Témoin de l
147 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus

Témoin de l'aube

-

Obtenez un accès à la bibliothèque pour le consulter en ligne
En savoir plus
147 pages
Français

Vous pourrez modifier la taille du texte de cet ouvrage

Description

"Témoin de l'aube". Denis Clair. C'est rare un homme qui a le courage d'être libre, c'est-à-dire d'être prêt à payer pour les conséquences de cette liberté." (Albert Memmi).
"Le "roman" de Denis Clair mérite la louange car il divertit, il passionne et, surtout, il émeut, parce que c'est une page d'histoire de notre France si riche, si belle et si dénigrée. Denis Clair décrit, avec une plume tour à tour acerbe et tendre, ce peuple admirable pour son courage et sa sagesse qui triomphe toujours de ses politiciens.".
La première partie de ce livre a été publiée en 1966 sous le titre La Colère et la Grâce. La seconde partie a été publiée en 1977 sous le titre Témoin de l'Aube.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 mai 2010
Nombre de lectures 244
EAN13 9782296703636
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Exrait

Témoin de l’aube
Denis Clair


Témoin de l’aube

Témoignage
© L’Harmattan, 2010
5-7, rue de l’Ecole-Polytechnique, 75005 Paris

http://www.librairieharmattan.com
diffusion.harmattan@wanadoo.fr
harmattan1@wanadoo.fr

ISBN : 978-2-296-12430-1
EAN : 9782296124301

Fabrication numérique : Socprest, 2012
Ouvrage numérisé avec le soutien du Centre National du Livre
PRÉSENTATION DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Les meilleurs romans sont des autobiographies parce qu’ils sont le témoignage de la réalité et c’est ce qui leur donne leur crédibilité. Il y a un accent de sincérité qui ne trompe pas le lecteur et qui l’émeut. Cette image de la vie réelle crée la communication parce que, dans son apparente in actualité, elle atteint l’éternité, se référant aux grandes motivations humaines.
Tel quel, le « roman » de Denis Clair mérite la louange car il divertit, il passionne et, surtout, il émeut. Il faut le dire parce que c’est une page d’histoire de notre France si riche, si belle et si dénigrée. Denis Clair décrit, avec une plume qui court allègrement sur les partitions de l’acerbe ou de la tendresse, pour parler de ce peuple admirable pour son courage et sa sagesse qui triomphe toujours de ses politiciens.
Denis Clair a les qualités d’un esprit encyclopédique. Il en a la rigueur scientifique. Sa description des faits est objective. Il raconte, honnêtement, ce qu’il a vu au cours d’une vie tumultueuse où les joies et les peines n’ont jamais altéré son bon sens et son humour. Quand il se laisse aller aux fugues de son interprétation, il le fait avec une conscience et un libéralisme qui désarment. Enfin, la forme et le fond de Témoin de l’Aube sont de valeur égale. Le talent d’expression de l’auteur touche toutes les notes du clavier émotionnel du lecteur. On sourit, on rit franchement, on sympathise,… on pleure.
Enfin, Témoin de l’Aube est un beau concerto d’amour. Amour bouleversant pour Pascale, la compagne de toutes les joies et de toutes les épreuves. Amour des enfants, et leur drame, contés avec une noblesse et une réserve qui atteignent le sublime et forcent l’admiration qu’on porte à leur père. Amour enfin des hommes. Denis Clair protée, éternel combattant d’entreprises passionnées, Don Quichotte désintéressé mais glorieux, traverse les crépuscules pollués de notre civilisation contemporaine, auréolé par sa foi.
On peut combattre l’homme, on ne peut pas lui refuser l’estime.
Docteur J.-A. H UET
Directeur de l’École d’Anthropologie de Paris,
Ancien président du Conseil général de la Seine.
AVERTISSEMENT
La première partie de ce livre a été publiée en 1966 sous le titre La Colère et la Grâce. La seconde partie a été publiée en 1977 sous le titre Témoin de l’Aube . Je remercie ceux qui ont bien voulu les lire, au point de les épuiser.
Nous voici à avril 1999. À ces deux parties, je viens de greffer quelques réflexions ou commentaires complémentaires avec des incidences, voire des faits m’ayant échappé lors de la narration initiale et ayant pris quelque importance avec le temps.
Plutôt que de présenter ces compléments en notes fastidieuses et morcelant la lecture et le récit lui-même, je modifie les temps. En outre, ce que j’écrivais il y a plus de trente ans, je peux le revendiquer aujourd’hui.
Quand je m’entretiens avec des lycéens, ce qui est de plus en plus fréquent, je leur dis,… pour les rassurer d’emblée, que je n’ai pas de leçons à donner, ayant enregistré en ma longue existence plus d’échecs que de réussites et que, au demeurant, l’une des interjections qui m’horripile le plus et qu’on entend si fréquemment, c’est « je n’ai pas de leçon à recevoir de vous », alors qu’on a toujours à apprendre des autres. Mais à l’heure où tant s’épuisent à la recherche de "valeurs", ayant perdu tout point de référence, il en est deux que je voudrais avoir toujours incarné, à ma petite place : la liberté et la fidélité.
D ENIS
PRÉFACE DE LA TROISIÈME ÉDITION
Merci, cher Denis, pour ce magnifique Témoin de l’Aube. Quelle vie époustouflante !, que d’activités, que de chemins ouverts, que de mains tendues ! Combien de rencontres organisées avec des êtres si différents, voire contradictoires, pour les amener au dialogue ! Combien de voyages, si j’ose dire, en faveur du pacifisme !
C’est un récit vivant, électrique, suivi par un humour delibile, assorti de vérités point toujours à dire mais qui doivent pourtant être dites puisque c’est la vérité.


