et, à ses extré
mités, celle du sillon qui souligne les cartilages costaux» (6). On n'y
parvient pas d'emblée, et l'on perçoit divers essais pour passer de la pre
mière forme à la seconde. L'angle aigu incurve légèrement ses côtés (7) ;
eux-mêmes sont réunis par une courbe (8). Encore étriqué, aux branches
trop courtes, ce cintre s'élargit et se prolonge latéralement (9), pour
parvenir à sa forme définitive et exacte de la fin du vie siècle (10). Sur notre
Kouros l'angle est encore aigu, mais ses branches ne sont pas absolument
rigides et s'incurvent quelque peu, et ce schéma dénote son ancienneté.
(1) Cf. avec l'écorché de Houdon, Richter, Kouroi, pi. 1 ; id., Archaic..., fig. 336-7.
(2) Apollons, 89 ; Dédale, I, 326 ; 29, n° 1. Le tracé des clavicules s'incurve
avec le temps (ex. groupe Anavysos-Ptoion 12, 540-515).
(3) Apollons, 88 ; Dédale, I, 326 ; Richter, Kouroi, 29, n° 3. Progressivement la poitrine se
gonfle, respire, les pectoraux s'élargissent et sont nettement marqués.
(4) Angle xiphoïdien seul, bronze de Dréros, Richter, Archaic..., fig. 55 ; Kouros de Nau-
cratis, ibid., fig. 64 ; id., Kouroi, n° 23, fig. 95.
(5) Richter, 39 ; Dédale, I, 327 ; Picard, 261.
(6)39-40 ; Picard, 261.
(7) Ex. : Kouros du Sounion, Richter, n° 3, fig. 34 ; Kouros de New-York, ibid., n° 1, fig. 19
(groupe Sounion, 615-590) ; Kouros d'Actium, ibid., n° 59, fig. 192 (groupe Ténéa-Volomandra,
575-550), etc.
(8) Kouros de Polymédès, Richter, n° 11, fig. 60 (groupe Sounion) ; de Théra, ibid., n° 40,
fig. 40 (groupe Orchomène-Théra, 590-570) ; id., Archaic..., fig. 52 ; K. d'Actium, ibid., n° 34,
fig. 119.
(9) Ex. groupe Ténéa-Volomandra, 575-550 ; K. de Volomandra, Richter, n° 51, fig. 159-
161 ; id., Archaic..., fig. 95-6 (meilleure figure) ; K. de Florence, n° 61, Archaic..., fig. 97, —
Groupe de Milo (555-540) : K. de Mégare, Richter, Kouroi, n° 77, fig. 236 ; id., fig. 149 ;
K. du Ptoion, n° 81, fig. 248 ; K. du Ptoion, n° 81, fig. 279 ; K. de Naxos, n° 99, fig. 290 ; K. de
Paros, Louvre, n° 100, fig. 192.
(10) Groupe Anavysos-Ptoion 12, 540-515 : K. de Munich, n° 113, fig. 313, 315 ; K. d'Anavy-
sos, n° 114, fig. 318; Archaic..., flg. 113-4; K. de Kéos, n» 120, fig. 334; Archaic..., fig. 158;
K. du Ptoion 12, n° 121, flg. 340 ; Archaic..., fig. 150 ; de Rhodes. n° 130, flg. 359. — Groupe
Ptoion 20, 515-485, K. du Ptoion 20, n» 131, flg. 364, etc. W. DEONNA 42
Ce cintre, d'abord arrêté sur les côtés au-dessus des flancs, se continue
parfois par le sillon latéral de l'abdomen (1), plus ou moins nettement
marqué (2), qui est très distinct sur notre Kouros.
