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Description

Comment trouver sa place dans ce monde difficile et complexe, dont l'avenir paraît parfois inquiétant ? Philippe Balin a perdu la vue à quatorze ans. Ingénieur féru de sciences humaines, adepte du dalaï-lama, amateur de sports à sensation, ce père de deux enfants donne à travers un parcours riche de rencontres et de pays sillonnés avec son fidèle chien guide, une vision décapante et pleine d'espoir de la condition humaine.

Sujets

Informations

Publié par
Date de parution 01 octobre 2008
Nombre de lectures 316
EAN13 9782336273624
Langue Français

Informations légales : prix de location à la page 0,0005€. Cette information est donnée uniquement à titre indicatif conformément à la législation en vigueur.

Extrait

Voir autrement

Philippe Balin
Couverture :
Vincenti Design (conception)
Philippe Rocher (photo)
9782296061552
À Dominique, ma soeur, qui, grâce à son grand dévouement et son regard bienveillant, m’a permis de prendre pied dans ce monde qui est le mien
À Jasmine et Raphaël, mes enfants, qui inspirent et illuminent chaque jour de ma vie
Préface
LES MYSTÈRES DU HANDICAP
« Ne pas être à la hauteur n’est pas notre peur la plus profonde. Notre peur la plus profonde est que nous sommes puissants au-delà de toute mesure. C’est notre propre lumière et non notre obscurité qui nous effraye le plus . »
Nelson Mandela