Judith, l’horreur absolue. Cette page m’a touché au cœur. Nous avons perdu la très aimée, foudroyée par une rupture d’anévrisme dans la classe où elle était institutrice. Je t’admire d’avoir réussi à surmonter cette terrible épreuve.
Tu es le sel de la terre. Merci encore.
Gilles PERRAULT


Cher Denis Clair, vous avez compris et montré que « fraternité » était à la fois le but, le chemin, le moyen et la fin.
Merci pour votre œuvre magnifique.
Edgar MORIN
PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
« Très cher, tu as eu raison de rééditer Témoin de l’Aube , ce livre déjà ancien, qui a parlé au cœur de beaucoup et a décidé beaucoup à agir. Que cette lettre dise à tes nouveaux lecteurs la fidélité et l’amitié avec laquelle, par des chemins souvent différents mais toujours tournés vers le même but, durant tant d’années, nous avons été frères. Dans la quasi solitude d’ermite à laquelle l’âge m’a conduit, je t’assure pour toi et tous les tiens combien vous me restez présents dans l’effort de chaque jour. Merci à toi de l’exemple de loyauté que tu n’as cessé de donner autour de toi. »
Abbé P IERRE
PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION
Il y a plus de quinze ans que je connais Denis Clair, je crois pouvoir porter quelque jugement sur lui grâce à nos expériences communes et au parallélisme ou au recoupement de nos pensées et de nos activités. Je m’en sens d’autant plus capable que j’ai souvent partagé les critiques formulées, en mal comme en bien, sur sa personne. Je connais de lui bien des défauts dont il ne parlera pas dans les pages qui vont suivre parce qu’il a jugé indécent d’en faire l’étalage. Il n’a pas la complaisance plus ou moins attendrie ou masochiste des saint Augustin, des saint Jean-Jacques Rousseau, saint Julien Green et des saint Paul Léautaud… ! Malgré tout, je suis certain qu’il ne ferait aucune difficulté pour se raconter en petit comité, à condition qu’on ne soit mû que par une honnête curiosité. Ces péchés, les mortels aussi bien que les mignons… qu’il ne reconnaît pas toujours… sont quand même, je crois, des témoins intimes indispensables pour ma propre enquête. Chaque jour, ils me font davantage apparaître par leur creux un Bugat ou un Denis Clair en relief, celui que j’estime par-dessus tout : avec son énorme capacité de travail, sa gigantesque faim d’activité, son sens aigu de l’organisation et du dialogue, la finesse de son analyse et de son jugement. En dépit d’une propension à la polémique qui est un jeu pour son intelligence, malgré une tendance au parti pris contre ses éternelles et célèbres « têtes de Turcs », nonobstant son indifférence à toute méthodologie et à toute systématique tant sur le plan de la politique que sur celui de l’économie, il est curieux de tout et se passionne pour toutes les causes chaque fois que l’honneur ou la vie d’un homme est menacé. Mais il semble que ce qui le fait transparaître à ceux qui l’approchent d’habitude, bien plus que son manque d’ambition, que son mépris des avantages matériels, que le désintéressement qu’il applique à ses relations officielles, c’est sa pudeur d’intellectuel qu’il emploie à manier l’affection, la tendresse, la sentimentalité et l’émotivité. Pourtant elles sont chez lui, au fond de son cœur, si exquises et si bouleversantes ! Je ne suis pas d’accord avec Denis Clair sur bien des questions : morales, philosophiques, métaphysiques, politiques… Mais nous nous retrouvons le plus souvent sur l’essentiel. Il me plaît parce qu’il est compréhensif et indulgent. Il n’est nullement puritain. Il aime la moquerie et, quelquefois, la gauloiserie. Il me plaît parce qu’il est gourmand comme un enfant, qu’il sait apprécier le fumet d’une sauce ou l’harmonie d’un coin de paysage ou le charme d’un visage. L’étrangeté ou la drôlerie d’une situation ne le laissent pas indifférent. Il sait regarder les hommes en face et les saisir en bloc sans s’abstraire de leurs nuances. Il sait participer à leurs joies comme à leurs peines. Il me plaît parce qu’il ouvre sa maison aux misanthropes écœurés, à la fille de peine comme à la fille de joie, autant aux pauvres qu’aux riches, aux « copains » de passage qu’aux personnages importants. Il me plaît parce que, s’il était Gaulliste, il saurait dire « zut ! » au Général ; s’il était Communiste, siffler les « Pontes » du Parti. Il ne se gêne pas pour critiquer tel Pontife, ni pour se moquer de tel évèque, ni pour « engueuler » tel curé. N’a-t-il pas démasqué tel célèbre bigot de plume et telle Éminence de la Presse confessionnelle ?
Son cœur bat du côté des prolétaires, des travailleurs exploités, de tous les spoliés et de tous les rejetés. Avant le Risorgimento, en tous temps, je l’ai connu tolérant. Voilà des années qu’il dialogue avec les croyants et les athées. Bien des initiatives qui sont aujourd’hui devenues des succès pour le public en même temps que des sinécures pour certains sont dues à Denis Clair qui s’en est déchargé faute de temps et surtout de moyens (car il n’est pas riche et je l’ai toujours vu faisant le funambule sur la tirelire !). Et combien d’œuvres n’a-t-il pas fallu qu’il abandonne aux mains de faux-frères ou de vénérables truands !
Souvent, depuis une quinzaine d’années, je me suis trouvé à côté de Denis Clair dans un combat commun. Après m’être prostitué à l’insupportable proxénétisme patronal, m’aliénant dans une subversion toute platonique, j’ai appris à connaître une forme sans haine de la révolution, à la fois efficace et généreuse. Au cours de mes aventures multiples de salarié au pays du Capitalisme, je n’ai rencontré que deux patrons justes et humains. (Mais leur humanité et leur justice ne les a guère enrichis !). Par contre, j’ai toujours trouvé Bugat (Denis Clair), dans la marge de mes professions, la plume haute, noire d’encre et de saine colère, prêt à foncer sur l’injustice et la déshumanisation de ce siècle. Me voici, aujourd’hui, simple militant, associé à ses travaux. Avec lui, je suis à mon aise, je suis heureux, me sentant enfin libéré des contraintes abêtissantes des tâches impersonnelles et codifiées. La hiérarchie méprisante et absolutiste ne me confine plus dans la tension épuisante de la revendication. Denis et moi sommes nos propres chefs et nos propres ouvriers. Chez nous, le Capital est mort ! Et puis, Denis Clair m’est plus qu’un compagnon de travail, plus qu’un proche par la pensée. Il est un ami.
Le voici enfin, à la fois immense et maladroit, intempestif et attendri, trépidant, gesticulant, hurlant, plaisantant, charmeur disant « Tu » à Dieu et « Vous » à ses frères les hommes. Entre Charybde et Scylla, il saute du coq à l’âne. Mais avec lui, un coq cesse d’être un oiseau et un âne n’est plus un âne ordinaire mais bien la monture du Prophète.
Jean-Claude M YCHEL (1966)
TÉMOIN DE L’AUBE
Mars 1965

