Banlieues vertes : Faire converger le social et l’écologie dans les quartiers populaires
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Description

Trente ans après la marche pour l’égalité, rebaptisée par les medias « marche des beurs », l’essentiel des revendications alors portées par les manifestants ne sont toujours pas réalisées. Les générations successives qui vivent encore dans des banlieues et des quartiers populaires se sont appauvries. Celles-ci étaient déjà des zones de relégation sociale, elles deviennent aussi des zones de relégation environnementale. La convergence des combats issus de la culture de l’écologie politique avec les luttes sociales y est donc à la fois pertinente et urgente pour combattre sur tous les fronts : facture énergétique grandissante, alimentation, lutte contre les discriminations. Cet ouvrage, enrichi par le vécu et l’expérience de l’auteur, se veut une première tentative pour esquisser le manifeste d’un front politique de l’écologie sociale et populaire dans les banlieues.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 10 septembre 2015
Nombre de lectures 0
EAN13 9782359300949
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,048€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Collection
MISE AU POINT
Banlieues vertes - Droits r serv s.
ISBN : 978 -2 -35930 -094-9
SARL Les points sur les i ditions
16 Boulevard Saint-Germain
75 005 Paris
alainguilloediteur@gmail.com
Tel : 01 60 34 42 70
Fax: 09 58 00 28 67
www.i-editions.com
Droits de traduction et reproduction pour tous pays. Toute reproduction m me partielle de cet ouvrage est interdite sans l autorisation de l diteur. Les copies par quelque proc d que ce soit constituent une contrefa on passible des peines pr vues par la loi du 11 mars 1957 sur la protection litt raire.
Yassine Ayari
Banlieues vertes
Faire converger le social et l cologie dans les quartiers populaires
Sommaire
Introduction
Du rouge au vert : un itin raire militant en banlieue
Une famille d immigr s en banlieue
Premiers pas dans le militantisme : l engagement associatif
Crises mondiales, rem des locaux et engagement politique
Premiers pas dans un parti
L heure du doute
L engagement dans l cologie politique
Elections sur fond de r volution
Etat des lieux
Banlieues et banlieusards
Les ZUS : un territoire d exclusion ?
La politique de la ville
Violence, machisme et fanatisme : banlieues m diatiques, banlieues symboliques, banlieues fantasm es
La dialectique r pression/ ducation
Etudier en banlieue
La culture en cit : alibi des politiques s curitaires
Banlieues, rel gation et environnement
L absence de repr sentation politique
Quoi de neuf depuis 2005 ?
Aux origines de la r volte : le discours politique et le malaise social
2007 : Minist re de l identit nationale, pierre angulaire du racisme d tat
2012 : la cit , rien de nouveau
Que veulent les banlieues ?
R soudre la question sociale en recentrant la politique de la ville
La discrimination positive : passage oblig pour r aliser l galit
La France face son histoire et son avenir
Faire vivre la d mocratie en impliquant davantage les habitants
Changer l image de nos quartiers
Conclusion et perspectives : vers une cologie sociale et populaire ?
Remerciements
Introduction
Les banlieues de nos villes fran aises sont des zones de rel gation sociale. Elles sont aussi des zones de rel gation environnementale. La convergence des combats issus de la culture de l cologie politique avec les luttes sociales y est donc la fois pertinente et urgente. Economiser les ressources nerg tiques, dont le poids ne peut que continuer s accroitre dans le budget des m nages, c est une pr occupation pour les classes moyennes, c est une urgence pour les classes populaires. C est la fois une question d cologie et de pouvoir d achat. De m me, donner tous les moyens techniques et financiers de s alimenter de mani re durable tout en restant en bonne sant , c est la fois une question environnementale et une question de pouvoir d achat. Voil pourquoi la cr ation d un front politique de l cologie sociale et populaire dans les banlieues et les quartiers populaires est une n cessit .
