La pépinière
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Description

Cet ouvrage met en parallèle deux types d'éducation, l'une dans une famille unie et chaleureuse dans un joli village du Haut-Doubs, l'autre beaucoup plus stricte et parfois très rigide dans un petit séminaire des années 1960. L'auteur tout en racontant ses années de pension dans des termes touchants, drôles et inquiétants, étudie la structure d'une maison religieuse disparue et tente d'éclairer le fonctionnement de ce type d'établissement.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 juin 2008
Nombre de lectures 194
EAN13 9782336259314
Langue Français
Poids de l'ouvrage 1 Mo

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Religions et Spiritualité
collection dirigée par Richard Moreau, professeur honoraire à l’Université de Paris XII, et André Thayse, professeur émérite à l’Université de Louvain

La collection Religions et Spiritualité rassemble divers types d’ouvrages : des études et des débats sur les grandes questions fondamentales qui se posent à l’homme, des biographies, des textes inédits ou des réimpressions de livres anciens ou méconnus. La collection est ouverte à toutes les grandes religions et au dialogue interreligieux.
Titres déjà parus :
Christine Brousseau, Les vies de saint Etienne de Muret. Histoires anciennes, fiction nouvelle, 2008.
Yves Bourron, Philippe Van Den Bogaard, Tu t’appelleras Felipe. Un prêtre au coeur des communautés de base du Chili. Interviews et rédaction d’Yves Bourron, 2008.
André Thayse, L’Exode autrement. De la loi à l’Espérance (avec la collaboration de Marie-Hélène Thayse-Foubert, 2008.
François Le Boiteux, L’imaginaire religieux et le fonctionnement cérébral. Place et signification des mythes religieux, 2008. Humberto José Sanchez Zarinana, sj, L’être et la mission du laïc dans une église pluri-ministérielle. D’une théologie du laïcat à une ecclésiologie de solidarité (1953-2003), 2008.
Maryline Darbellay, Karlfried G. Dürckeim. Une rencontre entre l’Orient et l’Occident, 2008.
David Bensoussan, L’Espagne des trois religions. Grandeur et décadence de la convivencia, 2007.
Didier Fontaine, Le nom divin dans le Nouveau Testament, 2007. Daniel Faivre (sous la direction de) Tissu, voile et vêtement, 2007. Philippe Péneaud, Les Quatre Vivants, 2007.
Pierre Bourriquand, L’Evangile juif. La liturgie synagogale source du premier Evangile, 2007.
Daniel Faivre, Mythes de la Genèse, genèse des mythes, 2007. Bernard Félix, Fêtes chrétiennes. Du Jour des Morts à la fête de la Réformation, 2007.
Bernard Félix, Pour l’Honneur de Dieu. Robert d’Arbrissel - Bernard de Clairvaux - Thomas Becket - Dominique de Guzman, 2007. Jean-Jacques Raterron, Célébration de la Chair, Epithalames à l’Incarné. Célébrations lyriques en l’honneur des Mariés . Préface de Philibert Secrétan, 2007.
André Thayse, Rêves, roueries ... et réconciliation. La Genèse autrement , 2007.
Mgr Antonio Ferreira Gomes. Lettres au pape. Regard de l’évêque de Porto sur église et sur l’Histoire , 2007.
Etienne Osier-Laderman, Sources du Karman. Mythologie, éthique, médecine , 2007.
Mgr Antonio Ferreira Gomes. Lettres au pape. Regard de l’évêque de Porto sur l’Eglise et sur l’Histoire , 2007.
Emile Meurice, Quatre « Jésus » délirants. Essai de compréhension , 2006.
Philibert Secrétan, Essai sur le sens de la Philosophie de la Religion , 2006.
Jean-Paul Moreau, L’anglicanisme : ses origines, ses conflits. Du schisme d’Henri VIII à la bataille de la Boyne , 2006.
Etienne Goutagny, Cisterciens dans les guerres. L’abbaye N.D. des Dombes en 1870-1871, 1914-1918 ; 1939-1945. - Préface du général d’armée Jean-Pierre Kelche, Grand Chancelier de la Légion d’honneur, et Introduction par Odile et Richard Moreau, 2006.
Dom Bernard Christol, Contes et nouvelles des Dombes sous le soleil de Dieu , 2006.
Pamphile, Voies de la sagesse chrétienne. Méditation sur l’Ascension. Préface de l’abbé Maurice Retournard. Postface de Mgr Michel Kuehn, 2006.
Bruno Bérard, Jean Borella : La révolution métaphysique. Après Galilée, Kant, Marx, Freud, Derrida . Préface du P. Michel Dupuy, apostille de Jean Borella. 2006.
Lucien Daly, Découvrir Dieu grâce à la Science . Itinéraire spirituel d’un scientifique. Préface de Richard Moreau, 2006. Stéphane-Marie Barbellion, Bioéthique du début à la fin de la vie humaine . Préface du professeur E. Sapin, 2006.
André Thayse, Vers de nouvelles alliances. La Genèse autrement , 2006.
Pierre Egloff, Dieu, les Sciences et l’univers. L’homme interplanétaire , 2006.
Philippe Leclercq, Comme un veilleur attend l’aurore. Ecritures, religions et modernité , 2006.
Mario Zanon, J’ôterai ce coeur de pierre , 2006.
Anne Doran, Spiritualité traditionnelle et christianisme chez les Montagnais , 2006.
Vincent-Paul Toccoli, Le Bouddha revisité ou la genèse d’une fiction , 2005.
Dom Dorothée Jalloutz, Cisterciens au Val-des-Choux et à Sept-Fons. 1762-1792, Règlements généraux . Textes présentés par Fr. Placide Vernet, moine de Cîteaux, 2005.
Jean-Paul Moreau, Disputes et conflits du christianisme dans l’Empire romain , 2005.
Bruno Bérard, Introduction à une métaphysique des mystères chrétiens, en regard des Traditions bouddhique, hindoue, islamique, judaïque et taoïste , 2005.
Erich Przywara (trad. de l’allemand par Philibert Secretan), ... Et tout sera renouvelé. Quatre sermons sur l’Occident, suivis de Luther en ses ultimes conséquences , 2005.
Jean-Dominique Paolini, D’Aphrodite à Jésus. Chroniques chypriotes , 2005.
André Thayse, A l’écoute de l’origine. La Genèse autrement. 2004. Etienne Goutagny, Cisterciens en Dombes , 2004.
Mgr Lucien Daloz, Chrétiens dans une Europe en construction , 2004. Philibert Secretan, Chemins de la pensée , 2004.
Athanase Bouchard, Un prêtre, un clocher, pour la vie , 2004.
Michel Covin, Questions naïves au christianisme , 2004.
Vincent Feroldi (dir. de), Chrétiens et musulmans en dialogue, 2003. Karékine Bekdjian, Baptême, mariage et rituel funéraire dans l’église arménienne , 2003.
Albert Khazinedjian, La pratique religieuse dans l’église arménienne apostolique , 2003.
Philippe Caspar, L’embryon au IIème siècle, 2003.
Jean Bailenger, Biologie et religion chrétienne , 2003.
Nicolas-Claude Dargnies (en religion Frère François de Paule), Mémoires en forme de lettres pour servir à l’histoire de la Réforme de La Trappe... , 2003.
