Les souffrances sociales
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Description

À l'heure de la mondialisation et des crises à répétition, les problèmes sociaux inquiètent. Mais, pour mieux comprendre le contexte actuel, ne devrait-on pas plutôt parler de souffrances sociales ? Pourquoi ces souffrances sont-elles souvent tolérées ? En quoi sommes-nous tous un peu complices de cette situation ? Il ne suffit pas de chercher des boucs émissaires. Le changement ne viendra pas d'en haut, mais de la société civile - syndicats, associations - et de chacun d'entre nous.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2014
Nombre de lectures 14
EAN13 9782336347899
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Couverture
4e de couverture
Questions contemporaines
Collection dirigée par B. Péquignot, D. Rolland
et Jean-Paul Chagnollaud
Chômage, exclusion, globalisation… Jamais les « questions contemporaines » n’ont été aussi nombreuses et aussi complexes à appréhender. Le pari de la collection « Questions contemporaines » est d’offrir un espace de réflexion et de débat à tous ceux, chercheurs, militants ou praticiens, qui osent penser autrement, exprimer des idées neuves et ouvrir de nouvelles pistes à la réflexion collective.

Dernières parutions

Jean-Pierre BOISARD, Travail, on t’aime trop ! , 2014.
Roger BAILLET, De Gaulle et Machiavel , 2014.
Alain JENNY et Hervé MAUROY (dir.), Évolution et Histoire. Les modèles du devenir , 2014.
Gilbert ANDRIEU, Etre, paraître, disparaître , 2014.
Gilbert ANDRIEU, A la rencontre de Dionysos , 2014.
Angela BARGENDA, La communication visuelle dans le secteur bancaire européenne. L’esthétique de la finance , 2014.
LUONG Cân-Liêm, Le réfugié climatique. Un défi politique et sanitaire , 2014.
Gilbert CLAVEL, La gouvernance de l’insécurité , 2014.
Djilali BENAMRANE, L’ONU : source ou frein au droit public international ? , 2014.
Mario ZUNINO, Quand le JT de TF1 fait son cinéma , 2013.
Delphine DELLA GASPERA, L’économie moderne au risque de la psychanalyse, pour un développement plus sain , 2013.
Jean–Christophe TORRES, Quelle autonomie pour les établissements scolaires ?, Réflexions sur la liberté pédagogique dans les collèges et les lycées , 2013.
Frédéric JONNET, Officiers : oser la diversité. Pour une recomposition sociale des armées françaises , 2013.
Stéphane CHEVRIER, Gérard DARRIS, Les résidents secondaires à l’âge de la retraite , 2013.
Mohamed Amine BRAHIMI, Réflexion autour d’Alain Badiou et Toni Negri. Pour une sociologie des intellectuels révolutionnaires , 2013.
Alain CHEVARIN, Former sans déformer ni conformer , 2013.
Bruno COQUET, L’Assurance chômage, une politique malmenée , 2013.
Nesmet LAZAR, Peut-on encore sauver la France ? , 2013.
Michel PERALDI, Ils ont volé la décentralisation ! Pamphlet argumenté pour que la décentralisation soit rendue aux citoyens , 2013.
Titre
Copyright

© L’HARMATTAN, 2014
5-7, rue de l’École-Polytechnique ; 75005 Paris
http://www.harmattan.fr
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr
EAN Epub : 978-2-336-69800-7
Citation

L’espoir d’un véritable changement, ne peut venir que du résultat d’une patiente « révolution intérieure », une révolution permettant à un nombre de plus en plus important d’acteurs sociaux de porter un regard nouveau sur leurs propres pauvreté et richesses. Seule cette vision les conduirait, non seulement à ne plus participer à la production de misère, mais aussi à comprendre tout le bénéfice qu’il y aurait à réinventer toutes les grandes traditions de simplicité et de convivialité en les adaptant aux exigences de la vie moderne.

Majid Rahnema, Quand la misère chasse la pauvreté
Introduction
S’accorder sur les causes des problèmes sociaux n’est pas facile tant elles sont multiples. D’aucuns évoquent un décalage entre les élites et le peuple, d’autres relèvent des déceptions consécutives à des attentes non satisfaites. Plus généralement, ce sont les responsables politiques qui sont remis en cause. Pour autant, nous avons besoin de ces élus et leur manque actuel de légitimité pèse sur notre vie démocratique et sociale.

Mais, existe-t-il de véritables relais entre les élus et les populations ? Nous avons en effet tendance à oublier qu’il y a aussi le mouvement social, avec des syndicats et des associations, alors que c’est surtout la classe politique qui concentre la majorité des attentions des médias, spécialisés dans les questions sociales. Ce contexte contribue à expliquer le manque de visibilité des investissements de nombreux acteurs sociaux qui ont des difficultés à mobiliser.

Or, à défaut de ces acteurs, le politique n’a comme interlocuteur que les pouvoirs économique et financier. Pour bien des personnes, ce climat incite plus à des replis catégoriels qu’à des luttes collectives pour sortir de notre contexte social douloureux. Ce qui ne facilite pas une véritable visibilité de l’ensemble des problèmes par les populations.

Depuis quelques années, mes investissements syndicaux et associatifs m’ont interpellé sur ce dernier aspect. Les problèmes sociaux n’ont pas l’importance qu’ils méritent et passent sous les fourches caudines du discours économique et politique et des ambitions de leurs représentants. Le résultat c’est que les syndicats, auparavant critiqués sont actuellement quelque peu ignorés.

Il est souvent question de problèmes sociaux, alors que l’on devrait plutôt parler de souffrances sociales. En effet, ce premier terme relève souvent des outils habituels d’analyse, ceux du discours et des idéologies, comme une sorte de mécanique qui a besoin de réglage. C’est sans doute le cas lorsqu’un président de la république invoque sa boite à outils ou encore la croissance pour remédier aux problèmes actuels.

Au contraire, la souffrance sociale fait appel à l’humain qu’il faut soigner, à l’émotion, sans pour autant négliger la réflexion. Cette expression suscite souvent l’empathie et parfois même un changement de comportement. Les mots ont un sens. N’avons-nous pas besoin aujourd’hui de nous interroger sur un certain vocabulaire et plus encore sur nos approches sociales ?

Revisiter nos façons de communiquer et de penser, peut nous permettre de mieux comprendre les comportements des populations et des acteurs sociaux. En effet, la société s’est morcelée, et l’accélération de la mondialisation a ajouté son lot de complexité aux questions sociales. Un contexte nécessitant encore plus aujourd’hui qu’hier, un travail des syndicats et des associations, car leur proximité avec les populations leur donne la possibilité de jouer un rôle de sensibilisation à la citoyenneté, et de promotion d’alternatives aux mesures actuelles.

D’autre part, si les critiques sur le capitalisme dans ses expressions néolibérales actuelles sont nécessaires, elles restent insuffisantes. Pour produire tous leurs effets, il semble qu’il faille poursuivre ces analyses par d’autres, sur les faiblesses et les erreurs de jugement du mouvement social dans son ensemble. A contrario, se priver de cette revisite critique reviendrait à conserver nos certitudes, et nous satisfaire de discours souvent stéréotypés, en contradiction avec nos comportements.

Plus que le politique, le mouvement social retient ici tout notre intérêt car il est bien plus proche de nous. N’y-a-t-il pas une certaine hypocrisie à montrer ses faiblesses et ironiser sur telle ou telle de ses organisations ? Ses contradictions ne sont-elles pas aussi les nôtres, celles des militants mais aussi des populations ?

Avant de répondre à ces questions, il est sans doute nécessaire de regarder de plus près une certaine réalité de ces souffrances sociales, trop souvent ignorée dans notre contexte médiatique. Nombre d’entre elles sont passées sous silence. Une véritable compréhension de celles-ci est pourtant nécessaire. Ce qui exige de rassembler, autant que faire se peut, une variété représentative de ces différentes souffrances. Une recherche qui, dans un contexte de mondialisation, nous incite à ne pas nous cantonner à la France mais à relater également d’autres réalités vécues dans les « pays en voie de développement ou émergents » que nous appellerons pays du Sud.

Ce premier travail nous interpelle sur les réactions des populations qui s’opposent de multiples façons à ces souffrances, par des grèves ou des manifestations de solidarité. Par contre, les situations de tolérance ne sont-elles pas bien plus fréquentes ? De plus, les contextes économique et politique actuels justifient-ils toutes ces souffrances ? L’ensemble de ces questions occupent une première partie intitulée : « Des souffrances sociales souvent tolérées ? »

Cette approche ne cherche pas à relativiser certaines souffrances sociales par rapport à d’autres plus importantes. C’est la raison pour laquelle, le lecteur constatera que celles qui sont vécues en France sont placées au même niveau que celles qui existent dans des pays du Sud. Du reste, c’est peut-être parce que nous n’avons qu’une vision très incomplète des souffrances sociales, que des personnes qui en sont affectées les nient ou les rejettent. Ils se disent que d’autres se trouvent dans une plus mauvaise situation, ainsi du salarié à temps partiel imposé ou souffrant de mauvaises conditions de travail, s’estimant heureux d’avoir son activité par rapport à un chômeur.

Il s’agit ici d’appréhender l’ampleur de ces souffrances, et la proportion des populations concernées, mais aussi de se faire une opinion sur le faible taux de réaction des populations qui les subissent. Et, lorsque l’on analyse ce problème au niveau mondial, une réalité dramatique vient à la surface : plus une personne est affectée par les souffrances sociales moins elle a de possibilités de s’organiser pour y échapper.

D’aucuns opposent aujourd’hui les adhérents des syndicats estimant qu’ils se trouvent dans des secteurs protégés, aux autres salariés moins bien lotis. A cette approche quelque peu moralisatrice, il convient d’en opposer une plus humaine, qui s’inquiète de la situation de travailleurs en France et dans d’autres pays qui ne peuvent avoir accès à un quelconque moyen de défense.

Si les résistances aux souffrances sociales ne sont pas assez nombreuses c’est aussi et surtout parce qu’il existe de multiples facteurs d’aliénation au sein des populations, des idées fausses issues des différentes cultures et idéologies. Pour exemple celles qui attribuent aux chômeurs la responsabilité de leur situation. Quant aux acteurs sociaux, syndicaux ou associatifs, comment s’y retrouver dans leurs multiples approches ? Le choix retenu dans ce développement est de chercher à comprendre ce mouvement dans son ensemble en pointant un certain nombre d’idées fausses qui le traversent.

Ces idées fausses, d’origine culturelle ou idéologique, influent sur les comportements des populations et de leurs organisations. Ainsi peut-on avoir une idée fausse sur telle ou telle action revendicative répondant plus à des besoins corporatistes, d’argent ou d’exonération fiscale qu’à des objectifs de justice sociale ou d’ordre environnementaux. Ce sont ces différentes causes d’aliénation qui vont expliquer le manque de réaction à ces souffrances dans une deuxième partie intitulée « les multiples causes de ces tolérances ».

Ainsi, notre vision de la réalité sociale n’est-elle pas plus tributaire de nos idées, que de ce que représente réellement cette réalité ? Cette interrogation nous incitera à tenter de mieux comprendre les comportements des acteurs sociaux. Sommes-nous donc influencés, de façon plus ou moins importante, par des idées fausses sur les problèmes sociaux ? Pour répondre à cette question, il est d’abord indispensable de prendre en compte certains aspects de notre patrimoine culturel et idéologique. Ces deux derniers termes que nous utilisons souvent méritent également, d’être précisés.

Cette approche peut nous mener à revoir nos anciennes certitudes sur bien des questions. Notre pensée occidentale a parfois, alimenté des assurances sans faille, nous incitant à privilégier les différences aux complémentarités et à nous fermer à l’autre. De même, il semble difficile de conserver nos habitudes de division du travail où chacun se cantonne à sa spécialité, avec des acteurs sociaux qui mènent des actions et des économistes, sociologues ou autres spécialistes qui pensent la chose sociale. De véritables échanges entre ces différents acteurs ne seraient-ils pas plus utiles ? Il s’agit de porter un regard critique sur nos approches des connaissances.