Ceux qui disposent de tous leurs sens sont des privilégiés... qui s’ignorent. Ils vivent ce privilège comme allant de soi et, dans les sociétés occidentales modernes, ils s’offrent le luxe de laisser une très grande partie de leurs capacités sensorielles en friche. C’est un gâchis quotidien, un massacre de compétences qui se perpétue chaque jour, promu et valorisé par le système scolaire et éducatif. Nos sociétés d’effectivité proposent aux enfants une éducation qui s’adresse surtout à leur cortex, et plus spécialement le cortex gauche, au détriment de leur affectivité et des richesses qu’apporte un développement plus complet de toutes les facultés humaines. On constate que ce système produit une manière de penser assez stéréotypée et relativement pauvre derrière les brillances de l’érudition. Dans ce livre, Philippe Balin nous montre bien comment le chemin pour s’extraire de ce formatage fut difficile pour lui, comme il l’est pour tous, handicapé ou non. Par ailleurs le « niveau de bonheur moyen » reste très bas et le devient de plus en plus dans nos pays qui sont pourtant nantis bien plus que d’autres. L’éducation sensorielle, comme l’éducation artistique, sont trop souvent considérées comme un luxe alors qu’elles sont absolument essentielles et devraient faire partie du bagage proposé à tout enfant qu’il soit talentueux ou pas. Tout cela est encore plus vrai quand un sens fait défaut.
Les données génétiques mises à notre disposition lors de notre conception sont une base à partir de laquelle nous nous construisons en fonction de ce qui nous est donné de vivre. Ce processus débute dans le giron maternel et se poursuit toute notre vie. C’est la dimension de l’influence épigénétique 1 dont on mesure de plus en plus l’importance. La plasticité du vivant nous permet de faire évoluer notre système nerveux de notre conception à notre mort. Il n’y a donc pas de tyrannie des gènes, ou du moins il faut la relativiser. Il y a, par contre, une responsabilité immense des adultes et des éducateurs. L’haptonomie, que je pratique depuis vingt-huit ans, postule que le plaisir et la joie sont indispensables à notre développement. Quand ils sont partagés, dans la réciprocité, ils permettent d’éprouver un sentiment de sécurité affective qui est le socle du développement de toutes les potentialités contenues dans le patrimoine génétique. La découverte de la correspondance entre un geste et une intention, de la beauté d’un mouvement, d’un regard, d’un son, d’une couleur et de son jeu en écho avec une autre couleur, d’une odeur, d’un goût, d’une sensation tactile, de la résonance sensorielle entre toutes ses perceptions, des émotions et des sentiments qui les accompagnent sont des moments essentiels pour le développement de l’intelligence dans sa globalité. Chaque handicap oblige celui qui le vit à inventer sa propre symphonie.
La plus brève expérience vécue modifie totalement l’acquisition de toutes les autres connaissances et contribue à la richesse de chaque enfant car c’est l’expérience qui est à l’origine de la pensée, pas le contraire. Les capacités cognitives sont sous-tendues par la vie affective, les émotions et les échanges. Les progrès des neurosciences nous le confirment chaque jour. Ce livre raconte comment Philippe Balin, faute de trouver autour de lui quelqu’un qui comprenne vraiment sa quête, est devenu, dans tous ces domaines, son propre éducateur. Dans toute discipline artistique, le travail et la pratique canalisent les énergies et permettent la découverte des limites, de leur dépassement, et la joie que procure l’acquisition de la discipline personnelle. La discipline de Philippe Balin c’est l’art de vivre dans l’affectivité, en acceptant son handicap, sans jamais rien lâcher de sa dignité ni de son désir. En le suivant, on découvre les écueils de l’orgueil, du désir de revanche, du besoin d’être reconnu, du besoin de séduire comme de la jalousie. Toutes choses qui nous sont familières puisqu’elles sont en chacun de nous. Son récit est celui d’une libération. On le suit dans des moments cocasses, étonnants et souvent cruels. Malgré toutes les contraintes, et, oserais-je dire, malgré tous les succès, on le voit sans cesse lutter pour aller vers l’essentiel, dans un chemin où dépouillement et enrichissement ne cessent de dialoguer. Au total on découvre que le succès n’est pas là où on l’attendait.
Pour diverses raisons, notre époque lance un défi aux enseignants et aux éducateurs. Ces causes peuvent conjuguer leurs effets pour entraîner un nivellement par le bas, qui, au bout du compte, est un facteur de régression culturelle et civique qui comporte un risque de violence sociale. Parmi les difficultés, on peut pointer l’augmentation du nombre des élèves et les brassages linguistiques et culturels, mais aussi l’arrivée de technologies modernes qui, pour un prix relativement modique, offrent des possibilités de vie virtuelle ne sollicitant pas la corporalité. Elles proposent des expériences de jeu avec la distance et le temps et une capacité d’abstraction et de pensée complexe et rapide qui ne sont pas négatives. Mais ces technologies comportent des risques non négligeables. Par exemple un appauvrissement sensoriel non compensé par une motricité qui reste fantasmée, non vécue, ou encore, un goût croissant pour la solitude, nourrie par la crainte de l’autre, vécu comme une menace potentielle. Marquer un but seul sur sa console cela n’a rien à voir avec ce que l’on vit en jouant sur le terrain avec des partenaires en chair et en os. Tuer une dizaine d’ennemis virtuels avant même le petit-déjeuner n’est pas forcément anodin, surtout si rien n’est dit à ce propos autour de la table. On peut s’étonner que si peu de gens s’alarment des effets au long cours de cette perte de réalité des échanges inter-humains et de cette banalisation d’un monde virtuel de plus en plus envahissant.
La violence est un dévoiement de l’agressivité naturelle qui est indispensable à la survie. Agressivité vient du latin « agredior » : j’entreprends une action, je vais vers un but. La peur, le sentiment d’insécurité affective, le manque de confiance, l’absence de vécu de bon partagé poussent au dévoiement de l’agressivité saine en agression et en violence. Ce livre parle très bien des violences quotidiennes rencontrées par le handicapé, en lui-même et autour de lui. Sans agredior, le handicapé est prisonnier de son handicap, mais comment ne pas basculer dans l’agressivité quand on vous identifie sans cesse à ce qui vous manque sans considérer que le sujet du désir n’est jamais handicapé ?
La discrimination par le savoir cognitif acquis est une source de conflits sociaux car elle est porteuse d’inégalités, de frustrations, de perte de confiance en soi et donc d’agressivité et de violence. Utiliser l’agressivité naturelle, la canaliser dans le travail artistique et le développement des capacités créatrices, expérimenter le travail sur soi et en groupe, c’est la prévention de la violence la plus efficace qui soit. La découverte de capacités créatrices, sensorielles, motrices, affectives, est toujours positive pour l’avènement du sujet quels que soient son handicap, sa culture, son appartenance sociale ou ses capacités cognitives. La passivité est néfaste pour le développement des enfants. Agir, fabriquer, produire, créer, partager sont au contraire des ouvertures pour l’intelligence dans toutes ses dimensions. Nous avons beaucoup perdu le jour où nous avons cessé de fabriquer à notre mesure nos outils de travail, ce qui correspond à peu près à l’époque où nous avons cessé de chanter et danser ensemble les danses dites folkloriques qui étaient un puissant outil de civilisation et de symbolisation. Philippe Balin se voit confronté 

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