Ferdinand de Hédouville, Relation sur mon séjour en exil et l’exode des religieux jusqu’en Russie, par un novice de Valsainte ..., 2003.
Jeanine Bonnefoy, Vers une religion laïque. Le militantisme d’Edgar Monteil... , 2002.
Albert Khazinedjian, L’Eglise arménienne dans l’Eglise universelle. De l’Evangélisation au Concile de Chalcédoine , 2002.
Albert Khazinedjian, L’Eglise arménienne dans l’œcuménisme. Des suites du concile de Chalcédoine à nos jours , 2002.
Dom Pierre Miquel (OSB), La charité, l’espérance et la foi. 2002. Pierre Vanderlinden, L’Avènement de Dieu. Avent, Noël, Epiphanie , 2002.
Dom Pierre Miquel (OSB), Les oppositions symboliques dans le langage mystique , 2001.
Jeanine Bonnefoy, Catéchismes, expression du cléricalisme et du pouvoir occulte , 2001.
Paul Dunez, L’affaire des Chartreux , 2001.
Francis Weill, Juifs et Chrétiens : requiem pour un divorce, 2001. Jean Thiébaud, Instructions, lettres et poèmes de saint Colomban, 2000.
Jean Thiébaud, Témoins de l’Evangile. Quinze siècles d’écrits spirituels d’auteurs comtois. Préface de Mgr Lucien Daloz, archevêque de Besançon , 1999.
© L’HARMATTAN 2008
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris http://www.librairieharmattan.com diffusion.harmattan@wanadoo.fr harmattan1@wanadoo.fr
9782296057647
EAN : 9782296057647
Sommaire
Religions et Spiritualité Page de Copyright Page de titre Dedicace 1 - Préface 2 - Les raisons d’un choix 3 - Au village 4 - En famille 5 - La rupture se prépare 6 - Le départ 7 - Première journée 8 - Hygiène spirituelle 9 - Hygiène corporelle et contraintes matérielles 10 - Les repas 11 - La formation 12 - Communauté de vie 13 - Dimanche : Jour du seigneur 14 - Premières vacances 15 - Cérémonies - Distractions 16 - Classe - Peau de chagrin 17 - Descente aux enfers 18 - Récidive 19 - La vie nocturne 20 - La punition 21 - La dernière étape 22 - Le baccalauréat 23 - Le Lycée de Pontarlier 24 - L’Université 25 - La vie professionnelle 26 - Postface Réflexion sur une éducation Les racines d’un système Annexes Bibliographie Crédit photo
La pépinière

Jean-Marie Robbe
A mes parents qui nous ont tant donné.
1
Préface
Le livre de Jean-Marie Robbe, touchant, drôle parfois, inquiétant souvent, tient à la fois de la Guerre des boutons de Louis Pergaud et des romans paupéristes à la Charles Dickens. L’auteur conte sa vie heureuse chez ses parents paysans dans un village du Haut-Doubs, puis sa vie d’enfant « incarcéré » durant six ans dans une « prison scolaire », le petit séminaire de Consolation, dans la haute vallée du Dessoubre. Par ces expressions, l’abbé Jean Garneret évoquait l’année qu’il avait dû passer lui-même dans cette affreuse boîte de Saint-Hippolyte, dans ce trou de montagne (sic), pendant la dernière année de la guerre de quatorze, avec une institutrice (qu’il) n’aimait pas et d’indignes codétenus 1 . Montaigne comparait déjà les pensionnats de son temps à de « vraies geôles de jeunesse captive ». Tous ces termes paraissent s’appliquer au lieu, tel qu’il le décrit, où notre auteur vécut pendant six ans. Le père de l’abbé Garneret, né en 1865 , avait de mauvais souvenirs de ses trois ans de pension aux Frères de Marie à Besançon, et voulait ses enfants externes pour leur éviter une incarcération , mais ce fut l’un des grands-pères du jeune Jean qui, se souvenant sans doute de l’insuffisance des écoles du milieu du XIXème siècle, insista pour qu’il fût mis en pension afin qu’il ait « un bon fonds d’instruction primaire ». Ce fut aussi sur la suggestion d’un grand-père, conseillé par un ami prêtre, que les parents de Jean-Marie Robbe firent poursuivre à leur fils ses études secondaires à Consolation. Ce n’était sans doute pas sans arrière-pensées.
Au cours des chaudes journées d’été, le touriste de passage dans ce beau site de la haute vallée du Dessoubre, peut se reprendre dans la fraîcheur des multiples eaux vives et d’une verdure foisonnante. Auparavant, il est passé devant les sévères bâtiments au crépi multi-décennal de l’ancien monastère des Minimes, du XVIIème siècle, et devant l’église qui les jouxte, où peu de visiteurs ont envie de pénétrer. Sévérité, vieillesse, tristesse des bâtiments face à la douceur d’une nature estivale presque vierge par endroits, une partie du problème de Consolation est là. A la mauvaise saison, le froid, la neige, l’absence de soleil, laissent une impression encore plus débilitante. Une fondation cherche actuellement à faire de l’endroit un lieu attractif. Tant mieux, car il le mérite. Reste qu’on se demande comment on a pu y retenir des enfants, année après année, durant près d’un siècle et demi dans des conditions dont Jean-Marie Robbe donne une idée répulsive pour des années proches.
Dans le Haut-Doubs au dix-neuvième siècle, il existait une demande des parents pour que leur progéniture reçoive une éducation et une culture supérieures à celles des écoles primaires. Or les lycées, héritiers des collèges d’Ancien régime et des Ecoles centrales du Directoire et objectifs principaux de la loi du 11 floréal an 10, étaient réservés aux villes de préfecture. Cela fit le succès d’établissements religieux plus répartis, tenus par des congrégations, dont les Frères Maristes pour les garçons et les Ursulines pour les filles 2  ; outre leur relative proximité, ils étaient sensés protéger les enfants des tendances irréligieuses prêtées aux lycées d’Etat, point essentiel pour une population très croyante et pratiquante. Le recrutement dans les classes pauvres était favorisé par des aides offertes par certaines de ces institutions avec sans doute une idée de recrutement sacerdotal, mais pas nécessairement. Nous savons de tradition familiale qu’au Russey, les Maristes acceptaient des enfants pauvres au pair : ils surveillaient les plus jeunes, aidaient à l’apprentissage de la lecture, assuraient l’entretien de la maison, le balayage et autres tâches ménagères. Sinon, il fallait payer 3 .
Les petits séminaires étaient autre chose. « Ecoles de sainteté », conçues comme des « pépinières » (traduction du latin seminarium ), c’étaient les antichambres des grands séminaires : on y entrait enfant, on sortait prêtre du grand séminaire : c’était le « séminaire tunnel ». Après l’effondrement de l’enseignement consécutif aux persécutions révolutionnaires contre l’Eglise, la loi du 11 floréal an 10 (1 er mai 1802) avait mis les petits séminaires sous le contrôle de l’Etat comme tout l’enseignement public. La Restauration les replaça sous la juridiction des évêques. En 1850, la loi Falloux leur donna une totale liberté. Elle les considérait comme des écoles ecclésiastiques spéciales, leurs supérieurs pas plus que les professeurs n’étaient assujettis à aucune condition légale d’examen, de capacité, de moralité, de stage, etc.  ; quant à la surveillance, dont le mot n’avait pas pu être retranché de la loi, parce qu’il est dans la constitution, on (comprendre : l’Eglise) a du moins obtenu qu’elle fût restreinte à ce qu’on est convenu d’appeler le respect des lois, la moralité et l’hygiène 4 .