Ainsi, lorsqu’il est question d’aliénation, les croyances religieuses sont parfois évoquées, plus rarement les idéologies et encore moins souvent les éléments culturels. Or, ces derniers génèrent aussi des croyances qui ont des conséquences, sur l’idée que nous nous faisons de nous et des autres, ainsi que sur nos manques d’esprit critique dans les domaines politique et social. Ceci d’autant que, nos cultures occidentales tournées vers le progrès et la croissance illimités ont favorisé le développement de compétences scientifiques et techniques au détriment d’autres compétences sur l’humain.

Ces cultures ont ainsi constitué un formidable terreau pour des idéologies tel que le libéralisme d’hier et le néolibéralisme d’aujourd’hui. Sachant que, les antagonismes entre le néolibéralisme et le marxiste, n’ont pas fait obstacle à leur vision commune productiviste, appelant une croissance illimitée qui a déjà entraîné des dégâts importants, au niveau social et environnemental.

Il y a ainsi un va et vient d’idées fausses, entre les populations et les différents acteurs politiques et sociaux. De ces idées, nombre de ces acteurs vont en faire des outils pour séduire et convaincre. Qu’il me soit donc permis de mettre en avant certaines caractéristiques de ces nouvelles croyances et d’être critique vis-à-vis des pratiques de ces institutions tout en gardant mon estime pour leurs militants. Pour autant, je ne pense pas que l’on puisse se passer de ces organisations. Il est donc nécessaire que demain, elles s’ouvrent et se transforment en véritables lieux de rencontres et d’échanges.

Ces réflexions nous conduisent à une troisième partie intitulée « Vivre plus dignement ensemble ». Actuellement, une partie de la population vit dans une telle misère tandis qu’une autre la côtoie quotidiennement sans y remédier. Qu’elle est, dans de telles circonstances la dignité de chacun ? N’y a-t-il pas alors une certaine hypocrisie à parler d’un vivre ensemble ? Ainsi, les souffrances affectant une population importante ajoutées à nos besoins consuméristes ne constituent-ils pas des obstacles à nos aspirations au bonheur ?

Certes les actions communes des organisations syndicales et associatives peuvent faciliter ce vivre ensemble. Mais, est-ce pour continuer nos modes de production actuels ? Ainsi, pour conserver des emplois faudra-t-il, construire plus de voitures, des porcheries et des abattoirs plus grands, travailler dans les mêmes conditions que les ouvriers chinois ou bangladais pour être compétitifs ? Faudra-t-il pérenniser les transports routiers de marchandises au détriment d’autres moyens de transport moins polluants ?... Sans doute, sauf à proposer de véritables alternatives aux mesures économiques actuelles qui ont fait preuve de leurs nocivités sociales et environnementales.

Pour que ces véritables alternatives puissent être portées par une population significative, nous devons revisiter non seulement les discours du mouvement social mais aussi les nôtres. Une nouvelle visite sereine mais lucide, pour adopter d’autres approches, et surtout d’autres comportements, plus ouverts à d’autres sensibilités. Ainsi, les populations les plus affectées par les conséquences des mesures économiques, trouveront leur place au sein d’organisations, portant des actions plus adaptées à leurs attentes. Ce ne seront plus les professionnels du discours qui décideront pour elles.

En somme, les véritables causes des souffrances sociales ne sont pas évidentes. Il est parfois fait appel à l’image du méchant profiteur et de ses victimes comme à celle des politiques « tous pourris »… Pourtant, à défaut d’une meilleure perception par les populations du mouvement social et de leurs militants appartenant à diverses organisations syndicales et associatives, il y a fort à parier que les souffrances perdureront ou s’amplifieront.

Nous avons de nombreux exemples dans l’histoire où les discours incantatoires désignaient les coupables des malheurs sociaux sans que leurs auteurs ne se remettent en cause. L’élimination du concurrent ou de l’ennemi suffisait au changement. Les résultats n’ont pas été probants.

N’est-il pas temps de penser à une révolution intérieure plus pacifique et sereine, permettant une meilleure compréhension et de véritables échanges avec l’autre ? Sans vouloir basculer dans la naïveté, une plus grande attention à nos comportements humains avec toutes nos contradictions peut y contribuer. A condition bien sûr de faire appel au meilleur de l’humain, son intelligence et sa générosité.
Première Partie Des souffrances sociales souvent tolérées ?
La fureur n’est en aucune façon une réaction automatique en face de la misère et de la souffrance en tant que telle ; personne ne se met en fureur devant une maladie incurable ou un tremblement de terre, ou en face de conditions sociales qu’il parait impossible de modifier.

Hannah Arendt, Crises of the Republic, 1969

Un titre sans doute un peu provocateur, pour les personnes qui en sont affectées, et pour celles qui luttent afin de s’en séparer, ou encore pour celles qui manifestent leur solidarité envers toutes ces personnes. Il vise simplement à susciter une réflexion, sur la disproportion qui existe entre l’étendue de ces souffrances, et celle des ripostes des populations. Trois étapes me semblent nécessaires pour répondre à cette question.

Tout d’abord quelques observations dans un premier chapitre intitulé :

L’importance et l’étendue de ces souffrances.

Puis, dans un deuxième temps, quelques réflexions dans le chapitre intitulé :

Le contexte de ces souffrances .

Cette deuxième partie nous conduit encore à d’autres constats et réflexions dans un troisième chapitre intitulé :

Les réactions individuelles et collectives
Chapitre premier L’importance et l’étendue de ces souffrances
La misère, c’est l’homme maîtrisé, l’homme opprimé par la nature, la matière et les autres hommes. C’est l’homme ne pouvant rien maîtriser dans son corps, dans sa pensée, ni dans sa vie.

Père Joseph Wresinski 1

Sans doute peut-on s’accorder sur le fait que notre objectif principal dans la vie soit le bonheur, au travers notamment de multiples liens d’échange et d’estime avec notre entourage. Mais, ce bonheur n’est-il pas trop souvent entravé par des souffrances sociales ? D’où l’intérêt de regarder l’ensemble de ces souffrances, tant au niveau national qu’international (A).

Sans doute faut-il aussi prendre en considération ces mêmes souffrances pendant toutes les périodes de la vie d’un individu, de l’enfance à la vieillesse (B). La première raison, c’est que nous sommes tous composés d’un mélange, différent d’un individu à l’autre, de facultés de raisonnement et d’émotions. S’il est possible de faire appel à des réflexes émotionnels, pour motiver ce qu’il y a de plus malsain dans un individu, il l’est également, pour mettre en avant ses sentiments les plus nobles, les plus altruistes. Si un responsable politique peut recourir à l’image d’un jeune enfant, qui se fait confisquer son pain au chocolat lors du ramadan, pour attiser un sentiment raciste ou xénophobe, il est tout autant possible de montrer des situations de détresse vécues par certaines populations, pour attiser des sentiments de compassion. Dans le premier cas, il est fait appel à l’émotion, celle du jeune enfant qui est victime d’une injustice. Mais, c’est pour utiliser cette émotion, l’isoler d’un contexte général plus complexe, pour mener l’individu vers une attitude irrationnelle, où la question des différences religieuses et culturelles, est volontairement détachée des multiples difficultés du vivre ensemble, au sein de nos populations.

Par contre le recours à l’émotion dans le deuxième exemple, fait appel à ce qu’il y a de meilleur dans la personne humaine. D’abord sa générosité, sa capacité à s’émouvoir, d’être en empathie avec les problèmes vécus par d’autres personnes. Cependant, il ne s’agit pas d’une simple émotion qui va disparaître comme une sensation spontanée de froid ou de chaud. Elle peut au contraire, susciter une amorce de réflexion positive sur une éventuelle contribution personnelle pour supprimer cette souffrance

Enfin, il est plus facile de s’accorder sur les souffrances que sur les inégalités sociales. En effet ces inégalités n’engendrent pas forcément de souffrances et ne constituent pas toujours des entraves au bonheur humain. Sauf bien entendu à souffrir systématiquement lorsque l’on a une condition sociale et économique inférieure à celle de son voisin.
A – Différents types de souffrances sociales
Ces souffrances sont aujourd’hui présentées de façon parcellaire ou incomplète. En se focalisant sur un nombre limité de celles-ci, on ne peut comprendre les liens qu’elles ont entre elles.

Auquel cas, certaines réalités de pays trop souvent appelés « pays sous-développés », actuellement « pays en voie de développement ou émergents », ne doivent pas nous échapper. Pour parler de ces pays, en évitant ces dernières expressions, trop connotées par rapport à une certaine conception du développement, nous utiliserons le terme de pays du Sud.

Afin de faire la symétrie avec ce terme, il est possible de parler des pays du Nord dont nous ne retiendrons que la France. Les nombreux Français préoccupés par leur pays, vont alors remarquer un certain anachronisme concernant une présentation des souffrances sociales des populations du Sud mise sur le même plan que celles vécues en France.

Pour autant, cette présentation contribue à l’émergence d’une certaine humanité, suscitant l’empathie par rapport aux souffrances vécues, tant par le voisin immédiat que par celui plus éloigné, mais du même village mondial auquel nous appartenons. Comment comprendre les véritables causes des souffrances en France, si nous faisons abstraction de celles vécues dans d’autres pays du monde ? Il ne s’agit pas de faire un étalage de toutes les souffrances, mais bien de les regarder en face, ne serait-ce que pour mieux comprendre leurs causes.

Ces souffrances constituent-elles un phénomène conjoncturel ou structurel ? Il y a peu de temps, bien des experts en économie nous affirmaient qu’il fallait être confiant en l’avenir, qu’il s’agissait d’un phénomène conjoncturel. A condition de laisser le marché s’exprimer librement, l’ensemble des pauvres, dans les pays du Sud, mais aussi dans notre pays, allaient se libérer de la faim ou d’autres besoins de base au niveau économique et social. De même, des responsables politiques promettent le retour à une croissance, permettant de remettre du soleil dans le climat social actuel. Mais, nous pouvons constater que, pour les populations qui ont faim, qui subissent le chômage ou l’exclusion, c’est une situation qui perdure. Parfois même, de nouvelles souffrances s’ajoutent aux anciennes. Le repérage de l’ensemble de celles-ci est donc nécessaire pour, dans un premier temps, se faire une opinion de leur importance.
1 – Une approche d’ensemble des souffrances sociales
Pour cibler l’origine de ces souffrances, il suffit d’emprunter les termes utilisés dans le domaine des droits de l’homme. Ce sont donc des souffrances d’origine économique, sociale et culturelle.

Il faut aussi porter son attention sur le contexte politique, de démocratie et de développement dans lequel les populations subissent ces souffrances.

Ainsi, les souffrances sociales englobent toute souffrance physique ou psychique d’origine économique, sociale ou culturelle subie par une personne vivant dans un contexte environnemental, politique et de développement donné. Le terme social recouvrant toutes les souffrances économiques, sociales et culturelles.

On peut attendre des démocraties qu’elles aient pour objectif de répartir les ressources actuelles, de façon à éviter ces souffrances aux différentes populations de l’ensemble de la planète. Ainsi, les personnes ne doivent pas souffrir de la faim, d’un manque d’eau, de logement, de travail pour se nourrir, sauf à penser que cet objectif ne puisse actuellement être atteint faute de ressources suffisantes.

D’autres populations peuvent, même de façon imparfaite, se nourrir, se loger, s’éduquer, se soigner, mais, néanmoins éprouver des douleurs psychiques relativement prégnantes qui peuvent se ranger dans les souffrances sociales. C’est le cas d’une personne privée d’emploi, qui va percevoir une indemnité de chômage mais qui, pour autant, va se dévaloriser et éprouver un sentiment d’isolement ou d’exclusion.