A l heure actuelle, on voit quelques initiatives du c t du Front de Gauche et d EELV mais les unes et les autres demeurent insuffisantes et parfois divergentes. EELV demeure trop litiste et, malgr un discours tr s int ressant sur les quartiers populaires, ne parvient pas ni modifier la sociologie de ses cadres ni largir celle de ses lecteurs. Le Front de Gauche, gr ce la conjonction de sa composante PCF qui jouit d une implantation r elle et historique dans les quartiers populaire et d un discours clairement port en leur direction (notamment par leur candidat aux lections pr sidentielles de 2012), parvient r aliser quelques r sultats lectoraux. Mais il p ti lui aussi de la sociologie de ses cadres qui n est pas suffisamment ouverte aux gamins des immigr s qui ont grandi en cit alors qu ils sont aujourd hui le vrai prol tariat.
Sur le terrain, rien n indique que nous sommes l abri d un autre automne 2005 1 . Dix ans apr s la cr ation de l ANRU 2 , beaucoup d efforts ont t faits mais ils se sont centr s sur l urbain dans des quartiers aujourd hui ravag s par la crise conomique et qui vivent un d calage important par rapport au reste de la ville. O est l intervention sociale pour r duire les carts de pauvret ? O est la lutte contre les discriminations ? O est le projet culturel ?
Bien s r, une intervention de l ANRU mieux quilibr e entre le social et l urbain est n cessaire mais il ne faudrait pas limiter le probl me de l isolement et du retard des ZUS 3 sur les autres quartiers une question sociale. Il faut bel et bien prendre en compte les questions de racisme et discriminations, faire l inventaire de l histoire de France et son impact dans ce que l on appelle, fort mal, la " crise d int gration .
Sur le plan institutionnel, un constat s impose, le corps lectoral est domin par le m le blanc de plus de cinquante ans, parfois lu dans des banlieues auxquelles il ne ressemble pas avec les voix de 10% des habitants. Plus personne ne peut plus accepter que des banlieues ne voient pas leurs enfants les repr senter. Il en va de la d mocratie.
Comme toute population vivant une situation de domination, nous n avons pas le contr le de notre image et encore moins celui de notre discours. La domination, c est aussi le d calage de niveau de vie important entre ces quartiers et le reste de la ville, ce sont des lieux de vie qui sont des espaces de rel gation environnementale. Le grand paradoxe de cette situation, c est celui d une France b tie sur le principe d galit et incapable de voir les discriminations en face. Le combat politique en direction des banlieues, c est donc moins de demander des droits sp cifiques pour les habitants que de r tablir et faire vivre une valeur cardinale de la soci t fran aise aujourd hui rel gu e aux discours d clamatoires sans prise sur la r alit .
C est tout le sens que je donne mon engagement, celui qui fait que mon cri, ma col re, mon indignation trouvent une voie politique et s expriment dans un projet. Les chemins sont multiples. J ai choisi celui de l cologie politique avec tout le potentiel d un camp qui rassemble des acteurs au-del des seules luttes environnementales pour se prolonger sur les questions d conomie, de libert et d galit mais aussi avec toutes les limites d un discours qui n a pas encore trouv l audience qu il m rite dans les quartiers populaires. Je suis cependant persuad qu aujourd hui m me, la convergence entre luttes sociales et cologie politique est en train de s op rer dans les quartiers populaires.
C est cette convergence que je veux illustrer tout au long de ce livre. D abord travers mon cheminement personnel aux c t s de mes camarades de luttes et ami-e-s. Il s agit certes d une exp rience politique particuli re et d un cheminement individuel mais que je veux revisiter avec du recul, dans le contexte de la politique nationale.
Je poursuivrai avec un tat des lieux dans les banlieues et quartiers populaires parce qu il est n cessaire d avoir une lecture de la situation actuelle avant de pr coniser des solutions adapt es.
Cet audit politique du terrain ne pourra pas faire l conomie des meutes de l automne 2005 avec la question fatale, pas forc ment rassurante mais qu il faut aborder sereinement et sans sensationnalisme : est-ce que tout a t fait pour ne pas avoir un nouvel automne 2005 ?
A partir de l , je ferai partager des solutions politiques mettre en uvre, toujours dans le cadre de la convergence des luttes sociales et environnementales pour l galit dans nos banlieues.
