Les oublié du XIXe siècle (Tome 1)
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Les oublié du XIXe siècle (Tome 1) , livre ebook

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Description

Ils sont tous, dans leur pays la France, hommes et femmes d'une sorte de "deuxième cercle". Ils se sont taillés une place plus ou moins éblouissante dans ce bouillonnant XIXe siècle. C'est ce tourbillon effréné d'une époque parfois oubliée que souhaitent réveiller ces deux tomes consacrés souvent à des méconnus ressuscités. Pour le présent volume : Albert Kahn, Eugène Lefébure, Gaspard Malo, Mayréna, Henri Mouhot, Michel Pacha, Rachel, Savorgnan de Brazza, Aimé Thomé de Gamond et Suzanne Voilquin.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 4
EAN13 9782336698137
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Titre
Copyright
Du même auteur :
Les Animaux, techniciens de l’impossible (Nathan, 1969)
L’Homme qui croit au soleil (Cerf, 1979) Thomé de Gamond (L’Harmattan, 2001) La Tribu Rachel (L’Harmattan, 2004)
Nous, les hommes du tunnel (Europe Nord Médias, 2005)
Norbert Segard (Europe Nord Médias, 2006)
Marius Michel Pacha, le bâtisseur (L’Harmattan, 2006) Eugène Woillez, le véritable inventeur du poumon d’acier (L’Harmattan, 2008)
Clément Privé, journaliste et poète (L’Harmattan, 2009)










© L’Harmattan, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-69813-7
Table des matières
Table des matières Couverture 4e de couverture Titre Copyright Table des matières CHAPITRE 1 - Albert KAHN Le banquier alsacien est devenu le premier “photographe de la planète…” CHAPITRE 2 - Eugène LEFÉBURE l’ami de Mallarmé devient un égyptologue passionné Ses professeurs sont formels : il est trop poète pour être travailleur… Avant Mallarmé, il invente les poèmes en prose « Elle est morte sans le savoir… » Vers l’égyptologie à travers le deuil Au hasard, mais de toute son énergie : la découverte d’un monde nouveau À Alexandrie comme au Caire, Maspero ouvre l’Égypte à Lefébure 300 tombes fouillées, un musée créé : Mariette est épuisé CHAPITRE 3 - Fils de corsaire, armateur, industriel, député, urbaniste Gaspard MALO crée près de Dunkerque “sa” propre ville dans les dunes Deux navires armés pour une aventure au Portugal… Capitaine au long cours et capitaine d’industrie… 170 000 voix pour le porter député du Nord à l’Assemblée Quand la fièvre de l’or embrase les Amériques Plus fort que l’or seul : une super-loterie pour gagner… un lingot Un carillon et un remorqueur au service de la ville Comment rendre rentables 640 hectares de dunes impropres à la culture ? Et si l’on plantait des… maisons le long de la plage ? CHAPITRE 4 - Bonimenteur, escroc, aventurier, il se couronne au Siam : MARIE Ier, Roi des Sedangs Son premier coup de chance : un coup de bluff… Une correspondance assidue pour cultiver une certaine fibre paternelle Chacun se veut homme d’affaires ou banquier : pourquoi pas lui ? Expulsé vers la France, il y rentre en… explorateur À Saigon, les tables de jeux supplantent les tables des négociations… À la poursuite de l’or d’Attapu, une caravane en pays sédang Entre deux augustes pères, la naissance d’une « confédération » Trahi par Paris, qui a dissous le royaume des Sédangs Jusqu’aux derniers moments, d’ultimes aventures rocambolesques… Et un citoyen belge sous une tombe sans nom… Chapitre 5 - Au cœur des forêts du Cambodge Henri MOUHOT l’homme qui a ressuscité Angkhor Une première escapade : dans le monde hostile de la Russie La « photo » et deux jolies Anglaises changent la vie des frères Mouhot Une mission et un faisceau de recherches à mener Découvertes en royaume de Thaïlande Un lac, un temple : deux perles uniques pour s’affranchir de toutes ces angoisses « On regarde, on admire, et, saisi de respect, on reste silencieux » Et puis ce sont les chemins du retour vers Bangkok CHAPITRE 6 - Avant de créer la station Tamaris à La Seyne Marius MICHEL devient “Pacha” en Turquie et plante 200 phares autour de la Méditerranée Pour le commandant Michel, le destin bascule Quand la guerre cesse d’être un aiguillon La grande idée : vivre sur les royalties que régleront les navires utilisant les phares Un port d’attache familial et maritime : Marseille Pour les affaires, une capitale indispensable : Paris À Sanary, les attachements et les déchirures À La Seyne-sur-Mer, une ville nouvelle et une apothéose Autour du château, des villas, des hôtels, des casinos : une nouvelle ville naît Un service de navettes, un bureau de poste un institut et un grand projet inabouti CHAPITRE 7 - Elisa Felix, dite RACHEL Le petit paquet tombé de la charrette est devenu vedette internationale Deux petites filles à votre bon cœur La future impératrice la veut comme mentor de bonnes manières Ils ont servi Napoléon : elle est séduite et les séduit… Alexandre, le fils chéri : un petit-fils… de Napoléon Ier ! Son frère, ses sœurs, elle entraîne tout son univers dans de folles tournées L’invraisemblable « campagne de Russie » de la plus fêtée des artistes ! 1855 : à nous deux l’Amérique… « On m’a dit : “n’allez pas” Et moi je suis venue… » L’Égypte et le Nil accueillent une Rachel épuisée Chapitre 8 - A la recherche des sources de l’Ogooué SAVORGNAN DE BRAZZA offre un monde africain à la France Neuf pirogues, 120 pagayeurs et 9 tonnes de marchandises… L’homme qui veut racheter les esclaves, même échappés Un premier retour en Europe Et tout à coup, voilà le roi Makoko… Une succession d’allers-retours vers l’Afrique… Renvoyé en Afrique mais cette fois en arbitre Chapitre 9 - Il y a 150 ans, THOMÉ DE GAMOND dessine le tunnel sous la Manche Tout cela dans le sillage d’un conventionnel régicide… Le retour d’un multidiplômé Le lien fixe trans-Manche ? La science l’imagine, les ingénieurs le feront Napoléon III écoute, approuve, et l’Exposition universelle relance le projet Un projet qui prend corps… en oubliant Thomé Un dénouement aux accents pathétiques CHAPITRE 10 - La jeune brodeuse saint simonienne Suzanne VOILQUIN veut marquer la place des femmes La grande rencontre des saint-simoniens Avant d’embarquer, la grande tournée des amis Une première soirée inoubliable avec Enfantin, le long du Nil Au service des milliers de pestiférés du Caire En métropole : sage-femme pour aider les mères isolées « Nourrice en Russie ? Mais nous en avons des dizaines ! » Le grand jour : un baptême près de la tsarine La fièvre typhoïde l’oblige à rentrer en France R emerciement s Bibliographie Adresse
Une étincelante galerie d’ombres…
Tous les siècles ont leurs oubliés.