De nombreuses souffrances sociales dépassent les clivages entre riches et pauvres. Or, les politiques, les médias, parfois aussi les acteurs sociaux, nous amènent souvent à tout voir sur les plans économique et monétaire. Il suffirait que les pauvres s’enrichissent pour que tout s’arrange. Le slogan sarkozyste du « travailler plus pour gagner plus » illustre bien cette conception. A côté des souffrances de la personne privée d’emploi, il y a celles des salariés à temps partiel imposé, voire à temps plein avec des conditions de travail déplorables. Il s’agit toujours de souffrances sociales subies y compris par des travailleurs les mieux rémunérés.

D’autres personnes subissent les conséquences de procédés industriels, chimiques ou autres, ne respectant pas leurs contraintes physiologiques ou les exigences des milieux naturels. Elles sont source de nombreuses souffrances que l’on peut qualifier de souffrances sociales. Il existe aussi des personnes qui souffrent de solitude et de déracinement, parce qu’elles sont coupées de leur milieu d’origine. C’est le cas notamment des immigrés qui ont fui la misère de leurs pays.

Cet inventaire va permettre de favoriser une approche du social dans toutes ses composantes. Ces souffrances sont des entraves au bonheur de ceux qui en sont affectés. Elles rejaillissent aussi, sur leurs proches, familles, amis ou voisins. Ce sont ainsi des populations importantes qui sont concernées. Cet inventaire favorise également une recherche sociétale en faisant appel à des valeurs largement partagées. A côté des souffrances des populations des « pays pauvres » il y celles de nos « pays riches ».
2 – Un regard sur les différentes catégories de souffrances
Il ne s’agit pas ici de s’attarder sur leurs manifestations particulières, mais plutôt de se faire une opinion de l’importance des populations touchées.

Commençons par une description des différentes situations, de personnes qui ne peuvent avoir une activité leur permettant de travailler et de vivre dignement. Ce sont ces situations qui vont faire que ces individus et leurs familles ne pourront avoir accès à l’alimentation, au logement, à la santé et à l’éducation. Qu’est-ce qui est le plus important se loger, se nourrir, se soigner, s’éduquer ? Tous ces besoins sont indispensables.

Chaque individu doit avoir une activité qui lui permette d’acquérir une dignité économique, c’est-à-dire de vivre dignement, lui et sa famille. Ce terme de dignité économique est parfois utilisé par certaines associations de solidarité internationale pour traduire les revendications de nombreux travailleurs du Sud. D’autres associations ainsi que le mouvement syndical international, utilisent le terme de travail décent qui renvoie à des conditions de travail et des revenus décents.

Il ne s’agit pas de faire des catégories selon le statut, mais de rassembler toutes les activités. Il peut s’agir aussi bien de salariés, de paysans, de travailleurs indépendants, d’artisans, voire de travailleurs informels dans les pays du Sud. L’accès à une dignité économique devrait concerner le salarié de l’industrie et de l’agriculture, le petit producteur rural, ainsi que tout autre travailleur, quel que soit son statut. Toute personne devrait donc avoir une activité qui lui permette, avec sa famille, de vivre dignement.

L’O.I.T. 2 a élaboré en 1999, la notion de travail décent, qui intègre ces différentes exigences. Une notion reposant sur quatre piliers : l’emploi, la protection sociale, les droits des travailleurs et le dialogue social. Si l’on suit l’ensemble des exigences de l’O.I.T., le travail décent se traduit par la possibilité de tout travailleur d’exercer un travail convenablement rémunéré, avec des conditions de sécurité sur le lieu de travail, et une protection sociale (pour lui et sa famille). Il donne aux individus la possibilité de s’épanouir et de s’insérer dans la société, ainsi que la liberté d’exprimer leurs préoccupations, de se syndiquer et de prendre part aux décisions qui auront des conséquences sur leur existence. Il suppose une égalité de chances et de traitement pour les femmes et les hommes.

Cette définition permet de prendre en compte les différentes catégories de populations qui souffrent de ne pouvoir accéder à ce type de travail décent. Son contenu, nous incite à penser qu’une population assez importante, est concernée. Ne serait-ce que parce que beaucoup de personnes ne peuvent se syndiquer, ni exprimer leurs préoccupations, et encore moins prendre part aux décisions qui auront des conséquences sur leur existence.

Pour garder des repères simples dans des situations très variées, il est possible de retenir trois catégories de situations : les personnes qui n’ont pas la possibilité d’avoir une activité pour subvenir à leurs besoins, d’autres qui ont une activité qui ne leur permet pas d’obtenir de revenus suffisants, et enfin, celles qui ont une activité leur permettant d’avoir des revenus suffisants, mais à des conditions telles que, comme dans les deux cas précédents elles ne remplissent pas entièrement les conditions exigées par l’O.I.T. pour que l’on puisse vraiment parler de travail décent.

Concernant celles et ceux qui n’ont pas la possibilité d’avoir accès à une activité, nous pouvons commencer par les populations rurales dans les pays du Sud. En effet, si les paysans représentent 40% de la population active mondiale, leur proportion va parfois jusqu’à 70% dans certains pays du Sud, et ce, avec une majorité de femmes. Cette population est confrontée à plusieurs difficultés, dont celle de ne pas pouvoir accéder à une petite parcelle de terre. Le droit de propriété appartient souvent à l’État et l’occupant n’a parfois qu’un droit d’usage, qu’il transmet à l’un des membres de sa famille. Une transmission dans bien des cas de père à fils, les femmes étant trop souvent exclues de cette opération.

Dans les pays du Sud, il y a rarement l’équivalent de nos modes de preuves écrites, où la possession d’une terre est inscrite au cadastre et est matérialisée par un titre de propriété. Or, aujourd’hui, ce bien est très convoité dans ces pays. Certains petits paysans sont parfois chassés d’une terre que leurs parents cultivaient depuis plusieurs générations. Tout cela, parce qu’un industriel ou autre investisseur, aura acquis des pouvoirs publics un droit d’occuper ces terres. Il s’agit de plus en plus souvent d’investisseurs étrangers, constitués de fonds publics ou privés. C’est le grave problème de l’accaparement des terres.

Ainsi, de 2007 à 2012, il y aurait eu 10 millions d’hectares de terres accaparées chaque année par des États et des entreprises privées 3 . Des accaparements qui s’accompagnent de déplacements de populations. L’exode rural va, en outre s’amplifier à cause d’une politique agricole ordonnant aux petits producteurs d’abandonner leurs cultures vivrières au profit d’une monoculture intensive tournée vers l’exportation. Des milliers de petits exploitants vont donc se retrouver sans ressources suffisantes pour acheter une nourriture qu’ils ne produisent plus.

En France, le problème de l’accès à la terre n’est pas aussi prégnant ni aussi visible. Mais, il existe quand même un certain nombre de jeunes qui ne peuvent s’installer pour faire du maraîchage ou toute autre activité agricole. Car, dans bien des cas, lorsqu’un agriculteur cède son exploitation, celle-ci va plutôt servir à grossir une ferme agricole voisine, qu’à générer une ou plusieurs autres exploitations.

Pour faire face à ces difficultés ainsi qu’à celles des investissements nécessaires, les jeunes n’ont pas toujours les aides indispensables pour concrétiser leur projet. Des jeunes qui font partie des populations les plus touchées par le chômage. Au 2 ème trimestre 2012 il y avait en France métropolitaine et les départements d’Outre-Mer (DOM), 10,2% de la population active au chômage.

Ces chiffres de l’INSEE sont calculés sur les critères internationaux du Bureau International du Travail (le BIT). Une précision importante car, d’une part elle permet des comparaisons au niveau Européen et international, d’autre part, au regard de nos particularités nationales, elle ne comptabilise qu’une partie des personnes privées d’emploi. En effet pour le BIT, un chômeur non inscrit au Pôle Emploi, n’est pas comptabilisé comme demandeur d’emploi. Inversement, certains demandeurs d’emplois ne sont pas chômeurs au sens du BIT.

C’est le cas notamment de personnes en convention de reclassement, en maladie ou en formation. C’est ainsi qu’au 2 ème trimestre 2012, il y avait près de 2,9 millions de chômeurs, et environ 4,5 millions de demandeurs d’emplois, inscrits à Pôle Emploi 4 .

Selon une étude sur l’année 2010 5 , ce sont les jeunes les plus touchés par le chômage, avec 17,2% des actifs 6 de la tranche d’âge de 15 à 29 ans, contre seulement 6,5% pour les 50 à 59 ans. Par contre, si le taux est plus faible chez les seniors, ces derniers ont plus de difficultés à retrouver du travail, et de plus, n’apparaissent plus dans les statistiques du chômage, lorsqu’ils sont proches de la retraite, car ils sont dispensés de recherche d’emploi.

Ce sont les catégories sociales les plus défavorisées, les ouvriers, notamment ceux n’ayant aucune qualification, et les employés qui sont les plus touchés. On observe le même phénomène par rapport aux niveaux scolaires, les non diplômés étant les plus touchés, par rapport à ceux qui ont une formation de Bac +2 ou supérieure.

Les jeunes qui arrivent sur le marché du travail sont lourdement pénalisés, s’ils ne parviennent pas à trouver un premier emploi. En effet, pour percevoir les indemnités de chômage, il faut avoir cotisé 122 jours ou 610 heures au cours des 28 mois précédant la rupture de leur contrat. Pour les moins de 25 ans, pour percevoir le Revenu de Solidarité Active (le RSA qui était de 475 euros par mois en 2012), qu’il est maintenant possible d’obtenir de 18 à 25 ans, il faut avoir travaillé deux ans sur les trois dernières années. C’est ainsi, qu’une certaine population privée d’emploi, ne perçoit pas d’indemnité dans l’attente de retrouver une activité rémunératrice.

Pour les pays du Sud, il est question de sans emploi, mais pas de chômeurs. Or, l’OIT, dans son rapport 2012, comptait 197 millions de chômeurs en 2011 et évaluait ce nombre à un minimum de 200 millions pour une population active de 3,3 milliards de personnes en 2012. Mais, selon cette institution, l’estimation du chômage dans « les pays en voie de développement » pose des problèmes d’interprétation notamment dans les zones rurales où le comptage est difficile. Les individus qui se trouvaient dans un emploi formel, sont condamnés à se retourner vers le secteur informel, pour assurer leur survie. Ces dernières activités ne les occupent pas à temps plein. Il n’est plus alors question du chômage mais de sous-emploi, notion également utilisée au niveau de l’OCDE 7 .

Cette notion de sous-emploi, nous conduit à parler d’une deuxième catégorie de population, qui ne perçoit pas de revenus suffisants ou qui ne travaille pas dans des conditions décentes. Il s’agit du travail informel qui ne concerne pas une minorité mais, plus de la moitié de la population mondiale des travailleurs. Il s’agit d’une économie, où l’individu travaille pour son propre compte, ou dans le cadre d’une petite unité familiale ou autre. Il ne bénéficie alors d’aucune protection de l’État.

Selon un rapport de l’OCDE de 2009, sur les trois milliards d’emplois dans le monde, il y aurait près des 2/3, soit 1,8 milliard de travailleurs informels dont 700 millions travaillant dans des conditions d’extrême pauvreté c’est-à-dire avec moins de 1,25 dollar par jour. L’OIT travaille pour impulser le respect des droits de l’homme dans ce domaine. Dans un rapport de 2010 8 , elle indique que : « pour la plupart des individus, l’entrée dans l’économie informelle n’est pas un choix, elle est une nécessité pour survivre », et précise que ces travailleurs représentent 52,2% des emplois en Amérique Latine, 78,2% en Asie et 55,7% en Afrique.