A l'intérieur de l'ovale, trop étroit, circonscrit en haut par l'angle
xyphoïdien, sur les côtés par le sillon de l'abdomen, en bas par les lignes
des aines, on note sur notre Kouros les détails suivants. Tout d'abord la
ligne blanche, sillon vertical qui sépare le muscle grand droit au-dessus
de l'ombilic (3). Puis les divisions transversales de celui-ci, qui, dit Richer,
sont «la vraie trouvaille de l'art grec» (4). «Les intersections aponévro-
tiques qui divisent les muscles de l'abdomen sont bien au nombre de trois,
et elles sont la cause des trois plans musculaires qui se partagent la région
sus-ombilicale du ventre ; la division triparti te ne s'applique donc qu'à
cette région. Le plan musculaire le plus élevé, assez étroit, fait partie, au
point de vue morphologique, de la région sous-mammaire... le sommet du
cintre doit compter pour la première intersection » (5). Ces intersections,
qui coupent transversalement la ligne blanche, sont indiquées d'abord avec
sécheresse, et par des traits rigides, avant de s'assouplir et d'être modelées.
Il est parfois difficile de les dénombrer exactement, quand elles sont peu
apparentes, et les érudits ont parfois commis des erreurs dans leur inter
prétation (6). Le nombre de ces sillons varie, on en compte cinq (7),
quatre (8) puis trois (9) fréquemment depuis le milieu du vie siècle. Enfin,
(1) Richer, 41.
(2) Ex. Groupe Ténéa-Volomandra, 575-550, Richter, 130 ; K. de Ténéa, n« 58, flg. 186 ;
Archaic..., fig. 141 ; Charbonneaux, flg. 37. — K. de Volomandra, n° 51, flg. 159. — Groupe
Milo, Richter, 158, 550-540 ; K. de Milo, n° 72, flg. 217, 220 ; K. de Paros, Louvre, n° 101, flg. 292.
— Groupe Anavysos-Ptoion 12, 540-515 ; K. de Munich, n° 113, flg. 313 ; K. d'Anavysos, n° 114,
fig. 318 ; K. de Kéos, n° 120, flg. 334-5 ; du Ptoion 12, n° 121, flg. 340 ; Délia Seta, Ilnudo nelVarle,
flg. 41.
(3) Dédale, I, 328 ; Richter, Kouroi, 29, n° 2.
(4) Richer, 42 ; Apollons, 76, pi. IV ; Dédale, I, 328, flg. 29 ; Picard, 261 ; Richter, Kouroi, 29.
(5)45 ; id., Anaiomie artistique, 174 sq.
(6) Richer, 45 ; Richter, 30, n. 1.
(7) K. d'Orchomène, Richer, 44 ; Picard, 261, 510, flg. 166 ; Délia Seta, Jï nudo nelVarte,
flg. 37 ; Richter, n° 27 (quatre divisions). — K. du Ptoion, Richter, n° 28, flg. 105 (groupe Orcho-
mène-Théra, 590-570).
(8) K. du Sounion, Richer, 44 ; Picard, 262 ; Richter, n°« 2, 3 (groupe Sounion, 615-590). —
Groupe Orchomène-Théra, 590-570, trois intersections ou plus, Richter, 102. — Groupe Ténéa-
Volomandra, 575-550, 3 à 4 intersections, en général modelées, 130 : K. d'Actium,
n° 59, flg. 191-3 ; Charbonneaux, flg. 15. — Groupe Milo, 3 à 4 divisions, 555-540 ; Richter, 158 ;
K. de Milo, n° 72, flg. 217 sq. ; K. du Ptoion, n° 78, flg. 238-40.
(9) Picard, 262 ; K. du Céramique, Richter, n° 8, flg. 51 (groupe Sounion, 615-590). Groupe
Ténéa-Volomandra, n· 51. — Groupe Milo, 555-540 ; K. d'Athènes, n° 74, fig. 254 ; de Mégare,
n° 77, flg. 236 ; id., Archaic..., flg. 149 ; Richter, 54, remarque qu'il y a une intersection aponé-
vrotique de trop ; K. du Ptoion, n° 80, flg. 248 ; K. du Ptoion, n° 81, flg. 279 ; K. de Thasos, UN α KOUROS » ARCHAÏQUE AU MUSÉE DE GENÈVE 43
il n'y en a plus que deux (1) qui, en tenant compte de la troisième inter
section confondue avec le sommet du cintre, donnent la division tripartite
des trois plans musculaires sous-ombilicaux ; ce dernier progrès est accompli
vers la fin du vie siècle.