Ou du moins leurs méconnus, déjà engagés sur le chemin de l’oubli définitif…
Ce double ouvrage vise à ressusciter quelques-uns de ce genre de personnages choisis parmi ceux qui ont traversé un siècle incroyablement riche en inventions de tous poils : ce XIX e , qui nous est encore proche, mais où déjà s’estompent les silhouettes de ceux qui en ont tenu les seconds rôles.
Ces hommes, ces femmes ont exercé leurs talents, et parfois leur génie, dans des domaines infiniment variés. Souvent ils ont approché les « Grands », ceux qui étaient en haut de l’affiche, en restant, de façon obstinée, au second rang des photos souvenirs. Ils ont navigué, de leur plein gré (ou sous le diktat des événements), dans le second cercle de l’Histoire, là où se susurrent en secret les conseils et les bonnes idées, là aussi où se trament tous les complots et les calomnies… C’est un de leurs charmes : ils permettent parfois de jeter quelques éclats de lumière inattendus sur les coulisses de ce grand théâtre.
Pour en sortir quelques-uns de l’oubli, nous avons souhaité braquer les projecteurs sur dix-neuf d’entre eux – pour le plaisir de mettre en vedette un nombre qui ne l’est jamais et qui frôle le chiffre rond –, dix-neuf, comme l’est le numéro de leur siècle et ceci en tentant de privilégier la part qu’ils ont prise dans les grands mouvements de renouveau qui ont été la marque de ce temps…
Vous trouverez, à la page suivante (et par ordre alphabétique pour n’en vexer aucun…), celles et ceux que vous pourrez approcher dans ce volume, et pour beaucoup découvrir la spécialité et l’originalité.
Et, bien sûr, s’il vous reste un regret de laisser de côté quelques autres personnages de cette même trempe et de cette même époque, passionnés, eux, par les inventions et les expériences de tous ordres, sachez que dix « Explorateurs d’idées » sont à votre discrétion dans notre second tome :
Louis Figuier, vulgarisateur scientifique ; Louise Jaÿ, cocréatrice de la Samaritaine avec son mari, E. Cognacq ; Adélaïde Lenormand, cartomancienne de l’Impératrice après avoir « vu » l’avenir de Robespierre, Marat et quelques autres voyantes ; Jules Marmottan, administrateur des mines de Bruay et collectionneur d’art ; Valérie Masuyer, dame d’honneur de la reine Hortense et témoin des premiers émois du futur Napoléon III ; Henri de Rochefort, journaliste, communard et évadé du bagne de Nouvelle-Calédonie ; Paulin Talabot, pionnier du développement du chemin de fer en France ; François Willème, créateur de la « photosculpture » ; Eugène Woillez, inventeur du « poumon d’acier ».
Continuons donc de vous souhaiter d’heureuses découvertes ! Très bonne lecture…

ALBERT KAHN EN QUELQUES DATES
1860 : Albert Kahn naît en Alsace à Marmoutier.
1870 : Annexion de l’Alsace. La famille emménage à Saint-Mihiel (village non annexé).
1873-
1876 : Collège de Saverne.
1876 : Arrive à Paris et travaille à la banque Goudchaux. Il a pour répétiteur Henri Bergson.
1881 : Baccalauréat de lettres. 1884 : Baccalauréat de sciences.
1885 : Licence de droit. Persuade ses employeurs de l’utiliser pour conclure des contrats en Afrique du Sud.
1895 : A fait fortune au point d’acquérir en 1895 (à 35 ans) la propriété de 4 hectares qu’il louait à Boulogne.
1899 : Bourses autour du Monde (jeunes agrégés envoyés à la vraie découverte du monde).
1905 : Cercle autour du monde (tribunes offertes à ses boursiers).
1907 : Kahn croit aussitôt à la technique des autochromes dont les frères Lumière ont fait la démonstration.
1908 : Voyage personnel au Japon et en Chine.
1909 : Lancement des Archives de la planète . Désormais, durant vingt-deux ans, il va recruter des photographes et les envoyer à travers le monde.
1916 : Comité national d’études sociales et politiques (ouverture de ses idées à plus de responsables).
1917 : Cercle autour du monde (internationalisation de ses idées).
1919 : Orientation nouvelle (démarche qui actualise les réflexions après la guerre et faire avancer l’idée de la Société des nations).
1929 : Krach financier. Lance la Centrale de coordination (garantie de la pérennité de son œuvre).
1932 : Albert Kahn en faillite. Ses propriétés sont mises en vente. 1936-
1939 : La préfecture de la Seine rachète ses collections.
1940 : Albert Kahn meurt dans la nuit du 13 au 14 novembre.
CHAPITRE 1 Albert KAHN Le banquier alsacien est devenu le premier “photographe de la planète…”
D ans le petit village de Marmoutier, à moins de 30 km de Strasbourg, elles ne sont guère – en ce milieu du XIX ème siècle – que 90 familles – moins de 500 personnes – à revendiquer la religion juive. Sur les 2400 habitants du village, – qui doit sa notoriété à une très vieille abbaye plantée au cœur du pays – cela compte, mais n’est pas décisif. Nombre de villes et villages aux environs connaissent ce même mélange de populations qui vivent toutes en harmonieuse proximité.
Neuf de ces familles juives de Marmoutier sont considérées comme fort riches : négociants ou commerçants, elles possèdent des terres, qu'elles louent pour exploitation à des paysans chrétiens. Elles se livrent souvent à de vastes opérations commerciales : approvisionnement des armées, opérations immobilières, et surtout prêts d'argent, non seulement aux paysans chrétiens, mais également aux autres commerçants juifs, qui n'ont pas la possibilité d'assumer seuls les crédits qu'ils sont obligés de consentir à leurs clients.
Un certain nombre d’entre ces familles pratiquent aussi le commerce des chevaux – les armées napoléoniennes ont été et sont toujours très demandeuses. Cela a été un élément moteur pour que, d’une manière plus générale, se développent dans la région l’élevage et le commerce des bestiaux.
La famille Kahn a trouvé sa place dans ce cadre-là : Louis, le père d’Albert, est réputé marchand de bestiaux. Il a succédé à son propre père et, parmi les enfants que compte la famille, on imagine bien que la succession sera assurée.
Abraham – qui sera le futur Albert – naît au foyer des Kahn en 1860. Il sera l’aîné d’une famille de sept enfants (dont deux petites filles, Pauline et Eugénie, ne vivront que quelques jours). Il aura trois autres frères (Albert, Salomon et Jules) et une sœur, Bertille.
Peu après la naissance de Jules meurt la femme de Louis, « Bloch Bibi », fille d’un instituteur, Salomon Bloch (qui sur l’acte de mariage est donné comme… commerçant).