En France, comme dans d’autres pays européens, le travail informel existe, mais on parle alors de travail dissimulé, ou de « travail au noir ». Le problème, c’est qu’il est difficile de le chiffrer. Cependant, dans un document de travail de janvier 2010 9 , l’O.I.T. fait état de chiffres de 1998 de la Commission Européenne, estimant que le travail non déclaré, représentait alors 7 à 16% du P.I.B. de l’UE, et occupait de 10 à 28 millions de personnes, représentant alors de 7 à 19% des emplois. L’O.I.T. indique dans ce rapport, les liens entre le travail non déclaré, et la baisse du niveau des salaires. Avec le non payement des prestations de sécurité sociale, c’est une forme de dumping social, qui introduit une concurrence déloyale entre les entreprises.

En effet, ces travailleurs ne bénéficient d’aucun droit pour leurs retraites, leurs couvertures maladie, chômage ou autre. Ce sont les secteurs du bâtiment, du travail domestique (garde d’enfants, aide à la personne ect.) ou d’autres secteurs des services, qui y font appel le plus souvent. C’est une population fragilisée, qui a recours à ce type d’activités, notamment des sans-papiers ou autres immigrés, mais aussi des femmes seules.

Les femmes sont nombreuses à ne pas pouvoir accéder à un emploi à temps plein. Dans un rapport de 2007, l’INSEE notait que 5,5% des individus ayant un emploi, étaient dans une situation de sous-emploi, soit 1,4 million de personnes à temps partiel, souhaitant travailler davantage. Ces chiffres ont peu évolué, ceux de 2011 étaient de 5,2% soit 1,3 million de personnes. Mais, en dehors de ces salariés, il existe aussi d’autres qui ont un emploi à temps plein, qui subissent la précarité depuis des années, avec de multiples CDD ou missions d’intérim entrecoupés de périodes de chômage. D’autres ont un CDI à temps plein, mais avec un salaire au SMIC ou très proche ne leur permettant pas de vivre et de faire vivre leur famille décemment.

Au niveau mondial, si l’on ajoute les paysans et les salariés ne pouvant avoir accès à la terre ou à une autre activité, les personnes ayant un emploi informel, précaire ou à temps partiel, nous obtenons la proportion de la population active la plus importante qui n’a pas accès à un travail décent répondant aux exigences de l’OIT. En effet dans des proportions certes différentes, toutes ces personnes n’ont pas de revenus suffisants pour vivre décemment. Une grande partie de celles-ci, exerce une activité où les conditions de travail ne sont pas décentes et/ou, elles ne bénéficient pas de couverture sociale.

Il reste enfin, une troisième catégorie de population, qui perçoit des revenus suffisants pour vivre décemment, mais dont les conditions de travail altèrent plus ou moins gravement, la vie de ceux qui l’exercent.

Il existe en effet, des situations que nous connaissons en France. Ainsi, une enquête de 2005 de la DARES 10 portant sur 2,7 millions d’actifs non-salariés dont 600 mille exploitants agricoles, 250 mille aides familiales et 1,9 million d’artisans, commerçants, chefs d’entreprise et professions libérales. Ce rapport notait qu’une grande partie de cette population, a une vie familiale affectée par un grand nombre d’heures par semaine, bien souvent plus de 50 heures, et avec des emplois du temps parfois imprévisibles. Une partie de ces travailleurs, notamment les exploitants agricoles et les artisans, travaillent dans des conditions de pénibilité physique avec des stations debout prolongées, des ports de charges lourdes et des nuisances sonores. Ces conditions de travail, avec des rythmes variables, et de vastes amplitudes horaires hebdomadaires altèrent, de façon plus ou moins importante la santé du travailleur. Elles perturbent parfois gravement, de véritables relations harmonieuses avec le conjoint et les enfants.

En dehors de ces problèmes de durée du travail et de pénibilité physique, il existe aussi de nombreux cas de souffrances psychiques qui affectent toutes les catégories de travailleurs, confrontés à des pressions quotidiennes dans l’exercice de leur travail. Une souffrance qui va jusqu’à conduire des salariés à se suicider au travail. Si ces suicides font parfois la une des médias et sont parfois relatés par des hebdomadaires 11 , il reste que, la souffrance psychique qui affecte de nombreux salariés n’est pour l’instant que très peu prise en main collectivement dans l’entreprise 12 .

Cette brève énumération de quelques vécus au niveau mondial et en France, par des personnes qui souffrent parce qu’elles n’accèdent pas à une activité, ou encore parce que leurs activités ne leur permettent pas de vivre décemment, mériterait sans doute plus de précisions. Mais, d’ores et déjà elle peut susciter certaines remarques.

Ainsi du terme de salarié, qui semble réducteur pour parler des différentes activités urbaines ou rurales. Il implique un contrat de travail avec un employeur, qui obéit à des dispositions légales. Or, il existe dans la population active une majorité de personnes, au niveau mondial, qui travaille dans l’informel et n’a pas ce statut. Il en est de même pour les exploitants agricoles, ainsi que pour d’autres activités comme l’artisanat et les professions libérales. Certes cette dernière population est relativement hétérogène mais une partie significative est affectée par de mauvaises conditions de travail, parfois plus pénibles que celles de certains salariés.

Si, au lieu d’utiliser ce terme réducteur de salarié, on souhaite ouvrir le champ du social au maximum des populations qui vivent de leurs propres activités, ne faudrait-il pas au contraire utiliser un terme plus représentatif ? Celui de travailleur me semble approprié. Il est vrai qu’il a été utilisé fréquemment, par exemple par Lutte Ouvrière dans le fameux « Travailleuses, Travailleurs » d’Arlette Laguiller. Mais ce sens n’était qu’une variante de l’idée de « Prolétaires de tous les pays unissez-vous » Et, au travers du terme prolétaire, il s’agissait d’ouvriers, terme encore plus restrictif que celui de salariés qui lui comprend des ouvriers, des employés mais aussi des agents de maîtrise et des cadres. Or, le terme de travailleur peut répondre à une ouverture nécessaire, pour prendre en compte l’ensemble des réalités du travail dans le monde 13 . C’est bien ce choix qui a permis à l’OIT en 1999 de construire et de préciser la notion de travail décent.

Une deuxième remarque, sur cette notion qui permet de définir les conditions indispensables, pour qu’un travailleur puisse accéder à ses besoins fondamentaux, se nourrir, se loger, se soigner en faisant face aux aléas de la vie (accidents, invalidité, vieillesse, ect.), scolariser ses enfants, plus généralement faire vivre dignement sa famille, prendre part aux décisions concernant son travail ainsi que la vie dans la cité. Mais, lorsque les conditions de travail physiques et psychiques sont insupportables, le travailleur en sera altéré, ses rapports avec sa famille le seront également. De même, si le travailleur ne peut exprimer ses idées et besoins dans son activité ou dans sa vie sociale. Cette dernière remarque nous permet de développer les différentes situations où l’accès à ces besoins fondamentaux n’est pas possible pour des milliards de personnes dans le monde.

Commençons par l’accès à l’alimentation sachant qu’environ un milliard d’êtres humains souffrent de la faim dans le monde. Les chiffres de la F.A.O. 14 sont de 1,023 milliard en 2009 et de 925 millions en 2010, des chiffres à comparer aux 6,7 milliards d’individus alors comptabilisés. Nous sommes aujourd’hui arrivés aux 7 milliards d’individus et l’estimation de la F.A.O. pour 2011, est de 870 millions d’individus. Au niveau mondial, une personne sur huit souffre de la faim, souffrance qui existe aussi dans nos pays occidentaux industrialisés, ou pays du Nord, où nous avons 9 millions de personnes dans cette situation.

En fait, tous ces chiffres ne reflètent qu’une partie de cette triste réalité, car ils ne font mention que des personnes gravement et en permanence sous-alimentées, c’est à dire étant bien au-dessous des 2000 à 2700 Calories (selon l’activité de la personne) par jour, chiffre fixé par l’O.M.S. 15 . Ce minimum est de 700 Calories pour un nourrisson et de 1000 Calories pour un bébé entre un et deux ans 16 .

Il faut en effet ajouter aux chiffres déjà cités, les victimes de malnutrition, c’est à dire des personnes qui souffrent de carences en vitamines et en sels minéraux. Selon l’UNICEF 17 et une organisation spécialisée dans ce domaine un tiers de la population mondiale (soit plus de 2 milliards de personnes) souffrirait de ces carences en vitamines et minéraux 18 .

L’eau fait partie de l’alimentation. Si l’homme peut vivre normalement en moyenne trois semaines sans manger, il ne tiendra que trois jours sans boire. Mais, en 2010 l’O.N.U. comptait 884 millions de personnes, ne pouvant avoir accès à une eau potable, ainsi que 2,6 milliards de personnes, ne disposant pas d’installation sanitaire, ce qui provoque de graves maladies comme le choléra, la diarrhée, la légionellose. C’est la première cause de mortalité dans le monde. Ainsi, 2 millions d’individus, la plupart des enfants, meurent chaque année. Soit un enfant qui meurt toute les huit secondes, parce qu’il a bu de l’eau contaminée.

Un autre type de mauvaise alimentation va provoquer des manifestations plus ou moins importantes d’obésité. Les victimes de ce que l’on nomme parfois la « malbouffe » seraient d’environ 1,4 milliard dans le monde 19 . Il s’agit souvent de personnes qui comblent des déséquilibres alimentaires en fruits légumes ou protéines, par des aliments riches en graisses ou en sucre, souvent des populations pauvres ou pour le moins très modestes.

En France, selon une étude de 2009, menée par les laboratoires Roche, l’obésité affecte 13,8% des ouvriers, 13,2% des employés, mais uniquement 7,1% des catégories de cadres supérieurs. Le revenu est un facteur déterminant puisque l’obésité concerne 18% des adultes, vivant dans un foyer aux revenus mensuels inférieurs à 1200 euros, et, seulement 5,4% lorsque ce même revenu est supérieur à 5300 euros. Selon une autre étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (le Crédoc), le niveau de diplôme joue également un rôle important. Si le taux d’obésité des personnes ayant suivi un 2 ème ou un 3 ème cycle d’études supérieures, n’est que de 7%, chez les personnes n’ayant qu’un niveau d’études d’école primaire il est de 24%.

Qu’est-ce que la pauvreté ? Dans certaines sociétés la pauvreté n’a pas le même sens que celui que nous y mettons dans nos pays occidentaux. Par exemple, dans des sociétés anciennes, il a souvent existé des populations vivant avec peu d’objets personnels, dans un habitat modeste, mais vivant harmonieusement, se nourrissant de leurs cultures ou de leurs pêches. Ces personnes échangeaient leurs surplus avec leurs voisins, et vivaient de peu de choses. La pauvreté désignait parfois une certaine condition sans superflu. Aujourd’hui ce terme revêt des conditions de vie qui s’apparentent beaucoup plus à la misère, avec des conditions de vie difficilement supportables 20 . La Banque Mondiale évalue à 1, 2 milliard le nombre de personnes dans le monde vivant avec moins de 1,25 dollar par jour.

Les souffrances, de par les faibles ressources, touchent également une population importante en France, comme dans d’autres pays « développés ». Il peut s’agir de chômeurs de longue durée, de salariés à temps partiel imposé, ou ayant des contrats précaires. Pour payer leurs loyers et autres dépenses incontournables, il leur faut faire des économies sur le budget alimentaire, des économies qui exigent des privations qui ont souvent des conséquences sur la santé.

Pour chiffrer le nombre de personnes concernées, on a recours au critère du seuil de pauvreté, qui est fixé en France à 50% du revenu médian (dans la définition européenne c’est 60%). Selon le critère français, ce seuil était de 795 euros pour une personne seule en 2009 et on comptait alors 4,5 millions de pauvres, c’est-à-dire de personnes ayant un niveau de vie inférieur à ce seuil qui évolue peu, il était de 814 euros en 2011. Le nombre de pauvres en France a diminué de 1970 au milieu des années 1990 puis s’est stabilisé jusqu’au début des années 2000 pour augmenter de 20%, soit de 760 000 personnes de 2002 à 2009 21 .