M on métier suscite tant de complications et de conflits pratiques, provoque tant de situations contradictoires et exige tant de nuances diplomatiques, que je me sens incapable, finalement, de le faire tenir dans un simple écran panoramique. C’est mon jardin japonais. Il a l’air d’un jeu de botaniste ou d’un bouquet multicolore et désordonné. Mais il faudrait en faire l’inventaire à la loupe et se changer en scarabée pour lui donner un nom à la française, il faut changer d’échelles de valeurs pour en prendre la mesure. Et, me sentant trop malhabile ou trop homoncule pour en tirer le plan, je préfère le vivre. Cela me suffit. L’intensité de l’action me tient lieu de perspective et ma foi est une ligne d’horizon se recréant, comme il se doit, à mesure que je bouge, je n’ai ni jour ni heure. L’occasion vient à moi comme le larron des Évangiles et si elle me laisse languir un tant soit peu, je vais moi-même, provocateur incorrigible, lui tirer le pied par-dessous le drap où elle se relaxe. Sans doute suis-je la victime de mon impatience. Mais ce martyr m’est cher. Il paraît que je donne le vertige à ma famille et à mes amis, que j’ai l’air, dans l’enchevêtrement de mes fils électriques et téléphoniques, soit d’une mouche, soit d’une araignée, que je suis un homme-rat dévorateur de pelure, de carbone et de ruban à machine. Il est bien vrai que je suis une sorte de compositeur fou, éternellement acharné à pianoter sur ma machine à écrire portative comme sur un Pleyel de Lilliput. Mes sonates, mes concertos et mes rhapsodies crépitent, crépitent… on dirait une mitrailleuse hallucinée, un chœur de dents entrechoquées, un déferlement de grêle sur le toit ! Tout vibre autour de mes longs doigts. Mes appels mettent gens et meubles au garde-à-vous. Je hais les silences oisifs qui rêvassent tandis que le monde se mord la queue en hurlant, que la lime des guerres, des mœurs policières et des catastrophes usent l’angle de l’horreur, que le cœur des lâches dégouline comme un cloaque, que celui des riches, comme une noix creuse, se brise, que la faim roule tambour sur les ventres creux des Noirs et des Jaunes sous-développés… !
J’écris en marchant ; je note en dormant ; j’appointe mon crayon avec le couteau à beurre ; j’embrasse mes enfants en étreignant mon transistor ; et – qu’il me pardonne – je parle à Dieu en songeant au facteur du prochain courrier. L’univers est ma tente. Je pérégrine à l’intérieur. Infidèle périodiquement au marronnier de mon jardin, je sais que ses feuilles tombent moins vite que celles de mon calendrier. À chaque jour, pourtant, ne suffit pas ma peine. Car chaque soir que Dieu fait, je me presse à longues enjambées ou écrasant l’accélérateur de ma comète à pneus, tout en consultant ma montre avec anxiété. (Je déteste sa lame mesquine qui me découpe des chiches minutes !). À chaque étape, un nouveau ciel m’accueille, essoufflé, épuisé, mais souriant quand même, d’une main serrant les « Bonsoir ! » locaux, de l’autre étreignant mes « pense-bête ». Et alors, c’est un colloque à diriger, un débat à animer, une conférence à donner ou à présenter, un spectacle à ordonner.
Quelques billets de banque, éphémères, dans une poche et, dans l’autre, des factures à régler, ai-jebien 44 ans ? Quand j’en avais 15, c’était ma mère qui payait et moi qui quémandait l’obole majestueuse de la mater familias. Je suis toujours aussi démuni mais maman ne rembourse plus mes créanciers. Et c’est ainsi que, quotidiennement, je sais que je n’ai plus 15 ans. D’ailleurs comment thésauriser tant que l’État brûle mes titres de transport dans l’estomac de ses locomotives ? Et depuis que je me passe davantage de la SNCF, c’est ma 4 L qui boit mon argent liquide en guise d’essence et d’huile ! Ma lacune financière m’est un genre de vertu. Car si mes coffres-forts sont toujours aussi neufs et inutilisés, c’est autant de gagné en honnêteté et en liberté. Je serais un conquérant bien engoncé si mon armure était en or et ma lance serait bien molle au combat si sa hampe était d’argent ! En somme, je me contente d’exister et d’agir. Il n’y a pas d’autre secret à mon auto-combustion et à mon mouvement perpétuel.