Du rouge au vert : un itin raire militant en banlieue
Une famille d immigr s en banlieue
L installation de ma famille Garges-l s-Gonesse remonte mai 1977. Mes parents levaient alors leurs trois enfants dans un petit appartement de Deuil-la-Barre, petite ville paisible du Val d Oise, au nord de Paris. Mon p re, artisan ma on, avait assez d conomies pour acheter une voiture et organiser le retour d finitif de la famille vers la Tunisie. Il tait arriv en France en 1969 en promettant ma m re, maman de leur petite fille d un an, que cette migration durerait peu de temps. Un an ou deux, peut- tre trois, le temps de constituer un petit p cule pour revenir vivre dans de meilleures conditions en Tunisie. Finalement, cinq ann es pass rent durant lesquelles ma m re ne voyait mon p re qu en t . Lass e de cette solitude, elle lui fit crire une lettre simple et claire : le regroupement familial ou le divorce. Et voil comment ma famille s est retrouv e r unie en France quelque mois avant que le gouvernement de l poque ne mette fin au regroupement familial. Ma m re me dit qu elle se souvient tre arriv e peu avant la mort du pr sident Pompidou. Se situer par rapport aux v nements politiques semblait d j une habitude familiale
Pr te retourner en Tunisie trois ans plus tard, ma famille re ut une proposition pour un " grand logement en HLM apr s que l exig it et l insalubrit de l appartement qu elle occupait furent constat es. Mon p re refusa la proposition pensant que le retour d finitif en Tunisie tait alors imminent. Une assistante sociale vint le convaincre de d m nager dans ce " grand logement Garges, " m me pour six mois . Il accepta. Et voil comment ma famille se retrouva r sidente Garges-l s-Gonesse. Entre temps, mon p re acheta une 404 b ch e (l utilitaire de l artisan et du commer ant l poque ) pour son projet de retour vraiment imminent. Et voil comment trente-cinq ans plus tard, une partie de ma famille occupe toujours le m me logement et que l un de ses rejetons crit sur Garges et y milite.
C est donc dans cette famille d immigr s tunisiens arriv e Garges pour une p riode provisoire que je naquis en 1979, cinqui me d une famille qui comptera sept enfants. Ma m re revint avec moi de la maternit de Gonesse le 24 juin 1979, sept jours apr s ma naissance. J ai appris cette date pr cise r cemment en retrouvant, dans les archives de l INA, un reportage sur une gr ve des loyers organis e dans un foyer de travailleurs immigr s de Garges. En le montrant ma m re, la premi re chose qu elle me dit fut : " Mais oui, je m en souviens, c est le jour o nous sommes revenus de la maternit . Ton p re avait fait des courses pour les gr vistes et m me Mitterrand tait venu les soutenir. Ainsi, je serai arriv Garges en un jour de grande lutte militante ?
Jusqu mes dix-huit ans, je ne vais quasiment rien conna tre d autre que Garges. Je ne vivrai jamais cela comme un repli ou un enfermement. C est a posteriori, en tudiant dans une classe pr paratoire Paris puis dans une grande cole Toulouse, que je vais prendre conscience de la situation d enclavement g n ralis de nos banlieues et, finalement, de l existence de deux mondes parall les qui ne se rencontrent pas ou peu. C est le constat de tous les m faits que cela peut avoir sur ses habitants tout point de vue qui jouera un r le d terminant dans la motivation de mes engagements politiques et associatifs.
Durant mes tudes Paris, je n ai pas le temps de m investir dans la vie militante mais je garde toujours un il sur ce qu il se passe Garges. J en ferai de m me plus tard, tudiant puis ing nieur Toulouse tout en m investissant dans la vie associative locale. L aide aux devoirs dans le quartier de la Reynerie me mettra au contact d une r alit que je connaissais bien mais que je croyais unique Garges et une poign e de villes voisines. C est par la pratique que je vais r aliser que du nord au sud de la France, la situation des banlieues est syst mique, consubstantiellement li e aux choix politiques (parfois d lib r s) et au syst me conomique. J y reviendrai plus loin mais le quartier de la Reynerie est assez symptomatique de cette situation des banlieues comme lieu de rel gation. Bien que ce quartier soit administrativement l int rieur de Toulouse, il est situ derri re la rocade, isol de la ville-centre.