Pour ce qui est de l’accès au logement, selon l’UNEP 22 les sans-abris, et ceux qui vivent dans des logements précaires, avoisinent un milliard dans le monde. Parmi ceux-ci, on compte environ 100 millions d’enfants de la rue dans les grandes villes. C’est en Afrique, en Asie et en Amérique Latine, que l’on compte le plus de sans-abris. Si on ne dispose pas de chiffres précis pour ces dernières années, lors de l’hiver 2003, près de 3 millions d’Européens de l’Ouest n’avaient aucun toit.

Le problème du logement existe aussi en France, où l’on compte pour 2012 23 , 3,6 millions de mal-logés. Parmi ceux-ci, 700 mille ne disposent d’aucun logement personnel, dont 150 000 SDF, 85 000 vivant dans des habitations de fortune (cabanes ou constructions provisoires, camping,..), et plus de 400 000 hébergés chez des tiers. Une autre partie, soit environ 2,8 millions de personnes, vit soit dans des logements insalubres ou indécents (600 000 logements recensés en France), soit dans des logements surpeuplés. Ce sont alors des familles qui s’entassent dans des logements de 8 à 15 m 2 .

Une émission de télévision d’octobre 2012, mentionnait des personnes ayant recours aux bains douches à Paris. Il y avait différentes catégories de situations, allant du SDF à la personne qui a un logement avec sanitaire et douche, mais qui n’a pas les moyens de se payer l’eau et le chauffage de cette douche pour se laver. Il est alors possible d’imaginer la situation des personnes vivant ces mêmes situations, mais n’habitant pas un lieu où elles peuvent avoir recours aux bains douches.

Sinon, notre chiffre de 3,6 millions de mal-logés en France ne représente qu’une estimation basse. En effet sur 26 millions de logements (résidence principale hors hôtel ou habitation de fortune) en France métropolitaine, on compte environ 5 millions de logements de mauvaise qualité. Il s’agit de logements humides, ne disposant pas de chauffage suffisant ou n’ayant pas d’eau chaude 24 .

Au regard des prix des loyers dans les grandes villes, le logement devient trop souvent inaccessible. Les propriétaires et agences immobilières exigent des garanties, impossibles à produire pour certaines personnes qui ont un travail mais, soit avec un contrat précaire, soit avec un salaire trop bas. Elles iront alors rejoindre les rangs des SDF.

Quelles sont les populations les plus affectées par ces logements de qualité médiocre ou surpeuplés ? En France métropolitaine 25 , 13% de la population non immigrée est concernée, contre 17% des immigrés d’Europe, 42% pour ceux du Maghreb, 51% pour ceux des autres pays d’Afrique.

Ce sont les catégories sociales les plus modestes qui sont le plus affectées, 16% des employés, 20% des ouvriers et 29% des personnes sans activité professionnelle, sachant que la moyenne tout confondu était de 14% pour cette même année 2006 26 . Pour ces populations, se pose aussi en parallèle à l’impossibilité d’accéder à un logement décent, la même difficulté pour l’accès à l’énergie, notamment pour le chauffage. Qu’il s’agisse de l’électricité, du gaz ou du fioul, au regard des fréquentes augmentations, bien des personnes ne parviennent plus à régler leurs factures.

Ceci étant, ce bref aperçu des personnes ne pouvant accéder à une nourriture et/ou à un logement décent, nous incite à poursuivre nos interrogations sur les questions de santé, dont l’accès est un problème important au niveau mondial. Selon le PNUD 27 , 2,5 milliards de personnes n’ont pas accès à des structures médicales de base. Selon l’OMS, 100 millions de personnes sombrent dans la pauvreté tous les ans, à cause des coûts de leurs frais médicaux et, pour 150 millions d’autres, les dépenses médicales représentent la moitié de leurs revenus 28 .

Si en France, la majorité de la population bénéficie d’une couverture sociale leur permettant l’accès aux différents types de soins, il existe encore des personnes qui en sont exclues. C’est le cas notamment des sans-papiers, qui doivent dans ce cas faire une demande d’aide médicale assistée (AME) moyennant une augmentation des risques de se faire expulser. L’ONG Médecins du Monde assure des permanences régulières et y reçoit souvent des migrants en situation régulière ou non, soit environ 92%, et pour le reste, des Français en situation d’exclusion.

Selon une enquête CSA pour Europe Assistance en fin 2012, 29% des personnes interrogées ont renoncé à se soigner. Il s’agit souvent de soins dentaires ou de lunettes, mais aussi d’examens ou de traitements coûteux. Il existe une partie de la population percevant un revenu juste au-dessus du seuil, permettant de bénéficier de la CMU, mais, ne pouvant pas pour autant, se payer une mutuelle.

Aux maladies dont on parle fréquemment, il faut ajouter une catégorie particulière qui est le résultat d’interventions techniques (chimiques ou physiques) de l’homme sur la nature, pour exemple l’utilisation de pesticides au niveau de l’agriculture. Certains de ces produits sont répandus par avions sur de grandes plantations, alors que des travailleurs agricoles sont sur ces terres. En France aussi, le recours aux pesticides est fréquent. En 2011, il y en a eu 5% de plus d’utilisés par rapport à 2010. La formation des agriculteurs à ces produits, parfois assurée par le concours de grosses industries qui en tirent profit, y est sans doute pour quelque chose. Ces produits provoquent de graves maladies, dont on parle peu, chez les paysans et leurs enfants qui y sont exposés. De même, nous avons peu d’éléments précis sur les dangers à consommer des aliments ayant subis ces traitements.

De ce fait, les maladies consécutives à l’utilisation de ces produits sont présentes en France et dans d’autres pays occidentaux, et elles prennent également une très grande importance dans les pays du Sud. Ces pays accueillent nos industries, qui ont délocalisé pour produire moins cher. La main d’œuvre y est moins coûteuse, et il y a très peu d’obligations pour les multinationales d’investir dans des infrastructures pour traiter les déchets toxiques. Ce sont des villages et des sources d’eau vitales qui sont pollués, des terres productives qui sont rendues stériles.

Il existe donc toute une catégorie de souffrances moins visibles, par exemple des maladies dues à l’exposition à l’amiante. Cela fait longtemps que l’on connaissait les dangers de cette matière tout en continuant à l’utiliser. Les tribunaux ont mis du temps à condamner les employeurs qui ne respectaient pas les règles de sécurité requises. Et encore, ils ne les condamnent que civilement à verser des dommages et intérêts aux victimes, mais l’employeur n’a pas de condamnation pénale. Depuis quelques années on constate les mêmes attitudes dans d’autres pays du Sud par rapport aux ouvriers qui sont en contact avec le cadmium.

Il y a aussi d’autres souffrances de ce type encore moins visibles, parce que l’on n’en parle pratiquement pas. C’est le cas des ouvriers et techniciens des centrales nucléaires de production d’électricité. Ceux d’entre eux qui ont le statut d’agents EDF, sont normalement contrôlés. Par contre les salariés qui appartiennent à des entreprises sous-traitantes, lorsqu’ils auront été lourdement exposés subiront un examen médical. Mais après ? Nombre de ceux-ci, vont ensuite travailler sur un autre site. S’il advient qu’un de ces salariés ait, plusieurs années plus tard, une maladie liée à une trop longue ou trop forte exposition aux rayonnements, il aura des difficultés à le prouver. De même qu’il n’est pas possible aujourd’hui, de connaître le nombre de salariés touchés par ces rayonnements.

Ce sont souvent les catégories de populations les plus pauvres ou les plus modestes, qui sont le plus affectées par l’exposition aux rayonnements et aux produits toxiques utilisés dans l’industrie et l’agriculture. Ceux-là même, qui ne peuvent pas toujours s’organiser pour se défendre ou accéder aux examens et soins nécessaires.

Pouvoir se nourrir, se loger, se soigner mais, encore faut-il, dans nos sociétés actuelles, avoir une activité qui puisse nous procurer les moyens de satisfaire ces besoins. Avant de trouver une telle activité, se pose la question de l’accès à l’éducation.

L’accès à l’éducation est ce qui va déterminer, dans beaucoup de cas, l’avenir de l’enfant, et sa capacité, en tant qu’adulte, à pouvoir accéder à une vie décente pour lui et sa famille. Or, il y aurait dans le monde, sur 650 millions d’enfants de 6 à 11 ans, 61 millions qui ne sont pas scolarisés, 120 millions qui ne parviennent pas en 4 ème année de scolarité, et 130 millions qui sont scolarisés mais ne possèdent pas les bases 29 , ce qui va avoir des répercussions lorsque l’enfant fera son entrée dans l’âge adulte. Il y avait en 2010, 775 millions d’adultes analphabètes dont les 2/3 étaient des femmes. Or, les jeunes de 15 à 24 ans représentent environ un milliard de personnes et sont trois fois plus touchés par le chômage que les adultes. De plus, ceux qui souffrent de la faim ou de malnutrition ne peuvent accéder à l’éducation. Ne sachant ni lire ni écrire, ces jeunes sont souvent employés dans le secteur informel urbain, et perçoivent des salaires inférieurs à d’autres travailleurs.

L’UNESCO fait également état d’une enquête de 2004-2005 en France estimant que 9% de la population âgée de 18 à 65 ans soit environ 3,1 millions de personnes ne posséderaient pas les compétences de base en matière de lecture, d’écriture et de calcul pour établir une liste de courses, suivre le bulletin scolaire de leurs enfants…

Les principales souffrances sociales ont un lien entre elles mais, il semble difficile, voire souvent impossible pour les personnes qui en sont affectées, de s’en débarrasser. Plus on est touché par ces souffrances sociales, plus il est difficile de se soigner.

Ceci nous conduit à nous interroger sur la possibilité pour l’individu d’accéder au droit de s’organiser, pour lutter contre ses souffrances sociales. En dehors de la liberté syndicale, que l’on peut revendiquer et acquérir dans le cadre de certains emplois, cet accès est très souvent impossible. En effet lorsque l’on n’a pas accès à l’alimentation, et/ou à un logement, et/ou à la santé, et/ou à l’éducation, le droit de s’organiser qui serait alors des plus utiles devient, dans la plupart des cas, inaccessible. C’est un autre aspect de ces souffrances qui est celui de l’impossibilité pour la grande majorité des populations mondiales qui en sont affectées, de s’en séparer.

Pour mieux comprendre l’ampleur de ce problème, il faut d’abord regarder la situation de l’ensemble des travailleurs au niveau mondial. Pour rappel l’OCDE comptait en 2009 trois milliards de travailleurs ayant un emploi, dont 1,8 milliard de travailleurs informels, donc une catégorie de travailleurs sans statut protecteur, mal payée, sans contrat de travail ni protection sociale. Cette majorité de la population mondiale de travailleurs, n’a que très rarement et très difficilement accès au droit syndical.

Par ailleurs, il existe aussi des travailleurs informels dans le domaine agricole, principalement dans les pays du Sud. C’est ainsi que l’OCDE incluait, dans son calcul des 1,8 milliard de travailleurs informels, 900 millions de travailleurs agricoles. Or, il se trouve que, dans ce secteur d’activité, il y a des mouvements paysans, qui font un travail d’organisation et de soutien au niveau de cette population 30 . D’autre part, il y a aussi un mouvement international, Via Campesina, qui regroupe syndicats et associations de petits producteurs ruraux.

Reste que, la majorité des travailleurs est aujourd’hui dans l’impossibilité d’accéder au droit de s’organiser et de se défendre, tant au travail qu’à l’extérieur. Remarquons qu’il s’agit de l’ensemble de personnes ayant un emploi de salarié, d’artisan, d’exploitant agricole… Parmi cet ensemble, il nous faut maintenant compter les travailleurs dans le domaine de l’agriculture. Pour exemple, la FAO comptait pour l’année 2010, 3,282 milliards de personnes dans la population active mondiale c’est-à-dire ayant ou cherchant un emploi et estimait que l’agriculture employait une proportion de 39,9% ce qui fait environ 1,3 milliard de personnes.