Le trouble qu’engendre cette mort brutale est d’autant plus éprouvant qu’elle survient alors que la guerre de 1870 est en train de bouleverser profondément toute la société alsacienne. Le traité de Francfort de 1871 attribue à l’Allemagne l’Alsace et une partie de la Lorraine. Les habitants de Marmoutier, qui est à la frontière avec l’Allemagne, vont se trouver parmi les premiers à être sommés de choisir : soit rester et devenir allemand soit rester français et devoir partir…
Comme de nombreux Alsaciens, une partie de la famille Kahn choisit de rester française, ce qui la contraint à quitter son village en 1872 pour s’installer hors des « provinces perdues ». Le père quitte Marmoutier pour Saint-Mihiel, dans la Meuse. Il emmène avec lui ses trois fils les plus jeunes et sa fille. Curieusement Abraham, l’aîné, se voit destiné – peut-être justement parce qu’il est l’aîné – à un autre avenir. Ce sont les parents de sa mère qui, semble-t-il, le prennent plutôt sous leur coupe. Ils sont eux dans l’enseignement. Ils pensent que le jeune garçon sera mieux venu de faire des études, et c’est « Tante Reine », la sœur de Bibi, qui désormais s’occupe de lui. Dans un premier temps, Abraham (qui a maintenant son « prénom d’usage », Albert) suit les cours de l’école juive du village. Mais bien vite la famille souhaite le placer au collège de Saverne. Il y entre en 1873 et y restera trois années.
L’étape suivante, sans que l’on sache vraiment ce qui l’a décidée, sera parisienne. Voilà en 1876 le jeune adolescent affrontant la capitale et le faisant bien modestement : il débute chez un confectionneur de la rue Montmartre. Le textile, on le sait, est un secteur où les commerçants de religion juive sont nombreux et influents : on peut penser que ce sont ces relations qui lui mettent le pied à l’étrier. Mais les aiguilles, le fil et les ciseaux ne sont certainement pas les outils par lesquels Abraham-Albert espère « arriver ». Quand d’autres relations de la famille lui ouvrent les portes d’une petite banque parisienne, il s’y précipite, et le voici bientôt employé chez les frères Goudchaux, banquiers. Victimes eux aussi de l’annexion de l’Alsace-Lorraine, ont fondé leur banque en 1878. Albert Kahn entre chez eux début 1879. Mais il ne pense pas pour autant que sa carrière est assurée.
S’il devient rapidement le fondé de pouvoir des banquiers, il s’estime encore mal formé et surtout il se sent souvent trop dépourvu de diplôme. Son souhait le plus profond est de travailler à la banque pour assurer ses revenus certes, mais il entend se libérer assez de temps pour rattraper son retard dans les études.
Dès 1879, il s’inscrit aux cours secondaires de l’institut juif Springer. C’est à ce moment qu’il fait la connaissance d’un jeune homme qui n’est son aîné que d’une année, mais vient d’entrer à l’École normale supérieure. Les deux garçons se lient d’amitié, mais très vite prennent conscience qu’ils pourraient grandement s’aider en se soutenant, financièrement pour l’un, intellectuellement pour l’autre. L’ami d’Albert Khan s’appelle… Henri Bergson et devient pour son cadet une sorte de répétiteur, malgré la faible différence d’âge. C’est le début d’une amitié durable. Grâce au travail réalisé notamment avec Bergson, Albert Kahn, tout en continuant son activité professionnelle, obtient successivement le baccalauréat ès lettres et l’entrée en faculté de droit en 1881, le baccalauréat ès sciences en 1884 et la licence de droit en 1885… C’est bien sûr pour les deux hommes l’occasion d’échanger une correspondance suivie qui sera parfois pratique et simplement amicale, voire utilitaire, mais qui en d’autres circonstances révélera « un appétit d’avenir » de tous les instants, un goût de la réflexion nourrie par une forme d’utopie permanente et profonde.
Le plus étonnant, en ce qui concerne Albert Kahn, c’est l’énergie qu’il développe dans le même temps au service de ses employeurs banquiers. En 1881, les frères Goudchaux lui proposent une participation aux bénéfices de la banque, participation encore modeste mais qui témoigne à l’évidence de leur satisfaction. Le jeune homme s’empresse d’en faire part à son ami Bergson, heureux de lui montrer comment ses affaires avancent.
« Vous voilà en voie de devenir un grand financier , lui répond Bergson. Je vous en félicite bien sincèrement. Je vous ai toujours dit que vous réussiriez… »
Albert Kahn a une sorte de passion pour les événements qui se déroulent à l’étranger. En même temps toutes ces informations sont autant de tentations : elles nourrissent la forte envie de « bouger » qui l’habite très vite. Les pays d’Europe sont sans doute les premiers qu’il visite (on trouve trace de son passage en Espagne, en Irlande, en Autriche, en Allemagne… dès le début des années 1880, et on lui prête même un long voyage au Tonkin, non attesté mais probable) alors qu’il a tout juste 24 ans, soit en 1884, ce qui pour l’époque est quand même notable.
Une région sur le vaste globe semble alors mobiliser son attention, liée aux découvertes que l’on y fait en matière d’or et de diamants : l’Afrique du Sud.
Dès 1836, des colons hollandais ont fondé deux États dans ce pays vaste comme un continent, le Transvaal et l’État d’Orange. Et voilà qu’entre 1867 et 1870, à la frontière de ces États, un colon hollandais nommé De Beers révèle avoir mis au jour des mines qui paraissent renfermer de formidables gisements de diamants. La rumeur paraît bien vite étayée, quand en 1873 surgit à la une des journaux le nom d’un personnage qui bientôt capte l’attention des boursiers. Il s’appelle Cecil Rhodes.
Né en Angleterre en 1853, Cecil Rhodes a 17 ans quand il décide de rejoindre son frère au Natal, en Afrique du Sud, essentiellement, au départ, pour soigner son asthme (Cecil restera d’une santé fragile). Les deux frères travaillent d’abord dans des champs de coton et mettent au point des systèmes d’irrigation et surtout de drainage dont ont grand besoin les fermiers. Cecil Rhodes revient plusieurs fois en Angleterre terminer ses études pour finalement décider de mener carrière en Afrique du Sud. C’est alors en spécialiste du pompage de l’eau qu’il cherche un nouveau théâtre pour ses travaux. Il dispose d’un matériel pointu dans le domaine. Il a de surcroît l’art et la manière de faire parler de lui. Rapidement, il se construit une belle réputation et se trouve appelé par les exploitants des mines de diamants (et d’or, ce que l’on oublie parfois), qui rencontrent des problèmes de remontées d’eau.
Son travail fait merveille et lui apporte le pécule dont il souhaitait disposer pour s’ouvrir de nouveaux horizons. Chemin faisant, il explore de nombreuses régions, où s’installent, dans des conditions difficiles, des mines de toutes tailles, avec des résultats parfois décourageants pour les propriétaires. Doté d’un flair aigu, Rhodes sent rapidement le parti qu’il peut tirer de ces situations ainsi que des richesses éparses, au sein de concessions peu rentables qui manquent de fonds et de techniques. Il est au cœur d’une association qui dispose, elle, de moyens de plus en plus efficaces de pompage, bien sûr, mais aussi d’extraction. De plus en en plus souvent, il prend en charge, de surcroît, la commercialisation des productions des mines dont il s’occupe. L’idée lui vient de fédérer toutes ces concessions et de former une grande compagnie où les moyens seront mutualisés et dont les actionnaires, à travers les participations qu’ils acquièrent, retrouveront des résultats positifs. Comme les petites concessions sans grand avenir se multiplient, Rhodes les rachète, investissant notamment les fonds que ses travaux techniques lui permettent d’engranger. Ainsi naît l’ébauche de la « De Beers ». Nous sommes en 1881, le temps de ce que l’on appellera la share mania , qui sera l’âge d’or – si l’on peut dire… – de la conquête du diamant.