Sur notre Kouros le nombre des divisions du grand droit est encore
inexact. Au-dessus du nombril trois sillons horizontaux déterminent
quatre plans musculaires entre lui et le haut de l'angle aigu que forme la
cage thoracique ; ils sont indiqués avec sécheresse, plus gravés que
modelés (2).
La taille est assez resserrée, et ses contours se continuent trop réguli
èrement par ceux des jambes (3), la crête iliaque ne faisant qu'une saillie
presque imperceptible ; ce dernier détail, qui n'existe pas dans les Kouroi
les plus anciens (4), ne se prononce qu'avec le temps, dans la seconde
moitié du vie siècle (5).
Les plis inguinaux, obliques et courts (6), se perdent dans les rondeurs
du ventre et des cuisses. Le revers n'a pas d'autre indication que celle
du sillon dorsal (7), rainure brutale et courte qui s'arrête au-dessus des
fesses. Vu de profil (8), le kouros accuse une cambrure du dos assez
prononcée, et on note la saillie de l'abdomen.
Tous ces détails permettent, pensons-nous, de le dater du milieu du
vie siècle environ, et plutôt avant qu'après.
n° 92, fig. 273-5 ; K. de Délos, n° 94, flg. 283 ; K. de Délos, n° 96 ; K. de Paros, Louvre, n° 100.
fig. 292-4 ; K. de Paros, Copenhague, n° 101, flg. 295-7 ; K. de Samos, n° 104, flg. 276-8. —
Groupe Anavysos-Ptoion, 12, 540-515 : K. de Munich, n° 113, flg. 313-6 ; K. d'Anavysos, n° 114-
flg. 317-21 ; K. de Kéos, n° 120, flg. 334-7 ; Archaic..., flg. 150 ; Richer, 55, remarque qu'il y a
un plan musculaire de trop. — K. de Rhodes, n° 130, flg. 359-62.
(1) Groupe Ptoion, 20, 515-485, Richter, 224 : K. du Ptoion 20, n° 131, flg. 363-70;
K. d'Eutrésis, n» 132, flg. 371-3 ; K. du Ptoion, n° 133, flg. 374-6 ; K. d'Anaphé, n° 134, flg. 378
9, etc. ; schéma habituel dans ce groupement, cf. Richter, 4, n. 2. — On rencontre parfois anté
rieurement deux divisions, ex. statuette de bronze, de Trapézia (?), Richter, n° 37, flg. 124-6
(groupe Orchomène-Théra).
(2) Cf. torse d'Actium, Louvre, Richter, n° 59, flg. 192 (groupe Théra-Volomandra, 575-550).
(3) Sur cette partie, Richer, 52. Les flancs ; Dédale, I, 334, flg. 30 ; Richter, 30, n° 7 ; Picard,
260.
(4) Richter, 62 (on ne le constate pas dans le groupe Sounion, 615-590) ; légère saillie dans
le groupe Orchomène-Théra, 590-575, ibid., 102 ; dans le groupe Milo, 555-540, ibid., 158.
(5) Groupe Anavysos-Ptoion, 12, 540-515, Richter, 195; groupe Ptoion, 12, 540-515,
Richter, 195 ; groupe Ptoion 20, 515-485, ibid., 224.
(6) Apollons, 74 ; Dédale, I, 336 ; ils s'incurvent dans les Kouroi les plus récents, ex. Richer,
56, Ptoion 20.
(7) Apollons, 90 ; Dédale, I, 337 ; Richter, 31.
(8)69 ; I, 357. 44 W. DFONNA
D'ordinaire, les Kouroi allongent les bras contre les cuisses, le poing
fermé ne tenant rien. Ici, le bras droit, allongé, tient un attribut, qui est
certain, étant donné la masse de pierre prolongeant la main, et qui ne
peut provenir d'un état d'ébauche, puisque la statue est par ailleurs
entièrement achevée. L'avant-bras gauche manque, mais il était libre,
car il n'a laissé aucune attache sur la cuisse, et il était plus ou moins fléchi
jusqu'à angle droit (1).