Ce chiffre inclut d’autres activités que celle de l’agriculture. En effet selon la définition de la FAO la population active de l’agriculture comprend également celle travaillant dans les secteurs de la chasse, de la foresterie et de la pêche. Pour ne retenir que cette dernière qui est relativement importante, elle comptait déjà en 2010 54,838 millions de personnes, occupées à temps plein ou à temps partiel.

Ainsi la population rurale au sens strict, serait d’environ 1,250 milliard de personnes actives. Au sein de cette population, le mouvement Via Campesina revendique 200 millions d’adhérents. C’est surtout dans les pays du Sud que ce mouvement est important. Mais, en France, il a aussi une grande légitimité au niveau de plusieurs organisations de solidarité internationale, et au niveau des agriculteurs, la Confédération Paysanne ainsi que le MODEF 31 y adhèrent.

Pour relier la population active de 3,282 milliards de personnes en 2010, à celles qui cherchent un emploi, l’OIT évaluait alors la proportion de chômeurs à 6,2% de ce chiffre, soit 203 millions de chômeurs. Il reste alors un total de 3,079 milliards de personnes qui travaillent dans le monde dont 1,3 milliard dans le secteur agricole et le reste, soit 1,779 milliard de travailleurs dans les autres secteurs comme l’industrie et le tertiaire.

Mais, l’estimation de l’OCDE de 2009 était de 3 milliards de personnes dont 1,8 milliard de travailleurs informels se répartissant pour 900 millions dans l’agriculture et le même chiffre dans les autres secteurs. Cette donnée permet ainsi de calculer le nombre de travailleurs qui, en dehors du secteur agricole, ont une activité, et ceci également en dehors du secteur informel. Il est donc de 1,779 milliard duquel il faut soustraire 0,9 milliard, pour obtenir 0,879 milliard ou encore 879 millions de personnes qui sont alors, soit salariés, soit employeurs, soit travailleurs indépendants.

Ce qui importe ici, ce n’est pas l’exactitude de ces chiffres, c’est qu’ils donnent une représentation des proportions de travailleurs qui n’ont pas la possibilité d’avoir accès au droit de s’organiser. Et, dans notre population, nous pouvons estimer que ce sont les salariés qui sont les plus nombreux. Or, la confédération internationale des Syndicats affiche 176 millions d’adhérents répartis dans 151 pays et quatre grandes régions : Asie Pacifique, Afrique, Amériques et Europe. Pour exemple la Confédération Européenne des Syndicats (la CES) comptait en 2010, 60 millions d’adhérents pour 26 pays tandis que la région Asie Pacifique en déclare 20 millions pour 50 pays.

Nous avons ainsi un petit aperçu des proportions de travailleurs qui n’ont pas accès à la possibilité de défendre leurs droits, au niveau de leurs activités, car, dans notre évaluation de 2010, de 879 millions de travailleurs, il est possible de faire une estimation de 10% d’artisans et de professions libérales. Une estimation sans doute imparfaite, mais suffisante pour se faire une idée des possibilités d’expressions syndicales des travailleurs. En effet, en dehors des activités agricoles nous avons 879 millions de travailleurs soit en en retirant 10% (de travailleurs autres que salariés), environ 800 millions de salariés, plus 200 millions de chômeurs et 900 millions de travailleurs informels soit un total de 1,9 milliard de personnes avec 176 millions de syndiqués.

En France métropolitaine, l’INSEE compte en 2010 une population active de 28,3 millions, dont 25,7 millions ont un emploi, et 2,7 millions de chômeurs. Parmi ceux qui ont un emploi, il y a 22,735 millions de salariés et 2, 957 millions de non-salariés, dont 420 mille en agriculture. Le chiffre de 8% de syndiqués tous syndicats de salariés confondus est évoqué par de multiples observateurs depuis plusieurs années soit environ 1,8 million de syndiqués.

Par rapport à ces chiffres, il est possible de s’accorder sur le fait que, peu d’intérimaires ou autres emplois précaires et de temps partiels imposés sont syndiqués. De même, au niveau mondial, ce sont rarement les chômeurs ou les travailleurs informels qui sont syndiqués, mais, principalement ceux qui ont un emploi, et qui vivent dans un pays où les droits sociaux sont le moins bafoués. Aussi, il y a une pression énorme sur l’ensemble des travailleurs qui sont au chômage, dans la précarité ou l’informel, pour qu’ils ne s’organisent pas. Mais aussi sur les travailleurs qui ont un emploi plus stable, qui sont parfois syndiqués, mais qui, au motif de cet emploi doivent subir de multiples vexations ou atteintes à leurs conditions de travail.

De plus, les syndicats ne sont pas toujours indépendants de l’employeur ou de l’État, notamment en Chine, en Corée du Nord, au Laos, en Syrie ou au Vietnam. Cette exigence d’indépendance rend la constitution de syndicats difficile dans bien des contextes. Ainsi, le rapport 2012 de la Confédération Syndicale Internationale 32 , fait état de 90 personnes tuées ainsi que 24 personnes ayant échappé à un attentat en 2010 pour avoir participé à des activités syndicales. Parmi ces 90 assassinats, 49 en Colombie, 10 au Guatemala et les autres au Bangladesh, Brésil, Honduras, Ouganda, Pakistan, Philippines, Salvador, Swaziland et Iran. 75 autres personnes ont subi des menaces de mort et 2500 ont connu la détention, 5000 syndicalistes ont été licenciés….

Tous les ans, au niveau mondial, de nombreux militants syndicaux sont licenciés, brutalisés et même assassinés. On peut alors imaginer les souffrances des militants concernés, ainsi que celles de leurs proches ayant partagé ces douleurs suite à la répression d’une personne aimée. Un grand nombre de pays du Sud, pour attirer les employeurs, ont aménagé des zones franches donnant toute liberté aux entreprises de ne pas respecter les droits des salariés, notamment le droit syndical, difficile à mettre en œuvre, pour remédier à cette situation. Dans bien des pays en Europe, y compris en France, ce rapport fait également état de nombreuses restrictions apportées aux libertés syndicales. En somme, une immense partie des travailleurs n’ont pas accès à la liberté syndicale. Quant à ceux qui y parviennent c’est trop souvent au prix de vexations et de violences de toutes sortes.

Mais, arrêtons là pour l’instant nos propos sur les difficultés à s’organiser pour lutter contre les souffrances sociales pour faire quelques remarques sur l’ensemble de celles-ci. Tout d’abord, elles affectent une grande partie de la population mondiale. Et ce, d’autant que toutes ces souffrances ne sont pas comptabilisables. D’aucuns objecteront que cette énumération situe sur le même plan des souffrances de gravités tout à fait différentes. Mais, peut-on établir une hiérarchie dans celles-ci, et n’en retenir que quelques-unes ? Une souffrance, physiologique, psychologique, sociale reste une souffrance dont l’importance n’est pas toujours perceptible par une personne extérieure.

En France aussi il existe actuellement un grand nombre de situations sociales douloureuses, de même que dans d’autres pays voisins en Europe. Quant aux pays du Sud, si certains d’entre eux ont vu leur niveau de richesse nationale augmenter cela n’a pas permis d’enrayer les souffrances de leurs populations les plus exposées.

Il faut aussi mentionner l’augmentation des souffrances qui sont la conséquence de perturbations environnementales dues aux activités humaines : des personnes qui souffrent de cancers dus aux expositions aux pesticides, à divers autres produits, à des surdosages d’irradiation, voire à des ondes électromagnétiques où nous n’avons pas de statistiques, même si certains exemples ont été mis en évidence. Il y a aussi les conséquences du réchauffement climatique, avec des déplacements de populations qui, selon certains spécialistes, risquent dans quelques années, de prendre des proportions inquiétantes.

Enfin il existe également un grand nombre de souffrances psychiques, telles que celles qui sont subies aussi bien par les chômeurs que par nombre de salariés, des souffrances sociales qui ne sont pas toujours liées au niveau de ressources d’un individu mais qui l’affectent parfois pendant de longues périodes de sa vie.

Est-ce que cela a toujours été ainsi et le sera encore demain ? Cette question nous interpelle.
3 – A propos de l’évolution de ces souffrances dans l’histoire
Une souffrance est souvent acceptée parce qu’elle nous semble inévitable, et faire partie d’un certain ordre des choses. D’autant que l’on se dit qu’elle est aujourd’hui moins importante qu’hier et que l’on espère que demain elle va disparaître. En est-il de même pour les souffrances sociales ?

Ce vaste problème nous interpelle, car nous vivons dans une société où a toujours existé une vision de l’évolution permanente et continuelle des connaissances, des techniques et du progrès social. Il faut aussi reconnaître un certain nombre d’avancées pour une partie des populations, notamment dans nos pays occidentaux. Les progrès de la science et des techniques ont permis un mieux-être dans plusieurs domaines, l’habitation, l’alimentation, l’éducation, la santé… N’est-ce pas la perception que nous avons de l’évolution du bien-être social ?

De plus, on ne peut pas faire du romantisme sur certains aspects de la vie d’hier, en gommer nombre de réalités douloureuses pour dire que « c’était le bon temps », aussi bien pour le travail à la campagne que pour celui dans les premières usines des siècles derniers. Pour autant, cette seule appréciation ne gomme-t-elle pas également certaines réalités d’aujourd’hui ? Le petit paysan a quitté sa terre pour aller travailler en ville. Les agriculteurs qui sont restés, ont dû se mécaniser, s’agrandir, s’endetter et travailler tout autant. Sont-ils plus heureux ? Quant aux salariés qui ont, dans un premier temps, acquis des garanties sociales et une meilleure qualité de vie, n’en voit-on pas un nombre de plus en plus significatif perdre leur emploi, une partie de leur protection sociale, ou travailler dans de mauvaises conditions physiques et psychiques ? Il semble que nos visions parfois simplistes méritent d’être plus nuancées.

Si l’on s’interroge sur le prix exorbitant payé par de nombreuses populations, pour parvenir au niveau de nos sociétés dites « développées » d’aujourd’hui, si nous regardons le niveau de développement des différents pays du monde, aux XV et XVI e siècles, nous remarquons que certains pays européens ont profité de leur avance sur d’autres continents pour asservir les populations de ces derniers pays. L’Europe a ainsi pu, non seulement maintenir son avance, mais aussi aggraver les différences Nord/Sud, avec un développement plus rapide au Nord, mais au prix de populations maltraitées, de guerres, de recours à la corruption, à l’esclavage et aux colonisations.

La division du travail a sans doute permis l’émergence de nouvelles activités, la maîtrise de certaines compétences et techniques et donc, contribué au développement. Mais, les guerres, les massacres tout comme la soumission de certains pays à d’autres étaient-ils indispensables pour le progrès économique et social ? En poursuivant sur cette approche, les conditions de travail infligées aux salariés, notamment aux enfants des manufactures au XIX ème siècle constituaient-elles un parcours incontournable pour parvenir à notre bien-être d’aujourd’hui ? Le docteur Louis René Villermé, connu pour son tableau de l’état physique et moral des ouvriers et employés dans les manufactures de coton, de laine et de soie (publié en 1840) en dresse un tableau édifiant. Parmi ses remarques, il indique que : « Les deux industries (laine et coton) n’exigent… de la part des enfants qu’une simple surveillance mais pour tous, la fatigue résulte d’une station debout beaucoup trop prolongée. Ils restent 16 à 17 heures debout chaque jour, dont 13 heures au moins dans une pièce fermée sans presque changer de place ou d’attitude. Ce n’est plus là un travail, une tâche, c’est une torture. » 33

Ces conditions de travail notamment pour les enfants perdurent encore. Si, en France, l’amélioration de ces conditions a connu une phase ascendante jusqu’aux années 1980, depuis, nous sommes dans une période de détérioration. Aux souffrances physiques d’hier, viennent s’ajouter pour un nombre important de salariés, des souffrances psychiques au travail. Une durée du travail qui a diminué avec un mal-être du salarié qui a augmenté. Avec la mondialisation, et la mise en concurrence des salariés de pays à régimes sociaux et fiscaux différents, on peut craindre dans l’avenir, à défaut de luttes sociales significatives, une aggravation de ces conditions de travail.