Premiers pas dans le militantisme : l engagement associatif
Aux lections pr sidentielles de 1995, le FN attire 15% des lecteurs gargeois. Un score historique l poque qui survient un an apr s que d importantes meutes eurent lieu dans la ville et un mois avant que celle-ci ne soit conquise par le RPR apr s plus de 50 ans de gestion communiste. Sur le plan national, plusieurs v nements suscitent une forte motion dont le meurtre Brahim Bouarram par des skinheads en marge d un d fil du Front national. Par ailleurs, le gouvernement Jupp donne un nouveau tour de vis aux conditions de s jour des immigr s et confirme l application de la double peine. La droite, aussi bien au niveau local qu au niveau national tire parti de l amalgame entre immigration et ins curit sur un fond de mont e du racisme qui profitera finalement l extr me droite quelques ann es plus tard.
A Garges, la gauche est profond ment traumatis e par cette nouvelle donne politique. Toutefois, un r seau de militants associatifs sonne l alarme sur la situation et s organise en un " collectif contre le racisme afin de d fier pied pied le discours raciste et coordonner les solidarit s avec les sans-papiers et les " double-peines . Le collectif est pr sid par un certain Jean-Luc Einaudi. Un Gargeois simple. J apprendrai plus tard que cet ducateur la PJJ est l auteur du livre la bataille de Paris , une des rares enqu tes de l poque sur les massacres policiers du 17 octobre 1961 contre des manifestants alg riens. Le collectif est compos de militants antiracistes du MRAP ou de la LDH, de responsables associatifs, d enseignants et de militants de la LCR, du PCF ou du PS.
Je ne sais plus tr s bien comment j en avais entendu parler. En fait, je crois que c est un ami proche qui m en avait inform et propos qu on aille ensemble une r union du collectif. Un chuchotement me parvint aussit t que nous entr mes dans la salle o se tenait la r union : " Oh, regarde y a des jeunes J avais dix-sept ans et mon ami, dix-huit.
Apr s avoir assist plusieurs r unions et actions du collectif, je me suis concert avec cet ami pour que nous devenions nousm mes force de proposition l int rieur de ce groupe. J avais en t te la situation pr occupante d un ressortissant alg rien sous le coup d une expulsion. Arriv en France comme tudiant, il y pousa entre temps une femme de nationalit alg rienne avec laquelle il avait eu plusieurs enfants n s sur le territoire fran ais. La situation de cet homme tait a priori incompr hensible car rien, du point de vue l gal, ne l emp chait de r gulariser sa situation. Cependant, et cela changeait tout, l homme tait imam dans une salle de pri re de Garges-l s-Gonesse. La relation entre l association cultuelle g rant ce lieu de culte et la mairie tait alors ex crable.
Je me suis donc pr par voquer cette situation aupr s du collectif en esp rant qu elle serait comprise de tous. A ma grande surprise, Jean-Luc Einaudi tait d j au courant de la situation et l voqua la r union suivante. J avais de l appr hension vis- -vis des l ments d une certaine gauche confondant islamiste et musulman. En fait, la question ne s est m me pas pos e. L imam tait connu et appr ci . Hors de question qu il quitte sa famille pour une Alg rie l poque ravag e par le terrorisme. En quelques mois, le fort appui juridique et militant apport par le MRAP a permis de convaincre la Pr fecture qui d livra finalement un permis de s jour l imam. En local, nous avions lanc une p tition qui rencontra un tr s grand succ s dans la ville. Cette lutte a permis un rapprochement entre les associatifs du culte musulman et la gauche locale. Ce rapprochement va permettre de d tendre les relations crisp es que la gauche gargeoise entretenait avec les descendants de l immigration maghr bine ainsi qu avec ceux que j appelle les " Musulmans visibles . Cette d tente ne durera cependant qu un temps. En 2001, les militants communistes reviendront leurs vieilles antiennes en recherchant des boucs missaires pour expliquer leur d faite sans appel aux lections municipales : " Nous avons perdu parce qu il y avait trop d arabes et trop de barbus autour de nous, confiaient certains d entre eux.
Force est de constater qu aujourd hui encore, la gauche n a pas su poser la question de ses relations avec les " musulmans visibles et les descendants de l immigration maghr bine dans les bons termes et encore moins la r gler. Pour les uns, on se contente de lancer " la cit , pour les autres on s attribue des certificats de bienfaisance en comptant ses militants de la " diversit . Dans tous les cas, on fait l conomie d une piste pratique et d un discours politique ancr dans le r el qui pourrait permettre de tisser une continuit de solidarit s d abord avec ceux qui subissent en premi re ligne la mis re sociale et les discriminations dans le respect de l identit de chacun.