À Paris, le jeune Kahn – il n’a qu’un peu plus de vingt ans ! – suit de près ce marché du diamant aux États-Unis et en Angleterre. Sans doute, d’ailleurs, le jeune banquier est assez sûr de lui et persuadé de sa propre réussite, ce qui ne manque pas de lui donner une assurance qui laisse un peu pantois. Gilles Baud-Berthier, dans l’un des ouvrages qu’il a écrit sur la vie et l’œuvre d’Albert Kahn reprend un texte publié dans le bulletin de la société d’histoire et d’archéologie de Saverne sous la signature de Marcel Thoman, Un berger devenu millionnaire, Albert Kahn de Marmourtier, financier de génie et philanthrope. L’auteur de ce dernier ouvrage propose une piquante mise en scène d’un épisode qui ne manque pas d’humour et à laquelle on a très envie d’adhérer.
« Au lieu de demander une augmentation substantielle de traitement , imagine Marcel Thoman, le jeune apprenti banquier (Albert Kahn) suggère une participation aux bénéfices :
“1 % vous convient-il ? lui demande son patron, le banquier Goudchaux.
– D’accord… répond Albert Kahn. Actuellement vous gagnez environ 50 000 F. Si j’arrive à décupler les bénéfices, me donnerez-vous 10 % ?
– Pourquoi pas , répond le banquier en riant aux éclats, et si vous me faites gagner deux millions je vous donnerai même 50 % !
– D’accord ”, dit simplement Kahn.
» Peu de temps après , poursuit Thoman, Albert Kahn vogue sur un vieux cargo vers l’Afrique du Sud. Il a entendu parler des mines d’or et de diamant. Il introduit la De Beers et d’autres valeurs sur le marché boursier et fait en sorte que les titres montent en flèche : dès la première année, les deux millions du contrat sont atteints. »
Le résumé est certes un peu rapide. Mais il reflète sans doute l’esprit qui a entouré les démarches, et l’extravagant succès des initiatives de Kahn. Le fait est que, sans doute « bluffés », comme on dirait aujourd’hui, par l’intuition et la technique du jeune Kahn, les Goudchaux, en lui accordant d’abord une participation à leurs affaires, se montrent tout de suite ouverts aux projets qu’il leur présente.
En 1881, la banque Goudchaux lui délivre une commandite personnelle, ce qui ouvre des possibilités directes au jeune homme. Albert Kahn évoque à ce moment, dans une lettre à son mentor Bergson, cette nouvelle situation où il se trouve, et il est remarquable qu’il dévoile alors, avec une grande netteté, le projet qui déjà l’anime. Faire fortune, pour lui, c’est un premier pas, un moyen, mais pas un but : « Cela va assez bien en général pour ce qui concerne les affaires , dit-il, mais, vous le savez, ce n’est pas mon idéal. Aussi ne serais-je heureux, je crois, que le jour où je pourrai alterner mes occupations et je n’attends cela que de vous. »
Albert Kahn, fort de ses réflexions et de l’encouragement bienveillant de ses « patrons » annonce alors qu’il s’embarque donc pour l’Afrique du Sud. Le voilà sur un cargo et cap au sud… Il arrive dans la région des mines de diamant dans les années 1888. Et là, d’abord, il s’efforce de rencontrer Cecil Rhodes. À l’évidence une sorte de sympathique camaraderie s’établit entre les deux hommes. Rhodes est alors occupé à mener à bien la fusion entre deux sociétés qu’il entend rassembler, la Kimberley et la Victoria. Kahn achète en 1889 des actions de ces nouvelles sociétés, qu’il mettra l’année suivante sur le marché français. Il se passionne pour la véritable toile d’araignée que Rhodes a tissée pour rassembler les propriétaires des mines. Il y participe directement et prend rapidement conscience de la part tout à fait essentielle que peut représenter ce marché dans le portefeuille d’une banque. D’autant qu’à ce moment Rhodes se lance dans un montage identique auprès des propriétaires de mines d’or, opération à laquelle Albert Kahn souscrit également. Ce sera d’ailleurs une expérience qui le marquera. Vingt ans plus tard – en 1928 – il imaginera reprendre le schéma de Rhodes pour fédérer un réseau de mines d’or en France. Comme Rhodes, il partira d’une organisation concrète : à partir d’une trentaine de permis techniques et d’exploitations rassemblés par ses soins, il met en place cette Compagnie indépendante des mines d’or en France (Ciminor). Processus qu’il reconduira – sans un énorme succès – pour l’exploitation du caoutchouc en Asie du Sud-Est.
Rentré en Europe – et ayant de fait gagné le « pari » engagé avec ses patrons – il devient en 1892 associé en nom collectif avec les Goudchaux. Et ce n’est qu’un premier pas : dès le 2 mai 1898, il se sent les épaules assez larges pour fonder sa propre banque, la nouvelle « banque Kahn » s’ouvre à Paris au 102, rue de Richelieu.
A dire vrai, cette installation dans ses propres locaux – « chez lui… » – est loin de signifier une rentrée « à la maison ». Il ne chausse pas ses pantoufles, au contraire. Le goût des voyages au long cours – qui s’ajoutent aux découvertes européennes en Espagne, en Irlande en Angleterre, etc. – s’est certainement instillé dans ses veines avec l’expédition en Afrique du Sud. Mais on lui prête de nombreuses escapades à travers le monde et surtout un premier voyage au Japon en 1887, pour affaires, voyage qui lui aurait permis d’entrer en contact avec de nombreuses personnalités décisionnaires dans le pays et notamment la famille régnante (dont plusieurs membres viendront bien plus tard à son invitation à Boulogne).
Ce voyage japonais est peut-être celui qui l’aura le plus marqué, témoin d’une passion qu’il manifestera dans les voyages suivants, tout comme dans… la création des jardins Albert-Kahn – qui resteront sa passion et demeurent le plus beau fleuron de son patrimoine –, qu’il entreprend à partir de 1897.
Si, dans ses nouveaux bureaux parisiens, il vaque à ses occupations classiques de banquier, le souvenir prégnant de ses voyages, et les vastes espaces rhodésiens, ne cessent de le hanter. En même temps mûrissent les grandes idées qui seront à la base de toute son action et de toute sa vie : que ces voyages prennent un sens et contribuent à une meilleure connaissance des hommes entre eux à travers le monde.
C’est ainsi que germe dans son cerveau toujours en mouvement la formidable idée des Bourses autour du monde. Des discussions qu’il a pu tenir avec nombre de personnalités politiques, industrielles, littéraires, philosophiques (dont Bergson reste le pourvoyeur permanent), il tire très naturellement une conclusion : en France, nous pêchons par le manque de formation humaine de nos enseignants scolaires et universitaires.