C’était une liberté exorbitante. La loi de floréal avait prévu que l’instruction primaire serait donnée dans des écoles établies par les communes. Pour mettre de l’ordre, le Grand Maître de l’Université impériale lança ensuite une enquête, via les évêques et les curés, sur les écoles primaires ou communales avec en vue la délivrance d’un diplôme « gratuit » (sans examen) aux seuls maîtres de ces écoles dont la moralité et les talents seraient attestés 5 . Elle faisait suite aux articles 2 et 3 du règlement de l’Université (17 septembre 1808) qui prévoyaient qu’à compter du 1 er janvier 1809, tout établissement d’instruction qui ne serait pas muni d’un diplôme exprès du Grand-Maître cesserait d’exister . En 1833, avec la loi Guizot, la Monarchie de Juillet avait autorisé les particuliers à organiser des écoles primaires à condition que l’instituteur possède un brevet de capacité délivré par l’Etat et un certificat de moralité. Or, voici qu’en 1850, les petits séminaires, établissements d’enseignement secondaire, se trouvaient libres d’enseigner hors de tout contrôle, par des prêtres diocésains, au contraire des congrégations et des ordres spécialisés 6 . Il y avait là une ambiguïté forte car si le clergé n’avait pas de doute sur la finalité des petits séminaires, il en allait autrement des familles. Si certaines y voyaient en effet le moyen d’engager leur progéniture mâle vers la prêtrise, « voie royale » qui les honorait (cela fut plus ou moins valable jusqu’aux années 1950), voire de leur assurer une « carrière », d’autres les considéraient seulement comme un moyen d’accès à l’enseignement secondaire. Cette tendance devint petit à petit dominante. Ainsi, lorsque l’abbé Claude Gilles entra au petit séminaire de Maîche à l’automne 1939, il fut surpris de s’entendre dire : « Tu veux être prêtre  ? », par un camarade étonné d’apprendre ce fait apparemment peu banal. Stupeur , car si je viens au petit séminaire, c’est que je veux être prêtre , écrit l’abbé 7 . J’ai compris par la suite la raison de cette question. Le petit séminaire de Maîche ou Ecole Montalembert était considéré par les habitants du plateau comme le meilleur collège pour les enfants de la région. Beaucoup quitteront le séminaire après le bac et n’entreront pas à Faverney, séminaire de philosophie . Cela posait la question des programmes. En sortant du petit séminaire, les candidats au sacerdoce devaient connaître le latin pour suivre les cours de théologie au Grand Séminaire. Tout ce qui ne concernait pas l’accès à la prêtrise était secondaire et d’ailleurs la qualité des enseignements dispensés dans les petits séminaires était souvent mise en cause. Il est vrai que si l’enseignement général atteignait le niveau du Catéchisme de persévérance de l’abbé Gaume 8 , on comprend les critiques, mais c’était sans importance car le baccalauréat n’était pas la préoccupation première de ces maisons 9 .
L’époque restait influencée par le jansénisme anti-romain qui avait tenu une grande place à la fin du dix-huitième siècle dans l’Eglise et dans la bourgeoisie. La spiritualité était « victimale », c’est-à-dire marquée par le mépris du corps et l’idée de la pénitence à tout prix (M. T. Kervingant 10 ) et inspirée par la nécessité d’expier les profanations révolutionnaires et de reconnaître le bienfait par lequel on avait survécu au naufrage où tant d’autres avaient péri. En conséquence, on croyait ne pouvoir rien offrir de plus agréable à Dieu que de se dévouer comme des victimes, de s’astreindre à de dures pénitences et de mourir dans la simplicité. L’idée générale était que tout était soumis à la « volonté de Dieu » 11  : pour y rester, il ne fallait rien faire de son propre gré … Au XIXème siècle, il ne pouvait y avoir place pour la libre détermination, car la volonté propre est nécessairement mauvaise . Comme on ne pouvait rien attendre de cette terre, l’espoir était en Dieu seul , devise de l’abbé Receveur. Il en découlait une vision pessimiste de la vie et un esprit de résignation qui ressortent des lettres de Cécile Joubert-Dodane, de Fournet-Blancheroche, dont le fils Francis était petit séminariste : La vie est bien triste et si on n’avait l’espérance de se retrouver tous là-haut , lui écrivait-elle le 17 avril 1883, on ne pourrait supporter l’existence, mais enfin il faut reprendre courage et se résigner à ce que le bon Dieu veut de nous . On trouve même cette formule : La mort, c’est la mort , dont Cécile ne réalisait pas qu’elle représentait de sa part une absence tragique d’espérance en un au-delà pourtant promis par la religion qui faisait sa vie.
Cet esprit janséniste conditionnait la manière de vivre dans les séminaires petits et grands où les élèves devaient acquérir un comportement conforme à la dignité de l’état ecclésiastique : modestie, obéissance, gravité, discipline rigoureuse, vie dure et austère loin des tentations du monde 12 . Comme la grande majorité des prêtres comtois au dix-neuvième siècle étaient des fils de paysans, ce genre d’existence était facilement accepté par des gens qui n’avaient jamais rien connu d’autre. Néanmoins, la dureté imposée par la hiérarchie ecclésiastique pouvait conduire à des situations scandaleuses. Lorsque Francis Dodane se plaint d’une « faiblesse de poitrine », sa mère le « console » en ces termes : Je pense (qu’elle) ne sera rien, on a toujours un peu à souffrir , mais cela indiquait que l’enfant n’était pas soigné à Consolation. Cette indifférence était conforme à « l’esprit Valsainte », dont le Mémorial aligne des dizaines de morts acceptées joyeusement ( sic ), voire « avec plaisir », pour répondre à la volonté de Dieu 13 . Conditions de vie aidant, on y « fabriquait » des phtisiques. A Consolation, aussi sans doute, mais si on avait des varioleux, on s’empressait de les envoyer ailleurs : nous savons de source familiale qu’en février 1862, François-Désiré Joubert, fils de François-Xavier, de Fournet-Blancheroche, y contracta la variole et fut rapatrié chez lui, forcément à la demande du Supérieur, qui avait la main sur tout. Cette décision irresponsable augmentait les risques pourtant connus d’extension du contage. Ce fut ainsi que François-Désiré mourut à Fournet-Blancheroche le 27 février 1862 à 16 ans, non sans avoir contaminé sa mère et l’ouvrier boulanger qui moururent aussi.
Jean-Marie Robbe a retrouvé le seul règlement existant des petits séminaires du diocèse, daté de 1848, jamais révisé et valable en 1960. On lit cet article incroyable : Les professeurs veilleront à faire soigner les malades par des infirmiers choisis parmi les élèves les plus vertueux … comme si la vertu avait jamais remplacé la compétence. C’était le système monastique, mais à la Valsainte, caractérisée pourtant par ses excès de rigueur, l’Abbé avait eu la sagesse de nommer infirmier le P. Dargnies qui, avant la Révolution, avait suivi des études médicales dans sa Picardie natale. Or que voyait-on à Consolation ? Des enfants désignés « infirmiers » à peine sortis de leur campagne et incapables de tenir ce rôle : on comprend le sort de François-Désiré, de sa mère et du boulanger.