Cependant, par-ci, par-là, j’estime indispensable de regarder derrière moi et de juger la route parcourue. Et je fais le compte de mes pas, l’addition de mes actes et le bilan de mon passé. J’ai le scrupule de l’artisan mais moins de temps que lui pour m’exprimer et créer. Si je cisèle, c’est bien par habitude de l’application. Le polissage est ma politesse inhérente. Je voudrais tant ne pas décevoir par de vains efforts ni me dépenser en gesticulations inutiles ! Chez moi, la plume est une troisième jambe et le plus agile de mes bras, je ne sais plus si c’est ma machine à écrire qui pense pour moi ou si la peau de mon crâne en est la housse, je ne peux méditer sans la salive de l’encre, ni sans que mes touches entonnent leur chant télégraphique. Je suis devant ces phrases-ci comme un Robinson en mal de bavardage. Ces pages sont comme une plage mouvante, sans cesse griffonnées par mes soliloques et, déjà, le vent et le sable de la vie qui vient immédiatement de s’accomplir les couvrent et les recouvrent. Je souhaite que les hommes, mes frères, indigènes visités ou voyageurs rencontrés, sachent me relire et me déchiffrer en me gardant présent à leur âme. Je voudrais que tout ce que j’ai dit dans mes causeries et dans mes confrontations, soit autre chose qu’un vague écho dans leur souvenir et que la marque que j’ai voulu imprimer devant eux soit le signe de piste pour de meilleurs rivages, aux terres vierges de demain.
Si j’ai disserté sur les bienfaits de l’Œcuménisme ou sur les scandales de la Justice et de la Police, ou sur les chances de l’Islam, ou sur les problèmes de la Santé, c’est parce que j’ai désiré ardemment qu’un contact aux vibrations continues s’établisse entre mes auditeurs et moi, entre mes lecteurs et moi et qu’ils restent dans le circuit de ces sujets brûlants, liés plus forts entre eux en même temps que reliés à moi. Et je leur dis encore « Merci ! » de m’avoir préféré à leurs pantoufles, sacrifiant quelque « Show » télégénique ou quelque séance de cinéma pour venir m’écouter dans telle ou telle salle plus ou moins confortable. Je veux conduire à leur rencontre ce petit livre comme un brise-glace de nos dernières timidités et de nos ultimes réticences. Qu’une seule âme nous confonde au-delà de nos différences et de nos désaccords !
Une conférence se plie aux limites d’un thème donné et aux strictes dimensions d’un horaire. Un article, c’est aussi un nombre de lignes rigoureusement comptées. Une chanson, c’est l’éternel Père refrain flanqué de ses trois ou quatre Fils, les Couplets. Ici, je peux être encore le voyageur et l’explorateur sur les fugaces perspectives de la mémoire. Ceux qui me liront pourront me visiter comme un jardin souterrain luxuriant d’anecdotes et touffu de souvenances dans l’ensoleillement des pensées et le parfum des sensations. Plus d’avarice ! Plus de contrainte ! Plus de calcul ! Plus de dosage ! C’est l’imprimeur qui peut désormais décider de planter ici ou là pancartes et barrières.
Je vais, sans visibilité et sans itinéraire, en marche arrière, un peu gris, un peu fol, comme si je fonçais droit devant moi sur des chemins anonymes. La spontanéité sera mon guide touristique et la sincérité ma carte routière. Mais je vous épargnerai les serres chaudes de mon subconscient et les froides potiches de mes mesquineries secrètes. J’éviterai d’entrouvrir mes buissons honteux et de dilapider mes fleurs et mes épines. Je ne suis pas prêt pour d’impudiques inquisitions, j’ai donné congé à mon confesseur, au docteur Freud et M. Hyde. Le bon Père Mauriac peut continuer à distiller ses vignes de Malagar en toute béatitude. Je me passerai de l’invoquer. Je ne donnerai pas à autrui, comme il se plaît à le faire, les pénitences de mes propres péchés. Je ne clouerai pas mes paumes avec des aiguilles à injection tout en vantant mon humilité. Il est vrai que je n’aurai, en retour, ni la garantie de son célèbre sceau, ni ses doigts d’Ecclésiaste sur mes blocs-notes temporels.
Ce que je confierai sera brut et naturel afin de tenter de convaincre ceux qui se découvriront en moi, de ne pas perdre courage, en dépit de tout, et de continuer à s’attacher à leur cause, jusqu’à la moindre réussite. Mais je fausserai souvent compagnie à mon propre personnage, ayant conscience de n’être ni un « superman », ni un magicien, ni un martien. Et, à cause de cela, les biographes se dégoûteraient de moi. Je ne suis pas un cas mais le total de petits cas souvent ordinaires et quelquefois originaux mais toujours à hauteur d’homme.