Cette idée le taraude : comment, lui, pourrait-il intervenir dans la société pour qu’émerge à la tête du pays une véritable « élite » d’enseignants, d’universitaires, de savants, de chercheurs, élite qui maîtriserait à son tour l’éducation des futures élites ?
Fidèle à ce qui deviendra pour lui comme une sorte de devise permanente – « Il faut agir en homme de pensée et penser en homme d’action » –, il s’interroge : comment intervenir dans ce domaine bien particulier et apporter sa pierre au développement de cette belle idée ?
Il explicite ses buts et son projet dans une lettre adressée au recteur de l’Académie le 10 juin 1898 : « Il m’a paru, écrit-il, que nos jeunes agrégés, après quelques années passées dans un établissement d’enseignement supérieur pour y préparer leurs examens, rentraient comme professeurs des lycées où ils avaient été élèves sans avoir pu dans l’intervalle prendre réellement contact avec la vie. »
Comment concrétiser ce qu’il convient de faire pour remédier à cet état de choses ? Le journal Le Temps , le premier, annonce en 1898 la solution proposée : « Un généreux donateur », explique-t-il – sans jamais citer Albert Khan, ce qui sera la règle pendant plusieurs années –, propose à de jeunes agrégés de compléter leurs études universitaires en réalisant un véritable Tour du monde qu’ils construiront à leur façon. »
Le but de ce « généreux donateur », précise l’article, est de faire accéder les élites à la notion de conscience universelle. Il entend, comme le dira Henri Bergson, « ouvrir à de jeunes maîtres ce que Descartes appelait le livre du monde ».
La lettre adressée au rectorat précise les conditions dans lesquelles devront être choisis les candidats. Elle développe le double but des « bourses » annoncées : que les boursiers regardent le monde avec le permanent souci de le mieux comprendre. Cette attitude d’esprit devra les guider tout au long du voyage. En même temps, ils auront à examiner avec attention au cours de ces voyages comment maintenir la France à un rang digne d’elle dans les contrées visitées. « J’ai en vue , écrira-t-il, en même temps un intérêt d’ordre beaucoup plus général. De graves problèmes se posent aujourd’hui à tous les esprits réfléchis, soucieux de l’avenir de notre pays […]. Nous devions chercher à nous rendre un compte exact du rôle que les diverses nations jouent à la surface du globe, voir où ces aspirations les mènent, si elles doivent les conduire à des chocs violents, ou si elles pourraient se concilier les unes avec les autres. »
L’article n’hésite pas à entrer dans le détail des obligations attendues de la part des candidats. Leur choix sera assuré par les enseignants, dans les lycées et universités. Et de façon pyramidale : c’est le recteur de l’académie de Paris qui enverra les documents d’inscription aux recteurs et inspecteurs d’académie en province et en Algérie, charge à eux de les diffuser dans leur « territoire ». Un second examen des candidatures sera assuré par l’académie de Paris. Puis les candidats seront convoqués à la Sorbonne pour exposer de vive voix ce qu’ils entendent réaliser. Il est demandé à chacun d’afficher sa volonté d’être en pleine harmonie avec l’esprit du concours (et le souhait de ses responsables). Chacun en outre doit avoir un sujet qui lui tient à cœur et qui relève d’un intérêt social, politique, humain. La notion d’étude touchant au colonialisme sera fréquemment retenue.
En réponse à un courrier adressé pour confirmer l’octroi de la bourse, le candidat doit fournir un itinéraire précis : l’Académie est alors en mesure de s’adresser aux différentes compagnies pour leur demander des réductions sur les tarifs des voyages. Elle s’efforce aussi d’obtenir un passeport diplomatique pour les boursiers et des lettres de recommandation pour les autorités locales.
Des consignes pratiques viennent répondre aux éventuels soucis de chacun pour que le voyage se déroule le mieux possible. Curieusement on leur suggère de voyager confortablement et de prendre des premières classes sur les bateaux…
Le souci du détail s’étend même aux conseils alimentaires (manger raisonnablement, à heures régulières, boire de l’eau stérilisée, éviter les hôtels susceptibles de receler des nids à acariens…).
Il leur est recommandé de voyager incognito et seuls pour avoir des impressions directes et autant que possible de visiter les pays sans le concours de personnes qui voudraient les obliger, ce qui pourrait influencer leur manière de juger. Il leur est précisé encore que ce voyage ne doit servir que la cause des bourses : le boursier ne doit avoir aucun contrat avec un journal ou une entreprise. Au retour, ils auront à faire parvenir un rapport à la Société autour du monde.
Le succès est au rendez-vous dès 1898 (60 candidats). Mais le jury resserre certainement ses exigences : ils ne seront que 27 en 1899 et 13 en 1906 ; au total, 72 boursiers français seront retenus au fil des années, boursiers dont l’âge moyen sera de 27 ans. Le nombre d’élus est toutefois assez restreint : entre trois et cinq par an de 1898 à 1914. Puis les guerres surviennent. Il faudra attendre l’année 1920 pour voir reprendre les voyages (deux), puis de 1926 à 1930, une ou deux bourses par an seront décernées. Quatre autres pays bénéficieront également des bourses Albert-Kahn, dont les États-Unis, qui bientôt enverront onze de leurs jeunes selon le même schéma.
Albert Kahn, s’il n’apparaît jamais personnellement dans la « promotion » faite pour les bourses auprès des universités intéressées (et ce jusqu’en 1907), suit avec intérêt les candidatures discutées par le jury et participera même, la première année – dans une totale discrétion – à la sélection finale.
Bientôt, un phénomène particulier se produit dans ce microcosme des élus de l’Association : entre les boursiers qui reviennent chacun d’une aventure comparable, des amitiés se créent. L’envie de se revoir pour se raconter, s’entraider, se souvenir donne l’idée à quelques-uns de mettre sur pied des réunions où ils se retrouveraient autour d’un repas.
Comme le règlement des bourses, de surcroît, leur interdit de collaborer parallèlement à un organe de presse pendant le voyage et qu’ils n’ont guère eu l’occasion de relater leurs voyages dans des journaux ou des livres, les lauréats participent volontiers à ces « conférences » plus ou moins impromptues.
L’habitude se prend, et ces rencontres ont bientôt une nette tendance à devenir régulières. Albert Kahn s’en réjouit. Il estime qu’il y a là une attitude qui correspond tout à fait à ce qu’il a voulu créer dans l’esprit même des bourses. Il voit très vite comment cette volonté spontanée de vouloir mettre en commun des expériences variées va exactement dans le sens qu’il souhaite.
Très tôt, dès 1905, il se joint aux réunions de « ses » boursiers. Le 30 décembre de cette même année, il fait le nécessaire pour que se fonde un véritable cercle, avec statuts (qui misent essentiellement sur la convivialité), inscriptions et programme. Ce sera l’origine d’une nouvelle organisation : le Cercle autour du monde. À ses yeux, c’est une pierre de plus à l’édifice qu’il entreprend de construire. Ainsi les expériences faites par ces envoyés spéciaux ne resteront pas l’affaire d’un petit noyau, mais elles se donneront les moyens d’être connues entre les hommes et les femmes qui peuvent échanger des connaissances parallèles et en tirer le meilleur parti.