Francis Dodane, et son petit cousin Eugène Bouhêlier 14 ont laissé deux idées opposées sur Consolation au dix-neuvième siècle. Les souvenirs sont spécifiques et la mémoire est sélective ; certains ont un « pouvoir-tampon » élevé, d’autres sont indifférents, fatalistes, mais les documents sur les deux cousins ne trompent pas. Pour Francis, les lettres de sa mère et d’Eugène donnent une idée en creux de ses difficultés. Ce que nous connaissons du second est plus personnel, mais son témoignage, doublé de celui du chanoine Boillin, est euphorique. Il ne minimisait pas les moments pénibles de la voie choisie . Cependant, ajoutait-il, même dans ces moments-là, il ne faut pas se décourager et son enthousiasme était total. En 1933, pour le centenaire du petit séminaire, Eugène, devenu Mgr Bouhêlier, supérieur de la Mission diocésaine, eut cette superbe formule 15  : Cette maison est pour nous le Séminaire et le Séminaire c’est nous . Il se félicitait de ses professeurs dont on peut supposer qu’ils appliquaient la règle des Minimes qui voulait que l’on ne sépare pas les élèves du maître : le professeur faisait la classe, se promenait avec les élèves, s’entretenait avec eux, les conseillait ; il vivait avec eux 16 . Peu importaient les conditions de vie auxquelles l’abbé Louis Carteret, futur recteur de la Basilique des Saints Ferréol et Ferjeux, faisait une allusion souriante en 1929 à sa sortie du grand séminaire, en évoquant la soutane qui flottait sur nos membres étiques 17 , le résultat ne pouvait qu’être bon pour ceux qui suivaient la « voie royale ».
Ce qui faisait la joie d’Eugène ne faisait pas celle de Francis. Les choses furent constamment difficiles pour lui, dont le niveau scolaire restait bas, qui réclamait des visites, de petites choses personnelles, une statuette de la Vierge Marie... Bien avant, Albini Joubert, oncle de Francis, élève vers 1850, suppliait son père François-Xavier Joubert de le sortir de pension, ce que celui-ci refusa catégoriquement, alors qu’Alphonse Dodane disait ne pouvoir accéder aux demandes de Francis que si son ouvrage le lui permettait . L’esprit était différent, mais le résultat était le même. En attendant, par lettres, Cécile pratiquait le soutien psychologique et la méthode Coué : Il faut prendre courage, se faire (se résigner) à sa position (et) quand on est un peu triste, un peu chagrin, eh bien, regardons le Ciel . En 1880, rien n’était réglé : une lettre affectueuse d’Eugène nous apprend que l’adolescent, qui avait environ quinze ans, s’était enfui de Consolation. Avec doigté, le jeune clerc suggéra à son cousin une explication sentimentale, familiale, toute en nuance, dialectique, voire casuistique, à sa fugue, mais en demeurant dans la dualité volonté de Dieu, action du Diable . Entre le Paradis et l’Enfer, Francis choisit le Paradis et resta 16 . On ne manque pas de témoignages de ce genre depuis Albini Joubert jusqu’à des personnes que nous avons connues et qui, ayant conservé un souvenir détestable des petits séminaires, ne voulaient même plus en apercevoir les bâtiments : il y avait ceux qui avaient la vocation religieuse et faisaient abstraction du reste, et les autres.
Dans les années 1960, ce qui avait pu paraître acceptable ne l’était plus. Tout avait changé. Pendant longtemps, aller de Fournet-Blancheroche à Chaux-de-Fonds en Suisse, ou à Maîche, en France, avait été une entreprise. Les transports se développaient et se démocratisaient, le pèlerinage à la Vierge des Ermites à Einsiedeln, qui se faisait traditionnellement à pied, prit le train à partir de 1876, à l’initiative de l’abbé Jean-Félicien Bouveret (1807-1889), curé de Bians-les-Usiers, suivi par les curés du Russey et de Vercel, puis par une bonne partie de la Franche-Comté. La bicyclette permettait aux jeunes d’aller de village à village, même si l’abbé Eugène Bouhêlier fulmina ses cousines qui auraient voulu en faire autant, parce qu’il craignait qu’on aperçoive leurs chevilles... Le service militaire obligatoire, avec ses avantages et ses inconvénients, obligeait les jeunes hommes à voir du pays, puis la Première Guerre mondiale passa, mais Consolation resta Consolation. En 1933, aux fêtes du centenaire, près de soixante ans après sa scolarité, les envolées lyriques d’Eugène Bouhêlier ne pouvaient plus soulever que l’enthousiasme de ses « labadens » 17 .
Une autre guerre mondiale survint, bouleversant tout. Les automobiles se multipliaient, les autocars facilitaient les liaisons, la presse, les postes de radio apportaient les nouvelles du monde aux familles, le « pape-paysan » cher à l’abbé Garneret était élu, annonçant le Concile mais, dans son val d’ombre, le petit séminaire de Consolation restait impavide par routine et indifférence. C’était le Désert des Tartares ou En attendant Godot .
Nous sommes vers 1960. Les souvenirs sans concession de Jean-Marie Robbe donnent l’impression du délabrement d’une Institution, que la vision de l’Eglise gallicane pré-révolutionnaire et janséniste des fondateurs avait préparé. Notre auteur nous fait toucher un système dépassé qui survivait sur fond d’amateurisme : professeurs non ou peu titrés 18 , remplaçants de hasard car, dans l’Eglise, la loi de 1850 prévalait encore dans les esprits et dans les faits même si elle était devenue obsolète. Vers 1875, époque où Eugène Bouhêlier était l’élève de ses « si bons maîtres », les grades universitaires étaient rares et les prêtres plus cultivés que la moyenne des gens. Après les deux guerres mondiales, cette supériorité tendit vers zéro en raison du développement des études supérieures en France. On ne devient pas professeur d’un coup de baguette magique : il est incroyable qu’il ait fallu embaucher en urgence des curés du voisinage doctus cum libro pour boucher les trous dans le personnel enseignant de Consolation quand la loi Debré, strictement contemporaine (31 décembre 1959), sur les rapports entre l’Etat et les établissements privés, insistait sur la qualification des maîtres . Il est symptomatique que Jean-Marie Robbe ait été recalé au premier baccalauréat à cause de sa faiblesse en latin à sa sortie d’un petit séminaire. Le niveau des enseignements n’avait pu que fortement baisser. Pourtant, le 20 décembre 1935 (encyclique Ad Catholici Sacerdotii ), le pape Pie XI avait appelé à donner aux séminaires les prêtres les meilleurs : Ne craignez pas de les dérober même à des charges d’apparence plus brillantes, mais qui, en réalité, ne peuvent pas entrer en comparaison avec cette œuvre capitale et irremplaçable 19 . A lire Jean-Marie Robbe, on en était loin à Consolation en 1960. Mais, et cela importe encore plus, son témoignage sur l’absence tout aussi patente de passage dans les faits d’une encyclique du pape Pie XII quinze ans après la précédente, montre la difficulté de faire admettre par le « terrain », les souhaits du Magistère romain. Où était l’Eglise universelle ? On pense au gallicanisme d’Ancien Régime, qui persiste en 2008 chez certains clercs.