A partir de la fin de l ann e 2000, mon installation sur Toulouse pour y terminer mes tudes m emp che de m investir dans la vie politico-associative gargeoise. Je suis la situation d assez loin en me tenant inform gr ce quelques amis.
Crises mondiales, rem des locaux et engagement politique
L ann e 2000 ouvre toute une s rie d v nements qui vont pousser toute une g n ration dans la vie politique. En septembre, c est une deuxi me intifada qui commence en Palestine. Un an plus tard, le monde est abasourdi par les attaques contre le Pentagone et les Twin Towers de New York. En 2003, l Irak est attaqu puis envahi par les Etats-Unis. En France, Jean-Marie Le Pen arrive au second tour des lections pr sidentielles de 2002 et sonne le glas de la fin de la gauche au pouvoir. En 2005, ce sont les banlieues qui vont s embraser. C est aussi au d but des ann es 2000 que l on va observer la mont e en puissance du th me de l islam de France comme enjeu politique national.
Chacun de ces v nements va susciter de nouvelles vagues de lutte et de solidarit . Dans les banlieues et les quartiers populaires, des gens plut t loign s de la voie militante s engagent par la force des choses pour soutenir la r sistance du peuple palestinien, contre la guerre en Irak, contre le FN, contre la stigmatisation des banlieues ou de l immigration puis plus tard contre la banalisation de leur pr carit travers le CPE (contrat premi re embauche).
Temporairement l cart du monde politico-associatif du fait de mon loignement en province, je suis toutefois toutes ces volutions de tr s pr s. Il m arrivait de manifester Toulouse contre la guerre en Irak en semaine et de recommencer le weekend Paris. J observais alors l arriv e en politique d une g n ration nouvelle, presque spontan e, inqui te du sort de ce monde mais sans formation politique r elle. Cette nouvelle population en lutte est le plus souvent issue des banlieues, jeune et d ascendance immigr e.
Malheureusement, ces nouveaux militants ne tirent pas profit de l exp rience de leurs a n s notamment ceux qui ont suivi la marche des beurs et les premi res heures de SOS Racisme. Certes, la r cup ration puis l instrumentalisation politique de ces mouvements par le PS n incitaient pas des a n s amers partager ces exp riences. Toutefois, au-del de ces circonstances, il semble qu il existe un v ritable probl me de transmission de la m moire au sein des mouvements politiques des banlieues et/ou de l immigration si bien que chaque nouvelle g n ration arrivant en politique ne b n ficie pas du savoir-faire des a n s. C est pourtant cette g n ration qui va devoir affronter une tr s forte hausse de l islamophobie ainsi que la politisation de la question de l islam de France dont le point d orgue sera sans doute la loi du 15 mars 2004 contre les signes religieux (entendre le voile) l cole. Vot e une crasante majorit par la droite et la gauche ( l exception d une poign e de d put s des Verts et du PCF), cette loi va renforcer le climat de m fiance entre les associations de banlieue et les partis politiques.
L t suivant, mes tudes d ing nieur termin es, je reviens vivre Garges que je n avais jamais vraiment quitt e. Sur la ville, je trouve un vide politique abyssal, une gauche exsangue et un r seau associatif de densit tr s r duite dont une bonne part est maintenue en vie par le client lisme pratiqu par les lus locaux. Avec deux de mes amis, nous nous r unissons de mani re informelle pour r fl chir cette situation en esp rant trouver des solutions. Nous essayons d identifier des liens entre le local et l international, comprendre pourquoi les partis ne r pondent plus aux aspirations du peuple et comment ils parviennent se maintenir malgr tout dans les quartiers populaires en se faisant lire parfois par moins de 10% de la population comme cela arrive Garges. Le client lisme en direction des associations et l instrumentalisation de la diversit " canada dry nous semblent les deux piliers de cette gestion de la cit dont l objet est, paradoxalement, de d mobiliser les citoyens afin que la politique soit d cid e entre initi s : lus, salari s des lus, de leur parti politique ou des collectivit s territoriales que ceux-ci contr lent, encart s et associations amies.