Les figurines masculines de bronze donnent des exemples nombreux
de cette dissymétrie des gestes (2), peu fréquente dans la plastique en
pierre (3). L'éphèbe drapé de l'Acropole 633 la présente (4), mais il est
vêtu, et subit sans doute l'influence du type féminin, dont il répète les
gestes, et où elle est usuelle (5). Dans la série nue, des Kouroi de Naucratis
allongent leur bras droit, le gauche replié sur la poitrine (6) ; celui de
Paros, à Copenhague ramène son bras droit sur le ventre, comme en
témoignent les attaches qui subsistent (7).
Cette dissymétrie est en général déterminée par le port d'attributs,
ainsi pour les Korés. Des figurines masculines en bronze, nues ou vêtues,
en sont souvent pourvues (8). En pierre, le Moschophore de l'Acropole
tient symétriquement de ses deux bras l'animal sur ses épaules, et il est
vêtu (9) ; à Naucratis, une statuette de chasseur vêtu porte sur ses épaules
une paire d'animaux, le bras droit allongé, le gauche replié sur la poi
trine (10) ; au fronton delphique un Kouros allonge un bras pour tenir la
flèche, coude le droit pour tenir l'arc (11). Mais rares sont les Kouroi nus
en pierre qui tiennent des attributs. Le grand criophore de Thasos presse
(1) Sur les gestes des bras, leur libération progressive du corps, Apollons, 62 ; Dédale, I, 222.
(2) Apollons, 253, n. 2, 254 ; Dédale, I, 230.
(3) Dédale, I, 230.
(4) Ibid.; Schrader, Archaische Marmorskulptur im Akropolismuseum, 1909, 56-7, flg. 46-7 ;
id., Auswahl, 1913, pi. XII ; Dickins, Catalogue of Ihe Acropolis Muséum, I, 1912, 17, n° 633 ;
bras droit avancé, plié au coude, bras gauche allongé tenant les pans de l'himation.
(5) Dédale, I, 230.
(6) Pryce, Catalogue of sculpture, Brii. Mus., I, 1, 1928, 186, flg. 223, n° B. 441, réf. ; B. 442,
pi. XL (id.) ; Apollons, 64, n. 2; 297. — Pryce, I, pi. 1, 3 ; II, pi. XIV, n° 13.
(7) Apollons, n° 123 ; Dédale, I, 232 ; Richter, Kouroi, n° 101, fig. 296. Sur ce schéma, Dédale,
I, 231-2.
(8) Apollons, 16-17; 254, et n. 5 ; Deonna, L'influence égyptienne sur l'attitude du type
statuaire debout dans l'archaïsme grec, Feslgabe H. Blùmner, 1914, 119. ·
(9) Cf. geste analogue, statuette en bronze de criophore, Berlin, fin vu· siècle; Richter,
Archaic..., flg. 56.
(10) Pryce, I, 1, B 341, pi. XLI ; Richter, Archaic..., 124, flg. 195.
(11) Reconstitution approximative, cf. plus loin. UN «KOUROS» ARCHAÏQUE AU MUSÉE DE GENEVE - . 45
de sa main gauche le bélier sur sa poitrine, tandis que de son bras droit
étendu il maintient les pattes de l'animal (1). D'autres Kouroi portent aussi
des animaux. Ce sont des statuettes de Rhodes aux deux bras allongés
empoignant un lion, la main gauche tenant la queue, la main droite les
pattes de derrière (2), schéma que répètent des statuettes de Naucratis (3).
On peut rapprocher notre Kouros de ces monuments ; mais on ne saurait
dire quel était l'attribut de la main droite, quel était le geste précis du bras
gauche libéré.