Il n’entend pas d’ailleurs en rester là. Les témoignages recueillis par les uns et les autres passionnent les auditoires qui ont la chance de les entendre. Pourquoi donc ne pas élargir ces auditoires ? Dès 1906, ils sont 31 membres, et l’association se structure. Ils seront 60 en 1908, 110 en 1913, 159 en 1922… pour afficher 186 membres en 1931.
Plus encore : parce qu’il constate que ces réunions qui sont le plus souvent, au début du moins, organisées dans des restaurants mal adaptés à ce type de manifestations, il imagine mettre à la disposition de ces jeunes passionnés une véritable « maison » où ils pourront être chez eux, manger ensemble, parler à un public, projeter des films, regarder des photos, etc. Et même se décontracter et s’amuser : le groupe va jusqu’à s’inventer ses propres fêtes, l’une pour marquer l’arrivée du printemps et une autre à l’automne, qu’ils baptisent – en souvenir du Japon ? – la fête des Chrysanthèmes (la première a lieu le 6 novembre 1912).
Sans doute toute cette organisation menée pour le plus grand plaisir de jeunes enseignants réveille chez Albert Kahn le plaisir du voyage. D’autant qu’il a envie, dans le même temps, de confronter aux réalités une idée nouvelle qui commence à l’envahir.
Certes, il se réjouit de ce que les voyages de ses boursiers les préparent à un enseignement plus humain, plus ouvert. Mais il a en même temps comme un regret : tous ces horizons nouveaux que révèlent ces voyages, ces récits, ces façons de vivre observées et enregistrées partout sur la planète, façonnent un tableau complet de l’état du monde à cette époque, mais un tableau qui reste éphémère, le temps de conférences et de projections. Personne ne se soucie de le fixer durablement, alors qu’il s’agit bien à ses yeux d’ultimes témoignages d’un monde qui, devant l’explosion de toutes les techniques, va disparaître. Cette accumulation de documents à laquelle contribuent les boursiers, témoignages venant de tous les coins du monde, demeure réservée à un petit nombre. Il pense qu’il faudrait que ces documents demeurent, constituant en définitive de véritables archives qui trouvent un lieu pour exister définitivement et être ouvertes à tous.
Albert Kahn a besoin pour s’en persuader d’une sorte de révélation personnelle. C’est certainement là une des premières motivations du nouveau voyage qu’il entend effectuer personnellement, voyage qu’il sait en même temps utile pour sa banque. Il souhaite repartir pour le Japon, mais cette fois il veut élargir son périple. Bientôt il parlera de son tour du monde , même si au départ il ne prévoit qu’une destination : le Japon…
Ce sera pour lui une approche nouvelle de ces pays : il entend partir avec une petite équipe capable de prendre des photos, voire des films. Curieusement, pour un homme organisé comme il le paraît en affaires, il s’y prend apparemment bien légèrement. En témoignent les circonstances dans lesquelles son chauffeur vient participer au voyage. Kahn a prévu d’emmener celui-là même qu’il a chargé de son petit parc de voitures (quatre dont deux pour les plus longs trajets), Albert Dutertre. Celui-ci le conduit chaque jour au 102 de la rue de Richelieu, où est implantée la Banque Kahn. Mais Albert Dutertre racontera lui-même l’étrange préparation que lui fera alors accomplir son maître. M. Kahn, il le sait, toujours à l’écoute des nouveautés techniques, souhaite rapporter des photos de son voyage et il apprend que c’est à lui que sera confiée cette mission. Albert Kahn lui achète un appareil photo classique, puis un Verascope Richard, performant pour l’époque, équipé pour des photos stéréoscopiques. Il lui fait prendre quelques cours et effectuer quelques stages d’initiation à travers la France, l’Italie et l’Allemagne. Et le considère aussitôt bon pour le service.
Les résultats de Dutertre en photographie lui paraissant satisfaisants (dans ces premières années 1900, on est loin d’avoir pour ce nouveau mode d’expression les exigences que l’on a aujourd’hui), il en déduit que le chauffeur-photographe pourrait aussi se charger… de faire un peu de cinéma (les premiers appareils à manivelle commencent à se répandre). Il pourrait même, pense-t-il, emporter également un magnétophone pour enregistrer des sons…
Dutertre ne barguigne pas (qui reviendra en définitive avec 650 autochromes et plus de 2 500 clichés, mais quelques minutes de film seulement, sur le Japon et la Chine). Il se prépare au départ et s’apprête à coiffer ses multiples casquettes.
Il ne s’étonne pas non plus de la façon – décidément « décontractée » – dont il apprend la destination et les dates du voyage auquel il va participer. « C’est seulement le 5 novembre, écrit-il dans son Journal de route de mon voyage autour du monde – du 13 novembre 1908 au 11 mars 1909 – que je fus informé du voyage que nous allions entreprendre quand M. Kahn me dit : “Petit, prenez deux jours de congé pour aller embrasser vos parents car nous partons vendredi 13 novembre pour aller au Japon en effectuant le tour du monde…” ! »
Au jour dit, l’équipe Kahn met de fait le cap sur le Japon, comme prévu. Albert Kahn s’en va traiter des affaires, comme prévu, auprès des hautes autorités japonaises (se nouent alors des liens qui s’avéreront particulièrement solides avec la famille impériale). Il sillonne le pays pendant plus de trois semaines, toujours comme prévu. L’étonnement est pour la fin du séjour : dans les derniers jours – et sans doute encouragé par ses hôtes japonais – voilà qu’Albert Kahn décide de partir vers… la Chine… Et encore ne sait-il pas vraiment comment s’y rendre : en bateau ? en train ? Kahn hésite, mais c’est en définitive cette dernière solution qu’il choisit, avec d’ailleurs une fois encore des modifications de dernier moment, pour des raisons de commodité d’itinéraire. Or ce voyage chinois sera presque aussi long que le voyage japonais – 22 jours – et un itinéraire de rencontres et de découvertes aussi riche que celui du Japon… !
Quand il rentre en France en mars 1909, ce parcours japonais et chinois a conforté son idée. Ce qu’il a vu, c’est la fin d’un monde, les prémices d’un autre. Il le sent de façon certaine désormais : il y a vraiment lieu de constituer au plus tôt de véritables archives – y compris photographiques – sur ces pays lointains et mal connus, comme d’ailleurs sur d’autres contrées, à commencer par exemple par les territoires qui sont alors nos colonies, de façon à constituer un corpus de documents qui feront date. La réflexion est si pertinente qu’aujourd’hui encore les photos réunies, quelques années après, par les équipes d’Albert Kahn à la fois au Japon – et surtout dans « l’Empire du Milieu », la Chine –, demeurent les seules au monde à montrer ce qu’étaient alors ces régions…
C’est à la suite de son voyage personnel que se met définitivement en mouvement ce qui sera le grand œuvre d’Albert Kahn, articulé autour de trois grands axes : la constitution des Archives de la planète , qui verra se créer autour de la personnalité d’Albert Kahn un véritable musée de la Planète avec photos, autochromes, films et documents ; le Comité national d’études sociales et politiques, dont l’enjeu sera de mettre de la chair, du commentaire, de la réflexion autour de ces archives mondiales ; et le Cercle autour du monde, qui aura, lui, pour mission de faire circuler dans les sphères les plus influentes ces idées brassées par les hommes de Kahn au fil de leurs travaux .