Sur le fonctionnement en 1960, relevons un aspect d’autant plus essentiel qu’il était l’un des rares à avoir été retenu par la loi de 1850 comme devant être surveillé dans les petits séminaires, à égalité avec la morale et le respect des lois : l’hygiène. Il est atterrant de voir qu’on ne faisait laver les couverts, par les élèves bien sûr, qu’une fois par semaine, dans le même bac, dans la même eau et sans produit de vaisselle ! Pasteur, où es-tu ? Pourtant, écrit notre auteur, Charles Rollin (1661-1741), qui fut recteur de l’Université de Paris, souhaitait dans son Traité des Etudes , que les enfants s’accoutument à la propreté et que la vaisselle (soit) bien écurée (et) les salles où l’on mange balayées régulièrement tous les jours après les repas , et l’on sait que le siècle de Louis XIV n’est pas réputé pour l’hygiène ! A Consolation, les débarbouillages à l’eau glacée étaient habituels et forcément succincts, mais il faut dire que le cas n’était pas isolé. A Vesoul, à la même époque, dans un pensionnat religieux pour jeunes filles de « bonne famille », une étudiante en Droit de Besançon, enseignante à mi-temps, couchait dans une antichambre sans fenêtre avec, comme les élèves internes, un pot d’eau froide et une cuvette pour sa toilette. Alors, manque d’hygiène jamais apprise, laisser-aller, souci de la rentabilité confinant à la radinerie ? Un peu de tout sans doute. Dans le même registre, en plus grave, le fait qu’un hiver, Jean-Marie Robbe ait dû déboucher les WC à la turque (on peut estimer facilement la propreté), en allant puiser l’eau au ruisseau, est inadmissible. Le petit séminaire tournait donc comme en 1848, sans équipement, ni personnel. A titre d’exemple, les enfants, dont les parents payaient un prix de pension conséquent, étaient obligés cependant de faire eux-mêmes le ménage, de bêcher le jardin, de planter les petits sapins dans la forêt et de façonner le bois. On comprend que le jeune garçon n’ait pas été tenté d’aller plus loin.
Cependant, le point le plus étonnant concerne le relâchement de la discipline mais un relâchement sournois. La règle des Minimes était oubliée, sans doute parce que des professeurs étaient des curés du voisinage et que les permanents n’étaient pas là le dimanche, tous ayant des voitures quand on se déplaçait à pied en 1880. Le supérieur, qui s’isolait dans sa tour d’ivoire, tentait d’appliquer un règlement dont il ne connaissait rien. Les élèves vivaient la nuit, certains découchaient, allaient voir leur bonne amie. On croit rêver en lisant les descriptions, masquées pour ne peiner personne, de violations nocturnes des caveaux funéraires de l’église ou celles de fiestas fromagères et vineuses dans les salles de classe, succédant à des razzias dans les caves, sans oublier la fête du « Père Cent » célébrée en termes… légers. On était loin de la modestie, de l’obéissance, de la gravité, de la discipline rigoureuse et de la vie austère réclamée par la dignité de l’état ecclésiastique.
Si ces dérives graves ont existé, et ce fut le cas, elles ne pouvaient être dues qu’à l’insuffisance de l’encadrement. A lire notre auteur, les professeurs anciens donnent l’impression d’avoir regardé ailleurs : néanmoins, est-il possible qu’ils n’aient pas eu de soupçons ? Quant aux plus jeunes, ils se comportaient en opposants à un système qu’ils servaient en surface, mais qu’ils rejetaient in petto  : curieuse spiritualité de prêtres qui sabotaient la messe de l’évêque en coupant l’électricité de la chapelle où il célébrait, ou qui pillaient des troncs pour financer les œuvres qu’ils préféraient au détriment de celles du supérieur. Plus tard, ils quittèrent le sacerdoce, mais il aurait mieux valu qu’ils n’y soient jamais entrés.
Cette sorte de « Clochemerle à Consolation » n’aurait pas pu exister si les hiérarchies locale et diocésaine avaient été suffisamment présentes. Il ne suffisait pas que l’évêque, vivant sur les souvenirs d’une gloire passée, pontifie une fois l’an dans une liesse plus ou moins générale, il aurait fallu que des inspections efficaces et réalistes soient faites après la rénovation du règlement et une modernisation totale des installations. Manque de finance ? Quand on est incapable d’assurer une mission, on cherche d’autres moyens d’apostolat. Enfin, la prudence et le respect dû aux élèves auraient dû conduire la hiérarchie diocésaine à vérifier chaque année leurs motivations et celles des enseignants, personnellement, sur le modèle des visites régulières cisterciennes.
Jean-Marie Robbe fait toucher du doigt le résultat de cette impéritie : sur une bonne trentaine d’élèves de sixième à son arrivée au petit séminaire, six restaient en rhétorique et deux seulement sont prêtres actuellement. Lui-même eut la force d’âme, peut-on parler autrement, malgré les pressions, de refuser une carrière pour laquelle il ne se sentait pas fait. Lorsqu’il quitta le petit séminaire, le supérieur embrassa les « bons », dont il pensait qu’ils se destinaient à la prêtrise, et réserva un adieu glacé et une sèche poignée de main à notre auteur, lui infligeant un affront délibéré : l’adolescent avait failli. Outre un manque évident de charisme, d’ouverture aux autres et surtout de charité, le supérieur manifestait ainsi l’ambiguïté des petits séminaires. Il fut certainement un « bon prêtre », comme on disait, mais il ne comprit sans doute jamais que son conservatisme, sa rigidité d’un autre siècle et d’une certaine façon son indifférence à autrui faisaient de lui un anticorps aux vocations.
En 1960, les temps où l’Eglise dominait l’enseignement étaient révolus et elle ne s’en rendait pas compte. Le Concile Vatican II allait sonner le glas du « séminaire tunnel » sulpicien et rénover la formation des prêtres avec le décret Optatam totius Ecclesiae renovationem (28 octobre 1965). Les petits séminaires, devenus incapables d’assurer leur rôle de « viviers des vocations sacerdotales », parfois même la préparation au baccalauréat, furent transformés en attendant de disparaître 20 . Autour de 1830, près de Mouthe, le docteur Ordinaire, originaire de Cressier, en Suisse, pénétrant dans le poêle d’une ferme pour visiter un malade, trouva la pièce si pleine de relents chauds et malodorants que, de sa canne, il creva le papier huilé qui servait de vitres à l’époque, en criant 21  : De l’air  ! De l’air  ! Le décret du Concile fit l’effet du coup de canne : ouverture sur le monde (trop parfois), adaptation à la psychologie et à l’évolution des adolescents, rapports normaux de ceux-ci avec leurs parents dans la continuité familiale, niveau des études et pour ceux qui changeraient d’orientation, possibilités de sortie pour rejoindre d’autres filières, exactement le contraire d’autrefois. Les Pères conciliaires avaient compris qu’il fallait aérer le jeune sinon, écrivait l’abbé Garneret 24 , en sortant du séminaire , il serait comme un veau (sic) qu’on met en pâture après un hiver d’écurie (…) Aveugle à la lumière du jour, il lui faut s’habituer à voir. Il ne connaît pas ou ne connaît plus la vie. On s’est occupé à la lui faire oublier (…) Au bout de six ans, c’est fait. Séparé de ses camarades d’avant, il se trouve isolé de leur destin. Le monde qu’il retrouve n’est plus celui d’avant, on ne l’a pas aidé à connaître celui d’à présent. A le comprendre et à l’aimer. C’était en termes plus verts ce qu’avait déjà exprimé le Pape Pie XII en 1950 22 . L’abbé concluait : Trop, c’est trop . Encore n’avait-il pas connu le petit séminaire. Vers 1960, celui de Consolation était un rameau desséché que l’on avait oublié de couper. Il fallut attendre 1981 pour que, réalisme oblige, celui qui était condamné depuis longtemps se décide enfin à rendre les armes.