Je souhaite à mes lecteurs bon voyage et beau temps !
A vec pour seul bagage ses espérances, mon grand-père descendit de ses Pyrénées comme un berger biblique du haut du Mont Sinaï. Son Jourdain fut la Garonne et la Gironde sa Terre Promise. Il y connut grand-mère, l’épousa et, de père en fils, mon humaine nativité eut lieu en 1921 de l’an chrétien à Bordeaux sous le nom de Jean-Maurice Bugat. Un peu grise et un peu gluante sous ses pluies, ses brumes, avec ses balcons de style et ses airs de Grand Siècle, hier encore le négoce entretenait une fièvre vitulaire, rapide mais organisée. Patriarche, mon grand-père y prit le mal des marchands et se mit, en vendant du grain, à semer sa prospérité. Son fils, mon père, un peu timide et trop consciencieux pour faire du bénéfice, ne sut pas, quand il fut responsable du patrimoine, vider de ses graines la corne d’abondance pour la remplir de pièces d’or. Son affaire périclita et, obligé de travailler chez les autres, il se vit, cependant – cas exceptionnel, qui, d’ailleurs, n’infirme point ma philosophie ! appelé à présider un jour la Chambre Patronale Girondine. Il devait, paraît-il, cette responsabilité et cet honneur aux conseils de sagesse qu’il savait prodiguer constamment pour le bien de tous. Malheureusement, il fut terrassé par le cancer et je devins infirmier au pied levé, aidant ma mère du mieux que je pouvais dans les soins qu’elle lui apportait. Aux obsèques, je me souviens d’avoir vu des centaines d’hommes pleurer. Peut-être, était-il un saint ? En tout cas, il ne m’a laissé que des souvenirs de lumineuse bonté et de pacifique générosité. Je crois que cet homme, par sa mort prématurée, a failli à mon éducation et si je suis ce que je suis, intenable, excessif comme un cheval de pampa ou bien envahissant, tranchant et vert comme l’herbe des parcs sauvages, c’est que je n’ai pas trouvé en ma mère la douceur et la souplesse féminines et que sa droiture et son sens du maintien moral ne pouvaient remplacer la calme virilité d’un père. Ma mère, dévouée et bonne, a toujours manifesté ses avis et ses verdicts à sens unique et dans une optique digne mais trop étroite, trop contraignante à mon avis. Déjà volcanique par nature, elle devint sismique et éruptive dès le veuvage. Pourtant, j’avais plus besoin d’un lagon protecteur et tendre que d’un atoll escarpé et solitaire !
Mon enfance, sans passion particulière, ne m’a laissé aucune impression vivace. Je poursuivis de banales études. Déjà, le corset des heures, codifiées, monotones et implacables, contenait avec peine ma turbulence naturelle. Je gigotais de tous mes membres comme un mille-pattes épingle. Ma langue et ma plume, précoces et prodigues, s’exerçaient aux dépens de ceux qui, parmi mes compagnons de scolarité, sacrifiaient à la flatterie des maîtres, au mouchardage des camarades et a la surenchère pour les meilleures places. Je supportais mal la tutelle, pourtant indispensable, mais souvent maladroite, des enseignants. Mais, par-dessus tout, les méthodes imposées par l’enseignement traditionnel me rebutaient. Au risque de me faire passer pour un inapte ou pour un idiot, je laissais s’effeuiller dans une interminable demi-saison l’éphéméride scolaire sur ma blonde tête en vadrouille. Le sablier s’imposait à la cacophonie prudente de la salle de classe, écoulant avec un chuintement de sel fin son banal et amer assaisonnement sur mes enfantines salades ! Alors, on réquisitionna la Providence et on m’imposa de croire au miracle sur commande en me mettant à l’ombre de doctes soutanes et sous leur protection. Et c’est ainsi que je parcourus le cycle secondaire avec la ronde processionnelle des chers Frères Professeurs, dignement sanglé dans mon uniforme aux armes de l’Institution. J’appris à faire le signe de croix comme on présente les armes ; à ne parler à Dieu qu’au garde-à-vous, comme devant un super-pion ; à considérer le Sacrement de la Confession et la composition de Thème Latin comme des revues de paquetage. Ce n’était pas suffisant de me plier à la tyrannie des cours et des programmes, des leçons à la lettre et des devoirs insipides. La Foi rose et merveilleuse que j’avais sucée au biberon doré de l’Histoire Sainte et des légendes sacrées, je devais désormais risquer de la vomir grâce au traitement pilulaire de la discipline. La sévérité formelle des lois et l’obéissance aveugle ou servile aux autorités sont les deux mamelles de l’anarchie universelle. Elles sont l’une et l’autre la vertu du gendarme et le prétexte du voleur !