De plus, au regard de la mécanisation et de l’augmentation croissante de la productivité, se pose la question d’une diminution plus importante de la durée du travail. Une question déjà posée au XIX e siècle où ce phénomène n’était pas aussi prégnant. C’est Paul Lafargue, le gendre de Karl Marx, connu au travers de ses écrits sur le Droit à la Paresse qui, sous une forme pamphlétaire, dénonce les conséquences néfastes de l’exagération de la croyance aux vertus du travail et motive sa conception en disant notamment : « Pourquoi ne pas le distribuer uniformément sur les douze mois et forcer tout ouvrier à se contenter de six ou de cinq heures par jour, pendant l’année, au lieu de prendre des indigestions de douze heures pendant six mois ?... Abêtis par leur vice, les ouvriers n’ont pu s’élever à l’intelligence de ce fait, que pour avoir du travail pour tous, il fallait le rationner comme l’eau sur un navire en détresse. » 34 Alors que le nombre de chômeurs augmente, il semble que cette approche du partage du travail, au cours de la vie d’un salarié ne soit pas encore bien comprise et admise par nombre d’acteurs économiques, politiques et sociaux.

Il est également possible de s’interroger sur les progrès en matière de santé, qui sont certes indéniables, mais qui, ces dernières décennies commencent à être sérieusement perturbés par l’ensemble des nuisances environnementales dues à des activités humaines. Pour exemple des territoires qui ne peuvent plus être occupés, ou qui le sont, aux risques et périls des gens qui s’y aventurent, suite à des catastrophes nucléaires, comme celles de Tchernobyl en 1986 ou de Fukushima en 2011. Ces territoires ne peuvent plus être cultivés.

En énumérant les nombreux domaines affectés par la pollution, ayant des conséquences directes sur l’alimentation ou l’environnement de l’homme, il est également possible de se poser des questions sur l’avenir. Des territoires plus vastes sont pollués et, on ne mesure pas l’importance de leurs incidences, pour exemple sur l’alimentation des poissons mer avec la présence de métaux lourds et de déchets radioactifs enfouis dans certaines zones. Pas plus, qu’on ne mesure l’influence du réchauffement climatique sur certaines populations déjà affectées par le début de ce processus.

En somme, à défaut de revisiter notre présent, sans concession, demain risque d’être encore pire qu’aujourd’hui. Il est possible de commencer cette réflexion, en jetant un regard sur les souffrances sociales pendant toutes les périodes de la vie d’un individu.
B – Les souffrances sociales à toutes les périodes de la vie
Nous retiendrons la division souvent utilisée des trois périodes de la vie, avec l’enfance, l’adulte et la vieillesse, même si au fil des siècles, et selon les pays, chacune de ces périodes recouvre souvent des réalités différentes. Pour intégrer ce caractère extensible de chacune de ces périodes, il est possible de les libeller comme suit : « de la naissance à l’âge adulte » puis, « du jeune adulte au senior » et enfin, « du senior à la personne âgée ».

Pour une période donnée, nous pouvons observer dans quelles circonstances l’individu est affecté par telle ou telle souffrance sociale. Et ceci, tout en intégrant l’influence familiale qui a parfois été minimisée avec le rêve américain permettant à quiconque ayant du courage, de sortir d’une enfance difficile pour prendre place parmi les riches. Version française, cela donne l’ascenseur social, pour l’élève, fils d’ouvrier et de paysan qui, grâce à son travail scolaire, ira rejoindre les diplômés puis les couches aisées de la nation. Dans certaines circonstances, comme lors de repas de famille, de tels exemples ne constituant pas la norme, sont parfois mis en évidence.

Ces dernières années, on parle plus souvent de solidarité familiale. Ce n’est pas par hasard que cette question survient, lors d’une période où l’État est tenté de se désengager en matière de politique sociale. Une période où la tentation de certains politiques est grande de culpabiliser les familles « qui ne s’occupent pas » de leurs enfants (suppression des allocations familiales lors d’absence de l’enfant aux cours), ou encore des familles « qui ne s’occupent pas » des personnes âgées. Ainsi, « La question des solidarités familiales est donc intrinsèquement liée dans le débat public contemporain à celle de la crise, de la restructuration, des limites ou du repli de l’État providence. » 35 Cette question nous interpelle donc sur l’état actuel des solidarités intergénérationnelles.
1 – De la naissance à l’âge adulte
Au niveau familial, l’enfant est souvent chéri par ses parents, qui veillent à répondre à ses besoins. Mais, selon son lieu de naissance et le niveau social de sa famille, il aura plus ou moins de chances d’échapper à certaines souffrances sociales. S’il naît dans un pays du Sud, il y a une plus grande probabilité qu’il en soit affecté, parce qu’il ne pourra pas toujours accéder à ses besoins fondamentaux, en ce qui concerne l’alimentation, le logement, la santé et l’éducation...

Lorsqu’il ne peut accéder de façon régulière à une nourriture suffisante, Jean Ziegler 36 , en qualité de rapporteur des Nations Unies pour le droit à l’alimentation de 2000 à 2008, nous résume les conséquences : « La sous- alimentation sévère et permanente provoque la souffrance aiguë, ... Elle rend léthargique et affaiblit graduellement les capacités mentales et motrices... Chez les enfants… l’agonie s’annonce beaucoup plus rapidement... Ils perdent rapidement du poids. Leur système immunitaire s’effondre. Les diarrhées accélèrent l’agonie... Comme autant de petits animaux, ils se recroquevillent dans la poussière. Leurs bras pendent sans vie. Leurs visages ressemblent à ceux des vieillards, Enfin vient la mort. » S’il échappe à la mort il perdra pour toujours une grande partie de ses capacités physiques et mentales. Bien souvent, il aura perdu sa maman car, « Chaque année des millions de femmes sous alimentées mettent au monde des millions d’enfants condamnés dès leur naissance... Dans les pays du Sud, 500 000 mères meurent en couche tous les ans, la plupart par manque prolongé de nourriture durant la grossesse » .

Dans ces mêmes pays, un grand nombre d’enfants peuvent avoir un poids normal, mais souffrir de malnutrition. Il s’agit de carences en vitamines et sels minéraux, indispensables dans l’alimentation. Pour reprendre Jean Ziegler, elles « peuvent... entraîner de graves problèmes de santé : une très grande vulnérabilité aux maladies infectieuses, la cécité, l’anémie, la léthargie, la diminution des capacités d’apprentissage, le retard mental, les déformations congénitales, la mort.... La malnutrition dévaste tout particulièrement la classe d’âge de zéro à cinq ans... La moitié des décès des enfants de moins de cinq ans dans le monde ont pour cause directe ou indirecte la malnutrition... »

En France il est également possible de constater un certain déterminisme familial. Dans quelle situation sont les parents qui disposent de ressources insuffisantes ? Pour cela il nous faut revenir aux études sur les personnes qui se situent au-dessous du seuil de pauvreté. Pour rappel il s’agit, selon les calculs 2009 37 , d’une population de 4,5 millions qui perçoit moins de 795 euros par mois pour une personne seule. 23% des chômeurs sont dans ce cas. Ils représentent 18,1% de la population pauvre. Il y a aussi 11,7% des travailleurs indépendants qui représentent 9,6% de cette même population, puis 3,1% des salariés représentant 20,2% de la population au-dessous de ce même seuil.

Ces différentes catégories sociales ont des enfants, vivant sous leur toit parfois bien après 20 ans. Ces derniers représentent plus de 50% des 4,5 millions de pauvres. Ce sont des personnes de moins de 30 ans, c’est à dire des enfants des adolescents ou des jeunes adultes. En France cette misère touche donc d’autres populations que celle des chômeurs, notamment celle des salariés et travailleurs indépendants.

Toujours en France, les cas d’enfants qui souffrent de sous-alimentation ou de malnutrition sont beaucoup moins fréquents mais, dans le contexte actuel, ils peuvent exister. La F.A.O. comptabilise bien dans nos pays occidentaux dont la France fait partie, neuf millions de personnes qui souffrent de sous-alimentation. Dans ce chiffre, il est donc possible qu’il y ait des enfants de notre pays. Il faut reconnaître que des associations comme « les Restos du Cœur » permettent de diminuer le nombre de ces souffrances.

C’est aussi d’une mauvaise alimentation, que souffre l’enfant qui vit dans une famille, qui se trouve dans une situation précaire ou d’exclusion. Une nourriture équilibrée, est alors hors de portée des parents. L’enfant se nourrira principalement d’aliments gras ou sucrés. Ce qui provoquera des surcharges pondérales qui vont entraîner des problèmes de santé avec des souffrances physiques. Mais aussi des souffrances psychiques, parce que l’enfant aura honte de son obésité, ou qu’il subira des humiliations au niveau de son entourage scolaire.

L’accès à l’alimentation est et sera de plus en plus lié à l’accès à l’eau. En effet, il faut de grandes quantités d’eau pour produire de la nourriture, 1500 litres pour un kilogramme de blé et dix fois plus pour la même quantité de bœuf. Aujourd’hui 1,6 milliard de personnes sont victimes de pénurie d’eau et l’on estime qu’en 2025 les 2/3 de la population mondiale sera exposée au stress hydrique 38 . La mauvaise qualité de l’eau provoque 3 millions de décès par an dont la majorité est constituée d’enfants de moins de 5 ans 39 . Les maladies diarrhéiques tuent 6000 enfants par jour.

Pour ce qui est de l’accès au logement, il y aurait dans les pays du Sud, 120 millions d’enfants des rues, qui souvent ne vivent plus avec leurs parents dès leur tout jeune âge 40 . D’autres restent dans leur famille, et font partie des sans-toit. D’autres encore ont un toit, mais avec des conditions d’habitation misérables, pour exemple les enfants des favelas ou de nombreux bidonvilles au Brésil ou dans d’autres pays du Sud.

En France aussi, les enfants sont affectés par les logements de mauvaise qualité, ou surpeuplés, que leurs parents ont des difficultés à obtenir. Il s’agit d’enfants d’immigrés de pays africains ou d’autres pays du Sud, mais aussi ceux de familles sans activité, de fils d’ouvriers ou d’employés, dans nombre de familles monoparentales. Aux pourcentages déjà cités plus haut, il faut ajouter maintenant, celui des jeunes qui sont les plus touchés : 28% des moins de 30 ans, alors que ce taux est de 14% pour l’ensemble des ménages. Ces enfants sont alors affectés par l’humidité, le froid, la mauvaise hygiène qui engendrent parfois des maladies, le bruit et les violences de leur entourage, qui perturbent leur sommeil et leurs besoins d’être sécurisés.

L’accès à la santé pose problème pour les enfants qui ont souffert de sous-alimentation ou de malnutrition. Plusieurs subiront des conséquences irréversibles. D’autant que, dans les pays du Sud, l’accès aux soins est parfois difficile, voire inaccessible. Il y a aussi les enfants qui souffrent des conséquences d’avoir bu une eau non potable. Selon l’ONG Humanium, chaque année, 13 millions d’enfants de moins de 5 ans décèdent de maladies qui auraient pu être soignées. Les populations pauvres sont les plus touchées, car elles sont exposées à l’insécurité alimentaire, au manque d’eau et d’assainissement. Les populations du Sud et, notamment les enfants, sont également exposées au paludisme et au sida.

En France certaines personnes ayant de très faibles ressources ne peuvent pas toujours soigner correctement leur enfant. Ils ne peuvent lui donner une alimentation saine, source première de bonne santé. De même, faute d’une couverture complémentaire par une mutuelle, certains soins sont évités ou pas correctement effectués, notamment les soins dentaires... L’ONG Médecins du Monde (MdM) indiquait lors de la journée mondiale du refus de la misère, le 17 octobre 2012, que le nombre de personnes accueillies depuis 2008 a augmenté de 22%, et que, 99% de celles-ci vivent au-dessous du seuil de pauvreté.