Nous avons environ quinze ans de plus que Jean-Marie Robbe. Dans nos établissements secondaires (l’enseignement religieux était loin d’y être négligé, précisons-le) in tempore belli , dans les Maisons d’éducation de la Légion d’honneur 23 notamment, où la situation était très difficile du fait des circonstances, et à soutien familial égal, nous eûmes l’avantage d’étudier sous l’égide d’un corps professoral composé en grande partie d’agrégés dans un environnement équilibré, stable et globalement ouvert, qui n’avait rien à voir avec ce que connut notre auteur au petit séminaire. Là était la différence. Jean-Marie Robbe trouva ensuite un milieu semblable au lycée de Pontarlier. Grâce également à la vie familiale retrouvée, ce fut l’origine de son succès final, de sa carrière et de son bonheur.
En conclusion, son livre au style vif, enlevé et agréable, sans langue de bois mais sans méchanceté non plus, jette une lumière salutaire sur un système dépassé et sur une question qui fut négligée trop longtemps pour les meilleures raisons du monde sans doute, mais l’enfer, dit-on, est pavé de bonnes intentions. Les sources originales sont rares et les derniers témoins aussi. C’est une raison de plus pour féliciter Jean-Marie Robbe d’avoir publié cet ouvrage nécessaire.
Odile et Richard Moreau
2
Les raisons d’un choix
Cet ouvrage se compose de trois parties. La première raconte dans quelle ambiance j’ai passé mon enfance, entouré de ma famille, dans quelles conditions l’on vivait immédiatement après la guerre de 1939-1945, ce qu’était la vie du village. La seconde partie décrit les six années de pension, dans des conditions particulières en raison du type d’établissement qui m’accueillait, la façon dont se déroulaient les jours et les nuits. La troisième est une réflexion sur l’éducation dans les séminaires, éclairée par l’histoire de l’Institution ecclésiale. Si la première partie est imprégnée de la tendresse familiale, la seconde est beaucoup plus critique, voire acerbe à certains passages. Avant d’écrire ces lignes, il m’est venu à l’esprit toute une série de questions sur lesquelles j’ai cru utile, voire nécessaire de me pencher.

Fallait-il écrire et publier cette chronique ?
Au départ, j’avais rédigé un premier texte qui m’avait permis d’expurger un passé difficile dont le souvenir gâchait jusqu’à mon sommeil, malgré le temps qui s’était écoulé. D’autres ont très bien vécu cette période de leur adolescence, et je ne veux pas lancer de polémique. En écrivant ces pages, il s’agissait pour moi d’une thérapie, d’un exercice d’évacuation à la manière des psychiatres qui font parler leurs patients. Freud utilisait le mot de catharsis , de purgation des émotions, notion apparue dès l’Antiquité 24 . La cause de ce traumatisme devait sortir . Voilà pour l’effet personnel, mais publier demandait qu’on aille bien au-delà dans la réflexion. Il est important de dire ce que nous avons vécu, pour que ne s’efface pas la mémoire tout simplement. Je sais que d’autres élèves ont eu les mêmes perceptions que moi : récemment je parlais de mes insomnies à un ancien camarade qui m’a dit spontanément : Ah bon ! Toi aussi ! J’espère que ceux qui ont eu une expérience semblable à la mienne, heureuse ou plus difficile, y retrouveront souvenirs et émotions.
L’époque 1957-1963 a une spécificité particulière : elle précède immédiatement le Concile Vatican II qui s’ouvre en 1962, et se situe six petites années avant les événements de mai 1968 . Comme pour tout événement important, il y a l’ « avant » et l’ « après » . L’Institution catholique n’a plus été la même après le Concile, et la société française a considérablement évolué à partir de 1968. Chacun portera l’appréciation qu’il voudra sur ces deux événements et il n’est pas dans mon intention d’influencer le lecteur d’une quelconque façon. On peut se lamenter, O tempora ! O Mores ! 28 , ou bien se dire que l’évolution a été positive dans bien des domaines ; la vérité est certainement dans un juste milieu. Je voudrais cependant signaler que cette période a sonné la fin d’une certaine rigueur, en particulier dans les séminaires et autres pensionnats qui, petit à petit, se sont libéralisés, puis ont fini pour beaucoup par disparaître. De même, il est évident que la société est devenue plus libérale après 1968. Il était nécessaire de raconter cette période, et je le fais, certes de manière parfois critique, mais sans perdre de vue le contexte du moment et les conséquences pour la suite. Ce récit est un témoignage vécu, qui ne masque rien. J’en ai fait lire le premier brouillon à des amis qui ont été surpris par le contenu ; beaucoup ignoraient comment on vivait dans les petits séminaires, alors qu’eux, sensiblement de mon âge, connaissaient une autre vie dans les établissements publics. Il ne me semble pas que des anciens élèves des séminaires du diocèse de Besançon aient eu la même démarche que moi et je serai l’original de service 25 . Chaque diocèse avait ses spécificités autour d’un dénominateur commun. On peut se demander d’ailleurs pourquoi cette période récente vécue de manière particulière n’a jamais, à ma connaissance, fait l’objet d’écrits. Les raisons peuvent en être multiples. Cependant, je pense qu’une certaine pudeur a retenu des auteurs potentiels, tandis que d’autres hésitaient, ne pouvant ou ne désirant pas porter un regard trop critique sur l’Institution sans risquer de lui faire perdre son lustre. A moins que cet angélisme, cette complaisance bien-pensante qui fait que l’on trouve tout beau et bon sous prétexte que cela vient d’une église par définition sainte et infaillible, n’ait gagné une majorité sous prétexte que les naïfs souvenirs d’enfance s’enjolivent d’eux-mêmes, mais ils peuvent être au contraire, pour d’autres plus rares, noircis par le temps. Pour les premiers, le formatage a bien fonctionné. A leur décharge, précisons que le respect humain peut très bien avoir inhibé leur volonté de se livrer. En effet, dans ce genre d’exercice, l’auteur va parfois jusqu’à dévoiler quelques aspects intimes de sa personnalité.
Après avoir raconté mon histoire, je situerai avec un maximum de précision les événements dans le contexte de l’époque et je m’efforcerai d’étayer ma propre opinion par des documents officiels.