Sur les bancs de l’Enseignement Libre, j’appris quand même quelques vérités évidentes et définitives qui devaient, en principe, servir à ma gouverne, c’est-à-dire dans la pensée des Frères : m’insérer comme un dément dans la Société conventionnelle en me chauffant grâce au Christianisme comme grâce à un chauffage central. Malheureusement pour eux, toutes ces notions prétendues sages mais irréalistes ou hypocrites ne me furent utiles qu’en les vivant à l’envers. Mais les jugements qu’ils nous livraient comme des conclusions inspirées du Ciel (comme leur Ciel était bas !) méritent que j’en cite une, particulièrement indicative, à vos méditations : « Si Napoléon connut ses revers, c’est parce qu’il avait osé divorcer ! ». Mais les Frères ont évolué et j’aime certaines Écoles Chrétiennes où, maintenant, l’intelligence se joint au dévouement.
Les adultes semblent trop souvent n’avoir rien appris de leurs prétendues expériences dont ils se gargarisent tant, à part un entêtement plus convaincu dans leurs divers préjugés et parti pris. Les Conseils de Famille sont des sénats congrus où les conventions les plus abstraites et les plus ambiguës tiennent lieu de contrat de majorité. On décide de l’avenir des jeunes générations en confondant fatalité du destin avec éventualité, je devins ainsi étudiant à l’École Supérieure de Commerce et d’Industrie. Il fallait bien de l’aveuglement ou de l’imagination pour me lancer comme cela dans une carrière à laquelle aucune qualité ni aucun goût secret ne me prédisposait. De Mammon, je ne tardais pas à passer à Dieu. Alfred Jarry dirait que, du Ministère de la Finance, j’allais au ministère… tout béatement ! Car, désespéré de ne pouvoir conclure positivement au banc d’essai de mes diverses études, ma mère accepta pour moi, pendant un an et demi, une retraite dans un Séminaire de vocations tardives, j’ai toujours eu l’action en avance sur la vocation et ma retraite dure encore. Je suis en même temps un enfant prolongé et un vieillard anticipé. Toujours au guet, l’œil étincelant comme une loupe, l’oreille microphonique et la pensée en radar, je me tenais sur mon perchoir, tel un rapace goguenard ou furibond, prêt à fondre sur l’objet de mes appétits. Catholique d’interrogation, je faisais l’apprentissage de ma foi en attaquant inexorablement du bec et des serres tout ce qui me paraissait aléatoire dans ma religion et dans ses applications, tout ce que, in vitam eternam , la Sainte Tradition comme les lâches habitudes avaient consacré dans ses croyances, dans son culte et dans sa morale. Je jetais, par conséquent, quelques perturbations en ce havre de piété. Mais on ne m’en tint pas rigueur et le Supérieur de ce Séminaire, aujourd’hui Cardinal est resté un ami.
Les « mouvements » m’ont toujours fasciné. Avant d’en inventer quelques-uns à ma guise, je fis l’inventaire et l’essai de la plupart de ceux qui, existant bien avant moi, prétendaient à l’utilité. Je fréquentais donc les associations, organisations et œuvres de jeunesse et, les parcourant à grands pas exigeants, les agaçant de mes questions aussi énervées que nerveuses, je finis par épuiser leur inadaptation à l’actualité et aux nécessités immédiates qui en découlent. Je les jugeais incompétentes pour résoudre les problèmes des jeunes, obnubilées qu’elles étaient par leur mythologie particulière, figées aussi dans un pseudomilitantisme qui se prenait pour un véritable militarisme, aliénées enfin mais consolées à la fois par le plus désuet et le plus mièvre folklore. Et je déplorais qu’on fit si pauvre usage de l’obole privée ou des subventions de l’État mises à leur disposition. Cependant, je goûtais plusieurs années chez