La mise en place d’un véritable « service d’images » est le premier chantier auquel s’attaque Albert Khan à son retour. Il a certes apprécié la disponibilité et le travail d’Albert Dutertre tout au long du voyage qu’ils ont accompli ensemble, mais il a aussi pris conscience de ce que commençait à représenter le témoignage de ces images, le poids et la valeur qu’elles allaient représenter dans les temps à venir. Il est sans soute parmi les premiers à considérer que c’est là aussi un domaine qui a besoin de « spécialistes ».
Dès qu’il envisage de créer ce qu’il dénommera dès le début les Archives de la planète, A. Kahn fait appel à Jean Brunhes, un géographe de renom qu’il sait en même temps passionné de photographie. Né à Toulouse en octobre 1869 (il mourra à Boulogne en 1930), Brunhes est devenu agrégé d’histoire et géographie en 1932. Il séjourne plus d’un an en Espagne où il peaufine sa thèse originale qui fera sa célébrité.
Géographe atypique, il ne parvient pas à mener une carrière universitaire en France. D’abord à cause de ses opinions politiques (c’est un catholique social engagé, proche du Sillon de Marc Sangnier) et surtout parce qu’il porte un regard particulier sur sa discipline. « Il y a une géographie des premières nécessités vitales , écrit-il dans sa thèse, l’homme est soumis à ces premières nécessités : manger, se vêtir, dormir. Sa maison est un fait essentiel. Puis il y a une géographie de l’exploitation […] : quand la cueillette, la chasse, la pêche ne lui suffisent plus, il lui faut travailler le sol, domestiquer les animaux, exploiter mines et carrières. » Vient ensuite une géographie économique et sociale, et enfin une géographie politique et une géographie de l’Histoire : « L’homme fonde les États. L’histoire humaine plonge par toutes ses racines, si l’on peut parler ainsi, dans la réalité matérielle terrestre de la terre. »
Cette découpe donne une place inhabituelle à l’action de l’homme. C’est sans doute ce qui retiendra l’attention d’Albert Kahn… mais aussi ce qui fera « bouder » les professeurs en place. Cela n’empêchera pas Brunhes d’être professeur de géographie humaine au Collège de France en 1912 et d’être élu à l’Académie des sciences morales et politiques en 1927.
Quand il prend la direction scientifique des Archives de la planète, Brunhes imagine d’emblée la création de deux grands groupes d’images dans la photothèque idéale qu’il veut réaliser. Dans un de ces groupes se retrouveront les documents géographiques et ethnographiques des pays visités et dans l’autre, les documents se rapportant aux mouvements sociaux et politiques d’une part et, d’autre part, les bouleversements que connaîtra le siècle naissant : tout comme Albert Kahn, il est intimement convaincu de l’extraordinaire évolution qu’est en train de vivre notre planète.
En même temps, Albert Kahn souhaite créer un laboratoire moderne pour traiter techniquement les éléments recueillis. C’est Auguste Léon , chimiste et photographe, qui rassemble l’équipe jugée nécessaire pour ce projet : onze collaborateurs dont huit pour les photos et trois pour le cinéma. Cette équipe est en fonction dès 1909. Elle sera efficiente, avec évidemment les renouvellements nécessaires, jusqu’en 1931. Elle aura alors travaillé sur quelque 72 000 plaques autochromes, 4 000 images stéréoscopiques et 180 000 mètres de films en noir et blanc tournés en 35 millimètres… ! Ces images seront dans un premier temps projetées en rushes sans montage (leur mise en scène interviendra plus tard) et en interne dans les locaux d’Albert Kahn, le plus souvent à la demande de scientifiques. Albert Kahn ne peut s’empêcher de penser que cet énorme travail d’archives constitue un monument unique pour l’histoire.
Mais au fond cela ne lui suffit pas. Toujours fidèle à cette idée que ce qu’il fait est une façon de travailler à la paix universelle à laquelle il aspire, il cherche à mettre en place un lieu de rencontres et de conférences qui accueillerait tous les acteurs de cette marche à la paix et à l’entente entre les hommes. Les témoignages de ses boursiers, les documents des Archives, les conférences du Cercle autour du monde : il sent qu’il y a là une richesse qui doit être exploitée. Pascal Ory, dans un article sur Albert Kahn, note qu’ » il faudrait fusionner plusieurs fondations actuelles pour imaginer le travail des différentes créations de Kahn » . C’est là certainement un résumé qu’il n’aurait pas manqué d’apprécier. Et parmi ces créations qu’il souhaite promouvoir, c’est tout naturellement à l’atmosphère même des années que traversent le pays et les nations d’Europe qu’il se sent d’abord obligé de réagir.
Il ressent douloureusement les menaces qui pèsent sur le monde : la guerre est à nos portes et il n’est partout que bruit de bottes. Comment pourrait-il y être étranger, lui qui vit tous ces événements avec une surprenante lucidité ? À trois jours de la déclaration de la guerre, une évidence s’impose à lui : nous allons droit vers un conflit qui va jeter des millions de gens dans la misère. Ceux qui en ont la possibilité doivent d’emblée, et dès le début des hostilités, tenter de mettre en place des moyens de secourir les plus démunis. Comme chez lui une idée se transforme rapidement en une organisation active, dès les premiers jours de 1914, il a mobilisé autour de lui des responsables capables de créer les structures nécessaires. Le Comité de secours national est lancé, qui s’occupe d’abord de rassembler des souscriptions à travers la France.
C’est vers le recteur de l’Académie de Paris, membre de l’Académie des sciences, qu’Albert Kahn se tourne, Paul-Émile Appell. L’homme, né à Strasbourg en 1855, a une solide réputation de scientifique engagé dans différents combats pour la justice (dans l’affaire Dreyfus, il était en 1898 un des plus ardents défenseurs du Manifeste des intellectuels ) et il confirmera plus tard la force de ses idées en militant pour l’association française pour la Société des nations. Dès les premières rencontres avec Albert Kahn, il répond présent et se lance aussitôt dans une grande campagne d’appel aux aides. En quelques semaines, quelque 85 millions de francs sont rassemblés qui vont rapidement permettre de faire face aux premiers besoins pour secourir les blessés, les réfugiés et bientôt les prisonniers. Parallèlement, la nécessité de mener une réflexion permanente et plus approfondie sur les grands sujets du monde continue de pousser Albert Kahn à se positionner au côté des hommes qui s’efforcent de faire évoluer ces nouveaux regards sur un monde qui tente de se mettre en place tout en se déchirant. C’est à l’idée d’un Comité national d’études sociales et politiques (CNESP) qu’il s’arrête (qui s’intégrera tout à fait à cette idée du Centre de documentation sociale que l’historien Lavisse prônera au cours des années 1920). Ce CNESP tiendra sa première réunion le 3 avril 1916 (paradoxalement, le jour de la bataille de Verdun…). C’est un nouveau créneau plus sociétal, dirait-on aujourd’hui, qu’il couvrira. Avec des conférences tant sur des populations du bout du monde (en lien avec les Archives de la planète par exemple) que sur des thèmes plus proches mais guère plus étudiés. Ses cameramen seront les premiers – et les rares – à nous laisser, dès 1914, des images de réfugiés fuyant les combats ou des civils sans nourriture se pressant aux restaurants populaires ou patientant de longues heures devant les épiceries aux rayons vides. Ces photographes prendront l’habitude des images quotidiennes après le retour à la paix et ils conserveront le même souci de précision « scientifique » en face de scènes classiques comme les mariages ou les enterrements à Paris en fonction des niveaux de la société… Au cours de ses quinze années d’existence, ce comité organisera 450 séances-conférences et accueillera plus de 200 orateurs.