Mais venons-en aux faits ! Nous sommes en 1946, au lendemain d’une guerre que personne n’oubliera tant elle a apporté de souffrances et de morts. Quelle famille, déjà meurtrie au cours de la Première Guerre Mondiale, n’eut à souffrir de la séparation, de la captivité, de la mort dans les camps 26  ? Il fallait entretenir la mémoire, celle des disparus, mais aussi garder le contact avec les survivants, tâcher de se revoir entre anciens camarades de malheur, ne pas laisser se distendre les liens tissés pendant ces longues années. Cependant il fallait aussi regarder vers l’avant, reprendre une existence la plus normale possible, se reconstruire soi-même et bâtir une nouvelle vie. Mon père venait de rentrer de captivité en Allemagne où son calvaire avait duré cinq ans après dix mois de guerre et une retraite peu glorieuse, tout ce temps s’ajoutant à deux années de service militaire effectué auparavant. Le mariage de mes parents avait été célébré à Paris fin 1945 et je suis né dix mois après, dans ce village du Haut-Doubs, Labergement-Sainte-Marie, où ils ont passé toute leur vie. J’ai eu une enfance heureuse dans ma famille avant de partir en pension dans le petit séminaire de Notre-Dame de Consolation dépendant du diocèse de Besançon.
Ce récit est un hommage à ma famille et une analyse critique envers un système d’éducation qui a marqué, de manière indélébile sans doute, une génération de jeunes gens, à une époque où l’on ne pouvait déjà plus imposer n’importe quelle règle de vie aux adolescents.
Cet ouvrage est une autobiographie dans laquelle j’ai essayé de rassembler un maximum de souvenirs. La manière de les narrer n’est évidemment pas exempte de sensibilité personnelle.
3
Au village
Labergement-Sainte-Marie, un village comme les autres ? Certainement pas, puisque c’est le mien ! Dans les montagnes du Haut-Doubs, entouré de collines cultivées sur fond sombre de forêts de sapins et d’épicéas, traversé par la rivière Doubs qui a pris sa source dix kilomètres en amont, s’étale ce village paisible, le long de la route nationale. Les maisons sont larges et trapues, couvertes par des toits de tuile rouge. En contrebas du bourg, des champs plats et marécageux conduisent à un lac de montagne dont les eaux claires et froides sont peuplées de brochets et de perches.
Blotti dans son écrin de forêts, le lac de Remoray est encore, à cette époque, préservé des appétits des promoteurs immobiliers et des hordes de vacanciers. Personne n’y pêche, hormis son propriétaire, un industriel de Pontarlier. Seuls les braconniers peuvent dresser un inventaire de ses richesses cachées. Les grenouilles vont y pondre et malheur à elles si, sur leur passage, rôde un de ces bipèdes prédateurs au regard duquel elles se réduisent à une paire de cuisses charnues à la chair tendre et fine.
Le village est peuplé de paysans laborieux, têtus comme tous ceux qui luttent contre les rigueurs du temps. Quatre petits magasins d’alimentation permettent à la population locale et proche de se ravitailler. Les commerçants font des tournées, jusque sur la porte de leurs concurrents.
Le lieu de rassemblement est la fromagerie où, deux fois par jour, les paysans apportent le lait de la traite, soit en voiture à cheval, soit à pied, la bouille 27 au dos. C’est souvent à cette occasion que les nouvelles heureuses ou malheureuses se répandent dans la population, car ce lieu est fréquenté par la presque totalité des familles du village qui y vient acheter le lait, le beurre, le Gruyère 28 et l’Emmenthal pour la consommation familiale. On y commente les événements, on prend des rendez-vous, on organise le travail collectif du lendemain dans les champs, on y discute politique, critiquant souvent le maire et ses conseillers pour leurs choix qui, comme partout, ne sont jamais les bons. Les jeunes gens s’y attendent et s’y attardent sous l’œil amusé du fromager, homme solide, roux, affable mais taquin. C’est un village qui sort d’une longue guerre et qui vit encore dans le souvenir des années difficiles, avec ses nombreux morts et les difficultés d’approvisionnement. On est économe sans être pingre, critique sur le passé sans être trop pessimiste pour l’avenir, le pragmatisme qui fleure bon la terre l’emporte toujours.
Les hivers sont rigoureux dans cette région. La neige fait souvent sa première apparition en novembre et le terrain ne se montrera de nouveau, au mieux, qu’en mars. Le froid est vif et les gens vigoureux. La vie se déroule sans heurts : chacun pense au lendemain, non sans inquiétude. Le fromager paie régulièrement le lait que lui livrent les paysans, mais les fins de mois restent difficiles pour beaucoup de ces gens durs à la tâche. Souvent entre parents proches, on travaille ensemble, achetant une charrue pour deux exploitations. En effet, son temps d’utilisation est si faible qu’il est possible de labourer les champs des uns et des autres avec le même outil. De même, on s’associe pour mettre en commun les chevaux : chacun en possède un, mais certains travaux demandent beaucoup de force de traction. Les hommes se groupent et travaillent ensemble avec l’aide de leurs animaux respectifs. J’ai souvent vu mon père partir labourer avec un de ses cousins. Il faut être solidaire pour survivre aux aléas du climat qui se montre chaque hiver très rigoureux. Les chevaux de trait sont utilisés en attelages de six pour traîner le triangle, ancêtre du chasse-neige, et dégager chemins et routes de la neige souvent abondante.

LE LAC DE REMORAY. Au premier plan, le clocher typiquement comtois de l’église paroissiale de Labergement Ste Marie (Cl. Alain Robbe).
Il arrivait que, pour compléter leurs revenus, les cultivateurs travaillent à d’autres tâches que l’élevage laitier. Dans d’autres contrées, comme le Plateau de Maîche, on était paysans-horlogers. Mon grand-père paternel était aussi coiffeur et cordonnier. Souvent, le samedi soir ou le dimanche matin, arrivaient des voisins qui venaient se faire couper les cheveux. Au moment de prendre congé, ils jetaient une pièce de monnaie sur la table, accompagnée parfois de quelques bonbons pour les enfants. Ma grand-mère était couturière. Dans sa jeunesse, elle allait travailler à façon 29 jusque dans les villages voisins. Elle confectionnait des vêtements de travail pour les hommes, des habits chauds pour les enfants, lourdes capes de drap, pantalons et culottes courtes en tissu rugueux qui rougissait les cuisses par son frottement sur la peau tendre.
Dans ce village, on partageait aussi, entre parents et amis, les moments pénibles. Qu’un cultivateur perde accidentellement une vache, et tout le village en était touché.
On vit pour sa terre et par sa terre. Les gens se rencontrent souvent en dehors du travail. Mes oncle et tante du Brey viennent presque tous les dimanches voir leurs parents, ils prennent le café de quatre heures ensemble, puis chacun repart à ses occupations. En hiver, quand les animaux ne demandent pas de soins particuliers et que la neige empêche tout travail à l’extérieur, on aime à se retrouver en après-midi ou en soirée. Les conversations sont alimentées par les faits divers de la semaine, par les projets de chacun et par l’état d’avancement des travaux des champs. On ne fait de politique que dans les bistrots fréquentés par des habitués fidèles. Les nouvelles sont transportées par les commerçants pendant leurs tournées. Les abonnés au journal quotidien sont peu nombreux ; seuls les plus aisés, qui ne sont pas légion, peuvent se permettre cette dépense. Les ragots se répandent mal chez ces montagnards endurcis, doués d’un sens critique profondément ancré. Ce n’est qu’au moment des élections municipales que les esprits s’échauffent un peu. Les querelles concernant la concurrence entre écoles publique et confessionnelle peuvent également créer quelque animation, le feu couve en permanence et ne s’éteint jamais.