les Scouts. J’aimais assez cette découverte de la nature qui venait à mon « visage pâle » comme un coup de soleil ou comme une boule de neige éclatée. Mais les jeux traditionnels du scoutisme faisaient écran entre la nature libre ou l’existence réelle et moi. Cette affabulation du langage, des gestes, du costume, de l’habitat, et de toutes les règles communautaires, qui se voulait chevaleresque et, par là, symbolique et magique, finissait par me paraître obsédante et artificielle. Le Scoutisme, en dehors de tout ce qu’il apporte en vigueur, en courage, en esprit d’entreprise et en générosité, singeait trop une certaine société d’allure féodale, révolue, certes, mais qui a malheureusement ses ramifications et ses correspondants dans nos temps modernes, avec des hiérarchisations absolues et souvent injustes et des ordonnances unilatérales et la plupart du temps inadéquates. Aujourd’hui, le scoutisme s’est rénové et évite ces dérives. Mais je n’ai rien d’un héros de Jules Verne. L’aventure inconfortable ne me charme nullement en elle-même. Je n’ai pas de dispositions particulières ni pour le sport musculatoire, ni pour une rigide et insensible frugalité diététique, ni même pour une hygiène physique chronologique et méticuleuse ! Et puis, Ingres gauche et malhabile, je n’ai jamais pu jouer sur le violon du dimanche la musique concrète du bricolage.
Je suis douillet et ridiculement délicat sur le plan des sensations périphériques. C’est pour cela, par exemple, que j’avais besoin du concours des « gars » de ma patrouille pour dresser ma tente, car j’ai horreur de l’impression produite sur ma peau par la rosée du petit matin.
Un de ces mouvements de jeunesse auquel je participais me plaça sous la tutelle très sentimentale d’un aumônier qui aurait pu jouer dans les « Paternités particulières » si Peyrefille en avait écrit le roman et le scénario ! Ma mère, innocente dans l’acharnement sincère de sa dévotion, m’encourageait à aller vers lui, m’enfermant en toute inconscience mais littéralement dans les plis moites de sa soutane. Elle nous prenait tous deux pour des âmes désincarnées et n’avait à cœur que d’assurer mon salut. Hélas ! contre toute apparence, le saint délégué de la vierge me bénissait d’un doigt curieux et posait sur ma chair l’inquiétante protection de ses paumes avec une insistance vraiment militante ! Il murmurait : « Comme c’est beau la pureté, mon enfant ! », sans doute en rêvant à celle qu’il n’avait plus et en jugeant que l’innocence est un hors-d’œuvre qui se mange cru et frais ! Très désagréable sensation… que je tolérais d’autant moins qu’elle mettait le Seigneur à contribution pour une sorte de péché que les confesseurs savent trop souvent signaler aux obsédantes inquiétudes de la puberté.
Par contre, je garde un souvenir chaleureux de mon « apostolat » rural. Un Curé que j’aimais bien faisait appel à mon aide chaque fois qu’il changeait de paroisse pour le regroupement de ses jeunes, j’ai ainsi participé de bon cœur et avec enthousiasme à la création de trois ou quatre sections de la J.A.C. (Jeunesse Agricole Chrétienne). Placé au contact des petits paysans, j’ai pu peser sur le tas leur joie truculente et rieuse et comprendre leur simple fierté à la mesure des saisons et des exigences de la terre. Ce n’était pas là un métier de tout repos. Car, dans notre sud-ouest manichéen, régnait encore l’empire double des « calotins » et des « mangeurs de curés » ! Les uns brandissaient de ridicules et peu charitables excommunications et les autres nourrissaient une méfiance féroce et des préjugés pour le moins anachroniques. Or malgré mon précoce anticonformisme et ma large tolérance, je campais au Presbytère et l’ombre de sa croix faisait mon cimetière. Aux yeux des anticléricaux, j’étais donc un cadavre en instance. À la sortie de nos petits conciles, nous recevions l’hommage vigoureux de projectiles variés que l’occasion saisonnière seule maintenait dans une ordonnance solennelle : tomates au printemps, mottes en été et neige en hiver. Et, en plus chaque fois, la pierre volante chère aux Jacqueries ! Il nous fallait poursuivre les lapideurs et leur catapulter nos pieds aux fesses. Mais nous ne tardions pas à célébrer la camaraderie retrouvée autour d’un verre de vin au rubis vacillant et de châtaignes qui éclataient de rire et de cuisson, sentant la cendre rouge et la farine chaude et sucrée.