Nos petites r flexions estivales renforcent mes convictions et ma d termination. Tout d abord, les habitants des banlieues et des quartiers populaires ne jouissent pas d une parole politique autonome dans le sens o tout le monde peut en parler sauf les premiers int ress s. L image de ces populations est construite par d autres. Ensuite, la politique a t substitu e au client lisme au d triment du discours (au sens noble et philosophique du terme). A cela s ajoute la gestion des communaut s cultuelles et culturelles qui restent pratiquement les seuls relais dans la soci t civile une fois que les r seaux associatifs ont disparu. L on se contente donc, la plupart du temps, de " recruter un membre de ces communaut s pour donner un signe d engagement en leur faveur. Le probl me est que, bien souvent, on pr sente cela comme de la diversit . Pourtant, ce type de " recrue doit sa pr sence en politique au fait du prince. Son pouvoir de d cision et son autonomie politique n en sont que plus r duits.
Selon moi, on pourra parler de diversit lorsque l on saura d montrer que la promotion individuelle d un membre issu d une minorit ne cache pas une for t de discriminations structurellement organis es. Sinon, on reproduit le sch ma de l lite indig ne en terre coloniale qui jouit d une parcelle de pouvoir mais qui doit en change calmer les aspirations d galit de tous les autres. L lite indig ne se retrouve donc conserver les int r ts du pouvoir dominant alors que la masse des indig nes doit interroger le pouvoir dans ses fondements pour r aliser son r ve d galit . En d autres termes, la diversit en politique consiste en l acc s galitaire pour tous aux responsabilit s (et donc aux lieux de d cision).
Le centre de la question d une diversit digne de ce nom en politique est donc de savoir comment cet acc s galitaire est garanti ? Nous l avons vu, le fait du prince conduit diviser la cit en communaut s instrumentalis es et mises en concurrence pour qu une cat gorie dominante conserve le pouvoir. Par ailleurs, la somme des bonnes volont s n est pas suffisante et ne saurait constituer une politique en la mati re.
Toutes ces r flexions politiques marquaient probablement une progression de notre cheminement mais il nous manquait, mes amis et moi, un canal d expression et un mode d action afin de mobiliser autour de nos id es. Nous nous d mes alors qu il fallait reprendre les choses la base car les gens ne voulaient plus entendre parler de politique politicienne. C est le d bat public qu il faut restaurer pour susciter la mobilisation des citoyens autour d id es qui leur parlent. Nous avons donc volu vers la cr ation d une association d ducation populaire : VETO ! GARGES. Objectif : rendre la parole aux citoyens travers des conf rences et des media. Pour les conf rences, les th mes tourneront souvent autour de la la cit , la diversit , la Palestine, les bavures polici res, les op rations de r novation urbaine ou le f minisme avec, bien souvent, des invit s de qualit tels que Vincent Geisser, Pape Ndiaye, Mouloud Aounit, Jos Bov , Hamida Bensadia, Laurent Levy, Alima Boumedienne ou Houria Bouteldja. Pour les media, ce seront un journal associatif tirage al atoire et un site internet.
Les lus appr cient diversement notre association. Deux socialistes, l un conseiller g n ral Garges, l autre maire de Sarcelles, tentent la bienveillance. Le premier ne semble pas bien comprendre l importance que rev tent nos yeux les enjeux que nous mettons en avant mais il songe d j trouver en nous des partenaires pour les lections municipales suivantes. Le second para t d abord plus motiv par la curiosit mais ne restera pas longtemps d sint ress . La plupart des lus de la majorit de droite du conseil municipal de Garges nous regardent avec m fiance et ne tardent pas diffuser leur opinion notre sujet : communautaristes, int gristes, islamistes, etc antienne bien connue qui ne vaut m me pas le coup d tre infirm e. Un conseiller r gional MRC 4 militant Sarcelles, intoxiqu par ces propos, croit saisir une occasion de r affirmer ses principes r publicains contre le communautarisme et pour la la cit en publiant un communiqu charge. Une explication franche permettra de dissiper les malentendus. D abord, les communaut s existent de fait dans la soci t civile et jouent leur r le comme relais social que ce soit pour venir en aide aux primo arrivants, promouvoir leur culture ou tout simplement tisser du lien social et de la convivialit . Le vrai probl me, c est une soci t civile o les communaut s deviennent le seul relais organis et o elles sont mises en concurrence par le pouvoir politique. Ensuite, la la cit , c est l ind pendance de l tat vis- -vis du culte et r ciproquement. On l oublie souvent mais telle que d finie par la loi de 1905, la la cit n a aucune esp ce de rapport avec la pr sence d un culte dans l espace public. Cette mise au point clarifiera mes relations avec ce conseiller r gional et nous permettra de nous retrouver plusieurs fois dans un climat de confiance au cours de luttes communes.