Ce souci de « fixer », en quelque sorte, la mémoire des événements de la planète – et de tenter de leur donner un sens en demandant à des sommités de l’époque d’y apporter leur regard – sera également à l’origine de plusieurs revues créées par Kahn entre 1916 et 1931. Naissent ainsi une douzaine de titres qu’il est relativement difficile de présenter dans la mesure où la périodicité, la forme, la présentation sont souvent différentes les unes des autres. Certains sont des Fascicules et résumés (c’est le titre de cette collection) qui sont essentiellement des comptes rendus de débats des séances du CNESP. Ils commencent à paraître dès avril 1916, et la collection s’arrêtera en 1931 avec le no 452. Quatorze bulletins imprimés au 26, rue du Port à l’imprimerie d’Études sociales et politiques – s’inspirent de ces Fascicules – et donc des travaux du CNESP – pour la réalisation de bulletins à thèmes qui collationnent des titres et des manchettes des journaux publiés en France et dans le monde et sont accompagnés d’articles les présentant. Ils visent à constituer « le grand livre des événements » que souhaitait réaliser Albert Kahn.
Mais le monde ne cesse d’évoluer et les bouleversements du lendemain de la guerre ont modifié totalement sa physionomie. Après novembre 1919, Albert Kahn voudrait prendre en compte ce nouveau monde qui pense, réagit, vit autrement, au lendemain de la première guerre. Il s’efforce alors de faire apparaître cette Orientation nouvelle (c’est le titre qu’il donnera aux recherches du CNESP modulées d’après les réflexions qu’a fait naître la guerre).
Apparaîtra aussi, encore sous l’impulsion d’Albert Kahn, une association qui entend donner corps aux réflexions menées cette fois sur le plan international, pour rendre évidente la nécessité de vivre ensemble au niveau des nations. Ce sera la Commission internationale de coopération intellectuelle (CICI) dont Albert Kahn sera président de 1922 à 1925. Il en définira lui-même les liens avec le Cercle autour du monde. Cette nouvelle tribune s’inscrit dans la suite des institutions en place mais avec un regard nettement tourné vers les problèmes de paix et de guerre dans le monde. La recherche de l’équilibre européen est au premier plan des débats, mais il entend mettre en lumière aussi les échanges autour de la Société des nations (ancêtre de l’Organisation des Nations unies) qui se cherche.
L’âge venant et les difficultés financières se faisant de plus en plus étouffantes à l’heure du krach de 1929, Kahn a le souci que son œuvre demeure, soit qu’il vienne à disparaître, soit qu’il s’avère incapable de répondre à ses engagements.
La dernière structure qu’il met en place est un véritable testament en action. Il imagine de signer devant notaire ce qui s’appellera la Centrale de recoordination. C’est en réalité le texte par lequel il définit – devant des autorités responsables – l’ordre des priorités quant à l’attribution des subventions qui devront persister après lui. Les grands bénéficiaires sont la chaire de géographie humaine en particulier et l’université en général. Il ouvre en avril 1929 les premières réunions préparatoires. Après présentation et discussions – où sa lucidité et ses visions d’avenir paraissent toujours aussi vives –, les signatures officielles se font le 28 mars 1930 : c’est malheureusement le moment où le grand krach financier des années 1929-1930 vient ébranler le monde.
Les bilans des établissements financiers sont les premiers ciblés et touchés dans leur fonctionnement. La situation personnelle d’Albert Kahn fait apparaître que lui-même et sa banque sont encore loin de la ruine. Il est propriétaire d’un établissement bancaire qui affiche 41 millions d’actifs. Il possède à titre personnel un important portefeuille et son patrimoine immobilier est estimé à 111 millions de francs. Mais comme tous les établissements financiers, il a de nombreux et lourds créanciers. Il doit dans un premier temps se résoudre à hypothéquer, et, ce qui n’enthousiasme pas forcément ses débiteurs, il se préoccupe d’abord d’alimenter les comptes des œuvres qu’il entend poursuivre…
Ses biens ne suffiront pas. La banque est déclarée en faillite, et il lui faut vendre une partie du parc immobilier. Des affiches fleurissent alors dans Boulogne en juin 1932. Les propriétés autour des jardins seront vendues une à une.
Le Conseil général se réservera la maison que Kahn a habitée – et les collections qu’elle abrite – mais le laissera vivre là. Il n’a alors que quelques rares amis pour le visiter. Il n’a pas de famille. La maison apparaît aux personnes qui ont pu alors le rencontrer presque dépourvue de meubles. C’est dans ce décor qu’il achèvera sa vie jusqu’à ce que la mort l’emporte dans la nuit du 13 au 14 novembre 1940.
Les jardins ont été préservés : ils restent encore aujourd’hui comme le témoignage le plus vivant des travaux d’Albert Kahn.
« C’est la nature qui s’avère l’élément le plus réconfortant pour l’humanité , avait-il écrit un jour à Henri Bergson, elle seule se régénère en permanence. »

EUGÈNE LEFÉBURE EN QUELQUES DATES
1838 : Eugène Lefébure naît à Prunoy (Yonne).
1845 : Études à Auxerre. Rencontre avec Clément Privé.
1853 : Études à Sens. Rencontre avec Stéphane Mallarmé.
1859 : Collège Louis-le-Grand (Paris).
1864 : Décès de sa jeune épouse Marie. Début des recherches en égyptologie.
1867 : Premiers contacts avec François Chabas.
1869 : Première lettre de Lefébure à Gaston Maspero.
1876 : Mariage.
1878 : Naissance de son premier fils.
1879 : Maitre de conférences à la faculté de Lyon. Chaire d’égyptologie.
1880 : Maspero vient seconder Mariette malade au Caire.
1881 : Lefébure appelé au Caire après la mort de Mariette.
1882 : Lefébure revient passer sa thèse à Paris.
1882 : Retour au Caire. Travaux à la vallée des Rois. Description – entre autres – des tombes de Séti I er et de Ramsès IV.
1883 : Retour en Europe.
1885 : Succède à Maspero au Collège de France.
1887 : Lefébure se voit confier, à sa création, la chaire d’égyptologie d’Alger.
1890 : Mort de son fils aîné âgé de 12 ans. Mme Lefébure retourne en Europe avec leur deuxième fils.
1908 : Eugène Lefébure meurt à Alger le 11 avril.

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