En règle générale les Kouroi et Korés avancent la jambe gauche (4|
et l'on a reconnu dans cette attitude une influence égyptienne (5), ce qui
est discutable (6). On connaît cependant des exceptions (7), et notre
Kouros en est une ; il porte la jambe droite en avant, ce qui est nettement
perceptible quand on le regarde de profil. On les a surtout relevées dans
la série des Korés de l'Acropole (8) et M. Lechat les a signalées jadis (9) :
Koré 672 (10), Koré 683 dite « aux bottes rouges » (11), Koré 605 (12). On
peut ajouter à cette liste deux Korés analogues d'Asie Mineure, l'une à Berl
in (13), l'autre à Londres (14) ; une Koré de l'ancienne collection Gréau, au
Louvre, mais peut-être déjà archaïsante (15) ; et celles du fronton Est de
(1) Richter, Kouroi, n° 12, flg. 71-3.
(2) Apollons, 64, n. 2, réf. ; 297 ; Perrot, Hisi. de l'art, VIII, 327, fig. 140 ; Pryce, I, 1, 161,
B. 335, pi. XXXVI ; Β 336, pi. XXXVII ; B. 337, flg. 200.
(3) Apollons, 297 ; Pryce, I, 1, B. 448-9, PI. XL.
(4)25 ; Dédale, I, 218 ; Deonna, L'influence, 121, La jambe gauche avancée ;
id., Du miracle grec au miracle chrétien, l, 91.
(5) C'est l'opinion généralement admise ; cf. Picard, 233 ; Richter, Kouroi, 5.
(6) Contre cette thèse : Deonna, L'influence égyptienne, 128 ; Dédale, I, 218 ; Gotsmich,
Problème d. frûhgriech. Plastik, 1935. — V. Muller, Gnomon, 1937, 83 (contre Gotsmich). —
En Egypte les hommes avancent la jambe gauche ; les femmes, à cause de leur vêtement, ont
leurs pieds au même niveau ; Deonna, Du miracle grec, I, 92, n. 2.
(7) L'influence, 124 ; Dédale, I, 218, n. 3, réf. — Ces exceptions sont rares dans la plastique
égyptienne, Apollons, 26, n. 1.
(8) Apollons, 26 et n. 5 réf. ; Deonna, L'archéologie, sa valeur, ses méthodes, II, 229, n. 2,
réf. ; id., L'influence, 124 et n. 3, réf. ; id., Dédale, 218, n. 3, réf. ; id., REA, 1932, 356 ; Picard,
236.
(9) Lechat, Au Musée de l'Acropole, 167. — II faut supprimer de sa liste la Koré 602, voir
plus loin.
(10) Lechat, ibid., n° 1, flg. 15 ; 154. n» 2 ; 174 ; Dickins, 209, n» 672.
(11)167, n° 2, flg. 11 ; 156, e ; Dickins, 235, n° 683 ; Schrader, Auswahl, 45, flg. 49 ;
Dédale, I, 223, flg. 10, 1 (plan des pieds) ; L'influence, 124-5 ; REG, 1905, 98.
(12) Lechat, 167, n° 3 ; 156, n° 5 ; Dickins, 138, n° 605.
(13) Richter, Archaic greek art, 178, flg. 269.
(14) De Théangela, Carie ; ibid., 177, flg. 270 ; Pryce, I, 1, 149, B. 319 ; Dédale, II, 247, n. 8.
(15) Michon, REG, 1905, 91 sq. (jambe droite, 94, 98). 46 W. DEONNA
Delphes (1). Il y a également des exceptions parmi les figurines masculines
en bronze, nues (2), tel, pour ne citer qu'un exemple, le Kouros Heilbuth à
Copenhague (3). Il y en a même parmi les Kouroi, nus, isolés, en pierre (4) :
ainsi une statuette de Cnide, au British Muséum (5), à la chevelure égypti-
sante, aux bras allongés, et la nôtre ; comme, dans les groupements,
Dermys et Kitylos, et les éphèbes du fronton delphique (6).