DOUCEUR DE VIVRE AU BORD DE L’EAU (Cl. JMR).
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En famille
Je suis l’aîné d’une famille de six enfants, une fille et cinq garçons dont le dernier a neuf ans de moins que moi. Je débarquai dans cette famille très unie, un dimanche de fête patronale, au moment du dessert, pendant qu’un ami de mon père animait la conversation entre les invités préoccupés par l’accouchement en cours. J’étais un tout petit bébé, et c’est ma tante Anne-Marie, la sœur de mon père qui me reçut dans son tablier. Elle me parlait souvent de ma petite taille et de la crainte éprouvée par tous de ne pas me voir survivre...
J’ai été baptisé quatre jours après ma naissance, à l’église du village, porté par ma marraine, accompagnée de mon père et de mon parrain. Ma mère qui se remettait de son accouchement n’assista pas à la célébration. A l’époque, les baptêmes devaient être célébrés rapidement, quelque soit le jour de la semaine, essentiellement parce que la mortalité infantile était encore forte. L’Eglise avait décrété que si l’enfant n’était pas baptisé dans les quatre jours suivant sa naissance, la cérémonie ne serait pas signalée à la communauté par la sonnerie des cloches.
Mes parents, Michel et Elisabeth, étaient des cultivateurs modestes, on disait des « petits paysans ». Mon père, gros travailleur, s’occupait de la ferme. Levé à cinq heures du matin, sa journée était longue. Il n’avait pas vraiment choisi ce métier, mais au retour de captivité en 1945, son propre père, malade du cœur, ne pouvait plus travailler de force. Mon père donc avait dû reprendre la ferme, maintenue en l’état pendant sa longue absence par sa sœur et sa mère. Il ne pouvait laisser ses parents, usés par une vie de dur labeur, seuls avec le train de culture. D’ailleurs, à cette époque, on n’avait guère le choix d’un métier : les jeunes restaient à la ferme, quelques-uns devenaient fonctionnaires, mais l’industrie et le commerce n’avaient pas encore pris l’essor qu’ils connurent par la suite. Cependant mon père, très habile de ses mains, aurait, je crois, souhaité travailler dans la menuiserie. Comme il était fiancé à la nièce de sa belle-sœur 30 , il se mit sans tarder à rénover le premier étage de la maison paternelle pour y loger son foyer. Avant la guerre, il avait travaillé à domicile au montage de chaînes de vélo, pour une usine des Verrières de Joux, puis avait fait des remplacements à l’usine hydroélectrique du Fourpéret située sur le Doubs dans la cluse 31 qui relie la vallée des Longevilles à celle des deux lacs de Remoray et Saint Point. Il assurait la garde des turbines et alternateurs, car on était loin de la télésurveillance électronique actuelle.
Mon père avait donc la charge de la ferme, aidé dans les gros travaux des champs par un voisin M. Guyon, sourd comme un pot et passionné de T.S.F. Sa surdité était due à un accident de voiturage. Il ne comprenait pas toujours le pourquoi des choses, au grand désarroi de son employeur. Notre chambre n’était séparée de la cuisine de ce voisin que par une cloison de bois qui laissait filtrer les moindres bruits. Ainsi, rien de l’émission de Radio Luxembourg « Quitte ou Double » ne nous échappait, le mercredi soir, tant le volume du poste de radio avait été poussé. La voix caverneuse de « Monsieur Tiroir », qui annonçait les gains des concurrents, résonne encore à mes oreilles.
Ma mère avait beaucoup à faire dans le ménage ; elle s’était bien essayée au métier de fermière, mais, n’étant pas née dans une exploitation, elle n’y avait pas vraiment pris goût malgré la bonne volonté qui lui avait permis d’apprendre à traire. D’ailleurs, les grossesses se succédaient et les ennuis aussi. Un an après moi, naissait une fille qui ne devait pas vivre, suivie d’un garçon qui décéda à l’âge d’un an. C’est ce décès qui m’a laissé mon plus ancien souvenir d’enfance, j’entends encore ma mère qui, devant le petit berceau, appelait son enfant qui venait de nous quitter.
Ma mère s’occupait exclusivement de la maison. La vie était dure, à une époque où la machine à laver n’existait pas encore et où la pénurie due à la guerre se prolongeait. Il fallait jouer de finesse pour boucler les fins de mois, en attendant la « paie du lait » ou le versement des allocations familiales.

MA MAISON NATALE. A gauche, sur la Place de la République (Cl. Alain Robbe).
Mes grands-parents paternels habitaient le rez-de-chaussée de la maison familiale. Le grand-père Lucien avait été un gaillard solide et il conservait belle allure avec ses grandes moustaches, celles des poilus de 1914, qu’il frisait le dimanche matin à l’aide d’un fil de fer chauffé au feu. Malade du cœur, il n’avait plus aucune activité et passait ses journées assis à une extrémité de la table du « poêle » 32 , lisant les hebdomadaires régionaux, Le Courrier de la Montagne et Cité Fraternelle .
Grand-mère Thérèse, de relative petite taille, portait une perruque enveloppée dans un filet de coton, car elle avait perdu ses cheveux à la suite d’une maladie.

MON GRAND-PERE LUCIEN. Il avait fait la guerre 1914-1918.
Elle cousait encore à la machine, une Singer, ravaudait les chaussettes et reprisait les vêtements de travail de toute la famille. C’était une femme discrète et très travailleuse.
Sur le fourneau à bois, grand-père plaçait les pelures de la pomme qu’il venait de manger, cela embaumait. Je me souviens de ce parfum subtil, ainsi que de celle du papier d’Arménie que, parfois, il enflammait après l’avoir plié en accordéon.

TETE DE CHRIST EN CROIX. Mon père occupait ses soirées à sculpter le bois
(Cl. JMR).
Il m’est souvent arrivé, le soir, après la classe, d’aller passer un grand moment auprès d’eux. Grand-père me conduisait à l’étable pour voir mon père en train de traire les vaches. Nous revenions ensuite au chaud, faire une partie du jeu de loto qui était rangé dans le petit meuble bas, à côté de la porte de la cave, dans une boîte de bois aux charnières de cuir. Les jetons ronds, un peu usés par le temps, prenaient place les uns après les autres sur les cartes de couleur verte. Nous passions ainsi de bons moments d’intimité chaleureuse sous la lampe que couvrait l’abat-jour aux franges de perles multicolores.
Pour accéder à la cave, il fallait traverser le « poêle ». Là étaient entreposées les pommes de terre pour la consommation familiale, les betteraves et choux-raves destinés aux animaux et aux lapins en particulier, le tonneau de vin rouge d’où nous soutirions le breuvage absorb

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