Pour l’accès à l’éducation, dans les pays du Sud, nombre d’enfants ne peuvent aller à l’école, parce qu’ils sont accaparés par les travaux des champs, voire même employés dans une usine pour compléter des revenus insuffisants de leurs parents. Selon l’OIT 41 215 millions d’enfants travaillent dans le monde, dont 115 millions dans des travaux dangereux. Parmi ces dernières activités 59% sont employés dans l’agriculture, où ils sont parfois utilisés dans des activités, telles que la pulvérisation de pesticides auxquels ils ont déjà été exposés, lorsque leurs mères les portaient en effectuant ce même travail.

Les autres secteurs, où travaillent également les enfants, sont les services et l’industrie. Ils sont alors souvent exposés à bien des dangers, comme dans les mines d’or, avec les expositions aux vapeurs de mercure, ou dans le textile avec les inhalations de produits chimiques… Pour l’OIT c’est l’âge de 18 ans, qui marque la limite entre l’enfant et l’adulte. Le travail des enfants ou des adolescents, est bien plus qu’une simple aide aux parents. Il l’accapare dans des activités qui le privent de son enfance, nuisent à sa scolarité, sa santé et son développement physique et mental.

En France, certains contextes familiaux peuvent perturber la scolarité de l’enfant, des parents qui sont dans une situation précaire, et qui se désintéressent de son suivi scolaire, des situations de mésentente parentale. Ce qui est d’autant plus grave, quand ceux-ci n’ont pas de travail, et sont continuellement à la maison. L’environnement est aussi un marqueur, lorsque l’enfant vit dans un quartier difficile sujet à des manifestations de violences. Dans certaines circonstances, il cherchera à s’intéresser à d’autres activités. Selon l’OCDE en 2012, 16% des Français de 25 à 34 ans n’ont pas terminé leurs études scolaires. De plus, 16,6% des 20 à 24 ans n’ont aucun diplôme. Cette étude indique que l’incidence socio-économique d’origine des enfants français sur leur scolarité, est supérieure à la moyenne de l’OCDE.

Des auteurs spécialisés dans le suivi de l’enfant, s’accordent sur le fait que les situations d’échec scolaire sont lourdes de conséquences sur l’équilibre psychique et affectif. Il s’agit de différentes manifestations d’anxiété, de troubles psychosomatiques, de sentiments de culpabilité… Ses différents échecs scolaires donneront à l’enfant devenu adolescent, une image dévalorisante de ses aptitudes. Selon ses fréquentations, il sera parfois plus tenté, dans certains conflits, de s’exprimer par la force, que par un échange d’opinions avec son contradicteur.

Lorsque l’on fait un détour sur la génération née dans les années 1970 et suivantes, on voit que ces enfants commencent à dépasser la quarantaine pour les plus âgés. Ils ont connu bien des difficultés, à commencer par un contexte familial souvent perturbé par des séparations de leurs parents et ensuite par des problèmes d’emploi dans lesquels ils se débattent toujours, pour certains. Depuis les années 1990, cette question interpelle. Pour un auteur : (elle) obsède les meilleures consciences, culpabilise nombre de parents, trouble les enseignants et les éducateurs et déroute les politiques. » 42

A quel âge devient-on adulte ? Dans certains pays du Sud, on commence à travailler alors que l’on est qu’un enfant, et que l’on n’a même pas 10 ans. En France, le travail des enfants était répandu y compris dans les usines, il n’a été réglementé qu’à partir de 1889, et réellement interdit pour les moins de 14 ans qu’à partir de 1914. Mais cette interdiction, ne trouvait véritablement à s’appliquer que dans les usines, pas dans le monde rural qui était encore important lors de la première moitié du XX ème siècle. Il y a aujourd’hui des normes internationales qui l’interdisent mais, de nombreux enfants travaillent encore dans les pays du Sud.

En France, l’enfant travaille rarement tout jeune pour pallier aux ressources insuffisantes de ses parents et, qui plus est, il lui est impossible de trouver du travail pour prendre son indépendance à vingt ans et parfois bien au-delà.
2 – Du jeune adulte au senior
L’âge adulte correspond souvent au moment où le jeune quitte sa famille pour prendre son autonomie, vivre de ses propres ressources et parfois, fonder une autre famille. Mais, fréquemment, dans les pays du Sud comme en France il ne va pas couper tous les liens familiaux. Lorsque ses parents font partie des couches aisées et cultivées, il va bénéficier de relations pour trouver plus facilement une activité valorisante, lui permettant de vivre décemment. Une bonne situation économique et sociale des parents, a souvent des retombées sur celle des enfants.

Dans un contexte de rareté de l’emploi, à diplôme ou niveau de formation équivalent, le candidat bien introduit sera préféré à celui qui n’a pas de relation. A contrario, une personne de milieu défavorisé va être doublement pénalisée, dans un premier temps au cours de sa scolarité puis, en tant qu’adulte lorsqu’elle va devoir chercher du travail. Une pénalité d’autant plus importante, dans un contexte où les jeunes sont les plus exposés au chômage.

Dans les pays du Sud, il faut noter plusieurs situations particulières. Parmi les plus dramatiques, celles des adultes issus de familles rurales ayant été expulsées de leurs terres et ne pouvant y accéder. Ces jeunes adultes vont grossir la population rurale vivant misérablement. Certains vont devenir travailleurs ruraux, et d’autres vont quitter la campagne et rejoindre les villes. D’autres encore, risqueront leur vie pour rejoindre l’Europe, et tenter de trouver un travail, puis envoyer un peu d’argent au village.

En France les parents sont parfois présents pour faire face aux aléas de la vie d’un adulte lorsqu’il rencontre des problèmes professionnels, comme la perte de son emploi, un problème qui peut se prolonger par une séparation au sein du couple. S’il bénéficie du soutien de ses parents dans de telles circonstances il pourra plus facilement « garder la tête hors de l’eau ». Il peut parfois être hébergé, ce qui n’est pas le cas lorsqu’il a quitté sa région natale pour trouver du travail. Sa situation devient dramatique, lorsqu’il a été obligé de quitter son pays, pour assurer sa survie et parfois, celle de sa famille.

On ne peut donc pas parler de la population des adultes comme d’un ensemble homogène, muni des mêmes atouts dès leur naissance.

N’oublions pas non plus les problèmes liés au genre. La femme des pays du Sud sera plus exposée que l’homme aux problèmes de sous-alimentation, car dans certaines régions, elle ne s’alimente que lorsque les hommes et les garçons ont terminé leur repas. De même, c’est souvent la femme qui est sollicitée pour les travaux domestiques, le ménage, l’approvisionnement en eau… Lorsque que des usines de textile ou d’électronique s’installent près des villes ce sont encore des femmes qui occupent la majorité des postes, où les conditions de travail sont les plus pénibles. Ceci d’autant que ces usines se trouvent trop souvent dans des zones franches où l’employeur n’a aucune obligation de respecter les droits des salariés.

De plus, le travail forcé existe encore de nos jours. Selon des indications de l’OIT, en 2012 on en comptait encore 20,9 millions dans le monde. Il s’agit d’un travail imposé par la contrainte, le mensonge ou la ruse. Le chiffrage de cette population n’est pas facile, car il s’agit d’activités pour partie invisibles. Parmi ces travailleurs, il y avait 55% de femmes et de filles, soit 11,4 millions, et 45% d’hommes et de garçons, avec au total 74% d’adultes et 26% soit 5,5 millions d’enfants. L’ensemble de ces travailleurs subissent les pires conditions de travail, avec des horaires dépassant souvent les 12 heures par jour, sans aucun jour de repos dans la semaine et dans l’année, sans salaire….

En dehors de ces conditions extrêmes, un travail décent dans bien des pays du Sud, n’est pas facile à trouver. D’autant que les plans d’ajustement structurels du FMI (Fonds Monétaire International), de ces dernières décennies, ont abouti à la suppression de milliers d’emplois, dans la fonction publique. Bien des travailleurs des campagnes ne parviennent pas à accéder à un lopin de terre et d’autres n’ont pas suffisamment de ressources pour faire vivre leur famille.

En France la situation de l’emploi s’est considérablement détériorée avec plus de 10% de chômage lors de l’année 2013. Avec des jeunes qui n’ont pas de droit aux indemnités de chômage et d’autres faiblement indemnisés, il y a un appauvrissement d’une partie significative de la population. Ce qui explique la pression sur ceux qui ont un travail précaire ou à temps partiel, et qui souhaitent un travail plus stable et à temps plein. Ce phénomène de perte d’un statut social protecteur pour une partie de la population salariale, s’est accompagné d’un mouvement de déqualification. Le sociologue Robert Castel indique que ce phénomène a commencé dans les années 1970. Il le décrit en disant notamment : « C’est ainsi que des jeunes titulaires d’un CAP ou d’un BEP occupent de plus en plus un emploi inférieur à leur qualification… Il en résulte une démotivation et un accroissement de la mobilité précarité… surtout que les jeunes réellement non qualifiés risquent de n’avoir aucune alternative au chômage… » 43

Reconnaissons des situations plus sereines où l’adulte fonde une famille et dispose d’un logement décent. Il gère les soucis du quotidien, et est satisfait tant de son emploi, que de l’évolution de sa famille. Mais, il peut arriver qu’à un moment, tout bascule malgré une activité stable et relativement rémunératrice, parce que les conditions de travail se dégradent et, au bout de quelques mois, la dépression s’installe, et se termine par une tentative de suicide qui, malheureusement « réussie » dans certains cas. Une présence syndicale dans l’entreprise ne va pas pour autant générer de prise en charge de ces souffrances, avec des comportements, permettant d’agir avant qu’il ne soit trop tard 44

Une autre souffrance est subie par des millions de salariés proches de la soixantaine qui, soit ne trouvent plus d’emploi, soit occupent un travail qu’ils ont envie de quitter le plus vite possible, pour prendre leur retraite. Ces adultes ont beaucoup de difficultés à admettre qu’il faut attendre de plus en plus tard avant de prendre leur retraite, alors que le chômage ne fait qu’augmenter, et que l’activité qui, auparavant les valorisait, produit aujourd’hui l’effet inverse. En effet, dans nombre d’entreprises le climat social s’est considérablement détérioré.

S’il existe encore des travailleurs qui ont plaisir à se rendre au travail, de par l’intérêt qu’ils portent à leurs activités, force est de constater, que ce nombre est en forte diminution. Ils sont de plus en plus nombreux à souffrir au travail, parce qu’ils ne sont plus l’objet d’aucune considération.

Il s’agit là aussi d’une souffrance psychique proche de celles évoquées par Christophe Dejours. C’est ce que Pierre Bourdieu désignait sous le nom de : « misère de position… vouée à paraître « toute relative », comme on dit, c’est-à-dire tout à fait irréelle,… on la compare à la misère de condition. » 45 Si la personne qui en est affectée se confie, il lui est souvent objecté « tu n’as pas à te plaindre, il y a bien pire que toi »

Sinon, pour revenir à notre notion d’accès aux besoins fondamentaux, l’adulte va être confronté aux mêmes types de souffrances que l’enfant, mais aussi à d’autres plus spécifiques, notamment parce qu’il doit assumer, non seulement sa propre subsistance, mais aussi celle de sa famille.

L’adulte de pays du Sud est aussi touché par la sous-alimentation et la malnutrition, soit parce qu’il a subi ces carences étant jeune et qu’il en a gardé de graves séquelles (cécité, déficience mentale...), soit parce qu’il en a été affecté en tant qu’adulte. Il aura d’autant plus de risques d’en être touché qu’il fait partie des populations rurales des pays du Sud, et encore plus si c’est une femme.

En France l’adulte qui ne dispose pas de revenus suffisants va également être touché par une mauvaise alimentation. Certains ont recours à des associations comme les Restos du Cœur.

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