·· ♦ ♦
Pour expliquer cette dérogation, on a supposé que ces statues n'étaient
pas isolées, mais groupées (7), et alternaient leurs attitudes, selon la règle
des « pendants », l'une avançant la jambe gauche, l'autre la jambe
droite (8). Parmi les rares groupes certains que nous possédons de l'archaïs
me, on peut citer, obéissant à cette alternance, les monuments suivants :
dans la série des Korés, les Caryatides des trésors delphiques de Cnide (9),
de Siphnos (10), et «anonyme» (11) ; aux acrotères d'Égine, les deux Korés
à droite et à gauche de la palmette (12). Dans tous ces exemples, la
(1) Voir plus loin.
(2) Apollons, 254, n. 1, réf. ;' L'influence, 124.
(3) Poulsen, BCH, XLIV, 1920, 101, pi. IX ; id., AA, 1932, 101; REG, XXXV, 1922, 380;
1933, 106 ; Picard, 582, fig. 204.
(4) La note 6, p. 26, d'Apollons, appelle rectification.
(5) Pryce, B. 320, 150, fig. 188 ; Richter, Kouroi, 119, n°45, flg. 129-131 (groupe Orchomène-
Théra, 590-570).
(6) Voir plus loin.
(7) Sur les groupes dans l'archaïsme, Dédale, I, 252 ; Du miracle grec, I, 139 ; Hofkes-Brukker,
Frùhgriech. Gruppenbildung, Leyde, 1935; cf. REG, XLIX, 1936, 675; Sauer, Anfange d.
slaiuarischen Gruppe, 1887. — Cf. aussi, et ultérieurement : Bulle, Uber Gruppenbildung, Anlike
Plaslik (Festschr. Amelung), 1928, 42 ; Speiser, Zweiflguren Gruppen im fùnften und vierten
Jahrh., RM, 47, 1932, 1 ;cf. REG, 1933, 142; Technau, Die staluarische Gruppe in d. griech.
Kunst, Die Antike, 1939, 277 ; Vollgraff, BCH, L, 1926, 285 (groupes demi-circulaires). — En
Egypte, cette alternance est rare. Ex. groupe de Tanis, RA, V, 1862, 298, pi. VI-VII (de profil,
pi. VII, l'avancée de la droite est très nette) ; Perrot, I, 685, fig. 466. Dans les groupes mixtes,
les deux personnages avancent tous deux la jambe gauche (Fechheimer, Plaslik d. Aegypler,
flg. 28, 29) ; ou l'homme avance la jambe gauche, et la femme, vêtue, a les pieds au même niveau
(ibid., fig. 15, 21). — Sur les schémas du groupe égyptien, Capart, Études et hisi., I. 219 ; Mon.
Piol, 19, 1911, 38.
(8) Apollons, 26, n. 1 ; Varch., sa valeur, ses méthodes, II, 229 ; L'influence, 124 ; Dédale, I,
218, n. 3, réf. ; 195 ; RE A, 1932, 356 ; Picard, 278, n. 1.
(9) FD, IV, 2, 12, deux bas de corps, avec mouvement opposé des jambes ; 6, n° III ; jambe
gauche portante, main droite tenant les plis du vêtement ; 8, n. IV, ici, c'est la main gauche qui
tient le chiton et la jambe droite qui est portante.
(10) FD, IV, 2, 57, Les Caryatides ; 67 : « les deux statues étaient placées en pendants ». —
Reconstitution de la façade avec les Caryatides, FD, II, pi. XI ; Perrot, VIII, 364, fig. 159 ;
La Coste-Messelière, Au Musée de Delphes, 1936, 282, fig. 13 (trésors de Cnide et de Siphnos).
(11) FD, IV, 3, 78 ; La Coste-Messelière, Au Musée de Delphes, 473 : « II semble possible de
situer là un édicule à Caryatides, de la fin du vie siècle, dont l'existence paraît, d'année en année,
se préciser » ; une paire de jambes, inversement symétriques, a trouvé place en 1931 dans le
fascicule 3 de la Sculpture.
(12) Furtwaengler, Aegina, pi. 98.