Notre action sur le terrain nous aura galement permis de faire la connaissance d un lu gargeois, alors Vice-Pr sident du conseil r gional. Il tentera une approche sans bienveillance mais avec un int r t pour le d bat qui va me para tre sinc re et attirera mon attention.
L effet d attraction-r pulsion que nous provoquions autour de nous a t probablement amplifi , bien malgr nous, par le contexte politique d alors : l Appel des Indig nes de la R publique. Ce texte qui commence circuler au d but de l ann e 2005 souligne l ampleur de la discrimination qui s vit en France envers " les personnes issues des colonies, anciennes ou actuelles, et de l immigration postcoloniale . Il met galement en vidence la gestion coloniale des banlieues et de leurs habitants qui sont ainsi " indig nis s .
Beaucoup ont voqu maintes reprises le poids de l histoire coloniale en France pour y expliquer l tat des discriminations. Nous l avions d ailleurs identifi notre petit niveau. Toutefois, ce qui est nouveau dans l Appel des Indig nes de la R publique, c est que l histoire coloniale est privil gi e pour expliquer de mani re syst mique le caract re structurel des discriminations en France.
Initi par un noyau dur d associations de banlieue (Diver Cit ), de l immigration (F d ration des tudiants et Travailleurs africains de France, Association des Travailleurs maghr bins de France), de musulmans (Collectif des Musulmans de France), de femmes (collectif Les Bl dardes), de m dias (le site oumma.com , la revue Contre-Temps) et d intellectuels (Pierre T vanian, Sylvie Tissot, Christine Delphy, Sa d Bouamama), l Appel va avoir un cho sans pr c dent dans cet univers. Il re oit tr s vite de tr s nombreux soutiens de la part d lus et de militants politiques (Alima Boumedienne, Cl mentine Autain, Nabila K ramane, Hamida Bensadia), de chercheurs et d intellectuels (Fran ois Burgat, Vincent Geisser, Catherine Samary, Bernard Dreano, Tariq Ramadan), d artistes (Salah Amokrane et Magyd Cherfi du groupe Zebda) et de militants de la soci t civile.
Dans la presse, l Appel est analys , critiqu , vilipend ou soutenu mais, en bien ou en mal, il suscite de nombreux d bats et pousse de nombreux analystes mettre la France face son histoire. La bulle m diatique clatera malheureusement trop vite pour que ce travail aille au bout. Apr s la cr ation du Mouvement des Indig nes de la R publique autour des signataires de l Appel et sa premi re manifestation le 8 mai 2005 (comm moration des massacres de S tif et Guelma), on observe une radicalisation du discours qui fait fuir les plus mod r s. C est cette sp culation dans le discours radical qui va faire perdre son souffle au Mouvement d s ses premi res ann es. Cette surench re de radicalit , mon avis, avait pour seul objectif de marquer la diff rence avec les autres associations de l immigration et des banlieues en faisant passer celles-ci pour trop mod r es et donc suspicieuses d accompagner l organisation des banlieues en " indig nats . L autre objectif tait d carter du mouvement " les non-Indig nes tr s vite devenus " les blancs puis " les souchiens . Le mouvement combattant le racisme tait-il devenu raciste son tour ? Je ne le crois pas une seule seconde. Le th oricien du mouvement, Sadri Khiari, est d ailleurs tr s clair ce sujet, lui qui parle de " champ politique blanc comme d un espace politique marqu par la domination d une seule cat gorie de la population qui organise la conservation de ses int r ts (cf. son livre " Pour une politique de la racaille ). Dans cette optique, un maghr bin peut tr s bien conserver les int r ts du discours dominant (c est ce que l on appelle le plus souvent un " beur de service ) tout comme un " gaulois peut tr s bien se sentir solidaire du combat des " indig nes .

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