D’autres années, chevaliers d’une croix de carton aussi dévouée qu’artificielle, nous partions, tous les jeudis, à la conquête des terres païennes qui, en l’occurrence, se confondaient avec la « banlieue rouge » bordelaise, au Cypressat et à la Souye, exactement. Les indigènes de ce pays nous faisaient un peu peur. Nous confondions facilement la boue des caniveaux avec celle du péché et la lèpre des masures avec celle de l’âme. Toute une propagande insidieuse, mi-confessionnelle mi-politique, en tout cas trompeuse et antisociale, nous entretenait dans ce cauchemar délicieux et improbable. C était le temps où mes parents avaient pour grands chefs politiques l’abbé Bergey, grande gueule parlementaire, et son disciple Philippe Henriot. Nous allions donc, croisés modernes, notre B.A. en poche, décidés à convertir les néophilistins. Mais que comprenaient-ils à ces gens, les fonctionnaires de la Bonne Parole qui nous envoyaient coloniser ces tropiques immédiats où le Christ n’avait pas de comptoir ? En réalité je réalisais, malgré ma grande jeunesse, que l’Évangile y était mieux vécu qu’en nos beaux quartiers aux chapelles d’époque où les prie-dieu étaient encaustiqués et munis de plaques nominales dorées et les vices les plus notoires soigneusement désinfectés par le respect humain. Je poursuivais donc ma petite subversion, ne sachant rien, pourtant, de l’existence contingente et n’étant préparé par personne aux coups de l’adversité possibles au milieu de ce cocon laineux et discrètement parfumé que l’on avait tissé sur moi afin de me protéger du « siècle » !
J’avais gardé un pied au Séminaire Saint Maurice mais, n’ayant pas appris le latin durant ma scolarité, mes parents jugèrent nécessaire de me l’inculquer à tout hasard. Je fus ainsi le pensionnaire de ce curé de campagne auprès de qui j’avais tenté de convertir les hordes laïques. Ce fut une vie Spartiate très éprouvante, sans chauffage durant un hiver rigoureux et nourri à l’occasion grâce aux paniers à provisions des bonnes âmes du coin.
C’est alors que la guerre fondit sur nous, balayant de mitraille le plus sensuel des étés.
Mes mentors pensèrent à juste titre que j’avais mieux à faire que de continuer à m’abîmer en patenôtres. Je fus ainsi engagé dans la défense civile, chaque nuit me rendant au quartier de Bacalan, de Bordeaux, où risquaient de tomber les bombes les plus dévastatrices pour me charger des premiers soins.
Mes parents avaient eu la bonne idée de me faire engager par la Croix Rouge. Très vite, je fus chargé d’animer, à La Réole, toujours en Gironde, le centre d’accueil des réfugiés. La « drôle de guerre » 39-40 avait fait son temps et ce fut la période dite d’évacuation avec des milliers de personnes venant du Nord, fuyant l’avancée allemande et nous parvenant démunies et hagardes.
Chaque semaine, les responsables de ces centres d’accueil, venus de toute l’Aquitaine, se retrouvaient pour envisager la meilleure utilisation des moyens dont ils disposaient. Les autres avaient au moins vingt ans de plus que moi. Ce temps de partage reste un des plus présent en mon esprit car j’y ai appris à avoir le goût et la passion des autres, qui ne m’a jamais quitté.
Aussi dignes d’affection et de respect qu’ils fussent, mes parents s’étaient encrassés l’esprit au contact de Philippe Henriot qui, de député de leur circonscription, devint leur ami, avant d’être ministre de la Propagande de Vichy puis abattu par des résistants.
L’antisémitisme les envahissait, entretenu aussi par la lecture de leur journal habituel, de surcroît le seul à ma portée, La Croix. Ce quotidien est, aujourd’hui, un modèle d’intelligence, de pluralisme et de démocratie.

  • Accueil Accueil
  • Univers Univers
  • Ebooks Ebooks
  • Livres audio Livres audio
  • Presse Presse
  • BD BD
  • Documents Documents